Politique - Page 2

  • La belle saison

    Comme beaucoup de monde je suis allé voir, hier soir, le dernier film français sorti dans les salles : La belle saison. Nous sommes dans le début des années 70. La France connait un regain d'activisme féministe autours du MLF alors que la politique reste encore largement rétrograde. Delphine est une jeune femme qui a vécu toute sa vie à la campagne cachant ses amours. Lorsqu'elle part à Paris elle entre dans la puissance jouissive du MLF et de ses actions militantes ainsi que de la construction de sa pensée. Autours de plusieurs moments clés elle s'attachera de plus en plus avec une jeune professeure d'espagnol parisienne, Carole. Petit à petit, Delphine se rend compte qu'elle va devoir choisir entre vivre sa vie, aider sa famille et la ferme familiale et suivre son cœur.

    Que penser de ce nouveau film lesbien ? Contrairement à la vie d'Adèle il n'adapte pas un roman graphique au cinéma. La réalisatrice a eu la bonne idée de le placer dans une période d’effervescence alors qu'autant les femmes que les gays et lesbiennes tentaient de penser leur condition et de s'en défaire. Elle montre que les actions du MLF n'ont pas forcément de compréhension dans le petit monde paysan sans que, pour autant, elles ne soient vues plus négativement qu'ailleurs. C'est dans un second temps que l'histoire d'amour est dépeinte. Elle montre une Carole qui lutte entre ses désirs pour Delphine et sa relation avec un homme tout aussi militant qu'elle. Tandis que Delphine lutte pour garder son lien avec ses parents, sa ferme et la communauté tout en souhaitant rester avec Carole. Un grand écart de plus en plus difficile au fil du temps. Au final, un film plein d'émotions et un peu fleur bleu.

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    **** Un film sympathique, bien mis en scène avec des actrices très convaincantes.
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  • Intimités amoureuses. France 1920-1975 par Anne-Claire Rebreyend

    Titre : Intimités amoureuses. France 1920-197541BPsvDHV1L._SX304_BO1,204,203,200_.jpg
    Auteure : Anne-Claire Rebreyend
    Éditeur : Presses Universitaires du Mirail 2008
    Pages : 340

    Ce livre de 340 pages est l'adaptation d'une thèse de l'auteure. Dans sa thèse, et son livre, elle se propose d'étudier l'histoire de la sexualité des français-e-s durant 55 ans. Nous avons donc une peinture de la sexualité durant la presque totalité du XXe siècle. Pour étudier ce sujet intime l'auteure utilise, justement, des sources intimes. Celles-ci ne sont pas des sources judiciaires ou policières mais des journaux intimes, des autobiographies et des lettres le tout assorti de quelques entretiens. C'est donc une histoire "par le bas" qui prend en compte la parole même des personnes pour comprendre leur lien à la sexualité. Le livre est divisé en trois chapitres qui commencent par l'interdiction de la publicité des moyens de contraception, 1920, et se termine par la loi Veil sur l'IVG en 1975.

    La première partie s'occupe des années 1920 à 1939 et se nomme L'intime feutré. L'auteur y écrit deux chapitres. Le premier lui permet de mettre en lumière la norme sexuelle. Elle montre l'importance de la conjugalité pour les couples. La rencontre et la sexualité se forment dans le cadre du mariage. Cependant, il existe de personnes qui ne suivent pas les normes. L'auteure y étudie une femme bisexuelle qui explique, dans son journal, son attrait pour les femmes et les hommes. Un second chapitre se concentre sur l'éducation sexuelle. On y découvre que la sexualité et le fonctionnement du corps humain n'est que peu connu. Bien qu'il existe des ouvrages d'éducation sexuelle ceux-ci sont moralisateurs et construit selon le genre de la personne qui le lira. Les informations ne sont donc pas les même pour un homme ou pour une femme.

    Une seconde partie parle des années 1939-1965 sous le titre de L'intime questionné. On y trouve trois chapitres. Le premier se concentre exclusivement sur la période de Vichy. Il montre les difficultés de l'amour et de la sexualité alors qu'une partie des soldats sont au front puis prisonniers. Les rôles sont clairement marqués puisque les femmes doivent rester chastes et attendre le mari tandis que ce dernier peut profiter d'une sexualité avec des allemandes ou des camarades. Le flirt, tel qu'il était possible auparavant, devient contrôlé alors que le gouvernement impose son idée du couple parfait. Le second chapitre parle de l'après-guerre. On y trouve deux points particuliers. Tout d'abord, le retour important du flirt qui est tout de même pensé différemment selon le genre. Alors que pour les femmes le flirt doit s'arrêter avant la sexualité les garçons considèrent que le flirt doit se terminer par la sexualité. Dans tous les cas, les filles flirtent mais ce sont les garçons qui créent la possibilité et qui lancent les actes. Le second point concerne la possibilité pour les filles d'avoir une sexualité avant le mariage. Alors que les garçons ont cette possibilité depuis longtemps les filles la découvrent tandis qu'une nouvelle catégorie se forme. La fille sérieuse, qui décrit celle qui résiste, et la fille facile, celle qui ne résiste pas, sont accompagnées de la fille amoureuse qui peut accepter une sexualité s'il y a amour. Mais les divisions entre les catégories sont floues et il est facile de passer de l'une à l'autre. Enfin, l'auteure termine cette partie en montrant la perte de force de l'amour conjugal. Celui-ci est remis en question alors que des femmes expriment leur mal-être. Dans le même temps, le contrôle des naissances est un problème de plus en plus important pour les femmes qui peuvent se sentir fatiguées et envahies.

    La dernière partie prend en compte les années 1965-1975 sous le titre L'intime exhibé. On y trouve deux chapitres. Le premier pose la question de la libération sexuelle. Elle montre non seulement les changements qui ont cours pour les personnes adultes qui voient leurs possibilités étendues mais aussi pour les jeunes qui, malgré tout, restent dans le cadre d'une conjugalité. Bien que le flirt soit bien plus poussé et que les corps soient plus montrés. Un second chapitre nous parle de l'aspect médical. Celui-ci prend tout d'abord la forme de la sexologie qui, sous couvert de bonne sexualité, recrée une norme qui doit être suivie et que les individus tentent de suivre tout en se posant des questions sur leurs propres pratiques. Tandis qu'un second point nous parle de la réception de la contraception et de l'IVG. Celles-ci sont maintenant bien plus accessibles mais combattues (et le sont toujours) avec des termes que l'on retrouve encore maintenant

    Au final, nous avons un livre très intéressant. L'usage de sources écrites par les personnes même permet de passer outre un discours médical, théorique ou judiciaire pour observer ce que font et pensent les français. Bien entendu, ces sources ne sont pas sans problèmes puisque les personnes se censurent, recréent leur passé ou tentent de se montre sous un beau jour. Mais cela n'enlève rien à l'intérêt de leur usage et de leur analyse et permet à l'auteure de montrer des changements qui se préparent avant même le temps de la révolution sexuelle.

    Image : Amazon

  • Enfants à louer. Orphelins et pauvres aux enchères par Rebecca Crettaz et Francis Python

    Titre : Enfants à louer. Orphelins et pauvres aux enchères6e13ca992c79f5ab66b47ca9e2da4e60.jpg
    Auteur-e-s : Rebecca Crettaz et Francis Python
    Éditeur : Société d'histoire du canton de Fribourg 2015
    Pages : 176

    Il y a quelques années que les personnes placées durant leur enfance ou internées pour des raisons d'assistance (selon le terme officiel) ont commencé à parler et à revendiquer excuses, réparations et recherches historiques. Ce livre permet de commencer à comprendre l'histoire du placement au rabais dans un canton spécifique : Fribourg. Les auteur-e-s prennent en compte la période du début du XIXe siècle à 1928 lorsqu'une nouvelle loi sur l'assistance interdit les mises au rabais. Mais que sont ces mises au rabais ? C'est une procédure par laquelle une commune place un ou des enfants, voire d’adultes, dans les familles qui demandent les pensions les moins élevées à L'État

    Les auteur-e-s mettent en place 6 chapitres. Les 5 premiers permettent de dépeindre l'histoire de l'assistance et du placement des enfants à Fribourg en s'intéressant à quelques communes en tant que cas particuliers illustrant la pratique locale. L'auteure montre la difficulté de mettre en place des lois qui fonctionnent alors que la pauvreté est vue comme un problème durant toute la période. Celle-ci est considérée comme provenant à la fois d'un manque de volonté de la part des personnes au travail et d'une mauvaise pratique des communes. Ces dernières offriraient trop et ne s'intéresseraient pas à l'éducation morale et au travail des enfants et pauvres tant que le placement est économiquement favorable. C'est une longue lutte pour mettre en place des lois successives sur l'assistance qui prennent en compte les sensibilités politiques de l'époque ainsi que le manque de moyens de l'État. Le dernier chapitre, qui fait office de conclusion, permet à son auteur de montrer à quel point il fut difficile de travailler sur la pauvreté en histoire alors que les victimes n'étaient pas entendues. Il termine sur les derniers évènements politiques de mars 2014 sur le sujet

    Au final, nous avons un livre court qui s'attache à la fois à expliquer comment les lois furent pensées et mises en place et à la pratique de communes spécifiques. Ceci permet de montrer les discours successifs qui existèrent et dont les arguments sont souvent semblables. Malheureusement, les sources n'ont, semble-t-il, pas permis de montrer comment les enfants placés vivaient leurs conditions. On a ce que pensent les autorités et les personnes chez qui les personnes sont placées mais jamais le point de vue de ces dernières. Leur parole est perdue dans les papiers de l'administration. Ce qui n'enlève rien à l'intérêt de ce livre pour lever le voile sur une histoire encore trop peu connue

    Image : Éditeur

  • Dirty Gold War

    Dirty Gold War est le nouveau documentaire de Daniel Schweizer qui a déjà travaillé sur la droite radicale dans une trilogie. Le documentaire nous mène sur la trace d'un métal qui n'est pas contrôlé : l'or. Car il est presque impossible de savoir d'où provient l'or que nous achetons dans nos bijoux et si celui-ci a été produit d'une manière respectueuse, écologique et responsable. Dès que l'or passe dans les raffineries, suisses par exemple, il perd toutes traces d'impuretés aussi bien matérielles que sociales. Pourtant, le commerce de l'or est l'un des plus inégalitaires au monde. Pour le récolter on vole et on détruit des populations locales ainsi que leur environnement de vie sans que les états ne fassent grand-chose. Que ce soient de gigantesques mines à ciel ouvert sur le territoire communal où des mineurs privés qui déversent des produits toxiques dans les eaux c'est une énorme catastrophe écologique. Daniel Schweizer essaie de nous montrer comment fonctionne ce marché et comment certaines personnes tentent de le modifier par la marge sans, pour autant, remettre en cause le système.

    Que penser de ce documentaire qui vient de sortir ? Il s'inscrit dans un nombre de plus en plus importants de films qui s'interrogent sur l'éthique de production des sociétés occidentales dans les pays en développement. Plutôt que de ne donner la parole qu’aux blancs européens ils essaient de fournir une parole aux populations locales, vivant en Amazonie dans le cadre de ce film. On peut dire, de ce point de vue, que c'est plutôt réussit. Les discours des entreprises européennes sont bien faibles face aux discours des souffrances locales. Les images même sont plus que parlantes. Dans une scène très précise la recherche de l'or peut s'apparenter à un cancer destructeur. Alors qu'en Suisse, par exemple, le commerce de l'or se fait dans le luxe sans aucunes interrogations quant aux problèmes impliqués. Le film nous montre que ces problèmes sont nombreux : ils sont sociaux, territoriaux, écologiques mais aussi humain car les résistant-e-s peuvent être tués aussi bien par la police, des mineurs privés que par les milices des mines. C'est en ce qui concerne la résistance qu'une image très forte m'est restée. Celle d'un membre du gouvernement du Pérou qui explique quelles sont les réformes nécessaires. Suite à cela il passe sur les résistant-e-s qu'il qualifie d’écologistes fondamentalistes. Nous ne sommes pas loin du terme terroriste et, dans le cadre d'un monde de plus en plus conscient de l'écologie et des luttes nécessaires contre les grandes entreprises, c'est un terme qui commence à faire surface. Malheureusement, le film ne nous offre pas d'informations sur les coordonnées des ONG qui tentent une réforme ni sur les moyens d'aider où de lutter ici même. Par exemple, une initiative est en cours en Suisse et peut être un moyen de lutter dans notre pays.

