15/08/2012

Le patriotisme physiologique ou naturel par Michel Bakounine

Titre : Le patriotisme physiologique ou naturel
Auteur : Michel Bakounine
Éditeur : In libro veritas
Pages : 10

Qu'est ce que le patriotisme ? Pour la plupart des personnes c'est un sentiment naturel d'appartenance à une communauté nationale. Les preuves que ces communautés sont artificielles abondent dans la littérature historique et sociologique. Cependant, cela n'enlève point la réalité des nations et des sentiments qui nationaux. On pourrait se demander ce qu'est une nation et beaucoup ont tenté de répondre à cette question. Ce que Bakounine tente de nous expliquer c'est le patriotisme. Alors qu'est ce que le patriotisme pour cet auteur ? Il ne conteste pas la qualité naturelle de cette dernière. Au contraire, il explique le patriotisme comme la résurgence d'un sentiment animal et non comme d'un sentiment civilisé. Le sentiment patriotique serait donc un aspect de l'animalité de l'être humain et il tente de prouver cette thèse par l'observation des chiens (un argument que j'ai un peu de mal à avaler). Mais Bakounine va plus loin que ça. Selon lui, ce sentiment ne peut exister que dans des communautés restreintes comme les communes ou les villages. Plus encore, le patriotisme n'existerait que dans des communautés primitives qui ne connaissent pas encore, que ce soit voulu ou non, les progrès de l'humanité.

Voila un texte dur pour les patriotes. Ceux-ci sont rabaissés au rang de primitifs manipulés par des élites. Bien que je ne considère pas le patriotisme comme la plus importante des valeurs je ne suis pas tout a fait d'accord avec Bakounine. Il oublie que des hommes et femmes peuvent être patriotes sans, pour autant, être sans éducation. Et d'ailleurs, être si mauvais que cela de vivre dans un village traditionnel ? Là aussi, je trouve que Bakounine fait une erreur. De plus, je pense que les sentiments d'identifications à une communauté sont plus compliqués qu'un simple patriotisme national ou local. À mon avis - et je pense qu'il en existe des preuves mais je n'ai pas de références sur le moment - l'identification peut très bien se porter sur plusieurs communautés. Que je sois fier d'être suisse ne doit pas m'empêcher d'être fier d'un être humain membre d'une communauté mondiale ce qui ne m'empêche pas non plus de me sentir membre de ma ville ou de mon village. Je pense donc que ce texte de Bakounine est beaucoup trop simpliste.

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13/08/2012

L'instruction intégrale par Michel Bakounine

Titre : L'instruction intégrale
Auteur : Michel Bakounine
Éditeur : In libro veritas
Pages : 30

Doit-on instruire d'abord et libérer économiquement ensuite ou libérer économiquement puis instruire ? C'est la question principale posée par Bakounine dans les premières pages de ce texte. Sa réponse est simple. Vouloir éduquer sans libérer économiquement le prolétariat est inutile. En effet, les travailleurs et travailleuses ont besoin de temps pour étudier mais aussi de volontés. Or, dans le cadre du capitalisme le temps manque et la volonté est entièrement dans la survie et le travail. Comment pourrait-on demander à un-e ouvrier-ère de se concentrer sur des cours après une journée de travail ? Cependant, quand on pourra instruire tout le monde de la même manière, il faut prévoir un projet. Bakounine tente de construire une instruction en deux phases. La première permet de poser des connaissances générales sur un grand nombre de thèmes tandis que la seconde permet de se spécialiser. L'instruction se fait aussi dans deux directions. Il y a une instruction intellectuelle, scientifique, et une instruction industrielle. Autrement dit, plutôt que d'avoir le gymnase et l'université d'un coté et l'apprentissage de l'autre chaque étudiant devrait à la fois apprendre au gymnase et dans un apprentissage. Ce qui devrait permettre, selon l'auteur, d'offrir des conditions de départs identiques mais aussi de permettre à chacun de choisir sa voie tout en se nourrissant de ses deux instructions.

L'école et la formation sont des sujets difficile qui créent souvent la polémique. Je ne me souviens pas d'une année dans qu'un journal se fasse la voix d'un débat sur un aspect ou un autre de la politique scolaire et de formation. Les partis de gauche ou de droite font aussi particulièrement attention à la formation et il n'est pas rare, dans l'histoire, de voir des partis proposer des cours. Bakounine nous propose une nouvelle manière de voir l'école. Plutôt que de diviser les étudiants selon qu'ils font des études ou un apprentissage il souhaite que tous soient formés dans les deux. Que peut-on en penser ? Il est difficile d'imaginer ce qui adviendrait d'un tel système de formation qui demanderait une refonte profonde de notre vision de l'école. Bakounine a aussi une vision quasiment utopique de la formation. Par un mécanisme étrange le lien entre l'industrie et l'étude devrait permettre d'augmenter la productivité dans les deux domaines. Serais-ce vrai ? J'ai un peu de mal à le croire. Je ne suis pas non plus d'accord avec l'auteur quand il dénonce les formations avant que la population ne soit économiquement libérée. Je pense que l'on peut très bien proposer des cours et que ceux-ci peuvent avoir du succès.

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Dieu et l'état par Michel Bakounine

Titre : Dieu et l'état
Auteur : Michel Bakounine
Éditeur : In libro veritas
Pages : 102

Il y a très longtemps que je souhaite lire ce livre de Bakounine. Mais je n'ai jamais eu le temps ou l'envie et, au final, je ne le faisais pas. Depuis que j'ai une liseuse j'ai pu avoir l'opportunité de consulter des livres tombés dans le domaine public. J'ai donc sauté sur l'occasion et je me suis procuré quelques écrits de Bakounine dont un exemple a été présenté hier. C'est donc la seconde œuvre de Bakounine que je présente ici et, probablement, l'une de ses plus connues. J'ai trouvé le livre plus compliqué mais il faut dire que je suis passé d'un programme à une réflexion philosophique. Et je dois bien avouer que la philosophie n'est pas mon point fort.

Bakounine fait la distinction entre deux concepts : l'idéalisme et le matérialisme. Le premier est au cœur de la religion. Il permet de penser dieu. Mais l'idéalisme est si élevé qu'à coté de lui nous, être humains, ne sommes rien. Selon Bakounine nous perdons nécessairement toute liberté puisqu'il existe un dieu capable de tout et qui a tout prévu. À ses cotés il existe quelque chose d'autre. C'est le matérialisme. Celui-ci permet une ascension progressive de l'humanité qui part de la barbarie jusqu'à la civilisation la plus élevée. Si je puis faire cette analogie, plutôt qu'être une chute depuis le paradis l'humain est en constante ascension depuis l'enfer. Mais alors devrions-nous abandonner la morale religieuse pour mettre au pinacle la science ? On pourrait le penser si on se contentait de critiquer la religion. Mais Bakounine ne croit pas que ce soit une solution il pense même que ce serait un nouvel esclavage. En effet, selon Bakounine, les scientifiques forment une caste qui n'observent pas les êtres vivant mais des abstractions. Ce qui les conduit à prendre des décisions défavorables à la liberté si on leur offre le pouvoir. Bakounine ne condamne pas la science, il condamne la caste scientifique. Il pense que la science devrait être possédée par tout le monde même si cela se fait au prix d'un léger retard durant les premières années. Mais ce sujet concerne un autre texte que je présenterais prochainement.

Comme je l'ai dit dans mon introduction j'ai trouvé ce livre plus compliqué que le texte précédent. Comme je l'ai aussi dit c'est probablement parce que ce texte est plus philosophique. Cependant, il est, à mon avis, intéressant à lire. En effet, on y trouve une réflexion sur la nature de la religion et de l'humanité que l'on peut critiquer mais qui ne se contente pas simplement d'attaquer la religion. En effet, ce que Bakounine développe c'est une manière de considérer l'humanité selon que l'on croit ou non. Mais je pense que cette division très manichéenne. La religion y est décrite comme profondément anti-humaine alors que le matérialisme permet le développement sans limites de l'humanité. Mais on y trouve aussi une réflexion sur la science et ses capacités. Pourrait-on faire un lien avec les technocrates, des scientifiques payés pour offrir des politiques publiques rationnelles au pouvoir public, de plus en plus écoutés ?

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12/08/2012

Catéchisme révolutionnaire par Michel Bakounine

Titre : Catéchisme révolutionnaire
Auteurs : Michel Bakounine
Éditeur : In libro veritas
Pages : 32

De nombreux auteurs ont condamné le capitalisme et ont souhaité un nouveau système. Mais quel serait ce nouveau système et comment serait-il mis en place ? Il est beaucoup plus difficile de construire un nouveau modèle de société qui pourrait être meilleur que l'actuel que de faire une simple critique. Michel Bakounine, dans ce petit livre, tente de donner quelques pistes, un programme, sur la direction que devrait prendre une société plus juste et plus égalitaire.

Le principe fondamental que Bakounine met au centre de son programme est la liberté. Cette liberté découle de l’égalité des conditions de départ. Ce qui implique que tout être humain, homme ou femme, a droit dès son enfance à une éducation gratuite. Ce qui devrait permettre d'offrir à chacun la possibilité de faire ce qu'il ou elle souhaite. En effet, Bakounine pensait, et je le rejoins en cela, que les hommes et les femmes devraient être considérés de la même manière. Quand on sait qu'un autre anarchiste, Proudhon, était particulièrement misogyne on ne peut que saluer cette position. Le second principe fondamental est le travail. Selon Bakounine le travail est nécessaire et aucun citoyen ne devrait recevoir de droits s'il ne travaille pas. Mais Bakounine tente aussi de mettre en place une organisation politique. Plutôt que centraliser le pouvoir à l’échelon de l'état Bakounine propose de décentraliser le pouvoir au niveau communal. Les communes sont ensuite libres de se regrouper dans des entités supérieurs elles-même libres de faire de même jusqu'au niveau "international". Mais les communes sont libres et possèdent le pouvoir fondamental aux mains de chacun de ses citoyens.

Si j'ai apprécié ce livre c'est qu'il offre un programme. On peut le discuter, on peut le refuser ou encore avoir envie de le modifier. Mais nous avons au moins un programme qui propose une organisation sociale différente basée sur les principes de l'anarchisme. Ces principes qui sont l'égalité et la liberté me tiennent tout autant au cœur qu'à Bakounine et j'avoue que j'ai peu de reproches à faire à son programme. Cependant je pense que celui-ci pourrait être développé. En particulier, je pense que l'aspect concernant l'organisation politique mériterait d'être modifiée. En effet, je pense qu'une partie des idées professées par Bakounine risqueraient de se retourner contre les principes anarchistes. Je reparlerais un peu plus tard de Bakounine puisque j'ai pu me procurer d'autres écrits.

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07/08/2012

Race, nation, classe. Les identités ambiguës par Etienne Balibar et Immanuel Wallerstein

Titre : Race, nation, classe. Les identités ambiguës9782707152084.gif
Auteurs : Etienne Balibar et Immanuel Wallerstein
Éditeur : La découverte 1997 (1988)
Pages : 307

Alors que je tente de me lancer dans ce billet une question me taraude : comment parler de ce livre ? En effet, celui-ci n'est pas vraiment un livre mais un dialogue. Un dialogue entre deux intellectuels, un philosophe et un historien, sur trois thèmes : le racisme, la nation et la classe. Ce livre est donc constitué d'une sélection de différents textes qui entrent plus ou moins bien dans une thématique commune. Ces textes se répondent mais montrent aussi quelques différences entre les deux auteurs. Et c'est la que vient mon problème ! Je n'ai vraiment pas l'impression d'avoir compris les différences de doctrines entre ces deux intellectuels marxistes.

Cependant, je pense tout de même être capable d'expliquer, de manière très sommaire, de quoi il est question dans ce livre. Si j'ai bien compris la principale thèse du livre celle-ci concerne le rapport entre le capitalisme et le racisme ainsi que le sexisme. Il semblerait, en espérant que je ne trahisse pas les propos des deux auteurs, que le livre défend une position que l'on pourrait qualifier de radicale. En effet, plutôt que de considérer le racisme et le sexisme comme des manifestations irrationnelles des êtres humains bloqués dans une prétendue vision passéiste de l'humanité (prétendue car ce mot peut être utilisé pour disqualifier sans vouloir comprendre un phénomène peut être plus contemporain qu'on ne le croit) les auteurs essaient de montrer que le racisme et le sexisme sont structurels. Cette explication implique que l'on ne peut pas supprimer le racisme et le sexisme dans le cadre du système capitaliste. En effet, le capitalisme, dans sa structure même, implique la mise en place d'une différenciation entre les différents humains. Celle-ci permettrait d'utiliser des êtres humains et de protéger d'autres êtres humains pour garder vivace le capitalisme. C'est, du moins, ce que je pense avoir compris des propos des auteurs et il est tout a fait possible que je me trompe dans mon interprétation.

