Politique - Page 3

  • Le loup de Wall Street

    Jordan Belfort est un jeune homme d'une vingtaine d'année quand il est engagé dans une agence de courtage. C'est aussi un homme marié dont le rêve est de devenir riche. Mais alors qu'il obtient sa licence il est viré le jour même lors de l'un des plus grands krachs boursier de l'histoire. Cependant, rien ne saurait l'arrêter et il se retrouve bien vite dans une petite agence qui vend des actions sans valeurs d'entreprises naissantes. Il s'y fera vite remarquer par sa capacité à vendre de manière agressive. C'est alors qu'il décide de créer sa propre entreprise qui doit lui permettre de devenir riche! Mais cela est-il légal et, si oui, moral? Peu importe, car il n'y a que l'argent qui compte et nul ne saurait se mettre en travers de son chemin.

    Qui est Jordan Belfort? Cet homme dont la vie est au centre de deux livres et maintenant de ce film est un courtier qui a réussit. Mais il a réussi d'une certaine manière. En effet, on observe un homme dont la seule obsession est l'argent et le meilleur moyen de le recevoir grâce à un système capitaliste en roue libre. Comme le dit l'un des personnages au début du film: Tout n'est que virtuel. Le client croit devenir riche alors qu'il ne reçoit rien tandis que le courtier se prend une commission importante. Le but du jeu n'est donc pas de bien conseiller son client mais de lui vendre et de garder son argent sur le marché tout en empochant la commission. Prendre l'argent dans la poche d'autrui pour le mettre dans la sienne. Cette philosophie reste au centre de tout le film. Les courtiers sont dépeints comme des rapaces qui vendent des produits sans les connaître ni même tenter de comprendre. Leur seul but est de gagner et si certains perdent de l'argent autant que ce soit leurs clients.

    Dans ce contexte l'argent est devenu une drogue dont la dose quotidienne est nécessaire. Mais ce n'est pas la seule addiction de Jordan. Celles-ci sont expliquées par un besoin de détente et d'acuité durant toute une journée. Ainsi, l'usage des drogues permet de survivre à des journées éprouvantes durant lesquelles tout est basé sur la performance. Cette excitation s'évacue aussi par la sexualité affichée. Les bureaux de l'entreprise sont donc les lieux d'un spectacle continuel de débauche et de fête ou la drogue, la sexualité et la performance sont au centre de tout. Rien ne compte si ce n'est de pouvoir faire ce que l'on veut avec l'argent de sa réussite.

    La sexualité me mène à parler d'un autre aspect central dans le film: les femmes. Elles sont centrales non pas grâce à leur rôle. Les rares femmes nommées sont soit des épouses, des mères ou des courtières. Et encore elles ont rarement beaucoup de choses à dire à l'écran. Car Jordan ne voit pas les femmes comme des partenaires mais comme des biens permettant de prouver sa réussite matérielle. A plusieurs reprises il explique que la richesse permet de vivre avec une belle femme tandis que le marqueur de pauvreté serait de posséder (j'utilise ce terme exprès) des femmes moches. Ainsi, non seulement Jordan a une femme mannequin mais il achète aussi de nombreuses prostituées et offre même une augmentation mammaire à une employée. Moins que des êtres humains les femmes sont des biens dont il est possible de faire cadeau à ses employés. La nudité fait partie de ce cadeau et elle est souvent affichée et imposée aux femmes. Nous nous trouvons clairement dans un usage d'un bien pour prouver sa réussite sociale.

    Au final, ce film éprouvant possède-t-il une morale? Je ne crois pas. Même quand Jordan est puni (que ce soit par la justice ou les circonstances) il réussit à s'en sortir. Il n'y a pas non plus de véritables explications d'un système vicié. Le film manque donc singulièrement de point de vue. En effet, tout est mis selon le regard de Jordan qui se fiche de savoir véritablement comment le système fonctionne ou est régulé (mal) tant qu'il gagne de l'argent. Mais ce que ce film nous offre est une ambiance. Celle d'un groupe d'individus mis au centre d'une machine qui brasse des millions et dont on demande une performance à toute épreuve. Un système qui broie les employé-e-s même qui y gagnent puisqu'ils et elles perdent tout sens de la réalité. Une ambiance de toute puissance et de stress intense qui permet de comprendre comment certaines affaires et crises récentes ont pu avoir lieu.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario.

    • Joss Whedon. Superbement joué, extrêmement bien réalisé, ce film est éprouvant et épuisant. Malgré sa longueur on ne sent pas le temps passé. Est-ce une véritable explication du fonctionnement de la bourse? Non, pour cela il vaut mieux s'intéresser à Margin Call qui y réussit beaucoup mieux (et qui montre aussi un dédain des clients).

    Image: Allociné

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  • Mandela: Long walk to freedom

    C'est un peu le film qui tombe exactement au bon moment. Basé sur l'autobiographie de Nelson Mandela il retrace sa vie, son histoire et ses luttes depuis ses débuts en tant qu'avocat jusqu'à sa prise de pouvoir en tant que président d'un pays déchiré. Le film commence donc dans les rues des townships alors que Mandela défend ses compatriotes devant la justice et séduit des femmes dans les bars. Bien qu'il soit conscient des inégalités il n'agit pas politiquement. Mais, un jour, un ami est battu à mort dans un commissariat et personne ne veut agir. C'est à ce moment, selon le film, que Nelson Mandela se lance dans l'activisme et entre dans l'ANC dont il devient rapidement l'un des leaders. Mais la répression est de plus en plus forte et, bientôt, l'ANC décide d'utiliser la violence contre le terrorisme d'état. Arrêté et condamné c'est sa femme qui deviendra le symbole de la résistance alors que lui reste derrière les barreaux tout en essayant d'agir du mieux qu'il peut. Jusqu'à ce que le gouvernement n'ait plus d'autres choix que de déposer les armes du terrorisme et d'accepter un processus de paix.

    Que dire de ce film que je n'ai pas dit pour les autres biopics que j'ai vu au cinéma? Car je l'ai souvent écrit: tous les biopics souffrent d'un problème majeur qui se retrouve dans la mise en place des biographies (et aussi des autobiographies) qui est de créer un sens de l'histoire, une forme de destin inné dont l'on pourrait retrouver les traces dès l'enfance. Basé sur une autobiographie ce film n'est absolument pas exempt de ce problème. Il est même démultiplié. Car une autobiographie n'est pas autre chose qu'un retour sur ce que l'on se souvient à un moment donné. Donc une construction d'un passé. Ce caractère se voit très fortement dans ce film qui revient à plusieurs reprises sur l'enfance de Mandela pour expliquer l'importance des organisations et du devoir envers la communauté. Comme si tout venait de son enfance et rien de sa vie adulte. C'est aussi un film qui porte sur un piédestal un personnage historique. Oui, Mandela a énormément fait pour son pays et son peuple. Mais ses problèmes familiaux sont laissés au second plan (ainsi sa première femme disparait d'un seul coup) tandis que son entrée dans la violence n'est ni expliquée politiquement ni vraiment explorée. Comme si c'était une parenthèse d'une vie de pacifisme. Mais cette violence doit bien avoir une raison précise et ne pas la questionner est, à mon avis, indigne envers un tel personnage. Comme souvent, on oublie aussi les autres acteurs et actrices de l'époque qui sont laissés derrière l'ombre de Mandela. Après tout, c'est un biopic. Cependant, on peut tout de même en comprendre un peu plus sur une époque, sur une atmosphère mais aussi sur les raisons d'un divorce politique avec sa seconde femme. Le film se construisant selon le point de vue de Mandela on a peu d'informations sur les contestations internes te externes à l'ANC. Mais on peut en observer. Un film parfait? Certainement pas. Mais un bon film tout de même.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario. Un homme d'exception dont la lutte est devenue un symbole de la renaissance d'un pays entier dans un film bien réalisé avec des acteurs et des actrices convaincant-e-s. Malgré les problèmes inhérents au style du biopic j'ai beaucoup aimé ce film.

    • Joss Whedon.

    Image: Site officiel

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  • Black feminism. Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000

    Titre : Black feminism. Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-20009782296051041j.jpg
    Auteures : Multiples
    Éditeur : L'Harmattan 2008
    Pages : 260

    Bon, il ne va pas être facile de parler de ce livre mais je vais essayer le présenter sans trop d'erreurs. Il est constitué de nombreux textes (11 en comptant l'introduction) qui datent de différentes époques. Leurs points communs est de tenter de faire le lien entre la lutte féministe et la lutte contre le racisme. Cette position est résumé sous le sigle, si je l'ai bien compris, de black feminism. Soit un féminisme qui parle aussi des problèmes de dominations raciales. Ces textes sont écrits par des femmes africaines-américaines aux USA. Ce pays a une tradition importante de lutte antiraciste basée, en particulier, sur les africain-e-s américain-e-s. Ce type de mouvements est peu connu en France et encore moins en Suisse d'où l'intérêt de comprendre le black feminism pour se rendre compte des manques de nos propres pays face au sujet.

    Le livre commence, heureusement, par une introduction rédigée par Elsa Dorlin. Ce texte permet non seulement d'expliquer quelques choix de traductions mais surtout de place le contexte du black feminism. Ce qui permet au lecteur ou à la lectrice de mieux comprendre les textes choisis. Ceux-ci, nombreux, permettent de montrer à la fois une envie et un manque. En effet, les femmes qui écrivent ces textes se déclarent féministes mais ne peuvent pas entrer dans les groupes militants féministes. Pourtant l'envie ne manque pas de se retrouver dans le féminisme. En effet, le féminisme américain (pour ne parler que de lui) oublie de mettre en place une réflexion sur la racisme interne des femmes blanches féministes. De plus, rares sont les femmes noires à être mises au panthéon féministe. Il est donc nécessaire de mettre en place une réflexion à la fois sur le racisme et sur le sexisme.

    La question qui se pose est comment intégrer ces textes au féminisme européen. Nous n'avons pas la même histoire que les États-Unis. En Suisse nous n'avons pas, de plus, d'expérience coloniale alors que la France en possède une. Cela implique-t-il que le black feminism ne peut rien nous apporter? J'en doute fortement. Non seulement celui-ci permet d'apporter une réflexion sur les liens entre racisme et sexisme. Plusieurs textes montrent que la manière dont on considère la femme et l'homme noir comme naturellement forte et dévirilisé créent des problèmes à la fois de sexisme et de militantisme. Mais ils permettent surtout de mettre en question des pratiques et pensées dans le féminisme actuel. Étant donné que nous n'avons pas la même expérience historique de lutte en faveurs des droits des personnes noires nous n'avons pas non plus connu de remises en questions frontales d'un fonctionnement raciste de la société et du militantisme. Ce n'est pas qu'il n'y en a pas eu mais nous n'avons pas connu de nationalisme noir ou de black panther party. Pour se remettre en question il est donc nécessaire de lire ces textes et de réfléchir sur nos propres fonctionnements.

