Politique - Page 4

  • Le droit à la paresse par Paul Lafargue

    Titre : Le droit à la paresse
    Auteur : Paul Lafargue
    Éditeur : les éditions de Londres
    Pages : 49

    Souvent, dans les journaux, on lit de nouvelles mesures du gouvernement contre le chômage. On lit des syndicalistes qui conspuent le patronat qui viole le droit au travail de leurs ouvriers. Nous suivons des essayistes qui expliquent pourquoi le travail permet d'augmenter la moralité de la société. Nous lisons des articles sur les « parasites » qui vivent de l'aide sociale et refusent de travailler. Ceci n'est qu'un résumé très simplifié mais il montre que l'un des points essentiels de notre civilisation capitaliste concerne le droit au travail et sa force en tant que vertu. Même les marxistes sont en faveurs du travail.

    Et si toutes ces personnes se trompaient? Et si ce n'était pas le droit au travail qu'il faudrait défendre mais le droit à la paresse? C'est la question que pose Paul Lafargue dans ce petit livre. C'est une question que l'on pourrait presque qualifier de provocation. N'est-ce pas le travail qui a permis la croissance et le développement de nos contrées? Sans ce travail ne serions-nous pas encore au temps des cavernes et des chasseurs-cueilleurs? Mais refuser ce livre avec des arguments aussi simples serait une erreur. Que dit Paul Lafargue. En substance il ne dit pas grand-chose de plus que les marxistes classiques. Le travail est une forme d'esclavage. L'ouvrier et l'ouvrière vendent leur corps en échange d'un salaire. Cette force de production est utilisée pour produire de plus en plus ce qui mène la société dans une crise de surproduction. L'un des moyens d'éviter cette crise est d'écouler la production à l'extérieur de l'Europe donc, pour l'époque, les colonies. L'autre moyen serait de surconsommer et seuls les classes aisées en sont capables. Mais Lafargue annonce aussi que le travail, en tant que vertu, est une invention récente. Selon l'auteur les philosophes antiques et les civilisations dites archaïques ou barbares auraient le travail en horreur. Celui-ci serait réservé aux couches les plus basses de la société et les citoyens pouvaient passer leur temps à paresser, boire, manger et créer les œuvres de l'esprit. Le travail ne serait donc qu'un cancer qui détruit l'esprit et le corps. Et notre époque de machines et de productions de plus en plus importante pourrait éviter ces heures longues de travail en le remplaçant par la machinerie et en baissant la production.

    J'invite les deux camps qui se constitueront après cette lecture à arrêter de rire ou à ne pas être naïf. Bien entendu cette œuvre est datée et pose des problèmes conceptuels mais cela n’enlève rien à l'intérêt d'une réflexion plus poussée sur le travail. Avons-nous vraiment besoin de travailler autant que nous le faisons? Avons-nous vraiment besoin de produire autant qu'actuellement? Ce sont des questions fondamentales qui méritent plus que d'être évacuées au nom du sacro-saint capitalisme. Cependant, on ne peut pas non plus appliquer les recettes de Lafargue telle quelle. L'auteur est né au XIXe siècle et ne pouvait pas imaginer la société actuelle. Oui nous avons de plus en plus de machines capables d'accomplir des travaux dangereux et pénibles. Mais la mise en place de ces machines implique aussi de nouvelles formes de travail. Lafargue considère aussi que la paresse permet de consommer plus tout en produisant plus par le plein emploi imposé. Mais la consommation à outrance est-elle bénéfique? De nombreuses personnes en doutes et d'autres, tout aussi nombreuses, n'en doutent pas. Par quoi remplacer le travail non-accompli? Lafargue pense à la consommation, à la jouissance de la vie mais aussi à la création intellectuelle. Mais celle-ci n'est pas aussi une forme de travail difficile. Proust n'a pas écrit A la recherche du temps perdu en 30 minutes dans son jardin. Ce livre a probablement demandé un grand effort d'écriture. En conclusion je ne peux que dire que Lafargue ne convainc pas. Cependant il pose des questions importantes qui demanderaient une analyse contemporaine sérieuse. Au lieu de le jeter aux orties avec un petit rire il vaudrait mieux mettre à l'épreuve ces idées et tenter d'observer les conséquences probables que celles-ci soient bénéfiques ou non.

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  • Le salariat par Kropotkine

    Titre : Le salariatarton310.jpg
    Auteur : Kropotkine
    Éditeur : Les éditions de Londres
    Pages : 33

    Comme récompenser le travail offert à la société ? Plus important, comment peut-on calculer ce travail ? Ce sont les questions posées par Kropotkine face aux propositions collectivistes. Le salaire, comme offre du patron pour un travail donné par l’ouvrier, ne convainc personne. Le salaire ne rembourse par le travail réel de l’ouvrier et peut-être insuffisant pour une vie de base. De plus, l’échelle des salaires basées sur les diplômes ou la hiérarchie est, selon Kropotkine et l’éditeur, une injustice. Non seulement parce que l’école recrée des inégalités sociales précédentes mais aussi parce que, là encore, ce n’est pas l’utilité réelle qui est récompensée. Mais Kropotkine ne croit pas aux recettes des collectivistes qui consiste à régler le salaire sur une échelle du temps de travail pondérée par l’importance sociale de la tâche. Kropotkine met en doute la possibilité de calculer ce salaire. Comme il le dit, est-ce que le charbon qui est tiré de la mine est exclusivement dû au travail des mineurs ou alors de l’ingénieur ou faut-il prendre en compte les ouvriers qui ont construit les routes pour accéder à la mine ? Un salaire n’est donc qu’une mauvaise base de récompense.

    Mais peut-on vraiment être convaincu par cette petite brochure tirée de la Conquête du Pain ? Personnellement je ne le suis pas et ceci pour plusieurs raisons. Tout d’abord, Kropotkine critique mais ne propose rien. Ses critiques sont convaincantes et intéressantes à plusieurs titres mais son propos aurait gagné à être suivi d’une proposition. Celle-ci, même imparfaite, aurait permis un débat plus important en direction d’une autre solution que le collectivisme. Second point qui me pose problème : Kropotkine ne parle pas des femmes. Son texte est exclusivement consacré au travail des hommes. Presque jamais l’auteur ne s’interroge sur le travail dit féminin. Heureusement, nous avons modifié en partie notre fonctionnement depuis l’époque. Mais Kropotkine ne s’intéresse aux femmes que dans le cas de la maternité. Que faire de la lessive ? De la cuisine ? Du ménage ? Des Travaux qui sont traditionnellement considérés comme féminins et non-rémunérés alors qu'ils sont très largement utiles à la société ! Tout aussi important, pourquoi aucune mention de l’injustice du traitement différencié, encore d’actualité, des salaires entre femmes et hommes ? Je considère donc que ce texte, bien qu’il pose des questions intéressantes, est en grande partie incomplet et en souffre largement.

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  • La loi et l'autorité par Kropotkine

    Titre : La loi et l'autoritéarton176.jpg
    Auteur : Kropotkine
    Éditeur : Les éditions de Londres
    Pages : 39

    Quel est le but de la loi ? C'est une question importante dans une société de plus en plus gouvernée par des lois différentes qui règlent les liens entre individus et avec l'état. La loi serait la garantie que la société fonctionne sur des bases saines. Mais Kropotkine, vous le savez forcément déjà, n'est pas d'accord. Quel est le but de la loi selon Kropotkine? Asservir l'humanité.

    Selon l'auteur les lois sont principalement mises en place pour protéger deux choses : la propriété privée et l'état. Et ces protections sont de plus en plus importantes et de plus en plus dangereuses pour les travailleurs. Car, selon Kropotkine, la propriété est du vol et le gouvernement n'est pas nécessaires. Les protéger implique donc de perdre une liberté essentielle. Mais la loi a aussi pour but de protéger les citoyens. N'est-ce pas louable ? Ici Kropotkine répond par une philosophie de l'humanité différente. Selon lui les humains ne sont pas mauvais par nature mais la forme de la société les rend mauvais. En changeant cette forme nous pouvons donc supprimer la majorité des crimes fait par envie. La protection de la personne devient donc inutile.

    Mais Kropotkine n'est pas entièrement négatif face aux lois. Il identifie deux aspects. J'ai déjà montré le premier aspect mais je n'ai toujours pas parlé du second. En effet, les lois sont aussi une survivance d'une époque qui fonctionnait sur les règles orales. Ces coutumes permettaient de régler la vie en société sans, pour autant, imposer une hiérarchie inique.

    Alors que tirer. Au final, de ce livre ? Je dois bien avouer que l'ai trouvé beaucoup moins convaincant que la plupart des autres textes que j'ai lu. L'explication développée par Kropotkine sur la coutume me semble être une vision un peu fantastique et optimiste de ses effets. Ne pourrais-t-on pas dire que la coutume a aussi mis en place des règles qui sont bien plus difficile à briser par l'absence de normalisations ? Je pense donc que les arguments de l'auteur, dans ce texte, ne convaincront pas grand monde. Ce qui ne devrait pas éviter la nécessité d'une réflexion de fond sur le lien entre les lois et une forme de société loin d'être juste.

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  • La Commune de Paris par Kropotkine

    Titre : La Commune de Parisarton245.jpg
    Auteur : Kropotkine
    Éditeur : Les éditions de Londres
    Pages : 31

    La Commune de Paris instaurée en 1871 n'est pas l'épisode le plus connu de l'histoire de France. Elle est laissée en arrière à coté de la Révolution de 1789. Pourtant, l'épisode de la Commune peut nous en apprendre beaucoup. Comme le dit Kropotkine au début de ce texte les habitants de Paris n'ont pas versé une seule goutte de sang. La révolution s'est faites de manière pacifique et spontanée. Mais cette même spontanéité qui aurait pu échouer est devenu l'une des révolutions les plus intéressantes de l'histoire. Non seulement parce que durant son existence de nombreuses réformes concernant le travail et les droits des femmes ont été faites (réformes très modernes dans leur essence par exemple l'égalité salariale) mais aussi à cause de la manière dont elle a pris fin: un gigantesque massacre.

    Mais Kropotkine ne souhaite pas seulement célébrer un épisode et ses martyrs. Non, son but est d'expliquer pourquoi la Commune a échoué et comment les prochaines révolutions devraient se comporter. L'auteur nous explique que Paris est devenue révolutionnaire grâce à la population et non grâce aux théoriciens. C'est, à son avis, devenu un exemple sur lequel les théories peuvent maintenant se greffer. Un exemple concret a enfin eu lieu. Mais la Commune a échoué sur trois points. Premièrement, elle a accepté la mise en place d'un gouvernement. Selon Kropotkine les représentants ne peuvent que devenir des forces passives dangereuses pour la révolution. Le second point c'est que la Commune n'a pas fait de réformes économiques radicales. Elle aurait oublié de mettre en place un communisme qui peut non seulement augmenter la production mais aussi offrir un minimum à tout le monde. Enfin, et c'est un problème partagé par tout le monde, les villages, le monde rural, ont été oublié. Hors, Kropotkine considère qu'il est nécessaire de comprendre les besoins et aspirations des paysans et paysannes dans le cadre des théories révolutionnaires pour généraliser l'anarchisme au pays dans son entier puis au monde.

    Ce texte a donc comme principal mérite d'expliquer comment l'exemple de la Commune de 1871 peut être utilisé par les théoriciens et les révolutionnaires. Ses propos permettent de comprendre les échecs qu'il observe dans cet épisode mais aussi ses réussites. Plutôt qu'un simple éloge c'est une réflexion.