Si j'ai bien compris la thèse générale de ce livre, en laissant de coté les différences subtiles entre Balibar et Wallerstein, je pense qu'elle permet de comprendre comment fonctionne le système politique et économique dans lequel nous sommes insérés. Mais il faut dire que cette thèse n'était pas très éloignée de ce que, moi-même, je pense dans le cadre de mes réflexions sut le féminisme. Cependant, je ne peux pas terminer ce billet sans faire quelques remarques critiques. Les deux auteurs sont des marxistes. Et ce fait implique que la thèse des auteurs souffre des problèmes du marxisme. En effet, cette théorie, comme toutes les grandes théories fonctionnalistes, tente d'expliquer l'ensemble des phénomènes socio-éco-politiques. Pour ce faire elle met en place des explications qui ont tendances à être généralistes et mécanistes. Mais, bien que ces grandes théories sont utiles pour avoir une explication générale, elles souffrent de leur ambition d'explication totale. Ainsi, les propos des auteurs me semblent souvent trop mécaniste car ils semblent oublier les petits accrocs qui existent dans le fonctionnement de la société. De plus, j'ai eu l'impression désagréable, inhérente au fonctionnalisme, que tout sert à quelqu'un. Or, je considère que ce type d'explication est trop simpliste. En effet, je ne crois pas que tout serve quelqu'un en particulier. C'est une vision que je trouve presque complotiste. Mis à part ces remarques, je trouve ce livre très stimulant. Bien qu'il soit compliqué il permet de penser le racisme et le sexisme dans le cadre d'un système socio-éco-politique plutôt que de le penser simplement comme irrationnel.

Image : Site de l'éditeur

28/07/2012

Les scandales politiques. L'opération "Mains Propres" en Italie par Hervé Rayner

Titre : Les scandales politiques. L'opération "Mains Propres" en Italie9782912673442.gif
Auteur : Hervé Rayner
Éditeur : Michel Houdiard 2005
Pages : 476

J'ai souvent entendu parler de ce livre et ma curiosité a fini par me rattraper. Mais qu'est ce que l'opération « Mains Propres »? C'est une série de scandales qui débuta en Italie en 1992. Son point d'origine a été placé lors de l'arrestation de Mario Chiesa un membre du parti socialiste italien. Cette première arrestation fut suivie d'une série de scandales qui touchèrent des politiciens, des magistrats, la mafia et des journalistes. Des personnes que l'on pense intouchables se mirent à trembler devant un pool de magistrats milanais pendant 2 ans. Cette période fut si surprenante que certains commentateurs se mirent rapidement a parler de la fin d'une première république. Hervé Rayner étudie donc cette période pour comprendre comment les scandales se forment et s'interrompent.

La première question que pose l'auteur concerne la définition du terme scandale. En effet, selon Rayner, les scandales sont les parents pauvres des études. Leurs occurrences dans l’événement est souvent considérée comme peu intéressante et laisse la place à l'étude des phénomènes scandaleux ce qui a conduit à des définitions inadéquates. Si j'ai bien compris les propos de l'auteur - je peux toujours me tromper - un scandale serait une occurrence de situations durant lesquelles des acteurs provenant de plusieurs univers sociaux verraient leurs visions du possible changer. Autrement dit, un scandale ne se forme pas en interne et dépend des possibilités d'actions que les différentes personnes impliquées observent de manière subjective. Cette définition a l'intérêt de pouvoir expliquer comment se forme un scandale mais aussi de comprendre sa fin et pourquoi certains événements ne débouchent pas sur un scandale.

Les différents chapitres de ce livres seront donc un moyen, pour Hervé Rayner, de vérifier l'usage de cette définition en l'utilisant pour comprendre les scandales de l'opération « Mains Propres » en Italie. L'auteur nous montre comment des personnes intouchables perdent soudainement leurs capacités de défenses face à des magistrats qui, avant l’occurrence du scandale, étaient faibles. Ces mêmes personnages subissent une atteinte impressionnante à leur identité d'élu et passent par des moments que l'auteur qualifie de cérémonies de dégradations. Tout se passe comme si les possibilités d'actions avaient subitement changés permettant à des enquêteurs de s'attaquer à la corruption et empêchant les corrompus de se protéger à l'aide des réseaux de pouvoirs qu'ils avaient patiemment créé. La lecture de ces chapitres m'a passionné. L'auteur écrit de manière claire et permet de comprendre comment ce scandale a pu se mettre en place sans, du moins c'est mon impression, se perdre dans des propos trop ésotérique. Ce qui ne veut pas dire que la lecture soit aisée. L'auteur est influencé par Bourdieu et Michel Dobry et utilise des concepts compliqués. Heureusement ces derniers sont définis dans le texte ou en notes. Je suis donc ressorti enrichi de ce livre que je n'hésite pas à conseiller aux intéressés qui acceptent de faire l'effort d'entrer dans une littérature sociologique.

Image : Fnac.com

18:44 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mains propres, italie, scandales | | | |  Facebook

25/07/2012

Le Lorax (des arbres qui parlent)

Je suis donc allé voir ce nouveau film d'animation dont on entend parler depuis quelques mois. Le Lorax est le nom d'une petite bestiole orange qui dit parler pour les arbres. On fait sa connaissance durant l'histoire que raconte un personnage sur sa jeunesse à un gamin. Mais que vient donc faire ce gamin hors de sa ville d'enfance ou tout semble être parfait ? Sa motivation est de séduire sa voisine qui rêve de voir un véritable arbre. Cette quête le conduit à chercher la dernière personne à avoir vu un arbre en espérant qu'il puisse le guider vers une graine. Mais ce même homme est aussi celui qui a détruit les arbres. En lui contant sa rencontre avec le Lorax et ses erreurs il lui explique quel est l'importance des arbres.

J'ai lu beaucoup de critiques dont certaines sont très négatives. Certains n'apprécient pas du tout le style graphique du film. Il est vrai qu'il est en dessous des normes de l'époque. Cependant, je réfute ces accusations. En effet, je trouve que le caractère "enfantin" des images avec ses poissons chanteurs et ses nounours (je trouve le terme plus adapté qu'ourson) mangeur de sucreries dans un décor d'arbres plumeux nous replonge dans les livres d'enfances. Ce style, peut être naïf et artificiel, est mis en contradiction avec un autre univers. Celui de la ville de plastique ou rien n'est vivant. Les personnes qui y vivent marchent sur du plastique, regardent du plastiques et vivent dans la consommation effrénée sans arrières pensées en masquant la puanteur de la pollution par l'achat de bouteilles d'air frais.

Il n'y a pas besoin d'être très attentif à mes propos pour comprendre que le message principal concerne l'écologie. En effet, le Lorax en sa qualité de porte-parole de la nature montre et point du doigt les activités destructrices de l'industrie en la personne de Gash Pilleur. Ce dernier est pris par la folie de la production et de la richesse tente vainement de se justifier par la légalité de ses actions tout en détruisant ce qui a fait sa puissance : la nature. Il est donc tentant d'ajouter une critique du capitalisme néo-libérale pris dans une spirale de production implacable au nom de la sacro-sainte croissance sans prendre en compte que nous vivons dans un système fermé aux ressources limitées. Mais je me suis aussi intéressé à la manière dont la ville est décrite. Derrière une façade de liberté de consommation et de choix une réalité plus inquiétante se cache. Les individus qui vivent dans cette ville sont des prisonniers. Toutes les caractéristiques de cet état sont visibles. Chacun d'entre eux est surveillé par un impressionnant dispositif de surveillance par caméras qui permet d'observer et d'éviter, quand ce n'est pas punir, les comportements anormaux. Ces mêmes dispositifs sont doublés par un mur impressionnant qui entoure la ville entière et cache la pollution produite aux habitants. Heureusement le film nous offre de l'espoir en montrant comment une personne peut changer les choses mais je pense qu'il fait aussi preuve de naïveté puisque ces changements sont beaucoup trop faciles dans le cadre de cette histoire.

Image : Site officiel

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18:30 Écrit par Hassan dans Film, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lorax, écologie, panoptisme, capitalisme | | | |  Facebook

18/06/2012

Millénium la série

J'ai déjà parlé deux fois de Millénium sur ce blog. Une fois, en trois billets, j'ai présenté les différents tome de cette trilogie que j'avais particulièrement apprécié. J'en ai parlé une seconde fois pour parler de l'adaptation américaine que j'avais trouvée assez médiocre. Dans ce dernier billet j'avouais n'avoir pas vu l'adaptation suédoise précédente. Avant de pouvoir regarder cette version il m'était nécessaire de la comprendre. En effet, il existe une version film et une version dite série. La deuxième possède 6 épisodes de 90 minutes chacun alors que les versions films durent environ 2 heures chacun. J'ai donc naturellement choisi la version série qui recevait de nombreuses critiques positives puisqu'elle développe plus avant les relations entre les personnages et les intrigues.

L'histoire commence probablement à être connue de tous. Mais je vais quand même rapidement la résumer sans spoiler. Un journaliste suédois est attaqué en justice pour diffamation. Suite à sa condamnation il décide de s'éloigner de la revue qu'il co-dirige: Millénium. C'est le signal qu'attend un certain Henrik Vanger pour lui demander de l'aide. Sa nièce a été assassinée il y a des années et, depuis, le tueur lui envoie une fleur chaque années. Vanger demande à Mikael de reprendre l'enquête en main. Durant celle-ci le journaliste rencontrera Lisbeth Salander. Mais il ne sait pas que les relations avec cette femme légèrement différente prendront un tour très inattendu.

Comment dire à quel point cette adaptation est supérieure au film américain ? Il y a tellement de points mieux réussit qu'il me faudrait un roman. Je commencerais donc par le début. Le générique de la série est tout simplement beaucoup plus logique que celui du film américain. Ce dernier était une sorte de générique à la James Bond. Celui de la série suédoise montre différents éléments de l'intrigue sous formes de peintures avec une musique parfaitement adaptée. Le générique se termine sur l'image magnifique d'une tête de dragon. En ce qui concerne l'intrigue celle-ci est, bien entendu, simplifiée comparée aux livres. Cependant, elle est beaucoup mieux mise en place et beaucoup plus clair. Le réalisateur a pris le temps de mettre les différents éléments en place tout en ne créant pas de longueurs. Les deux acteurs principaux me plaisent aussi beaucoup plus. En ce qui concerne Mikael on pourrait ne pas être d'accord avec moi mais Michael Nyquvist est plus proche de l'image de Mikael Blomvkist que j'avais. Noomi Rapace qui prend le rôle de Lisbeth Salander est tout simplement magnifique. Elle réussit véritablement à incarner ce personnage à la fois fragile et extrêmement fort. Les images sont aussi sans communes mesures avec celles du film. Je ne sais pas pourquoi mais l'adaptation américaine donnait une impression d'artificialité. La série suédoise offre une véritable impression d'authenticité. Le réalisateur a film dans le pays et ça se sent aussi bien dans les villes que dans les coins perdus en plein hiver nordique. Le froid semble presque sortir de la télévision. De plus, ce film m'a donnée envie de faire un petit voyage en Suède (mais en été). Bref, si vous deviez choisir je vous conseille fortement cette série suédoise.

Image : Allociné

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11:44 Écrit par Hassan dans Film, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : millénium | | | |  Facebook

15/06/2012

Milk (Gay rights now!)

J'ai enfin regardé attentivement ce film ! Il dépeint une partie de la vie d'Harvey Milk. Nous faisons la connaissance de cet homme à New-York le jour de son quarantième anniversaire. La vie est difficile pour cet homme qui doit vivre caché de peur d'être dénoncé à son employeur et de perdre son emploi. Le soir même il décide de quitter cette ville et de vivre librement à Los-Angeles pour fonder un commerce. Ce dernier devient un lieu de rencontre pour les gays de la ville ce qui conduit la police à charger et arrêter tout ce qui bouge. Harvey Milk décide donc de se faire la voix des minorités et d'entrer en politique dans un poste à la commune. Son combat pour les droits des homosexuels commence dans un contexte défavorable. Mais les victoires commencent à tomber...

Ceci est film politique dans le sens que l'histoire n'est pas que celle d'un homme mais aussi d'un mouvement dans un contexte précis. Comme de nombreux pays, les États-Unis ont réprimés les gays très tardivement simplement pour leur forme de vie. Encore aujourd'hui, les droits civils sont déniés aux homosexuels et aux lesbiennes indice d'une conception illégitime de cette forme d'amour par l'état. Ce film est l'histoire d'une lutte d'une décennie entre 1972 et 1978. On nous montre le premier américain ouvertement gay élu. Mais, surtout, on nous montre sa maîtrise politique dans un contexte peu favorable aux droits des gays et lesbiennes. Milk jongle entre les élections et les manifestations pour démontrer sa légitimité de porte-parole et asseoir une force politique au mouvement. Bien que beaucoup de personnes étaient contre lui pour des raisons personnelles ou de stratégie politique il continue à se battre contre toutes pertes politiques. Les luttes sont donc violentes et je pense que le film réussit à nous communiquer l'importance des moments. Cependant, nous sommes dans un film ce qui implique des simplifications. Bien que je souhaite, un jour, m'informer plus avant sur la vie de cet homme je pense que le réalisateur a signé un bon biopic que je conseille sans arrières-pensées.