    Image: Éditeur

  • Bavures policières? La force publique et ses usages par Fabien Jobard

    Titre : Bavures policières? La force publique et ses usages9782707135025.gif
    Auteur : Fabien Jobard
    Éditeur : la découverte 2002
    Pages : 295

    Nous entendons tous, de temps en temps, parler de bavures. Des policiers qui ont agit en dehors du cadre de leur fonction. Une violence d’État qui est suivie immédiatement par la colère des associations de défense des droits de l'homme et des victimes. Mais aussi par la défense de l'usage de la force policière face à des individus qui peuvent être dangereux. Mais personne ne tente de comprendre comment et pourquoi la violence policière a lieu. C'est ce que se propose de faire l'auteur dans ce livre.

    Cette analyse est divisée en trois parties de deux chapitres chacun. La première partie permet à Fabin Jobard d'examiner les récits qu'il a récolté. Il y trouve de nombreux exemples de violences policières. Avant de considérer leur réalité il essaie de comprendre dans quelles circonstances cette violence se crée. Il apparaît que celles-ci sont relativement restreintes. En effet, les policiers établissent un calcul concernant les personnes, les lieux et l'utilité de la violence. Le contexte a donc une grande importance et se comprend aussi bien comme contexte social que comme contexte territorial. Ainsi ce sont surtout des personnes en état d'anomie qui sont visées par une violence qui a lieu dans un environnement particulier en dehors du regard public. La seconde partie permet à l'auteur d'examiner ce qui se déroule quand des faits allégués sont dénoncés à la presse. Il y montre une confrontation de deux histoires entre la victime qui se crée une virginité et la police qui noircit la personne ainsi que les circonstances. Ainsi, la confrontation permet soit à la police de montrer que son usage de la violence était légitime soit à la victime de démontrer une violence illégitime. La troisième partie permet d'examiner comment les policiers sont jugés et sanctionnés en cas de violence. L'auteur montre que la justice française crée une forme de protection du fonctionnaire dont les décisions sont légitimes a priori. Mais il y existe aussi la possibilité de parler de la victime pour la disqualifier par exemple en parlant de rébellion. L'auteur y montrer que les victimes les plus probables sont justement celles qui pourront le moins dénoncer la violence dont ils peuvent être les sujets.

    Pour conclure sur cette courte présentation je ne peux que dire que j'ai trouvé le livre intéressant mais difficile à lire. Le propos est parfois ardu et utilise des références juridiques qui me sont souvent inconnues. Cependant il permet de comprendre les logiques d'apparition de la violence policière et créant des moyens de savoir quels sont ses possibilités. Malheureusement il est aussi basé sur l'exemple français et une grande partie de l'ouvrage ne peut donc pas être utilisé pour d'autres pays sans travail en amont.

    Image: Éditeur

  • Le capital tome 2 par Karl Marx

    Titre : Le capital 2580_big.jpg
    Auteur : Karl Marx
    Éditeur : Soleil manga 2011
    Pages : 192

    L'histoire de Robin et son entreprise de fromage continue dans ce second tome qui sera l'occasion d'expliquer les effets pervers du capitalisme. Car Robin est maintenant un patron qui a réussit. Son usine s'est agrandie et fonctionne à une cadence de plus en plus forte. Mieux encore, Robin est capable de créer ses propres produits et d'engloutir d'autres usines. Mais il se rendra compte que ses agissements en tant que patron ont des conséquences importantes sur la vie de ses employés. Pire encore, ce qu'il fait va se retourner contre lui avec une puissance dévastatrice.

    Ce livre est à la fois plus et moins intéressant que le tome précédent. Plus intéressant car Engels vient directement nous expliquer le fonctionnement du monde capitaliste ce qui permet de résumer, en simplifiant, les apports théoriques du marxisme. Mais moins intéressant car ces points théoriques sont mauvais pour l'intérêt de l'histoire de base. En effet, celle-ci est souvent mise de côté pour de petites excursions théoriques. Pire encore, l'histoire ne devient qu'un support d'exemples pour la théorie au lieu de laisser celle-ci se révéler durant les intrigues. Ceci est, à mon avis, vraiment dommage.

    • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

    • Papier toilette.

    • Roman de gare. Simpliste mais intéressant. C'est une introduction utile pour les personnes qui ne connaissent rien au marxisme mais du déjà-vu pour les autres. Il reste à saluer l'effort qui a été mis pour traduire en images un livre dense et compliqué.

    • À lire.

    • Tolkien.

    Image: Éditeur

  • Le capital par Karl Marx

    Titre : Le capital579_big.jpg
    Auteur : Karl Marx
    Éditeur : Soleil manga 2011
    Pages : 192

    Le capital de Karl Marx fait partie de ces livres que l'on est censé connaître mais que l'on n'ose pas ouvrir. Donc quand j'ai appris qu'il existait une version manga je me suis lancé dedans ce qui me permettra de connaître un peu mieux l’œuvre majeure de Karl Marx. Cependant je n'y connais absolument rien en manga et ce sera probablement mon dernier. L'histoire est basée sur les thèses de Karl Marx mais elles apparaissent en suivant un jeune homme prit en pleine révolution industrielle. Le jeune Robin travaille avec son père dans la petite fabrique de fromage artisanale familiale. Il souhaite épouser la fille du banquier local mais n'est pas assez riche pour cela. Alors quand un investisseur lui propose d'ouvrir une usine il ne réfléchit pas deux fois. C'est ainsi qu'il apprendra à devenir un capitaliste et à considérer ses semblables comme des marchandises qu'il utilise pour leur propre bien.

    Ce petit manga, le premier pour moi, est intéressant. Ce qui me semble le plus réussit est d'avoir montré comment fonctionne le capitalisme sans utiliser textuellement les théories marxistes. Bien entendu on nous explique comment l'économie fonctionne mais ce sont les personnes qui se révoltent qui expliquent en quoi le système est à la fois injuste et non-fonctionnel. Ainsi, à force de considérer ses employés comme des marchandises Robin se prend à les brutaliser de plus en plus sans état d'âme pour réussir à atteindre un chiffre d'affaires élevé. Il commence aussi à se rendre compte du problème que pose sa manière de réfléchir quand il apprend ce que signifient les investissements dans son usine. En bref c'est une introduction intéressante sans être complète.

    • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

    • Papier toilette.

    • Roman de gare. On apprend beaucoup de choses mais rien de bien compliqués. Le propos est un peu simpliste mais permet tout de même de comprendre le marxisme dans ses bases. Quelqu'un d'intéressé voudra aller plus loin.

    • À lire.

    • Tolkien.

    Image: Éditeur

  • L'antifascisme en France de Mussolini à Le Pen par Gilles Vergnon

    Titre : L'antifascisme en France de Mussolini à Le Pen1259075133.jpg
    Auteur : Gilles Vergnon
    Éditeur : Presses Universitaires de Rennes 2009
    Pages : 234

    L'antifascisme a pris une actualité ces derniers mois lors de la mort d'un militant. Après une courte période de sympathie une avalanche de critiques s'est abattue sur le mort sans jamais que l'antifascisme ne soit défini ou considéré comme un moyen de défendre la démocratie. La période française qui vient de se dérouler est aussi celle d'une résurgence dans le public de mouvements (néo)fascistes qui utilisent le thème du mariage pour tous et toutes comme moyen de militer. C'est la raison de mon intérêt pour le sujet car bien que je sois capable de comprendre les grandes lignes de l'antifascisme et du fascisme cela ne veut pas dire que je comprends son histoire. Ce livre, qui porte sur la France, devait m'aider.

    L'auteur, historien, divise son livre en 6 chapitres. Chacun de ces chapitres dépeint une période particulière de l'antifascisme et de sa lutte contre un ennemi parfois imaginaire parfois très concret. Ainsi, c'est dès les années 20 que le terme apparaît dans les discours français de l'époque. Celui-ci décrit tout d'abord la situation italienne et les personnes et institutions qui souhaitent un système politique autoritaire. Mais le militantisme est encore faible et n'atteint pas son niveau de février 1934. Cette année qui forme tout un chapitre est le moment d'une forte peur du fascisme qui débouche sur de nombreuses manifestations monstres au nom de la défense des valeurs républicaines. Cette journée est aussi un moment d'unité, parfois construite a posteriori, entre les gauches. L'antifascisme sera important pour la culture politique des années 30 qui permettront la mise en place d'une demande d'unité contre un ennemi mais surtout de travail en faveurs de la paix alors que la guerre est vue comme un moyen de fonctionnement pour le fascisme. Cette période se termine sur l'occupation de la France par l'Allemagne. On pourrait croire que la Résistance française utiliserait un registre discursif fortement imprégné des thèmes de l'antifascisme mais il n'en est rien. Ce sont plutôt le patriotisme et les thèmes républicains qui sont utilisés face à un gouvernement autoritaire considéré comme étant de droite.

    Mais comment le militantisme a-t-il pu muter après la Deuxième Guerre Mondiale? Selon l'auteur c'est la Guerre d'Algérie qui renouvelle le militantisme. Autant le danger d'un gouvernement de Gaulle tenté par l'autoritarisme que les combats coloniaux en Algérie et les mouvances terroristes qui en sortent sont vu comme de possibles fascismes. Mais il est difficile de placer de Gaulle comme fasciste alors que son nom est un symbole de la Résistance française. Tandis qu'il est facile de s'attaquer aux Généraux et à l'OAS qui s'attaquent aux symboles de la République. Après les années 60 le militantisme perdra de son attrait face à des mouvements ennemis peu structurés et presque morts. Mais l'arrivée sur la scène publique du Front National via ses résultats électoraux surprendra tout le monde et réactivera les discours d'unité contre le fascisme qui ont empêché toute alliance entre la droite institutionnelle et le FN. L'auteur explique que la dénomination fasciste du FN ne fait l'unanimité et même que certaines personnes la considèrent comme dangereuse pour lutter contre ce parti. En tout cas, le FN continuera son ascension jusqu'en 2002 date de fin de l'ouvrage.

    En conclusion voila un livre intéressant pour quelqu'un, comme moi, qui ne connaît rien au sujet. Le livre est dense dans sa synthèse d'un siècle entier sur tout un pays. Il permet de mieux comprendre le fonctionnement de l'antifascisme et ses liens avec la gauche et l'antiracisme. Il permet aussi de comprendre pourquoi le thème de l'antifascisme n'est pas forcément le plus adéquat pour des luttes politiques actuelles. en effet, qui croit se trouver dans une période précédent la mise en place de dictatures? Au pire nous nous trouverons dans une société autoritaire mais non dans une dictature ouverte et assumée.