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  • I, Robot par Cory Doctorow

    Titre : I, Robot
    Auteur : Cory Doctorow
    Éditeur : Auto-édité sur le site de l'auteur sous licence creative common
    Pages : 41

    Cette nouvelle a été publiée dans le recueil Overclocked. Encore une fois, Doctorow reprend un titre mais écrit une autre histoire. Les amateurs auront reconnu ce titre pour l'une des nouvelles d'Asimov. Doctorow nous y narre l'histoire d'un détective dans un état policier. Son travail est d'arrêter les ennemis intérieurs et les citoyens qui prennent la mauvaise décision d'utiliser de la technologie Eurasienne (1984, Orwell bien entendu) au lieu de la bonne vieille technologie de la mère patrie. Mais cet homme a aussi une fille. Et celle-ci agit bizarrement depuis quelque temps. Est-ce simplement l'arrivée dans l'adolescence ou est-ce que ce comportement cache quelque chose de plus dangereux ?

    Je n'ai pas trouvé que l'intrigue ni les personnages véritablement intéressants. Mais c'est souvent le cas chez Doctorow comme je l'ai compris (et comme vous, lecteurs, avez du compris si vous lisez mes notes). Mais les idées mises en place par l'auteur, elles, valent le temps pris durant la lecture. Ce livre n'est donc pas vraiment sur un homme qui essaie de comprendre sa fille. Ni sur la difficulté d'un être humain à concilier ses valeurs et son travail. Non, ce livre est sur la liberté. Quel est le plus grand danger dans ce pays fictif tiré de 1984 ? Ce ne sont pas les terroristes ni la guerre et encore moins la corruption. Non, le danger c'est la capacité pour ses citoyens d'utiliser d'autres produits que ceux qui sont officiellement construit. Non seulement parce que ces produits sont distribué en dehors des canaux marchands habituels mais aussi parce que ceux-ci sont capables de communiquer avec les produits officiels du pays. Il n'est pas difficile de comprendre que le sujet principal ce sont les licences privatives face aux licences libres.

  • La Commune par Kropotkine

    Titre : La Communearton222.jpg
    Auteur : Kropotkine
    Éditeur : Les éditions de Londres
    Pages : 23

    Comme j'en ai pris l'habitude après un livre de Doctorow je lis un peu d'anarchisme. Le hasard fait que ce texte de Kropotkine est une réponse directe aux critiques qui ont été faites à L'état, son rôle historique ! J'avais moi-même fait quelques critiques. Mais celles auxquelles répond Kropotkine concernent surtout ses exemples. En effet, l'auteur prenait comme exemple les Communes médiévales au XIIe siècle. Ses contradicteurs l'accusent donc de vouloir à l'époque médiévale vue, encore aujourd'hui, comme l'âge de l'obscurantisme. Comment voudrait-on retourner dans cette époque de maladies, de guerres et d'ignorances ?

    Eh bien justement, Kropotkine ne veut pas retourner à l'époque médiévale qui n'est, d'ailleurs, pas aussi atroce qu'on ne le croit. Ce que l'auteur souhaite ce sont des communes modernes. Celles-ci ne se révolteraient pas contre les nobles en oubliant de prendre en compte les inégalités économiques. Elles se porteraient contre l'état et mettraient en place le communisme qui supprimerait les inégalités économiques. Plus important encore, plutôt que de rester dans le cadre de la ville les communes briseraient les remparts pour dépasser leur territoire et s'universaliser par l'exemple. Ces entités se relieraient aussi entre elles dans le cadre de différents réseaux de plus en plus compliqués et qui permettraient de pacifier les relations tout en créant l'échange de biens nécessaire pour le bien commun. C'est une vue en matière internationale assez proche de la vision libérale qui considère l'échange comme moyen majeur de pacification.

    Que peut-on tirer de ce texte ? Son grand avantage est de passer outre le texte précédent pour développer l'idée du concept de commune. Ce concept est commun dans l'anarchisme puisque ce système implique la mise en place du pouvoir depuis le niveau le plus bas possible. Mais que se passe-t-il entre ces entités ? Si on suit Kropotkine il y a la mise en place de réseaux de connaissances et d'échanges qui permettent d'éviter le chaos tout en développant librement chacune des entités. C'est une vision intéressante qui permet de comprendre comme le système anarchiste souhaite fonctionner. C'est, en tout cas, le texte de Kropotkine que je critique le moins.

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  • L'état, son rôle historique par Kropotkine

    Titre : L'état, son rôle historiquearton203.jpg
    Auteur : Kropotkine
    Éditeur : Les éditions de Londres
    Pages : 79

    Nous avons déjà pu lire plusieurs textes qui analysent le rôle de l'état et son influence néfaste selon la philosophie politique anarchiste. Dans ce texte, cette conférence, Kropotkine ne fait pas que dénoncer l'état mais il crée une philosophie de l'histoire. Dans le cadre de cette philosophie il examine aussi la puissance des communes dans un système anarchiste.

    Qu'est ce qu'une commune ? Selon les anarchistes la commune est la partie fondamentale du système politique. C'est depuis elle et par elle que se construit le système. Kropotkine tente de démontrer que la Commune, en prenant le XIIe siècle en exemple, est le point fondamental de toutes les activités et de tous les progrès humains. En effet, selon Kropotkine, le XIIe siècle a connu une poussée des communes qui se sont reliées, alliées, qui ont créé leurs propres milices et juges ceci en indépendance face aux pouvoirs princiers et ecclésiastiques. Ces communes se sont développées jusqu'à devenir les centres philosophiques et scientifiques du monde.

    Mais Kropotkine y développe surtout une vision de l'histoire. Je pense que nous sommes tous familiers avec la vision marxiste de l'histoire qui considère que l'explication majeure est la lutte des classes jusqu'à la destruction de ces dernières. Beaucoup considèrent que l'histoire a un sens en direction du progrès. Kropotkine utilise une philosophie différente. Pour lui, dans cette conférence, l'histoire se construit depuis les tribus jusqu'à l'état. Il considère qu'il y a une évolution quasiment biologique des tribus en commune, des communes en villes puis des villes en état. C'est une évolution en partie positive puisque les villes sont les avatars les plus puissants des communes. Mais les états sont la mort de ces dernières. Les états impliqueraient la corruption et la décadence et ces derniers sont destinés à mourir pour redonner naissance à un nouveau cycle.

    Il est dommage que les deux points les plus importants de ce texte soient aussi les deux points qui me paraissent le plus problématique. Tout d'abord, je trouve que Kropotkine a une vision enchantée de l'histoire. Une vision en blanc et noir qui voit les communes comme les championnes de la liberté et la naissance de l'état primitif comme le mal absolu. Je ne dis pas que je renie mes croyances anarchistes. Mais je pense que l'histoire du XIIe siècle est légèrement plus compliquée que ne le pense Kropotkine. Malheureusement je ne suis pas un expert. Mais je peux au moins dire que les pactes qu'il utilise pour prouver l'existence des alliances entre communes mentionnent aussi, si mes souvenirs sont bons, la loyauté envers un noble plus ou moins important. On est loin de la vision des communes comme ultime rempart de liberté face aux nobles. Le second point qui me pose problème est cette philosophie de l'histoire. Suite à mes études je trouve difficilement acceptable de donner un sens rationnel à l'histoire. Cette dernière est avant tout le résultat du hasard dans un cadre socio-économique et culturel. On ne peut pas donner un sens arbitraire à ce que l'on observe sans être subjectif et sans perdre de vue des explications alternatives. L'histoire ne doit pas se voir comme un fleuve qui se dirige vers une direction connue à l'avance mais comme un arbre dont les racines et branches forment des possibilités. Ces deux critiques sont les principales raisons pour lesquelles ne trouve ce livre très peu convainquant.

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  • L'esprit de révolte par Kropotkine

    Titre : L'esprit de révoltearton78-79036.jpg
    Auteur : Kropotkine
    Éditeur : Les éditions de Londres
    Pages : 32

    Je reste toujours dans la philosophie libertaire avec ce nouveau texte de Kropotkine. La question qui est à la source de ce texte concerne la révolution. Comment et pourquoi une révolution s'enclenche-t-elle ? Selon l'auteur il y a des points communs entre les révolutions et ceux-ci se trouvent dans leurs déclencheurs. On peut observer une situation révolutionnaire par le contexte qui l'entoure. Les hommes politiques perdraient tous crédits alors que les réformes sont de plus en plus demandée par des personnes qui sont de plus en plus convaincues qu'il est nécessaire d'impulser non une réforme mais une recréation du système. Mais comment peut-on faire en sorte que la population passe à l'acte ? Selon Kropotkine il n'est pas inutile mais peu utile d'élaborer un appareil théorique. Il est bien plus utile de mettre en place des actions contestataires même quand la situation ne se prête pas à une révolution. L'intérêt est d'être la pour que la population se souvienne des luttes engagées par ces individus et les suivent au besoin. La propagande, bien qu'il n'utilise pas ce terme, est aussi un moyen. Les pamphlets, les affiches corrosives, l'humour sont des armes puissantes quand on souhaite décrédibiliser les gouvernements. Pour nous prouver ce qu'il avance il est intéressant de voir que Kropotkine utilise des exemples lié à la Révolution française.

    Que penser de ce petit texte ? Je trouve que l'intérêt affiché par Kropotkine pour l'action directe (et non pas le terrorisme) est justifié. Agir concrètement dans les rues ou en essayant de mettre en place des formes alternatives permet de montrer que ce que l'on professe est possible et peut fonctionner. Cependant, je pense que l'attaque vive de l'auteur contre les théories sont malheureuses. À mon avis, et bien que je sois aussi en faveurs des actions concrètes, une théorie bien pensée permet d'éviter les flottements et de comprendre ce que l'on souhaite construire. Alors qu'une théorie mal construire ou floue sera rapidement mise à mal par les actions concrètes et les opposants. Puisque j'ai fait un peu de sociologie des mouvements sociaux et des révolutions les passages ou l'auteur utilise la Révolution française pour exemplifier ses propos m'ont permis de vérifier l’acuité du propos. Je peux donc dire, sans trop rentrer dans les détails car je suis loin d'être un expert, que Kropotkine est loin d'avoir raison. La manière dont il considère les membres de la future constituante, par exemple, oublie que ces mêmes membres sont passés de bourgeois à révolutionnaires. Les paysans ne sont pas les seuls à avoir réagi et je doute qu'ils aient été les moteurs de la Révolution. Les descriptions que l'auteur fait des résistances paysannes sont intéressantes mais, ceci devait bien entendu être validé, je pense qu'il vaudrait mieux les apparenter à une résistance dans le cadre d'un système que comme des mouvements révolutionnaires. Bref, même si ce texte est intéressant il souffre de nombreuses erreurs et lacunes pour un lecteur contemporain.

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  • L'anarchie, sa philosophie, son idéal par Kropotkine

    Titre : L'anarchie, sa philosophie, son idéal
    Auteur : Kropotkine
    Éditeur : Les éditions de Londres
    Pages : 50

    Voici le second texte de Kropotkine que je lis. Le premier tentait de définir la philosophie de l'anarchisme et c'est aussi le cas de ce second texte. Il était destiné à une conférence à la fin du XIXe siècle. Kropotkine essaie donc d'y définir la philosophie de l'anarchisme. Il commence par un constat. De nombreuses personnes considèrent que l'anarchisme est la simple destruction de toute civilisation et les anarchistes des terroristes ou des doux-rêveurs. C'est une conception encore largement partagée de nos jours. Mais l'anarchisme ce n'est pas la destruction, c'est surtout la reconstruction d'une société dans une direction plus juste, plus libre et plus égalitaire. Celle-ci serait, selon Kropotkine, un processus inéluctable qui aurait déjà commencé dans les différentes sciences. En effet, de l'étude du centre on est passé à l'étude des petites choses (ou des personnes). L'anarchisme de Kropotkine a donc quatre principes qui sont résumés par la préface. Tout d'abord la fin de l'exploitation et de la domination des masses par une minorité, ensuite la mise en place de la liberté dans l'action et la solidarité par la dissolution de l'état, bien entendu un individualisme important et enfin la fin des lois défendues et mises en place par l'état pour des contrats libres.