Image : Allocine

Site officiel

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07/06/2012

Opération Libertad (des rêves plein la tête)

Le film commence sur un constat amer du narrateur sur sa propre vie. De jeune de 20 ans plein de rêves il est devenu un adulte de 50 ans bourgeois et consumériste. Même sa fille l'accuse de l'être. Mais ce que sa fille ne sait pas c'est qu'il a fait partie du GAR ou Groupe Autonome Révolutionnaire. Mais comment tout cela a-t-il commencé ? Après cette petite introduction nous sommes donc plongés dans la jeunesse du narrateur grâce à un film qu'il avait tourné pendant ses études. Celles-ci l'avaient conduit à se rapprocher du GAR qui souhaitait être visible dans les médias. Car ce groupe d'extrême-gauche ne fait pas que parler. Non, il agit aussi. Le narrateur les suivra durant leur préparation jusqu'à leur plus grande opération : l'attaque d'une banque dans le but de mettre en lumière les liens de la Suisse avec les régimes dictatoriaux d’Amérique du sud. Mais rien ne se déroule comme prévu et le groupe est obligé de se cacher en espérant être entendu. L'opération Libertad a commencé.

Plus que la question de la lutte contre le capitalisme je pense que ce film s'interroge sur le passage des rêves à la réalité. Certains pourraient dire le passage de l'enfance à l'âge adulte. En effet, nous passons d'un début presque héroïque durant lequel les différents personnages sont très liés entre eux et certains de la légitimité de leur prochaine opération. Ils rêvent de mettre à bas l'hypocrisie du secret bancaire en deux minutes et d'être salué comme des révolutionnaires qui seraient sur le point de détruire le système. Mais les rêves disparaissent rapidement après que l'opération se soit mal déroulé. En effet, nous passons d'une période ouverte à un huis clos oppressant. Durant ces quelques jours de proximité forcée avec un homme enlevé et blessé à la cave les différents personnages se heurtent. Les rêves et l'idéalisme se transforment en résignation puis en désespoir au fur et à mesure que le temps passe et que rien n'est dit sur l'opération. Heureusement, les jeunes auront toujours des rêves et cette note pessimiste est contrebalancée par les dernières paroles du narrateur sur sa propre fille (si je me souviens bien): "Aujourd'hui ma fille a 20 ans et je suis sur qu'elle a des rêves".

Une autre question qui pourrait être soulevée par ce film c'est celle de la violence. En effet, l'un des personnages explique que les mots sont incapables de changements. C'est la raison pour laquelle ce petit groupe décide de mettre en place une action violente contre le capitalisme en attaquant l'un de ses symboles. La question que l'on pourrait se poser est celle de la légitimité des actions violentes mais je pense qu'une question encore plus importante concerne ses effets. Ceux-ci sont-ils bénéfiques ou négatifs ? Personnellement, mes réflexions m'ont conduit à considérer que la violence n'est pas un bon moyen de réforme. En effet, je pense que la résistance active, violente, implique une réaction de même nature. Ce film nous montre une action violente qui échoue. Cet échec peut être imputé à différents événements. Tout d'abord, les médias refusent d'entrer dans le jeu et oublient de parler. Mais ceci n'implique pas que les forces de l'ordre ne réagissent pas. Ainsi, les différents personnages commencent à entrer dans une spirale de paranoïa qui ne peut que détruire leur groupe. De plus, cette opération est délégitimée par les actes même des personnages. Ils souhaitaient dénoncer un lien avec des dictatures violentes. Mais ils tentèrent de l faire par la violence physique et en volant. Leur idéal est donc corrompu par le vol de l'argent.

Ce film, à mon avis, est bien maîtrisé. Il ne nous montre pas des héros ou des méchants mais des humains. Ces derniers tentent de réparer un monde qu'ils considèrent injuste mais ils échouent. Il n'y a pas de jugement sur cet échec ou sur l'opération mais une forme d'espoir que d'autres trouveront une voie vers le changement. Le film, et le réalisateur par extension, semblent nous dire que cet espoir de changement se trouve dans les rêves de la jeunesse. Il resterait à savoir si cet espoir est bien placé ? Mais surtout, cet espoir est-il légitime ?

Image : Allocine

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17/04/2012

Du papier à la biométrie. Identifier les individus sous la direction de Xavier Crettiez et Pierre Piazza

Titre: Du papier à la biométrie. Identifier les individus27246100366310M.gif
Directeurs: Xavier Crettiez et Pierre Piazza
Éditeur: Sciences po 2006
Pages: 331

Je me suis lancé dans un des thèmes qui m'intéressent le plus: la question de l'identification des citoyens par la surveillance de l'état. Pour cela je me suis plongé dans ce livre qui regroupe les communications d'un colloque de 2004 organisé par le Centre d'analyse et de régulation du politique. Le livre est divisé en trois parties de plus en plus importantes en termes de pages. La première partie concerne le coté historique des papiers d'identités. Il regroupe trois communications toutes aussi intéressantes les une que les autres. La première examine les papiers sous l'angle du pouvoir d'état. C'est Gérard Noiriel, historien connu, qui se colle à l'exercice. Le second concerne les origines modernes des papiers. Il nous montre que l'identification se construit dans la France de l'ancien régime. Cet article permet d'observer une histoire longue des pratiques d'identifications par les papiers ce qui permet de reconnaître des processus qui existent encore aujourd'hui. Le troisième est écrit par Pierre Piazza, auteur d'un livre sur la carte d'identité française, qui examine comment le régime de Vichy a réussi à imposer une carte d'identité nationale dans un but non-républicain tout en, comme souvent en ce qui concerne Vichy, s'inscrivant dans une continuité avec la troisième république.

La seconde partie prend en compte l'aspect de constructions politiques des pratiques de papiérisation. Je noterais l'intérêt de l'article de Benoît Larbiou qui démontre que le contrôle de l'identité permet aussi de défendre une profession, les médecins. Mais, dans le contexte des années 20-30 les papiers permettent aussi de faire un contrôle médical hygiéniste permettant de protéger la population non pas des indésirables mais des malades. Un concept qui implique aussi la notion de races malades. La communication d'Alexis Spire continue le précédent en examinant le contrôle de l'immigration jusque dans les années 70. Ce qui permet d'observer une transformation dans les contrôles qui de l'épuration des étrangers, ou naturalisés, collaborateurs passent au contrôle des communistes qui sont identifiés et expulsés. J'ai aussi apprécié l'analyse du passeport intérieur soviétique mais l'article de Vincent Tchen est trop juridique à mon goût.

Enfin, la troisième partie pose la question des résistances. Outre un entretien aec le directeur de la Mission Biométrie au ministère de l'intérieur, Philippe Melchior, il regroupe des communications prenant en compte aussi bien les caractères spatiaux que virtuel. J'ai trouvé les articles de Xavier Crettiez et Carlos Miguel Pimentiel très stimulant. Le premier examine les raisons de la mise en place de cartes d'identités régionalistes. Celles-ci sont des attaques directes contre l'état national mais ne sont pas forcément construite dans ce but. Xavier Crettiez montre que ces cartes permettent surtout de créer une identité locale face à l'identité nationale française. Le second article examine l'exception britannique. En effet, la carte d'identité n'y existe pas. Carlos Miguel Pimentiel tente de démontrer, avec brio, que cette exception provient d'une culture du droit non-écrit qui implique un droit d'anonymat des citoyens seul moyen d'éviter que l'état entre dans la vie privée des personnes. D’où une grande méfiance face à toute forme de papiérisation. Le chapitre 10 est particulièrement intéressant à lire dans le contexte actuel. Alors que la biométrie est de plus en plus utilisée en vue d'une défense de l'ordre public face au terrorisme les auteurs y examinent les arguments et les réalités de l'utilité de cette technologie. Les conclusions sont très sceptiques face à l'utilité de la biométrie en ce qui concerne la prévention du terrorisme. En effet, outre son coût important il est toujours possible de créer une fausse identité en se basant sur des papiers en amont de la mise en place du passeport biométrique. L'article qui suit est tout aussi intéressant puisqu'il examine les effets de l'accord de Schengen sur les frontières. En effet, a coté d'une ouverture des frontières intérieurs cet accord implique la mise en place d'un contrôle plus important des frontières extérieures. Ce qui se découvre de cet accord c'est une méfiance des étrangers provenant de certains pays qui, de part leur provenance, sont suspect a priori. L'identification permet de suivre un group considéré comme dangereux et de le tracer dans la bureaucratie dans toute l'europe. Enfin, le dernier article examine le problème de l'identité sur un espace virtuel qui détruit l'identité tout en pouvant permettre un contrôle très important des informations privées.

J'ai trouvé ce livre très stimulant. Outre le fait qu'il offre des informations nécessaires pour les citoyens dans le contexte actuel, l'examen scientifique de Schengen et de la biométrie est nécessaire, il permet de mieux comprendre comment fonctionne l'identité dans le cadre des papiers. Ce livre permet de comprendre que l'identité est avant tout une affaire de pouvoir. Un état impose une certaine forme d'identité à ses citoyens et aux étrangers qui lui permet de contrôler, de surveiller mais qui implique aussi une destruction des identités réelles. En effet, entre ce que l'on dit être et les quelques informations qui se trouvent sur une carte d'identité les différences peuvent être très importantes. J'ai surtout découvert le concept de banoptique qui permet de dépasser le concept foucaldien de panoptique. En effet, le banoptique permet de comprendre que la surveillance totale est une dystopie très difficile à atteindre à cause des coûts en personnels et en technologies. Le banoptique se concentre sur un groupe précis et recherche les informations dans les diverses bases de données. Le danger qui apparat n'est plus la surveillance généralisée par caméras ou policiers mais le lien entre les diverses bases de données étatiques et privées. Ce livre ouvre un grand nombre de questions importantes pour tous ceux qui réfléchissent au processus de papiérisation et à sa légitimité. Plus qu'un livre scientifique destiné à un public restreint c'est un livre dont les conclusions devraient être largement communiquées car elles sont nécessaires pour des décisions politiques importantes.

Image: Éditeur

30/03/2012

Ecrits féministes de Christine de Pizan à Simone de Beauvoir sous la présentation de Nicole Pellegrin

Titre: Ecrits féministes de Christine de Pizan à Simone de Beauvoir41r7bt5jWvL._SL500_AA300_.jpg
Présentation: Nicole Pellegrin
Éditeur: Flammarion 2010
Pages: 254

Nicole Pellegrin nous présente, dans ce petit livre, les principaux auteurs féministes de l'histoire française. Elle commence par Christine de Pizan, une femme dont je n'avais jamais entendu parler jusqu'à maintenant, pour terminer avec Simone De Beauvoir l'auteure du Deuxième Sexe. Bien que les textes présentés dans cette anthologie soient majoritairement écrits par des femmes nous y trouvons aussi quelques hommes. Ces derniers sont au nombre de trois et permettent de démontrer que la lutte pour les droits des femmes n'est pas revendiquée que par ces dernières. Les différents textes qui ont été choisi dans le cadre de cette anthologie sont intéressants et permettent d’observer non seulement la variété des arguments et des luttes mais aussi de comprendre que les droits des femmes ont été revendiqués depuis le Moyen-Âge. Chacun des auteur-e-s sont précédés par une présentation écrite par Nicole Pellegrin. Bien que courte et synthétiques elles sont bienvenues puisqu'elles permettent à des lecteurs qui ne connaissent pas forcément les auteur-e-s de se faire une idée du contexte, de la vie et des idées qui les ont guidé-e-s.

Quand on présente une anthologie la première critique que l'on peut faire concerne le choix des textes édités. En effet, comme le dit Nicole Pellegrin, une anthologie est, par définition, arbitraire. Je suis très heureux d'avoir découvert des auteur-e-s que je ne connaissais pas mais la question que je me pose concerne surtout la fin du livre. En effet, pourquoi terminer avec Simone de Beauvoir? Je pense que cette anthologie aurait pu intégrer des textes plus récents comme, pour ne prendre qu'un exemple, des textes de Christine Delphy. Cependant, mis à part cette critique attendue et comprise par Nicole Pellegrin je n'ai pas grand-chose à déplorer. Cette anthologie permet de lire des textes célèbres que je n'avais jamais rencontré en entier comme la fameuse Déclaration des droits de la Femme d'Olympe de Gouges écrite en réaction à la Déclaration des droits de l'Homme. La lecture de ce livre est donc une belle opportunité de se frotter aux classiques du féminisme français et ces lectures m'ont donné envie d'aller plus loin.

Image: Amazon

04/02/2012

Une suisse rebelle Annemarie Schwarzenbach 1908-1942

J'ai récemment appris qui était cette femme grâce à une amie. Celle-ci m'a parlé d'Annemarie Schwarzenbach et m'a donné quelques informations importantes sur sa vie avant que nous regardions ce documentaire sorti récemment. Cette femme est impressionnante et exceptionnelle à plus d'un titre. Elle descend de deux familles riches et importantes dans l'aristocratie Suisse. Par sa mère elle est la petite fille du général de l'armée Suisse lors de la Première Guerre Mondiale. Cet homme, Ulrich Wille, était un grand admirateur de l'Allemagne et avait tenté de faire entrer la Suisse en guerre à ses cotés. La famille d'Annemarie était ouvertement frontiste et pro-fasciste. Mais elle-même semble être proche des idées communistes. De plus, elle était lesbienne. Ce fut une grande voyageuse qui fit de nombreux reportages photos et qui réagit dans la presse Suisse de l'époque autant pour dénoncer les conditions des opprimés que pour défendre des causes politiques et attaquer l'Allemagne et la politique de la Suisse à son égard.

