16/12/2012

Le scandale des "tournantes". Dérives médiatiques, contre-enquête sociologique par Laurent Mucchielli

Titre : Le scandale des "tournantes". Dérives médiatiques, contre-enquête sociologique9782707145420.gif
Auteur : Laurent Mucchielli
Éditeur : La Découverte 2005
Pages : 124

Ceci est le second livre de combat de la part de cet auteur que je lis. Pourquoi je parle de livre de combat? Parce qu'ils ont comme but de critiquer et de mettre à mal un certain nombre de discours médiatiques et politiques à l'aide de la sociologie et, plus précisément, la sociologie du pénal. Le premier parlait des banlieues suite à des émeutes celui-ci parle d'un scandale qui pris une force considérable dans les médias en 2001: les tournantes.

Laurent Mucchielli construit son livre en quatre temps. Le premier est l'occasion de revenir sur les événements en analysant leur force médiatique et l'origine. L'un des premiers constat est que le scandale s'accroche à l'époque de 2001 tout en se basant sur un livre biographique qui parle d’événements des années 1980. Le second constat montre que les médias ont parlé de manière forte des viols en réunions alors que ce sujet était, auparavant, peu développé dans les pages faits-divers. En une période courte de temps les journalistes et les politiciens mettent en place un discours massif sur les viols dans les banlieues considérés comme un avatar de la jeunesse masculine maghrébine violente en France.

Les deux autres chapitres sont considérés comme des contre-enquêtes. Laurent Mucchielli y développe une enquête historique et sociologique sur les viols en groupes. Cette enquête lui permet de démontrer plusieurs faits. Tout d'abord, ce type de crimes n'est pas nouveau. Lors des années 60 il y avait déjà eu un scandale médiatique mais concernant, cette fois, des français blancs et chrétiens en bande. Ensuite, les viols en groupes ne semblent pas avoir augmenté et même semblent avoir baissé depuis les années 60. Ce qui mène l'auteur à tenter de comprendre le viol en réunion non dans une perspective culturaliste mais socio-économique qui permettrait de relier le scandale des années 60 à celui de 2001. Laurent Mucchielli démontre que les caractéristiques socio-économiques des violeurs sont très proches et donc considère que l'origine n'est pas explicative.

Le dernier chapitre permet à l'auteur d'expliquer la raison du succès d'un discours contre les jeunes maghrébins des banlieues. Il montre un lien entre une nouvelle forme de racisme et un rejet de plus en plus fort des enfants des immigrants. Dans un contexte ou les banlieues sont de plus en plus abandonnées ces enfants tentent de trouver une définition de soi positive. A coté d'une pénalisation de ces actes particulièrement graves l'auteur propose donc la mise en place de politiques publiques sociales.

J'ai apprécié lire ce très court livre par un auteur que j'aime consulter et suivre. Cependant, les arguments de l'auteur souffrent d'un développement très résumé. Une grande partie de ce que dit Laurent Mucchielli est un résumé de recherches antérieures de sa part ou de la part d'autres auteurs. Ce point s'explique par le but du livre. Ce n'est pas une recherche en sociologie mais un une enquête sur un scandale qui utilise un état de la recherche à l'époque dans ses arguments. Le livre est donc utile pour mettre en doute un certain discours mais peut frustrer certaines personnes qui souhaitaient en savoir plus.

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12:20 Écrit par Hassan dans contemporain, sociologie | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : banlieue, viol, maghrébin, france, islam | | | |  Facebook

15/12/2012

L'invention du naturel. Les sciences et la fabrication du féminin et du masculin sous la direction de Delphine Gardey et Ilana Löwy

Titre : L'invention du naturel. Les sciences et la fabrication du féminin et du masculin41QSYEXJM4L._SL500_AA300_.jpg
Directrices : Delphine Gardey et Ilana Löwy
Éditeur : Editions des archives contemporaines 2000
Pages : 227

Quand on lit les journaux ou quand on écoute les émissions de TV on entendu souvent parler du naturel. La nature n'a pas prévu ceci ou cela et des études le montrent. La question du caractère construit de ces études est rarement posé. Et la caractéristique genrée est quasiment invisible. Le but de ce petit livre, fruit de deux journées d'études au Centre de Recherche en Histoire des Sciences et des Techniques, est d'examiner le caractère, si il existe, genré des sciences que celles-ci soient des sociales ou "dures".

Le livre et les contributions sont divisées en trois parties. La première concerne les possibilités de recherches offertes par la perspective du genre en histoire des sciences. Ces perspectives sont résumées par quatre contributions. Celles-ci permettent de poser des questions sur le caractère naturel du corps et de la recherche. Cette dernière est-elle véritablement un moyen de comprendre et d'illustrer la nature ou est-ce une construction de la nature? Le corps est-il naturel ou plus ou moins construit selon les contextes scientifiques et culturels? Comment les différentes sciences ont-elles été construite en dehors d'un investissement des femmes à l'intérieur de celles-ci? Ces questions permettent de mettre en question la construction des recherches et l'idée que celles-ci réussissent à décrire la réalité. La science est une construction qui dépend d'un contexte aussi bien scientifique qui linguistique et politique.

La seconde partie concerne plus spécifiquement les sciences humaines et sociales. Elle est aussi formée de quatre contributions. Ces dernières permettent de mettre en question la naturalisation des catégories sexuées dans différentes sciences sociales. Nicole-Claude Mathieu, par exemple, développe une étude de l'ethnologie et de l'oubli de la construction des genres dans les autres sociétés pour mieux expliquer un éternel féminin universel. Les deux dernières contributions, Anne-Marie Devreux et Ilana Löwy, étudient le célèbre livre de Bourdieu, La domination masculine, et ses effets. Elles considèrent que Bourdieu recrée une invisibilisation du rapport social de domination entre les sexes pour créer des femmes éternellement dépourvues en capitaux. Les femmes, chez Bourdieu, ne servent qu'à légitimer et augmenter les capitaux symboliques des hommes. Mais quid de la domination physique?

La dernière partie examine la biologie. En effet, la biologie est probablement la science qui tente le plus de trouver la nature dans l'humanité. Les trois contributions classées sous cette partie examinent donc comment le sexe et la sexualité ont été construite dans l'histoire de la biologie. La première contribution est malheureusement trop courte et ne fait qu'effleurer la construction de l'homosexualité et de sa naturalité. La seconde et la dernière sont plus développées. Elles permettent de mettre en question la manière dont la science du biologique construit le naturel et réintroduisant une histoire. On y apprend que la question des sexes dans l'hérédité n'est pas simple qu'on ne le croit. Cynthia Kraus, dans la dernière contribution, nous démontre que la construction en deux catégories des sexes humains n'est pas si naturelle que cela. En effet, la biologie montre qu'il est plus compliqué qu'on ne le croit de diviser les humains dans ces deux catégories. Les différentes manières de créer cette division ne sont pas forcément pertinentes et ne se regroupent pas toujours. L'humanité serait donc plus compliquée que cela.

Je le dis tout de suite, ce livre n'est pas le plus passionnant à lire. Certaines contributions sont particulièrement ardue et il m'est arrivé de m'assoupir de temps en temps. Cependant, je ne veux pas dire que les propos développés ne sont pas intéressants. Au contraire, les questions soulevées m'ont permis de me poser de nouvelles questions et de mettre en doutes certaines conceptions que je tirais de mes années d'école. La lecture de ces contributions m'a aussi permis de commencer une réflexion sur le caractère socialement construit du corps. C'est un point qui sera probablement largement combattu car il est difficile d'imaginer que le corps puisse être construit. pourtant, notre rapport à notre corps et à la manière de vivre à l'intérieur de celui-ci change selon e contexte historique et culturel. Cela peut-il aller plus loin?

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11/08/2012

Psychologie des foules par Gustave le Bon

Titre : Psychologie des foules41mB4haWvfL._AA278_PIkin4,BottomRight,-46,22_AA300_SH20_OU08_.jpg
Auteurs : Gustave le Bon
Éditeur : Félix Alcan 1895
Pages : 156

Gustave le Bon est un sociologue français du XIXe siècle que je connais surtout pas ce livre (que je n'avais pourtant jamais lu). Celui-ci est l'un des premiers, après Taine, à tenter de comprendre le fonctionnement du comportement en foule et sa psychologie. Quels sont donc les analyses de le Bon ? Ce dernier considère que les foules sont, par nature, irrationnelles. Mais ce caractère n'implique pas une amoralité. Les foules peuvent agir de manière héroïque comme de manière criminelle ou accomplir des actes que l'on qualifierait d'horribles sans pour autant perdre en sa croyance en la justesse de cet acte. La foule ne serait donc pas caractérisée par la pensée mais par l'action immédiate. Pourtant, selon le Bon, il peut être possible de la diriger. En effet, les individus en foule chercheraient naturellement un leader capable de leur parler et d'exercer sa force sur elle. S'ensuit dans les différents moyens de contrôle que ces leaders utilisent. Ils sont au nombre de trois : l'affirmation, l'exemple et la contagion. Ce dernier concept est intéressant puisque le Bon suppose que les foules, par un processus inexpliqué, créent un comportement commun par la contagion entre les différents individus qui la compose. Gustave le Bon a donc une vision pessimiste des foules qui n'auraient aucune capacité de réflexions ni de contraintes morales. En gros, les foules sont les barbares déchaînés.

Pourquoi lire ce livre dont les thèses sont totalement dépassées ? En effet, la sociologie des mouvements sociaux a dépassé le stade des thèses de le Bon depuis longtemps. Pourtant, je pense qu'il est utile est intéressant de s'intéresser à ce classique de la sociologie. Tout d'abord parce qu'il permet de comprendre une époque. En effet, le Bon possède un certain nombre de traits que la société intellectuelle de l'époque possédait. Outre le racisme et la misogynie de l'auteur on découvre une peur intense du peuple. Les phrases qui condamnent la démocratie ne sont dépassées que par celles qui montrent une peur presque panique de la révolution et de la contestation marxiste. Gustave le Bon est contre le marxisme. Il est très facile de s'en rendre compte dans ses phrases. Il considère que le marxisme détruit la civilisation en amenant au pouvoir les foules, le peuple, irrationnel et incapable sans la main de fer d'un tyran. En outre, on peut aussi y découvrir une vision naturaliste de l'autorité. Celle-ci serait nécessaire et la démocratie ne peut qu'être un danger puisque l'autorité y serait diluée. C'est donc un livre qu'il faut situer dans le contexte turbulent de l'époque qui connut les révolutions et la naissance de la démocratie contemporaine. Une seconde raison de lire ce livre c'est que, même si ses thèses sont dépassées, il est encore utilisé par un certain nombre de commentateurs politiques ou journalistiques. Cette lecture permet donc de comprendre ces commentaires mais la critique ne peut se faire qu'en lisant des travaux de sociologie des mouvements sociaux plus récents qui rendent aux fouleurs leurs capacités de réflexions tout en ne déniant pas l'importance des émotions.

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Livre disponible gratuitement au format numérique sur amazon.

18:31 Écrit par Hassan dans contemporain, sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mouvements sociaux, sociologie | | | |  Facebook

07/08/2012

Race, nation, classe. Les identités ambiguës par Etienne Balibar et Immanuel Wallerstein

Titre : Race, nation, classe. Les identités ambiguës9782707152084.gif
Auteurs : Etienne Balibar et Immanuel Wallerstein
Éditeur : La découverte 1997 (1988)
Pages : 307

Alors que je tente de me lancer dans ce billet une question me taraude : comment parler de ce livre ? En effet, celui-ci n'est pas vraiment un livre mais un dialogue. Un dialogue entre deux intellectuels, un philosophe et un historien, sur trois thèmes : le racisme, la nation et la classe. Ce livre est donc constitué d'une sélection de différents textes qui entrent plus ou moins bien dans une thématique commune. Ces textes se répondent mais montrent aussi quelques différences entre les deux auteurs. Et c'est la que vient mon problème ! Je n'ai vraiment pas l'impression d'avoir compris les différences de doctrines entre ces deux intellectuels marxistes.

Cependant, je pense tout de même être capable d'expliquer, de manière très sommaire, de quoi il est question dans ce livre. Si j'ai bien compris la principale thèse du livre celle-ci concerne le rapport entre le capitalisme et le racisme ainsi que le sexisme. Il semblerait, en espérant que je ne trahisse pas les propos des deux auteurs, que le livre défend une position que l'on pourrait qualifier de radicale. En effet, plutôt que de considérer le racisme et le sexisme comme des manifestations irrationnelles des êtres humains bloqués dans une prétendue vision passéiste de l'humanité (prétendue car ce mot peut être utilisé pour disqualifier sans vouloir comprendre un phénomène peut être plus contemporain qu'on ne le croit) les auteurs essaient de montrer que le racisme et le sexisme sont structurels. Cette explication implique que l'on ne peut pas supprimer le racisme et le sexisme dans le cadre du système capitaliste. En effet, le capitalisme, dans sa structure même, implique la mise en place d'une différenciation entre les différents humains. Celle-ci permettrait d'utiliser des êtres humains et de protéger d'autres êtres humains pour garder vivace le capitalisme. C'est, du moins, ce que je pense avoir compris des propos des auteurs et il est tout a fait possible que je me trompe dans mon interprétation.