    J'avoue que j'ai un peu plus de mal avec Kropotkine qu'avec Bakounine. Peut-être que le style de l'auteur ne me convient pas ? Ou alors il y a une subtilité dans les idées de Kropotkine que je n'ai pas encore consciemment identifiée mais qui ne me convient pas. Ce qui n'implique pas que je ne sois pas, au niveau général, d'accord avec l'auteur. Je mettrais tout de même un bémol à l'individualisme que prône Kropotkine. J'ai toujours considéré que l'anarchisme était plus proche du libéralisme, dans ses idées principales, que beaucoup ne le croient. L'anarchisme, comme le libéralisme, fait preuve d'une grande méfiance face à l'état et considère que l'individu est capable de beaucoup. Cependant, le libéralisme laisse la main libre au marché (du moins en théorie) alors que l'anarchisme tente de changer radicalement le système économique et social. Je ne suis pas certain d'avoir déjà une réflexion mûre sur le sujet mais je suis tenté de dire que l'individualisme de Kropotkine est peut-être trop prononcé. Je pense que le système décrit par Bakounine serait plus réaliste et plus fonctionnel.

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  • Discours de la servitude volontaire par Etienne de la Boétie

    Titre : Discours de la servitude volontairearton68-a7855.jpg
    Auteur : Étienne de la Boétie
    Éditeur : Éditions de Londres
    Pages : 40

    Un classique que je n'avais jamais lu mais dont j'ai beaucoup entendu parler lors de différents cours. Le projet de ce discours écrit au XVIe siècle est de comprendre pourquoi on obéit. Pourquoi on accepte d'être les sujets d'un prince, d'un état ? La première idée qui vient à l'esprit concerne la puissance policière et militaire du prince. Mais, comme le dit de la Boétie, cette puissance est moindre face au nombre bien plus importants de sujets. D'ailleurs, les servants de cette puissance sont eux-même des sujets et on devrait expliquer leur accord avec l'état. Est-ce donc la lâcheté qui fait que nous acceptons les ordres de l'état sans nous rebeller ? Peut-être que c'est un début d'explication. Mais, à mon avis, de la Boétie donne deux autres explications bien plus intéressantes. Tout d'abord, ce qui permet à l'état de gouverner des masses c'est l'habitude. Celle-ci vient d'une histoire. On a toujours eu un état et nous sommes nés à l'intérieur de celui-ci. On nous apprend qu'il est nécessaire et qu'il faut le respecter et suivre ses ordres. On a là un début d'explication presque sociologique qui voit l'obéissance comme une domination. Nous ne sommes pas très éloignés du pouvoir symbolique de Bourdieu qui explique la domination non par les armes mais pas un nombre élevé de discours, d'institutions et de personnes qui servent l'état. D'ailleurs, de la Boétie explique aussi l'obéissance par les serviteurs. Ces derniers ont gagné à servir l'état. Ils ont eux-même aidé d'autres serviteurs qui gagnent à ce poste et ainsi de suite. Au final nous avons une gigantesque chaîne d'obligations et gains mutuels qui tiennent la société dans le giron du prince. Une chaîne incassable puisqu'elle tient tout le monde aussi bien les puissants que les modestes.

    La préface considère qu'on parle beaucoup de ce livre mais qu'il est rare de l'avoir lu. Ce serait donc un de ces classiques de la pensée politique que personne ne connaît vraiment. Je suis donc fier d'avoir enfin pris le temps de le consulter. Mais que peut-on retirer d'un livre du XVIe siècle ? On peut, en tout cas, observer le génie d'un homme qui réussit à trouver des explications assez convaincantes pour être mentionnée encore de nos jours. En effet, les idées de la Boétie concernant le caractère non-violent de la domination de l'état sont plutôt convaincantes. Je ne dis pas que l'état ne peut pas s'appuyer sur des forces armées. Mais il suffit d'observer un peu pour se rendre compte que ces dernières n'expliquent pas pourquoi on obéit. En effet, pourquoi, par exemple, utilise-t-on l'heure d'été alors que personne ne vient nous punir si on s'y refuse ? Pourquoi accepte-t-on le pouvoir d'un professeur quand on est étudiant ? Pourquoi obéit-t-on à un policier dans la rue (outre l'arme) ? Ces questions, légitimes, ne peuvent être répondues que si l'on prend en compte les explications en termes de pouvoirs symboliques dont la Boétie est, à mon avis, un lointain précurseur.

    Image : Éditeur

  • Le principe de l'état par Michel Bakounine

    Titre : Le principe de l'étatarton178.jpg
    Auteur : Michel Bakounine
    Éditeur : Les éditions de Londres
    Pages : 32

    Je reviens à Bakounine pour un dernier petit livre. Celui-ci est inachevé et a été publié après la mort de l'auteur. Il devait analyser l'état. Bakounine commence fort. En effet, il explique dans les premières pages que la paix est impossible tant qu'il existe des états. Car ces derniers seraient produits par la concentration de pouvoir et n'auraient, comme fin, que la concentration de plus de pouvoirs. Ce qui n'est possible que via la violence de la guerre. L'état est donc inhumain car amoral. Mais ce début est suivi par une analyse de la religion. J'avoue avoir été un peu surpris. Les idées professées par l'auteur ne sont pas très différentes de celles que j'ai déjà présentées dans d'autres écrits sur la religion. Bakounine y analyse les religions selon leur caractère social ou individualiste. Selon lui, les religions sont toutes plus ou moins fortement individualistes mais la religion chrétienne est la pire de tout. Mais pourquoi ceci serait condamnable. Si j'ai bien compris, l'individualisme implique une perte importante du sentiment d'appartenance et de solidarité des êtres humains face à un dieu omniscient et parfait. Cette perfection ne peut que rabaisser l'être humain au néant. Mais d’où vient dieu? C'est le troisième point analysé par Bakounine. Selon lui, les humains ont créé des dieux d'abord dans le monde matériel. Mais les dieux des religions monothéistes sont des abstractions. Les humains auraient tenté d'observer l'abstraction divine. Celle-ci n'existant pas il se retrouva face au néant dans lequel seul l'observateur était visible. L'humain a donc créé dieu à son image en s'adorant lui-même. Et cette adoration venue du néant crée le néant dans le monde matériel. Le néant des humains.

    J'avoue que je ne suis pas certain d'avoir compris cette dernière argumentation. L'analyse de la religion par Bakounine est, en tout cas, très défavorable envers celles-ci. Mais je ne suis pas certain que les arguments anthropologiques soient valables. Il y a probablement de profonds manques de ce coté du texte. Mais il est dommage que ce texte soit inachevé. Je pense qu'il aurait offert une réflexion sur le lien entre état et religion qui aurait pu être très intéressant. Mais on peut très bien se contenter du texte en l'état. Il offre des positions qui ne sont pas très éloignées d'analyses scientifiques sur les relations internationales. L'idée que les états tentent d'augmenter leur pouvoir par tous les moyens, dont la guerre, est assez proche de l'école réaliste. Mais les conclusions auraient probablement été très différentes.

    Image : Les éditions de Londres qui fournissent la version numérique du livre

  • Le principe anarchiste par Kropotkine

    Titre : Le principe anarchiste
    Auteur : Kropotkine
    Éditeur : Les éditions de Londres
    Pages : 16

    Qu'est ce que l'anarchisme ? Est-ce la simple destruction de l'ordre ? Est-ce l'absence d'organisation sociale ? Pour Kropotkine l'anarchisme commence par être une négation. Une parole qui dit non à l'autorité et à l'état. Mais est-ce simplement ça ? Non, pour Kropotkine l'anarchisme est un principe philosophique qui se heurte à un principe opposé. L'anarchisme c'est le principe de la liberté contre le principe du contrôle, de l'autorité coercitive. Quand on défend le principe anarchiste on défend donc une idée de liberté. Outre cette liberté l'anarchisme est aussi un espoir. La possibilité- la nécessité ? - d'une reconstruction de la société en profondeur en direction d'un ordre plus juste, plus humain. L'anarchisme est donc autant un acte qu'une pensée philosophique.

    Difficile d'écrire plus sur un texte aussi court. En effet, sur les 16 pages de ce livre il y en a la moitié qui sont consacrées à une préface et à une biographie succincte de l'auteur. Loin de moi de critiquer ces deux aspects. La préface donne des idées intéressantes et la biographie permet de situer l'auteur dans une époque même si elle est courte et très descriptive. Ce livre permet surtout de donner une idée précise de ce qu'est l'anarchisme. D'une simple négation on passe à l'idée d'une pensée philosophique qui considère la nécessaire réforme de la société. Plutôt qu'une thèse destructrice on découvre donc que l'anarchisme est aussi un principe philosophique de construction sociale. Car la négation d'une certaine forme d'état n'implique pas forcément la négation de toute forme de société. On pense simplement que certaines caractéristiques des sociétés actuelles sont dangereuses pour la liberté humaine.

    Livre disponible sur le site des éditions de Londres

  • Politique de l'Internationale par Michel Bakounine

    Titre : Politique de l'Internationale
    Auteur : Michel Bakounine
    Éditeur : In libro veritas
    Pages : 24

    Il est rare que j'écrive deux notes de suite mais je suis un peu en retard et je tente d'éviter de l'être encore plus. L'Internationale est l'organisation qui regroupe les travailleurs et travailleuses et opposants de tous les pays. Mais quel est son but ? Et, surtout, comment doit-elle réagir face aux autres partis. Pour Bakounine le but est pur et simple : la libération économique des travailleurs et travailleuses. Cependant, certains partis qualifiés de bourgeois par Bakounine tentent d’imiter, à un moindre niveau, une partie des buts de l'Internationale. L'auteur nous met en garde contre ce piège qui n'aboutirait qu'à continuer l'esclavage des masses ouvrières tout en leur offrant un petit peu d'espoir qui, finalement, ne coûte pas grand-chose. Selon Michel Bakounine ces partis et ses défenseurs, les bourgeois, doivent être exclus de l'Internationale et celle-ci doit lutter de toutes ses forces contre ses projets au bénéfice de la libération économique intégrale.

    Je n'ai pas présenté ce texte de manière tout a fait complète. Je me suis contenté des parties qui me semblent les plus importantes pour notre époque. En effet, l'Internationale, la quatrième du nom, est quasiment oubliée. Les partis de gauche ont presque tous abandonnés l'idée de la révolutions après avoir longtemps collaboré avec les parties du centre ou de droite libérale. La chute de l'URSS et la réalité de la Chine n'ont pas été tendres non plus pour l'utopie communiste. Mais ce que beaucoup oublient c'est qu'une révolution n'est pas forcément violente. Bien entendu, les choses vont plus vite quand on fait preuve de violence. Mais il y a deux dangers quand on utilise cet outil. Premièrement, un groupe d'individus se forme qui prend le pouvoir en main au nom de la révolution. Qu'est-ce qui garantit qu'ils l'abandonneront ? Ensuite, je considère, tout comme Sartre, que la violence à a la désagréable capacité de se retourner contre son auteur. Une tentative de révolution violente ne peut donc aboutir que sur une réaction tout aussi violente. La révolution, à mon avis, doit être pacifique et continue. C'est la raison pour laquelle il est nécessaire que des partis révolutionnaires, dans le sens que je viens de définir, puissent s'exprimer et préparer non seulement les esprits à une société différentes mais aussi de manière concrète des essais qui peuvent montrer que le système anarchiste peut réellement fonctionner. Ce n'est pas facile et ça prend du temps mais je pense que c'est une voie qui peut fonctionner et permettre eun réforme en profondeur de la société par l'exemple.