Le documentaire essaie de nous expliquer la vie de cette superbe femme. Superbe car elle a réussi à contester les idées de sa famille tout en en restant proche. Peut-être trop proche puisque le documentaire nous explique qu'Annemarie voulait toujours recevoir de l'attention et l'approbation de sa mère. Celui-ci est construit d'une telle manière que l'on puisse suivre les idées de Schwarzenbach durant sa vie. Grâce à des extraits on se rend compte de ses sentiments sur la politique contemporaine. C'était aussi l'une des proches des enfants de Thomas Mann qui lui ont permis de trouver l'amour de sa vie et d'avoir des amis avec les mêmes idées. Mais le documentaire nous montre aussi l'autre face d'Annemarie, une femme qui s'est perdue dans les drogues et qui avait besoin de recevoir une forte attention. Une femme formidable mais avec ses faiblesses. Ce qui n’enlève rien à sa vie sa particulière qui en fait probablement l'un des personnages suisses les plus intéressants de notre époque. Une citoyenne qui mérite que l'on se souvienne d'elle et de ses œuvres car elle avait une grande avance sur son époque qu'elle percevait avec clarté.

Image: Site Officiel

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03/02/2012

Bottled life (les voleurs de vie)

Nestlé est probablement l'une des entreprises les plus puissantes du monde. Ce n'est pas la plus puissante de Suisse mais elle en est proche. C'est pourquoi il est particulièrement nécessaire d'examiner les activités de Nestlé, et des autres multinationales, dans le cadre de ce que je pourrais nommer une vigilance citoyenne. Ce documentaire pourrait en être. En effet, le réalisateur y examine la manière dont Nestlé s'inscrit sur le marché de l'eau. En partant des annonces officielles qui font penser à une vision sociale de ce marché de la part de la multinationale le réalisateur dévoile les véritables activités de celle-ci. Ce dévoilement n'est pas forcément apprécié puisque l'entreprise refuse de répondre aux questions.

Ces questions concernent les activités légales mais peu éthiques de Nestlé. En effet, sous un discours social et responsable se cache une machine de guerre dont le seul but est de s'approprier les ressources naturelles en eau sans prendre en compte les besoins des populations locales ni les besoins écologiques. Il faut tout de même nuancer cette affirmation. Ce que la multinationale fait c'est s'approprier une ressources en achetant le silence ou l'accord des populations locales en offrant des emplois et des infrastructures ainsi qu'une aide à la vie associative. Rien de très irresponsable ni de machiavélique à première vue. Mais ce que ces cadeaux cachent c'est une puissante main mise sur la vie locale à la fois politique et associative. Le constat est rapide: une fois que Nestlé à mis le pied dans la maison il est impossible de s'en débarrasser et le seul moyen d'éviter l'entreprise est de l'empêcher d'entrer en installant une serrure blindée. Nestlé est aussi présent dans le monde en voie de développement. Sur fonds d'états faibles politiquement voir corrompus l'entreprise prend le contrôle de la distribution de l'eau dans tout un pays. Ce que nous voyons, durant tout ce documentaire, c'est une tentative de la part de Nestlé, et d'autres multinationales, de changer l'attitude de la population mondiale face à l'eau. De l'eau du robinet qui, en occident en tout cas, est saine et payée à part égaler par tous les citoyens, on passe à l'eau en bouteille qui est non seulement plus cher mais surtout pas forcément plus saine, voir moins saine, que l'eau du robinet. Parfois les deux sont strictement les mêmes.

Il n'a pas été difficile de me convaincre du danger de l'appropriation des ressources naturelles en eau du monde par des entreprises privées. Je considère l'accès à l'eau potable comme un droit pour tous les êtres humains et sa vente, dans certains contextes, est un viol de ce droit. En effet, tout le monde n'a pas les capacités financières de se procurer de l'eau potable contrôlées par des entreprises. Ce que ce documentaire montre en plus c'est que les actes de Nestlé ne sont pas seulement un viol de ce droit. Ces actes sont aussi un danger pour la nature locale puisque l'entreprise pompe sans se soucier des conséquences écologiques. De plus, la multinationale ne prend pas réellement en compte les demandes locales se contentant d'utiliser l'arsenal judiciaire contre toutes personnes ou entités qui l'empêchent de s'étendre. Cependant, ce documentaire n'est pas assez critique et ne donne aucune solution. En sortant de ce documentaire, en s'imaginant vierge de toute pensée politique, on pourrait penser que Nestlé agit de manière inappropriée mais qu'il n'existe malheureusement aucun moyen. Une entreprise qui vend de l'eau saine dans un pays incapable de mettre en place un approvisionnement public sain est-il si mauvais? Ce documentaire ne nous donne aucune piste de réflexion sur cette question. Personnellement, je considère que laisser le contrôle de l'approvisionnement d'une ressource nécessaire pour la vie est un danger pour les citoyens puisque en contrôlant cette ressources l'entreprise contrôle qui y a accès et de quelle manière. J'aurais beaucoup apprécié que le documentaire nous offre des pistes alternatives comme l'aide internationale, l'action d'ONG ou d'autres possibilités? De plus, ce documentaire n'est pas assez dénonciateur. Il se contente de montrer le fonctionnement, vu de l'extérieur, de Nestlé sans nous offrir une position idéologique contradictoire. Que pense le réalisateur? Est-il d'accord avec le commerce de l'eau dans certains cas? Pense-t-il que l'eau est un droit naturel comme moi et donc un bien qui ne devrait pas être utilisé pour le profit? Je n'en ai aucune idée... C'est donc un documentaire intéressant mais dont les insuffisances ne permettront de convaincre que ceux qui sont déjà convaincus.

Image: Site officiel

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15:46 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : eau, nestlé, vol | | | |  Facebook

09/01/2012

La guerre sociale par André Léo

Titre: La guerre socialecrbst_guerresociale.jpg
Auteurs: André Léo
Éditeur: passager clandestin
Pages: 75
J'ai récemment terminé de lire ce petit livre. C'est un discours prononcé par André Léo en 1871 au Congrès de la Paix à Lausanne. Cette femme, qui a pris les noms de ses fils dans son pseudonyme, y parle de la guerre sociale. Mais quelle est cette guerre? Selon André Léo c'est le processus par lequel les personnes au pouvoir tente d'empêcher le peuple de gagner sa liberté. Pour montrer ce processus elle prend l'exemple de la Commune de Paris. En effet, elle fut l'une des leaders de cette révolution. Elle s'occupait, avec d'autres, du problème de l'éducation. Mais comment les dirigeants ont-ils traité la Commune? Selon André Léo la fin de la révolution est passée par deux processus. Le premier c'est la calomnie. En effet, avant même la répression, les citoyens de Paris étaient accusés de pillage, d'incendie et de meurtres. André Loé répond par la négative à ses accusations. Le second processus c'est l'utilisation des armes et d'une pseudo justice. Les anciens communards furent exécutés par les militaires les uns après les autres à l'aide de mitraillette et les différents témoins parlent tous de rivières de sang. Les militaires, selon André Léo, ont volé tous les exécutés et pillé Paris alors que des milliers de prisonniers sont en attente de déportation ou de jugement voir de leur mort.

Dans deux autres parties de ce livre on a une présentation de la vie D'André Léo par Michelle Perrot et un article plus récent mis en parallèle avec les thèses d'André Léo. Ce qui nous permet de nous rendre compte que la guerre sociale continue sous le visage du néo-libéralisme et des arguments sécuritaires. L'auteur de l'article appelle les citoyens à se souvenirs des véritables causes de leur insécurité plutôt que d'écouter les arguments de la répression pure et simple. J'ai apprécié lire ce petit livre pour plusieurs raisons. Tout d'abord parce qu'il permet de lire une femme d'exception. La présentation de Michelle Perrot en est la preuve. Mais aussi parce qu'il permet d'écouter une femme communarde. Il est encore rare de savoir que les femmes ont fait de la politique avant d'avoir le droit d’être élu et André Loé est l'une d'entre elles. Mais ce livre permet aussi de critiquer un discours sécuritaire de plus en plus dominant. Un discours qui oublie que la répression sans la prévention ne sert à rien et qui est utilisé pour mettre en place des lois et des processus dangereux pour la démocratie. C'est donc un texte qui permet de résister à un certains discours dominant.

Image: Éditeur

06/01/2012

The Whistleblower (la vérité a un prix)

Attention je vous préviens ce film est un pur chef-d’œuvre! Nous suivons une officière de police, Kathy, qui décide de s'engager dans l'entreprise Democra pour une mission international de six mois en Bosnie. Cette mission est simple, sur le papier du moins, elle doit accompagner et aider de nouveaux agents de polices a faire la transition dans l'après-guerre et à maintenir la paix. Ce n'est pas un travail simple et elle se rend tout de suite compte que les méthodes des policiers internationaux ne sont pas forcément très utiles. Elle réussit tout de même à aider à l'arrestation d'un homme qui frappait sa femme. Suite à cette brillante réussite elle est mutée au bureau des affaires féminines (une traduction personnelle de gender affairs que je trouve plus proche du terme que parité). A la tête de cet office elle luttera difficilement contre le machisme de ses collègues qu'ils soient du pays ou non. Mais toute la difficulté de son travail se révélera quand elle tentera de mettre au point une enquête contre des agents internationaux impliqués dans le trafic d'être humains dans un but de prostitution. Les horreurs dont elle sera témoin la révolteront mais personne ne semble l'écouter. A savoir, ce film est issu de faits réels.

Cette femme existe vraiment, elle a travaillé pour une entreprise en Bosnie qui ne se nommait pas Democra (probablement des raisons juridiques ont empêchés les réalisateurs d'utiliser le vrai nom). Elle fut licenciée mais les tribunaux anglais rejetèrent les raisons invoquées par l'entreprise. Cette femme est-ce que l'on nomme une lanceuse d'alerte ou whistleblower si vous préférez le terme anglophone. Ces individus décident d'alerter l'opinion publique sur des malversations lorsque toutes les instances de contrôles internes ou externes ont échoués. Ce sont donc des personnes à la position très précaire souvent virées et incapable de retrouver un emploi dans leur domaine malgré les minuscules protections juridiques existantes. Ce film est donc l'histoire de Kathryn Bolkovac.

Ceux qui auront la bonne idée d'aller voir ce film se trouveront devant un matériel très riche et un film très bien réalisé. Concentrons-nous d'abord sur le film même. L'actrice principale, Rachel Weisz, est tout simplement magnifique dans le rôle de Kathryn qu'elle incarne à la quasi perfections (seuls une ou deux scènes sont critiquables). Je note aussi la présence de Benedict Cumberbatch remarquable dans son rôle dans la série anglaise Sherlock et qui, malgré son peu de temps de parole, incarne son personnage sans problèmes. Je note aussi l’interprétation tout aussi remarquable de Vanessa Redgrave dans le rôle de Madeleine Rees. Je ne dois pas non plus oublier les acteurs incarnant les policiers qui sont tout aussi crédibles. La réalisation est, à mon avis, maîtrisée. Nous avons une ambiance sombre, oppressante à certains moments, qui réussit à flirter avec la barbarie sans se complaire dans le spectacle de cette même barbarie.

Mais ce qui fait l'intérêt de ce film ce n'est pas les acteurs mais le thème. Le message principal concerne, bien entendu, les victimes du trafic d'êtres humains. Nous avons ici toutes les étapes d'un drame. Les jeunes filles font confiance à un proche qui les trahit et les vend à des exploiteurs qui les font travailler pour rembourser de sois-disantes dettes. Ce film nous montre l'exploitation, sordide, mais aussi la peur ressentie par ces femmes. Elle sont à la merci de leurs ravisseurs qui ont tout contrôle sur elles. En effet, ces derniers volent leurs papiers quand elles en ont. Elles peuvent donc être expulsée sans états d'âmes et n'ont aucune protections juridiques puisque leur statut de sans-papiers en fait des criminels par défaut. De plus, le contexte de la Bosnie n'est pas favorable à ces femmes. Les policiers sont largement corrompus voir des clients de ces bars ou les "serveuses" travaillent. Ceux qui sont censés les protéger font partie des exploiteurs.

A coté de ce thème du trafic se greffe un autre thème. En effet, Kathy quand elle veut aider ces femmes ne se heurtent pas seulement à des policiers. Elle se heurte au système entier. Celui-ci peut empêcher le travail de Kathy de plusieurs manières. Que ce soit en se tenant à la lettre de la loi comme le centre des réfugiés visible dans le film. En effet celui-ci expulse une victime parce qu'elle n'a pas de papiers l'empêchant donc de témoigner contre ses tortionnaires. Le second point c'est que cette femme a tenté de vaincre un crime qui a été accompli par des personnes qui font parties de l'institution chargée de réprimer ces agissements. Elle ne peut donc plus véritablement compter sur ses collègues ou sur sa hiérarchie. Nous pouvons voir à de nombreuses reprises ce fait que ce soit quand sa demande de réquisition est interceptée ou lorsque des policiers impliqués dans le crime interférent avec une de ses actions sur le terrain pour empêcher son exécution. Enfin, l'ONU elle-même n'a pas intérêt à ce que ce scandale éclate. En effet, une telle bombe réduirait à néant la crédibilité des troupes de maintien de la paix. Si ces dernières détruisent l'ordre plus qu'elles ne le créent pourquoi les accepter sur le terrain? Une telle perte mettrait durablement à mal l'ONU et ses capacités.