    Image: Site de l'éditeur

  • Défaire le genre par Judith Butler

    Titre : Défaire le genre
    Auteure : Judith Butler
    Éditeur : Amsterdam 2012
    Pages : 331

    Depuis que je connais les études genre j'ai voulu lire du Butler. Après tout son livre Trouble dans le genre est l'une des références de ce champ d'étude. Mais j'ai aussi toujours eu peur d'elle. Ses propos ont la réputation d'être particulièrement obscure et difficile à lire. C'est aussi une auteure particulièrement décriée dans les mouvements masculinistes et antiféministes. Il fallait tout de même que je me lance un jour où l'autre et j'ai décidé de commencer à rebours. En effet, ce livre est, à ma connaissance, l'un des derniers qu'elle ait écrit à ce jour. Selon la quatrième de couverture, ce livre permet d'aller plus loin que Trouble dans le genre dans la pensée de Butler. En effet, depuis que Butler a publié ce dernier un certain nombre d'années ont passé. Défaire le genre permet donc de connaitre les dernières recherches de Butler. Il permet aussi de penser l'altérité du genre en particulier quand on parle de la transsexualité. Qu'est-ce que le genre et comment peut-on le déconstruire pour le recréer et permettre de nouvelles possibilités de vies humaines? C'est, je crois, le principal propos de ce livre.

    Qu'est-ce qu'un être humain et qu'est-ce qu'une vie vivable? Ces questions reviennent souvent dans le livre de Butler. Selon elle, le genre permet de catégoriser les personnes entre humains et non-humains. Le non-humain est une personne qui n'est pas incluse dans la catégorie humaine car son genre n'est pas compréhensible. Cette catégorie n'a pas inclut que des lesbiennes, des gays ou des personnes transsexuelles mais, dans l'histoire et actuellement, des migrants, des noirs, des musulmans. L'humain serait inclut dans un certain nombre de droits universels qui dépendent du lieu historique et culturel. Mais les marges existent et mettent en danger ces valeurs universelles en montrant que, justement, l'universel n'inclut pas tout le monde. Selon cette constatation on peut commencer une lutte politique pour être inclut dans la définition d'humain. Mais cette lutte, qui actuellement concerne le mariage pour les gays et lesbiennes en occident, implique une normalisation. Dans le cas de la France, par exemple, le droit au mariage dit pour tous implique que les autres formes de partenariats sont encore plus marginalisées. Butler fait donc le constat qu'une lutte légitime peut très bien marginaliser des individus. Elle fait le même constat en ce qui concerne la transsexualité. Bien que la lutte contre la psychiatrisation de la transsexualité soit légitime elle implique, comme backlash, un non-remboursement des opérations et, donc, une marginalisation des personnes pauvres.

    Comme on peut le voir il est difficile pour moi de parler de ce livre et de présenter sa richesse théorique. En effet, celui inclut de nombreux chapitres qui concernent aussi bien la philosophie du féminisme que l'intersexualité. De plus, l'auteure écrit d'une manière particulièrement compliquée et je suis loin d'être certain d'avoir compris tous les propos. S'ajoute à ce constat ma méconnaissance des écrits antérieurs de Butler qui auraient pu me permettre de faire des liens entre ses différents travaux. Quoi qu'il en soit, ce livre m'a beaucoup stimulé et m'a permit de comprendre un grand nombre de choses auxquelles je n'avais pas forcément réfléchit auparavant. Malgré la difficulté la lecture vaut largement la peine.

    Image: Éditeur

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  • Outsiders. Etudes de sociologie de la déviance par Howard S. Becker

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    Auteur : Howard S. Becker
    Éditeur : Métailié 1985
    Pages : 247

    La sociologie de la déviance a pris une importance considérable dans mes études ces deux dernières années et atteint un niveau d'intérêt de ma part comparable aux études genre. J'ai lu pas mal d'ouvrages et d'articles sur le sujet dont ce livre. Mais je l'ai lu comme un étudiant qui prépare un travail à rendre dans deux semaines et qui n'a le temps que de sélectionner. Ce que j'en avais tiré m'a énormément intéressé et m'a ouvert de nouvelles perspectives de compréhension. J'ai donc décidé d'acheter le livre et de le lire tranquillement cet été sans échéances.

    Il est tout d'abord nécessaire d'annoncer que ce livre est écrit en 1963. Il analyse donc des situations qui peuvent avoir changé profondément. Ce qui ne veut pas dire que la méthode engagée n'est pas valable bien au contraire. Becker, sociologue américain encore vivant à ce jour, y examine la déviance selon une approche radicalement différente de celle qui était courante dans la sociologie américaine de l'époque. Au lieu de postuler d'une spécificité des déviants ou d'une naturalité des normes il tente de comprendre l'entier du processus qui conduit à considérer une activité comme déviante et à la punir. Ce qui implique que Becker tente non seulement de comprendre les déviances illégales, l'usage du cannabis, que les déviances légales, les musiciens de jazz, ou encore la manière dont on construit et met en place des normes. Le livre est donc construit selon ce schéma et permet de mettre en place une analyse que Becker nomme interactionniste car elle prend en compte les interactions sociales entre tous les acteurs sociaux.

    Ce livre fut l'un des symboles de ce qui a été nommé le labeling. Ceci concernait des études qui tentaient de comprendre la mise en place d'une déviance et d'une identité déviante dans le monde social. Ce qui permet d'étudier aussi bien les fumeurs de cannabis que les gardiens de prisons ou les lobbys de moralité. Il a eu une importance considérable car non seulement il ouvrait, avec d'autres, de nouvelles perspectives mais il est aussi écrit de manière claire et simple. Cette caractéristique est rafraîchissante quand on est habitué à lire Bourdieu qui, lui, écrivait de manière particulièrement compliquée. Comme je m'y attendais j'ai beaucoup apprécié ce livre dont le sujet est non seulement intéressant mais toujours d'actualité. Un nombre considérable de politiciens et de journalistes gagneraient à sa lecture que, de toute manière, je conseille chaudement.

    Image: Éditeur

  • Un siècle d'antiféminisme sous la direction de Christine Bard

    Titre : Un siècle d'antiféminisme9782213602851-G.JPG?itok=uClWhYB6
    Direction : Christine Bard
    Éditeur : Fayard 1999
    Pages : 481

    Le féminisme, bien qu'il ait eu de grandes victoires, est mal vu. En tant que féminisme (oui je suis un homme qui se déclare féministe deal with it) j'ai souvent entendu des propos peu flatteurs quand je parlais de cette partie de mon identité politique. Pourquoi un homme souhaite-t-il être féministe alors que cette « idéologie » serait le fait de lesbiennes mal baisées qui utilisent la violence contre les hommes. Voila, en une phrase j'ai résumé tout ce que l'on peut penser du féminisme quand on est antiféministe. L'idée que le féminisme n'est plus utile et qu'il utilise la violence pour réactiver une guerre des sexes est importante dans la société et participe d'une destruction des acquis du féminisme et de son infamie. J'ai donc voulu comprendre d’où venait, historiquement, ces conceptions et ces idées et je me suis intéressé à ce livre écrit sous la direction de Christine Bard.

    Le livre est dense et met en place de nombreuses analyses aussi bien historiques, politiques, sociologiques que linguistiques ou encore cinématographiques. Ce qui permet d'avoir une véritable richesse d'analyses diverses sur de nombreux thèmes. Cependant, le livre est divisé en trois parties globalement chronologiques. La première partie part de la fin du XIX aux années de la première guerre mondiale pour analyser les réactions faces aux premières féministes. Les analyses montrent une véritable peur de la citoyenneté des femmes qui pourraient littéralement détruire la civilisation. Celle-ci n'est pas l'apanage de la droite mais existe aussi à la gauche de l'échiquier politique qui ne manque pas de tenter de remettre les femmes au bon endroit: la cuisine. Cette partie se termine sur les effets majeurs de la première guerre mondiale sur le féminisme. La seconde partie prend en compte les années 1930 aux années du baby-boom. Outre une analyse de l'idée que l'on se fait des femmes dans les dictatures (en particulier Vichy) les auteur-e-s s'intéressent aussi à l'antiféminisme de la Résistance qui utilise les femmes selon leurs capacités considérées comme naturelles. Mais qui les punissent aussi pour avoir osé offrir leur corps à l'ennemi. On trouverait ici une conception de l'appartenance nationale du corps féminin à cause de sa capacité procréatrice. Les tontes seraient un moyen de revendiquer cette appartenance en punissant les femmes coupables. On y trouve aussi un article sur la manière dont le Deuxième sexe a été reçu par les intellectuels. L'auteure y montre une grande incompréhension des thèses du livre par des hommes parfois haineux. Enfin, les articles se terminent sur les années du MLF à aujourd’hui, soit 1999, outre des analyses sur l'antiféminisme en politique ou dans les syndicats on y trouve une histoire de la mise en place du harcèlement sexuel comme problème mais aussi un article très intéressant sur la difficulté de faire accepter la féminisation des noms de métiers.

    Face à un livre aussi dense avec un nombre important d'articles de types différents il est difficile d'écrire un résumé qui permette de montrer la richesse des analyses. Cependant ces articles permettent de mieux comprendre les mutations et origines historiques des antiféminismes. Ils permettent aussi de définir ce terme comme étant différent d'une phobie des femmes ou d'un sexisme. En effet, l'antiféminisme n'est pas un simple comportement ou une peur. C'est une pensée politique qui considère les humains dans des rôles naturels qu'il ne faudrait surtout pas briser au risque de détruire la société. Cette naturalité des rôles se retrouvent encore aujourd'hui dans un nombre impressionnant de textes qui ne cherchent pas forcément à faire de la propagande antiféministe. La différence c'est que les milieux qui se considèrent antiféministes tentent de sauvegarder ou de revenir à cet ordre hiérarchique naturel que ce soit par la politique, les romans ou le cinéma.

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  • The company you keep (Sous surveillance)

    Le film commence sur des images du passé. Les États-Unis sont en guerre au Vietnam mais la contestation est extrêmement forte. Alors que des milliers d'étudiant-e-s marchent pacifiquement dans la rue l'état réprime fortement toute contestation. Le pacifisme ne fonctionnant pas certaines franges des organisations étudiantes se radicalisent et mettent en place une lutte armée. Après une attaque de banque qui se termine sur le meurtre d'un garde les membres de cette organisation décident de disparaître. Mais, de nos jours, le FBI retrouve la trace de l'une des membres et après elle c'est tous les autres qui risquent d'être retrouvés. L'un d'eux est maintenant un avocat avec une fille de 12 ans. Alors que sa vie présente est menacée il tentera de sauvegarder cette dernière ainsi que sa fille.

    J'avoue être partagé. Ce film est non seulement bien réalisé mais aussi joué par des acteurs et actrices très convaincants! Les observer est un véritable plaisir. Le scénario est aussi intéressant. L'idée d'observer comment des militant-e-s radicaux des années 60 et 70 ont continué leur vie dans la clandestinité permet de jouer avec les changements d'avis, les problèmes de consciences et les compromis inévitables. La plupart de ces ancien-ne-s- militant-e-s ont dû accepter le capitalisme parfois avec un grand succès. Cependant leur choix de vie montre qu'ils tentent de garder en partie leurs idéaux passés. Cependant je suis déçu du traitement de la politique. Les discours ne sont presque jamais expliqués ou analysés. En fait, ces ancien-ne-s militant-e-s semblent être particulièrement apolitique. C'est à peine si on entend parler de Marx et de Fanon ou des justifications de l'époque. Pourtant un peu plus de politique aurait pu donner un résultat intéressant.