    Texte disponible sur In Libro Veritas sous licence art libre 1.3

  • Le patriotisme physiologique ou naturel par Michel Bakounine

    Titre : Le patriotisme physiologique ou naturel
    Auteur : Michel Bakounine
    Éditeur : In libro veritas
    Pages : 10

    Qu'est ce que le patriotisme ? Pour la plupart des personnes c'est un sentiment naturel d'appartenance à une communauté nationale. Les preuves que ces communautés sont artificielles abondent dans la littérature historique et sociologique. Cependant, cela n'enlève point la réalité des nations et des sentiments qui nationaux. On pourrait se demander ce qu'est une nation et beaucoup ont tenté de répondre à cette question. Ce que Bakounine tente de nous expliquer c'est le patriotisme. Alors qu'est ce que le patriotisme pour cet auteur ? Il ne conteste pas la qualité naturelle de cette dernière. Au contraire, il explique le patriotisme comme la résurgence d'un sentiment animal et non comme d'un sentiment civilisé. Le sentiment patriotique serait donc un aspect de l'animalité de l'être humain et il tente de prouver cette thèse par l'observation des chiens (un argument que j'ai un peu de mal à avaler). Mais Bakounine va plus loin que ça. Selon lui, ce sentiment ne peut exister que dans des communautés restreintes comme les communes ou les villages. Plus encore, le patriotisme n'existerait que dans des communautés primitives qui ne connaissent pas encore, que ce soit voulu ou non, les progrès de l'humanité.

    Voila un texte dur pour les patriotes. Ceux-ci sont rabaissés au rang de primitifs manipulés par des élites. Bien que je ne considère pas le patriotisme comme la plus importante des valeurs je ne suis pas tout a fait d'accord avec Bakounine. Il oublie que des hommes et femmes peuvent être patriotes sans, pour autant, être sans éducation. Et d'ailleurs, être si mauvais que cela de vivre dans un village traditionnel ? Là aussi, je trouve que Bakounine fait une erreur. De plus, je pense que les sentiments d'identifications à une communauté sont plus compliqués qu'un simple patriotisme national ou local. À mon avis - et je pense qu'il en existe des preuves mais je n'ai pas de références sur le moment - l'identification peut très bien se porter sur plusieurs communautés. Que je sois fier d'être suisse ne doit pas m'empêcher d'être fier d'un être humain membre d'une communauté mondiale ce qui ne m'empêche pas non plus de me sentir membre de ma ville ou de mon village. Je pense donc que ce texte de Bakounine est beaucoup trop simpliste.

    Texte disponible sur In Libro Veritas sous licence art libre 1.3

  • L'instruction intégrale par Michel Bakounine

    Titre : L'instruction intégrale
    Auteur : Michel Bakounine
    Éditeur : In libro veritas
    Pages : 30

    Doit-on instruire d'abord et libérer économiquement ensuite ou libérer économiquement puis instruire ? C'est la question principale posée par Bakounine dans les premières pages de ce texte. Sa réponse est simple. Vouloir éduquer sans libérer économiquement le prolétariat est inutile. En effet, les travailleurs et travailleuses ont besoin de temps pour étudier mais aussi de volontés. Or, dans le cadre du capitalisme le temps manque et la volonté est entièrement dans la survie et le travail. Comment pourrait-on demander à un-e ouvrier-ère de se concentrer sur des cours après une journée de travail ? Cependant, quand on pourra instruire tout le monde de la même manière, il faut prévoir un projet. Bakounine tente de construire une instruction en deux phases. La première permet de poser des connaissances générales sur un grand nombre de thèmes tandis que la seconde permet de se spécialiser. L'instruction se fait aussi dans deux directions. Il y a une instruction intellectuelle, scientifique, et une instruction industrielle. Autrement dit, plutôt que d'avoir le gymnase et l'université d'un coté et l'apprentissage de l'autre chaque étudiant devrait à la fois apprendre au gymnase et dans un apprentissage. Ce qui devrait permettre, selon l'auteur, d'offrir des conditions de départs identiques mais aussi de permettre à chacun de choisir sa voie tout en se nourrissant de ses deux instructions.

    L'école et la formation sont des sujets difficile qui créent souvent la polémique. Je ne me souviens pas d'une année dans qu'un journal se fasse la voix d'un débat sur un aspect ou un autre de la politique scolaire et de formation. Les partis de gauche ou de droite font aussi particulièrement attention à la formation et il n'est pas rare, dans l'histoire, de voir des partis proposer des cours. Bakounine nous propose une nouvelle manière de voir l'école. Plutôt que de diviser les étudiants selon qu'ils font des études ou un apprentissage il souhaite que tous soient formés dans les deux. Que peut-on en penser ? Il est difficile d'imaginer ce qui adviendrait d'un tel système de formation qui demanderait une refonte profonde de notre vision de l'école. Bakounine a aussi une vision quasiment utopique de la formation. Par un mécanisme étrange le lien entre l'industrie et l'étude devrait permettre d'augmenter la productivité dans les deux domaines. Serais-ce vrai ? J'ai un peu de mal à le croire. Je ne suis pas non plus d'accord avec l'auteur quand il dénonce les formations avant que la population ne soit économiquement libérée. Je pense que l'on peut très bien proposer des cours et que ceux-ci peuvent avoir du succès.

    Livre disponible sur In Libro Veritas sous licence art libre 1.3

  • Dieu et l'état par Michel Bakounine

    Titre : Dieu et l'état
    Auteur : Michel Bakounine
    Éditeur : In libro veritas
    Pages : 102

    Il y a très longtemps que je souhaite lire ce livre de Bakounine. Mais je n'ai jamais eu le temps ou l'envie et, au final, je ne le faisais pas. Depuis que j'ai une liseuse j'ai pu avoir l'opportunité de consulter des livres tombés dans le domaine public. J'ai donc sauté sur l'occasion et je me suis procuré quelques écrits de Bakounine dont un exemple a été présenté hier. C'est donc la seconde œuvre de Bakounine que je présente ici et, probablement, l'une de ses plus connues. J'ai trouvé le livre plus compliqué mais il faut dire que je suis passé d'un programme à une réflexion philosophique. Et je dois bien avouer que la philosophie n'est pas mon point fort.

    Bakounine fait la distinction entre deux concepts : l'idéalisme et le matérialisme. Le premier est au cœur de la religion. Il permet de penser dieu. Mais l'idéalisme est si élevé qu'à coté de lui nous, être humains, ne sommes rien. Selon Bakounine nous perdons nécessairement toute liberté puisqu'il existe un dieu capable de tout et qui a tout prévu. À ses cotés il existe quelque chose d'autre. C'est le matérialisme. Celui-ci permet une ascension progressive de l'humanité qui part de la barbarie jusqu'à la civilisation la plus élevée. Si je puis faire cette analogie, plutôt qu'être une chute depuis le paradis l'humain est en constante ascension depuis l'enfer. Mais alors devrions-nous abandonner la morale religieuse pour mettre au pinacle la science ? On pourrait le penser si on se contentait de critiquer la religion. Mais Bakounine ne croit pas que ce soit une solution il pense même que ce serait un nouvel esclavage. En effet, selon Bakounine, les scientifiques forment une caste qui n'observent pas les êtres vivant mais des abstractions. Ce qui les conduit à prendre des décisions défavorables à la liberté si on leur offre le pouvoir. Bakounine ne condamne pas la science, il condamne la caste scientifique. Il pense que la science devrait être possédée par tout le monde même si cela se fait au prix d'un léger retard durant les premières années. Mais ce sujet concerne un autre texte que je présenterais prochainement.

    Comme je l'ai dit dans mon introduction j'ai trouvé ce livre plus compliqué que le texte précédent. Comme je l'ai aussi dit c'est probablement parce que ce texte est plus philosophique. Cependant, il est, à mon avis, intéressant à lire. En effet, on y trouve une réflexion sur la nature de la religion et de l'humanité que l'on peut critiquer mais qui ne se contente pas simplement d'attaquer la religion. En effet, ce que Bakounine développe c'est une manière de considérer l'humanité selon que l'on croit ou non. Mais je pense que cette division très manichéenne. La religion y est décrite comme profondément anti-humaine alors que le matérialisme permet le développement sans limites de l'humanité. Mais on y trouve aussi une réflexion sur la science et ses capacités. Pourrait-on faire un lien avec les technocrates, des scientifiques payés pour offrir des politiques publiques rationnelles au pouvoir public, de plus en plus écoutés ?

    Livre disponible sur In Libro Veritas sous licence art libre 1.3

  • Catéchisme révolutionnaire par Michel Bakounine

    Titre : Catéchisme révolutionnaire
    Auteurs : Michel Bakounine
    Éditeur : In libro veritas
    Pages : 32

    De nombreux auteurs ont condamné le capitalisme et ont souhaité un nouveau système. Mais quel serait ce nouveau système et comment serait-il mis en place ? Il est beaucoup plus difficile de construire un nouveau modèle de société qui pourrait être meilleur que l'actuel que de faire une simple critique. Michel Bakounine, dans ce petit livre, tente de donner quelques pistes, un programme, sur la direction que devrait prendre une société plus juste et plus égalitaire.

    Le principe fondamental que Bakounine met au centre de son programme est la liberté. Cette liberté découle de l’égalité des conditions de départ. Ce qui implique que tout être humain, homme ou femme, a droit dès son enfance à une éducation gratuite. Ce qui devrait permettre d'offrir à chacun la possibilité de faire ce qu'il ou elle souhaite. En effet, Bakounine pensait, et je le rejoins en cela, que les hommes et les femmes devraient être considérés de la même manière. Quand on sait qu'un autre anarchiste, Proudhon, était particulièrement misogyne on ne peut que saluer cette position. Le second principe fondamental est le travail. Selon Bakounine le travail est nécessaire et aucun citoyen ne devrait recevoir de droits s'il ne travaille pas. Mais Bakounine tente aussi de mettre en place une organisation politique. Plutôt que centraliser le pouvoir à l’échelon de l'état Bakounine propose de décentraliser le pouvoir au niveau communal. Les communes sont ensuite libres de se regrouper dans des entités supérieurs elles-même libres de faire de même jusqu'au niveau "international". Mais les communes sont libres et possèdent le pouvoir fondamental aux mains de chacun de ses citoyens.

    Si j'ai apprécié ce livre c'est qu'il offre un programme. On peut le discuter, on peut le refuser ou encore avoir envie de le modifier. Mais nous avons au moins un programme qui propose une organisation sociale différente basée sur les principes de l'anarchisme. Ces principes qui sont l'égalité et la liberté me tiennent tout autant au cœur qu'à Bakounine et j'avoue que j'ai peu de reproches à faire à son programme. Cependant je pense que celui-ci pourrait être développé. En particulier, je pense que l'aspect concernant l'organisation politique mériterait d'être modifiée. En effet, je pense qu'une partie des idées professées par Bakounine risqueraient de se retourner contre les principes anarchistes. Je reparlerais un peu plus tard de Bakounine puisque j'ai pu me procurer d'autres écrits.

    Livre disponible sous licence art libre 1.3 sur In Libro Veritas

  • Race, nation, classe. Les identités ambiguës par Etienne Balibar et Immanuel Wallerstein

    Titre : Race, nation, classe. Les identités ambiguës9782707152084.gif
    Auteurs : Etienne Balibar et Immanuel Wallerstein
    Éditeur : La découverte 1997 (1988)
    Pages : 307

    Alors que je tente de me lancer dans ce billet une question me taraude : comment parler de ce livre ? En effet, celui-ci n'est pas vraiment un livre mais un dialogue. Un dialogue entre deux intellectuels, un philosophe et un historien, sur trois thèmes : le racisme, la nation et la classe. Ce livre est donc constitué d'une sélection de différents textes qui entrent plus ou moins bien dans une thématique commune. Ces textes se répondent mais montrent aussi quelques différences entre les deux auteurs. Et c'est la que vient mon problème ! Je n'ai vraiment pas l'impression d'avoir compris les différences de doctrines entre ces deux intellectuels marxistes.