Ce dernier point est en lien avec le problème des armées privées. Nous avons eu, récemment, un débat médiatique sur ces armées privées en Suisse. Nous savons qu'un grand nombre de ces entreprises agissent en Irak et ont agi après Katrina aux USA. La question que pose l'existence des armées et forces de polices privées est fondamentales. Elle concerne le monopole de la force publique donnée à l'état. Ces armées et forces de polices privées mettent à mal ce monopole en possédant le pouvoir, concédé par l'état, d'agir en tant que forces de l'ordre. Hors, on peut se demander si une entreprise qui cherche le profit est vraiment adaptée pour une mission de service publique potentiellement à l'aide d'armes. Est-ce que l'on peut vraiment laisser ces privés s'occuper de notre sécurité et de l'ordre public? Ce film y répond clairement. En effet, Democra n'a pas intérêt à ce que ses méthodes et employés soient remis en cause. Si cela était le cas les pertes seraient énormes alors que rester sur le terrain implique des profits tout aussi énormes. De plus, les forces de Democra ne sont pas des forces entraînées et formées comme le sont les forces de polices. Comme le dit Kathy "je pensais rejoindre une force de policiers d'élites" au contraire elle rejoint une force dans laquelle il suffit d'avoir le bac et la majorité pour entrer. Ce sont donc des policiers sans aucune formations ni aucune idée de la manière de travailler en tant que policier ce qui ne peut que mener à des problèmes.

J'ai tenté, ici, de montrer la richesse de ce film. A mon avis, c'est l'un des meilleurs que j'aie vu actuellement et je suis convaincu qu'il mérite un succès au cinéma devant le public et devant les différents jurys chargé d'offrir les oscars ou les palmes d'or. Non seulement il est bien joué et bien réalisé mais le message qu'il offre est fondamental. Les questions posées devraient être débattues largement dans le cadre de la société civile et non pas occultée. C'est pourquoi j'affirme encore une fois que ce film est un chef-d’œuvre.

Image: Site Officiel

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05/01/2012

The Lady: un destin hors du commun

Il m'a fallu quelques jours de réflexion avant d'écrire cette présentation du nouveau film de Luc Besson. Il faut dire que lorsque j'ai entendu que Besson était impliqué dans un film dépeignant la Birmanie et la lutte de Aung San Suu Kyi je me suis méfié. Mais bon, comme on ne peut pas critiquer sans avoir vu j'ai décidé de prendre un billet. The Lady nous montre Michael Aris et Aung San Suu Kyi avant même le début du combat pour la démocratie en Birmanie. Un jour, Aung San Suu Kyi reçoit un appel de sa famille. Sa mère est malade et elle doit aller la voir dans son pays d'enfance. Lors de son retour elle fait l'expérience de la brutalité du régime militaire en train de réprimer les étudiants qui manifestent. Il ne faudra pas longtemps pour que les opposants apprennent que Aung San Suu Kyi se trouve dans le pays et, rapidement, ces derniers lui demandent d'être le leader de l'opposition démocratique. Soutenue par sa famille et, surtout son mari, elle se battra durant des décennies alors que le régime fera tout pour la briser.

Il y a au moins une chose de certaine sur ce film: ce n'est pas un documentaire historique. Au contraire, Besson a décidé de se concentrer sur la vie privée plutôt que su le contexte et la vie publique. Ainsi, nous suivons le couple dans ses doutes et ses douleurs. De ce coté l'acteur jouant Michael Aris réussit particulièrement bien à tenir son rôle tout comme l'actrice incarnant Aung San Suu Kyi. Ce qui nous permet de ressentir plus fortement les injustices que lors d'un documentaire peut être plus sec. Malheureusement, l'oubli total du contexte nous empêche de comprendre cette femme et les événements dépeint lors de ces deux heures. Par exemple, le début du film commence par une révolte étudiante et la finit avec la révolte orange. Mais nul part on nous explique les causes et le déroulement de ces révoltes. C'est comme si, d'un seul coup, les gens commençaient à se retrouver dans la rue et à se dire que se serait chouette de marcher ensemble vers l'autre bout de la rue. Dans la même critique on peut dire que le fonctionnement du régime birman est tout simplement escamoté au bénéfice d'un grand méchant pas beau sous la forme du général Than Shwe qui est non seulement cruel mais totalement incapable de raisonner logiquement selon la peinture de Besson (mais alors comment réussit-il à gouverner?).

Les événements extérieurs sont aussi totalement escamotés. Ainsi, on apprend avec surprise que Michael Aris et Aung San Suu Kyi ont le soutien de plusieurs gouvernements et du Dalai Lama à la fin du film alors que l'obtention du prix Nobel de la paix semble se faire à l'aide d'une simple conversation entre amis. Autrement dit, nous nous trouvons en face d'un film simpliste qui oublie délibérément les complications d'une vie pour créer un mythe, une création particulièrement visible Aung San Suu Kyi se voit être mise à la tête de l'opposition sans qu'un seul mot ne soit donné pour un autre choix. Cependant, cela ne veut pas dire que ce film soit raté ou qu'il mente. D'un point de vue émotionnel il est très réussi mais il ne nous permet pas de comprendre la lutte de cette femme d'exception ni ses thèses et je trouve cela dommage.

Image: Allociné

 

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15:46 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : birmanie | | | |  Facebook

02/12/2011

L'homme féministe: un mâle à part? par Emmanuelle Barbaras et Marie Devers (les hommes féministes sont des femmes comme les autres)

Titre: L'homme féministe: un mâle à part?0127.250.png
Auteurs: Emmanuelle Barbaras et Marie Devers
Éditeur: Les points sur les i 2011
Pages: 165

Je me revendique féministe. Cette revendication ne va pas de soi et n'implique que je sois un homme parfait qui ait réussi à passer outre toutes les structures de dominations masculines pour réussir l'égalité parfaite avec les femmes. Se revendiquer féministe implique d'avoir conscience et de refuser un certain ordre social dominé par les hommes blancs hétérosexuels. Mais comment un homme, à priori profiteur de la domination sexuelle, peut-il remettre en cause sa force face aux femmes? Quels sont les hommes qui se disent féministes et comment réussissent-ils à militer et assumer l'étiquette féministe? Ce sont les questions que ce sont posés les deux auteures face à la rareté des hommes qui se disent féministes. Elles ont voulu comprendre ces hommes et leur donner la parole.

Qu'est ce qui ressort de ces entretiens? Bien que les hommes qui parlent dans ce livre soient très différent vis-à-vis des générations et des emplois on peut tout de même observer plusieurs points communs. En effet, ces hommes ont souvent été en contact direct avec la domination des femmes par les mâles. Ils l'ont vécu comme une injustice et ont voulu y mettre fin. D'autres ont aussi été rapidement en contact avec les thèmes féministes en militant. La grande partie a fait des études mais, surtout, ils sont tous plutôt à gauche. Non pas que le féminisme soit une idéologie de gauchiste bobo. Mais plutôt que le féminisme, ou être de gauche, permet de voir les injustices actuelles d'une manière plus intense. Ainsi, se revendiquer féministe va souvent de pair avec une attitude critique face au fonctionnement global de la société.

Mis à part l'intérêt d'avoir accès au discours d'autres hommes féministes ce livre a eu le grand mérite de me faire m'interroger sur ma propre conception du féminisme. En effet, malgré toutes les caricatures, le féminisme n'est pas une idéologie fixée par une doxa dans un grand livre vieux de 2000 ans. C'est une pratique vivante dont les buts et objets sont multiples et changeants. A tel point que le féminisme peut être à la fois source de militantisme et scientifique! Ma pratique du féminisme n'est pas extrêmement militante. C'est plutôt un effort personnel vers la tentative d'être plus respectueux et ouvert envers les femmes (au sens général). Bien sur, cela ne veut pas dire que je ne milite pas de temps en temps. Mais mon militantisme se limite surtout à une revendication de l'étiquette féministe et à une explication du terme et de ce que cela implique. J'ai souvent eu la surprise d'avoir des publics plus ou moins défavorables qui changent subitement d'avis quand je leur explique ma vision du féminisme. Ce n'est pas une guerre entre les sexes (la guerre des sexes existe depuis longtemps bien avant que le féminisme n'existe) mais la recherche de la paix des sexes. Et cette paix ne peut passer que par l'égalité des droits et des traitements ainsi que par le respect mutuel. J'essaie d'y arriver mais, encore une fois, le féminisme est un effort et non un acquis. Ainsi, pour reprendre mon titre, hommes ou femmes la différence n'est pas si importante. Les hommes sont des femmes comme les autres et les femmes sont des hommes comme les autres.

Image: Éditeur

11:54 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (21) | Tags : féminisme, genre, queer | | | |  Facebook

30/11/2011

In Time / Time Out vous offrirez bien un peu de votre temps à cette lecture?

Aujourd'hui nous devons gagner de l'argent puis le dépenser pour faire fonctionner le système économique. Mais si l'argent n'existait plus et que la seule valeur encore en fonction soit le temps? Nous nous trouvons un siècle dans notre futur. Nous vieillissons jusqu'à nos 25 ans puis nous restons stable. Ce serait parfait si les choses étaient si simples. Mais il faut bien comprendre que dès nos 25 ans il ne nous reste plus qu'une année à vivre. Le seul moyen d'éviter la mort est de travailler pour gagner du temps. Cependant les factures et les biens doivent aussi être payés en temps. Dans ce monde qui est tout sauf parfait un petit nombre d'immortels peuvent vivre sur le dos de prolétaires qui n'ont à peine qu'une journée à vivre chaque jours. Will Salas l'apprend par un homme qui a un souhait inattendu dans ce monde: mourir. Après avoir reçu son temps il se déplace vers le ghetto des riches ou il apprend une nouvelle manière de vivre et ou sa révolte grandit de plus en plus.

Je me suis un peu renseigné sur le réalisateur et, à ma plus grande surprise, je me suis rendu compte que j'ai apprécié la plupart des films dans lesquels il est impliqué. Andrew Nicoll a donc été le réalisateur de Gattaca, Simone et Lord of War mais il est aussi impliqué dans Le Terminal et The Truman Show. Je n'ai vu ni Le Terminal ni Simone au contraire des autres films mentionnés que j'ai beaucoup aimé. Ma seconde remarque sera courte car elle concerne le titre. Encore une fois un traducteur a cru bon de changer le titre original anglais en un autre titre en anglais. Non seulement c'est ridicule mais, en plus, les deux titres n'ont pas la même signification! Je note aussi rapidement l'apparition de Johnny Galecki qui est connu pour son rôle dans The Big Bang Theory.

Certains pourraient dire que ce film développe un thème intéressant mais qu'il n'est pas assez bien réalisé pour entrer au niveau de Gattaca. Bien entendu, les acteurs et l'intrigue ne sont peut-être pas autant maîtrisé que dans Gattaca mais je pense tout de même que ce film est une réussite. Je trouve que la manière dont est dépeinte la société de ce futur est très riche et j'ai aussi bien aimé l'intrigue à la Bonny and Clyde. Alors que peut-on sortir de ce film? Vous l'avez sûrement remarqué, j'ai parlé de prolétaires. Ce terme est particulièrement adapté puisqu'il nomme des personnes qui ne possède rien d'autres qu'eux-même. C'est exactement le cas des pauvres dans le monde décrit par Nicoll. Ils ne possèdent qu'eux-même pendant une journée ensuite ils meurent. Nous nous trouvons face à ce que l'un des personnages décrit comme un capitalisme darwinien. Les plus riches et débrouillards survivent alors que les faibles et pauvres sont censé mourir. Ainsi le système ne surchauffe pas puisque la majorité de la population est éternellement jeune mais meurt tandis qu'une minorité est immortelle. Nous nous trouvons, en fait, face à l'un des plus injustes et des plus puissants systèmes capitalistes.

