contemporain

  • L'europe en enfer 1914-1949 par Ian Kershaw

    Titre :  L’Europe en enfer 1914-1949
    Auteur : Ian Kershaw
    Éditeur : Seuil 2016
    Pages : 640

    On ne présente plus Ian Kershaw, connu pour ses travaux sur le nazisme et hitler. Dans son dernier livre, récemment traduit en français, l'auteur décide de s'attaquer à un sujet énorme. En deux livres, il compte faire l'histoire de l'Europe durant le XXème siècle. Ce premier tome se concentre sur les années 1914 à 1949 soit les deux guerres mondiales ainsi que l'entre-deux guerres. La période est dense, remplie de modifications sociales importantes. L'historiographie est tout aussi importante et Kershaw ne prétend pas faire une nouvelle recherche. Il se repose sur une importante bibliographie qu'il présente en fin d'ouvrage. Naturellement, il est illusoire de prétendre résumer un tel livre. Il vaut mieux présenter son fonctionnement.

    Le livre est divisé en 10 chapitres qui, mis à part le 9, sont chronologiques. Dans ces chapitres l'auteur essaie de nous montrer le fonctionnement d'une époque extrêmement dense. Il débute naturellement sur la course à la Première guerre mondiale qui a mené à des changements importants en Europe, particulièrement à l'est. Il continue ensuite sur plusieurs chapitres qui se concentrent sur l'entre-deux guerres. Ceux-ci permettent, certes, de montrer un certain optimisme malgré les problèmes économiques mais aussi une marche vers la mise en cause des démocraties, aussi bien par le fascisme que par le communisme, et les tensions ethniques basées sur l'idée d'état-nation. Ces chapitres permettent donc d'avoir une compréhension globale de la course à la guerre. Après une large explication, Kershaw nous parle enfin des événements de la Deuxième guerre mondiale puis examine ses conséquences en Europe afin de terminer son tableau en 1949, alors que la Guerre Froide et la division du monde et du continent européen sont définitifs.

    Bien entendu, même 600 pages ne sont pas suffisantes pour parler de tous les événements et de tous les pays. Ian Kershaw explique en introduction ce qu'il doit aux nombreuses recherches historiques sur l'Europe. Il est nécessaire, pour son travail, de synthétiser la plupart des sujets touchés. Cependant, ce livre permet tout de même d'avoir une vision globale de 50 ans d'histoire européenne. Mieux encore, l'auteur nous présente les événements d'Europe de l'est, une histoire que je connais que peu. Sans encore connaitre le prochain tome, il me semble que nous aurons là un futur classique qui permettra aux personnes qui le souhaitent de connaitre 100 ans d'histoire européenne par la lecture de seulement deux livres dont les bibliographies vont probablement permettre d'aller plus loin sur la plupart des sujets.

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  • L'opinion allemande sous le nazisme de Ian Kershaw

    Titre :  L'opinion allemande sous le nazisme
    Auteur : Ian Kershaw
    Éditeur : CNRS 1995
    Pages : 591

    Ian Kershaw est l'un des historiens les plus connus ayant travaillé sur le nazisme. Pourtant, je ne l'ai que peu lu. Je ne connaissais de lui que son essai "Qu'est-ce que le nazisme." Étant dans l'obligation de m'intéresser plus avant à la période 1918-1939 j'ai décidé de lire plus attentivement les écrits de Kershaw sur le sujet. Ce livre n'est pas son premier mais alors que ses productions s'intéressaient jusque-là à hitler il essaie, dans cette recherche, de comprendre de quelle manière les allemand-e-s réagissent face à la prise de pouvoir nazie. Loin des deux mythes de la résistance totale ou de l'acceptation totale Kershaw essaie de nous expliquer de quelle manière la population peut refuser certains actes tout en soutenant le régime de manière globale. C'est la raison pour laquelle il préfère utiliser le mot de dissension, comme il l'explique en préface et en introduction.