    Image : Site officiel

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  • La tête haute

    Suite au film précédent je passe dans du totalement différent puisque je me suis intéressé au film La tête haute. Celui-ci se déroule en France, à Dunkerque. Dès la première scène nous sommes dans le cabinet d'une juge. Une femme de 25 ans et ses deux enfants, dont l'un de 6 ans, sont interrogés. Car le petit Malony pose de nombreux problèmes à l'Éducation Nationale. C'est la vie de Malony que l'on suit jusqu'à ses 17 ans. On l'observe alors qu'il se trouve sur une pente de plus en plus difficile et qu'il a déjà multiplié les placements tout en ayant perdu une grande partie de sa scolarité. Sa mère accepte difficilement les jugements sur ses capacités, le père est absent et Malony en veut à tout le monde. Comment le système de protection des mineurs va-t-il pouvoir s'occuper de ce jeune adulte afin de le sauver ?

    Je suis très partagé envers ce film. Il est à la fois réussit et particulièrement conservateur. Il est réussi car les personnages sont plus que convaincants et très bien joués. Que ce soient la juge, l'éducateur / figure paternelle, la mère perdue / indigne / aimante où encore tous les acteurs et actrices du système de protection de l'enfance. L'acteur qui joue Malony réussit parfaitement bien à créer cet adolescent en colère et incapable de se réguler. En ce qui concerne le système il est parfaitement mis en scène aussi bien dans son fonctionnement que dans les idéologies qui se trouvent derrière. Que ce soit les juges où les maisons de placement on sent fortement la puissance de la psychologie pour comprendre et gérer un mineur. On observe aussi les parents et les enfants qui refusent ou ne comprennent pas l'action ainsi que les enquêtes qui leur sont imposées. De ce point de vue le film me semble réussit et fidèle à la réalité.

    Donc, pourquoi suis-je partagé ? Comme je l'ai dit plus haut ce film est très conservateur. En effet, la réalisation ne pose jamais de questions critiques au système. Celui-ci est posé et les échecs sont systématiquement portés sur Malony sans que jamais on ne réfléchisse à la dimension sociologique. Seul l’individu pose problème et son intégration à la société normale est une obligation si ce dernier souhaite prouver la réussite des mesures. Celles-ci sont particulièrement violentes et peuvent être mal reçues. Une scène me vient en tête. Après une fugue, pour une raison valable, Malony est réintégré dans son placement malgré la menace d'un emprisonnement. Les autres jeunes ne comprennent pas cela et les membres du personnel tentent d'expliquer que la justice des mineurs est individuelle. C'est en effet le cas, mais pourquoi ne pose-t-on pas la question de ce que l'on peut ressentir face à une justice qui traite tout le monde de manière différente ? Ne pourrait-il pas y avoir un sentiment d’injustice ? Plus important encore, toutes les mesures sont montrées comme obligatoires. Pour s'en sortir Malony doit prouver son envie d'accepter les mesures et de créer un plan de vie qui implique relations amoureuses et travail salarié. Autrement dit le but est de normaliser un jeune déviant sans réellement se questionner sur ce que l'on demande. D'ailleurs, le film se termine sur un jeune homme qui réussit dans un travail, a fait son permis et a commencé une relation amoureuse avec un enfant (la jeune femme qui accouche passe de garçon manqué un peu rebelle à la jupe à fleur du jour au lendemain). On nous présente donc la famille hétérosexuelle bourgeoise presque parfaite comme preuve ultime de la réussite de la justice des mineurs et de l'intégration dans la société.

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    **** Très bien joué le film nous montre plutôt bien comment fonctionne le système de protection des mineurs. Mais il est aussi porté par une idéologie conservatrice qui implique de ne pas oublier son esprit critique au placard.
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    Image : Site officiel

     

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  • The farewell party (Fin de partie)

    L'aventure prend place dans une petite maison de retraite à Jérusalem. Une femme prend son téléphone qui sonne. Dieu lui parle. Il lui conseille de continuer son traitement car, bien qu'il sera très heureux de la rencontrer au paradis, il n'y pas encore de place pour elle. C'est ainsi que le film débute : par un appel à la confiance envers la médecine. Dans cette même maison vit une femme, Yana, dont le mais souffre toute la journée. Il est en fin de vie et les médecins refusent de lui donner un traitement antidouleur plus fort. Ils ne peuvent pas non plus, juridiquement, le laisser mourir. Sa vie n'est donc plus que souffrances. C'est à ce moment qu'il demande à sa femme ainsi qu'à ses amis de l'aider à mourir. Après de nombreuses tergiversations un petit groupe se réunit afin de construire une machine à suicide. Alors que seule une personne devait en bénéficier la rumeur enfle et les demandes affluent tout en restant discrètes. En effet, la prison attend les personnes qui pourraient être accusées de meurtre.

    C'est un thème difficile et douloureux auquel s'attaque ce film. La question de l'aide au suicide est très controversée. Peu de pays l'acceptent véritablement. En Suisse on refuse de légiférer pour contrôler tout en ne l'interdisant pas (à l'exception du canton de Vaud qui force tous les établissements médicaux, maisons de retraites comprises, à suivre la volonté des patient-e-s). Le film ne laisse pas de côté les problèmes moraux et personnels impliqués. Il place, de manière rigoureuse, la décision dans les mains des personnes demandeuses. Mais même ainsi le personnage de Levana considère l'aide au suicide comme un meurtre. Face à ce point de vue nous avons celui des proches et de la personne considérée qui se voient dans une vie de souffrance où dans un état d'épuisement. Ces personnes ne demandent que la possibilité de choisir leur fin.

    Face à cela nous avons la question de la relation de Yehezkel avec sa femme Levana. Cette dernière à Alzheimer. Son identité, comme elle le dit elle-même, lui échappe de plus en plus. Et plus celle-ci disparait plus son mari s'attache à elle et refuse de la laisser partir. Le thème du film n'est donc pas seulement l'aide au suicide mais aussi la manière dont un proche gère le départ d'une personne aimée. En effet, alors même que Yehezkel aide des personnes à mourir accompagnées des personnes qu'elles aiment il commence à se rendre compte qu'il ne peut pas forcer sa femme à rester près de lui sans lui faire du mal. Il doit la laisser partir. Inversement, Levana qui était rigoureusement contre l'aide au suicide en vient, au fur et à mesure du développement de sa maladie, à accepter la possibilité de faire ce même choix pour elle-même.

    Ces deux aspects sont entourés par quelques bouts de comédies qui permettent de faire passer la pilule d'un film joyeux mais aussi très triste. Que ce soient les relations avec un pauvre policier, une scène dans une serre (et la convocation devant une directrice qui fait peur) ou encore ce couple gay qui se trouve dans me placard voir les petites blagues sur leur propre vie. Voici donc un très bon film, particulièrement bien joué et qui prend un thème difficile dans tous les sens du terme. On aimerait voir plus d’œuvres de ce style.

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    ***** Très bien joué, des personnages que l'on apprécie, des moments comiques qui fonctionnent pour un film qui traite d'un thème difficile avec brio et sans manichéisme mais de manière humaine.

    Image : Allociné

     

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  • La société punitive. Cours au collège de France. 1972-1973 par Michel Foucault

    Titre : La société punitive. Cours au collège de France. 1972-1973d036339b16.gif
    Auteur : Michel Foucault
    Éditeur : Seuil / Gallimard décembre 2013
    Pages : 349

    J'apprécie beaucoup ce qu'a écrit Michel Foucault. Non seulement ses recherches sont intéressantes et mettent en cause de nombreuses choses que l'on tient pour normales mais, en plus, il a travaillé en lien avec l'époque et des luttes dont il a été un acteur. Ce livre fait partie des cours qu'il a donné au Collège de France et qui sont édités. Ces cours permettent aux personnes intéressées de mieux comprendre la pensée de Foucault ainsi que sa construction. En effet, les cours au Collège de France sont des recherches inédites qui peuvent inaugurer l'idée d'un livre. Dans le cas présent le livre est Surveiller et Punir. Ce livre contient la troisième année de cours de la part de Michel Foucault, un résumé écrit par Foucault et une situation qui permet de contextualiser les propos aussi bien selon l'époque, la recherche que la pensée de Foucault.

    Ce cours s'intéresse à la société punitive. Derrière ce terme se cache une forme spécifique de société que Foucault présentera en 13 semaines. Je ne prétends pas avoir tous compris. Mais l'analyse de Foucault permet d'expliquer comment on est passé d'une forme spectacle de la punition à une forme d'exclusion avec la prison. Plus loin encore, Foucault nous montre en quoi cette forme prison a pris racine dans la société. En effet, derrière la prison, le pénitencier, on trouve la nécessité de protéger le capital de la bourgeoisie contre une population pauvre. Cette protection se forme contre deux problèmes : le vol, la déprédation donc ce qui est construit comme illégal et l'immoralité soit l'alcoolisme et la fainéantise. Dans le premier cas on s'attaque à ce qui est possédé tandis que dans le second cas on s'attaque à ce qui pourrait être possédé. Il y a donc un effort de moralisation et de contrôle de la population afin de permettre la mise en place du travail régulé et salarié. Ceci a pu aller jusqu'à la création d'usines-couvents qui permettaient de contrôler tous les aspects de la vie des travailleurs. Ce cours est donc particulièrement intéressant quand on essaie de comprendre le fonctionnement de la société libéral de travail et son pendant pénal.

    Image : Éditeur

  • Taxi Teheran

    Il n'est jamais une mauvaise chose d'aller voir des productions qui ne soient pas américaines (ou françaises). On observe d'autres manières de raconter une histoire dans des contextes différents d'un cinéma américain pour lequel la réussite prime sur tout. Taxi Teheran est un docufiction du réalisateur Jafar Panahi que je regrette de n'avoir pas connu avant. Il vit en Iran et, après une participation à des manifestations, est interdit d'exercer son travail pendant 20 ans. Il fait donc semblant de se reconvertir dans les taxis. Il se déplace dans les rues de la ville en prenant à son bord de nombreuses personnes aux idées et aux vies différentes. Que ce soient des professeures, des bandits, des pirates ou des avocates chaque personne à son mot à dire sur la situation du pays. Les rencontres peuvent faire peur tout en étant légère car nous n'observons pas le danger que vit réellement le réalisateur en dehors de quelques scènes très précises. Ce que ne savent pas les autorités c'est que Jafar Panahi filme tout dans sa voiture tout en sachant que jamais il ne pourra vendre son film en Iran.

    Il y a de nombreux aspects dans ce film qui mêle le vrai au faux. Les acteurs sont-ils de vrais personnages ou sont-ils créés de toutes pièces ? Les discours sont-ils un reflet de ce que pensent les personnes ou des mots qu'on leur a écrit ? On ne sait rien. Sauf que les scènes sont trop parfaites pour être tout à fait des coïncidences. Lorsque la jeune nièce du réalisateur explique ce qu'on lui a appris à l'école sur le cinéma à son oncle réalisateur on s'étonne devant ce qui est demandé afin que le film puisse être distribué. Alors que les rencontres sont assez légères voir drôles on voit poindre des réalités bien plus sombres. Par exemple lorsque Panahi tente de reconnaitre la voix de son interrogateur et qu'on entre dans le fonctionnement de la justice iranienne ou la dernière scène du film. Bien que la réalisation semble laisser place au hasard tout est construit pour nous envoyer un message précis sur le fonctionnement d'une société qui croit tout contrôler mais dans laquelle les moyens de résistances sont nombreux.