Car il ne faut pas oublier que ce système a des conséquences. La première est d'empêcher la solidarité à large échelle. En effet, comment faire grève, entrer dans un syndicat ou réclamer des procédures sociales quand un non risque de vous tuer? La solidarité en communauté ne peut tout simplement pas exister et les luttes sociales sont inexistantes car personne ne veut risquer de mourir pour un gain hypothétique. La seconde conséquence est tout aussi logique puisqu'elle concerne la mise en place d'une ségrégation spatiale. Le monde de Nicoll est divisé en zones horaires. Chacun à des prix et salaires différents et il faut payer pour passer de l'une à l'autre. Mais quand on ne peut pas payer on est obligé de rester dans sa zone qui, bien entendu, se trouve le plus éloigné de la zone des riches. Cette ségrégation implique aussi un contrôle puissant de la population. Non seulement il semble qu'il existe des fichiers sur tout le monde mais, en plus, la ville est constellée de caméras de surveillance ce qui rappelle l'ambiance oppressive de la surveillance dans Gattaca. La dernière conséquence est inscrite dans les corps même des personnes. je ne vais pas sortir la sociologie bourdieusienne mais on sait que la classe sociale s'inscrit dans le corps. Dans ce film ce constat est parfaitement visible. Les pauvres sont athlétiques, rapides et regardent autours d'eux et surtout la police et n'hésitent pas à prendre des risques en jouant leur vie qui, de toute manière, peut se terminer brutalement. Les riches, eux, montent en vertu la prudence et la lenteur. La lenteur, en fait, est le meilleur marqueur de statut social puisqu'il est inutile de se presser quand on peut vivre éternellement. La prudence en découle tout naturellement puisque le seul moyen de mourir découle de la prise de risque. Comme le dit particulièrement bien Sylvia Weiss, autre personnage principal, "Les pauvres meurent et les riches ne vivent pas". En conclusion je ne peux que vous conseiller de voir ce film en ayant en tête le fonctionnement capitaliste de la société. Nous n'en sommes pas là mais n'y a-t-il pas des similitudes dérangeantes?

Image: Allociné

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11:50 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Politique, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : capitalisme | | | |  Facebook

18/11/2011

Chicago le moment 68. Territoires de la contestation étudiante et répression politique par Caroline Rolland-Diamond (une ville sous pression)

Titre: Chicago le moment 68. Territoires de la contestation étudiante et répression politiquechicago_prd.jpg
Auteur: Caroline Rolland-Diamond
Éditeur: Syllepse 2011
Pages: 365

Comme vous avez tous du vous en apercevoir j'ai une certaine fascination pour les années 60 et 70. C'est pourquoi je me suis récemment intéressé à des livres qui parlent de ces années. Donc, après un livre sur le MLF et un autre sur la LMR, j'ai continué dans cette voie avec un livre sur 1968. Plus précisément, l'auteure s'intéresse aux années 60 et au début des années 70 à Chicago dans le cadre précis du mouvement étudiant. Caroline Rolland-Diamond nous fait donc une histoire large des mouvements de 68 en essayant de comprendre comment ils sont devenus si forts et leurs revendications mais aussi pourquoi et comment ils ont brusquement disparu du paysage. Pour cela, l'auteure s'est plongée dans un nombre impressionnant d'archives dont ceux de la red squad (une équipe de la police spécialisée dans la surveillance et la répression des mouvements contestataires).

Le livre de Caroline Rolland-Diamond est structuré en quatre parties qui se déroulent avant, durant et peu après 1968. Les deux premières partie nous permettent de comprendre le militantisme étudiant et ses revendications avant les événements malheureux de cette si fameuse année. L'auteure y montre que le mouvement tire son origine de deux luttes. Premièrement, une lutte pour le pouvoir étudiant au sein de l'université qui consiste à demander la mise en place d'institutions acceptant la prise de parole des étudiants. Le second point concerne la guerre du Vietnam. Les étudiants ne sont pas seulement contre cette guerre pour des raisons d'idéologies pacifistes. Ils sont aussi inquiet des effets qu'elle peut avoir sur leur vie. En effet, ils ont peur de perdre leur droit aux études pour être incorporé de force dans l'armée. C'est dans ce sens que les bureaux de recrutement et la collaboration des universités avec l'armée et l'industrie militaire sont dénoncées. La seconde partie examine un autre mouvement: celui du Black Power. En effet, les afro-américains militent de plus en plus pour une place plus juste dans la société. Ceci les conduit à condamner les politiques raciales de la ville ou des universités. Une politique qui n'est pas toujours consciente mais, parfois, consécutive d'une structure sociale particulière. Au contraire des mouvements précédents, ces militants s’intègrent immédiatement dans la communauté large de la ville en essayant de les défendre et de les politiser. Cependant, l'auteure nous montre aussi que ces deux militantismes se rejoindront de plus en plus pour mener à une critique globale de la société et de son fonctionnement.

La troisième partie se concentre plus précisément sur les événements de 1968. Il est très important de lire d'une manière particulièrement attentive cette partie. En effet, 1968 connaît des événements extrêmement violents à Chicago alors que la Convention Démocrate est en cours. Et quand je parle de violence je ne parle pas, ou pas que, des militants. Je parle de la police dont les actions ont été officiellement qualifiées d'émeutes policières. Mais pourquoi faut-il lire cette partie avec prudence? Tout simplement parce qu'il serait trop simple de condamner unilatéralement la police. Bien entendu, elle est coupable. Mais il faut surtout comprendre comment ces événements ont pu avoir lieu et c'est exactement ce que l'Auteure nous permet de faire. Sa peinture de l'année 68 nous montre un tissus de facteurs qui se rejoignent pour expliquer cette explosion de violences. Les militants étudiants rejoignaient de plus en plus les thèses nationalistes noires et une forme de justification de la violence comme résistance. De plus, les actions précédentes de la police étaient accusées de mollesse par une grande partie de la classe politique dont, principalement, le maire Dailey. De plus, ce même maire faisait tout pour peindre les opposants à sa politique et à la guerre comme des envahisseurs étrangers violents tout en affirmant être prêt à supporter toutes les actions de la police jusqu'à dire publiquement qu'elle devait tirer pour tuer. Dans ce climat de tensions de plus en plus fortes et intenses les événements pouvaient difficilement se dérouler sans incidents.

La dernière partie nous parle de la répression et de la surveillance dont étaient victimes les étudiants. L'auteure nous montre que les opposants, qui pouvaient être simplement des personnes critiques face aux politiques du maire Dailey, étaient soumis à une intense pression policière. Non seulement la red squad faisait tout pour identifier les opposants. Mais, en plus, elle organisait des infiltrations permettant, parfois, de mettre en place des agents provocateurs pour lancer les militants dans des actions illégales ou créer des tensions avec les autres mouvements. Mais la police de Chicago n'est pas seule. Le FBI, la CIA, l'armée et même le fisc surveillent et répriment les militants. Cette pression policière a pris différentes formes. Aussi bien des arrestations massives lors des événements, l'arrestation pour fugues ou viol du code de la route sans preuves et même, dans au moins un cas avéré, une expédition d'assassinat. Nous nous trouvons donc en face d'une formidable force de répression qui a eu deux effets. Tout d'abord, les étudiants se sentaient de plus en plus légitimés à utiliser la violence pour se défendre. C'est donc une radicalisation que nous pouvons observer. Le second effet c'est que les mouvements étudiants qui se radicalisent se coupent de la base des étudiants ce qui les conduira à leur fin. Bien entendu, la répression n'est pas le seul facteur explicatif de la fin des mouvements de 68. Les luttes internes et la perte des ressources financières mobilisées pour payer les frais de justice, la radicalisation de certains, le retour d'un militantisme conservateur qui fait concurrence et la perte de certains leaders sont aussi des explications. Mais il est indéniable que Chicago a été le lieu d'une formidable machine répressive qui visait toutes les personnes critiques envers la politique municipale et fédérale ainsi que le fonctionnement de la société. A tel point que certains politiciens de l'époque ont parlé d'état policier.

J'ai, personnellement, trouvé ce livre très intéressant et très bien écrit. Je pourrais dire que j'aurais souhaité un peu plus d'informations sur des événements précis. Mais le choix d'essayer de trouver des explications et des facteurs plutôt que de se concentrer sur le récit simple des événements est loin d'être critiquable. Simplement, quelqu'un qui ne connais pas bien l'histoire des États-Unis lors des années 60 ou celle de Chicago peut être un peu perdue. Par exemple, je me demande encore ce qu'est exactement cette machine Dailey? Ce qui n'enlève rien au caractère convaincant des recherches de Caroline Rolland-Diamond. En résumé, je trouve que cette recherche a été très bien menée et l'utilisation de sources de la red squad nous permet d'entrer dans une vision différente de cette époque.

Image: Éditeur

17/11/2011

khodorkovsky un crime d'état ou un crime contre l'état?

Malheureusement je ne connais pratiquement rien ni à l'actualité politique russe, ni à son histoire et encore moins à son système politique et économique. En gros, je ne sais pas grand-chose mis à part quelques informations sur le système soviétique, la chute du mur et l'amour de Poutine pour les droits de l'homme. Ce film est donc un documentaire sur la vie et les malheurs de Mikhail Khodorkovsky. Nous apprenons comment cet homme a réussi à devenir l'un des hommes les plus riches du monde après la chute du système soviétique. Il a réussi à s'approprier la compagnie nationale Liukos qui devint rapidement une mine d'or. Mais son histoire commence, bien entendu, bien avant dans les jeunesses communistes et lors de la création de la première banque privée de Russie. Son ascension ne faisait que se confirmer quand il s'est fait de Poutine un ennemi en condamnant la corruption et en soutenant l'opposition. Il s'en est suivi plusieurs années d'enfers pour sa compagnie et ses employés principaux qui furent inquiétés par la police. Ceci jusqu'à ce que Mikhail Khodorkovsky soit emprisonné pour fraude fiscale puis pour complicité de meurtre et enfin pour le vol de pétrole brut.

Il semblerait que cette affaire ennuie beaucoup quand on commence à en parler. Il semblerait aussi que le film soit en faveurs de Mikhail Khodorkovsky. Mais les choses ne sont pas si claires. On découvre un personnage considéré et décrit comme très intelligent et très travailleur. Un homme qui a réussi à gagner 6 milliards de roubles quasiment du jour au lendemain. Un personnage qui faisait partie des oligarques russes et des hommes riches et puissants. Un tel personnage ne peut pas être tout blanc et je pense que certaines affaires qu'il traitait n'était pas toujours très propres. Après tout on parle d'une époque ou des hommes sont devenus riches en une nuit en recevant des compagnies étatiques sans débourser un sous ou presque. D'un autre coté son arrestation et les accusations, graves, sont étranges. On pourrait presque croire que Mikhail Khodorkovsky a été mis en prison non pour ses actions économiques mais pour opposition envers Poutine. Je ne peux pas le dire avec certitude mais les personnes interviewées ne sont pas toujours à l'aise pour dire certaines choses devant la caméra. Mais nous trouvons nous vraiment devant un prisonnier politique? Quelle est la part des crimes, supposé, de Mikhail Khodorkovsky et ceux de Poutine? Je trouve qu'il est très difficile d'y répondre surtout pour quelqu'un comme moi qui ne connait pas grand-chose à la Russie. Mais, en tout cas, des questions se posent.

Image: Site Officiel

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11:42 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : russie, opposants | | | |  Facebook

13/11/2011

Contagion (l'arme c'est vous)

Vendredi je suis allé voir un film qui m'intéressait depuis que j'avais vu la bande annonce: Contagion. Nous avons tous connu les dernières grandes peurs médicales (H1N1, SRAS, rougeole, ...) qui ont eu plusieurs effets importants sur le moment (et sur les bénéfices de certains) sans, pour autant, être véritablement dangereuses à grande échelle. Mais que se passerait-il si, un jour, une véritable épidémie mortelle se déclarait? Serions-nous capable d'y résister? Ce film nous met en face d'une épidémie qui se développe durant plusieurs mois dans le monde entier. Tout a commencé avec deux personnes: une américaine et un chinois. Très rapidement la maladie se développe et se répand via les aéroports. Mais la contagion n'est pas la seule chose qui se répand puisque, la suivant voir la précédant, la peur s'empare des citoyens détruisant le fragile tissus social.

J'ai beaucoup aimé ce film. Je trouve qu'il montre particulièrement bien comment la société peut être mise à l'épreuve lors d'une telle épidémie. On découvre des rues vides, des pillages, des meurtres tous à cause de la peur de la maladie. Plus encore, les liens entre les personnes deviennent inexistants pour éviter d'être contaminé. Mais comment une société peut-elle subsister quand personne ne communique plus avec personne? Ce film montre aussi très bien comment les autorités peuvent réagir. Ou plutôt, ce film montre comment les autorités peuvent bien réagir puisque l’aspect critique n'est pas vraiment présent sur ce point. Malgré la maladie on trouve le moyen de sauvegarder l'autorité de l'état au moins dans les grandes institutions. Et même si cette épidémie a été particulièrement forte les autorités réussissent à mettre en place des distributions de nourritures et la recherche de vaccins. En bref, les institutions fonctionnent et on peut leur laisser faire leur boulot.