    Le livre est divisé en deux parties qui examinent les mêmes sujets : paysannerie, classe ouvrière, bourgeoisie, les églises et les réactions face aux persécutions subies par les juifs et les juives. La première partie s'intéresse aux années 1933-1939 et la seconde aux années 1939-1945. L'auteur essaie de nous expliquer de quelle manière ces différentes parties de la société réagissent et sont traitées par le pouvoir nazi. En ce qui concerne la paysannerie, le problème principal concerne la mainmise importante du gouvernement dans leurs affaires. Ce sera encore plus le cas en pleine guerre alors que la main-d’œuvre est de plus en plus rare. La paysannerie doit fournir des denrées à un certain prix tout en ayant l'obligation de refuser les liens avec les commerçants de religion juive, ce qui crée des problèmes économiques. La classe ouvrière, elle, est infiltrée par les organes du parti afin de mettre à mal la force du communisme et des syndicats au sein des usines. Pour cela, le régime crée des organisations chargées de rendre la vie ouvrière plus facile mais aussi d'offrir des loisirs contrôlés. En ce qui concerne la bourgeoisie, l'auteur s'intéresse beaucoup aux fonctionnaires et en particulier aux enseignants. Bien que ceux-ci soient souvent résolument en accord avec le régime, cela n'empêche pas des critiques importantes de la part d'élites du parti. Dans les trois cas, la population pouvait être en faveurs du régime mais l'auteur nous explique que celle-ci rentre rapidement dans une forme d'apathie politique afin de simplement vivre au jours le jours.

    Ian Kershaw essaie aussi de comprendre les réactions des églises. Dans le cadre du régime nazi, la chrétienté devrait être oubliée au profit d'autres formes de croyances. Cela a conduit à des attaques contre la place des églises au sein de la société, par exemple dans le cadre scolaire ou sur la place des crucifix dans les écoles. Si Kershaw nous parle des églises c'est parce que ces organisations ont été capables de créer des mouvements de résistance contre les décisions du régime. Ces résistances portent principalement sur leur place dans la société, mais aussi sur la mise en place de l'euthanasie des catégories considérées inutiles de la population. Cependant, Kershaw démontre que ces résistances se forment dans un cadre légal et ne permettent pas de créer une mise en cause majeur du régime. Les prêtres ont tendance à déclamer leur loyauté envers hitler tout en saluant la guerre contre l'URSS. Enfin, l'auteur s'attaque au difficile sujet des réactions de la population face aux spoliations et au génocide. Kershaw ne pense pas que le génocide était inconnu, des rumeurs ont existé, mais il essaie de prendre en compte la géographie. Ainsi, les allemands de l'est ont probablement plus de connaissances des crimes du régime que ceux de l'ouest. Il apparait que les tueries de masses ne soient pas vues favorablement, cependant l'antisémitisme est une opinion admise et les actes du régime contre les juifs sont largement soutenus. Ainsi, même si la population ne soutient pas les actes de violences, extrêmes, cela n'implique pas un accord avec d'autres décisions comme les spoliations, les ghettos ou la déportation en dehors du pays. Loin de dédouaner la population allemande, Kershaw tente ici de montrer la complexité de ses opinions.

    Bien entendu, je n'entends pas présenter toute la richesse de ce livre dans ces quelques lignes. Une partie importante de la réflexion et des exemples utilisés par Ian Kershaw ne s'y retrouvent pas. Je ne peux qu'inviter à lire un ouvrage bien documenté, dont les réflexions permettent de comprendre les complexités des opinions publics sans cacher les crimes ni le racisme de la population sous le régime nazi. J'ai particulièrement apprécié l'usage du concept de dissension qui permet de mettre en avant aussi bien les résistances que les accords avec le nazisme pour les mêmes groupes sociaux.

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  • La République de Weimar 1919-1933 par Horst Möller

    Titre : La République de Weimar 1919-1933
    Auteur : Horst Möller
    Éditeur : Tallandier 2011
    Pages : 367

    La République de Weimar est une période que je ne connais que peu. Bien entendu, je sais que celle-ci tombe après la nomination de hitler au poste de Chancelier. Je sais aussi qu'elle a connu un début mouvementé, révolutionnaire. Mais ces faits n’expliquent pas les raisons de sa chute. Pourquoi un monde politique démocratique perd pied et permet la mise en place d'une dictature qui, dès les premiers jours, réprime et tue les opposants détruisant toute forme de légalité républicaine. Afin de nous permettre de comprendre les raisons derrière la chute de cette République l'auteur met en place 3 grandes parties.