Si j'ai bien compris la thèse générale de ce livre, en laissant de coté les différences subtiles entre Balibar et Wallerstein, je pense qu'elle permet de comprendre comment fonctionne le système politique et économique dans lequel nous sommes insérés. Mais il faut dire que cette thèse n'était pas très éloignée de ce que, moi-même, je pense dans le cadre de mes réflexions sut le féminisme. Cependant, je ne peux pas terminer ce billet sans faire quelques remarques critiques. Les deux auteurs sont des marxistes. Et ce fait implique que la thèse des auteurs souffre des problèmes du marxisme. En effet, cette théorie, comme toutes les grandes théories fonctionnalistes, tente d'expliquer l'ensemble des phénomènes socio-éco-politiques. Pour ce faire elle met en place des explications qui ont tendances à être généralistes et mécanistes. Mais, bien que ces grandes théories sont utiles pour avoir une explication générale, elles souffrent de leur ambition d'explication totale. Ainsi, les propos des auteurs me semblent souvent trop mécaniste car ils semblent oublier les petits accrocs qui existent dans le fonctionnement de la société. De plus, j'ai eu l'impression désagréable, inhérente au fonctionnalisme, que tout sert à quelqu'un. Or, je considère que ce type d'explication est trop simpliste. En effet, je ne crois pas que tout serve quelqu'un en particulier. C'est une vision que je trouve presque complotiste. Mis à part ces remarques, je trouve ce livre très stimulant. Bien qu'il soit compliqué il permet de penser le racisme et le sexisme dans le cadre d'un système socio-éco-politique plutôt que de le penser simplement comme irrationnel.

Image : Site de l'éditeur

01/05/2012

Cachez ce travail que je ne saurais voir sous la direction de Marylène Lieber, Janine Dahinden et Ellen Hertz

Titre: Cachez ce travail que je ne saurais voir29401100653360L.gif
Directrices: Marylène Lieber, Janine Dahinden et Ellen Hertz
Éditeur : Antipodes 2010
Pages: 228

Puisque je suis dans les colloques et que le genre est encore un concept scientifique légitime quel que soit l'avis de certains je vais vous parler, aujourd'hui, d'un ouvrage publié suite à une rencontre à Neuchâtel sur la prostitution. Cette rencontre s'est déroulée en 2008 suite à deux travaux de mémoires portant sur une étude de la prostitution en Suisse. L'ouvrage regroupe neuf contributions qui touchent plusieurs domaines lié au travail du sexe.

Mais quelle est la contribution principale de l'ouvrage? Outre l'utilisation de la méthode ethnographique par les auteurs, ce qui permet d'entrer durablement dans la compagnie des acteurs que l'on souhaite étudier, il offre une nouvelle définition du travail. En effet, les auteurs et les directrices sont unanimes à dénoncer les manquements de la littérature scientifique sur la prostitution. Soit les travaux portent sur la déviance de la prostitution et les liens avec la criminalité organisée les femmes y étant de simples victimes sans visages soit ces mêmes travaux portent des jugements moraux rapides en déniant, par exemple, toutes capacités de réflexions et de compétences aux prostitué-e-s. L'ennui principal est que les politiciens et journalistes reprennent ces points. Ainsi, les femmes - car les hommes existent mais sont invisibles pour les médias - prostituées sont des victimes de crimes esclavagistes sans aucunes capacités de travail ni de compétences qu'il faut aider. C'est mettre de coté le caractère de travail qu'implique la prostitution ainsi que les capacités d'actions des femmes concernées sans oublier l'existence des hommes prostitués. Les différentes enquêtes ethnographiques de ce recueil permettent donc d'entrer dans les compétences des métiers du sexe. Les auteurs montrent que la prostitution n'est pas une simple passivité de la femme qui attend l'homme. Au contraire, se prostituer implique de connaître la législation, les bons coins mais aussi des compétences sexuelles physiques difficiles à apprendre. Outre ces compétences sexuelles la prostitution peut aussi impliquer des compétences de relationnel. Ainsi, l'enquête d'Alice Sala montre avec précision que le travail de prostitution implique la mise en place de relations téléphoniques importantes à travers lesquels l'enquêtée doit réussir à reconnaître les clients prêts à venir mais aussi entretenir le lien avec des clients habituels.

En conclusion, ce livre passionnant sur la prostitution m'a offert un regard neuf et différent sur ce travail. Loin du simplisme que j'appliquais auparavant par manques d'informations ce livre m'a permis de mettre en question un grand nombre de discours médiatiques et politiques. Le travail sexuel est un champ d'étude vaste souvent trop simplifié et moralisé. Il serait nécessaire de l'étudier d'une manière plus neutre pour montrer comment on fait ces métiers et quels sont les compétences impliquées. Plutôt que de victimiser simplement les prostituées il serait plus fécond d'observer comment on entre dans ces métiers. À plusieurs reprises j'ai eu l'impression que les auteurs considéraient que la capacité de contrôler son environnement de travail ainsi que les horaires pouvait être explicatif. Bien que je n'aie jamais été un abolitionniste je suis maintenant convaincu que la simple pénalisation de la prostitution ne peut que mettre en danger ces femmes et hommes. Il serait sûrement plus utile d'organiser une légitimation de ce type de travail en donnant accès aux assurances sociales. Bien entendu, je ne parle pas ici que du cas de la Suisse.

Image: Éditeur

22/01/2012

le Panoptique par Jeremy Bentham: Une vision d'horreur

Titre: le Panoptique9782842056872-G.jpg
Auteurs: Jeremy Bentham
Éditeur: Belfond 1977
Pages: 221

Je souhaitais lire cet ouvrage depuis longtemps. En effet, je suis tombé sur le concept de panoptique a plusieurs reprise mais je n'ai jamais lu le livre qui a décrit en premier ce qui était un modèle d'architecture et qui est devenu un modèle de société. C'est donc avec un grand intérêt que je me suis attelé à cette lecture. Mais tout d'abord il serait bon de décrire, exactement, ce qu'est cet ouvrage. Le Panoptique a été écrit par Jeremy Bentham en 1786. Il est composé de trois parties. La première est une série de lettres fictives écrites depuis la Russie. La seconde et la troisième sont des postfaces qui réexaminent ou qui précisent certains points. La première version française a été commandé par l'Assemblée Nationale en 1791. Elle est plus un résumé qu'une traduction de l'ouvrage original. Le livre que j'ai consulté contient cette version française suivie de la première partie du Panoptique traduite pour la première fois. On peut les lire en parallèle puisque les textes ne sont pas semblables. Ce livre est aussi précédé d'un entretien particulièrement intéressant avec Michel Foucault qui nous permet de mieux comprendre le texte de Bentham et ses conséquences sociales. Il est aussi suivi d'une postface de Michelle Perrot qui nous offre une remise en perspective historique de la vie de Bentham ainsi que de la vie de l'idée de panoptique.

Jeremy Bentham voulait, en premier lieu, offrir un mode architectural permettant de construire une prison parfaite. Pour éviter les problèmes des prisons classiques (immoralité, maladies, oisivetés, écoles du crime) Bentham proposait plusieurs mesures. Celles-ci découlent toutes de son principe architectural. En effet, l'idée de Bentham est de construire une prison circulaire avec des cellules transparentes. Un second cercle intérieur trouverait, en son centre, une tour dans laquelle logerait l'administrateur de la prison. Celui-ci, depuis ses appartements, serait capable de surveiller tous les détenus. Une telle capacité de surveillance due à la transparence des actes ne pouvait, selon Bentham et j'incline à être d'accord, qu'empêcher l'idée même d'accomplir des délits à l'intérieur de la prison. Mais l'architecture ne suffit pas et Bentham a d'autres idées sur les prisons. Par exemple, il considère que les prisonniers ne doivent manger que très frugalement des aliments peu ragoûtant pour éviter d'être mieux traités que les plus pauvres. Il pense, surtout et c'est cohérent avec son libéralisme, que les prisons doivent être administrée par des privés qui auraient le droit d'utiliser la force de travail des prisonniers - d'ailleurs le travail est un moyen de redressement moral pour Bentham et d'autres - pour faire du profit. Son idée est que les privés, ayant un intérêt dans l'administration, seront plus compétent que le pouvoir public.

Mais que penser exactement de ce programme? Personnellement il m'effraie. Il suffit d'imaginer les conséquences d'un tel modèle que, d'ailleurs, Bentham voulait généraliser à d'autres institutions que la prison. En effet, le caractère principal du panoptique est de créer un ordre basé sur la transparence des individus face au pouvoir. Cette transparence implique, selon les propres mots de Bentham, que les individus n'oseraient même pas penser à commettre des actes illégaux et/ou immoraux. Autrement dit, l'intégration d'une surveillance constante et d'une vie éternellement soumise à la vision supérieure de l'autorité mènerait l'humanité à ne plus pouvoir mettre en cause l'ordre établi. Nous sommes donc dans un monde tyrannique dans lequel personne n'oserait remettre en cause les inégalités ou les illogismes de la loi. Nous serions devant l'une des plus puissantes tyrannies: celle de la transparence totale de l'individu que nous pouvons lire dans ce magnifique livre qu'est 1984 écrit par Orwell.

Mais vous pourriez me demander la raison pour laquelle on fait tant de cas de ce livre? Il se trouve que le concept de panoptique est particulièrement bien adapté pour comprendre une partie du fonctionnement de notre société. En effet, nous nous trouvons dans une société qui met de plus en plus en exergue la nécessité de surveillance. Celle-ci est justifiée par le besoin de sécurité des citoyens. Depuis quelques années, mais le processus est plus profond historiquement parlant, des lois et des technologies ont été développées pour sécuriser les citoyens. Mais celles-ci impliquent une transparence de plus en plus importantes des individus face à l'autorité. Dans le même temps, nous avons connu un développement tout aussi important sur Internet. En effet, quand on écoute les discours des possesseurs de Facebook, Google ou d'autres grandes entreprises on se rend compte que ces personnes ne croient pas en la vie privée. Pour eux, l'individu qui décide d'entrer sur Internet doit être identifiable, identifié et suivi. Nous ne nous trouvons pas dans une prison. Mais il est indéniable que le concept de panoptique permet de mieux comprendre et de décrire la société dans laquelle nous nous enfonçons. Une société dans laquelle il devient de plus en plus difficile d'avoir droit à une vie privée face à l'état et aux entreprises. Mais il faut nous souvenir de ce que Bentham disait: la transparence des individus implique l'incapacité de mettre en cause les lois ou d'agir contre elles. La question que je pose est donc la suivante: la démocratie peut-elle survivre quand ses citoyens ne peuvent plus contester l'ordre établi?

Image: Édition Mille et une nuit de 2002

30/08/2011

La terreur et le désarroi Staline et son système par Nicolas Werth

Titre: La terreur et le désarroi Staline et son système9782262024628.gif
Auteur: Nicolas Werth
Éditeur: Perrin 2007
Pages: 614

Nicolas Werth est l'un des contributeurs du très célèbre, et controversé, Livre Noir du Communisme. Un livre que je n'ai toujours pas lu mais que je devrais parcourir un de ces jours. Il semble, après la lecture de ce livre, que Nicolas Werth est l'un des experts concernant les violences politiques et sociales en URSS. En tout cas, les articles qui forment ce recueil concernent toutes les formes de violences qu'elles soient de la part de l'état soviétique ou des paysans. Et justement, c'est un sujet que je ne connais pratiquement pas. Comme tout le monde j'ai eu, à l'école, des cours sur la famine ukrainienne et la Grande Terreur stalinienne qui toucha un certains nombre d'officiers et de membres du parti bolchevique. Mais ce livre m'a montré que ces deux points ne sont que de petites parties d'un système répressif et terroristes bien plus vaste.

Les articles qui sont réunis dans ce livre de 600 pages m'ont permis de bien mieux connaître le système terroriste de l'état stalinien. Mais j'y ai aussi beaucoup appris sur la violence des résistants qu'ils soient des paysans considérés comme des koulaks ou des propagateurs de rumeurs. Nous y lisons que la violence politique et sociale en URSS dépasse largement la Grande Terreur et la famine ukrainienne. En effet, ce qu'on découvre dans ce livre c'est un état qui fonctionne sur la criminalisation intensive de la population et sur la peur d'une nouvelle révolution. C'est dans ce contexte que l'on peut mieux imaginer des déportations massives que ce soit au goulag (un peu plus de deux millions de personnes ont connu le Goulag durant Staline) et dans des peuplements spéciaux. Les personnes incarcérées pouvaient aussi bien être des classes suspectes, des peuples punis pour avoir été contre-révolutionnaire que de simples voleurs qui ont été poussé au crime par la faim. Ce que l'on découvre c'est donc un vaste système répressif couvert par plusieurs affaires successives chacune ciblant une certaine part de la population. Mais Nicolas Werth nous montre aussi que les premières années de la révolution russe ont connu une formidable résistance de la part de paysans armés qui ont, parfois, tenu des pays entiers face aux rouges comme aux blancs. C'est, en bref, le portrait d'une société brutalisée que nous fait Nicolas Werth.