Heureusement, il existe quelques critiques. La première est celle qui est lancée par un chinois face à l'occident. Il accuse les occidentaux et ses gouvernements de garder pour eux les médicaments et de ne pas prendre en compte les besoins d'une partie défavorisée de la population mondiale. Cet argument est à la fois réaliste et réfléchis et la manière dont il est imposé, par un enlèvement, n'est pas critiqué dans le film. On peut donc penser que le réalisateur comprend ces arguments? Il y a un deuxième personnage critique. C'est un journaliste qui tient un blog. Il est totalement marginalisé et personne ne le prend vraiment au sérieux. Ce qui ne l'empêche pas d'écrire ses positions et d'essayer de convaincre la population. Mis à part son aspect critiquable puisqu'il a tendance à rapidement passer dans les théories du complot ses arguments ne sont pas mauvais. Premièrement, il accuse la société industrielle de ne pas faire attention aux problèmes de santé au profit de l'argent. Cette thèse peut être vérifiée dans plusieurs scandales sanitaires (au grand hasard l'amiante...) et dans le film même. Un second discours est une critique du vaccin qui a été insuffisamment testé. Ce personnage a tout a fait raison sur ce point et on sait que certains médicaments ont des effets secondaires importants mais qu'ils sont tout de même vendus. Enfin, le troisième discours est une condamnation de l'industrie pharmaceutique. Le journaliste dit, à plusieurs reprises, qu'un certains nombre de personnes vont devenir très riche suite à cette épidémie. Il se pose la question de l'identité de ces personnes et, par extension, il critique l'argent qui est fait sur la mort d'individus. C'est, encore une fois, une critique acerbe mais réaliste d'une partie de notre industrie. En résumé, ce film donne l'impression d'avoir voulu être neutre tout en évitant un discours qui remet trop en cause la société. C'est, en tout cas, un film riche que l'on peut analyser de nombreuses manière (la fin du film, par exemple, donne les prémisses d'une société très contrôlée voir policière). Je pense donc que personne ne perdra son temps en allant le voir.

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11:51 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : épidémie | | | |  Facebook

06/11/2011

L'exercice de l'état (le privilége de l'impuissance)

Presque en même temps que le film de Clooney un autre film politique est sorti. Celui-ci est français est traite son sujet très différemment. Plutôt qu'une campagne de primaire nous suivons un ministre en plein travail. Le film commence par l'un des exercices les plus importants pour un politicien: montrer une présence de l'état. Bertrand Saint-Jean, ministre des transports, reçoit un appel en pleine nuit. Un accident s'est déroulé sur une petite route enneigée tuant près de 10 jeunes. Il n'a pas le choix il doit se déplacer en pleine nuit le plus vite possible et arriver avec un discours déjà près. Mais une fois que cet épisode terminé le travail de Saint-Jean ne fait que commencer. Car être ministre ne veut pas seulement dire lire et créer des dossiers, gérer l'état, mais aussi participer au théâtre politique. Nous suivrons donc Bertrand alors qu'il essaie d'éviter d'être vu comme un ministre qui échoue à cause d'un projet qu'on lui impose. Pour cela il devra être toujours présent et il devra écraser des têtes.

Comme je l'ai dit ce film traite le sujet politique d'une manière différente de celui de Clooney. On observe le fonctionnement interne d'un ministère en suivant celui qui en est à la tête. Ce film, à mon avis, montre bien qu'une personne dans cette position doit non seulement faire attention à ses dossiers mais qu'il doit aussi penser à sa force médiatique et politique. Ainsi, on a presque l'impression que le ministère des transports n'est pas mobilisé pour mettre en place des projets mais pour donner à Saint-Jean la force politique nécessaire pour résister aux autres ministres qui se trouvent à des postes plus prestigieux. Les scènes du début du film montrent tout aussi bien l'importance de la présence du ministre sur les lieux pas seulement pour les voix mais aussi pour affirmer une présence concrète de l'état. Un autre bon point de ce film c'est de montrer que le rythme de vie de ces personnes est non seulement solitaire mais aussi très difficile. On se lève avant l'aube et on se couche après minuit tout en étant toujours prêt à réagir. Par contre un point particulier m'a ennuyé. Les personnages parlent bien, très bien même, mais ils parlent dans un jargon que je qualifierais d'artificiel. Bien entendu, la plupart des grands fonctionnaires français sont jeunes et énarques ce qui implique une certaine manière de parler. Mais j'ai souvent eu l'impression que les personnages ne parlaient pas, ils citaient. Ils citaient de belles phrases, oui, mais ils ne créaient pas ils reprenaient. Peut-être est-ce voulu?

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11:59 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : état, politique | | | |  Facebook

04/11/2011

La Couleur des sentiments / The Help (une petite ville si paisible)

Ce film nous fait remonter le temps dans les États-Unis des années 60. Nous nous trouvons à Jackson au Mississipi. Skeeter revient de New-York pour trouver un travail dans le journal local ce qui lui permettrait d'acquérir assez d'expérience pour postuler dans une grande maison d'édition. Mais, en retournant dans la ville de son enfance, elle se rend compte que les domestiques payés par les blancs sont très mal traités par leurs patrons et patronnes. La proposition de l'une de ces amies d'obliger toutes les familles de construire des toilettes séparées pour les noirs au nom de l'hygiène l'a fait sortir de ses gonds. C'est pourquoi elle décide de contacter quelques domestiques pour écrire un livre sur leur vie selon leur point de vue. Pour savoir comment elles ressentent les traitements dont elles sont les victimes et comment elles vivent leur situation de dominées. Mais un tel livre n'est pas seulement illégal il est aussi dangereux pour les personnes qui l'écrivent.

J'ai beaucoup aimé ce film. Je n'ai malheureusement pas lu le livre dont il est l'adaptation mais je le trouve vraiment réussi. Les actrices sont tout simplement formidables et je me suis très rapidement identifié à elles. De plus, la manière dont est peinte l'époque me semble assez fidèle. On ressent très rapidement la séparation qui est faites entre les blancs et les noirs non seulement en regardant qui fait quoi mais aussi par les discours des blanches. Il n'est pas rare d'entendre des discours sur la criminalité, le manque de respect et la maladie que les personnes de couleurs porteraient naturellement. Ce film réussit aussi à nous faire rire tout en nous rendant triste. Les scènes révoltantes sont mises en reliefs par d'autres scènes drôles dont, par exemple, la fameuse tarte à l'ingrédient secret. Nous pouvons cependant nous demander, en tant que spectateurs, si ce film est aussi fidèle historiquement qu'on peut l’espérer. En effet, les hommes sont absents et un certain nombre de sévices ne sont pas montrés. Comme, par exemple, les pressions sexuelles et le KKK n'est que mentionné. Malheureusement je ne connais pas grand-chose sur l'histoire du racisme ni sur le mouvement des droits civils aux États-Unis et je ne suis donc pas capable de critiquer cet aspect.

Image: Site Officiel

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03/11/2011

La Ligue Marxiste Révolutionnaire en Suisse romande (1969-1980) par Benoît Challand (la gauche de la gauche de la gauche)

Titre: La Ligue Marxiste Révolutionnaire en Suisse romande (1969-1980)337b3529aa.gif&t=1320416765&hash=282076dd6ca1866e6e44086d6e3bad294591430e
Auteur: Benoît Challand
Éditeur: Université de Fribourg 2000
Pages: 302

J'ai tendance à rester dans le cadre local Suisse romand dans mes dernières lectures sérieuses. Après le MLF de Genève je me suis intéressé à un groupe de la même époque: la Ligue Marxiste Révolutionnaire. Pour comprendre ce parti trotskiste il est nécessaire de lire le superbe mémoire de Benoît Challand. L'auteur nous fait entrer dans le fonctionnement intime de ce parti en organisant une analyse en trois parties. La première partie se base principalement sur les débuts de la LMR et son développement. L'auteur nous fait entrer dans le processus de création de ce parti qui a conduit une partie des membres du POP à préparer, dans le secret, une dissidence qui a abouti sur une scission. Cette partie nous permet de voir que la LMR a non seulement réussi à s'organiser en un temps record mais a aussi réussit à devenir un parti national en relativement peu de temps.

Dans une seconde partie l'auteur nous fait rentrer dans les publications de la LMR: la Brèche. Non seulement ce journal s'est organisé plus rapidement encore que le parti mais il a réussi à se développer dans toute la Suisse. Les thèmes qui y sont traités vont de la politique locale à l'international, des théories à la culture. Mais, après les années d'euphories, les tirages baissent et certains titres traduits cessent même de paraître. La troisième partie se pose la question de la pratique du militantisme. Pour cela l'auteur examine deux points: comment le militantisme est organisé et comment les militants ressentent leur vie dans la LMR. Mais les conclusions de ces deux chapitres sont claires. Le militantisme LMR était structuré, organisé et chronophage. Les membres de la LMR devaient donner de leur temps pour de nombreuses causes et de nombreuses réunions ce qui a engendré un turnover fort et une difficulté de recrutement. De plus, le parti demandait une certaine qualité de réflexion aux militants. Les nouveaux devaient donc passer par une période d’apprentissage rude avant de pouvoir voter.

Je dois le dire tout de suite. Je trouve que le travail de Benoît Challand est très impressionnant. Non seulement il a dépouillé un nombre important de sources mais, en plus, il a conduit une dizaine d'entretiens. Ce travail se ressent tout au long du livre. Nous y trouvons une analyse très précise et détaillée de tous les aspects de la LMR sauf un qui est l'idéologie. Ne pas avoir voulu présenter l'idéologie de la LMR est, à mon avis, le seul point négatif de ce livre. En effet, je pense qu'il est difficile de comprendre le militantisme, surtout dans le contexte de la LMR, sans prendre en compte ce qui pousse à militer. Je pense, de plus, que ce livre aurait pu devenir meilleur si l'auteur avait présenté la LMR dans le contexte historique des années 70. Je ne dis pas que ce contexte n'est pas connu par M Challand. Mais ce livre, bien que brillant, manque singulièrement de vie. La lecture m'a donné une impression de relative aridité. Je pense qu'insérer la LMR dans les réseaux de militantisme, les luttes historiques et les combats politiques aurait pu donner un peu plus de vie à cette histoire. Mais ce point n'enlève rien à la richesse déjà très importante de ce travail de mémoire

Image : Université de Fribourg

15:41 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Livre, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lmr, gauche, révolution | | | |  Facebook

23/09/2011

Vol spécial

J'ai été voir le film dont tout le monde parle: Vol Spécial. Celui-ci a été réalisé par Fernand Melgar dont le précédent film, la forteresse, avait déjà soulevé les débats. Ce film ne va, en tout cas, pas calmer les débats. Mais que sont les vols spéciaux? Ce sont des voyages organisés par l'Office Fédéral des Migrations dans le but d'expulser, sous contrainte, les personnes dites sans-papiers de Suisse après plusieurs choix que ces derniers ont refusé (mais qui impliquent toujours une expulsion). Cette manière de faire a récemment été accusée d'inhumanité lors de la mort d'un expulsé comme les lecteurs doivent s'en souvenir. C'est pourquoi la diffusion de ce film est une très bonne idée puisqu'elle permet de comprendre comment vivent ces détenus qui n'existent pas. Nous allons donc suivre la vie quotidienne des détenus dans un cadre carcéral administratif à la fois strict et relâché. Ces derniers ne font pas que suivre les règles ils discutent aussi de leur cas entre eux et de leur incompréhension. Mais nous observons aussi comment les gardiens agissent et réagissent.

Fernand Melgar ne dit rien, ne commente rien, ni ne donne d’interprétations. Le spectateur est seul face à l'image. Et cette solitude m'a conduit, mis à part mes convictions politiques, à plusieurs constats. Premièrement, je trouve que la manière dont sont traités ces sans-papiers est particulièrement pernicieuse. Les détenus de ce film ne sont coupables d'aucun délits. Pourtant, ils sont traités comme si ils étaient des criminels endurcis avec des menottes non seulement aux mains mais aussi aux pieds. Sans oublier leur lieu de vie qui est peut-être sympathique mais qui reste une prison sécurisée. En fait, nous observons en direct la criminalisation des sans-papiers. Dans un monde ou la nationalité est aussi constitutive de l'identité que le nom, la profession ou le lieu de résidence une personne apatride est une anomalie que l'on doit corriger au plus vite.

Le second constat que je fais c'est l'incompréhension totale des détenus et entre eux et les autorités. Comment le système judiciaire Suisse peut-il accepter des lois qui détruisent pareillement des vies humaines? Là encore, nous observons la mise en place de moutons noirs dans le sens ou une population précise est accusée de tous les maux et, donc, est directement visée par les autorités. C'est pourquoi des innocents sont détenus d'une manière administrative au nom de la sécurité de la société. Cette manière de voir les choses a déjà existé à de nombreuses reprises (et pas forcément durant la seconde guerre mondiale la Suisse de 42 à 81 et la troisième république française ont utilisé ce système de détention administratif) et a toujours terminé de la même manière: une partie de la population est tout simplement déshumanisée et, donc, perd les droits qui lui sont pourtant garantit au nom de son humanité.

Enfin, je terminerais par un troisième constat. Celui-ci est probablement le plus dérangeant. Durant tous les films nous n'observons pas seulement les détenus mais aussi leurs gardiens. Ces derniers agissent d'une manière qui me semble peu compréhensible. En effet, les principales remarques des gardiens ne consistent pas à expliquer pourquoi ces détenus seraient dangereux. Au contraire, ils parlent aux détenus comme à des innocents. Je ne compte pas le nombre de scènes durant lesquels un gardien explique à un détenu qu'il mérite d'être libre, qu'il est un bon citoyen ou que son départ forcé les attriste. Mais comment peut-on comprendre ce double signal donné par les autorités suisses? Car oui les gardiens font parties de cette autorité. On dit aux sans-papiers qu'ils ne sont pas les bienvenues et, dans le même temps, on leur donne l'impression, à mon avis, justifiée que leur détention est une injustice. Il me semble que les détenus eux-même ne comprennent pas cette schizophrénie des autorités. Je conclurais en disant qu'il est nécessaire d'aller voir ce film pour savoir ce qui se cache derrière les chiffres administratifs des expulsions: des êtres humains avec leurs peurs, leurs espoirs et leurs droits.