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario. De bons acteurs, un scénario intéressant mais un manque de discussions politiques que je trouve dommage. Bref, je suis mitigé.

    • Joss Whedon.

    Image: Site officiel

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  • La grande arnaque. Sexualités des femmes et échange économico-sexuel par Paola Tabet

    Titre : La grande arnaque. Sexualités des femmes et échange économico-sexuel2747576728j.jpg
    Auteure : Paola Tabet
    Éditeur : Harmattan 2004
    Pages : 207

    Qu'est-ce que la prostitution? Selon l'idée généralement admise c'est une activité qui consiste à faire payer l'usage de son corps en vue d'un acte sexuel. Mais cette définition est-elle la seule qui ait existé dans l'histoire et dans les différentes sociétés humaines? L'aspect monétaire ne se trouve-t-il vraiment que dans le cadre précis de la prostitution? Et pourquoi seuls les hommes semblent être les clients tandis que les femmes offrent la sexualité? Paola Tabet tente, dans ce livre, de comprendre le fonctionnement des échanges entre hommes et femmes en vue d'un accès à la sexualité.

    Cet examen est mené en 5 chapitres par l'auteure. Le premier et le second concernent les problèmes de définitions que pose la prostitution. En effet, il existe de nombreuses formes d'échanges de monnaies pour posséder la sexualité des femmes. Ces échanges peuvent se faire aussi bien dans le cadre marital que dans le cadre non-marital. C'est la raison pour laquelle l'auteure ne pense pas que l'échange d'argent soit la manière adéquate de définir la prostitution. Elle propose donc de mettre en place une théorisation des échanges entre hommes et femmes qui prenne en compte un continuum entre prostitution et mariage. Dans tous ces cas il y a échange de dons ou d'argents pour recevoir le service sexuel des femmes. Le troisième chapitre permet à l'auteure de comprendre comment les femmes qui se prostituent réussissent à créer une relation qui ne prenne en compte que le sexe (et non la sexualité). En effet, l'argent ne permet pas forcément de ne payer que du sexe mais, dans certains cas, de payer aussi des services maritaux comme le bain, le ménage ou encore la cuisine. Il y a donc à la fois une rupture dans les services mais il y a aussi une rupture dans la temporalité. Le service ne se déroule que durant un certain temps accepté par un contrat alors que le mariage est illimité (sauf divorces). Le quatrième chapitre permet à l'auteure de comprendre comment les hommes ressentent la sexualité libre des femmes. Celle-ci peut être vue comme un danger pour l'ordre dominant puisque ces femmes, non seulement, reçoivent de l'argent et peuvent posséder des objets masculins mais, en plus, sortent du cadre de l’économie du mariage. Ce qui permet à l'auteure de conclure sur l'aspect profondément sexiste du mariage qui implique l'offre de services sexuels et de travail gratuits en échange de dons en argent. Les hommes possèdent l'économie et les femmes un sexe qu'elles doivent utiliser comme moyen de survie.

    Ce livre est riche. Il possède de nombreux exemples et une construction théorique compliquée et fertile pour comprendre la domination des hommes sur les femmes dans les cadres des échanges économico-sexuels. Il me faudra probablement un certain nombre de relectures pour comprendre cet appareil théorique dans toute sa subtilité. Je peux déjà dire que je considère ce livre comme non seulement intéressant mais surtout extrêmement bien écrit. Je pense que les personnes qui s'intéressent à la prostitution dans un cadre d'explication sociologique peuvent difficilement passer outre cet ouvrage. L'idée que les femmes sont forcées d'entrer dans un terme d'échange inégal avec les hommes qui implique d'accepter d'offrir un service sexuel en échange de dons me semble particulièrement pertinent pour comprendre le fonctionnement des relations entre hommes et femmes. Plus encore, l'idée qu'il existe un continuum entre prostitution et mariage qui ne prenne pas forcément en compte l'argent mais le fonctionnement de la relation possède une portée explicative importante. Plutôt que de considérer la prostitution comme simple échange d'argent pour une relation sexuelle limitée dans le temps on devrait la considérer en tant que rupture des règles masculines de la bonne sexualité féminine. Ces règles sont relatives aux époques et aux sociétés mais leur violation équivaut toujours à punition. Celle-ci est généralement extrêmement violente et ne porte pas que sur le stigmate du terme prostituée mais aussi sur une humiliation publique qui peut passer par le viol dans un grand nombre de cas. Au final, l'auteure dépeint une sexualité féminine contrôlée par les hommes pour les hommes. Le corps des femmes ne leur appartiendrait pas vraiment mais serait échangé à multiples reprises dans une relation de dominée à dominant.

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  • Homeland par Cory Doctorow

    Titre : Homeland
    Directeur : Cory Doctorow
    Éditeur : Site de l'auteur
    Pages : 343

    Je retourne chez Cory Doctorow pour encore trois romans dont celui-ci. Ceux et celles qui me lisent régulièrement savent que j'ai un léger problème avec Doctorow. Soit j'apprécie énormément ce qu'il écrit soit je trouve que ça manque singulièrement de rythme. Une petite perle comme Little Brother se trouve laisse la place à un livre trop long comme Maker. Mais c'est de Homeland que je souhaite parler maintenant. Ce roman est la suite de Little Brother. Marcus a connu un peu de célébrité mais il a aussi dû continuer à vivre et prendre des cours à l'université. Malheureusement les temps sont difficiles et ses deux parents ont perdus leur travail. Comme sa bourse dépendait du travail de son père Marcus s'est endetté de plus en plus avec des prêts étudiants (ces prêts sont probablement la pire idée au monde!) et il a du quitter l'université car il ne pouvait plus tenter de travailler pour un salaire et étudier en même temps. S'en est suivi une année de chômage plus ou moins intense. Pour oublier cette période de sa vie Marcus a donc décidé d'aller au Burning Man avec sa copine Ange. Mais une vieille connaissance le rencontre à l’événement et lui donne une clé USB qui possède des documents très embarrassant pour une certaine compagnie et une certaine Carrie Johnstone. Quand cette connaissance disparaît Marcus doit décider que faire de ces documents et s'il accepte de risquer la torture à nouveau.

    Comme souvent Doctorow donne un message militant dans ses romans. Celui-ci ne sera pas l'exception à la règle. Doctorow y développe une histoire qui se concentre sur une compagnie privée de mercenaire qui développe un très fort lobby pour faire entrer des lois qui l'arrange. Cette compagnie regroupe tout ce que l'état n'a pas eu envie d'engager pour diverses raisons ou les personnes qui ont été virées de leur poste à l'armée, la CIA ou d'autres. Doctorow décrit une entreprise qui n'hésite pas à violer la vie privée des citoyens, à faire du chantage, de la corruption voir à kidnapper des personnes qui peuvent lui poser des problèmes. C'est donc le danger des compagnies de mercenaires qui est développé ici. Mais ce n'est pas le seul message. L'auteur essaie aussi de comprendre comment un système peut perdre la tête et comment on peut le remettre en place. L'économie est presque inexistante et Los Angeles est sinistrée, derrière se cachent de puissants intérêts privées qui font tout pour sauvegarder leur argent et en récolter plus. Ils le font grâce à la police parfois mais ces derniers ne sont pas décrits, ni considérés, comme mauvais. Au contraire Doctorow montre une forme de quasi-honte de ces policiers de devoir réprimer des manifestations de masse qu'ils supportent probablement dans leur vie privée. Ce dernier point, la vie privée, est aussi un thème majeur de Doctorow. Ce dernier pense qu'une démocratie ne peut fonctionner sans une dose minimum de protection de la vie privée. C'est la raison pour laquelle Marcus est si sensible envers ses informations personnelles et la manière de les protéger. Ce qui permet à Doctorow de nous offrir quelques recettes qui permettent de se protéger (j'ai découvert paranoid android qui existe réellement). Au final, c'est une réflexion sur la démocratie, ses besoins et son fonctionnement que nous offre Doctorow.

    Je peux donc dire que j'ai apprécié ma lecture. Le livre est bien écrit et intéressant. Cependant je trouve que l'auteur s'y est moins bien prit que dans Little Brother. La fin, par exemple, est un peu frustrante. On ne sait pas vraiment ce qui s'est passé, si les personnages dont on nous parler durant 300 pages ont connu le succès ou non. On doit deviner sans avoir aucun indice ou presque aucun. Cependant, toutes personnes qui se dit démocrate ou qui s’inquiète pour la vie privée y trouvera une histoire qui lui plaira.

    • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

    • Papier toilette.

    • Roman de gare.

    • A lire. Doctorow n'est pas le meilleur écrivain au monde. Mais il réussit à mettre en place des histoires intéressantes que j'ai plaisir à lire. Cependant il y a souvent des petites imperfections qui m'empêchent de considère Doctorow comme l'un de mes auteurs fétiches.

    • Tolkien.

    Image: Site de l'auteur

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  • J'ai renoncé aux soins médicaux

    Nous vivons dans le système parfait. L'assurance maladie est à la fois obligatoire est soumise à la concurrence. Pendant que la population est protégée dans sa santé les primes sont modestes grâce à l'effet de la concurrence. Que ce serait beau si ce système fonctionnait vraiment. En fait les assurances maladies suisses sont dominées par 4 grosses holdings: Helsana, CSS, Groupe-Mutuel et Assura/Supra (les deux premières offrent des baisses de primes en cas de renonciation au droit à l'avortement hommes inclus!). Nous sommes donc en face d'un système contrôlé par un groupe restreint. Malheureusement, les citoyens et citoyennes sont tout de même obligé de s'assurer. Il n'y a donc pas d'autres choix que de rester dans le système quelque-soit le coût des primes. Ce qui permet aux holdings de jouer sur les primes entre leurs diverses composantes tout en augmentant les coûts petit à petit dans un système qui n'est plus en concurrence mais en oligopole simple (pour utililier le terme technique)

    Heureusement, de nombreux systèmes permettent de baisser le coût des primes. Je les ai tous activés. Je n'ai donc aucun remboursement avant d'avoir payé 1500 francs de coûts médicaux et je dois auparavant visiter un médecin que j'ai annoncé ainsi qu'une pharmacie particulière. Mais il y a problème... Le médecin que j'ai annoncé ne me connaît pas et je ne le connais pas non plus. J'ai donné son nom simplement pour bénéficier d'une réduction de coût des primes et je l'ai choisi parce qu'il a la bonne idée d'habiter près de chez moi. Mais je n'irais jamais le voir et il ne sait probablement même pas qu'il est censé me suivre. Les personnes qui n'ont pas les moyens de payer les primes de l'assurance maladie peuvent aussi demander à bénéficier des subsides cantonaux. Mais ces subsides ne sont donnés que jusqu'à un montant maximum et les personnes qui font la demande reçoivent des conseils bien particuliers. En effet, on leur explique comment baisser la prime d'assurance maladie.