    Cependant, je pense tout de même être capable d'expliquer, de manière très sommaire, de quoi il est question dans ce livre. Si j'ai bien compris la principale thèse du livre celle-ci concerne le rapport entre le capitalisme et le racisme ainsi que le sexisme. Il semblerait, en espérant que je ne trahisse pas les propos des deux auteurs, que le livre défend une position que l'on pourrait qualifier de radicale. En effet, plutôt que de considérer le racisme et le sexisme comme des manifestations irrationnelles des êtres humains bloqués dans une prétendue vision passéiste de l'humanité (prétendue car ce mot peut être utilisé pour disqualifier sans vouloir comprendre un phénomène peut être plus contemporain qu'on ne le croit) les auteurs essaient de montrer que le racisme et le sexisme sont structurels. Cette explication implique que l'on ne peut pas supprimer le racisme et le sexisme dans le cadre du système capitaliste. En effet, le capitalisme, dans sa structure même, implique la mise en place d'une différenciation entre les différents humains. Celle-ci permettrait d'utiliser des êtres humains et de protéger d'autres êtres humains pour garder vivace le capitalisme. C'est, du moins, ce que je pense avoir compris des propos des auteurs et il est tout a fait possible que je me trompe dans mon interprétation.

    Si j'ai bien compris la thèse générale de ce livre, en laissant de coté les différences subtiles entre Balibar et Wallerstein, je pense qu'elle permet de comprendre comment fonctionne le système politique et économique dans lequel nous sommes insérés. Mais il faut dire que cette thèse n'était pas très éloignée de ce que, moi-même, je pense dans le cadre de mes réflexions sut le féminisme. Cependant, je ne peux pas terminer ce billet sans faire quelques remarques critiques. Les deux auteurs sont des marxistes. Et ce fait implique que la thèse des auteurs souffre des problèmes du marxisme. En effet, cette théorie, comme toutes les grandes théories fonctionnalistes, tente d'expliquer l'ensemble des phénomènes socio-éco-politiques. Pour ce faire elle met en place des explications qui ont tendances à être généralistes et mécanistes. Mais, bien que ces grandes théories sont utiles pour avoir une explication générale, elles souffrent de leur ambition d'explication totale. Ainsi, les propos des auteurs me semblent souvent trop mécaniste car ils semblent oublier les petits accrocs qui existent dans le fonctionnement de la société. De plus, j'ai eu l'impression désagréable, inhérente au fonctionnalisme, que tout sert à quelqu'un. Or, je considère que ce type d'explication est trop simpliste. En effet, je ne crois pas que tout serve quelqu'un en particulier. C'est une vision que je trouve presque complotiste. Mis à part ces remarques, je trouve ce livre très stimulant. Bien qu'il soit compliqué il permet de penser le racisme et le sexisme dans le cadre d'un système socio-éco-politique plutôt que de le penser simplement comme irrationnel.

    Image : Site de l'éditeur

  • Les scandales politiques. L'opération "Mains Propres" en Italie par Hervé Rayner

    Titre : Les scandales politiques. L'opération "Mains Propres" en Italie9782912673442.gif
    Auteur : Hervé Rayner
    Éditeur : Michel Houdiard 2005
    Pages : 476

    J'ai souvent entendu parler de ce livre et ma curiosité a fini par me rattraper. Mais qu'est ce que l'opération « Mains Propres »? C'est une série de scandales qui débuta en Italie en 1992. Son point d'origine a été placé lors de l'arrestation de Mario Chiesa un membre du parti socialiste italien. Cette première arrestation fut suivie d'une série de scandales qui touchèrent des politiciens, des magistrats, la mafia et des journalistes. Des personnes que l'on pense intouchables se mirent à trembler devant un pool de magistrats milanais pendant 2 ans. Cette période fut si surprenante que certains commentateurs se mirent rapidement a parler de la fin d'une première république. Hervé Rayner étudie donc cette période pour comprendre comment les scandales se forment et s'interrompent.

    La première question que pose l'auteur concerne la définition du terme scandale. En effet, selon Rayner, les scandales sont les parents pauvres des études. Leurs occurrences dans l’événement est souvent considérée comme peu intéressante et laisse la place à l'étude des phénomènes scandaleux ce qui a conduit à des définitions inadéquates. Si j'ai bien compris les propos de l'auteur - je peux toujours me tromper - un scandale serait une occurrence de situations durant lesquelles des acteurs provenant de plusieurs univers sociaux verraient leurs visions du possible changer. Autrement dit, un scandale ne se forme pas en interne et dépend des possibilités d'actions que les différentes personnes impliquées observent de manière subjective. Cette définition a l'intérêt de pouvoir expliquer comment se forme un scandale mais aussi de comprendre sa fin et pourquoi certains événements ne débouchent pas sur un scandale.

    Les différents chapitres de ce livres seront donc un moyen, pour Hervé Rayner, de vérifier l'usage de cette définition en l'utilisant pour comprendre les scandales de l'opération « Mains Propres » en Italie. L'auteur nous montre comment des personnes intouchables perdent soudainement leurs capacités de défenses face à des magistrats qui, avant l’occurrence du scandale, étaient faibles. Ces mêmes personnages subissent une atteinte impressionnante à leur identité d'élu et passent par des moments que l'auteur qualifie de cérémonies de dégradations. Tout se passe comme si les possibilités d'actions avaient subitement changés permettant à des enquêteurs de s'attaquer à la corruption et empêchant les corrompus de se protéger à l'aide des réseaux de pouvoirs qu'ils avaient patiemment créé. La lecture de ces chapitres m'a passionné. L'auteur écrit de manière claire et permet de comprendre comment ce scandale a pu se mettre en place sans, du moins c'est mon impression, se perdre dans des propos trop ésotérique. Ce qui ne veut pas dire que la lecture soit aisée. L'auteur est influencé par Bourdieu et Michel Dobry et utilise des concepts compliqués. Heureusement ces derniers sont définis dans le texte ou en notes. Je suis donc ressorti enrichi de ce livre que je n'hésite pas à conseiller aux intéressés qui acceptent de faire l'effort d'entrer dans une littérature sociologique.

    Image : Fnac.com

  • Le Lorax (des arbres qui parlent)

    Je suis donc allé voir ce nouveau film d'animation dont on entend parler depuis quelques mois. Le Lorax est le nom d'une petite bestiole orange qui dit parler pour les arbres. On fait sa connaissance durant l'histoire que raconte un personnage sur sa jeunesse à un gamin. Mais que vient donc faire ce gamin hors de sa ville d'enfance ou tout semble être parfait ? Sa motivation est de séduire sa voisine qui rêve de voir un véritable arbre. Cette quête le conduit à chercher la dernière personne à avoir vu un arbre en espérant qu'il puisse le guider vers une graine. Mais ce même homme est aussi celui qui a détruit les arbres. En lui contant sa rencontre avec le Lorax et ses erreurs il lui explique quel est l'importance des arbres.

    J'ai lu beaucoup de critiques dont certaines sont très négatives. Certains n'apprécient pas du tout le style graphique du film. Il est vrai qu'il est en dessous des normes de l'époque. Cependant, je réfute ces accusations. En effet, je trouve que le caractère "enfantin" des images avec ses poissons chanteurs et ses nounours (je trouve le terme plus adapté qu'ourson) mangeur de sucreries dans un décor d'arbres plumeux nous replonge dans les livres d'enfances. Ce style, peut être naïf et artificiel, est mis en contradiction avec un autre univers. Celui de la ville de plastique ou rien n'est vivant. Les personnes qui y vivent marchent sur du plastique, regardent du plastiques et vivent dans la consommation effrénée sans arrières pensées en masquant la puanteur de la pollution par l'achat de bouteilles d'air frais.

    Il n'y a pas besoin d'être très attentif à mes propos pour comprendre que le message principal concerne l'écologie. En effet, le Lorax en sa qualité de porte-parole de la nature montre et point du doigt les activités destructrices de l'industrie en la personne de Gash Pilleur. Ce dernier est pris par la folie de la production et de la richesse tente vainement de se justifier par la légalité de ses actions tout en détruisant ce qui a fait sa puissance : la nature. Il est donc tentant d'ajouter une critique du capitalisme néo-libérale pris dans une spirale de production implacable au nom de la sacro-sainte croissance sans prendre en compte que nous vivons dans un système fermé aux ressources limitées. Mais je me suis aussi intéressé à la manière dont la ville est décrite. Derrière une façade de liberté de consommation et de choix une réalité plus inquiétante se cache. Les individus qui vivent dans cette ville sont des prisonniers. Toutes les caractéristiques de cet état sont visibles. Chacun d'entre eux est surveillé par un impressionnant dispositif de surveillance par caméras qui permet d'observer et d'éviter, quand ce n'est pas punir, les comportements anormaux. Ces mêmes dispositifs sont doublés par un mur impressionnant qui entoure la ville entière et cache la pollution produite aux habitants. Heureusement le film nous offre de l'espoir en montrant comment une personne peut changer les choses mais je pense qu'il fait aussi preuve de naïveté puisque ces changements sont beaucoup trop faciles dans le cadre de cette histoire.

    Image : Site officiel

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  • Millénium la série

    J'ai déjà parlé deux fois de Millénium sur ce blog. Une fois, en trois billets, j'ai présenté les différents tome de cette trilogie que j'avais particulièrement apprécié. J'en ai parlé une seconde fois pour parler de l'adaptation américaine que j'avais trouvée assez médiocre. Dans ce dernier billet j'avouais n'avoir pas vu l'adaptation suédoise précédente. Avant de pouvoir regarder cette version il m'était nécessaire de la comprendre. En effet, il existe une version film et une version dite série. La deuxième possède 6 épisodes de 90 minutes chacun alors que les versions films durent environ 2 heures chacun. J'ai donc naturellement choisi la version série qui recevait de nombreuses critiques positives puisqu'elle développe plus avant les relations entre les personnages et les intrigues.

    L'histoire commence probablement à être connue de tous. Mais je vais quand même rapidement la résumer sans spoiler. Un journaliste suédois est attaqué en justice pour diffamation. Suite à sa condamnation il décide de s'éloigner de la revue qu'il co-dirige: Millénium. C'est le signal qu'attend un certain Henrik Vanger pour lui demander de l'aide. Sa nièce a été assassinée il y a des années et, depuis, le tueur lui envoie une fleur chaque années. Vanger demande à Mikael de reprendre l'enquête en main. Durant celle-ci le journaliste rencontrera Lisbeth Salander. Mais il ne sait pas que les relations avec cette femme légèrement différente prendront un tour très inattendu.