    Image : Allociné

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  • Difret

    Après la (très) grosse déception que fut Jupiter Ascending je suis allé me plonger dans le film Difret. Imaginez, vous avez eu une très bonne matinée à l'école. Vos notes sont hautes et les autorités scolaires souhaitent vous voir progresser. Vous courez chez vous afin de donner la bonne nouvelle à vos parents. Sur le chemin, 5 personnes à cheval vous suivent. Ils vous prennent et vous forcent à monter puis vous enferment dans une cabane. Le soir venu vous êtes frappée puis violée pour apprendre, le lendemain, que vous êtes mariées à votre voleur. Vous venez d'être victime de la tradition de l’enlèvement marital. Hirut décide de s'enfuir avec une arme laissée de côté. Mais, durant sa fuite, elle est poursuivie et, afin de se défendre, elle tue son ravisseur. Elle est immédiatement emmenée à la police. S'ensuit une longue bataille judiciaire qui confronte les droits des femmes à la tradition afin de sauver la vie d'Hirut.

    Ce film possède un certain nombre de problèmes techniques. Mais ce n'est rien d'important face au message qui est au cœur de l'histoire. En effet, la réalisation a pris l'histoire vraie d'une femme pour nous faire comprendre comment fonctionnait la tradition et comment il a été possible, pour un groupe d'avocates qui défendent les femmes, de briser celle-ci. Ainsi, l'intrigue montre deux traditions en conflit. La première est celle des hommes des communautés villageoise qui possède sa propre justice et qui considère les femmes comme un bien d'échange comme un autre. La seconde est la justice basée sur le droit qui considère les citoyen-ne-s à égalité. Ce conflit entre la tradition, considérée comme villageoise, et le droit, est au centre de l'intrigue. Car, alors que le procès n'a pas encore lieu la justice du village a déjà mis en place des mesures qui peuvent aboutir à la mort de la jeune femme. Ce que l'on observe aussi c'est le manque d'entrain de tout un système pour protéger les femmes en danger. Que ce soit l’État, la police ou le procureur tout le monde se fiche de la savoir en danger et blessée. Elle est déjà considérée coupable et une défense est inutile tout en étant difficile à monter. J'ai aussi été frappé par certains discours. En particulier celui d'un médecin qui est censé expertiser l'âge de la jeune femme et qui se base non sur la science mais sur ses impressions pour la considérer "bien formée" et donc adulte. C'est un point que l'on retrouve dans de nombreux cas en occident. Je dois dire que le film est positif bien que dur. On sent que la vie d'Hirut est en danger et que d'autres femmes risquent d'être dans le même cas. On sent la frustration de ses avocates face à un système qui fait tout pour les arrêter. Mais aussi le plaisir quand il y a une victoire même symbolique.

    Site officiel

    Image : Allociné

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  • Asiles étude sur la condition sociale des malades mentaux par Erving Goffman

    Titre : Asiles étude sur la condition sociale des malades mentauxv_2707300837.jpg
    Auteur : Erving Goffman
    Éditeur : Minuit 1968
    Pages : 447

    Après un temps de lecture assez long (c'est le problème quand on bosse) j'ai enfin terminé les 447 pages de ce monstrueux pavé. Goffman, dans ce livre, relate son expérience de sociologue intégré dans un hôpital. Comme le résumé de l'éditeur l'explique, Erving Goffman a, pendant trois ans, récolté un grand nombre d'informations sur le fonctionnement des hôpitaux psychiatriques. Ces informations couvrent aussi bien les employé-e-s que les résident-e-s. Ce livre présenté par Robert Castel se divise en quatre chapitres qui sont autant de recherches inédites de Goffman publiées séparément.

    Alors que livre se nomme asile Goffman généralise immédiatement ses études en définissant le concept d'"institution totalitaire". Loin d'être politique ce concept s'attache à mettre en évidence un fonctionnement particulier de certaines institutions. Ainsi, aussi bien la prison, les hôpitaux, la caserne militaire que la vie monastique ont des points communs. Ceux-ci concernent la fermeture d'un lieu envers le reste de la société. Dans ce lieu on trouve ce que l'auteur nomme des reclus. Alors qu'ils vivent dans un environnement fermé qui prend en charge une grande partie de leurs besoins et qui régule leur vie ils tentent de s'y faire une place en jouant avec les règles et les autres individus.

    Goffman, dans son texte, explique l'utilité d'un grand nombre de pratiques qu'il généralise depuis son observation de l'hôpital. Il explique, par exemple, la nécessité de faire entrer la personne dans son rôle via un rituel de dépouillement puis de don. Ce rituel peut avoir des fonctions sécuritaires mais son premier effet est de créer une différence entre l'avant et l'après. Celui-ci s'accompagne d'autres formes de relations qui Goffman considère comme des moyens de briser la personne afin d'en faire un individu intégré dans un nouveau rôle quels que soient ses expériences antérieures.

    Ce livre est ancien. De nombreuses observations que Goffman avait faites à l'époque ne sont plus forcément d'actualité. Mais ceci n'enlève rien à l’intérêt de cette recherche pour comprendre la réalité de nombreuses institutions actuelles. De plus, sa lecture est intéressante et plutôt facile.

    Image : Éditeur

  • Broken land

    Entre le Mexique et les USA il y a un mur. Deux genevois sont allés à sa rencontre. C'est une balafre au milieu du désert qui divise à la fois le territoire et les personnes. Pour mieux comprendre l'effet de ce mur sur les citoyens américains - la réalisation a fait exprès de ne pas rencontrer de migrants - 7 couples sont interrogés sur leur relation avec le mur et ce qu'il implique pour leur vie et leur vision de l'existence. Ce sont aussi bien des personnes qui luttent contre la division qu'il implique que des gens qui luttent contre l'immigration clandestine de manière officielle ou non. À l'aide de ces témoignages on comprend un peu mieux l'effet que peut avoir un mur sur les personnes qu'il est censé protégé.

    Il est difficile de parler de ce film sans perdre une partie de sa substance. Le mur est omniprésent. Bien qu'il soit constitué de poteaux plantés à égales distances il projette une ombre impressionnante sur le désert. Et ce n'est que la partie visible de ce dispositif. Car, outre le mur, il y a toute la panoplie électronique qui permet de surveiller non la frontière mais le côté américain de celle-ci. Comme le dit l'une des protagonistes : nous sommes toujours surveillés, jamais seuls et le moindre faux pas fait réagir les "protecteurs". Alors que de nombreuses personnes se sont habituées cette femme se demande si ceci est une bonne chose. Est-ce bien de s'habituer, dans une démocratie, à être constamment sous surveillance au nom de la sécurité ?

    Ce n'est, bien entendu, pas le seul choc que j'ai eu. Il serait fastidieux de les dénombrer. Le plus grand est probablement celui de ce couple qui, régulièrement, vérifie l'i9ntégrité du mur en face de chez eux et qui a peur que sa destruction implique l'importation d'armes nucléaires sur le territoire. Ce même couple vit dans une maison bardée de dispositifs de surveillance. Ils ont une dizaine de caméras qu'ils observent chaque nuit observant des ombres inquiétantes tandis que les humains, en infrarouge, deviennent des fantômes, presque des monstres aux yeux vifs. Ils ne sortent qu'armées en vérifiant ce qui les entoure. Selon eux ce n'est pas de la paranoïa mais une philosophie de vie. Dans cette même scène le mari explique de qu'elle manière il peut identifier les migrants par leur odeur. Un autre homme surveille le mur par avion. Il explique que, selon lui, les USA sont le meilleur pays du monde, le plus avancé. Accepter l'immigration c'est donc courir le risque de perdre tout ce qui fait le pays et, pour cet homme, un danger pour l'humanité dont il est le gardien car, sans le mur, des millions de personnes déferleraient sur le pays. Le film se termine sur une équipe qui tente d'identifier les restes de personnes qui sont mortes en tentant de traverser.

    Je n'ai donné que quelques chocs que j'ai eus. Ce ne sont pas les seuls. En tout cas ce documentaire est très bon. Il ne dénonce pas ni ne vérifie les discours sur la nécessité de protéger les frontières. Il montre comment un mur agit sur les populations qu'il est censé protéger. À l'ombre de ce dispositif l'autre n'est plus un voisin, un ami possible, mais un Alien. Quelqu'un qui fait peur, un envahisseur dont les raisons de venir ne sont pas claires et, probablement, criminels. Le mur ne s'impose pas seulement sur le paysage. Il s'imprime dans les esprits. Il faut être méfiant, il faut vérifier, il est nécessaire de perdre ses droits si la sécurité en ressort plus importante. Le mur crée une mentalité d'assiégés. À l’extérieur il y a des monstres, des barbares, l'inconnu. L'intérieur est en danger. Suite à ce film que penser du mur, virtuel en grande partie, que l'UE construit autour du continent ? Quels effets sur nous et sur les êtres humains qui tentent de trouver une meilleure vie ?

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario.

    • Joss Whedon. Un très bon documentaire que je conseille fortement.

    Image : Site officiel

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  • Les héritiers

    La classe de seconde du lycée Léon Blum est la pire de toutes. Un grand nombre d'incivilités et d'irrespect lié à un retard scolaire grandissant. Les élèves de cette classe n'ont pratiquement aucune chance de réussit leur scolarité. Mais c'est sans compter leur professeure principale qui décide de se battre pour eux et contre eux afin de leur prouver leurs capacités. Pour réussir elle leur propose de participer à un concours national : Le Concours National de la Résistance et de la Déportation. Pour le passer ils doivent répondre à un sujet. Celui-ci concerne les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi. Un sujet aussi difficile à traiter qu'à apprendre.

    Ce film est inspiré de l'histoire vraie d'une classe qui a gagné ce concours. Elle est adaptée par l'un des anciens élèves. Cette classe était perdue d'avance. De nombreuses scènes nous font ressentir ce désespoir et ce désintérêt. Quand ce n'est pas l'un des professeurs ce sont les élèves même qui se disent incapables de réussir. Et si personne ne peut réussir pourquoi faire l'effort d'être attentif et studieux ? Ce que montre ce film est non seulement la constitution d'un groupe uni dans un effort commun mais aussi, et surtout, la découverte de ses propres capacités à travers un sujet difficile pour de nombreuses raisons. Ceci est très bien mis en scène. En revanche, il est dommage de ne pas s'être attardé plus fortement sur la vie de chacun-e-s afin de comprendre pourquoi il peut être difficile de réussir l'école. Nous recevons, en allant voir ce spectacle, un message positif sur l'école et les capacités des individus. Un message positif qui n'a pas forcément été reçu par la presse.

    Image: allociné

    Site officiel

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  • Les crocodiles

    Titre : Les crocodiles
    Auteures :
    Éditeur : Le Lombard 2014
    Pages : 174

    Puisqu'il faut bien terminer l'année je le ferais en présentant cette BD qui m'a été offerte par une amie. e ne crois pas qu'il soit utile de présenter le projet Crocodiles ce tumblr qui illustre des témoignages de harcèlements et de viols. Cette BD publie les différentes illustrations de Thomas Mathieu qui se trouvent sur le site du projet. Celles et ceux qui suivent le tumblr connaissent donc déjà ce que la BD donne en format papier. Il y a de nombreux événements qui sont illustrés mais qui se ressemblent beaucoup. Certains sont plus horribles que d'autres et, c'est en tout cas mon cas, on a de la peine à croire que des personnes puissent être aussi irrespectueuses et violentes. Malheureusement, ça existe et c'est même banal.