Bien que le thème traité par Nicolas Werth dans ses articles soit très intéressant j'ai trouvé le livre assez peu passionnant. Mis à part le coté histoire politique qui est contrebalancé par un coté histoire sociale qui permet de mettre en lien les événements avec les acteurs et la manière dont ils réagissent c'est surtout le coté très redondant du livre qui m'a dérangé. En effet, ce livre est un recueil de différents articles écrit par Nicolas Werth. L'auteur les a classé d'une manière logique et un fil rouge est très clair quand on fait une lecture attentive. Cependant, Nicolas Werth reprend, souvent, les mêmes informations dans plusieurs de ces articles. Bien que cela permette de les garder en tête je me suis pris à être un peu lassé de ces retours en arrières sur des informations déjà fournies. Cependant, ce livre donne un portait important et très clair des violences politiques et sociales sous Staline et pour cela je pense qu'il est indispensable quand o souhaite comprendre cette époque de la Russie dites communiste.

Image: Éditeur

15/08/2011

Une histoire politique du pantalon par Christine Bard

Titre: Une histoire politique du pantalon9782021004076.jpg
Auteure: Christine Bard
Éditeur: seuil 2010
Pages: 392

J'avais lu, et beaucoup apprécié, l'histoire de la jupe écrite par Christine Bard. Mais ce petit livre n'était qu'un extrait, ou plutôt une extension, de cette histoire du pantalon. Une histoire politique comme le définit l'auteure. Politique car elle charge la lutte pour le port du pantalon ou son interdiction dans une perspective de lutte de pouvoir face à la domination structurelle et naturalisée des hommes. Pour cela elle nous peint une gigantesque histoire qui prend place depuis la Révolution française jusqu'à aujourd'hui. Face au nombre des années que cela implique il est nécessaire de diviser rigoureusement les périodes. Mais quels sont les conclusions de Christine Bard?

Ce qui m'a, personnellement, frappé dans ce travail c'est que la lutte pour le pantalon semble être très fortement lié aux luttes en faveurs femmes. Le pantalon n'était pas seulement pensé comme un habit agréable à porter, bien que ce point explique sa force dans le cadre du sport féminin, mais comme un avatar d'un pouvoir politique. Porter le pantalon n'était pas seulement choisir un bout de tissus face à un autre mais remettre en cause un ordre sexué et les différences de sexes. D’où une certaine peur de l'indifférenciation sexuelle et la rupture de l'ordre "naturel" qui a été pensé par des hommes qu'ils soient médecins, historiens ou hommes d'églises et j'en passe ainsi que des femmes de temps en temps. Ainsi, porter le pantalon, pour une femme,  est une manière de remettre en cause l'infériorité féminine. Cela va au point ou certaines femmes considèrent qu'être féminin est mauvais en sois et souhaiteraient devenir des hommes, se viriliser. Bien entendu ceci est un résumé très rapide de plusieurs centaines de pages. J'ai aussi trouvé très intéressant de noter que le pantalon permet de se défendre face à des agressions. Le vêtement est fermé au contraire de la jupe ou de la robe. Les accidents ou les viols sont donc plus simples. Mettre un pantalon permet de cacher sa féminité lors des époques ou les différences de genre sont très fortement réglées par les habits et d'éviter d'être "disponible" (dans cette perspective il pourrait être intéressant, pour un homme, d'essayer la jupe pour comprendre ce type de vulnérabilité peut être un peu voulue).

J'ai donc beaucoup apprécié ce livre qui a le mérite d'essayer de faire une histoire totale d'un vêtement très symbolique. L'auteure considère même que l'accès au pantalon pourrait être mis en parallèle avec la condition féminine. Non seulement le propos est des plus intéressants mais son développement permet quasiment de suivre au jour le jour les changements historiques concernant ce vêtement. Le livre se termine sur le constat que la jupe passe d'un statut obligatoire à être presque interdite dans certains cas ce qui permet à l'auteur de se lancer dans un début d'analyse. Un chapitre qui, en somme, annonce son livre sur jupe qui pourrait presque être considéré comme partie intégrante de son histoire du pantalon.

Image: Éditeur

28/07/2011

la globalisation de la surveillance: aux origines de l'ordre sécuritaire par Armand Mattelart

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Auteur: Armand Mattelart
Éditeur: La Découverte 2007
Pages: 259

Je suis souvent surpris du manque actuel de débat sur la surveillance croissante des citoyens. Je suis encore plus surpris que les seuls débats qui réussissent à prendre place ne sont pas sur le thème de la surveillance et des problèmes que cela pose à la démocratie mais sur le nombre de mesures sécuritaires qu'il faut prendre pour ne rien risquer. C'est ainsi que nous avons perdu notre droit à l'anonymat derrière facebook, google +, les scanners corporels, les caméras de surveillance et les passeports biométriques avec puces RFID. Tout ceci au nom de la sécurité et de la facilité. Tout ceci aussi sans aucun réel débats sur le processus de surveillance et de contrôle du citoyen de plus en plus poussé qui se déroule sous nos yeux.

C'est pour pouvoir m'informer et informer mon entourage que j'ai commencé à lire ce qu'a écrit Armand Mattelart. J'avais déjà fait quelque petits pas dans ce types de recherches mais je n'avais pas encore consulté un livre aussi complet. En effet, l'auteur y fait la généalogie de la société de surveillance actuelle. Il remonte au XIXe siècle durant lequel l'anthropométrie et les premières utilisations des données biométriques et des fichiers biométriques ont été théorisé et créé. Il continue avec une présentation des théories des foules alors que les élites bourgeoises de l'époque craignaient ces même foules. Ce qui permet à l'auteur de passer du contrôle des populations par la police et la justice au même contrôle par les dispositifs d'exceptions, autrement dit la fin de certains droits au nom d'un moment dangereux pour l'état, et la propagande. L'auteur nous offre aussi un panorama des pratiques de tortures en nous offrant des informations sur des écoles soutenues, si ce n'est crées, par les USA.

Mais, quand on s'intéresse aux derniers développement, c'est la dernière partie du livre d'Armand Mattelart qu'il nous faut parcourir. Lors de ces derniers chapitres l'auteur nous montre que la peur de l'étranger, du terrorisme et la consommation/publicité ont permis aux législateurs de créer des états d'exceptions via des lois du type Patriot Act. Ces lois ont pour effet de surveiller de plus en plus précisément le citoyen et ses activités au nom de la sécurité de l'état et des citoyens face à une menace externe et interne (on connait l'importance de définir des ennemis intérieurs mais aussi extérieurs). Mais les états ne sont pas les seuls qui surveillent les citoyens. Les compagnies capitalistes sont aussi dans ce cas au nom de la croissance. En effet, tracer ce que les personnes achètent ou utilisent permet de cibler les campagnes promotionnelles à moindre coûts. Au final, c'est un maillage de plus en plus étroit qui est appliqué sur les citoyens qui ne peuvent qu'être transparent face à l'état et aux compagnies. Ceci se fait au prix des droits démocratiques qui deviennent de plus en plus minces.

En tant que lecteur j'ai été très impressionné par ce livre. Je trouve qu'il a le grand mérite d'historiciser des pratiques actuelles. Ce qui nous permet de mieux comprendre la manière dont elles sont appliquées et pourquoi elles le sont d'une telle manière. Mais plus qu'une recherche exemplaire c'est un livre qui permet d'ouvrir le débat sur les pratiques de surveillance. En effet, je suis convaincu qu'il est nécessaire de se demander quel type de société on souhaite. Une société qui est basée sur la confiance et le droit à vivre différemment? Ou alors une société de plus en plus proche de 1984? Ce n'est pas qu'une question philosophique ou une question de gauche. C'est un débat sur lequel nous devrions tous réfléchir quel que soient nos opinions politiques. Car dans le cadre d'une démocratie le débat est plus qu'un droit c'est une nécessité. D'autant plus lorsque la démocratie elle-même peut être remise en question par les réponses données.

Image: éditeur

20/07/2011

Généalogie de l'Islamisme par Olivier Roy

Titre: Généalogie de l'Islamisme9782818500842-V.jpg
Auteur: Olivier Roy
Éditeur: Hachette Littératures 1995 (2001 pour la préface). Collection Pluriel
Pages: 118

L'islam est devenu une question importante pour la société Suisse et Européenne c'est un fait. Mais les remarques et réponses posées à cette religions sont souvent représentatives d'un manque total de compréhension. Ainsi, on met dans le même panier tous les musulmans ainsi que toutes leurs organisations et on les présentent comme étant culturellement opposé à la démocratie occidentale et aux droits de l'homme et de la femme. Une telle généralisation n'est pas seulement dangereuse elle est aussi fausse. C'est pourquoi, face à ces arguments culturalistes qui abondent dans les médias et les partis, il est nécessaire, pour mieux comprendre, de lire des petits livres comme celui d'Olivier Roy. L'auteur se propose de présenter rapidement ce qu'est l'islamisme, son idéologie et non la religion il y a une différence importante et souvent oubliée.

Pour faire cela j'ai eu l'impression que l'auteur s'est attaqué à deux principales questions. Premièrement, la question historique dans laquelle Olivier Roy tente de nous montrer l'histoire du radicalisme islamique. Dans ce gros chapitre il revient sur les trois divisions internes à la religion musulmane. Ce qui lui permet d'expliquer les différences fondamentales entre un Chiite et un Sunnite. Des différences souvent oubliée quand on lit la presse. Dans un second temps l'auteur nous présente les mouvements radicaux plus contemporains au travers, non seulement, de leurs organisations dont il trace la généalogie mais aussi des penseurs principaux.

C'est dans les deux dernier chapitres que Olivier Roy examine le prétendu danger de la religion islamique pour la démocratie. Les discours que nous pouvons tous lire considèrent que cette religion est par essence contre la modernité et la démocratie. Mais ce qu'Olivier Roy nous démontre c'est que les organisations radicales sont en train de se normaliser en entrant dans le jeu politique démocratique local. Même si nous refusions cette observation on ne doit pas oublier que les organisations islamiques ne sont pas lancées contre l'occident mais contre leurs propres dirigeants considérés comme impies ou comme volant la souveraineté qui ne peut appartenir qu'à Dieu. Il est tout aussi important d'observer que les islamistes sont des produits de la modernité et de la globalisation. Deux choses qui ont impliqués des changements à la fois importants et rapides dans le monde musulman et occidental. Les membres, jeunes, de ces réseaux dont, en particulier, Al Qu'aida, sont donc des personnes qui ont perdu leur identité historique. L'entrée dans le radicalisme permet de retrouver une identité.

Comme je l'ai déjà dit, les discours actuels sur la religion musulmane et sur le monde arabe ou musulman (ce n'est pas pareil) semblent montrer une importante incompréhension. Je ne peux donc que saluer un livre comme celui d'Olivier Roy qui permet d'avoir un résumé court de l'histoire du radicalisme islamiste et des mouvements ayant existé et existant actuellement. Le fait qu'il soit court ne peut que jouer en sa faveur puisque cela permet de se faire une idée rapide sans avoir à entrer dans un livre de 600 pages. je pense donc qu'il serait important que les journalistes, les politiciens et les citoyens en général lisent des livres de ce type avant de croire sur parole ce que l'on dit de l'islam. Et peut être comprendrions nous enfin qu'une personne différente n'est pas forcément une ennemi mortel.

Image: éditeur

04/07/2011

L'affaire du foulard islamique: la production d'un racisme respectable par Saïd Bouamama

Titre: L'affaire du foulard islamique: la production d'un racisme respectablebouamama150.jpg
Auteur: Saïd Bouamama
Éditeur: Geai Bleu 2004
Pages: 180

Nous avons tous eu, même si nous visons en Suisse, les échos de l'affaire du foulard en France. Le déferlement médiatique de 2003 a aussi touché notre pays qui, à son tour, a connu des débats sur le sujet. Mais Saïd Bouamama ne croit pas que les débats sur le foulard soient les bons débats sur le bon sujet. C'est probablement pourquoi, un an après les évènements, il a écrit ce livre dans lequel il tente de déconstruire les évènements et les débats de 2003 en France. L'auteur écrit son essai en quatre parties. La première contextualise le débat dans une France qui connaît une extension de l'électorat du front national. C'est aussi une France qui connaît une aggravation, niée, des discriminations et des différences sociales entre les plus riches et les plus pauvres liée à la déconstruction des acquis sociaux au nom du libéralisme. Mais c'est aussi un pays qui reprend à son compte l'idée du choc des civilisations de Huntington. Un auteur culturaliste qui a théorisé l'actuel guerre entre deux. soi-disant, civilisations monolithiques (dans le sens ou les différences sont niées au nom d'un seul facteur unificateur: la religion).