    Comment dire à quel point cette adaptation est supérieure au film américain ? Il y a tellement de points mieux réussit qu'il me faudrait un roman. Je commencerais donc par le début. Le générique de la série est tout simplement beaucoup plus logique que celui du film américain. Ce dernier était une sorte de générique à la James Bond. Celui de la série suédoise montre différents éléments de l'intrigue sous formes de peintures avec une musique parfaitement adaptée. Le générique se termine sur l'image magnifique d'une tête de dragon. En ce qui concerne l'intrigue celle-ci est, bien entendu, simplifiée comparée aux livres. Cependant, elle est beaucoup mieux mise en place et beaucoup plus clair. Le réalisateur a pris le temps de mettre les différents éléments en place tout en ne créant pas de longueurs. Les deux acteurs principaux me plaisent aussi beaucoup plus. En ce qui concerne Mikael on pourrait ne pas être d'accord avec moi mais Michael Nyquvist est plus proche de l'image de Mikael Blomvkist que j'avais. Noomi Rapace qui prend le rôle de Lisbeth Salander est tout simplement magnifique. Elle réussit véritablement à incarner ce personnage à la fois fragile et extrêmement fort. Les images sont aussi sans communes mesures avec celles du film. Je ne sais pas pourquoi mais l'adaptation américaine donnait une impression d'artificialité. La série suédoise offre une véritable impression d'authenticité. Le réalisateur a film dans le pays et ça se sent aussi bien dans les villes que dans les coins perdus en plein hiver nordique. Le froid semble presque sortir de la télévision. De plus, ce film m'a donnée envie de faire un petit voyage en Suède (mais en été). Bref, si vous deviez choisir je vous conseille fortement cette série suédoise.

    Image : Allociné

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  • Milk (Gay rights now!)

    J'ai enfin regardé attentivement ce film ! Il dépeint une partie de la vie d'Harvey Milk. Nous faisons la connaissance de cet homme à New-York le jour de son quarantième anniversaire. La vie est difficile pour cet homme qui doit vivre caché de peur d'être dénoncé à son employeur et de perdre son emploi. Le soir même il décide de quitter cette ville et de vivre librement à Los-Angeles pour fonder un commerce. Ce dernier devient un lieu de rencontre pour les gays de la ville ce qui conduit la police à charger et arrêter tout ce qui bouge. Harvey Milk décide donc de se faire la voix des minorités et d'entrer en politique dans un poste à la commune. Son combat pour les droits des homosexuels commence dans un contexte défavorable. Mais les victoires commencent à tomber...

    Ceci est film politique dans le sens que l'histoire n'est pas que celle d'un homme mais aussi d'un mouvement dans un contexte précis. Comme de nombreux pays, les États-Unis ont réprimés les gays très tardivement simplement pour leur forme de vie. Encore aujourd'hui, les droits civils sont déniés aux homosexuels et aux lesbiennes indice d'une conception illégitime de cette forme d'amour par l'état. Ce film est l'histoire d'une lutte d'une décennie entre 1972 et 1978. On nous montre le premier américain ouvertement gay élu. Mais, surtout, on nous montre sa maîtrise politique dans un contexte peu favorable aux droits des gays et lesbiennes. Milk jongle entre les élections et les manifestations pour démontrer sa légitimité de porte-parole et asseoir une force politique au mouvement. Bien que beaucoup de personnes étaient contre lui pour des raisons personnelles ou de stratégie politique il continue à se battre contre toutes pertes politiques. Les luttes sont donc violentes et je pense que le film réussit à nous communiquer l'importance des moments. Cependant, nous sommes dans un film ce qui implique des simplifications. Bien que je souhaite, un jour, m'informer plus avant sur la vie de cet homme je pense que le réalisateur a signé un bon biopic que je conseille sans arrières-pensées.

    Image : Allocine

    Site officiel

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  • Opération Libertad (des rêves plein la tête)

    Le film commence sur un constat amer du narrateur sur sa propre vie. De jeune de 20 ans plein de rêves il est devenu un adulte de 50 ans bourgeois et consumériste. Même sa fille l'accuse de l'être. Mais ce que sa fille ne sait pas c'est qu'il a fait partie du GAR ou Groupe Autonome Révolutionnaire. Mais comment tout cela a-t-il commencé ? Après cette petite introduction nous sommes donc plongés dans la jeunesse du narrateur grâce à un film qu'il avait tourné pendant ses études. Celles-ci l'avaient conduit à se rapprocher du GAR qui souhaitait être visible dans les médias. Car ce groupe d'extrême-gauche ne fait pas que parler. Non, il agit aussi. Le narrateur les suivra durant leur préparation jusqu'à leur plus grande opération : l'attaque d'une banque dans le but de mettre en lumière les liens de la Suisse avec les régimes dictatoriaux d’Amérique du sud. Mais rien ne se déroule comme prévu et le groupe est obligé de se cacher en espérant être entendu. L'opération Libertad a commencé.

    Plus que la question de la lutte contre le capitalisme je pense que ce film s'interroge sur le passage des rêves à la réalité. Certains pourraient dire le passage de l'enfance à l'âge adulte. En effet, nous passons d'un début presque héroïque durant lequel les différents personnages sont très liés entre eux et certains de la légitimité de leur prochaine opération. Ils rêvent de mettre à bas l'hypocrisie du secret bancaire en deux minutes et d'être salué comme des révolutionnaires qui seraient sur le point de détruire le système. Mais les rêves disparaissent rapidement après que l'opération se soit mal déroulé. En effet, nous passons d'une période ouverte à un huis clos oppressant. Durant ces quelques jours de proximité forcée avec un homme enlevé et blessé à la cave les différents personnages se heurtent. Les rêves et l'idéalisme se transforment en résignation puis en désespoir au fur et à mesure que le temps passe et que rien n'est dit sur l'opération. Heureusement, les jeunes auront toujours des rêves et cette note pessimiste est contrebalancée par les dernières paroles du narrateur sur sa propre fille (si je me souviens bien): "Aujourd'hui ma fille a 20 ans et je suis sur qu'elle a des rêves".

    Une autre question qui pourrait être soulevée par ce film c'est celle de la violence. En effet, l'un des personnages explique que les mots sont incapables de changements. C'est la raison pour laquelle ce petit groupe décide de mettre en place une action violente contre le capitalisme en attaquant l'un de ses symboles. La question que l'on pourrait se poser est celle de la légitimité des actions violentes mais je pense qu'une question encore plus importante concerne ses effets. Ceux-ci sont-ils bénéfiques ou négatifs ? Personnellement, mes réflexions m'ont conduit à considérer que la violence n'est pas un bon moyen de réforme. En effet, je pense que la résistance active, violente, implique une réaction de même nature. Ce film nous montre une action violente qui échoue. Cet échec peut être imputé à différents événements. Tout d'abord, les médias refusent d'entrer dans le jeu et oublient de parler. Mais ceci n'implique pas que les forces de l'ordre ne réagissent pas. Ainsi, les différents personnages commencent à entrer dans une spirale de paranoïa qui ne peut que détruire leur groupe. De plus, cette opération est délégitimée par les actes même des personnages. Ils souhaitaient dénoncer un lien avec des dictatures violentes. Mais ils tentèrent de l faire par la violence physique et en volant. Leur idéal est donc corrompu par le vol de l'argent.

    Ce film, à mon avis, est bien maîtrisé. Il ne nous montre pas des héros ou des méchants mais des humains. Ces derniers tentent de réparer un monde qu'ils considèrent injuste mais ils échouent. Il n'y a pas de jugement sur cet échec ou sur l'opération mais une forme d'espoir que d'autres trouveront une voie vers le changement. Le film, et le réalisateur par extension, semblent nous dire que cet espoir de changement se trouve dans les rêves de la jeunesse. Il resterait à savoir si cet espoir est bien placé ? Mais surtout, cet espoir est-il légitime ?

    Image : Allocine

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  • Du papier à la biométrie. Identifier les individus sous la direction de Xavier Crettiez et Pierre Piazza

    Titre: Du papier à la biométrie. Identifier les individus27246100366310M.gif
    Directeurs: Xavier Crettiez et Pierre Piazza
    Éditeur: Sciences po 2006
    Pages: 331

    Je me suis lancé dans un des thèmes qui m'intéressent le plus: la question de l'identification des citoyens par la surveillance de l'état. Pour cela je me suis plongé dans ce livre qui regroupe les communications d'un colloque de 2004 organisé par le Centre d'analyse et de régulation du politique. Le livre est divisé en trois parties de plus en plus importantes en termes de pages. La première partie concerne le coté historique des papiers d'identités. Il regroupe trois communications toutes aussi intéressantes les une que les autres. La première examine les papiers sous l'angle du pouvoir d'état. C'est Gérard Noiriel, historien connu, qui se colle à l'exercice. Le second concerne les origines modernes des papiers. Il nous montre que l'identification se construit dans la France de l'ancien régime. Cet article permet d'observer une histoire longue des pratiques d'identifications par les papiers ce qui permet de reconnaître des processus qui existent encore aujourd'hui. Le troisième est écrit par Pierre Piazza, auteur d'un livre sur la carte d'identité française, qui examine comment le régime de Vichy a réussi à imposer une carte d'identité nationale dans un but non-républicain tout en, comme souvent en ce qui concerne Vichy, s'inscrivant dans une continuité avec la troisième république.

    La seconde partie prend en compte l'aspect de constructions politiques des pratiques de papiérisation. Je noterais l'intérêt de l'article de Benoît Larbiou qui démontre que le contrôle de l'identité permet aussi de défendre une profession, les médecins. Mais, dans le contexte des années 20-30 les papiers permettent aussi de faire un contrôle médical hygiéniste permettant de protéger la population non pas des indésirables mais des malades. Un concept qui implique aussi la notion de races malades. La communication d'Alexis Spire continue le précédent en examinant le contrôle de l'immigration jusque dans les années 70. Ce qui permet d'observer une transformation dans les contrôles qui de l'épuration des étrangers, ou naturalisés, collaborateurs passent au contrôle des communistes qui sont identifiés et expulsés. J'ai aussi apprécié l'analyse du passeport intérieur soviétique mais l'article de Vincent Tchen est trop juridique à mon goût.

    Enfin, la troisième partie pose la question des résistances. Outre un entretien aec le directeur de la Mission Biométrie au ministère de l'intérieur, Philippe Melchior, il regroupe des communications prenant en compte aussi bien les caractères spatiaux que virtuel. J'ai trouvé les articles de Xavier Crettiez et Carlos Miguel Pimentiel très stimulant. Le premier examine les raisons de la mise en place de cartes d'identités régionalistes. Celles-ci sont des attaques directes contre l'état national mais ne sont pas forcément construite dans ce but. Xavier Crettiez montre que ces cartes permettent surtout de créer une identité locale face à l'identité nationale française. Le second article examine l'exception britannique. En effet, la carte d'identité n'y existe pas. Carlos Miguel Pimentiel tente de démontrer, avec brio, que cette exception provient d'une culture du droit non-écrit qui implique un droit d'anonymat des citoyens seul moyen d'éviter que l'état entre dans la vie privée des personnes. D’où une grande méfiance face à toute forme de papiérisation. Le chapitre 10 est particulièrement intéressant à lire dans le contexte actuel. Alors que la biométrie est de plus en plus utilisée en vue d'une défense de l'ordre public face au terrorisme les auteurs y examinent les arguments et les réalités de l'utilité de cette technologie. Les conclusions sont très sceptiques face à l'utilité de la biométrie en ce qui concerne la prévention du terrorisme. En effet, outre son coût important il est toujours possible de créer une fausse identité en se basant sur des papiers en amont de la mise en place du passeport biométrique. L'article qui suit est tout aussi intéressant puisqu'il examine les effets de l'accord de Schengen sur les frontières. En effet, a coté d'une ouverture des frontières intérieurs cet accord implique la mise en place d'un contrôle plus important des frontières extérieures. Ce qui se découvre de cet accord c'est une méfiance des étrangers provenant de certains pays qui, de part leur provenance, sont suspect a priori. L'identification permet de suivre un group considéré comme dangereux et de le tracer dans la bureaucratie dans toute l'europe. Enfin, le dernier article examine le problème de l'identité sur un espace virtuel qui détruit l'identité tout en pouvant permettre un contrôle très important des informations privées.