    La BD est fournie avec plusieurs postface qui permettent à des associations et féministes connues de donner leur avis sur le projet et de le placer dans un militantisme plus large sans devenir purement conceptuel. Le but est d'expliquer simplement ce qu'est le harcèlement. On y trouve aussi des éléments de réponses à la fois sur comment réagir en tant que témoin et/ou en tant que victime. Ces pages renvoient à d'autres projets, associations et livres plus complets si on souhaite de plus amples informations. C'est donc une BD qui permet, comme d'autres actions, d'interpeller, de montrer et, surtout, de donner la parole aux femmes. Aussi bien les histoires que la manière dont la BD est dessinée pousse, et c'est le but, à s'identifier aux victimes et non aux agresseurs. J'ai, personnellement, beaucoup appris.

    Image : Éditeur

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  • Ceci n'est pas une prison. La maison d'éducation de Vennes. Histoire d'une institution pour garçons délinquants en Suisse romande (1805-1846-1987) par Geneviève Heller

    Titre : Ceci n'est pas une prison. La maison d'éducation de Vennes. Histoire d'une institution pour garçons délinquants en Suisse romande (1805-1846-1987)
    Auteure : Geneviève Heller
    Éditeur : Antipodes 2012
    Pages : 438

    Le titre de ce livre, Ceci n'est pas une prison, est un moyen de parler d'une institution qui fut, durant sa longue histoire, vue très négativement et qui a dû lutter contre une réputation et une architecture pénitentiaire. Ce livre nous plonge dans la longue histoire de la Maison d'éducation de Vennes depuis sa conception jusqu'à sa mort suite à une crise à la fois interne et externe en passant par les profondes modifications législatives de 1942. La construction du livre forme trois parties qui s'intéressent aussi bien à son histoire, à des thèmes spécifiques et enfin aux élèves via les dossiers des archives.

    La première partie est un moyen pour l'auteure de nous présenter l'institution durant sa longue histoire. Pour cela, elle présente les différents directeurs qui se sont occupés de Vennes et ce dès les années 40. Les chapitres précédents permettent de placer la construction de l'institution dans un paysage plus vaste. Dès 1940 Geneviève Heller nous montre comment les volontés de réformes, aussi bien au niveau des lois que de la pratique et des bâtiments, se heurtent à différents problèmes : argent, formation du personnel, etc. Lorsque, enfin, la Maison d'Éducation de Vennes réussit, après de longues discussions avec l'architecte fédéral, à briser en partie son carcan carcéral les temps ont changé et elle perd des élèves alors que les institutions fermées sont de plus en plus critiquées. Dans le même temps Vennes connait une affaire qui précipitera sa déchéance pour devenir le COFOP d'aujourd'hui.

    La seconde partie est thématique. Elle permet à l'auteure de nous présenter différents points importants de Vennes. Ce sont aussi bien les catégories d’élèves qui sont admis que le personnel et les changements qui se mettent en place dans le temps. L'auteur a aussi étudié les bâtiments et les punitions dont les débats qui entourent les cachots. Ce sont aussi les loisirs et l'enseignement professionnel qui nous sont présentés. Alors que les loisirs sont très peu présents durant les débuts de l'institution ils deviennent, durant la seconde moitié du XXe siècle, une part importante de la rééducation. L'enseignement professionnel, lui, s'est longtemps contenté d'être lié au domaine agricole de Vennes pour, ensuite, ouvrir quelques ateliers puis permettre une formation à l'extérieur.

    Enfin, la dernière partie nous présente les dossiers des élèves. Ceux-ci nous sont présentés par périodes ce qui permet de mettre en valeur les changements dans la manière à la fois de créer ces dossiers et de parler des élèves. On passe de dossiers courts concernant principalement les notes et la conduite à la mise en place d'un appareil complexe d'observation du mineur. Cette observation récolte des informations aussi bien en ce qui concerne la famille, le physique de l'enfant et son comportement à Vennes que sur ses caractéristiques psychologiques.

    En conclusion, ce livre, épais, nous permet de comprendre comment fonctionnait une institution précise durant le temps de son existence. On nous montre ses mutations mais aussi les difficultés et, surtout, les raisons de ces dernières. Alors que les lois et les considérations éducatives changent des résistances fortes empêchent cette institution de se réformer et, parfois, mettent fortement en danger son existence. Ce livre est un examen passionnant de la seule maison d'éducation publique du canton de Vaud.

    Image: Éditeur

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  • Der Kreis - Le Cercle - The Circle

    Hier soir j’ai eu la chance d’aller voir l’avant-première du film Der Kreis. Celle-ci se continuait avec une séance de questions réponses posées à l’équipe du film ainsi que deux personnes ayant vécu les événements. Le film, lui, s’est terminé par une standing ovation largement méritée. Durant les années 30 et surtout la deuxième guerre mondiale toutes les associations gays d’Europe sont mortes sous la répression. Toutes ? Non un village d’irréductibles résistait encore et toujours à l’envahisseur. Ce village c’était la Suisse qui, en 1942, adoptait le code pénal suisse et dépénalisait partiellement l’homosexualité. Dans ce contexte naît le Kreis dont l’origine est un groupe de lesbiennes (rapidement évacuées quand les hommes arrivent). Ce fut, pendant longtemps, la seule association du monde et son journal le seul du monde. Mais, après la guerre, le Kreis fit des petits un peu partout et devint célèbre pour son bal d’automne à Zürich.

    Le film commence dans les années 50. Un jeune enseignant d’une école de fille se décide à entrer dans le Club. La paranoïa est à son comble mais il fait tout de même bon vivre même si c’est en cachette. Dans le Kreis il rencontre la star du club : Röbi dont le numéro de drag queen est célèbre. Tout ira bien jusqu’à ce qu’un homosexuel soit tué par un jeune prostitué. Ce meurtre est rapidement suivi d’un autre et aussi bien la presse que la police s’intéressent de très près au milieu homosexuel accusé de pervertir les prostitués. Il s’ensuit une répression qui pourrait mettre à mal l’amour entre Ernst et Röbi.

    J’ai beaucoup aimé ce docu-fiction. Sa première réussite est de créer un fil rouge avec l’histoire d’Ernst et Röbi, toujours en vie et lié par un mariage actuellement, dans le cadre de leur activité au Kreis. On les suit durant les événements marquants de la vie du club jusqu’à sa fin. Ceci permet de ne pas se perdre tout en montrant comment un couple pouvait se constituer, dans le secret, à l’époque. Le film est entrecoupé par des interventions des témoins encore en vie qui expliquent ce qui s’est déroulé et leur sentiment. Ainsi, ce que l’on voit reconstitué est développé par ce que disent les personnes qui ont vécu.

    Je vois aussi deux points forts de ce film. Tout d’abord, bien que le Kreis ait permis une vie homosexuelle elle l’a fait dans un cadre strictement réglementé et secret. Les membres étaient anonymes, le journal envoyé en cachette, même en contrebande pour l’Allemagne, dans des enveloppes neutres. Cet aspect très paranoïaque est brisé par l’un des personnages clés, Felix, qui déclare d’un seul coup que, pour lui, le Club est une prison. Ceci montre à quel point la vie en cachette, dans le placard, est difficile. Il faut faire constamment attention à ce que l’on dit et fait. Il ne faut pas reconnaître les personnes dans la rue ni en parler. En cas de lumière faite sur la véritable identité toute une vie peut être détruite aussi bien professionnellement que dans le cadre de la famille. Le second point fort est l’attitude de la police. Pendant longtemps la Suisse fut une exception. Un pays qui ne pénalisait pas l’homosexualité entre adultes consentants dans le cadre civil (pour cette histoire je vous renvoie au livre de Delessert déjà présenté ici). Cependant, ceci n’empêche pas la police de faire des rafles, d’interroger et d’emprisonner pour constituer des fiches. La violence policière va très loin dans l’humiliation publique et la violence des coups. Cette violence policière se forme dans un contexte moralisateur fort avec une presse qui salue la libération de meurtriers qui ont tué des homosexuels.

    Cependant, il faut bien dire qu’il y a un problème fondamental avec ce film. Oui, nous sommes dans un club d’hommes. Mais l’origine du Kreis est une association de lesbiennes qui avaient, après un certain temps, acceptés des hommes pour, ensuite, quitter un Club qui ne leur correspondait plus du tout. Les lesbiennes sont presque complètement oubliées dans ce film. On ne parle pas de leur rôle dans la création du Kreis. C’est à peine si on le voit dans le fond d’une salle. Elles ne parlent jamais. Avec cet oubli c’est la moitié d’une histoire qui est laissée de côté. Pourquoi ?

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario.

    • Joss Whedon. Un très bon docu-fiction qui mérite une large diffusion avec les audiences qui suivent. Il permet de comprendre une époque et montre que la lutte n’est pas terminée.

    Image : Allociné

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  • "Les homosexuels sont un danger absolu" homosexualité masculine en Suisse durant la seconde guerre mondiale par Thierry Delessert

    Titre : « Les homosexuels sont un danger absolu » homosexualité masculine en Suisse durant la seconde guerre mondiale29402100553030M.gif
    Auteure : Thierry Delessert
    Éditeur : Antipodes 2012
    Pages : 397

    L’histoire des homosexualités – aussi bien féminines que masculines – est peu connue en Suisse. Pourtant, le pays a dépénalisé les actes consentants entre adultes alors que le reste de l’Europe les rendait plus dangereux pénalement parlant. C’est aussi ici, en Suisse, que la seule association, et son journal, du monde ont existé pendant de nombreuses années tout en se cachant derrière un respect scrupuleux de la loi. Il est donc clair que lorsque un livre sort sur le sujet il permet d’en savoir beaucoup plus. Celui-ci est la publication d’une thèse et l’auteur y examine son sujet en trois parties constitués de deux chapitres chacun.

    Dans la première partie – le milieu homosexuel des années 40 – l’auteur examine deux choses. Tout d’abord, il nous montre comment fonctionnait ce milieu et, plus précisément, le Kreis. Son étude permet non seulement de mettre en évidence une théorie du bon comportement mais aussi de retrouver les lieux de rencontres en particulier à Zurich. En effet, les Cercles qui existent dans d’autres villes sont parfois très éphémères. Le second chapitre permet d’examiner la manière dont l’homosexualité est qualifiée aussi bien par les principaux intéressés que par la justice au sens large. Dans ce chapitre nous trouvons une analyse de la prostitution masculine homosexuelle et de la manière dont elle est considérée par les autorités : un danger. En effet, cette forme de prostitution crée un risque de contagion des jeunes hommes vis un « argent facile » mais c’est aussi une source de scandales à cause des chantages qu’elle pourrait impliquer.

    La seconde partie – les lois sur l’homosexualité – examine les dispositifs légaux et les discussions autours de leur acceptation. Delessert commence par examiner les deux codes pénaux qui unifient le pays. Le premier est militaire tandis que le second, en vigueur en 42, est civile. Cependant, le premier est soumis au second puisque l’état de guerre est exceptionnel alors que les citoyens suisses sont tous soumis aux lois militaires durant une partie de leur vie. Leur examen permet à l’auteur de mettre en évidence les combats mais aussi les raisons d’une dépénalisation et de démontrer que l’Allemagne a un impact fort sur la législation du pays. En effet, alors que la majorité des cantons, en particulier alémaniques, pénalisaient l’homosexualité avec leur propre code ce code national dépénalise l’homosexualité entre adultes consentants tout en protégeant les mineurs de plus de 16 ans. La raison en est simple, les législateurs souhaitaient, avant tout, éviter des scandales tels ceux qui ont eu lieu en Allemagne autours du §175. Pire encore, à leurs yeux, le militantisme qui s’était développé pour l’abrogation de ce paragraphe devait être évité à tous prix. Un second chapitre permet à l’auteur d’examiner la pratique des tribunaux militaires qui doivent jongler entre un code civile qui dépénalise et un code militaire qui pénalise l’homosexualité. Ceci permet à l’auteur de mettre en évidence l’importance des expertises qui permettent de savoir exactement ce que furent les actes reprochés mais aussi de démontrer que le but des militaires est de protéger l’ordre et la virilité de l’armée et, par extension, du pays.