    Le problème c'est que si une personne ne peut pas payer son assurance maladie elle ne pourra pas non plus assumer les coûts d'une prise en charge médicale. Ceci est d'autant plus vrai quand on lui demande d'assumer des charges plus importantes pour baisser sa prime. On se trouve donc devant un système parfait de système de santé à deux vitesses! Pendant que les personnes qui ont les moyens peuvent baisser les primes et tout de même être capables d'assumer les coûts d'une prise en charge médicale tout un pan de la population voit fondre comme neige au soleil sa prise en charge par le système d'assurance maladie suisse et, donc, sa capacité à assumer les coûts d'une possible maladie.

    Je fais partie des personnes qui n'ont pas les moyens de payer une prime d'assurance maladie seul. Je suis obligé de recevoir de l'aide pour cela. Logiquement, je ne suis pas non plus capable d'assumer les coûts d'une prise en charge hospitalière. J'ai donc renoncé. Je n'ai pas le choix, je dois payer ma prime d'assurance maladie. Mais je peux très bien renoncer à voir un médecin en cas de problèmes médicaux. Je ne vais jamais chez le médecin. Si j'ai un problème je fais de l'automédication. Si les médicaments ne suffisent pas j'attends que ça passe. Mais une maladie ou un problème médical que je ne suis pas capable de détecter peuvent très bien se préparer et se révéler dans le futur. Pour l'éviter il faudrait que je passe une visite médicale. Or je ne le fais pas par manque de moyens. Jusqu'à maintenant je n'ai jamais eu à regretter ce choix mais ce jour pourrait bien venir. Après tout, je ne connais rien en médecine et un symptôme pourrait très bien passer inaperçu. Mais j'ai renoncé. Et ceci pourrait bien me coûter très cher un jour aussi bien du point de vue médical que du point de vue financier. On me dira que c'est un choix personnel. Je suis d'accord j'ai fait ce choix. Mais celui-ci a été contraint par un système particulier qui fonctionne, qu'on le veuille ou non, à deux vitesses. Le système d'assurance maladie suisse est vicieux. Il ne fonctionne pas et met en danger les personnes. Il est nécessaire de le changer. D'autant plus que je ne suis certainement pas le seul à avoir renoncé et je ne suis en tout cas pas le plus à plaindre. Je suis encore jeune et en bonne santé avec une famille qui m'entoure. Mais les personnes malades, seules et pauvres qui s'en occupe avant que ce ne soit trop tard?

    J'ai renoncé à me faire soigner et vous?

  • Lincoln

    J'ai enfin pu aller voir Lincoln! Il en a fallu du temps mais des circonstances en dehors de tout contrôles de ma part (trop de gens dans les salles) m'ont empêché d'aller voir ce film auparavant. Lincoln, l'un des présidents des USA les plus connus. L'homme qui a gouverné la nation durant la guerre de sécession et qui a lancé la fin de l'esclavage aux États-Unis. Cet homme nous est présenté ici par Spielberg. Le film se concentre sur une période particulière de la vie de Lincoln. Celle qui voit arriver la fin de la guerre et, surtout, l'adoption du 13ème amendement à la constitution. Celui qui prévoit l'interdiction de l'esclavage. Mais une telle victoire politique est loin d'être aisée à obtenir. Le président multiplie donc les manœuvres politiques et corruptrices pour être certain de réussir. Il doit calmer les ardeurs de certains politiciens tout en s'arrogeant le soutient de certains démocrates. Tout ceci pour qu'un vote historique puisse être obtenu.

    Bon je vais d'abord parler d'un point qui ne fera sûrement pas débats. Les acteurs sont tous extrêmement bon. En fait, j'ai rarement vu un jeu aussi maîtrisé dans un film. C'est simple je n'arrive pas à trouver un personnage qui ne me convainc pas. Ils sont tous superbement incarné. L'image est tout aussi belle. Les scènes sont toutes magnifiquement mises en place et on sent une très forte maîtrise de la part du réalisateur. Malheureusement la fin du film est un peu gâchée par quelques minutes supplémentaires peu intéressantes et qui auraient pu être supprimées. Mais c'est bien l'une des rares critiques que je puisse faire (d'autant plus que je ne suis pas expert dans ce domaine).

    Le film a été critiqué pour n'avoir laissé aucune place à l'importance des femmes noires dans la lutte contre l'esclavage. Je suis quasiment ignare en histoire des États-Unis mais je pense que cette critique peut facilement être expliquée. Ce n'est pas que l'on laisse dans l'ombre les femmes mais un biopic se concentre sur un individus particulier dont il illustre une période de la vie. Les défauts sont donc de mettre dans l'ombre les autres individus et les longues luttes qui ont permis l’événement sur lequel se concentre le film. Il est donc, à mon avis, difficile de critiquer l'absence des femmes sans critiquer la forme même du biopic. Ce qui n'empêche pas de considérer que ce film donne une place à part à Lincoln. Cet homme est érigé au rang de dieu. Les personnages l'observent avec vénération et l'armée ainsi que la population semble tous s'unir sous sa sagesse parentale. Les dissensions sont très peu développées quand elles ne sont tout simplement pas évacuées. Or, j'ai du mal à croire qu'aucune contestation n'existait dans le peuple américain. Le second aspect concerne les concernés proprement dit. Le film parle de la fin de l'esclavage mais on se rend vite compte que jamais des personnages noirs n'ont un rôle important. Ils et elles sont toujours présent-e-s mais en arrière fond avec un rôle de servant-e-s. Rarement ils osent prendre la parole et on parle d'eux et pour eux plus qu'on ne les écoute. Les principaux intéressés sont donc presque oublié et laissent - trop - la place à Lincoln pasteurs des USA.

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  • Les procès de Moscou par Nicolas Werth

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    Auteur : Nicolas Werth
    Éditeur : Éditions Complexe 1987 et 2006
    Pages : 223

    Nicolas Werth ne m'est pas totalement inconnu. J'ai déjà lu l'un de ces livres qui regroupaient plusieurs articles de sa part. Il a aussi été l'un des auteurs du fameux Livre noir du Communisme dont il ne soutient pas toutes les conclusions. Nicolas Werth est spécialiste de la répression en URSS. Mon intérêt envers ce type d'histoire ne pouvait donc que me mener en direction de ce petit livre un jour ou l'autre. L'auteur y développe les significations et le déroulement de trois grands procès publics qui ont eu lieu en 1936, 1937 et 1938. Ces procès ont été l'occasion de profondes incompréhension de la part du monde occidental et Werth tente aussi d'en comprendre les raisons. Le livre est divisé en quatre parties.

    La première partie est l'occasion, pour l'auteur, de revenir sur les procès eux-même. Qui sont les personnages impliqués et pourquoi sont-ils attaqués devant la justice? Ce bref exposé montre trois procès dont le but semble être essentiellement le spectacle. En effet, les aveux et les accusations s’emboîtent trop parfaitement pour être naturels. Les crimes imputés aux prévenus sont en contradiction bien trop importante avec leur passé pour être réaliste. Pourtant les pays occidentaux ne réussirent pas à mettre en place une critique de ces procès. C'est la question de la seconde partie du livre. Pourquoi la falsification des procès est-elle un impensable lors de leur déroulement? Outre la profonde incompréhension et le manque total d'informations sur l'URSS Nicolas Werth tente de montrer que le contexte joue un rôle important. En effet, il ne faut pas oublier que nous sommes dans une période de plus en plus tendue au niveau international. Les fascistes et les nazis s'agitent un peu partout dans le monde. Dans ce contexte l'URSS montre un exemple de système opposé aux régimes fascistes. Il y a donc trois groupes incapables de penser les procès. Les groupes proches des sphères fascistes ne pensent pas ils condamnent. Nous sommes ici dans un processus idéologique. L'ennemi doit être combattu sur tous les points. Les communistes, eux, ne peuvent pas se diviser face à l'URSS. En effet, comment critiquer le parti mère? Comment critiquer le seul pays à avoir réussi une révolution communiste? Les partis communistes sont donc tout autant incapable de penser les procès pour des raisons idéologiques. Reste les groupes de gauche radicale non communistes et les démocrates. Ces groupes ne veulent tout simplement pas diviser la lutte face au fascisme. C'est ce dernier qui est l'ennemi à combattre et toutes formes de divisions ne peut que lui être favorable.

    La troisième partie s'intéresse aux raisons internes des procès. Car des événements si fortement mis en scène ont forcément un but. Quel est-il? Pour le comprendre Werth s'intéresse au contexte économique et politique de l'URSS durant la période de l'entre-deux guerre. Le pays se trouve en pleine transformation. L'industrialisation et la croissante extrêmement forte que souhaite Staline et donc le parti sont critiqués mais, surtout, e fonctionne pas. Le pays est durablement déstabilisé économiquement. C'est dans ce contexte que se préparent et s'inscrivent les purges successives initiées par Staline contre les petits dirigeants. Mais celle-ci ne peuvent que déstabiliser encore plus le pays. Alors qui sont les coupables? La mise en place de procès qui crée un complot à l'échelle nationale permet de mettre en place des ennemis. Il devient nécessaire de surveiller ses voisins et de dénoncer les ennemis qui se sont infiltrés dans tout l'appareil du partis et du pays. Car c'est à cause d'eux que le plan stalinien n'atteint pas son but. Ce complot est matérialisé par des catégories de personnes et par les inculpés de trois grands procès de 1936 à 1938. Enfin, dans une dernière partie, Nicolas Werth tente de comprendre pourquoi et comment les accusés ont avoué. Il met en évidence un long processus de défaite de la part de ces personnes. Il pense qu'il y a probablement aussi un processus de "complot" entre le juge et le jugé. L'un accepte de se calomnier en échange de quelque chose d'autre. Une autre explication concerne aussi le besoin, pour ces personnes, de rester dans le parti pour lequel ils ont lutté toute leur vie.

    Au final que penser de ce livre? À mon avis, c'est une intéressante synthèse des différents travaux qui étudient cette période. Nicolas Werth permet au lecteur de se faire une idée claire des raisons du procès mais aussi de leur effet aussi bien en URSS qu'en occident. On peut déplorer des passages rapides sur certains points et un manque d'informations sur d'autres. Les lecteurs qui, comme moi, ne sont pas familier des querelles idéologiques des dirigeants élevés de l'URSS risquent de passer à coté de certaines explications. Mais un exercice de synthèse implique nécessairement ce type de manques. J'ai aussi beaucoup apprécié les annexes. Celles-ci sont constituées d'extraits de sources. Leur lecture permet donc d'entrer de manière plus intime dans la période et dans l'esprit de ceux qui les ont rédigés. Au final, un livre synthétique agréable à lire et intéressant.