    J'ai trouvé ce livre très stimulant. Outre le fait qu'il offre des informations nécessaires pour les citoyens dans le contexte actuel, l'examen scientifique de Schengen et de la biométrie est nécessaire, il permet de mieux comprendre comment fonctionne l'identité dans le cadre des papiers. Ce livre permet de comprendre que l'identité est avant tout une affaire de pouvoir. Un état impose une certaine forme d'identité à ses citoyens et aux étrangers qui lui permet de contrôler, de surveiller mais qui implique aussi une destruction des identités réelles. En effet, entre ce que l'on dit être et les quelques informations qui se trouvent sur une carte d'identité les différences peuvent être très importantes. J'ai surtout découvert le concept de banoptique qui permet de dépasser le concept foucaldien de panoptique. En effet, le banoptique permet de comprendre que la surveillance totale est une dystopie très difficile à atteindre à cause des coûts en personnels et en technologies. Le banoptique se concentre sur un groupe précis et recherche les informations dans les diverses bases de données. Le danger qui apparat n'est plus la surveillance généralisée par caméras ou policiers mais le lien entre les diverses bases de données étatiques et privées. Ce livre ouvre un grand nombre de questions importantes pour tous ceux qui réfléchissent au processus de papiérisation et à sa légitimité. Plus qu'un livre scientifique destiné à un public restreint c'est un livre dont les conclusions devraient être largement communiquées car elles sont nécessaires pour des décisions politiques importantes.

    Image: Éditeur

  • Ecrits féministes de Christine de Pizan à Simone de Beauvoir sous la présentation de Nicole Pellegrin

    Titre: Ecrits féministes de Christine de Pizan à Simone de Beauvoir41r7bt5jWvL._SL500_AA300_.jpg
    Présentation: Nicole Pellegrin
    Éditeur: Flammarion 2010
    Pages: 254

    Nicole Pellegrin nous présente, dans ce petit livre, les principaux auteurs féministes de l'histoire française. Elle commence par Christine de Pizan, une femme dont je n'avais jamais entendu parler jusqu'à maintenant, pour terminer avec Simone De Beauvoir l'auteure du Deuxième Sexe. Bien que les textes présentés dans cette anthologie soient majoritairement écrits par des femmes nous y trouvons aussi quelques hommes. Ces derniers sont au nombre de trois et permettent de démontrer que la lutte pour les droits des femmes n'est pas revendiquée que par ces dernières. Les différents textes qui ont été choisi dans le cadre de cette anthologie sont intéressants et permettent d’observer non seulement la variété des arguments et des luttes mais aussi de comprendre que les droits des femmes ont été revendiqués depuis le Moyen-Âge. Chacun des auteur-e-s sont précédés par une présentation écrite par Nicole Pellegrin. Bien que courte et synthétiques elles sont bienvenues puisqu'elles permettent à des lecteurs qui ne connaissent pas forcément les auteur-e-s de se faire une idée du contexte, de la vie et des idées qui les ont guidé-e-s.

    Quand on présente une anthologie la première critique que l'on peut faire concerne le choix des textes édités. En effet, comme le dit Nicole Pellegrin, une anthologie est, par définition, arbitraire. Je suis très heureux d'avoir découvert des auteur-e-s que je ne connaissais pas mais la question que je me pose concerne surtout la fin du livre. En effet, pourquoi terminer avec Simone de Beauvoir? Je pense que cette anthologie aurait pu intégrer des textes plus récents comme, pour ne prendre qu'un exemple, des textes de Christine Delphy. Cependant, mis à part cette critique attendue et comprise par Nicole Pellegrin je n'ai pas grand-chose à déplorer. Cette anthologie permet de lire des textes célèbres que je n'avais jamais rencontré en entier comme la fameuse Déclaration des droits de la Femme d'Olympe de Gouges écrite en réaction à la Déclaration des droits de l'Homme. La lecture de ce livre est donc une belle opportunité de se frotter aux classiques du féminisme français et ces lectures m'ont donné envie d'aller plus loin.

    Image: Amazon

  • Une suisse rebelle Annemarie Schwarzenbach 1908-1942

    J'ai récemment appris qui était cette femme grâce à une amie. Celle-ci m'a parlé d'Annemarie Schwarzenbach et m'a donné quelques informations importantes sur sa vie avant que nous regardions ce documentaire sorti récemment. Cette femme est impressionnante et exceptionnelle à plus d'un titre. Elle descend de deux familles riches et importantes dans l'aristocratie Suisse. Par sa mère elle est la petite fille du général de l'armée Suisse lors de la Première Guerre Mondiale. Cet homme, Ulrich Wille, était un grand admirateur de l'Allemagne et avait tenté de faire entrer la Suisse en guerre à ses cotés. La famille d'Annemarie était ouvertement frontiste et pro-fasciste. Mais elle-même semble être proche des idées communistes. De plus, elle était lesbienne. Ce fut une grande voyageuse qui fit de nombreux reportages photos et qui réagit dans la presse Suisse de l'époque autant pour dénoncer les conditions des opprimés que pour défendre des causes politiques et attaquer l'Allemagne et la politique de la Suisse à son égard.

    Le documentaire essaie de nous expliquer la vie de cette superbe femme. Superbe car elle a réussi à contester les idées de sa famille tout en en restant proche. Peut-être trop proche puisque le documentaire nous explique qu'Annemarie voulait toujours recevoir de l'attention et l'approbation de sa mère. Celui-ci est construit d'une telle manière que l'on puisse suivre les idées de Schwarzenbach durant sa vie. Grâce à des extraits on se rend compte de ses sentiments sur la politique contemporaine. C'était aussi l'une des proches des enfants de Thomas Mann qui lui ont permis de trouver l'amour de sa vie et d'avoir des amis avec les mêmes idées. Mais le documentaire nous montre aussi l'autre face d'Annemarie, une femme qui s'est perdue dans les drogues et qui avait besoin de recevoir une forte attention. Une femme formidable mais avec ses faiblesses. Ce qui n’enlève rien à sa vie sa particulière qui en fait probablement l'un des personnages suisses les plus intéressants de notre époque. Une citoyenne qui mérite que l'on se souvienne d'elle et de ses œuvres car elle avait une grande avance sur son époque qu'elle percevait avec clarté.

    Image: Site Officiel

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  • Bottled life (les voleurs de vie)

    Nestlé est probablement l'une des entreprises les plus puissantes du monde. Ce n'est pas la plus puissante de Suisse mais elle en est proche. C'est pourquoi il est particulièrement nécessaire d'examiner les activités de Nestlé, et des autres multinationales, dans le cadre de ce que je pourrais nommer une vigilance citoyenne. Ce documentaire pourrait en être. En effet, le réalisateur y examine la manière dont Nestlé s'inscrit sur le marché de l'eau. En partant des annonces officielles qui font penser à une vision sociale de ce marché de la part de la multinationale le réalisateur dévoile les véritables activités de celle-ci. Ce dévoilement n'est pas forcément apprécié puisque l'entreprise refuse de répondre aux questions.

    Ces questions concernent les activités légales mais peu éthiques de Nestlé. En effet, sous un discours social et responsable se cache une machine de guerre dont le seul but est de s'approprier les ressources naturelles en eau sans prendre en compte les besoins des populations locales ni les besoins écologiques. Il faut tout de même nuancer cette affirmation. Ce que la multinationale fait c'est s'approprier une ressources en achetant le silence ou l'accord des populations locales en offrant des emplois et des infrastructures ainsi qu'une aide à la vie associative. Rien de très irresponsable ni de machiavélique à première vue. Mais ce que ces cadeaux cachent c'est une puissante main mise sur la vie locale à la fois politique et associative. Le constat est rapide: une fois que Nestlé à mis le pied dans la maison il est impossible de s'en débarrasser et le seul moyen d'éviter l'entreprise est de l'empêcher d'entrer en installant une serrure blindée. Nestlé est aussi présent dans le monde en voie de développement. Sur fonds d'états faibles politiquement voir corrompus l'entreprise prend le contrôle de la distribution de l'eau dans tout un pays. Ce que nous voyons, durant tout ce documentaire, c'est une tentative de la part de Nestlé, et d'autres multinationales, de changer l'attitude de la population mondiale face à l'eau. De l'eau du robinet qui, en occident en tout cas, est saine et payée à part égaler par tous les citoyens, on passe à l'eau en bouteille qui est non seulement plus cher mais surtout pas forcément plus saine, voir moins saine, que l'eau du robinet. Parfois les deux sont strictement les mêmes.

    Il n'a pas été difficile de me convaincre du danger de l'appropriation des ressources naturelles en eau du monde par des entreprises privées. Je considère l'accès à l'eau potable comme un droit pour tous les êtres humains et sa vente, dans certains contextes, est un viol de ce droit. En effet, tout le monde n'a pas les capacités financières de se procurer de l'eau potable contrôlées par des entreprises. Ce que ce documentaire montre en plus c'est que les actes de Nestlé ne sont pas seulement un viol de ce droit. Ces actes sont aussi un danger pour la nature locale puisque l'entreprise pompe sans se soucier des conséquences écologiques. De plus, la multinationale ne prend pas réellement en compte les demandes locales se contentant d'utiliser l'arsenal judiciaire contre toutes personnes ou entités qui l'empêchent de s'étendre. Cependant, ce documentaire n'est pas assez critique et ne donne aucune solution. En sortant de ce documentaire, en s'imaginant vierge de toute pensée politique, on pourrait penser que Nestlé agit de manière inappropriée mais qu'il n'existe malheureusement aucun moyen. Une entreprise qui vend de l'eau saine dans un pays incapable de mettre en place un approvisionnement public sain est-il si mauvais? Ce documentaire ne nous donne aucune piste de réflexion sur cette question. Personnellement, je considère que laisser le contrôle de l'approvisionnement d'une ressource nécessaire pour la vie est un danger pour les citoyens puisque en contrôlant cette ressources l'entreprise contrôle qui y a accès et de quelle manière. J'aurais beaucoup apprécié que le documentaire nous offre des pistes alternatives comme l'aide internationale, l'action d'ONG ou d'autres possibilités? De plus, ce documentaire n'est pas assez dénonciateur. Il se contente de montrer le fonctionnement, vu de l'extérieur, de Nestlé sans nous offrir une position idéologique contradictoire. Que pense le réalisateur? Est-il d'accord avec le commerce de l'eau dans certains cas? Pense-t-il que l'eau est un droit naturel comme moi et donc un bien qui ne devrait pas être utilisé pour le profit? Je n'en ai aucune idée... C'est donc un documentaire intéressant mais dont les insuffisances ne permettront de convaincre que ceux qui sont déjà convaincus.

    Image: Site officiel

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  • La guerre sociale par André Léo

    Titre: La guerre socialecrbst_guerresociale.jpg
    Auteurs: André Léo
    Éditeur: passager clandestin
    Pages: 75
    J'ai récemment terminé de lire ce petit livre. C'est un discours prononcé par André Léo en 1871 au Congrès de la Paix à Lausanne. Cette femme, qui a pris les noms de ses fils dans son pseudonyme, y parle de la guerre sociale. Mais quelle est cette guerre? Selon André Léo c'est le processus par lequel les personnes au pouvoir tente d'empêcher le peuple de gagner sa liberté. Pour montrer ce processus elle prend l'exemple de la Commune de Paris. En effet, elle fut l'une des leaders de cette révolution. Elle s'occupait, avec d'autres, du problème de l'éducation. Mais comment les dirigeants ont-ils traité la Commune? Selon André Léo la fin de la révolution est passée par deux processus. Le premier c'est la calomnie. En effet, avant même la répression, les citoyens de Paris étaient accusés de pillage, d'incendie et de meurtres. André Loé répond par la négative à ses accusations. Le second processus c'est l'utilisation des armes et d'une pseudo justice. Les anciens communards furent exécutés par les militaires les uns après les autres à l'aide de mitraillette et les différents témoins parlent tous de rivières de sang. Les militaires, selon André Léo, ont volé tous les exécutés et pillé Paris alors que des milliers de prisonniers sont en attente de déportation ou de jugement voir de leur mort.