    Une dernière partie – psychiatrie et homosexualité – permet à l’auteur de s’intéresser de plus près aux experts appelés à s’occuper des homosexuels. Le premier chapitre montre comment les psychiatres catégorisent l’homosexualité masculine et la manière dont ils la comprenne. Ainsi, il y aurait diverses formes d’homosexualités qui n’ont pas les même conséquences sur la responsabilité de la personne. Le second chapitre s’intéresse de plus près à l’examen du corps qui peut être pratiqués. Celui-ci, dans une perspective française venue de Tardieu, permet de prouver, théoriquement, l’homosexualité de la personne vie l’examen de l’anatomie. L’auteur y décrit aussi les raisons qui ont poussé à la castration d’un homme. La castration, acceptée en Allemagne nazie, est beaucoup plus compliquée en Suisse puisqu’elle implique un consentement éclairé. Bien entendu, toute la question est de savoir à quel point ce consentement est contraint face à la prison et l’internement de longue durée. Le problème de son efficacité est aussi discutée par les médecins de l’époque.

    En conclusion je trouve ce livre très intéressant. Les propos sont très denses mais permettent de mettre en lumière la pratique ainsi que la théorie qui existent autours des homosexualités. Je parle aussi bien du milieu qui existait à l’époque que de la manière dont la justice, de la police aux psychiatres, s’occupaient des personnes dont ils avaient la surveillance. Dans un pays qui dépénalise il est très intéressant de voir qu’il existe une forte surveillance ainsi qu’une pratique psychiatrique développée et peu clémente. L’examen des militaires permet aussi de comprendre comment le pays, dans un contexte de défense de soi et de virilisation, traite ses marges en direction, aussi bien dans le civil que le militaire, d’une invisibilisation.

    Image : Éditeur

  • Familles, institutions et déviances. Une histoire de l'enfance difficile. 1880-fin des années trente par Pascale Quincy-Lefebvre

    Titre : Familles, institutions et déviances. Une histoire de l’enfance difficile. 1880-fin des années trente410C1RXC5AL.jpg
    Auteure : Pascale Quincy-Lefebvre
    Éditeur : Economica 1997
    Pages : 437

    Ce gros livre est tiré d’une thèse de Pascale Quincy-Lefebvre. L’auteure y fait l’histoire de l’enfance difficile en 3 parties et 7 chapitres. La première partie, constituée de deux chapitres, permet d’examiner comment la famille prend en charge la déviance des enfants. Ceci commence par une analyse des termes utilisés qui permettent de comprendre ce qui pose problème chez les enfants. Dans un second temps, l’auteure utilise les même sources pour comprendre comment les familles comprennent cette déviance. Elle montre que celle-ci a plusieurs origines possibles dont lui-même, des causes externes comme la guerre où l’hérédité et l’âge. Dans le second chapitre de cette partie elle tente de nous montrer quels sont les moyens utilisés pour punir les enfants. Ces moyens passent d’abord par les coups qui sont largement acceptés dans les milieux populaires. Mais ce sont aussi des violences non physiques qui sont utilisées. Celles-ci sont de trois formes : humiliation, peur et privations.

    La seconde partie, qui forme le cœur du livre, met en lien les familles et les institutions jusque dans les années 1920. Le premier chapitre de cette partie permet de faire l’histoire du droit de correction paternel. L’auteure montre que ce procédé est de plus en plus critiqué et de moins en moins accepté par les magistrats. La justice tente de contrôler ce qui est vu comme un droit du père qui risque de donner lieu à des abus. Dans le second chapitre elle nous montre quels sont les institutions d’assistance qui peuvent aider les familles à traiter leurs enfants déviants. Elle analyse, en particulier, l’école Théophile Roussel ainsi que d’autres œuvres privées. Enfin, le dernier chapitre lui permet de nous montrer comment il est possible de garder un lien entre enfants placés et familles via la correspondance, les visites et les droits de sortie. Cependant, ces liens ne sont pas toujours voulus par la famille et, souvent, ils sont combattus par les œuvres qui se méfient de l’influence du milieu familial. Il peut devenir difficile de garder un lien entre les membres de la famille à cause de ces restrictions.

    La dernière partie part des années 1920 pour montrer les changements qui se sont déroulés jusqu’à la fin des années trente. Le premier chapitre analyse l’apport de plus en plus important à la fois des médecins et des assistantes sociales. Les premiers gagnent en légitimité alors qu’un savoir médical sur l’enfant se constitue. De plus en plus, un problème implique de consulter l’avis d’un médecine. Les assistantes sociales, elles, se constituent en profession de plus en plus acceptée. Leur but est de comprendre l’environnement de la famille ce qui implique un lourd travail d’enquête parfois mal accepté. De plus, leur travail devient utile pour les juges lorsqu’une décision doit être prise. Dans le dernier chapitre ce sont les institutions qui sont examinées. Tout d’abord, l’auteure montre la formation d’une nouvelle institution dont le but est d’observer la psychologie des enfants pour bien le placer. Ce sont aussi les anciennes maisons qui sont de plus en plus critiquées malgré les changements qui s’y font. Il est de moins en moins admis qu’une maison utilise ses pensionnaires comme ouvrier à bas prix sans prendre en compte leur futur. Un contrôle est exigé par les familles et par l’État.

    En conclusion, ce livre permet aux personnes intéressées de comprendre comment ont fonctionné les diverses institutions autours de l’enfance qualifiée de déviante. L’auteure, en utilisant un grand nombre de sources, montre une époque de changements qui se concrétisera après la deuxième guerre mondiale. Ces changements se déroulent petit à petit et ne sont pas identiques selon la classe sociale ni selon le lieu. L’auteure montre aussi une époque qui considère comme normale de traiter durement des enfants considérés comme pouvant être dangereux. Ce livre est très intéressant si l’histoire de l’enfance est un sujet qui vous fait envie.

    Image : Amazon

  • Ex Machina 2 par Brian K. Vaughan et Tony Harris

    Titre : Ex Machina 29782365773881-couv-M200x327.jpg
    Auteurs : Brian K. Vaughan et Tony Harris
    Éditeur : Urban Comics 2014
    Pages : 296

    On recommence les aventures du maire Hundred dans ce second tome. Celui-ci nous place devant quatre nouvelles histoires sans liens entre elles. Le maire est toujours impliqué dans des problèmes politiques importants mais ceux-ci perdent de leur intensité face à des ennuis aussi bien publiques que privé. Ainsi, suivre son devoir de citoyen peut le mener en plein sur la scène publique. Il tente aussi de comprendre ce qui est arrivé à sa mère. Mais tout cela n'est rien face à une menace terroriste sur la ville. Le maire sera-t-il capable de défendre sa ville? Et se voit-il qu'une ancienne menace le suit dans l'ombre?

    Après un très bon premier tome j'avais un peu peur que le second tombe dans du moins réussit. Bien que la surprise du début ne soit plus présente je pense que l'exercice est toujours aussi réussit pour Vaughan. Ce dernier réussit à le mettre dans des postures qui impliquent des choix difficiles, mais connus de tous les politiciens, et de devoir, parfois, utilises ses pouvoirs. L'auteur réussit aussi à nous en donner un peu plus sur le passé de la Grande Machine et d'ouvrir sur l'arrivée de super vilains. Encore une fois, c'est réussit.

    • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

    • Papier toilette.

    • Roman de gare.

    • À lire.

    • Tolkien. La surprise est passée mais je trouve ce comics toujours aussi bon et intéressant. Des points sont laissés en suspens où alors rapidement évacués mais sans atteindre le corps de l'histoire.

    Image: Éditeur

  • Ex Machina 1 par Brian K. Vaughan et Tony Harris

    Titre : Ex Machina 19782365772631-couv-M200x327.jpg
    Auteurs : Brian K. Vaughan et Tony Harris
    Éditeur : Urban Comics 2013
    Pages : 288

    En dehors des Marvel et des DC il existe tout un monde. L'un des auteurs que je suis avec intérêt est Brian K. Vaughan. Il est l'auteur de Y le dernier homme ainsi que de Saga. J'ai choisi de lire Ex Machina. Ce comics se concentre sur la vie de Mitchell Hundred. Il est ingénieur sans histoire avec une mère passionnée par la politique. Un jour il est pris dans une explosion. Depuis, il est capable de communiquer avec les machines. Il devient donc le premier super héros et prend le nom de la Grande Machine. Mais il se rend compte que ses activités n'aident pas vraiment la population. Il met son costume au placard et se présente aux élections à la mairie. Mais il est obligé de retourner sur le terrain lors du 11 septembre. Suite à ses exploits il est brillamment élu. Cependant ce n'est que le début de son mandat et être maire est bien plus difficile que de jouer au super héros.

    Je crois bien que je suis tombé sur l'un de mes comics préférés. Autant je n'ai rien contre un bon vieux combat bien spectaculaire autant je suis beaucoup plus intéressé par des intrigues plus subtiles. Et cette histoire me l'offre. L'auteur a créé des intrigues particulières qu'il divise en trois "parties". La première est une sorte de flash-back sur le passé de Hundred en tant que Grande Machine, la seconde est une forme d'enquête sur des morts et la troisième est un problème politique. Bien entendu, rien n'empêche de relier ces trois parties de temps en temps. Ainsi, nous suivons le maire alors qu'il tente de passer outre les débats politiques chaud du moment. On le voit tenter de les désamorcer, avec succès ou non, alors qu'on en apprend plus sur son passé et ses capacités. Cette construction permet d'avoir une grande richesse dans la narration. On peut aussi bien s'intéresser au passé, qu'au thriller ou aux problèmes politiques. Ce qui nous permet de ne jamais tomber dans l'ennui. En bref, pas vraiment de critiques mis à part certains visages dessinés un peu bizarrement.

    • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

    • Papier toilette.

    • Roman de gare.

    • À lire.

    • Tolkien. J'ai beaucoup aimé ce comics. J'apprécie surtout le côté politique des intrigues. Bien que le maire soit, techniquement, un être doué de pouvoirs on voit assez rarement des combats et c'est tout aussi bien. Je préfère le voir dans son évolution post super héros que de voir un retour en arrière mal préparé.

    Image: Éditeur

  • Femmes publiques. Les féminismes à l'épreuve de la prostitution par Catherine Deschamps et Anne Souryis

    Titre : Femmes publiques. Les féminismes à l'épreuve de la prostitution

    Auteures : Catherine Deschamps et Anne Souryis

    Éditeur : Amsterdam 2008

    Pages : 187

    La dernière fois que je me suis inscrit sur une mailing list féministe française j'ai reçu des centaines de messages concernant la prostitution. Les débats étaient vifs et même violents dans certains cas. Ne connaissant pas vraiment l'état de ce dernier en France je me suis lancé dans ce petit livre qui, bien que daté de quelques années, semblait promettre un bilan et des solutions. Je voulais aussi voir s'il m'était possible de faire des liens avec la situation suisse au débat beaucoup plus endormi actuellement. Les auteures font ce bilan en trois chapitres.

    Le premier chapitre, écrit par Catherine Deschamps, permet de poser les termes du débat. L'auteure commence par définir ce que veulent dire le réglementarisme, l'abolitionnisme et le prohibitionnisme. Elle montre que ces positions peuvent aussi bien permettre de mettre en place des politiques publiques en faveurs ou contre les prostitué-e-s. Cependant, elle se porte résolument contre toute pénalisation de la prostitution. Elle explique aussi que l'abolitionnisme a été dévoyé, selon elle, puisque les personnes qui s'en réclament l'utilise pour créer un droit spécifique alors que ce dernier est, historiquement, un refus des droits spécifiques aux prostitué-e-s et de l'action policière. Elle continue en observant l'état des lois à l'époque ainsi que le danger d'un projet de loi pour la sécurité intérieure qui menace fortement les prostitué-e-s. Ces chapitres sont datés puisqu'ils se portent sur une époque politique spécifique et que, depuis, le parti socialiste a décidé de pénaliser les clients.