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  • Pester Power par Cory Doctorow

    Titre : Pester Power
    Auteur : Cory Doctorow
    Éditeur : Site de l'auteur

    "Et si". C'est un peu de cette manière que Doctorow construit ses histoires. Dans le cas présent cette (très) courte nouvelle pose la question: Et si on tentait de créer une Intelligence Artificielle? Comment si prendrait-on? Quelles seraient les conséquences? Doctorow nous montre le procès d'une femme accusée de spamming. Mais derrière cette accusation se cache un problème plus important. En effet, pourquoi mettre une jeune étudiante spammeuse dans un quartier de haute sécurité? Pourquoi le DHS (Department of Homeland Security) tente de l'extrader dans des prisons secrètes? Peut-être y a-t-il plus derrière cette affaire que son avocate ne le pense. Et si elle avait créé une AI?

    Comme souvent Doctorow me frustre dans cette nouvelle. Il commence par décrire un problème intéressant puis il passe rapidement sur le contexte et ne termine pas l'histoire. Je crois que c'est la raison principale qui explique pourquoi je ne sais pas encore si j'apprécie vraiment Doctorow. Je déteste qu'on m'offre une idée d'histoire exaltante pour me laisser sur ma faim. C'est la raison pour laquelle je ne sais souvent pas vraiment comment commenter les nouvelles de Doctorow. Il ne développe pas assez ses histoires pour que je puisse mettre en place un commentaire un peu plus intéressant. Néanmoins, je trouve que l'idée que les AI puissent être dérivées des spams est intéressantes. En effet, ces robots fonctionnent automatiquement pour passer outre des barrières de plus en plus compliquées. Et si une forme d'intelligence s'y développait?

  • "J'accuse" par Emile Zola

    Titre : "J'accuse"arton90.jpg
    Auteur : Emile Zola
    Éditeur : Éditions de Londres
    Pages : 24

    Voici, peut être, le texte politique le plus célèbre de France. La lettre ouverte qui devint le symbole d'une erreur judiciaire et d'un combat antisémite violent. L'affaire Dreyfus a pris une telle importance que personne, à ma connaissance, n'en a jamais entendu parler. Dreyfus est un capitaine de l'armée française dont le tort a été d'être juif. Alors que l'armée cherche un traitre dans ses rangs elle croit l'avoir trouvé en la personne de Dreyfus. Mais les preuves sont loin d'être convaincantes et les discours antisémites se sont multipliés. C'est aussi une affaire qui a vu les intellectuels français, de gauche comme de droite, multiplier les prises de positions en faveurs ou contre Dreyfus.

    Zola, dans cette célèbre lettre, prend brutalement position pour le capitaine. Il tente de comprendre et d'illustrer comment cette erreur judiciaire s'est constituée. Il pense que la principale cause se trouve dans la personne chargée de faire l'enquête et de faire condamner Dreyfus. Cet homme aurait créé une affaire en laissant son imagination vagabonder et il aurait, par cela, laisser échapper le vrai coupable. Mais les généraux sont aussi coupables par leur inaction et leur refus d'innocenter un homme quand les preuves ne pouvaient que mener à cette conclusion. Zola y fait aussi une prophétie: l'affaire Dreyfus sera une tâche indélébile sur l'histoire de la troisième république française. Il avait raison.

    Image: Éditeur

  • De l'horrible danger de la lecture par Voltaire

    Titre : De l'horrible danger de la lecturearton221.jpg
    Auteur : Voltaire
    Éditeur : Éditions de Londres
    Pages : 16

    Voici un très court texte écrit par Voltaire en 1765. Il décrit une décision d'un fonctionnaire de l'Empire Ottoman suite à la découverte de l'imprimerie. Les décisions sont radicales. L’imprimerie est fortement condamnée à cause de sa capacité à faire circuler et à diffuser des idées qui pourraient ne pas être en accord avec les théories officielles. Comme toujours, quand un auteur du XVIIIe parle de l'Empire Ottoman il veut parler de la France.

    Mais ce qui est intéressant, mis à part le texte lui-même, c'est la raison pour laquelle les Éditions de Londres ont édité, et fournissent gratuitement, un si petit texte? Cette maison d'édition publie seulement des livres numériques. Il y a de nombreux débats sur ce mode de lecture. Certains ont peur pour la culture. D'autres ont peur pour les auteurs. Et enfin on peut avoir un certain scepticisme face à ce changement de support. Le papier n'est-il pas beaucoup plus agréable? Ces critiques mènent à dénier tout caractère de lecture au support numérique quand on décide d'atteindre la plus extrême des pensées.

    Mais ce que le livre numérique offre, et les Éditions de Londres le disent aussi, c'est la possibilité de diffuser de manière large et rapide des ouvrages et des idées. La connaissance peut atteindre des individus qui ne sont pas les cibles habituelles des éditeurs. C'est, d'ailleurs, aussi l'un des arguments de Doctorow.

    Image: Éditeur

  • De la démocratie en Amérique I par Alexis de Tocqueville

    Titre : De la démocratie en Amérique I
    Auteur : Alexis de Tocqueville
    Éditeur : In libro Veritas
    Pages : 231

    Dans ma lecture des classiques de la science politique je pouvais difficilement passer longtemps à coté de Tocqueville. Cet auteur, célèbre pour le livre que je vais tenter de présenter ici, est considéré comme l'un des premiers sociologues. Qu'étudie-t-il dans ce livre dont je viens de terminer la première partie? Il y fait l'étude et la description des USA. Celle-ci s'intéresse aussi bien aux aspects géographiques qu'à la politique et aux mœurs du peuple américain. Tocqueville essaie plus particulièrement de comprendre comment la démocratie peut fonctionner et utilise, pour cela, l'exemple qu'il juge le plus parfait (ce en quoi on peut être en désaccord) soit les États-Unis.

    Je suis agréablement surpris par la prose de Toqueville. Je m'attendais à un livre peu intéressant. Mais la manière dont Tocqueville écrit, bien que d'un style ancien, n'est pas trop lourde. Tocqueville, dans cette première partie, examine surtout les institutions américaines. Il s'intéresse surtout aux aspects fédéraux et à l'équilibre des pouvoirs. L'auteur conclut que le peuple des États-Unis a réussit à mettre en place une démocratie qui fonctionne grâce à un subtil équilibre dans les institutions. L'état central est puissant mais seulement dans certains domaines tandis que les états peuvent s'occuper des problèmes locaux qui sont inconnus de l'état central. Les institutions sont équilibrées de par leurs puissance entre elles. Ce qui permet d'éviter que l'un de pouvoirs ne devienne tyrannique. Mais Tocqueville nous avertit. Le système mis en place aux États-Unis ne peut fonctionner que dans un pays sans ennemis et donc sans besoins de guerres. Un pays qui est aussi particulièrement homogène du point de vue socio-économique, du point de vue des mœurs et de l'éducation.

  • Pourquoi sommes-nous anarchistes? par Elisée Reclus

    Titre : Pourquoi sommes-nous anarchistes?
    Auteur : Elisée Reclus
    Éditeur : Éditions de Londres
    Pages : 13

    Ce texte est très court. Si on ne prend pas en compte la préface et la notice biographique il fait moins de 5 pages. Nous n'y trouverons donc pas un examen argumenté de l'anarchisme et de ses buts. Non, ce que nous offre Reclus n'est même pas un programme. C'est une réponse à une question. Cette réponse ne peut pas être considérée comme un appel à tous les anarchistes de suivre son idée. Alors pourquoi être anarchiste? Parce que nous sommes révoltés? Parce que nous sommes jeunes? Parce que nous n'aimons pas l'état? C'est plus compliqué que cela. Nous sommes anarchistes parce que nous souhaitons la justice. Nous vivons dans un monde qui n'est pas égalitaire ni juste. De nombreux arguments peuvent soutenir cette thèse. L'anarchisme c'est vouloir créer un monde égalitaire et juste dans lequel la liberté est donnée à chacun. Mais doit-on attendre? Reclus pense que la société se dirige, évolue, vers un changement de paradigme. Cependant, le changement devra se faire par une révolution et non par l'attente longue. Bref, être anarchiste c'est être en lutte pour l'humanité. Du moins si on décide de suivre Reclus.

    Alors que penser de ce très court texte? On retrouve certaines idées phares de Reclus cependant ce ne sera pas le texte le plus intéressant de vos lectures. C'est surtout une profession de foi. Elisée Reclus nous annonce croire en l'anarchisme et en son programme. Il explique pourquoi il suit cette doctrine mais il n'examine ni la doctrine même ni sa faisabilité. Bref, un texte court mais intense qui ne convaincra que les convaincus. Et parfois il le faut. Mais d'autres souhaiterons peut-être avoir un texte plus substantiel pour comprendre l'anarchisme. Quel quel soit la position idéologique de cette personne.

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  • L’évolution, la révolution et l’idéal anarchique par Elisée Reclus

    Titre : L’évolution, la révolution et l’idéal anarchiquethumbnail.png
    Auteur : Elisée Reclus
    Éditeur : Efele
    Pages : 106

    Je continue avec Elisée Reclus. Cette fois je me suis intéressé à un texte un peu plus long que d'habitude puisqu'il fait 100 pages. Le livre a été originalement publié en 1902 soit peu de temps avant la mort d'Elisée Reclus. Quel est le discours de l'auteur? Le titre du livre permet déjà d'en savoir un peu puisqu'il sera développé dans le livre. Celui-ci permet à Reclus de faire une analyse des termes évolutions et révolutions mais surtout d'expliquer en quoi ceux-ci s'appliquent au mouvement de luttes des travailleurs vers un système anarchiste?

    Pour Reclus l'évolution et la révolution sont deux aspects d'un même processus. La différence qui existe entre eux consiste surtout de la condamnation morale qui est faites des révolutions et du temps impliqué. L'évolution serait acceptée et plus lente que la révolution qui est, elle, particulièrement condamnée. Mais surtout, la révolution étant une forme d'évolution elle est inévitable. Tous les événements du monde amènerait une révolution nécessaire et proche. Mais quels sont les forces capables de mettre en place cette révolution? Selon Reclus on ne doit pas croire les élites ou les personnes qui souhaitent mettre en place un système politique possédant une autorité. Ceux-ci seront nécessairement corrompus. Reclus développe aussi une analyse des institutions. Selon lui, et il rejoint en cela certains sociologues plus tardifs, les institutions évoluent aussi mais vers une direction de plus en plus mauvaise. Selon l'auteur les institutions et ceux qui y travaillent deviennent rapidement des parasites qui ne peuvent structurellement pas se remettre en cause. C'est donc une force de réaction. Enfin, Reclus tente de faire le bilan des dernières luttes et de leurs réussites et échecs. Au final nous avons un livre qui développe une vision globale intéressante des luttes sociales de son époque.