La seconde partie a le mérite de faire ce que personne, dans les médias, n'a fait: l'auteur examine les significations du voile. Il commence par démontrer que les trois religions monothéiste connaissent le voile pour, ensuite, s'interroger sur sa signification. Il démontre que ce objet est bien un moyen de symboliser une domination masculine sur les femmes. Mais il démontre aussi que le débat actuel simplifie les significations en faisant du voile un objet archaïque d'une religion archaïque par essence face à une culture chrétienne moderne par excellence. Il est donc nécessaire de "sauver" les jeunes femmes musulmanes du moyen âge tout en déniant leur capacité à comprendre, à raisonner et à se sauver elles-même. Enfin, l'auteur montre que le voile, dans le contexte de 2003, est avant tout un moyen pour celles qui le porte de se rendre visible dans le monde social. En portant le voile elles passent outre l'ostracisme des dominé(e)s et entrent en pleine lumière.

la troisième partie est très intéressant puisqu'elle permet à l'auteur de déconstruire les discours des acteurs en faveurs de l'interdiction du voile. Il constate que les discours sont empreints d'une nostalgie envers la troisième république qui impliquait un ordre symbolique des dominants et des dominés. Dans ce discours, les chrétiens avaient une mission civilisatrice et de sauveurs face à des sauvages archaïques incapable de se sauver eux-même. Comme des enfants on parlait d'eux, on agissait pour eux et jamais on ne les consultaient. Il est d'ailleurs révélateur que les différentes commissions et les médias n'aient jamais demandé l'avis des femmes qui portent le voile en France. Dans le même temps, la mise en place de ce "problème" permet aux politiques de diviser les citoyens français sur un sujet qui voile (ironiquement) des questions sociales plus importantes qui auraient pu donner lieu à des conflits sociaux importants. Pour terminer, l'auteur examine les effets de cette interdiction. Il observe que des femmes qui sont discriminées perdent l'accès à l'outil par excellence de l'ascension sociale: l'école. Ce qui le mène à penser que l'expulsion, plutôt que de sauver les femmes du communautarisme, ne peut que créer ce communautarisme et obliger ces femmes expulsées à se trouver dans le giron des intégristes. Si, toutefois, ceux-ci sont vraiment derrière la prise du voile.

Ce livre est intéressant pour comprendre le contexte français mais pouvons nous l'adapter pour le contexte suisse? Nous n'avons pas une interdiction du foulard dit islamique l'école pour les élèves. Mais j'ai l'impression que l'analyse du discours culturaliste dominant en France que Bouamama fait peut permettre de comprendre le discours dominant Suisse sur les immigrants, étrangers et musulmans. En effet, en Suisse nous avons eu, dernièrement, un nombre important de votations concernant la politique de sécurité. Ces votations avaient toutes le point commun de brosser un portrait du délinquant comme jeune, masculin et, surtout, étranger. Il me semble qu'il existe un discours largement culturaliste sur le sujet de la sécurité en Suisse qui existe dans tous le spectre politique actuel et qui justifie des décisions politiques. Il me semble donc important de déconstruire ce discours en montrent comment, sous l'aspect du sens commun, il cache une vision raciste des populations étrangères construites comme dangereuses pour la société suisse par essence.

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08/06/2011

Les féministes et le garçon arabe par Nacira Guénif-Souilamas et Eric Macé

Titre: Les féministes et le garçon arabe41XR5A441GL._SL500_AA300_.jpg
Auteurs: Nacira Guénif-Souilamas et Eric Macé
Éditeur: Éditions de l'Aube 2004
Pages: 106

Le féminisme est l'un des courants de recherche qui m'intéressent le plus. Ce n'est pas seulement parce qu'il analyse la manière dont est formée la société sur des inégalités entre les sexes biologiques ou en expliquant la formation des sexes sociaux mais aussi parce que le féminisme possède un courant politique historiquement fort. C'est pourquoi, assez souvent, j'emprunte des livres de théorie et de recherche féministes. Ce petit livre est écrit par deux auteurs qui souhaitent critique le féminisme consensuel actuel et, surtout, critiquer sa complicité avec une forme de racisme antiarabe en France.

En effet, alors que la France a accepté les luttes contre les inégalités sexuelles et les atteintes existes elle connaît encore, comme la Suisse, de nombreuses inégalités qui ne sont pas résolues. Alors pourquoi le féminisme est-il disqualifié? La première intervention essaie d'expliquer cette échec du féminisme. Il montre que celui-ci a accepté une forme de naturalisation de l'idée du féminin et du masculin alors que ce qui était le plus radicale dans ces théories était, justement, la remise en cause de ces différences. Selon l'auteur c'est justement cet perte du sens radical des luttes qui a créé une forme de piège pour le féminisme actuel qui est passé soit dans la lutte des sexes considérée comme violente et fondamentalement antihomme soit dans une mollesse que nous connaissons actuellement. Hors, c'est la création des catégories même qu'il faudrait questionner et déconstruire.

La seconde intervention concerne la manière dont la société française utilise son rapport avec les hommes arabes pour "oublier" ses propres inégalités en surmontrant celle d'une catégorie dominée de la population française. L'auteure y explique que les hommes et femmes des cités sont enfermés dans une identité sexuelle caricaturales. Ainsi, les garçons doivent être des hommes survirils et les filles des femmes soumises ou alors accepter le risque du viol. Cet enfermement permet à une catégorie élitaire de la France de se poser comme garante de la modernité, en aidant des femmes dites désaliénées des cités, face à une forme d'archaïsme pervers voir barbare des hommes arabes. C'est donc une condamnation de cette forme de racisme qui ne s'avoue pas que pratique l'auteure.

J'ai beaucoup aimé ce petit livre qui permet, rapidement, de déconstruire un discours relativement commun aujourd'hui. Celui-ci caricature les arabes et la civilisation musulmane en les considérant comme fondamentalement sexiste et homophobe alors que notre propre société, caricaturée comme moderne et civilisée, est loin d'être parfaite de ce coté là. Les auteurs nous montre que, historiquement, la civilisation arabe est même plus tolérante que la civilisation chrétienne et que les récentes attaques homophobes et sexistes sont une forme d'occidentalisation de la société arabe qui, il y a peu de temps, acceptait les rapports fraternels voir plus ambigus, entre homme. Il m'a aussi permis de trouver un renouvellement de mon intérêt pour les théories queer que j'étudierais un de ces jours.

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22/02/2011

Les usages sociaux de la science. Pour une sociologie clinique du champs scientifique par Pierre Bourdieu

Titre: Les usages sociaux de la science. Pour une sociologie clinique du champs scientifique27380100258880M.gif
Auteur: Pierre Bourdieu
Éditeur: INRA éditions 1997
Pages: 79

Après tous ces petits romans il devenait nécessaire que je redevienne un peu sérieux et que je lise un ouvrage plus adapté à mes études. J'ai donc choisis ce petit livre d'une conférence donnée par Pierre Bourdieu à l'INRA. Très petit livre puisqu'il ne fait que 79 pages en comptant la préface qui introduit le conférencier, la conférence et les questions et réponses qui prennent place, traditionnellement, à la fin de celle-ci. 79 pages peuvent même paraître très courts quand on annonce vouloir faire un peu sérieux. Mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit de Pierre Bourdieu. Un des sociologues français les plus connu du XXe siècle il est aussi l'un des auteurs les plus difficiles à lire puisqu'il utilise des termes très techniques dans des phrases encore plus absconses. Mais cet auteur reste très intéressant à lire et la lecture d'un ouvrage de cette taille ne devrait pas poser trop de problèmes de mal de tête. D'autant que l'auteur est bien plus compréhensibles dans ses conférences que dans ses œuvres plus massives.

Cette conférence a pris place à l'INRA, Institut national de la recherche agronomique, dans le cadre d'un programme nommé Science en Question qui a donné lieu à de nombreuses publications. Ce programme souhaite poser la question des usages de la science à l'INRA mais aussi dans la société et des interactions entre ces deux champs. Bourdieu a donc été invité a parler de la manière dont la société utilise la recherche sans, forcément, l'utiliser scientifiquement. Cette question l'a conduit à poser le problème de l'autonomie du champs scientifique (un champs, pour Bourdieu, est un univers relativement autonome par rapport aux autres champs prenant place dans le macrocosme social il possède ses propres règles et rémunérations symboliques ou non). Bourdieu considère que le champs scientifique, surtout dans le cadre des sciences humaines, n'est que peu autonome par rapport à la société. Il est donc nécessaire, si on souhaite posséder une recherche forte et inventive, de s'autonomiser pour que les acteurs prenant la paroles soient ceux qui aient le plus de capital selon le règles du champs scientifique. Cette autonomisation devrait se faire, selon Bourdieu, en se posant la question non pas des besoins de la société mais des besoins de la science. Les scientifiques devraient revendiquer leurs besoins et non tenter d'accepter ce que la société leur impose. De plus, Bourdieu considère qu'un champs scientifique autonome devrait être capable de répondre aux réels besoins sociaux en les identifiant, en les annonçant mais, surtout, en combattant les faux problèmes induit par l’interaction des champs politico-médiatiques.

Heureusement pour moi, et pour d'autres lecteurs, ce livre est court. Mais ça n'empêche pas Bourdieu de mettre en place de nombreux concepts qui ne seront pas forcément évident aux profanes (moi même ais-je réellement compris ces concepts?). Mais cette conférence pose, probablement, des questions que les scientifiques devraient s'approprier et débattre. L'une des principales questions que j'en ai sorti est de savoir quels sont les réelles attentes de la société face à la recherche? Est-ce que ce sont les questions des journalistes? Les demandes politiques? Ou alors les questions soulevées par des sondages plus ou moins (et plutôt moins d'ailleurs) sérieux? Ou alors ces questions sont-elles, parfois, peu ou pas exprimée pas incapacité de relayer l'information au niveau politique? Bref, c'est aussi un petit livre qui ne devrait pas être lu que par des scientifiques et qui pose des questions non seulement intelligentes mais aussi légitimes.

Image: INRA

28/01/2011

XY. De l'identité masculine par Elisabeth Badinter

Titre: XY. De l'identité masculine9782253097839-G.jpg
Auteur: Elisabeth Badinter
Éditeur: Odile Jacob 1992
Pages: 318

Qu'est ce qu'un homme? C'est une question que l'on se pose de plus en plus souvent alors que les rôles sexuels traditionnels sont de plus en plus contestés voir détruit. L'homme s'est souvent définis en négatif face à des valeurs naturalisées féminines. Mais si les femmes refusent de se laisser faire que se passe-t-il? C'est simple, nous observons une crise de la masculinité. Ce livre tente de montrer, en trois parties, comment les hommes ont et ont pu muter selon les époques et les exigences. Il tente aussi de montrer comment un homme se constitue. Pour cela l'auteure reprend la phrase bien connue de Simone de Beauvoir en l'appliquant aux hommes: on ne naît pas homme on le devient. La première partie de ce livre est l'occasion de se poser la question de l'identité masculine. Est-elle universelle et éternelle ou alors multiple et sujette aux mutations historiques?

La seconde partie est l'occasion, pour Badinter, de montrer comment un homme se constitue. Après la différenciation sexuelle basique liée au sexe même l'enfant mâle doit, selon l'auteure, différencier son identité de l'identité de la mère. Il faut qu'il se coupe ou qu'on le force à couper le lien avec sa mère et les femmes. Donc, il faut oublier sa féminité première de bébé ou de jeune enfant. Cette coupure est censée permettre de faire le mâle au contact des autres hommes de la communauté. Mais cette coupure n'est pas simple. Au contraire, elle est profondément traumatisante. Ce sont les rituels d'initiations qui peuvent être symboliques, sanglant ou même particulièrement violent et choquant aux yeux d'un européen du XXIe siècle. Mais ces rituels devaient permettre de couper l'homme des femmes et de lui permettre d'incarner l'idéal de virilité. L'auteure mentionne aussi le caractère profondément contradictoire que la société met en place entre l'homosexualité et la masculinité. Aux yeux de beaucoup un homme ne peut pas être homosexuel et inversement. Même si les liens sociaux masculins qui peuvent exister dans le sport, par exemple, ont des caractères profondément homo-érotiques.

La dernière partie tente de passer outre la maladie identitaire des hommes pour trouver un modèle qui réconcilie les hommes avec eux-même. Dans cette partie l'auteure décrit deux idéaux-types masculins: l'homme dur et l'homme mou. Le premier est un homme hypervirilisé et macho dont l'attitude, qui n'est plus acceptée, cache un profond mal être avec sa propre féminité. Le second modèle est incarné par des hommes qui refusent les caractères pensés masculins et se rapprochent de la féminité. Mais, là aussi, leur choix ne fonctionne pas puisqu'il y a un ressenti de mal être ainsi qu'un rejet par les femmes. C'est pourquoi Badinter tente de dessiner l'homme qui ne sera ni macho ni féminin mais qui arrivera à concilier les deux parts de sa personnalité pour créer une nouvelle masculinité incarnant les idéaux des deux sexes.