Site Officiel

Image: clap.ch

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05/09/2011

Anarchistes par Irène Pereira

Titre: Anarchistesv_c1_web_anarchistes_40.jpg
Auteur: Irène Pereira
Éditeur: La ville brûle 2009
Pages: 143

Depuis un certains temps je me définis comme anarchiste. Mais se définir comme étant quelque chose ne veut pas dire que l’on connaît tout sur le sujet. J’ai donc voulu en apprendre plus en lisant des classiques de l'anarchisme et des livres synthétiques. L’ouvrage d'Irène Pereira fait partie de ces dernier. En effet, l’auteure y développe l'anarchisme dans son histoire et ses penseurs pour nous permettre de mieux connaître ses concepts et ses branches. Celles-ci sont au nombre de trois et considèrent chacune un acteur différent pour la mise en place de la révolution. Cet acteur peut être le prolétariat, l'humanité ou encore chacun d'entre nous comme individus. Mais ce que l'on apprend c'est surtout le but de l'anarchisme. Loin d'être un mouvement prônant le chaos et la destruction de l'état c'est un mouvement prônant un changement dans l'ordre du pouvoir. En effet, l'anarchisme souhaite passer d’un pouvoir qui part du haut vers le bas pour un pouvoir qui va du bas vers le haut. Les individus, en commun, seraient donc plus puissant que toutes les autres strates du pouvoir. L'anarchisme souhaite aussi réformer l'économie pour passer du capitalisme a une économie plus humaine et respectueuse de la nature.

J'ai beaucoup aimé ce livre qui m'a permis de mieux comprendre certains concepts clés de l'anarchisme. En effet, bien que je me déclare anarchiste, je n'avais pas une grande connaissance des concepts ni de l'histoire de ce mouvement. Mais la lecture de ce livre permet de corriger rapidement cela. Néanmoins, il faut noter que l'auteure passe très rapidement sur les points qu'elle traite. Ainsi, les relations entre Marx et les anarchistes dans la Première Internationale mériteraient un livre entier. Cet ouvrage est donc principalement une vulgarisation de concepts compliqués et développés dans des œuvres classiques de l'anarchisme. Ce qui ne m'empêche pas de terminer en affirmant que ma lecture m'a donnée encore plus envie de faire flotter le drapeau noir sur le monde et d'atteindre une véritable démocratie.

Image: Site officiel

11:45 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : anarchisme | | | |  Facebook

30/08/2011

La terreur et le désarroi Staline et son système par Nicolas Werth

Titre: La terreur et le désarroi Staline et son système9782262024628.gif
Auteur: Nicolas Werth
Éditeur: Perrin 2007
Pages: 614

Nicolas Werth est l'un des contributeurs du très célèbre, et controversé, Livre Noir du Communisme. Un livre que je n'ai toujours pas lu mais que je devrais parcourir un de ces jours. Il semble, après la lecture de ce livre, que Nicolas Werth est l'un des experts concernant les violences politiques et sociales en URSS. En tout cas, les articles qui forment ce recueil concernent toutes les formes de violences qu'elles soient de la part de l'état soviétique ou des paysans. Et justement, c'est un sujet que je ne connais pratiquement pas. Comme tout le monde j'ai eu, à l'école, des cours sur la famine ukrainienne et la Grande Terreur stalinienne qui toucha un certains nombre d'officiers et de membres du parti bolchevique. Mais ce livre m'a montré que ces deux points ne sont que de petites parties d'un système répressif et terroristes bien plus vaste.

Les articles qui sont réunis dans ce livre de 600 pages m'ont permis de bien mieux connaître le système terroriste de l'état stalinien. Mais j'y ai aussi beaucoup appris sur la violence des résistants qu'ils soient des paysans considérés comme des koulaks ou des propagateurs de rumeurs. Nous y lisons que la violence politique et sociale en URSS dépasse largement la Grande Terreur et la famine ukrainienne. En effet, ce qu'on découvre dans ce livre c'est un état qui fonctionne sur la criminalisation intensive de la population et sur la peur d'une nouvelle révolution. C'est dans ce contexte que l'on peut mieux imaginer des déportations massives que ce soit au goulag (un peu plus de deux millions de personnes ont connu le Goulag durant Staline) et dans des peuplements spéciaux. Les personnes incarcérées pouvaient aussi bien être des classes suspectes, des peuples punis pour avoir été contre-révolutionnaire que de simples voleurs qui ont été poussé au crime par la faim. Ce que l'on découvre c'est donc un vaste système répressif couvert par plusieurs affaires successives chacune ciblant une certaine part de la population. Mais Nicolas Werth nous montre aussi que les premières années de la révolution russe ont connu une formidable résistance de la part de paysans armés qui ont, parfois, tenu des pays entiers face aux rouges comme aux blancs. C'est, en bref, le portrait d'une société brutalisée que nous fait Nicolas Werth.

Bien que le thème traité par Nicolas Werth dans ses articles soit très intéressant j'ai trouvé le livre assez peu passionnant. Mis à part le coté histoire politique qui est contrebalancé par un coté histoire sociale qui permet de mettre en lien les événements avec les acteurs et la manière dont ils réagissent c'est surtout le coté très redondant du livre qui m'a dérangé. En effet, ce livre est un recueil de différents articles écrit par Nicolas Werth. L'auteur les a classé d'une manière logique et un fil rouge est très clair quand on fait une lecture attentive. Cependant, Nicolas Werth reprend, souvent, les mêmes informations dans plusieurs de ces articles. Bien que cela permette de les garder en tête je me suis pris à être un peu lassé de ces retours en arrières sur des informations déjà fournies. Cependant, ce livre donne un portait important et très clair des violences politiques et sociales sous Staline et pour cela je pense qu'il est indispensable quand o souhaite comprendre cette époque de la Russie dites communiste.

Image: Éditeur

05/08/2011

Cent ans de police politique en Suisse: 1889-1989

Titre: Cent ans de police politique en Suisse: 1889-1989
Auteurs: Collectif
Éditeurs: Association pour l'étude de l'histoire du mouvement ouvrier et éditions d'en bas 1992
Pages: 203

Les lecteurs ont peut être encore en tête l'affaire des fiches. Celle-ci est un scandale qui a été révélé par une Commission d'Enquête Parlementaire, une institution rarement activée, et qui montre quels ont été les activités d'une police secrète suisse. Ces activités ont été un espionnage massif des citoyens suisses pour ce que l'on pourrait nommer des délits d'opinions. Le but de ce fichage était, semble-t-il, de protéger l'état des subversifs autrement dit des personnes qui mettaient en doute la manière dont la société était organisée. Suite à cette CEP de nombreux articles ont été publiés dans les journaux mais il manquait une tentative scientifique de comprendre ces fiches, de comprendre leur raison d'être et la manière dont elles été créées. C'est pourquoi il y eut un colloque en 1992 à Lausanne sur le sujet dont ce livre regroupe les actes. Nous y trouvons, sans faire de liste exhaustive, l'historien bien connu Hans Ulrich Jost, Marc Vuilleumier, Claude Cantini dont j'ai déjà présenté un livre et Charles Heimberg.

Les différents articles qui sont regroupés dans ces actes nous permettent de mieux comprendre comment la police politique fédérale était constituée en rapport avec les cantons mais aussi avec l'étranger. D'ailleurs, il semblerait que ce soit justement sous pression de gouvernement étrangers, peu heureux d'avoir une Suisse libérale et ouverte dans laquelle les opposants pouvaient se cacher, que la police politique suisse commença son existence. Cette surveillance ne s'est pas faites au hasard. Elle a d'abord touché les opposants immigrés, italiens ou russes, pour ensuite toucher la classe ouvrière entière. Le but était de quadriller les organisations ouvrières naissantes pour les contrôler et éviter qu'elles soient trop puissantes. La police était suivie en cela par des activités analogues mais privées qui pouvaient mener à la constitution de liste noir des ouvriers politisés (par exemple à l'aide du Centre Suisse d'Action Civique). Au final, ce livre et les contributions qui s'y trouvent permettent de se faire une première idée des activités de surveillance que la Suisse a connu autant il y a un siècle que très récemment en 1989.

J'ai beaucoup apprécié ce livre qui a le grand mérite de discuter d'un thème difficile. Difficile non pas politiquement parlant bien que des insultes ont été lancée contre les auteurs mais parce que les sources sont difficile d'accès. Non seulement on peut avoir à demander le droit de voir les fiches, ce qui peut se comprendre dans des cas récents, mais aussi parce que de nombreuses fiches n'ont pas été versées aux archives. Les contributions de ce livre sont donc nécessairement incomplètes puisque les auteurs n'ont pas forcément eu l'occasion d’accéder à toutes les informations qu'ils souhaitaient. Ce qui n'empêche pas l'un des auteurs, Charles-André Udry, de présenter tout le potentiel que leur lecture critique peut offrir à une recherche historique. Ces contributions permettent aussi de très bien se rendre compte qu'un contrôle existait contre les personnes qui remettaient en cause l'ordre social (ceux que l'on nomme les subversifs) même si ils ne le faisaient pas d'une manière violente. J'ai aussi beaucoup apprécié que M Udry nous offre un guide sur la manière de lire une fiche fédérale. Cette annexe ne peut qu'être très utile si on souhaite faire des recherches à l'aide des fichiers de la police fédérale.

Image: AEHMO

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01/08/2011

Gonzague de Reynold: Idéologue d'une Suisse autoritaire par Aram Mattioli

Titre: Gonzague de Reynold: Idéologue d'une Suisse autoritaire ( Zwischen Demokratie une totalitärer Diktatur: Gonzague de Reynold une die Tradition des autoritären Rechten in des Schweiz)
Auteur: Aram Mattioli

Traducteurs: Dorothea Elbaz et Jean Steinauer
Éditeur: Éditions universitaire de Fribourg 1997
Pages: 330

Comme j'aime ne pas aller dans le bon sens je me suis dit qu'il pourrait être drôle de parler de ce livre le jours de la fête nationale. De plus, Gonzague de Reynold semble être de moins en moins connu alors qu'il a été l'une des personnalités suisses les plus importantes lors de la première moitié du XXe siècle. Mais qui est cet homme? Un fribourgeois compte de Cressier qui a étudié les lettres à Fribourg et à Paris. Il a écrit de nombreuses œuvres ainsi que des recherches de caractère historique. Mais c'est surtout l'individu qui a mis en place une forme de nationalisme suisse très particulier. Un nationalisme basé sur la différence des suisses face au monde mais aussi à une envie de retourner à un système d'ancien régime pensé comme meilleur que la modernité et la démocratie qui seraient les causes d'une décadence de la Suisse et de l'Europe en général. Cet homme ne s'est pas seulement contenté de parler il a aussi connu les plus grands dictateurs européens de l'époque. que ce soit Mussolini ou les milieux nazys ou encore les frontistes suisses il les as tous plus ou moins connus et fréquentés. Une fréquentation qui pouvait aussi déboucher sur des "erreurs" peu pardonnables.

Mais Gonzague de Reynold, bien que clairement en faveurs d'une suisse autoritaire, n'est jamais devenu fasciste ou nazy. Non, ce qu'il voulait c'était une dictature suisse catholique. Proche de ce qu'il pensait être celle de Salazar au Portugal. Ce qui l'a mené à écrire de nombreux livres en faveurs de ce nouveau régime et même à préparer une prise de pouvoir. Mais pourquoi parler de lui? Mis à part son importance lors du XXe siècle il est surtout le parfait exemple d'une certaine classe sociale. Une classe qui n'apprécie pas la modernité et la démocratie et qui souhaite revenir aux temps de l'inégalité d'ancien régime sous la force d'un homme religieux: un landamman. C'est pourquoi il est important de comprendre Gonzague de Reynold car il est l'archétype d'un certains mouvement de pensée qui n'était pas l'exception en Suisse même si ce n'était pas des idées majoritaires.

Mais je n'ai pas encore dit mon avis sur ce travail de recherche. J'ai trouvé que l'auteur avait parfaitement réussit son but qui était d'utiliser de Reynold comme témoin de la culture d'une époque. En effet, par l'entremise de la vie de cet homme c'est tout un contexte politique et culturel qui se dévoile devant nous. Pour cela l'auteur a utilisé de nombreuses sources qui sont aussi bien journalistiques, des œuvres ou encore épistolaires. Ce qui permet d'entrer vraiment dans la vie de Gonzague de Reynold. Malheureusement, la traduction souffre de nombreuses coquilles et, surtout, l'éditeur de cette traduction a décidé d'expurger une grande partie de l'appareil critique. Une décision que je ne peux que déplorer. Mais cette recherche est très intéressante et je trouve qu'il important de la communiquer puisqu'elle permet de révéler des attitudes et des mouvements qui ont été oublié par l'histoire officielle. En effet, Gonzague de Reynold n'a jamais vraiment été inquiété pour ses activités anti-démocratique alors que l'auteur, selon ses dire, de ce livre a été fiché par la police fédéral pour ses recherches sur de Reynold.