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  • La peine de mort par Elisée Reclus

    Titre : La peine de mortarton80-f9695.jpg
    Auteur : Elisée Reclus
    Éditeur : Éditions de Londres
    Pages : 17

    Un petit texte gratuit qui a été prononcé à Genève devant le parlement en 1879. Il semblerait que Genève se posait la question de rétablir la peine de mort alors qu'elle avait été abolie. Je ne sais pas comment Elisée Reclus a été invité mais il a pu donner ses impressions devant les députés. Comment Reclus considère la peine de mort? Il pense que celle-ci est une vengeance sur les pauvres. En effet, qui met en place cette mesure? Principalement des princes tyranniques qui refusent le droit à la parole libre et qui haïssent les crimes portés contre leur personne. Les crimes privés, eux, seraient punis bien moins sévèrement. Mais se poser la question de la punition du crime demande nécessairement de se poser la question de l'origine du crime. Ici Reclus répond comme l'homme de gauche qu'il est. Avant de vouloir punir un homme ou une femme pour leurs crimes il faut aussi examiner la manière dont la société les a traité. Est-ce que chacun a eu une chance égale au début de sa vie? Ou est-ce que la misère les as poussé au crime? Reclus pense que la criminalité n'existera pas dans un monde anarchiste. Ou, du moins, que ceux que nous nommons criminels seront soit soignés soit employés comme héros dans des lieux difficiles.

    La peine de mort est un sujet qui revient souvent sur la table. De nombreux pays continuent de la pratiquer et, de temps en temps, un projet plus ou moins avancé vise à son retour. On a tous entendu parler de personnes dont les crimes particulièrement atroces peuvent justifier la mort. Mais est-ce le rôle de la société via ses organes de justice de donner la mort? Personnellement je pense que non car je considère que la justice n'a pas comme mission de venger. Mais je sais aussi comment je réagirais si je me trouvais face à certaines personnes... La réponse de Reclus envers le crime est plus difficile à accepter. L'auteur a une vision très utopiste de la criminalité. Bien que je soies tout a fait d'accord qu'il existe des facteurs socio-économiques qui expliquent la criminalité et qu'il est légitime d'agir sur eux je sais qu'il y a une autre composante importante. Au final nous sommes des êtres humains. Même si le contexte socio-économique a une influence sur nous il ne faut pas oublier qu'en dernier lieu il y a un choix. Celui-ci peut être plus ou moins contraint mais reste un choix. Considérer que c'est la société qui crée le crime est à la fois vrai et utopiste. Oui certains crimes sont nés par un choix social (je pense par exemple aux lourdes peines qui attendent les "pirates" dans certains pays) mais d'autres sont une violation des droits fondamentaux des êtres humains concernant leur intégrité psychologique et corporelle.

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  • L'anarchisme et l'église par Elisée Reclus

    Titre : L'anarchisme et l'église
    Auteur : Elisée Reclus
    Éditeur : Éditions de Londres
    Pages : 24

    Je continue à liure Elisée Reclus pour encore un petit moment. Dans ce petit texte Reclus examine les besoins de la lutte contre l'église. Attention, Reclus commence par dire que même si il souhaite une lutte contre l'influence de l'église et qu'il considère qu'un système anarchiste ne peut exister avec une religion il n'appelle ni à la destruction des biens de l'église ni à la haine face aux croyants. Non, il demande deux choses. Tout d'abord, il est nécessaire de baisser drastiquement l'influence de la religion dans la vie des citoyens. Car la religion produit le principe d'autorité. Mais aussi parce que la religion amasse des sommes considérables d'argent qui pourraient être rendus au bien commun. Reclus demande aussi d'éduquer les personnes dans une forme d'esprit critique. Il ne faut pas mettre en place une société construite par une minorité face à une majorité. Au contraire, l'anarchisme implique que tous suivent le mouvement de manière égalitaire. Mais pourquoi est-il nécessaire de supprimer la religion? Selon Reclus celle-ci, est en particulier l’église catholique, seraient enfermés dans une logique de négation du progrès humain. Les églises ne pourraient que demander un retour en arrière vers un système politique déchu. L'église serait incapable de construction.

    Les anarchistes classiques ont souvent une réputation d'anti-cléricalisme extrême. Il est vrai que l'anarchisme ne fonctionne pas vraiment bien avec l'idée de religion. Car la religion a tendance à mettre en place un ordre du monde particulier basé sur des considérations morales construitent durant l'histoire. Cependant, cela ne veut pas dire qu'être anarchiste implique de haïr les hommes d'église. Reclus montre bien qu'il est contre tout idée de haine et de vengeance. Il souhaite une éducation. Et l'effet est très différent. Reclus n'est donc pas l'un de ces anarchistes fondamentalement opposés à toute idée de croyance. Ce qui ne l'empêche pas de pointer du doigt les inadéquations de l'église officielle et son manque de capacités à se réformer et à accepter les changements de la société. Reclus aurait presque pu écrire un essai sur la décadence inévitable de la croyance. Mais aurait-il eu raison? Croire est-il véritablement mauvais?

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  • L'anarchie par Elisée Reclus

    Titre : L'anarchiearton79-f005e.jpg
    Auteur : Elisée Reclus
    Éditeur : Éditions de Londres
    Pages : 25

    Après l'énorme déception que fut Proudhon j’espérais apprécier Elisée Reclus. Ce dernier est un anarchiste français du XIXe siècle mort en 1905. Il voyagea énormément et participa à la Commune. La préface des éditions de Londres nous apprend que ce discours a été prononcé en 1984 devant la loge maçonnique de Bruxelles. Reclus y développe son idée de la mission de l'anarchisme. La première chose que dit Reclus c'est que l'idée d'anarchisme est ancienne. Elle n'est théorisée que depuis peu mais des groupes et des sociétés plus ou moins anarchistes se sont constitués depuis toujours. Même dans la société industrielle de l'époque de Reclus il existait des groupes plus ou moins bien constitué en fonctionnement anarchiste. Mais quel est le but de cette doctrine? Réussir à trouver la liberté pour l'être humain. Reclus accepte et comprend que ce but n'est pas uniquement dans l'anarchisme. De nombreux autres groupes politiques ou non tentent d'offrir la liberté à l'être humain. Quelle est donc la différence? Elle est simple, l'anarchisme cherche la liberté par l'absence d'une autorité alors que ces autres groupes tentent de mettre en place une autre autorité. Voici, en peu de mots, un résumé de ce discours.

    Bon, nous ne sommes pas en face du même type de discours (Proudhon avait écrit un livre très austère et Reclus fait ici un discours) mais j'ai bien plus apprécié de texte que Qu'est-ce que la propriété. Car ce dernier était surtout une critique économiste sous forme négative. Reclus a écrit un texte oral qui tente de montrer le but fondamental et l'histoire de l'anarchisme. Il tente aussi de montrer sa faisabilité qui, aujourd'hui aussi, est mis en doute. Moi même je doute de la mise en place concrète d'une société anarchiste. Je ne suis pas fortement convaincu par Reclus. Mais il permet au moins de lancer des débuts de réponses pour mettre en place un anarchisme fonctionnel. Il permet aussi de comprendre la différence entre cette doctrine politique et les autres. C'est donc un texte intéressant pour entrer dans les idées anarchistes.

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  • Qu'est-ce que la propriété? Par Pierre-Joseph Proudhon

    Titre : Qu'est-ce-que la propriété?
    Auteur : Pierre-Joseph Proudhon
    Éditeur : Livres et Ebooks
    Pages : 305

    Avec mon petit tour des auteurs anarchistes classiques il fallait bien que je passe par Proudhon un jour ou l'autre. Son livre célèbre Qu'est-ce-que la propriété ne pouvait pas non plus rester longtemps en dehors de ma bibliothèque. De quoi parle-t-il? Proudhon tente d'y examiner le droit de propriété pour prouver que celui-ci se base sur un faux postulat. Ce n'est pas pour rien que le livre commence sur cette phrase: La propriété c'est le vol. Mais pourquoi est-ce du vol? En examinant la société et la manière dont la propriété est conservée ou modifiée Proudhon tente de montrer que celle-ci n'est pas possible. En effet, la propriété est incompatible avec le concept d'égalité et de justice puisqu'elle implique une forme d'inégalité et d'injustice. Si la société tente de corriger ces deux points pour les atteindre alors la propriété est mise à mal. Dans le cas contraire c'est la société qui est mise à mal.

    Normalement je continuerais de présenter ce texte sur un ou deux paragraphes mais je ne le ferais pas aujourd'hui pour une raison simple: j'ai détesté ce livre. Pas parce que Proudhon est misogyne (cet aspect n’apparaît qu'à une occurrence dans ce livre) mais parce que je n'aime pas le style de Proudhon. Celui-ci me semble poussif et j'ai éprouvé beaucoup de difficultés à lire. Je n'ai pas aimé ce livre aussi parce que les thèses de Proudhon me semblent très peu convaincantes. Je pouvais accepter les idées des auteurs précédents avec une forme d'esprit critique. Mais Proudhon ne me donne pas des idées que j'arrive à accepter. Je trouve que son argumentation est peu maîtrisée et consiste principalement à utiliser les économistes pour mieux détruire leurs propres argumentaires plutôt que de développer des idées personnelles. J'avoue volontiers pouvoir avoir tort. Mais je ne veux plus lire du Proudhon. Je lirais, par contre, les idées d’Élisée Reclus prochainement.

  • Génération enragée par Jiminy Panoz

    Titre : Génération enragée
    Auteur : Jiminy Panoz
    Éditeur : Walrus
    Pages : 38

    Nous avons tous entendu parler du livre "Indignez-vous" mais qui a entendu parler du livre de Jiminy Panoz? Ce n'était pas mon cas mais la couverture et le prix du livre m'ont convaincu que je pourrais essayer. Jiminy Panoz est un jeune auteur français qui tente d'écrire des livres utilisant les nombreuses nouvelles possibilités des tablettes. Ce n'est pas simple puisque nous ne savons pas encore qu'elles sont ces possibilités et les éditeurs ont tendance à être un peu frileux avec les nouveautés. Ce petit livre n'est pas un roman mais une sorte d'essai. Panoz tente d'y décrire l'état de toute une génération face au monde actuel. Une génération principalement d'origine française mais qui pourrait être mis en parallèle avec d'autres pays. C'est un cri. Panoz hurle la frustration d'une génération entière face au monde actuel. Tout y passe. Aussi bien l'économie que la culture ou encore le système scolaire. Ce que Panoz dénonce c'est un système qui brise les espérances et laisse sur le carreau des hordes de jeunes en vertu de leur prétendue incapacité à travailler ou de leur manque d'expérience. Une forme d’hypocrisie massive du chômage et des stages non-rémunérés dans un contexte économique difficile face à des entreprises qui font du profit en licenciant. C'est un cri de colère.