    La première partie se concentre sur les deux présidents que connu Weimar : Ebert et Hindenburg. Dès les premiers mots le problème est posé "Le premier [Ebert] incarne les chances de la République, le second [Hindenburg] son échec." Ebert, selon l'auteur, est une personnalité de gauche qui s'intéresse plus aux problèmes concrets qu'aux idéologies. Son entrée à la présidence lui permet de calmer la Révolution afin de mettre en place une forme démocratique de gouvernement, qui inclut les opposants. Bien que sa personne fût décriée par ses alliés et ses ennemis, l'auteur ne cache pas une son admiration envers un homme qui n'a jamais dévié de son idéal démocratique. Le second président, Hindenburg, incarne l'ancien régime prussien. Ce général a connu la Prusse, la création du Reich et la chute de celui-ci. Bien que son organisation militaire soit responsable, il dénonce les élites de Weimar comme responsables de l'échec allemand, créant par là une théorie du complot qui aura beaucoup de défenseurs.

    La seconde partie s'intéresse au fonctionnement et à la création de la République. L'auteur y explicite la création de la Constitution. Celle-ci devait à la fois abaisser les pouvoirs présidentiels et éviter un parlement trop fort. Cependant, Weimar entre rapidement en crise à cause de problèmes externes et internes. À l'interne, une partie importante de l'état reste anti-démocratique et jamais la République n'eut le temps ou les moyens de remplacer ces personnalités. À l'extérieur, ce sont les dettes et humiliations du traité de Versailles. Bien que tous les partis demandent sa renégociation, ce sont les partis républicains qui sont considérés comme coupables. Les coûts des réparations ont aussi un impact important sur les capacités économique de Weimar, ce qui sera aggravé lors des différentes crises connues par l'Allemagne et le monde. Ce chapitre démontre que, dès sa création, la République était particulièrement fragile. Mais cela n'implique pas une chute future.

    Dans la troisième partie, l'auteur se concentre sur les années 1930-1933. Leur examen permet de comprendre les raisons derrière la chute de Weimar. S'appuyant sur son analyse précèdent, il explique que Weimar perd son caractère démocratique. Souvent mis en minorité par le parlement, le gouvernement et la présidence usent et abusent de la procédure de dissolution du parlement. Cette méthode permet d'agir sans contrôle parlementaire pendant plusieurs mois tout en évitant les remises en cause des décrets présidentiels. De plus, le gouvernement use de plus en plus des procédures d'état d'urgence afin de s'attaquer à des problèmes internes, créant un précédent qui permet de justifier la suspension de droits fondamentaux. Ces diverses procédures, dans un contexte international de plus en plus suspicieux envers la démocratie, ont tendances à affaiblir les partis républicains, incapables de travailler ensemble, et de renforcer les extrêmes aussi bien communistes que nazis qui refusent d'entrer au sein d'un groupe démocratique. Tout est prêt pour que la République chute lorsque hitler est nommé Chancelier.

    Ce livre m'a permis de bien mieux comprendre non seulement les raisons de la fin de la République de Weimar mais aussi le fonctionnement de la dictature. L'auteur nous explique que la dictature s'appuie sur une impression de légalité en utilisant des procédures prévues dès la création de la Constitution. Il faut expliquer que l'auteur s'appuie surtout sur un examen politique et juridique. La Constitution et les changements politiques sont fortement analysés. Bien que Möller s'intéresse aussi aux artistes et aux intellectuels, la population n'est que peu présente dans ce livre.

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  • Colette

    Je me dois de l'avouer, je ne connaissais pas cette autrice ni son histoire avant d'aller voir le dernier film qui met en scène sa vie. Le film débute lors de sa jeunesse en campagne et se termine lors de sa séparation. Colette est une jeune femme qui connait bien la vie campagnarde. Elle n'a malheureusement pas beaucoup de possibilités pour le futur vu la pauvreté de ses parents. Mais un auteur connu de Paris semble tomber amoureux d'elle. Cette personne est connue sous le nom de Willy. Il est l'un des personnages les plus en vues de la ville et il aime ce statut mondain, ainsi que les liens que cela implique. Mais il est aussi quelqu'un de plus pauvre qu'il ne l'avoue, ne réussissant pas à payer les auteurs dont il publie les œuvres, sous son nom. Lors d'une période particulièrement difficile, il enjoint Colette à écrire ses souvenirs d'enfance sous une forme romancée. Avec surprise, le couple se rend compte que ces œuvres sont une grande réussite demandée partout.