    Un second chapitre s'occupe de présenter les forces en présence. Après une unification durant la lutte en faveurs de la contraception et de l'avortement qui se base sur l'idée de créer un moindre risque il y a eu une division, surtout aux USA, entre féministes pro-sexe et anti-sexe. Les unes considèrent que les choix doivent être étendus aux femmes et aux membres des communautés LGBTs tandis que les secondes considèrent la sexualité comme socialement en faveurs des dominants masculins et donc suspecte. Les auteures observent cette division et les personnes qui font partie d'un camp ou de l'autre. Dans le dernier chapitre c'est le discours sur des points problématiques qui est analysé. Ainsi, les auteures observent des problèmes dans la manière de considérer l'argent mais aussi la sexualité et le consentement. Les prostitué-e-s sont vues comme des personnes qui ne peuvent jamais donner un consentement et leur expérience est effacée.

    En conclusion les auteures nous offrent une possibilité pour recréer une alliance entre les féminismes et les prostitué-e-s. Au lieu de se baser sur de grandes doctrines elles proposent de se baser sur un besoin concret des personnes concernées en vue du moindre danger. Le but est de permettre aux concerné-e-s de choisir par elles-mêmes et non de décider de leurs possibilités à leur place. Ainsi, la parole des prostitué-e-s est ici centrale pour comprendre les besoins. Bien que la Suisse n'ait pas un débat important sur le sujet il me semble nécessaire de garder en tête les réflexions de ce livre. Car les décisions qui sont prises en Suisse, et dans les cantons, ont des effets qui ne sont pas forcément en faveurs personnes qui se prostituent. Une révision des législations actuelles devrait pouvoir être envisagée dans le sens des propos des auteures autrement dit pour donner des droits et non des devoirs.

    Image: Éditeur

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  • Cartographie de l'anarchisme révolutionnaire par Michael Schmidt

    Titre : Cartographie de l'anarchisme révolutionnairecouv-cartographie-site.jpg
    Auteur : Michael Schmidt
    Éditeur : Lux 2012
    Pages : 186

    Après un gros livre sur la première guerre mondiale je me suis dit qu'il me faudrait un petit livre. Après avoir hésité je me suis lancé dans un ouvrage que j'avais vu à de nombreuses reprises et qui m'intéressant depuis longtemps. L'auteur y dépeint l'histoire de l'anarchisme en 5 vagues. Cette construction en vagues, qu'il critique, lui permet de comprendre comment l'anarchisme s'est pensé et constitué dans l'histoire plutôt que d'en faire une force politique immatérielle et éternelle de lutte contre le pouvoir. Chacune de ces vagues s'est accompagné d'auteur-e-s, de réussites et d'échecs. Mais l'auteur ne se contente pas de montrer ce que tout le monde connait. L'histoire mythique de l'anarchisme qui commence avec la première internationale pour se briser face au bolchevisme et au fascisme en Espagne. La guerre civile espagnole marquant la pierre tombale de l'anarchisme dans le réel. Au contraire, l'auteur tente de replacer l'histoire aussi bien dans le contexte mondial qu'après les années trente. Ainsi, plutôt qu'une perte de consistance l'auteur montre une force de l'anarchisme encore aujourd'hui dans le monde.

    Bien que ce livre soit très intéressant et qu'il permet de connaitre un grand nombre d'auteur-e-s différents des pères et mères de l'anarchisme il pose quelques problèmes. Le premier est sa taille. En 150 pages l'auteur essaie de montrer 150 histoires dans le monde entier. Bien qu'il réussisse à montrer la grande diversité des associations anarchistes dans le temps et l'espace un résumé aussi important créer une sensation de densité du texte. Les sigles de groupes se multiplient sans qu'il soit toujours facile de savoir de quoi on parle et dans quelle partie du monde. Un second problème, d'un point de vue académique, est le ton de l'ouvrage. Celui-ci est très militant. Je n'ai rien contre le militantisme anarchiste mais l'auteur pourrait voir son livre disqualifié par certaines personnes qui refusent ses idées. Ainsi, l'auteur se place fortement contre le bolchevisme qu'il considère comme un capitalisme d’État. Certain-e-s militant-e-s pourraient se sentir attaqués dans leurs idées et croyances. Mais il serait dommage de s'empêcher de lire cet ouvrage qui permet de voir l'étendue de l'anarchisme dans le monde et ce jusqu'à nos jours.

    Image: Éditeur

  • Violences et insécurité. Fantasmes et réalités dans le débat français par Laurent Mucchielli

    Titre : Violences et insécurité. Fantasmes et réalités dans le débat françaisInsecurite.jpg
    Auteur : Laurent Mucchielli
    Éditeur : La découverte et Syros 2001
    Pages : 141

    J'aime bien lire Laurent Mucchielli. Ses livres ont une posture critique indispensable dans le contexte actuel. Celui-ci s'intéresse au débat français sur la violence et le sentiment d'insécurité mais la plupart des arguments de l'auteur peuvent être mis en parallèle avec le débat suisse sur le sujet. En effet, depuis plusieurs années le sentiment d'insécurité est au centre des politiques publiques et des médias. Dans le même temps le coupable est identifié sous la forme des jeunes de plus en plus violents et de plus en plus incapables de s'insérer dans les règles sociales. Mais est-ce vrai? N'y a-t-il pas quelque chose d'un peu plus compliqué? L'immigration est-elle la source de la délinquance? L'auteur tente de répondre en 5 chapitres.

    Les trois premiers chapitres permettent à Mucchielli d'analyser les discours de trois institutions. Tout d'abord, l'auteur observe comment fonctionne la presse. Il observe que celle-ci ne prend pas en compte l'aspect politique des violences et qu'elle se contente, souvent, de montrer les événements sans les expliques. De plus, de nombreux chiffres sont utilisés sans vérifications ni critiques. Ensuite, l'auteur observe les experts de la sécurité. Ceux-ci sont de plus en plus importants sur le sujet et tente de se faire voir comme des universitaires. Mucchielli montre qu'il n'en est rien et que ces experts ont des intérêts importants dans l'industrie de la sécurité. Enfin, il observe le discours politique et, plus spécifiquement, celui d'une part bureaucratique et particulière de la police. Celle-ci analyse la délinquance en termes d'échelles du moins important au plus dangereux sur laquelle se grefferait la carrière délinquante. De plus, c'est l'idée d'une fin de la civilisation face à un ennemi intérieur puissante et numériquement important qui est utilisé dans la rhétorique.

    Dans le quatrième chapitre l'auteur examine les statistiques de la délinquance. Il montre comment celles-ci sont formées et l'utilité qu'elles peuvent avoir ainsi que leurs biais et limites. L'auteur y fait un autre constat que ceux publiés par la presse. Ainsi, la plupart des actes de délinquances sont en baisses. Seuls les violences augmentent mais peu et pour des actes qui ne sont pas graves. L'apparition des violences sexuelles de manière de plus en plus importante s'explique à la fois par la fin d'un tabou et par l'entrée de ces catégories dans les plaintes acceptées. Enfin, l'immigration n'est pas criminelle. Les seuls étrangers surnuméraires le sont à cause de la violation des lois sur l'immigration ou par un ciblage spécifique par les polices. Enfin, dans un dernier chapitre, l'auteur tente de montrer comment a changé la délinquance juvénile depuis les années 50. Il montre que celle-ci existe depuis de nombreuses années sous des formes proches. Ainsi, il montre l'importance que prit le danger des "blousons noirs". Nous ne sommes donc pas dans une époque particulière.

    En conclusion ce livre, salutaire, permet de contester voir de simplement relativiser un grand nombres de discours politiques et médiatiques. Plutôt que de ne vouloir qu'une simple répression il faut comprendre la raison de l'entrée en délinquance. Ici, l'auteur est en faveurs de supprimer certaines choses comme la prohibition du cannabis. Ce livre est donc utile à la fois aux journalistes, aux politiciens et aux policiers qui peuvent l'utiliser pour guider leur action mais aussi pour comprendre, un peu, le contexte. Celui-ci se veut aussi un moyen de débat pour lancer de nouvelles solutions inventives.

    Image: Site de l'auteur

  • Le héros était une femme... le genre de l'aventure par Loïse Bilat et Gianni Haver

    Titre : Le héros était une femme... le genre de l'aventure
    Directeur/trice : Loïse Bilat et Gianni Haver
    Éditeur : Antipodes 2011
    Pages : 268

    Les femmes héros ne sont pas nombreuses dans la culture populaire. Les dernières productions le montrent parfaitement. Les rares femmes sont de simples faire valoir quand elles ne pourraient pas être remplacées par des chaises. Et les choses ne risquent pas de changer si l'on en croit le programme de la phase 3 de Marvel. Cependant, il existe un certain nombre de femmes qui ont accédé au statut d'héroïnes. Sont-elles pour autant différente des hommes ou des femmes normales? Peuvent-elles briser la norme patriarcale? Ce livre souhaite répondre à ces questions sur plusieurs chapitres qui étudient chacun un personnage particulier.

    Alors que le premier chapitre crée ce que l'on pourrait nommer une théorie de l'héroïne - conçue comme un personnage qui agit sur l'intrigue plutôt que de la subir - les autres s'intéressent à quelques personnages qui peuvent venir du monde des romans ou des comics. Ceci rend une présentation complète difficile. Je vais donc parler de quelques exemples que j'ai apprécié. Et comme je suis logique on va commencer par le dernier chapitre concernant Wonder Woman. Ceux et celles qui suivent ce blog savent que ma connaissance des comics est récente et parcellaire. Je me suis rapidement intéressé à Wonder Woman dont j'ai lu avec intérêt les aventures dans le DC Comics Anthologie. Alors un article sur elle n'allait pas me rendre indifférent! Celui-ci permet de déconstruire le caractére féministe de Wonder Woman. Oui, elle se bat pour les femmes. Mais ce combat a lieu dans un contexte particulier et dans une direction particulière. Les femmes peuvent être aussi forte que les hommes pour les remplacer lors de la WWII. Mais leur combat pour la liberté doit se faire en direction de leur charme, amour et l'acceptation de la soumission. C'est donc un message de soumission plus que d'empowerment qui est lancé. Un autre article que j'ai apprécié concerne Yoko Tsuno. Je lisais ses aventures avec passion lors de mon enfance. L'article montre bien l'intérêt de son personnage, une femme japonaise technicienne, dans un monde masculin hostile. Les tenues sont aussi analysées avec attention. On y trouve aussi une analyse de Catwoman qui conclut sur l'aspect beaucoup plus novateur face à Batman (pas celui de Nolan) que dans le film centré sur elle. Nous avons donc un livre à la fois intéressant mais un peu décousu. Il permet de créer des liens et l'analyse de personnages précis est un bon moyen de montrer comment utiliser la théorie face à un objet particulier. Un livre que je recommande.

    Image: Éditeur

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  • Beauté fatale. Les nouveaux visages d'une aliénation féminine par Mona Chollet

    Titre : Beauté fatale. Les nouveaux visages d'une aliénation féminine9782355220395.gif
    Auteure : Mona Chollet
    Éditeur : La Découverte 2012
    Pages : 237

    Je sais, je sais. Honte à moi de n'avoir jamais lu Mona Chollet avant aujourd'hui. J'avais entendu parler d'elle, et en bien, mais je n'avais pas pris le temps de m'y intéresser. Cette erreur est maintenant réparée avec un livre qui m'intéressait particulièrement (et qui peut fâcher certaines personnes). Celui-ci permet à l'auteure d'analyser la manière dont l'industrie de la mode agit sur la perception de la beauté autant sur soi que sur les autres. Cet essai polémique, plus qu'une étude, place de nombreux points sur les I et on se demande comment une industrie aussi déviante peut encore exister.