J'ai trouvé que la lecture de ce livre était facile et souvent intéressante j'ai, néanmoins, quelque points de désaccord avec l'auteure. Premièrement, mais c'est un point de préférence personnelle, je n'ai pas forcément été convaincu par la nécessité d'utiliser de la littérature biologique et psychiatrique pour se poser la question d'un problème social. C'est, bien sur, un point qui peut être débattu pour aboutir à considérer cette remarque comme fausse. ce n'est, de toute manière, pas ma critique la plus importante. En effet, ma critique est surtout basée sur l'impression que l'auteure considère qu'il existe des caractères spécifiquement masculins et féminins. J'ai tendance à penser que les traits de caractères ne sont pas naturellement sexués mais que la socialisation des enfants crée cette sexualisation. Je ne suis donc pas convaincu d'un discours qui parle de féminisation des hommes (ou de virilisation des femmes) si on n'implique pas une certaine vision sociale de ce qu'est un homme et une femme. Un troisième point marque une forme de pessimisme ambiant dans le livre. Ma lecture m'a donné l'impression que les hommes, pour Badinter, ne peuvent pas être heureux. Tout le livre regorge d'hommes frustrés, traumatisés, perdus ou déprimés. J'ai eu l'impression qu'il était très difficile voir impossible d'être heureux quand on est un homme. Peut être que l'utilisation de la littérature psychiatrique et des romans implique cette vision d'hommes en crises? Il faudrait  vérifier si il existe un biais ,dans la vision de la masculinité, inscrite dans cette littérature.

Image: livredepoche.com

15:40 Écrit par Hassan dans sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : masculinité, elisabeth badinter | | | |  Facebook

11/09/2010

Les jeunes et l'identité masculine par Pascal Duret

Titre: Les jeunes et l'identité masculine41F85TMR67L._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Pascal Duret
Éditeur: Presses universitaires de France 1999
Pages: 176

Pascal Duret a souhaité combler un manquer de la recherche française: la question de la masculinité. Pour ceci, il a décidé de se poser la question de la vision de la virilité chez les jeunes des deux sexes. Comment pense-t-on la virilité que ce soit chez les filles ou que ce soit chez les garçons. Pour cette recherche l'auteur a utilisé deux méthodes. L'une est statistique et correspond à une enquête par questionnaire distribué à 1500 jeunes des deux sexes. Cet échantillon a été mis en place en essayant de représenter les points de vue de différentes populations françaises (comme ceux d'origines méditerranéennes). Dans un second temps l'auteur s'est aussi appuyé sur des entretiens avec différents couples ou célibataires ce qui lui a permis d'aller plus loin dans sa recherche mais en sacrifiant la rigueur statistique. Ces deux points, pour les intéressés, sont précisés en annexe.

Cette méthode a conduit l'auteur à identifier deux modèles extrêmes de la virilité. La premier concerne, statistiquement, les jeunes de classes ouvrières et/ou de cultures méditerranéennes. Leur modèle de virilité, selon Pascal Duret, se base sur la puissance physique associée à un sens de l'honneur qui interdit l'humiliation, comme celle d'être trompé, ainsi que les railleries. Les filles de ce groupe entretiennent une pensée de protection physique fournie par les hommes. Un second modèle extrême concerne les jeunes de milieux bourgeois. Le modèle privilégie l'esthétique du corps à la puissance et le force de caractère à la force physique. Les filles associent aussi une protection à la virilité mais, cette fois, émotionnelle plus que physique. Néanmoins, ces modèles extrêmes cachent un foisonnement de possibilités médianes qui sont adoptées par les individus dans la réalité.

L'auteur nous donne aussi une présentation des critiques de la virilité. Que ce soit à cause de son caractère borné et fier ou alors de son entêtement imbécile voir de son corps animal les critiques envers l'homme viril sont nombreuses. Elles peuvent mener à une dévaluation de l'homme viril et de ses valeurs. Mais elles peuvent aussi mener les garçons à changer de registre d'épreuve pour, comme l'exemple développé, passer de la bagarre de rue à la bagarre virtuelle ou musicale. Dans les deux cas les preuves se font sur le registre de la compétition mais au lieu de la force brute la ténacité et l'intelligence sont privilégiés.

Le livre de Pascal Duret est riche. Non seulement en exemple mais aussi en statistiques. Il permet de se rendre compte que la crise de la masculinité cache une pluralité de modèles différents. Du retour à l'homme viril que les filles investissent aussi à l'homme acceptant d'incarner des valeurs féminines en passant par l'homme et la femme androgyne cachant ou estompant le plus possible les différences. Les modèles sont nombreux et le choix de l'un ou l'autre dépend grandement du groupe social. Les exemples utilisés par l'auteur sont intéressant mais aussi plaisant à parcourir. Personnellement, je n'aurais jamais pensé à chercher des exemples de modèles masculins dans Hélène et les Garçons ou dans Friend et pourtant l'auteur le fait en nous montrant l'utilité de cette recherche. Pour ne rien enlever au livre il faut préciser que sa lecture, même entrecoupée de statistiques, est plaisante et facile. Donc, non seulement on apprend beaucoup mais on l'apprend en s'amusant!

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16:38 Écrit par Hassan dans contemporain, sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jeunes, identité masculine | | | |  Facebook

08/07/2010

Géographie de la nudité. Être nu quelque part par Francine Barthe-Deloizy

Titre: Géographie de la nudité. Être nu quelque part51KFMAJCJML._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Francine Barthe-Deloizy
Éditeur: Bréal 2003 collectiond'autre part
Pages: 239

La nudité est fréquemment évoquée dans les médias. Que ce soit par des nouvelles intrigantes et drôles, par la publicité ou par des débats. Il est, en tout cas, clair que nous ne pouvons pas passer à coté de la nudité dans nos société occidentales. C'est pourquoi de nombreux travaux ce sont portés sur son histoire et sur sa signification dans différentes sociétés en plus de la notre. Ce livre reprend ces questions mais essaie d'en parler d'un point de vue géographique. Autrement dit, l'auteure se pose la question de la nudité selon les lieux où elle se pratique. Ce qui l'a mène tout d'abord à définir ce qu'est la nudité. Elle découvre que de nombreux peuples ont eu des visions différentes de celles-ci. Ces corps nus tatoués ne sont, justement, pas nus. Mais l'homme occidental, lui, connaît une vision de la nudité comme un moyen de circoncire les civilisés des sauvages. Les nus sont encore à l'état de nature, naïf ou animal, alors que l'homme civilisé est vêtu convenablement.

Dans un second temps l'auteure va poser, dans deux parties, la question du nu dans l'espace privé et dans l'espace public. L'espace privé est, actuellement, le lieu privilégié de la nudité solitaire. Mais cela ne fut pas toujours le cas et, au moyen âge, la chambre se vivait en commun alors que tout le monde allaient aux bains publics dans le plus simple appareil. Ce n'est que progressivement que le "rhabillage" se fit suivi d'un retour à l’hygiène des bains mais dans un cadre fermé et privé. Par contre, l'espace public est fondamentalement fermé à la nudité et celle-ci est fondamentalement transgressive. Que ce soit sous forme de fêtes avec les processions ou les streakers ou sous forme de manifestations. Ces dernières se multiplient et les campagnes de PETA en sont un exemple connus. La raison en est simple, les médias sont friands de ce genre d'actions et ne manquent pas d'en parler.

Une quatrième partie pose la question du naturisme et du nudisme. D'où ces doctrines sont originaires et quels sont les idéologies qui les sous-tendent. Mais, surtout, l'auteure analyse les endroits dans lesquels ces pratiques se font. On observe que ces lieux sont fermés au public, difficile d’accès et protégés. La spatialité forme, elle-même, un collectif qui rend le contrôle encore plus fort alors que les grands centres de tourismes naturismes montrent une individualisation croissante de la pratique.

Enfin, l'auteure se pose la question de la publicité. Elle observe que la forme du message peut avoir plusieurs composantes et se modifie selon le public visé et selon le but de la communication. Mais surtout, la publicité rend le nu visible dans la sphère publique alors que le nu est réprimé dans ce même espace public. Plus important encore, lorsqu'on observe ces publicités on y trouve une vision de la société. Loin d'être innocente la nudité publicitaire offre une idéologie du corps et des pratiques corporelles ainsi qu'une différence de genre. Les hommes sont "virils" et combatifs alors que les femmes sont apprêtées à la séduction.

Il reste à savoir si ce livre est intéressant. Indéniablement il l'est. Il est aussi très facile à lire et le propos est souvent plaisant. Durant sa lecture on se pose des questions sur les normes qui entourent la nudité et que nous avons incorporées. De plus, l'analyse sur le plan du territoire permet de développer un discours différent du discours historique ou sociologique. Néanmoins, j'ai souvent eu l'impression frustrante que l'auteure aurait pu aller plus loin sur de nombreux points. L'histoire est souvent tracée à grands traits généraux et la signification sociale des pratiques est très peu développées. Mis à part ces critiques l'ouvrage reste stimulant.

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15:31 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, moderne, moyen âge, sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nudité | | | |  Facebook

06/07/2010

Cent ans d'homosexualité et autres essais sur l'amour grec par David M. Halperin

Titre: Cent ans d'homosexualité et autres essais sur l'amour grec415VYzPFLOL._BO2,204,203,200_PIsitb-sticker-arrow-click,TopRight,35,-76_AA300_SH20_OU08_.jpg
Titre original: One hundred years of homosexuality
Auteur: David M. Halperin
Traducteur: Isabelle Châtelet
Éditeur: EPEL 2000 (1990 édition originale)
Pages: 317

L'homosexualité est fréquemment considérée comme non-naturelle et même contraire à la possibilité de l'existence de l'humanité. Mais personne ne s'est jamais posé la question de l'hétérosexualité exclusive que nous connaissons dans notre société. Comme si l'hétérosexualité exclusive était naturel et an-historique. Halperin dans ces quelques essais publiés dans ce recueil essaie de montre à quel point notre conception de la sexualité est due à notre culture. Pour cela il analyse l'attitude envers ce que nous nommons l'homosexualité dans l'antiquité grecque. La première chose qu'il faudra montrer c'est que ce mot n'existe que depuis un petit siècle. Auparavant, le mot n'avait aucun sens et, donc, l'homosexualité existait mais n'était pas pensé de cette manière.

Alors comment les grecques voyaient-ils le sexe? Premièrement, les grecques n'imaginaient pas la sexualité en matière de préférence envers l'un ou l'autre sexe mais selon la position sociale des personnes. L'un était supérieur à l'autre est, donc, était actif alors que le second était passif et se soumettait à son supérieur. Dans ce système les femmes était de toute manière inférieure et donc passive mais des hommes aussi pouvaient être considéré comme tels selon leur position hiérarchique. Après avoir posé cette vision culturelle du sexe et avoir montré qu'il est impossible de comprendre l'attitude envers la sexualité des grecques en utilisant nos catégories modernes d'homo et d'hétérosexualité il semble clair, pour Halperin et le lecteur, que la sexualité est plus dû à la culture qu'à la nature.

Mais ce n'est pas le seul point sur lequel Halperin écrit. Après avoir écrit trois essais plutôt technique et théorique il nous en montre trois autres qui entrent directement dans les textes antiques. Le premier analyse les relation entre les héros et leurs compagnons dans trois mythes: l’Iliade, l'épopée de Gilgamesh et l'histoire biblique de David. Par la comparaison de ces trois mythes l'auteur fait sortir des thèmes et des techniques identiques. Ensuite, l'auteur analyse la prostitution dans la ville d'Athènes. Il nous montre pourquoi cette dernière implique que les jeunes hommes prostituées perdent leurs droits civiques, en effet si ils vendent leurs corps ils peuvent vendent leur voix à l'assemblée, mais aussi l'aspect démocratique d'une prostitution des femmes. Comme si tout le monde avait le droit d'être le supérieur d'un autre. Du moins, qu'on me comprenne bien, dans le système grec. Enfin, Halperin se pose la question de l'utilité de Diotime dans le banquet. Pourquoi une femme dans une assemblée d'homme? Selon l'auteur elle est nécessairement femme pour permettre aux hommes d’imiter la force de vie des femmes et de se l'approprier (accoucher d'une idée par exemple). Ce dernier texte étant, à mon avis, l'un des plus compliqué du recueil.

Bien que la plupart des essais présentés dans ce recueil aient un certain âge ils sont intéressant et stimulant à lire. L'idée principale du livre, l'aspect culturel de la sexualité, a pour effet de désavouer une grande partie des critiques faites envers l'homosexualité. Mais ce n'est pas le seul apport de ce livre. Le second que j'ai identifié concerne l'hétérosexualité. En effet, durant la lecture de ces essais on observe que notre société possède un caractère historiquement inédit: l'exclusivité de l’hétérosexualité. Alors que des cultures différentes dans différentes époques ont pensé la sexualité selon le genre ou la hiérarchie il semble que notre culture soit la première à la penser exclusivement selon des préférences en matière de sexe biologique et à ne rendre légitime qu'une seule de ces préférences. En l’occurrence, c'est bien notre vision culturelle de la sexualité qui pose problème et que l'on doit tenter de comprendre.