    SPOILERS

    Willy est d'abord montré de manière positive. Il est un auteur connu et célébré avec une certaine richesse selon ce que l'on nous montre. Sa relation avec Colette est formée d'une grande complicité et leur amour est difficile à nier. Cependant, petit à petit, ce portrait est brisé pour montrer ce qu'il est réellement. On apprend qu'il implique sa femme dans l'écriture de ses lettres et des travailleurs pour écrire ses romans. Son but est de recevoir assez d'argent pour financer son train de vie. Jamais il n'accepte une remise en cause du fonctionnement de son ménage, laissant Colette dans l'ignorance subissant les problèmes sans pouvoir s'y préparer ni avoir son mot à dire. Pire encore, le film le montre comme une personne paternaliste qui n'hésite pas à enfermer Colette pour la forcer à écrire, sans prendre en compte ses besoins et désirs personnels. Alors qu'il accepte que Colette ait des relations avec des femmes ou des personnes qu'il identifie comme féminine, il refuse toutes relations avec un homme. Lui, en revanche, n'hésite pas à la tromper en refusant de suivre les règles qu'il impose à Colette. Willy est donc un homme toxique qui ment, manipule et vole allégrement les personnes qui se trouvent dans sa vie.

    L'intrigue concernant Colette est très différente. Le film débute sur la présentation de cette jeune femme. Son but est le mariage et même si elle se méfie de Paris elle apprécie de vivre avec Willy en tant que couple officiel. Colette est une provinciale qui ne comprend ni la mode ni les relations mondaines que son mari aime tant. Au début du film, elle accepte toutes les demandes de ce dernier jusqu'à ce qu'elle le trouve avec une prostituée. À partir de ce point, les choses changent de plus en plus. Premièrement, son couple s'ouvre un peu et elle commence à avoir une relation extra-conjugale avec une autre femme. Petit à petit, ces relations lui permettent de s'ouvrir à un monde différent de la ville de Paris. Elle se lie à des femmes mais aussi des personnes que l'on pourrait qualifier de transgenre, je pense en particulier à Mathilde de Morny, marquise, qui, si j'ai bien entendu, est genré au masculin par Colette. Ainsi, on nous présente la libération sexuelle de Colette qui passe de femme mariée à un homme à femme bisexuelle ayant des relations extra-conjugales qui lui donnent bien plus de moments heureux que sa vie avec Willy. En parallèle, elle commence à se détacher de Willy. Elle le comprend de plus en plus comme une personne qui l'utilise pour son propre bien et non comme quelqu'un qui lui donne l'occasion de devenir meilleure. Malgré ses chantages et son paternalisme, elle réussit à le quitter et à devenir son propre nom. Son émancipation est donc aussi sociale puisqu'elle n'a plus besoin d'un homme pour être connue et reconnue en tant qu'artiste.

    *
    **
    ***
    **** Un film très calme mais qui, derrière un aspect très académique, défend une émancipation radicale de son personnage principal.
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    Image : IMDB

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    colette

  • L'Auge au XXe siècle. Du bas-quartier à la vieille ville de Fribourg par Serge Gumy

    Titre : L'Auge au XXe siècle. Du bas-quartier à la vieille ville de Fribourg
    Auteur : Serge Gumy
    Éditeur : Aux sources du temps présent 1997
    Pages : 235

    Nous avons, en Suisse, un certain nombre de travaux qui s'occupent de sujets très locaux. Ce livre fait partie de ses études puisque l'auteur se concentre sur l'histoire d'un quartier de la ville de Fribourg. Il est tiré d'un travail de licence en histoire contemporaine. Ce livre nous permet de comprendre la vie mais aussi les modifications sociales d'un quartier qui, comme l'annonce le titre, passe d'un lieu de pauvreté à un lieu d'histoire et de mémoire. Afin de présenter ce quartier, l'auteur se concentre sur trois périodes donnant autant de parties générales.

    La première partie se concentre sur le XIXème siècle. L'auteur explique le fonctionnement du quartier et son lien avec le reste de la ville en deux chapitres. Il y explique tout d'abord les différences sociales et géographiques du quartier. En effet, celui-ci contient surtout des familles pauvres qui vivent dans des appartements modestes, avec peu de conforts. Le quartier, lui, est séparé du reste de la ville du fait de sa position géographique. Les milieux politiques ne s'y intéressent que peu, sauf en cas de craintes de mouvements sociaux ou pour déplorer la criminalité et l'immoralité des pauvres. Il ressort de ces deux chapitres l'impression d’un lieu coupé du monde et oublié par les politiciens.