    Faut-il conseiller la lecture de ce livre? Je connais beaucoup de personnes qui pourraient se retrouver dans les descriptions de Panoz. Bien qu'il ait le mérite de mettre le doigt ou ça fait mal il manque tout de même quelque chose à ce livre pour en faire un essai réussi. Que je me fasse comprendre. J'ai parfaitement conscience que le but de Panoz n'est pas décrire un essai scientifique des causes et effets  de la perte de confiance envers leur avenir des jeunes mais de dénoncer. Cependant, quand je lis un livre qui dénonce le système politico-économique je demande un peu plus qu'un simple cri de révolte aussi justifié soit-il. Panoz manque le coche en n'offrant pas de réflexions sur de possibles solutions. Personne ne demande à un auteur critique de donner l'idée parfaite qui lui offrira le prix nobel de la paix. Cependant, je pense qu'il est normal, quand on est critique, d'essayer de trouver une piste de solution. Je ne pense pas cela simplement pour disqualifier, comme si cette simple critique suffisait, le texte de Panoz mais parce que des pistes existent et pourraient donner un regain d'espoir.

    Image: Éditeur

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  • L'utopie de Thomas More

    Titre : L'utopie
    Auteur : Thomas More
    Éditeur : Feedbooks
    Pages : 126

    Je connais surtout Thomas More de la série "Les Tudors". Je l'ai aussi rencontré dans quelques cours d'histoire mais ce personnage et cette époque ne sont pas mes préférées. Ce qui ne veut pas dire que je ne souhaitais pas lire l'Utopie. Ce livre est le premier du genre. Une fiction qui décrit le fonctionnement d'un monde pensé comme idéal. Mais ce n'est pas le seul propos de cette œuvre qui aurait été écrite selon les souvenirs d'une conversation avec un grand voyageur.

    Le livre est divisé en deux parties et la première partie ne concerne pas l’île d'Utopie mais le gouvernement. La question que pose More est simple: un philosophe, un humaniste, a-t-il intérêt à entrer au service d'un prince pour le conseiller sur la bonne tenue de son gouvernement? Les arguments en faveurs d'un service public de l'humaniste sont nombreux. Ses conseils permettront au prince de s'élever au-dessus de ses semblables et de bien gouverner ses sujets dans une direction harmonieuse et juste. Mais les arguments contraires sont tout aussi intéressant. Ce qui est encore plus intéressant c'est que ces arguments sont exprimés par le voyageur et non par More. Pourquoi l'humaniste doit-il éviter d'entrer au service d'un Prince? Il y a l'idée que le pouvoir à tendance à corrompre même le cœur le plus pur. Mais ce n'est pas le seul point. L'argument le plus fort concerne le Prince et ses conseillers. Selon cette œuvre les Princes ne veulent qu'une chose: l'argent. Pour cela ils sont prêts à détruire leurs sujets et à faire de nombreuses guerres en dépit des désavantages. Les conseillers, dans cette optique, ne sont que des sycophantes qui annoncent au Prince ce qu'il veut entendre et non ce qu'il devrait faire. Dans cette configuration la voix de l'humaniste serait vite poussée au silence.

    La seconde partie du livre concerne enfin l’île d'Utopie. C'est un long récit du marin philosophe qui tente de décrire dans ses moindres détails le fonctionnement de cette société. Que peut-on en sortir? Je trouve éclairant d'y trouver des conceptions que certains groupes politiques revendiquent à notre époque. Par exemple, les utopiens travaillent juste assez pour offrir à l’île les ressources de nourriture nécessaire. Le temps libre est consacré à l'étude et à l'élevation personnelle. On trouve aussi un début de démocratie puisque les principaux magistrats sont élus et élisent ensuite le Prince. Mais surtout More y décrit une société qui se méfie de l'argent. En fait on pourrait dire que More décrit une société en partie communiste. Chacun possède ce dont il a besoin et peut étudier ce qu'il souhaite. Le superflus est envoyé dans d'autres pays. Dans ce système non seulement tout le monde travaille selon les besoins mais tous possèdent selon leurs besoins. L'argent devient donc inutile. Cependant, More décrit aussi une société profondément religieuse pénétrée des mœurs qu'il considérait favorables. Il n'existe pas de jeux de hasard, pas de relations en dehors du mariage et le père de famille est maître. Les prêtres sont écoutés avec révérences et gardent l'ordre moral du pays.

    Quand on sort de ce livre on a donc une impression à la fois de modernité et de conservatisme religieux. Ce dernier point doit être compris non pas au sens d'un retour à la religion mais d'une place prégnante de la morale chrétienne dans la société idéale de More. Mais l'humaniste nous offre aussi une critique acerbe de la noblesse et de l'argent. Une critique que l'on peut retrouver dans des termes semblables chez Marx ou les anarchistes. Les solutions qu'il propose au problème de l'inégalité due à l'argent sont aussi préconisées par les auteurs que je viens de citer. Il n'y a pas besoin d'être particulièrement intéressé par le sujet pour se rendre compte que l'Utopie est une critique acerbe des sociétés européennes et des Princes de l'époque.

  • Le Prince par Nicolas Machiavel

    Titre : Le Prince
    Auteur : Nicolas Machiavel
    Éditeur : Ebooks libres et gratuits
    Pages : 116

    Nous avons tous entendu parler de Machiavel. Son nom est devenu intemporel fixé dans l'adjectif machiavélique. On a tellement mal compris l’œuvre de Machiavel que cet adjectif est devenu la manière de décrire des personnes ou des actes particulièrement rusées et déloyales voir même perfide. Ce sont des termes plutôt négatif pour une œuvre bien plus riche. Le Prince n'est pas un traité qui décrit comment garder le pouvoir de manière "machiavélique". C'est un livre qui a été écrit dans le but d'analyser comment on doit prendre le pouvoir et l'exercer. Au contraire des Miroirs des Princes Machiavel ne décrit donc pas le gouvernement idéal mais un gouvernement nécessaire. Pour nous en faire la démonstration Machiavel utilise des exemples historiques et contemporains. Ceux-ci permettent d'illustrer les erreurs et réussites de chacun. Au final, ce n'est pas un livre de perfidie que l'on lit mais l'un des premier vrai traité qui analyse le pouvoir politique et son exercice.

    Ce livre est injustement méconnu. Il est aussi injustement incompris. Machiavel a donné son nom à l'un des mots les plus défavorables de la langue française pour avoir écrit ce qu'il observait. Et pourtant ce qu'il écrit, bien que ce soit daté, est encore en partie valable. Certaines théories politiques trouvent leurs fondements dans ce traité qui parle aussi bien des relations internationales que du gouvernement interne au pays. Sa lecture permet donc de mieux comprendre certaines décisions prisent par certains gouvernements. Cependant, ce livre a été écrit en direction d'un prince et non d'une démocratie. Il ne faut donc pas oublier cette limitation bien que Machiavel parle aussi du cas démocratique de manière moins développée. En conclusion je conseille la lecture de ce traité qui est non seulement intéressant mais qui est aussi disponible gratuitement sur le site de l'éditeur (et sans DRM le livre vous appartient donc vraiment!).

  • Little Brother par Cory Doctorow. Nous sommes tous des terroristes

    Titre : Little Brother
    Auteur : Cory Doctorow
    Éditeur : Voir le site de l'auteur
    Pages : 306

    Wow qu'est-ce que ce livre est bon! Oui je sais je commence fort et il est même très rare que je sois si positif. Mais après avoir lu des histoires que je trouvais moyennes se retrouver dans ce livre que j'ai vraiment apprécié est magnifique. Little Brother est écrit en 2008 par Cory Doctorow. On y retrouve ses thèmes de prédilection: sécurité, informatique et liberté. Nous sommes à Los-Angeles et nous suivons les aventures de Marcus jeune ado de 17 ans. Comme tous les ados il lui arrive de ne pas suivre les cours pour jouer ou sortir avec des amis. Ce jours là Marcus souhaite continuer un jeu de rôle et d'énigmes qui prend place à l'intérieur de la ville même. Mais, après avoir rassemblé ses amis, quelque chose d'horrible se passe. La ville est sous attaque terroristes et plusieurs bombes explosent. Alors que les quatre amis cherchent la sécurité ils se font repérer et arrêter par le Département de la Sécurité Intérieure. Les quatre adolescents sont maintenant suspects de terrorisme et il faudra toute l'ingéniosité technologique de Marcus pour réussir à crier la vérité et à reconquérir la liberté

    Que se passerait-il si l'arsenal technologique mis en place pour notre sécurité - comme ils disent - serait détourné pour nous contrôler? La liberté existerait-elle encore? Cet arsenal technologique est-il véritablement utile ou ne fait-il que punir les mauvaises personnes? Ce sont les questions que pose Doctorow dans une Uchronie qui pourrait bien être plus réalistes qu'on ne le souhaite. En effet, Doctorow tente de se baser sur des technologies existantes ou prochainement réalisable (je viens de lire, par exemple, que la reconnaissance des mouvements de marche est en cours de mise au point). Beaucoup de personnes pensent que ces technologies ne sont pas dangereuses et qu'ils peuvent laisser les technocrates, les industriels et les politiciens s'en occuper. D'un certain coté ils n'ont pas tort. La technologie n'est pas dangereuse ou mauvaise en soit mais c'est son usage qui peut être dangereux (c'est d'ailleurs un sujet de dissertation classique au gymnase...).

    Doctorow nous décrit une ville sous occupations. Les caméras de surveillance sont partout, la police est plus que présente et agit de manière illégale, les citoyens sont surveillés via les puces RFID et les écoles installent des dispositifs de vidéosurveillance dans les salles de cours et animent des leçons de propagandes. Quels sont les points communs? Ce sont la peur et l'étouffement de l'esprit critique. Derrière l'argument classique "les innocents n'ont rien à cacher" on justifie et on se justifie la perte de toute vie privée et de toutes possibilités de critiques. Car comment peut-on critiquer un système destiné à notre sécurité si on ne veut pas aider l'ennemi? Comme je l'ai déjà dit, les technologies existent déjà. Les puces RFID sont partout de la carte d'étudiant à la carte de fidélité. Les caméras sont installées de plus en plus souvent pour un coût énorme sans preuve de leur véritable utilité. Internet peut être surveillé et contrôlé de plus en plus étroitement. Mais ce que montre ce livre c'est aussi que ces technologies de surveillance peuvent être très facilement contournées avec des techniques simples que l'on peut trouver sur google. La question reste: pourquoi payer autant pour des technologies déficientes? Pour le fantôme de sécurité qu'elles nous offrent? Si cette réflexion, nécessaire, de Doctorow sur la surveillance ne suffisait pas il ajoute aussi une histoire à rebondissement avec des personnages que, pour une fois, j'ai apprécié. Je ne peux dire qu'une chose: si vous vous intéressez à la surveillance ou à Doctorow lisez ce livre incontournable puis réfléchissez aux implications.