    Pour cette étude Mona Chollet écrit 7 chapitres qui s'intéressent chacun à certains points de la mode et de la beauté. Alors que les deux premier permettent à l'auteure de noter un certain retour en arrière, backlash, elle note aussi que ces retours se forment souvent lors de certains contextes particuliers. Pour analyser celui-ci elle décide de s'intéresser au milieu de la mode. Les chapitres suivant seront l'occasion d'expliquer pourquoi analyser ce milieu particulier. Il faut bien avouer que la prose de l'auteure et à la fois jouissive et inquiétante. Je ne vous dis pas les rires qui m'ont soudainement pris lors de pique sarcastique. Par exemple, les passages sur Gossip Girl sont magnifiques. Mais elle montre aussi un milieu qui s'observe lui-même tout en se considérant comme supérieur. Un milieu qui impose aux femmes un certain standard et qui, en cas de dérives, rejette toute responsabilité. Ainsi, le fait que les modèles soient majoritairement des femmes blondes et blanches extrêmement mince est considéré comme une demande de consommateur et naturalisé comme la forme de beauté parfaite. On oublie totalement les aspects structurels du racisme et l'historicité de la beauté. J'ai aussi trouvé très intéressant de considérer les maladies que sont la boulimie et l'anorexie non comme de simples désordres psychologiques individuels mais de les placer dans un fonctionnement social qui pousse les femmes à suivre un idéal dangereux et à se priver continuellement. Ce ne sont que quelques exemples d'un livre très intéressant qui frappe là ou ça fait mal et que je considère comme une lecture nécessaire pour tout le monde, femmes comme hommes.

    Image: Éditeur

  • L'an V de la révolution algérienne par Frantz Fanon

    Titre : L'an V de la révolution algérienne9782707167637.gif
    Auteurs : Frantz Fanon
    Éditeur : La Découverte et Syros 2001
    Pages : 174

    Je ne connais pas grand-chose sur la guerre d'Algérie. Bien entendu je sais quelques petites choses que tout le monde connaît. Mais ce n'est pas vraiment important. Donc quand j'ai pu lier mon désir d'en savoir plus à la fois sur la pensée de Frantz Fanon et sur la guerre d'Algérie j'ai sauté sur l'occasion. Ce livre est publié pour la première fois en 1959. Frantz Fanon est en plein militantisme et il utilise ses connaissances pour aider les Algériens à se libérer de la tyrannie du colonialisme français. Outre cela il écrit. Ici il tente d'analyser les changements que la guerre de libération a créé dans la société algérienne aussi bien d'un point de vue social que dans l'usage des techniques.

    Fanon décrit les changements sur 5 chapitres. Le premier concerne principalement les femmes ainsi que leur rapport au voile dans le cadre du colonialisme. Alors que la condamnation française du voile comme un reste de l'ancien temps sexiste ne fit rien pour dévoiler les femmes c'est, paradoxalement, selon Fanon, la guerre qui permit aux femmes de se dévoiler. Ceci se fit non pas pour se libérer d'un carcan patriarcal qui n'est qu'une tradition acceptée mais pour aider à la Révolution. Ainsi, une femme dévoilée peut plus facilement parcourir les rues pour aider les hommes à éviter la police. Inversement, l'intérêt envers les femmes dévoilées par la police a impliqué le retour du voile qui permet de cacher armes et bombes. Dans le second chapitre l'auteur analyse l'arrivée massive et l'usage de la radio. Celle-ci, malgré le brouillage, permet de donner les informations sur les réussites de la Révolution aux citoyen-ne-s alors que les médias français cachent les victoires. Plus encore, les médias de la Révolution utilisent plusieurs langues dont le français. Dans le troisième chapitre Fanon tente de montrer en quoi la guerre change la manière dont la famille fonctionne. Que ce soit le fils qui ne suit plus les conseils de son père ou la fille qui doit nécessairement s'occuper de la famille en l'absence de l'homme voir vivre avec des hommes sans être mariées. Mais c'est aussi le mariage qui change. Alors que, selon Fanon, le mariage était d'abord une alliance entre clans durant la guerre ce sont des personnes qui apprennent à se connaître qui souhaitent se marier sans avoir à demander le droit aux parents (surtout au père). Fanon analyse, dans le chapitre 4, la manière dont la médecine est utilisée par les forces colonialistes. En effet, selon Fanon, la France a tenté d'interdire la vente de médicaments ainsi que de forcer les médecins à dénoncer les blessures suspectes. Enfin, l'auteur termine sur la minorité européenne en montrant comment certains de ses membres décident de soutenir la Révolution que ce soit à l'aide d'informations ou en cachant biens et personnes dans leur propriété.

    Je suis à la fois très favorable et un peu déçu par ce livre. Favorable car il donne la pensée de Fanon sur une Révolution en cours et les mutations que cela implique nécessairement dans une société. On apprend donc un certain nombre de choses sur le fonctionnement de la guerre ainsi que sur les raisons qui peuvent pousser certaines personnes à se révolter. Cependant, cette analyse pèche, et c'est normal, par le contexte durant lequel elle a été écrite. Comment peut-on créer un livre avec une méthodologie impeccable alors que l'auteur se trouve en pleine guerre et risque la prison, voir la mort, chaques jours? Il est donc parfaitement compréhensible que les exemples soient des généralités et que Fanon n'entre pas dans le détail. Mais ce qui m'a le plus déçu est la manière dont Fanon analyse le rôle des femmes. L’œil exercé se rend facilement compte qu'elles sont gardées en réserve pour des activités subalternes. Cela ne veut pas dire que ces activités ne sont pas importantes mais elles ne sont pas des luttes. Mais Fanon ne voit pas ça. Alors que son analyse du racisme et du colonialisme est très stimulante il est singulièrement aveugle envers le système patriarcal. Je souhaiterais donc en savoir un peu plus sur ce sujet mais il faudra, pour cela, m'intéresser à d'autres auteur-e-s.

    Image: Éditeur

  • Peau noir, masques blancs par Frantz Fanon

    Titre : Peau noir, masques blancs9782020006019.jpg
    Auteurs : Frantz Fanon
    Éditeur : Seuil 1959
    Pages : 188

    Depuis que j'ai connu Frantz Fanon dans un cours de philosophie politique j'ai voulu le lire. J'avais eu l'occasion de lire la fameuse préface de Sartre aux Damnés de la Terre mais ce que Sartre écrit n'est pas forcément la même chose que ce que dit Frantz Fanon. Je me suis donc lancé dans un premier livre (et un second en ce moment même). Celui-ci est une tentative d'analyser le colonialisme selon une perspective psychologique. Pour cela, Frantz Fanon écrit 7 chapitres dans lesquels il analyse aussi bien les femmes, les hommes, le discours colonial que l'expérience.

    Bien que la lecture m'ait été difficile – je ne connais absolument rien en psychologie et je suis certains d'avoir mal compris ou incompris une grande partie de son discours d'où cette présentation très courte – je l'ai trouvé intéressant. En effet, Fanon montre parfaitement bien comment fonctionne le colonialisme et, par extension, le racisme. Dans le premier chapitre il montre l'importance du langage dont la maîtrise permet de se civiliser selon les normes blanches face à une langue considérée comme bâtarde par ces mêmes personnes. Il montre aussi, si j'ai bien compris, comment fonctionne la haine de soi qui mène à vouloir se lier aux personnes blanches pour éviter et effacer une origine de couleur. Ceci fonctionne aussi bien pour les hommes que les femmes. Mais les chapitres que j'ai le plus appréciés sont ceux qui concernent le discours colonial et l'expérience vécue. En effet, en ce qui concerne le discours des colonisateurs Fanon montre qu'il est construit sur une prétendue infériorité des peuples pour avoir le droit, le devoir, de les civiliser et, donc, de prendre le contrôle des peuples. Fanon lutte contre l'idée que certains peuples ont un "complexe d'infériorité" qui les destinaient à être colonisés. Dans son analyse de l'expérience vécue il analyse les mythes et les regards dans la rue. Les mythes créent une échelle de valeurs qui part de noir/mal à blanc/bien et qui sont offerts comme moyens de comprendre le monde à tous les enfants qu'elle que soit leurs origines. Mais c'est aussi la rue qui, par son fonctionnement, crée l'origine. Ce sont les regards et les comportements qui montrent à la personne qu'elle est considérée comme dangereuse ou non.

    Encore une fois, je n'ai de loin pas compris ce livre. L'usage par Fanon des concepts de la psychologie ne me permet pas de véritablement entrer dans son discours. Ceci est, bien entendu, dû à mes propres méconnaissances et même avec ce manque j'ai trouvé les propos de Fanon puissants et intéressants. Bien que je ne sois pas certain que la psychologie soit la meilleure entrée pour comprendre le fonctionnement du colonialisme et du racisme l'auteur crée une analyse qui vaut la peine d'être lue. Je ne peux malheureusement pas en dire beaucoup plus sans mentir sur mes capacités.

    Image: Éditeur

  • Philomena

    Nous avons tous entendu parler du scandale des adoptions forcées en Irlande. Certaines personnes savent même que ces pratiques ne sont pas seulement irlandaises. Ce film parle de l'un de ces scandales. Philomena est une femme qui pleure la perte de son premier enfant qui aurait dû avoir 50 ans. Sa fille n'était au courant de rien ni personne d'autre d'ailleurs. Mais cette fois elle souhaite vraiment savoir ou se trouve son fils. Elle prend donc contact avec un ancien journaliste récemment expulsé de son travail à Downing Street, Sixsmith. Bien que les pistes irlandaises ne donnent rien il et elle continuent leur quête aux USA. Ce voyage leur permettra d'apprendre plusieurs choses sur le fils de Philomena et sur les raisons de l'adoption.

    On le sait, le début du XXe siècle ne fut pas le plus facile pour les personnes un peu marginales. De nombreuses institutions s'occupaient d'elles et pouvaient les enfermer plusieurs années sans se justifier. Mais ce film n'explore pas vraiment ce coté de l'histoire. Il préfère se concentrer sur la relation entre deux personnes: un journaliste et politicien désabusé et choqué par ce qu'il découvre et une femme qui tente seulement de retrouver son fils et non de trouver des coupables. Ainsi, les deux personnages interagissent selon des buts différents et des moyens différents. Alors que Sixsmith observe le récit comme un journaliste qui souhaite pointer du doigt des personnes Philomena cherche des informations. Les deux personnages sont magnifiquement joués par les deux personnes qui ont été choisies pour cela. Leur duo fonctionne parfaitement bien et c'est toujours un plaisir d'observer Judi Dench à l'écran.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario.

    • Joss Whedon. Un film magnifiquement joué sur un thème qu'il aurait été facile de tourner vers le pathos. Le choix de ne pas expliquer le contexte mais d'observer deux personnes est, à mon avis, une magnifique idée.

    Image: Site officiel

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  • Les ombres de l'histoire. Crime et châtiment au XIXe siècle par Michelle Perrot

    Titre : Les ombres de l'histoire. Crime et châtiment au XIXe siècle9782080679147_cm.jpg
    Auteur : Michelle Perrot
    Éditeur : Flammarion 2001
    Pages : 427

    2014 est l'anniversaire de la mort de Michel Foucault. Je trouve donc qu'il est intéressant de terminer 2013 avec un livre sur l'histoire de la prison. Celui-ci est composé de plusieurs articles écrit par l'historienne Michelle Perrot. Cette dernière s'est intéressée aux prisons alors que Michel Foucault avait lancé le sujet dans la discipline historique. L'usage des concepts foucaldiens lui permet de mieux comprendre les sources qu'elle analyse dans les différents articles de cet ouvrage.