    La seconde partie s'intéresse à la période des deux guerres. L'auteur dépeint une période difficile pour une population de plus en plus pauvre et laissée de côté. Les bâtiments sont des taudis dans lesquels s'entassent de nombreuses personnes, avec un confort spartiate et de larges problèmes d'hygiènes. Le quartier ne possède ni écoles ni lieux de loisirs et les enfants vivent dans les rues, afin d'échapper aux appartements. Cette période de pauvreté force la main aux autorités fribourgeoises qui commencent, à reculons, à créer des lois sur l'assistance publique capable d'aider une population qui souffre d'une période de chômage. Cependant, nous restons dans le cadre d'une peur d'un soulèvement, en partie porté par les socialistes, et l'aide sociale est aussi un moyen de tenir le quartier en l'encadrant par l'église et le parti conservateur.

    La troisième, et dernière, partie s'attache à la période des années 60 et 70. L'auteur s'y attache à deux points particuliers. Premièrement, il montre la mutation du quartier qui passe d'un lieu mal famé à un lieu de mémoire. Celui-ci est protégé par des organisations citoyennes en faveurs d'une sauvegarde de l'architecture dites médiévale. Mais les habitant-e-s montrent aussi leur fierté de leurs traditions en portant un carnaval et en soutenant l'équipe Gottéron. Mais l'auteur démontre aussi les changements dans la typologie des habitant-e-s, qui pousse à des améliorations du cadre de vie et à de nombreuses rénovations. Celles-ci augmentent fortement les prix des loyers et, petit à petit, les anciennes familles quittent le quartier au profit d'une population plus aisée. Ce livre, dont la lecture est parfois difficile, n'est pas simplement la peinture de la vie d'un quartier d'une ville suisse. C'est aussi une bonne étude de l'effet de décisions politiques et urbanistiques sur le fonctionnement d'un quartier et la vie de ses habitant-e-s.

    Image : Éditeur

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  • On the basis of sex

    Ruth Bader Ginsburg est l'une des premières, et rares, femmes à entrer dans la faculté de droit d'Harvard, en 1956. Elle se trouve presque seule face à 500 hommes, le corps professoral et un doyen dont la première question concerne la raison pour laquelle ces femmes décident de prendre la place d'un homme. Elle mène ses études, soigne son maris, l'aide dans ses propres études et élève sa fille. Malgré ces nombreux devoirs, elle réussit à devenir la meilleure des étudiantes en droit d'Harvard. Mais alors qu'elle pense pouvoir suivre son rêve de devenir une avocate, toutes les portes se ferment devant elle. Elle devient une professeure en droit à New York mais elle garde son rêve d'être une avocate. Quand soudain elle découvre un cas qui pourrait lui permettre de mettre à bas toutes les lois qui créent une différence entre les hommes et les femmes.

    SPOILERS

    Je ne connais pas la véritable Ruth Bader Ginsburg. Je ne pourrais donc pas juger de ses réussites professionnelles et personnelles. Cependant, le film veut nous montrer une femme parfaite secondée par une famille parfaite, ayant ses propres problèmes. Ainsi, Ruth Bader Ginsburg est montrée comme une étudiante talentueuse capable de suivre deux années de cours en même temps. Elle s'occupe du ménage, bien que sa cuisine ne semble pas parfaite. Elle s'occupe aussi de son mari lorsque son cancer est diagnostiqué. Ce dernier est montré comme un brillant avocat en droit fiscal, un père aimant et attentif mais aussi un homme qui accepte sa part du ménage, en particulier la cuisine. Enfin, il y a leur fille. Celle-ci est décrite comme militante, intelligente et coincée entre son amour pour sa mère et sa frustration. Leur fils n'est que peu décrit, étant un peu jeune lors des faits du film. Si cette famille est décrite ainsi je pense que ce n'est pas un accident. Ruth Bader Ginsburg est montrée se heurtant au système patriarcal qui l'empêche de devenir une avocate. Si une femme aussi parfaite qu'elle ne peut pas y arriver, alors qu'elle a tous les mérites, qui le peut ? Bien entendu, on peut se demander si une personne ordinaire n'aurait pas les mêmes droits ? Pourquoi faut-il que Ruth Bader Ginsburg soit parfaite ?