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20/06/2010

Quand les banlieues brûlent... Retour sur les émeutes de novembre 2005 sous la direction de Véronique le Goaziou et de Laurent Mucchielli

Titre: Quand les banlieues brûlent... Retour  sur les émeutes de novembre 20059782707152176R1.gif
Directeurs: Véronique le Goaziou et de Laurent Mucchielli
Éditeur: La Découverte 2006
Pages: 155

Je me souviens encore de ces émeutes de 2005. Le monde occidental entier observait la France avec inquiétude. Nous voyions tous le pays tomber dans le chaos et la folie. Certains médias ne parlaient plus d'émeutes mais de guerre civile et personne ne doutait que rien ne serait plus comme avant après ces émeutes. Je me rappelle aussi que personne ne comprenait. Qu'est ce qui a bien pu pousser ces jeunes de toute la France à se révolter de cette manière? Étaient-ils manipulés par des islamistes ou des gangas armés? En tout cas, la réponse était claire: il fallait réprimer, reprendre le contrôle!

Ce petit livre essaie de comprendre ce qui a pu pousser les jeunes de banlieues à passer aux émeutes. Qu'est ce qui a permis à cette explosion de violence d'exister? La première chose que je noterais de ce livre est que les habitants, les parents et les "Grands frères", comprennent tous cette explosion de violence. Ils la justifient. Pourquoi? Parce qu'ils observent que dans la société française actuelle les jeunes de banlieues (défavorisés, souvent en échec scolaire, vivant dans un environnement dégradé et connaissant un chômage deux fois plus haut que dans le reste de la société à capacité égale) n'ont pas d'espoir d'avenir. Même dans la réussite ils auront du mal à se construire une carrière. Et cet état se double d'une attaque permanente de la politique contre ces jeunes, les parents et les professionnel du social.

Justement, ces attaques de la politique sont incarnées, dans le livre, par un personnage majeur: Nicholas Sarkozy. Les auteurs pointent du doigt sa rhétorique insultante contre les jeunes. Ils montrent que, même si Sarkozy n'est pas une cause première, il n'a de loin pas aidé à calmer le jeux par son comportement agressif. Mais, les auteurs montrent aussi qu'aucun parti, de droite ou de gauche, n'a su prévoir ou comprendre la violence qui éclata ses nuits. L'ouvrage est dont extrêmement critique envers les politiciens qu'elle que soit leur bord.

Les deux dernier phénomènes qui sont mis en avant sont, tout d'abord, l'échec d'école française qui ne réussit pas à aider ces jeunes à vivre. Pire encore, l'école française devient un instrument d'échec et d'humiliation envers les jeunes des banlieues qui semblent n'avoir aucun espoir de ce coté là. Parallèlement, les auteurs observent que la police n'est plus une force de paix mais une force d'humiliation envers les banlieues. Non seulement la mission devient impossible car les deux cotés s'observent mutuellement comme ennemis. Mais, en plus, l'humiliation et la violence policière sont quotidiennes dans les banlieues. Les auteurs ont observé plusieurs contrôles d'identités inutiles ainsi qu'une expédition policière punitive sur des personnes innocentes (en effet, cette expédition a eu lieu deux heures après les faits reprochés). Dans le même temps personne ne peut raisonnablement espérer porter plainte contre des violences policières ce qui, bien entendu, les justifient. La police française, dans les banlieues, n'est plus une force de maintient de l'ordre mais une force de coercition.

Néanmoins, le vrai problème n'est pas la. Bien entendu ces différents facteurs ont joué sur la violence qui explosa en 2005. Mais ce qui est le plus important c'est que les habitants des banlieues ont l'impression de n'exister qu'en dehors de la société. Ils ont l'impression d'être des "citoyens de seconde zones" sans avenir et seulement bon à être utilisé comme bouc émissaire. Il ne faut, par contre, pas croire que ces explications sont des excuses. Ce livre a le but d'expliquer et de comprendre les émeutes de 2005. Ceux qui voudront bien accepter d'écouter les résultats seront plus à même d'agir pour éviter que ce genre d'événements se (re)produisent.

Pour terminer, j'ai lu ce livre très rapidement. Il est, en effet, court et facile à lire. Cependant, bien qu'il soit très intéressant, je me dois de critiquer un point précis. Ce livre a été écrit rapidement après les événements et on peut se demander à quel point ses résultats sont réels. Les auteurs même annoncent, à plusieurs reprises, ne pas avoir pu faire d'enquête sociologique digne de ce nom en si peu de temps. De plus, les auteurs utilisent principalement des sources de l'AFP. On peut se demander si ils n'auraient pas du, aussi, chercher des sources judiciaires et policières qui sont, on le sait, beaucoup plus systématique.

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10:06 Écrit par Hassan dans contemporain, sociologie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : émeutes, banlieues | | | |  Facebook

18/06/2010

La civilisation des moeurs par Norbert Elias

Titre: La civilisation des mœurs41Z8GQVH8SL._SL500_AA300_.jpg
Titre original: Über den prozess der zivilisation
Auteur: Norbert Elias
Éditeur: Calman-Lévy 1973 collection Pocket (1969 seconde édition originale)
Pages: 509

Difficile pour un simple étudiant de s'attaquer à l'une des œuvres de sociologie les plus connues et les plus appréciées. Difficile de parler d'un sociologue parmi les plus apprécié. En effet, bien que la reconnaissance fut tardive, l'apport de la pensée d'Elias à la sociologie a été plus d'une fois souligné. Et l'objet principal de cet apport fut le livre La civilisation des mœurs. Dans ce livre Norbert Elias essaie de comprendre comment l'occident fut pris dans un processus continu de civilisation. Comment l'occident put se considérer comme civilisé au terme d'un processus séculaire qui mena les hommes et femmes occidentaux à considérer être le summum de la civilisation à cause d'objets et de formes particulières. Tout d'abord le sociologue va définir le concept de civilisation et le confronter au concept de culture. Ceci en posant l'a priori que la culture est plus importante pour les allemands que la civilisation. Cette dernière étant plus importante pour les français et les anglais.

Ceci fait nous entrons dans la partie la plus intéressante du livre. Une partie surprenante car Elias prend de petits objets de la vie quotidienne, des rituels connus, et essaie de comprendre comment leur utilisation et leur forme a évolué durant le temps ainsi que pourquoi. Donc, Elias s'interroge tout autant sur l'usage du mouchoir et de la fourchette que sur la manière de se baigner, de manger, dormir et sur la sexualité. Au fil du texte Elias nous démontre que la renaissance et la période moderne sont une période charnière entre une civilisation "naïve" médiévale très ouverte et peu formelle et une civilisation beaucoup plus taboue et formelle. Par exemple, alors que l'on pouvait dormir à plusieurs dans le même lit au moyen âge la chambre devient un lieux privé et fermé aux étrangers.

Ce livre n'est pas seulement surprenant à cause des objets analysés par Elias mais aussi plutôt plaisant à lire surtout lorsqu'on a passé la première partie qui est beaucoup plus théorique. Elias nous donne de nombreux exemples de textes de bienséances ce qui nous permet de nous rendre compte par nous-même des changements temporels. C'est après ces textes que nous pouvons trouver les analyses d'Elias. Les conclusions de ce dernier semblent logiques et très éclairantes. Grâce à lui nous comprenons mieux comment notre civilisation occidentale a évolué et s'est développée. Néanmoins, il serait intéressant de connaître les critiques qui ont été faites contre Elias. Je pense, par exemple, que le livre Norbert Elias et la théorie de la civilisation. Lectures et critiques dirigé par Yves Bonny pourrait nous y aider.

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23/05/2010

Un nouveau paradigme par Alain Touraine

Titre: Un nouveau paradigme41PdUUJk9nL._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Alain Touraine
Éditeur: Fayard 2005
Pages: 412

Alain Touraine, dans ce livre, souhaite nous montrer que notre monde est en train de changer. Après avoir passé d'un monde politique à un monde social nous serions en train d'entrer dans un monde culturel. La société serait donc en train de disparaître au profit de ce qu'il nomme le sujet. Pour expliquer ce passage il divise son livre en deux grandes parties. La première relate les causes de la fin de la société. Pour cela il se base sur la rupture, supposée, du 11 septembre 2001 qui mènerait à une société de guerre. Il prend aussi en compte la mondialisation économique. Sa thèse est que les catégories sociales sont en train de se détruire et que de moins en moins de personnes se reconnaissent dans celles-ci.

Dans la seconde partie le sociologue tente de comprendre comment le monde est en train de se modifier. Pour cela il décrit ce qu'est, pour lui, le sujet. Non seulement un individu mais surtout quelqu'un qui met au dessus de tout le respect de principes moraux universels qui sont lisibles dans les Droits de l'Homme. Il mène aussi son analyse vers le problème des droits culturels qui sont, pour lui, le droit d'être autre. Pour terminer il dépeint la société future comme une société féminine dans laquelle les visions féminines du monde seraient prégnantes.

Normalement je devrais être enthousiaste. Cependant, et ce dès l'introduction, il m'est apparu beaucoup de problèmes dans les thèses de Touraine. Premièrement, je doute sur la réalité de la fin de la société. Je suis d'accord que les formes du social changent et se modifient au cours du temps mais peut-on vraiment parler d'une fin du social? Ne voit-on pas plutôt une mutation vers des liens sociaux moins globaux que les identités de classes ou de religions? Ensuite, j'avoue avoir du mal à concevoir les Droits de l'Homme, malgré mon accord avec les principes professés, comme une expression d'une morale universelle et anhistorique. En tant qu'étudiant historien je ne peux qu'observer que ce texte, important, est fortement contextualisé dans une période historique précise. Néanmoins, je suis d'accord avec Touraine quand il pose le problème des droits culturels. Même si il le fait d'une manière très française. Oui, il faut réfléchir aux droits des cultures à être reconnues dans leurs spécificités.

En fait, le problème principal de ce livre est que ce n'est pas un livre de sociologie. On pourrait même se demander si c'est un travail scientifique. On y trouve plus des réflexions philosophiques qui utilisent des termes sociologiques. Mais on ne trouve aucune références, ou presque, à des travaux antérieurs. Les seuls ouvertures que nous pouvons trouver sont dans la bibliographie. Mais, mis à part celle-ci, l'auteur semble ne s'appuyer sur rien pour développer ses thèses.

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16/05/2010

Les black blocs: la liberté et l'égalité se manifestent par Francis Dupuis-Déri

Titre: Les black blocs: la liberté et l'égalité se manifestent416g0BVxB0L._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Francis Dupuis-Déri
Éditeur: Lux 2007
Pages: 247

Voila un livre qui pourrait être contesté en ne prenant en compte que l'auteur. En effet, Francis Dupuis-Déri, professeur de science politique à Montréal, est aussi un (ex?) militant anarchiste. Il serait donc facile de critiquer son livre sur les blacks blocs en l'accusant de partialité. Néanmoins, bien que l'on sente quelques positions en faveurs de ce mouvement, je pense que l'on peut, dans la limite du raisonnable, accepter cette recherche. Mais qu'y trouve-t-on?

La première chose que fait l'auteur dans son livre est un petit historique du mouvement black bloc. Ce qui nous permet de connaître son origine, les mouvements squats de Berlin Ouest, et ce qu'est un black bloc. Loin de l'idée simpliste de jeunes dont la violence ne rivalise qu'avec le manque de consciences politiques on trouve, selon l'auteur, des jeunes très politisés qui ne sont pas toujours violents. La violence ne fait partie que de l'une des nombreuses stratégies possibles qui peuvent aller du simple défilé à la destruction de biens privés symboliques en passant par la défense des manifestants pacifiques ou encore un rôle d'infirmiers volontaires. Ce qui caractérise vraiment les blacks blocs, selon ce que j'ai compris c'est le refus d'une autorité dans le groupe et le fonctionnement par affinité. Pour les connaisseurs on retrouve l'une des idées de l'anarchisme.

Ensuite, l'auteur essaie de nous montre ce qui rend les membres des blacks blocs furieux contre le système politico-économique et quel est leur discours. On découvre que ces groupes considèrent l'état, et donc la police par extension, comme illégitimes et anti-démocratiques. Il en découle logiquement que le simple citoyen est en droit de se défendre contre les actions de la police et des états. En effet, l'auteur écrit que les blacks blocs considèrent que la démocratie de représentation n'est pas véritablement démocratique. Le citoyen est privé de la décision et le seul moyen pour lui de reprendre ce droit est d'agir. Cette action peut se faire pacifiquement ou non.

Une dernière analyse de l'auteur concerne les critiques faites aux blacks blocs. Selon Francis Dupuis-Déri ces critiques sont simplistes et stratégiques. Simplistes car les auteurs qui critiquent ces groupes ne tentent pas vraiment de comprendre les motivations et les messages. Stratégiques car elles permettent aux auteurs de ces critiques de suivre l'orthodoxie des dominants pour être accepté comme interlocuteurs légitimes et comme représentants d'une partie des citoyens. Dans sa conclusion l'auteur fait aussi une comparaison entre les actions des policiers et des blacks blocs. Non pas parce que les blacks blocs agissent légalement puisque la plupart des actions sont en contradictions directes avec la loi. Mais pour montrer que la police, lors d'une répression, est bien plus violente qu'un black bloc et que, en comparaison, elle a fait plus de morts et blessés.