    Celui-ci est découpé en 5 parties qui regroupent différentes contributions selon certains thèmes. La première partie permet de resituer le travail de Foucault et la manière dont il a été reçu et critiqué par les historien-ne-s. Cette partie nous permet de comprendre un peu mieux l'intérêt de Foucault pour l'histoire des prisons et des organisations totales. Mais aussi les raisons qui se cachent derrière les critiques (souvent justifiées). La seconde partie permet à Michelle Perrot de donner des informations sur certains des grands penseurs de la prison au XIXe siècle. Entre Bentham et la construction intellectuelle de la prison panoptique et Tocqueville et ses considérations sur la prison via les archives de son voyage aux USA elle nous parle d'un traité sur la pauvreté. Ces textes permettent de comprendre l'importance du débat qui a entouré la prison au XIXe. Comment la construire? Comment la gérer et comment surveiller? Les écrits de Bentham sont particulièrement glaçants puisque ses idées mènent à la destruction de la vie humaine au profit de l'utilité.

    Les parties suivantes permettent d'entrer dans l'analyse du crime et de la marginalité. La troisième est donc constituée de textes concernant la "vie carcérale". Comment vit-on en prison au XIXe siècle? Les révolutions ont-elles un impact sur celles-ci? Que faire de l'écriture? Autant de questions auxquelles répond Michelle Perrot. Ainsi, elle montre que les révolutions s'attaquent aux prisons selon certaines modalités. Les prisonniers politiques sont célébrés alors que les voleurs sont conspués. Et même si des réformes sont promises les demandes en ce sens sont rapidement écartées. Mais Michelle Perrot examine aussi l'expérience de la prison de Genève grâce à un travail d'un autre historien, Malgré une constitution à la pointe des sciences de l'époque ce fut un échec.

    La quatrième partie examine la signification des crimes. Celle-ci commence par un examen des décomptes statistiques qui permet de mettre en question son fonctionnement ainsi que les significations qui sont données aux chiffres. Perrot continue sur deux contributions qui nous parlent de l'importance des faits divers pour comprendre les craintes de l'époque. L'une des deux nous parle d'un cas particulièrement important: l'affaire Troppmann. Celle-ci reçut une énorme attention médiatique et fut accusée d'être orchestrée par le gouvernement pour éviter de porter les réflexions sur d'autres problèmes plus importants.

    La dernière partie parle de thèmes qui ont prit une actualité importante ces derniers temps. En effet, les contributions qui y sont réunies parlent de la mendicité, des vagabonds et des jeunes. Alors que les vagabonds mendiants sont de plus en plus contrôlés et accusés de créer le crime en volant et en violant – voir même en créant les épidémies par leurs migrations – l'époque s'inquiète des enfants. Ces derniers sont décrits comme des voyous qui prennent le contrôle de la rue au lieu de travailler à l'usine. Les médias de l'époque s’inquiètent de ces bandes de jeunes qui, pourtant, ne sont pas si importants selon les sources.

    Que dire, au finale, de ce livre? L'ennui avec les recueils de contributions c'est qu'ils créent le danger d'une impression de flou dans les sujets analysés. Bien que les contributions soient classées selon des thèmes définis on peut se demander, parfois, pourquoi tel sujet apparaît après tel autre. De plus, on cherche à en savoir plus sans pouvoir le faire. Cependant, le sujet de ce livre est de plus intéressants. Ce constat est d'autant plus important dans le contexte sécuritaire actuel. Alors que les promesses de sécurité et le contrôle se multiplient dans des proportions de plus en plus fortes ce livre permet d'historiciser certains points tout en offrant des comparaisons intellectuelles. C'est donc une lecture qui peut guider un avis critique sur certaines politiques publiques en cours de construction ou déjà décidées. Je pense, en particulier, à la surveillance mais aussi à la mendicité et à la peur de la jeunesse.

    Image: Éditeur

  • Le loup de Wall Street

    Jordan Belfort est un jeune homme d'une vingtaine d'année quand il est engagé dans une agence de courtage. C'est aussi un homme marié dont le rêve est de devenir riche. Mais alors qu'il obtient sa licence il est viré le jour même lors de l'un des plus grands krachs boursier de l'histoire. Cependant, rien ne saurait l'arrêter et il se retrouve bien vite dans une petite agence qui vend des actions sans valeurs d'entreprises naissantes. Il s'y fera vite remarquer par sa capacité à vendre de manière agressive. C'est alors qu'il décide de créer sa propre entreprise qui doit lui permettre de devenir riche! Mais cela est-il légal et, si oui, moral? Peu importe, car il n'y a que l'argent qui compte et nul ne saurait se mettre en travers de son chemin.

    Qui est Jordan Belfort? Cet homme dont la vie est au centre de deux livres et maintenant de ce film est un courtier qui a réussit. Mais il a réussi d'une certaine manière. En effet, on observe un homme dont la seule obsession est l'argent et le meilleur moyen de le recevoir grâce à un système capitaliste en roue libre. Comme le dit l'un des personnages au début du film: Tout n'est que virtuel. Le client croit devenir riche alors qu'il ne reçoit rien tandis que le courtier se prend une commission importante. Le but du jeu n'est donc pas de bien conseiller son client mais de lui vendre et de garder son argent sur le marché tout en empochant la commission. Prendre l'argent dans la poche d'autrui pour le mettre dans la sienne. Cette philosophie reste au centre de tout le film. Les courtiers sont dépeints comme des rapaces qui vendent des produits sans les connaître ni même tenter de comprendre. Leur seul but est de gagner et si certains perdent de l'argent autant que ce soit leurs clients.

    Dans ce contexte l'argent est devenu une drogue dont la dose quotidienne est nécessaire. Mais ce n'est pas la seule addiction de Jordan. Celles-ci sont expliquées par un besoin de détente et d'acuité durant toute une journée. Ainsi, l'usage des drogues permet de survivre à des journées éprouvantes durant lesquelles tout est basé sur la performance. Cette excitation s'évacue aussi par la sexualité affichée. Les bureaux de l'entreprise sont donc les lieux d'un spectacle continuel de débauche et de fête ou la drogue, la sexualité et la performance sont au centre de tout. Rien ne compte si ce n'est de pouvoir faire ce que l'on veut avec l'argent de sa réussite.

    La sexualité me mène à parler d'un autre aspect central dans le film: les femmes. Elles sont centrales non pas grâce à leur rôle. Les rares femmes nommées sont soit des épouses, des mères ou des courtières. Et encore elles ont rarement beaucoup de choses à dire à l'écran. Car Jordan ne voit pas les femmes comme des partenaires mais comme des biens permettant de prouver sa réussite matérielle. A plusieurs reprises il explique que la richesse permet de vivre avec une belle femme tandis que le marqueur de pauvreté serait de posséder (j'utilise ce terme exprès) des femmes moches. Ainsi, non seulement Jordan a une femme mannequin mais il achète aussi de nombreuses prostituées et offre même une augmentation mammaire à une employée. Moins que des êtres humains les femmes sont des biens dont il est possible de faire cadeau à ses employés. La nudité fait partie de ce cadeau et elle est souvent affichée et imposée aux femmes. Nous nous trouvons clairement dans un usage d'un bien pour prouver sa réussite sociale.

    Au final, ce film éprouvant possède-t-il une morale? Je ne crois pas. Même quand Jordan est puni (que ce soit par la justice ou les circonstances) il réussit à s'en sortir. Il n'y a pas non plus de véritables explications d'un système vicié. Le film manque donc singulièrement de point de vue. En effet, tout est mis selon le regard de Jordan qui se fiche de savoir véritablement comment le système fonctionne ou est régulé (mal) tant qu'il gagne de l'argent. Mais ce que ce film nous offre est une ambiance. Celle d'un groupe d'individus mis au centre d'une machine qui brasse des millions et dont on demande une performance à toute épreuve. Un système qui broie les employé-e-s même qui y gagnent puisqu'ils et elles perdent tout sens de la réalité. Une ambiance de toute puissance et de stress intense qui permet de comprendre comment certaines affaires et crises récentes ont pu avoir lieu.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario.

    • Joss Whedon. Superbement joué, extrêmement bien réalisé, ce film est éprouvant et épuisant. Malgré sa longueur on ne sent pas le temps passé. Est-ce une véritable explication du fonctionnement de la bourse? Non, pour cela il vaut mieux s'intéresser à Margin Call qui y réussit beaucoup mieux (et qui montre aussi un dédain des clients).

    Image: Allociné

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  • Mandela: Long walk to freedom

    C'est un peu le film qui tombe exactement au bon moment. Basé sur l'autobiographie de Nelson Mandela il retrace sa vie, son histoire et ses luttes depuis ses débuts en tant qu'avocat jusqu'à sa prise de pouvoir en tant que président d'un pays déchiré. Le film commence donc dans les rues des townships alors que Mandela défend ses compatriotes devant la justice et séduit des femmes dans les bars. Bien qu'il soit conscient des inégalités il n'agit pas politiquement. Mais, un jour, un ami est battu à mort dans un commissariat et personne ne veut agir. C'est à ce moment, selon le film, que Nelson Mandela se lance dans l'activisme et entre dans l'ANC dont il devient rapidement l'un des leaders. Mais la répression est de plus en plus forte et, bientôt, l'ANC décide d'utiliser la violence contre le terrorisme d'état. Arrêté et condamné c'est sa femme qui deviendra le symbole de la résistance alors que lui reste derrière les barreaux tout en essayant d'agir du mieux qu'il peut. Jusqu'à ce que le gouvernement n'ait plus d'autres choix que de déposer les armes du terrorisme et d'accepter un processus de paix.

    Que dire de ce film que je n'ai pas dit pour les autres biopics que j'ai vu au cinéma? Car je l'ai souvent écrit: tous les biopics souffrent d'un problème majeur qui se retrouve dans la mise en place des biographies (et aussi des autobiographies) qui est de créer un sens de l'histoire, une forme de destin inné dont l'on pourrait retrouver les traces dès l'enfance. Basé sur une autobiographie ce film n'est absolument pas exempt de ce problème. Il est même démultiplié. Car une autobiographie n'est pas autre chose qu'un retour sur ce que l'on se souvient à un moment donné. Donc une construction d'un passé. Ce caractère se voit très fortement dans ce film qui revient à plusieurs reprises sur l'enfance de Mandela pour expliquer l'importance des organisations et du devoir envers la communauté. Comme si tout venait de son enfance et rien de sa vie adulte. C'est aussi un film qui porte sur un piédestal un personnage historique. Oui, Mandela a énormément fait pour son pays et son peuple. Mais ses problèmes familiaux sont laissés au second plan (ainsi sa première femme disparait d'un seul coup) tandis que son entrée dans la violence n'est ni expliquée politiquement ni vraiment explorée. Comme si c'était une parenthèse d'une vie de pacifisme. Mais cette violence doit bien avoir une raison précise et ne pas la questionner est, à mon avis, indigne envers un tel personnage. Comme souvent, on oublie aussi les autres acteurs et actrices de l'époque qui sont laissés derrière l'ombre de Mandela. Après tout, c'est un biopic. Cependant, on peut tout de même en comprendre un peu plus sur une époque, sur une atmosphère mais aussi sur les raisons d'un divorce politique avec sa seconde femme. Le film se construisant selon le point de vue de Mandela on a peu d'informations sur les contestations internes te externes à l'ANC. Mais on peut en observer. Un film parfait? Certainement pas. Mais un bon film tout de même.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario. Un homme d'exception dont la lutte est devenue un symbole de la renaissance d'un pays entier dans un film bien réalisé avec des acteurs et des actrices convaincant-e-s. Malgré les problèmes inhérents au style du biopic j'ai beaucoup aimé ce film.

    • Joss Whedon.

    Image: Site officiel

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