    Le film s'intéresse aussi, forcément, à l'importance du système légal. Après tout, une grande majorité des personnages sont des avocat-e-s, parfois célèbres. Mais le film pose aussi la question du lien entre la société et la loi. En effet, la période durant laquelle ont lieu les événements et un moment de remises en cause du fonctionnement de la société. Féminisme et antiracisme mais aussi luttes politiques contre la guerre ont lieu sur les campus et dans les lieux publics. Le militantisme est aussi bien public que privé. La société est donc en train de changer. Mais est-il possible de modifier le fonctionnement de la société lorsque les lois protègent un ordre qualifié de traditionnel ? Ou vaut-il mieux changer les lois avant de changer la société ? Ce qui permettrait de valider et défendre ces changements. Selon ce film, il existe une relation difficile entre le système légal et la société. Loin de se diriger l'une l'autre elles s'accompagnent plus qu'elles ne se confrontent. Ainsi, selon Ruth Bader Ginsburg, paraphrasant l'un de ses anciens professeurs, la justice doit interpréter la loi à la lumière du fonctionnement du monde contemporain.

    *
    **
    *** Un film biographique intéressant qui défend avec brio une avocate talentueuse, Ruth Bader Ginsburg, mais il manque un petit quelque chose.
    ****
    *****

    Image : Site officiel

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  • Les partis politiques. Acteurs de l'histoire suisse par Olivier Meuwly

    Titre : Les partis politiques. Acteurs de l'histoire suisse
    Auteur : Olivier Meuwly
    Éditeur : Presses polytechniques et universitaires romandes 2018
    Pages : 175

    Olivier Meuwly est connu pour ses fréquentes apparitions dans les médias lorsqu'il y a besoin d'un expert en histoire politique suisse afin de commenter l'actualité. L'auteur est, en effet, connu pour ses livres d'histoire concentrés sur le fonctionnement de la politique et de certains partis. Ainsi, il est l'auteur d'un petit ouvrage sur la politique vaudoise. Dans ce petit livre, l'auteur souhaite synthétiser une longue histoire des partis politiques. Ce qui permet d'une part de mieux comprendre l'impact de certains choix, comme la proportionnelle et l'arrivée des droits populaires, mais aussi d'expliciter l'arrivée des partis comme groupements chargés de défendre certaines visions.

    Le livre est construit en suivant une suite chronologique que les personnes qui connaissent l'histoire suisse savent classique, mais utile. Ainsi, après les troubles de la guerre civile l'auteur passe sur la Belle époque. Ceci pour mieux continuer sur les problèmes des années 30 et la consolidation de l'état suisse lors des trente glorieuses. Enfin, l'auteur s'attache à montrer les changements ayant eu lieu après les années 70 et surtout dans les années 90 lors de la montée importante de l'UDC. La première édition ayant eu lieu en 2010, les années 2000 ne sont que peu présentes dans ce livre.

    On pourrait résumer ce livre en expliquant qu'il décrit la chute des radicaux. Ceux-ci, au XIXème siècle, sont plus un groupe d'intérêt qu'un parti dont le but est de consolider l'état helvétique dans un sens plus centralisateur. Ce groupe incluait de nombreuses tendances aussi bien de droite et que de gauche, avant que cette division n'ait un véritable sens. Cependant, il apparait rapidement qu'il est difficile de relier autant de tendances différentes au sein d'un seul groupe et d'autres associations, qui deviendront des partis, commencent à se détacher. Malgré cela, les radicaux réussissent à garder la main sur la politique fédérale et le gouvernement, en partie à cause de l'absence de proportionnelle. Ce n'est que lors de l'arrivée du système proportionnel, puis de l'accès d'autres partis au Conseil fédéral, que l'hégémonie radical se fissure. Finalement, les trente glorieuses permettent de consolider ce qui a été nommé la Formule magique, et donc de relier au sein du gouvernement plusieurs tendances partisanes qui tentent de travailler ensemble.

    Bien que cet ouvrage soit court il n'échappe pas à la question concernant d'une part l'intérêt des partis et d'autre part l'utilité de la division gauche droite. L'histoire suisse n'est pas avare de mouvements qui se constituent en dehors des partis traditionnels et qui se veulent ni de gauche ni de droite. Ainsi, l'Alliance des indépendants de Duttweiler, le Parti des automobilistes ou encore le MCG et ses tentatives en dehors du territoire genevois pour ne prendre que trois exemples. Ces mouvements qui se veulent soit des réactions, le Parti des automobilistes fut résolument anti-écologiste, ou des alliances d'intérêts libéraux n'échappent pas à la division entre gauche et droite, même si celle-ci est complexifiée dans la pensée actuelle. Selon l'auteur, on ne peut pas échapper à cette division ni à l'importance des partis. En effet, Olivier Meuwly considère que les partis sont avant tout un moyen de défendre des idées et des buts politiques. Plus encore, les partis construisent une cohérence dans ces mêmes idées.