Donc, on peut critiquer la position politique de l'auteur. On peut aussi critiquer l'action directe même après la lecture de ce livre. C'est mon cas. Mais ce livre nous apporte tout de même un éclairage précis sur les blacks blocs. Au lieu de se contenter de définitions simplistes que l'on peut lire dans les médias et écouter chez les politiques on découvre que la réalité est plus compliquée. On observe que les membres de ces groupes radicaux sont très politisés et connaissent parfaitement les risques de leurs actes. C'est pourquoi il arrive que les blacks blocs s'abstiennent d'agir pour éviter que les manifestants pacifiques ne pâtissent d'une répression policière. De plus l'auteur utilise non seulement des entretiens avec des membres et des communiqués des blacks blocs mais aussi des sources de presse et de la police. Ce qui lui permet de nous montrer la pensée des blacks blocs mais aussi la vision que la société civile possède sur eux.

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07/05/2010

Combats pour la sociologie par Giovanni Busino

Titre: Combats pour la sociologie
Auteur: Giovanni Busino
Editeur: Université de Lausanne. Institut d'anthropologie et de sociologie 1998
Pages: 177

Dans ce livre nous pouvons lire plusieurs articles. Ceux-ci ont été réunis par leur auteur pour donner un nouvel élan à la sociologie. Mais comment offrir cet élan à cette science si difficile à définir? Selon Giovanni Busino on peut le faire de deux manières. Premièrement, il faut redonner du temps aux chercheurs pour créer des théories de la société. En effet, selon l'auteur, l'utilisation de la sociologie et des sociologues dans un but exclusivement d'expertise a eu deux conséquences: leur donner une identité d'experts sociaux qui sont mandatés pour régler un problème et empêcher la réflexion des sociologues sur des théories novatrices. L'auteur déplore cet état et souhaite que les sociologues retrouvent des possibilités de chercher à comprendre la société dans son ensemble et non dans des particularités trop précises.

Le second point qui est développé par l'auteur concerne l'interdisciplinarité entre les sciences sociales. Dans ce livre nous découvrons l'envie de relier les méthodes et concepts des différentes sciences de l'homme comme l'anthropologie et l'ethnologie. Mais celle sur laquelle se concentre l'auteur est l'histoire. Dans plusieurs des articles nous découvrons les idées que Busino entretient face à l'histoire et à la sociologie dans leurs différences mais, surtout, ce qui peut les relier. L'histoire offrant des  comparaisons le temps longs et des exemples dynamiques alors que la sociologie offre le quantitatif, les théories et des matériaux pour l'histoire futur. En reliant les deux sciences nous serions capable de mieux comprendre la société.

Alors que penser des idées de Busino? En tant qu'étudiant en histoire et en sciences politiques j'avoue que ses thèses sur l'interdisciplinarité entraient aussi dans mes idées et souhaits. Moi aussi je souhaite que les sciences de l'homme dialoguent plus facilement entre elles. Je suis aussi parfaitement d'accord quand Busino milite pour une science qui n'a pas forcément un impact économique direct. En effet, de plus en plus, c'est l'économie qui régit les recherches. On observe un phénomène social non parce qu'il est intéressant ou révélateur mais parce qu'une entreprise ou l'état a mandaté une expertise sur ce sujet particulier. Non seulement le scientifique n'est plus libre dans ses conclusions mais en plus des recherches plus stimulantes sont empêchées.

Enfin, ce livre de Busino n'inclut que peu de termes techniques. L'auteur, en effet, pense que la clarté de l'argumentation est préférable au jargon. Ce dernier pouvant cacher une incompréhension qui serait trop flagrante autrement. Ce qui permet à n'importe qui de facilement lire ce livre sans risquer de buter sur des mots techniques de la sociologie. De plus, nous y trouvons des articles synthétiques qui permettent de connaitre une histoire rapide de la sociologie. C'est. donc, un livre que j'ai apprécié.

18/04/2010

L'homme pluriel par Bernard Lahire

Titre: L'homme pluriel31RSMXAcrmL._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Bernard Lahire
Éditeur: Hachette Littérature (Armand Collin/Nathan 2001) collection Pluriel
Pages: 392

Il y a longtemps que j'avais ce livre en vue. Car je voulais connaitre une partie de la pensée de ce sociologue ancien élève de Bourdieu. Mais j'avais peur que la difficulté du propos m'empêche de véritablement m'enrichir. Néanmoins, j'ai décidé de me jeter à l'eau et d'essayer. Lahire, dans ce livre, essaie de passer outre les grandes théories et les frontières académiques pour essayer de comprendre l'homme pluriel. Mais qu'est ce que l'homme pluriel? J'ai compris cette phrase comme étant une description des acteurs. Ces acteurs étant socialisés dans plusieurs champs de la société. Ce qui implique que nous ne sommes pas, en tant qu'individus, uniformes. Nous possédons de multiples dispositions qui ne prennent sens que dans des lieux sociaux particuliers.

Un second essai de Lahire concerne les concepts utilisés en sociologie. Selon l'auteur, une grande partie de ces concepts sont utilisés a priori sans essayer de les prouver ou de les analyser. L'auteur souhaite, donc, que les chercheurs se posent plus de questions sur ces concepts. L'auteur souhaite aussi que les sociologues acceptent de dépasser les limites de leur champs de recherches pour observer, et collaborer, avec d'autres disciplines. En effet, cette collaboration permettrait de mieux comprendre certains concepts importés et leurs limites mais aussi de mettre en place de nouvelles méthodologies.

Comme je le pensais c'est un livre riche. Un livre riche et compliqué. Mais sa lecture m'a permis de me poser des questions que je n'avais pas identifiées auparavant. Par exemple, j'ai apprécié le questionnement récurrent de l'habitus. Néanmoins, je ne crois pas avoir réussis à comprendre tout le propos de l'auteur. Je pense qu'il me faudra encore un peu de temps avant d'y réussir. Je pense que c'est un livre très intéressant et enrichissant mais que je ne conseillerais qu'aux personnes les plus intéressées et qui possède déjà un minimum de connaissance en sociologie.

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18:36 Écrit par Hassan dans Livre, Science, sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sociologie, lahire, homme pluriel | | | |  Facebook

13/03/2010

Le sexe du militantisme dirigé par Olivier Fillieule et Patricia Roux

Titre: Le sexe du militantisme27246100394470M.gif
Auteur: Sous la direction de Olivier Fillieule et Patricia Roux
Éditeur: Presses de la fondation nationale des sciences politiques 2009
Pages: 361

Il est sûrement facile de voir pour ceux qui suivent régulièrement mes présentations (plutôt irrégulières ces temps retour aux cours obligent) que je me suis, récemment, intéressé aux problèmes de genre et aux problèmes liés à la sociologie des mobilisations. Le livre dont je parle ce matin, justement, essaie de lier la vision sociologique des dominations de genre dans le champs de la sociologie des mobilisations. Selon Olivier Fillieule et Patricia Roux les explications du militantisme oublient souvent d'observer et d'expliquer comment les femmes se mobilisent. Au lieu de se poser des questions et de trouver des réponses les auteurs auraient tendance à expliquer le statut particulier des femmes dans les mobilisations avec des points comme la maternité, le temps, le ménage,... Si on observer les explications que la sociologie du genre offre de la domination des femmes on se rend compte que ce n'est pas suffisant.

Le but de ce livre commun est donc d'observer le militantisme pour trouver des explications aux manières spécifiques des femmes de militer dans des organisations ou leur absence de militantisme. Pour trouver ces explications il a été décidé de diviser le livre en trois parties distinctes mais complémentaires. La première analyse précisément les femmes militantes, comment elles sont entrées dans le milieu du militantisme, comment elles agissent et comment leurs conjoints réagissent. On y découvre que l'homme impose souvent son agenda aux femmes mais que le contraire est très rare. L'action féminine serait donc tributaire de l'accord masculin et de la souplesse de l'organisation dans laquelle on milite.

La seconde partie prends en compte les tensions entre des organisations de militantismes et les femmes. Comment ces dernières réussissent-elles à militer en tant que femmes dans des organisations qui n'acceptent pas cette possibilité. que ce soit par l'héroïsation de la virilisation (la ligue Padane par exemple) ou par la pensée que l'organisation, étant au fait des structures de dominations, refuse qu'elle puisse recréer une forme de domination à l'intérieur même de ses rangs (les exemples surprenant des anarchistes par exemple). Sans oublier la transgression du genre qu'utilisèrent les mouvements homosexuels pour se rendre visible sur la scène publique, ce qui est analysé dans le dernier article de cette partie.

La dernière partie est probablement l'une des plus intéressante mais aussi l'une des plus compliquée. Car, cette fois, les auteurs ne se contentent pas d'observer les rapports de domination genrées mais essaient de voir comment la prise de conscience de cette domination s'articule avec des formes de domination différentes (classe et race par exemple).

Au final ce livre, très dense, est intéressant. Il permet d'ouvrir le regard vers des actions de dominations envers les femmes qui passent, souvent , inaperçues car elles ne sont pas forcément conscientes (c'est naturel, ça va de sois...). En incluant le genre dans la sociologie des mobilisations il permet de mieux comprendre pourquoi les femmes sont invisibilisées lors des mouvements et pourquoi certaines tentent de créer d'autres mouvements non-mixte. On découvre, lorsque les hommes sont absents, que les suppositions d'incompétence politique naturelle que l'on supposait celle des femmes est totalement fausse. Néanmoins, c'est un livre difficile à aborder et qui demande un certain effort de lecture pour réussir à comprendre les thèses qui y sont développées.

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21/02/2010

Pourquoi travaillons-nous? Une approche sociologique de la subjectivité au travail sous la direction de Danièle Linhart

Titre: Pourquoi travaillons-nous? Une approche sociologique de la subjectivité au travail41hhB%2BsVBAL._SL500_AA300_.jpg

Auteur: Sous la direction de Danièle Linhart
Éditeur: Erès 2008
Pages: 334

Pourquoi travaillons-nous? Une question plus compliquée qu'elle ne le semble. On peut répondre rapidement pour vivre. Mais on peut très bien quitter la société et vivre seul avec son jardin potager. Bien sur on abandonnerait beaucoup de choses mais c'est possible non? D'ailleurs pourquoi travailler est-il maintenant pensé nécessaire à la vie. Comment une activité si gourmande en temps et en énergie a-t-elle pu s'imposer ainsi dans la société? Il semble que la réponse soit parce que le travail donne un statut. Un statut valorisé et intégrateur dans la société. Mais ce livre dirigé par Danièle Linhart ne se pose pas cette question, compliquée, de front. Elle demande comment la subjectivité, le vécu de la personne, s'intègre dans le travail et comment le travail en est modifié en enquêtant sur le terrain pour découvrir quelques réponses.

Dans la première partie les auteurs se demandent comment le travail peut agir pour valider la personne. L'article qui m'a le plus intéressé dans cette partie est celui concernant les prisons. L'auteur a été enquêté dans plusieurs centres de détentions pour y voir comment les prisonnier intègrent le travail dans l'univers carcéral. Il a découvert que le travail non seulement pacifie les détenus et aide les surveillants à mieux faire leur travail mais qu'il brouille, temporairement, la hiérarchie sociale de la prison. Il permet de rendre aux détenus un statut qu'ils ont perdus quand ils sont entrés en prison. On y lit aussi quelques témoignages de personnes affirmant qu'elles se seraient déjà suicidée si elles ne pouvaient pas travailler. Nous y trouvons aussi un article sur la vision de leur propre travail par les aides à domicile qui sont coincée entre une demande forte de soins et un refus de considérer leur travail d'accompagnement, qui peut passer simplement par la conversation, comme étant un vrai travail. Et un article sur la vision qu'ont des travailleurs sociaux français des bénéficiaires de ces allocations (nommé la Couverture Maladie Universel).

La seconde partie monte comment le travail agit sur les personnes. En prenant l'exemple d'employés d'EDF, de travailleurs sociaux et de membres du ministère de l'équipement. Dans les deux premier cas c'est la relation avec le client qui est problématique. Dans le cas d'EDF c'est l'ordre de couper l'énergie aux familles ne payant pas les factures qui se heurte à la morale personnelle alors que les travailleurs sociaux ont l'impression de ne plus pouvoir faire bien leur travail à cause du manque de temps, de moyens et de personnes. Le troisième cas montre comment un changement heurte une morale acquise précédemment par les travailleurs. Le point commun est donc bien la morale et comment l'entreprise, ou l'état qui peut être l'employeur, tente de court-circuiter cette morale pour permettre à l'employé de faire son boulot et comment les employés réagissent à cette tentative (parfois inconsciente).