    Dans deux autres parties de ce livre on a une présentation de la vie D'André Léo par Michelle Perrot et un article plus récent mis en parallèle avec les thèses d'André Léo. Ce qui nous permet de nous rendre compte que la guerre sociale continue sous le visage du néo-libéralisme et des arguments sécuritaires. L'auteur de l'article appelle les citoyens à se souvenirs des véritables causes de leur insécurité plutôt que d'écouter les arguments de la répression pure et simple. J'ai apprécié lire ce petit livre pour plusieurs raisons. Tout d'abord parce qu'il permet de lire une femme d'exception. La présentation de Michelle Perrot en est la preuve. Mais aussi parce qu'il permet d'écouter une femme communarde. Il est encore rare de savoir que les femmes ont fait de la politique avant d'avoir le droit d’être élu et André Loé est l'une d'entre elles. Mais ce livre permet aussi de critiquer un discours sécuritaire de plus en plus dominant. Un discours qui oublie que la répression sans la prévention ne sert à rien et qui est utilisé pour mettre en place des lois et des processus dangereux pour la démocratie. C'est donc un texte qui permet de résister à un certains discours dominant.

    Image: Éditeur

  • The Whistleblower (la vérité a un prix)

    Attention je vous préviens ce film est un pur chef-d’œuvre! Nous suivons une officière de police, Kathy, qui décide de s'engager dans l'entreprise Democra pour une mission international de six mois en Bosnie. Cette mission est simple, sur le papier du moins, elle doit accompagner et aider de nouveaux agents de polices a faire la transition dans l'après-guerre et à maintenir la paix. Ce n'est pas un travail simple et elle se rend tout de suite compte que les méthodes des policiers internationaux ne sont pas forcément très utiles. Elle réussit tout de même à aider à l'arrestation d'un homme qui frappait sa femme. Suite à cette brillante réussite elle est mutée au bureau des affaires féminines (une traduction personnelle de gender affairs que je trouve plus proche du terme que parité). A la tête de cet office elle luttera difficilement contre le machisme de ses collègues qu'ils soient du pays ou non. Mais toute la difficulté de son travail se révélera quand elle tentera de mettre au point une enquête contre des agents internationaux impliqués dans le trafic d'être humains dans un but de prostitution. Les horreurs dont elle sera témoin la révolteront mais personne ne semble l'écouter. A savoir, ce film est issu de faits réels.

    Cette femme existe vraiment, elle a travaillé pour une entreprise en Bosnie qui ne se nommait pas Democra (probablement des raisons juridiques ont empêchés les réalisateurs d'utiliser le vrai nom). Elle fut licenciée mais les tribunaux anglais rejetèrent les raisons invoquées par l'entreprise. Cette femme est-ce que l'on nomme une lanceuse d'alerte ou whistleblower si vous préférez le terme anglophone. Ces individus décident d'alerter l'opinion publique sur des malversations lorsque toutes les instances de contrôles internes ou externes ont échoués. Ce sont donc des personnes à la position très précaire souvent virées et incapable de retrouver un emploi dans leur domaine malgré les minuscules protections juridiques existantes. Ce film est donc l'histoire de Kathryn Bolkovac.

    Ceux qui auront la bonne idée d'aller voir ce film se trouveront devant un matériel très riche et un film très bien réalisé. Concentrons-nous d'abord sur le film même. L'actrice principale, Rachel Weisz, est tout simplement magnifique dans le rôle de Kathryn qu'elle incarne à la quasi perfections (seuls une ou deux scènes sont critiquables). Je note aussi la présence de Benedict Cumberbatch remarquable dans son rôle dans la série anglaise Sherlock et qui, malgré son peu de temps de parole, incarne son personnage sans problèmes. Je note aussi l’interprétation tout aussi remarquable de Vanessa Redgrave dans le rôle de Madeleine Rees. Je ne dois pas non plus oublier les acteurs incarnant les policiers qui sont tout aussi crédibles. La réalisation est, à mon avis, maîtrisée. Nous avons une ambiance sombre, oppressante à certains moments, qui réussit à flirter avec la barbarie sans se complaire dans le spectacle de cette même barbarie.

    Mais ce qui fait l'intérêt de ce film ce n'est pas les acteurs mais le thème. Le message principal concerne, bien entendu, les victimes du trafic d'êtres humains. Nous avons ici toutes les étapes d'un drame. Les jeunes filles font confiance à un proche qui les trahit et les vend à des exploiteurs qui les font travailler pour rembourser de sois-disantes dettes. Ce film nous montre l'exploitation, sordide, mais aussi la peur ressentie par ces femmes. Elle sont à la merci de leurs ravisseurs qui ont tout contrôle sur elles. En effet, ces derniers volent leurs papiers quand elles en ont. Elles peuvent donc être expulsée sans états d'âmes et n'ont aucune protections juridiques puisque leur statut de sans-papiers en fait des criminels par défaut. De plus, le contexte de la Bosnie n'est pas favorable à ces femmes. Les policiers sont largement corrompus voir des clients de ces bars ou les "serveuses" travaillent. Ceux qui sont censés les protéger font partie des exploiteurs.

    A coté de ce thème du trafic se greffe un autre thème. En effet, Kathy quand elle veut aider ces femmes ne se heurtent pas seulement à des policiers. Elle se heurte au système entier. Celui-ci peut empêcher le travail de Kathy de plusieurs manières. Que ce soit en se tenant à la lettre de la loi comme le centre des réfugiés visible dans le film. En effet celui-ci expulse une victime parce qu'elle n'a pas de papiers l'empêchant donc de témoigner contre ses tortionnaires. Le second point c'est que cette femme a tenté de vaincre un crime qui a été accompli par des personnes qui font parties de l'institution chargée de réprimer ces agissements. Elle ne peut donc plus véritablement compter sur ses collègues ou sur sa hiérarchie. Nous pouvons voir à de nombreuses reprises ce fait que ce soit quand sa demande de réquisition est interceptée ou lorsque des policiers impliqués dans le crime interférent avec une de ses actions sur le terrain pour empêcher son exécution. Enfin, l'ONU elle-même n'a pas intérêt à ce que ce scandale éclate. En effet, une telle bombe réduirait à néant la crédibilité des troupes de maintien de la paix. Si ces dernières détruisent l'ordre plus qu'elles ne le créent pourquoi les accepter sur le terrain? Une telle perte mettrait durablement à mal l'ONU et ses capacités.

    Ce dernier point est en lien avec le problème des armées privées. Nous avons eu, récemment, un débat médiatique sur ces armées privées en Suisse. Nous savons qu'un grand nombre de ces entreprises agissent en Irak et ont agi après Katrina aux USA. La question que pose l'existence des armées et forces de polices privées est fondamentales. Elle concerne le monopole de la force publique donnée à l'état. Ces armées et forces de polices privées mettent à mal ce monopole en possédant le pouvoir, concédé par l'état, d'agir en tant que forces de l'ordre. Hors, on peut se demander si une entreprise qui cherche le profit est vraiment adaptée pour une mission de service publique potentiellement à l'aide d'armes. Est-ce que l'on peut vraiment laisser ces privés s'occuper de notre sécurité et de l'ordre public? Ce film y répond clairement. En effet, Democra n'a pas intérêt à ce que ses méthodes et employés soient remis en cause. Si cela était le cas les pertes seraient énormes alors que rester sur le terrain implique des profits tout aussi énormes. De plus, les forces de Democra ne sont pas des forces entraînées et formées comme le sont les forces de polices. Comme le dit Kathy "je pensais rejoindre une force de policiers d'élites" au contraire elle rejoint une force dans laquelle il suffit d'avoir le bac et la majorité pour entrer. Ce sont donc des policiers sans aucune formations ni aucune idée de la manière de travailler en tant que policier ce qui ne peut que mener à des problèmes.

    J'ai tenté, ici, de montrer la richesse de ce film. A mon avis, c'est l'un des meilleurs que j'aie vu actuellement et je suis convaincu qu'il mérite un succès au cinéma devant le public et devant les différents jurys chargé d'offrir les oscars ou les palmes d'or. Non seulement il est bien joué et bien réalisé mais le message qu'il offre est fondamental. Les questions posées devraient être débattues largement dans le cadre de la société civile et non pas occultée. C'est pourquoi j'affirme encore une fois que ce film est un chef-d’œuvre.

    Image: Site Officiel

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  • The Lady: un destin hors du commun

    Il m'a fallu quelques jours de réflexion avant d'écrire cette présentation du nouveau film de Luc Besson. Il faut dire que lorsque j'ai entendu que Besson était impliqué dans un film dépeignant la Birmanie et la lutte de Aung San Suu Kyi je me suis méfié. Mais bon, comme on ne peut pas critiquer sans avoir vu j'ai décidé de prendre un billet. The Lady nous montre Michael Aris et Aung San Suu Kyi avant même le début du combat pour la démocratie en Birmanie. Un jour, Aung San Suu Kyi reçoit un appel de sa famille. Sa mère est malade et elle doit aller la voir dans son pays d'enfance. Lors de son retour elle fait l'expérience de la brutalité du régime militaire en train de réprimer les étudiants qui manifestent. Il ne faudra pas longtemps pour que les opposants apprennent que Aung San Suu Kyi se trouve dans le pays et, rapidement, ces derniers lui demandent d'être le leader de l'opposition démocratique. Soutenue par sa famille et, surtout son mari, elle se battra durant des décennies alors que le régime fera tout pour la briser.

    Il y a au moins une chose de certaine sur ce film: ce n'est pas un documentaire historique. Au contraire, Besson a décidé de se concentrer sur la vie privée plutôt que su le contexte et la vie publique. Ainsi, nous suivons le couple dans ses doutes et ses douleurs. De ce coté l'acteur jouant Michael Aris réussit particulièrement bien à tenir son rôle tout comme l'actrice incarnant Aung San Suu Kyi. Ce qui nous permet de ressentir plus fortement les injustices que lors d'un documentaire peut être plus sec. Malheureusement, l'oubli total du contexte nous empêche de comprendre cette femme et les événements dépeint lors de ces deux heures. Par exemple, le début du film commence par une révolte étudiante et la finit avec la révolte orange. Mais nul part on nous explique les causes et le déroulement de ces révoltes. C'est comme si, d'un seul coup, les gens commençaient à se retrouver dans la rue et à se dire que se serait chouette de marcher ensemble vers l'autre bout de la rue. Dans la même critique on peut dire que le fonctionnement du régime birman est tout simplement escamoté au bénéfice d'un grand méchant pas beau sous la forme du général Than Shwe qui est non seulement cruel mais totalement incapable de raisonner logiquement selon la peinture de Besson (mais alors comment réussit-il à gouverner?).

    Les événements extérieurs sont aussi totalement escamotés. Ainsi, on apprend avec surprise que Michael Aris et Aung San Suu Kyi ont le soutien de plusieurs gouvernements et du Dalai Lama à la fin du film alors que l'obtention du prix Nobel de la paix semble se faire à l'aide d'une simple conversation entre amis. Autrement dit, nous nous trouvons en face d'un film simpliste qui oublie délibérément les complications d'une vie pour créer un mythe, une création particulièrement visible Aung San Suu Kyi se voit être mise à la tête de l'opposition sans qu'un seul mot ne soit donné pour un autre choix. Cependant, cela ne veut pas dire que ce film soit raté ou qu'il mente. D'un point de vue émotionnel il est très réussi mais il ne nous permet pas de comprendre la lutte de cette femme d'exception ni ses thèses et je trouve cela dommage.

    Image: Allociné

     

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