    Image : Éditeur

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  • La Suisse et les puissances européennes. Aux sources de l'indépendance (1813-1857) par Cédric Humair

    Titre : La Suisse et les puissances européennes. Aux sources de l'indépendance (1813-1857)
    Auteur : Cédric Humair
    Éditeur : Alphil 2018
    Pages : 140

    Cédric Humair est un historien reconnu spécialisé en histoire suisse, et particulièrement l'histoire économique et les relations étrangères. J'ai déjà lu son livre sur l'année 1848, ce qui a mené à la guerre et la manière de résoudre les tensions impliquées. Ce petit livre de la collection Focus revient sur cette époque mais prend une perspective différente puisque l'auteur s'y intéresse aux relations entre la Suisse et les 5 puissances européennes conservatrices du XIXème siècle : la France, l'Autriche, la Prusse, la Russie et la Grande-Bretagne. Ce petit livre est divisé en quatre parties qui permettent d'analyser le pays sous protection française, selon les volontés des puissances conservatrices, la réforme et enfin les tensions dues à la création de la constitution de 1848.

    C'est connu, mais souvent oublié, la Suisse n'existe pas depuis 1291. Cette date est en grande partie mythique et ne concerne que quelques cantons sur ceux existant actuellement. Ce n'est que progressivement que le territoire s'est constitué, tout en restant membre du Saint Empire romain germanique (Neuchâtel étant possession prussienne jusqu'à la moitié du XIXème siècle). Plus intéressant encore, pendant longtemps la confédération n'est qu'une faible alliance entre des états souverains jaloux de leurs prérogatives. Ce n'est que sous la protection de la France que la Suisse fut constituée en République unie, mais ce régime fut aussi particulièrement instable.

    Lorsque la France de Napoléon fut vaincue, une conférence fut réunie pour reconstituer l'Europe selon une logique conservatrice. Dans ce cadre, la question helvétique eut une certaine importance. Au point de vue interne, la confédération fut restaurée tout en supprimant les bailliages, acceptant la création de nouveaux cantons. Au point de vue externe la question concerne l'équilibre européen. Aucune des grandes puissances ne souhaite que la Confédération ne soit intégrée dans un autre pays. Dans ce contexte, les 5 puissances proposent de faire de la Suisse un état souverain mais surtout neutre. Un état qui doit rester conservateur. Les 5 puissances se considèrent comme les garantes du Pacte de 1815 qui réglemente le pays, et que les suisses ne doivent pas modifier sans leur accord. Cependant, des réfugiés libéraux se rendent en Suisse tandis qu'une partie des citoyens helvétiques souhaitent des réformes libérales et démocratiques, créant des tensions avec le reste de l'Europe.

    C'est à ce point que l'on peut parler de la perspective de l'auteur qui rend son livre des plus intéressants. Au lieu de se baser sur une histoire interne Cédric Humair décide de s'intéresse aux sources britanniques sur la Confédération helvétique. Cette perspective permet de mettre en lumière les idées et l'impact de la diplomatie britannique sur la Confédération helvétique. Bien entendu, cela implique d'oublier d'autres pays ainsi que les points de vue interne, mais cela implique aussi de mieux comprendre de quelle manière le pays devint souverain et resta neutre. L'auteur met en avant une activité diplomatique considérable dans le but de garder un équilibre. Les britanniques fonctionnent comme des facilitateurs pour la Suisse via des pressions aussi bien sur les autorités helvétiques que sur les autorités des autres grandes puissances. Ainsi, les anglais ont un intérêt à garder une Suisse stable et indépendante. Ce qui implique de lutter contre les menaces d'attaques militaires, par exemple de la Prusse lorsque le canton de Neuchâtel devint officiellement et uniquement Suisse. Cette perspective rend ce livre particulièrement intéressant et donnant des informations différentes sur la construction de la Suisse moderne. Je le conseille aux personnes qui souhaitent mieux connaitre l'histoire de la Confédération.