La dernière partie est plus surprenante. On y trouve, par exemple, un article sur le travail de nuit. Je m'attendais, comme l'auteur au début semble-t-il, a des plaintes de fatigue, de liens sociaux coupés, de difficultés avec la famille. L'enquêteur a trouvé des personnes équilibrées, dont la vie est bien mieux remplie qu'auparavant avec de meilleurs liens d'amitiés et familiaux et qui dorment bien mieux! Pire encore, des personnes qui ont l'impression d'être privilégiée de pouvoir travailler la nuit.  Cette partie montre, j'ai l'impression, comment le travailleur mêle sa vie privée à sa vie professionnelle.

C'est un livre très intéressant et très surprenant. En le lisant j'ai appris beaucoup de choses et j'ai envie de les connaitre un peu mieux. Les enquêtes sont même souvent surprenantes et, par exemple, on pourrait en conclure que la politique largement utilisée maintenant de prendre des travailleurs pour une durée fixe pourrait être contre productif. En effet, ces travailleurs ne possèdent pas la motivation ou la connaissance des ouvriers et employés véritablement engagés et font à peine leur travail sans aucune envie de qualité. Loin de toutes perspectives partisane je pense que n'importe quel patron pourrait en apprendre beaucoup sur la vraie productivité qui, parfois, demande qu'on laisse les employés faire les choses comme ils le sentent et, surtout, en confiance.

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10:10 Écrit par Hassan dans contemporain, Livre, sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : travail, sociologie | | | |  Facebook

04/02/2010

Classer, dominer : Qui sont les autres ? par Christine Delphy

Titre: Classer, dominer : Qui sont les autres ?41sG%2BorkkmL._SL500_AA240_.jpg
Auteurs: Christine Delphy
Éditeur: La Fabrique 2008
Pages: 227

Christine Delphy, féministe française, n'a pas vraiment écrit un livre mais mis ensemble plusieurs articles, prises de positions et conférence qu'elle a donnée. Leurs points communs est de parler des rapports de domination. Pour l'auteure ce rapport de domination est structurel de la société et se voit surtout dans le travail de définition. Selon elle, les dominants ont un droit de définir ce que sont les dominés ce qui mène à les indiquer comme différents de ce qui est normal (sous entendu: blanc, bourgeois et hétérosexuel). L'un des moyens de supprimer cette définition est de l'utiliser ou de se définir sois-même. Ce qui est un acte profondément déviant pour le point de vue des dominants. Le second moyen serait de définir ce que sont les dominants. Il faut, en fait, supprimer l'altérité ou démontrer celle des dominants.

Mais l'auteure ne se contente pas de parler de la domination des hommes sur les femmes. Elle tente de mettre en rapport les dominations de classe, de race et de préférences sexuelles. Ainsi, selon l'auteure, il est possible d'être à la fois dominées et dominantes (ou dominants et dominés). C'est une relation plurielle de multiples réseaux de dominations qui se met au jours. Christine Delphy, actualité oblige, parle aussi beaucoup de l'affaire du voile. Elle considère que son interdiction et la façon dont on l'a interdit cache une relation de racisme face à ceux que l'on nomme "immigrés de seconde génération". Car les blancs qui ont rédigés la loi n'ont jamais voulu écouter une de ces femmes ayant choisis le voile. Les définissant d'emblée comme manipulées et incapables de décider pour elles-même. C'est, donc, une relation paternaliste qui se forme.

Je ne connais pas assez bien les théories féministes pour me prononcer sur ce livre. Mais les articles de Christine Delphy sont intéressant et très stimulants intellectuellement. Car, elle ne se contente pas d'analyser. Elle souhaite agir et revendique une certaine vision de la société. Même quand elle se heurte à des intellectuels connus.

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09:53 Écrit par Hassan dans contemporain, Livre, Politique, sociologie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : classe, race, genre, domination | | | |  Facebook

02/02/2010

L'Union démocratique du centre : un parti, son action, ses soutiens sous la direction d'Oscar Mazzoleni, Philippe Gottraux et Cécile Péchu

Titre: L'Union démocratique du centre : un parti, son action, ses soutiens51aC9AXos2L._SL500_AA240_.jpg
Auteurs: Oscar Mazzoleni, Philippe Gottraux et Cécile Péchu
Éditeur: Antipode 2007
Pages: 215

Le but de ce livre sur un parti bien particulier est affiché dans l'introduction et la première partie. Non pas stigmatiser un parti qui est bien connu du paysage politique Suisse mais essayer de comprendre son véritable fonctionnement et les raisons de son succès. Non pas ressortir tous les préjugés et présupposés mais s'attacher aux faits, chiffres et militants pour comprendre la réalité de l'UDC. C'est, donc, un livre qui se place résolument dans la neutralité scientifique. Néanmoins, les auteurs, en affichant leurs méthodes dans une longue introduction, acceptent et expliquent comment ils ont essayé de réduire leur propres a priori. C'est, je pense, louable d'être honnête sur ce point. Louable d'expliquer comment les auteurs ont fait un travail sur eux-même pour réussir à ne pas se faire parasiter par leurs propres présupposés.

La seconde partie du livre est une analyse des actions du parti lui-même. Le premier article de cette partie montre comment l'UDC a réussit à rester un parti uni, contestataire et pourtant membre du gouvernement alors que, a priori, ce genre de partis ne peuvent survire longtemps aux pressions contradictoires de e genre de positions multiples. Selon l'auteur l'UDC a réussit par plusieurs facteurs: il est uni et centralisé avec un accès facile aux principales arènes législatives et référendaires. Mais aussi, les partis concurrents ne sont pas aussi fort, dans le sens d'union, que l'UDC ce qui lui a permis d'attaquer sans être remis à l'ordre. Le second article analyse la production imagière pour tenter de voir quels sont les principaux fronts du partis et la façon dont ces fronts sont définis.

La troisième partie analyse les militants même. En effet, un parti n'est pas qu'un appareil c'est aussi un agrégat de militants qui peuvent ne pas être en accord avec toutes les revendications du parti. Cette analyse se fait d'abord en essayant de dégager des caractéristiques socio-professionels puis d'essayé de voir un changement dans les militants de l'UDC entre 1995 et 2003. Ce sont donc deux articles basés sur les statistiques et pas toujours facile à lire. Le dernier, que j'ai trouvé le plus intéressant, analyse les acteurs en observant leur parcours de vie via des entretiens. On y découvre que la défense contre les étrangers y est largement revendiquée, que ce soit pour des causes économiques ou culturelles voir les deux. Mais que le versant libéral du parti fait beaucoup moins consensus chez les militants.

C'est, donc, un livre honnête et qui a le mérite de tenter de comprendre la réalité de ce parti tant décrié. Il aurait été facile de le classer directement dans l'extrême droite, de le condamner sans possibilités de rédemptions ou de rendre ses militants incapables et irrationnels. Non, les auteurs de ce livre ont travaillés, ils ont analysés et acceptés les faits même quand ils étaient surprenant. C'est, à mon avis, un bon livre.

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25/01/2010

La domination masculine par Pierre Bourdieu

Titre: La domination masculine41DCBX80D4L._SL500_AA240_.jpg
Auteur: Pierre Bourdieu
Éditeur: Seuil 1998
Pages: 177

D'après ce que je sais ce livre est l'un des plus connu que Pierre Bourdieu ait écrit. Son but est, ici, de démontrer les mécanismes sociaux et structurels de la domination des hommes sur les femmes. Il postule que ces mécanismes fonctionnent par un travail de déshistoricisation ce qui permet de les penser comme éternels et naturels. Bourdieu essaie, donc, de faire un travail de déshistoricisation pour déconstruire ce travail et montrer que ce que les femmes sont naturellement est, en fait, socialement construit. Si l'on suit l'analyse de Bourdieu, on découvre des mécanismes puissants qui touchent les femmes et les hommes. Qui les enferment dans des rôles qu'ils ne peuvent que difficilement abandonner. Ces mécanismes étant, selon Bourdieu, intériorisés par les individus à cause de la famille et de l'école.

C'est un livre de Bourdieu: dense, difficile à lire et riche. Je ne peux pas affirmer avoir compris dans sa totalité les thèses de Bourdieu mais, après être sorti de ce livre, j'ai eu l'impression d'être un peu plus riche. De comprendre un peu mieux comme le genre féminin est dominé quotidiennement. Je vois d'un œil nouveau des choses aussi triviales que les conversations avec une femme, les jupes ou les talons. Surtout, je pense comprendre un tout petit mieux - est ce possible en tant qu'homme? - ce que veut dire être une femme. Un "objet" de capital symbolique qui se définit principalement par la perception qu'en ont les hommes. J'ai aussi longuement réfléchi sur un exemple que donne, rapidement, Bourdieu aux pages 38-39. Il y explique que certains prisonniers, en Amérique du sud, ont été féminisé par humiliations, moqueries et attitudes féminines. Ceci considéré comme une torture. Bourdieu ne développe pas cet exemple mais je trouve révélateur que traiter un homme comme on traite une femme soit nommé torture...

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20/01/2010

Familles en Suisse: les nouveaux liens par Jean Kellerhals et Eric Widmer

Titre: Familles en Suisse: les nouveaux liens41XeGXpytxL._SL500_AA240_.jpg
Auteur: Jean Kellerhals et Eric Widmer
Éditeur: Presse polytechniques et universitaires romandes 2005
Collection: Le savoir Suisse
Pages: 142

C'est la première fois que je lis un livre de cette collection. Pour ceux qui ne la connaissent pas elle a été créée par les universités romandes pour offrir au grand public les dernières avancées de la recherche. Ici les auteurs parlent des familles en souhaitant passer outre certains présupposés et voir comment la famille a évolué en Suisse. Ils vont donc parler du couple, des frères et sœurs et des relations dans la famille. On y découvre comment les relations inter et extra familiales se forment selon les contextes. On y découvre aussi les grandes formes génériques du couple et de la fratrie avec leurs "points faibles" et "points forts". On y découvre, assez naturellement, que la forme du couple dépend du capital culturel mais que sa pérennité n'est pas constitutif de ce même capital. Les auteurs souhaiteraient aussi plus de recherches en Suisse car les données, selon eux, manquent.

Pour ceux qui s'intéressent à ce sujet ce petit livre est parfait. Bien structuré, cohérent et permettant de s'ouvrir vers des livres plus conséquent. Le propos est simple mais on sent et on voit que les auteurs utilisent des données venant de recherches. D'ailleurs, ils nous en montrent quelques résultats. Bien que ce soit un bon livre je n'ai, quand même, pas été passionné. Ce n'est pas de la faute des auteurs mais la mienne. Le sujet, en effet, ne m'intéresse finalement pas vraiment.

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09:59 Écrit par Hassan dans Livre, Politique, sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : familles, suisse | | | |  Facebook

16/01/2010

Contre-Feux: propos pour servir à la résistance contre l'invasion néo-libérale de Pierre Bourdieu

Titre: Contre-Feux: propos pour servir à la résistance contre l'invasion néo-libérale41RZWVT5THL._SL500_AA240_.jpg
Auteur: Pierre Bourdieu
Éditeur: Raisons d'agir 1998
Pages: 125

Voici le second livre de Bourdieu que je lis. Du moins, que je lis vraiment en n'en prenant pas des extraits. Contre-Feux est un livre en peu de pages divisé en deux tomes consacré à la lutte contre le néo-libéralisme. Bourdieu y a inclut des textes qu'il a écrit ou déclamé durant sa carrière et qui ont tous en commun cette préoccupation: comment arrêter la néo-libéralisme? Ce n'est pas que Bourdieu soit contre le progrés. Il souhaite démontrer, travaux à l'appui, pourquoi cette doctrine est irréaliste, tautologique et dangereuse. Au fil de la lecture on découvre sa thèse qui est que le néo-libéralisme, sous couvert de baisser les couts et les contraintes, crée des contraintes et des couts sociaux dont le prix est encore inconnu. Il souhaite montrer que la fin des protections sociales et la volonté de flexibiliser le travail crée des situations de précarité. Non seulement pour le chômeur qui doit vite trouver de quoi subsister. Mais aussi pour le travailleur qui est constamment sous la menace et le stress de la perte d'emploi. C'est pourquoi il souhaite une lutte européenne, voir mondiale, contre cette doctrine.

Le propos est convainquant. Mais j'avoue que j'étais un lecteur déjà gagné au combat. Bien que Bourdieu se base sur son travail et les recherches d'autres savants ce livre, qui regroupe des discours et articles de journaux, perd nécessairement les références scientifiques qui ne sont que sous-entendue. Ce livre est donc aussi un appel à faire des recherches sur les couts sociaux, qui sont aussi économiques, de la libéralisation. Bien qu'aucune preuve n'existe encore on voit que Bourdieu pense que ces couts sont supérieurs aux bénéfices. Si cela est vrai il faudra repenser la libéralisation. Bref, ce n'est pas un texte scientifique. ce qui implique une bonne lisibilité, alors que Bourdieu peut souvent être très opaque, bien qu'il faille un petit effort du lecteur. Ce n'est pas non plus une excuse pour le dédaigner. Alors que la crise est passée par la avec son cortège de précarisés et alors que nous avons vu des salariés de plus en plus nombreux se suicider on devrait légitimement se poser la question des couts de la libéralisation et de la flexibilisation des travailleurs.

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