    Image : Éditeur

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  • First Man / First Man : Le Premier Homme sur la Lune

    Le programme Apollo qui permit l'envoi sur la Lune de plusieurs équipes d'astronautes est probablement le plus célèbre des programmes d'exploration spatiale. Apollo 11 est sûrement la mission la plus connue puisqu'elle fut le premier alunissage réussit, Neil Armstrong étant le premier homme à marcher sur la Lune. Si on pose la question, il est probable que la mission Apollo 13 soit aussi citée avec d'autres catastrophes de l'aventure spatiale. Ce film se veut un biopic à la fois fidèle, respectueux et intimiste autour de la personne de Neil Armstrong entre son dernier vol en X-15 et sa rentrée sur Terre après son alunissage. La réalisation essaie de montrer le fonctionnement du programme lunaire de la NASA depuis les tests technologiques des Gemini jusqu'aux missions Apollo. On nous fait aussi rentrer dans l'intimité d'un homme montrée comme stoïque, incapable d'exprimer ses émotions et très professionnel.

    SPOILERS

    Que l'on soit clair, ce film est une ode à l'aventure spatiale américaine. Les réussites communistes sont mentionnées, comme des échecs pour les USA ce qui est en accord avec le contexte de l'époque. La réalisation aurait pu se perdre et ne pas parler des mises en causes ni des contraintes placées sur le projet de la NASA. Ce n'est pas le cas, on nous montre que tout le monde ne pense pas que l'argent soit utile dans le contexte de guerre et de pauvreté des USA. On nous montre aussi les échecs du programme, parfois dangereux. L'explosion d'Apollo 1 est particulièrement rempli d'émotions. Ce sont surtout les enterrements qui se succèdent qui montrent le danger que représente ce programme. La manière dont les fusées sont filmées est aussi particulièrement impressionnant. L'écran, les décors, vibrent avec un son presque assourdissant. On pourrait presque ressentir ce qu'implique le fait de partir dans l'espace dans le nez d'une gigantesque bombe chargée de carburant. On se demande surtout comment ces machines ont pu rester en une seule pièce et comment des personnes ont pu accepter d'entrer à l'intérieur.

    Étant un biopic, le film se concentre sur Neil Armstrong et Janet Elizabeth Shearon, les deux sont mariés. Je ne sais pas si la manière de représenter Neil Armstrong est réaliste. On nous montre un homme profondément affecté par la mort de sa fille. Mais surtout un homme incapable de parler à ses amis, à sa femme et encore moins à ses enfants. Cette incapacité à exprimer ses sentiments conduit à une scène durant laquelle Armstrong fait ses bagages frénétiquement pendant que Janet Elizabeth Shearon lui demande de s'arrêter afin de parler à ses enfants, de les préparer à la possibilité de sa mort. En effet, Neil Armstrong est dépeint de manière respectueuse comme une personne très professionnelle. Un travailleur incapable de s'arrêter qui ne pense qu'à ses missions et refuse presque de s'amuser. Les conséquences du programme sont visibles à travers Janet Elizabeth Shearon qui observe les dégâts de la mort des astronautes sur leurs familles. Bien que je ne sache pas la vérité concernant cette famille, cette peinture de son fonctionnement me semble trop respectueuse et pas assez critique. Je me demande ce que voulait faire la réalisation.

    *
    **
    ***
    **** Un film qui respecte énormément son personnage et la conquête spatiale. Ce respect est presque trop important et parfois on a presque l'impression que certaines étapes ne sont qu'anecdotiques.
    *****

    Image : Site Officiel

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  • L'ile aux cannibales. 1933, une déportation-abandon en Sibérie par Nicolas Werth

    Titre : L'ile aux cannibales. 1933, une déportation-abandon en Sibérie
    Auteur : Nicolas Werth
    Éditeur : Perrin 2006
    Pages : 204

    Nicolas Werth est connu pour être un spécialiste de l'URSS et l'un des auteurs du Livre noir du communisme (que je n'ai pas lu). Dans ce petit ouvrage il s'intéresse à l'ile de Nazino, en Sibérie. Selon des témoignages oraux, la petite ile inhospitalière fut le théâtre d'actes inhumains suivi de la mort de nombreuses personnes au point qu'une commission d'enquête fut mise en place peu de temps après les événements. Mais moins que cette petite histoire c'est le processus global de déportation que souhaite comprendre l'auteur en partant de l’arrivée : l'ile de Nazino.

    L'auteur divise son travail en 5 chapitres qui permettent de mieux comprendre la raison des déportations. Le premier chapitre dévoile le plan derrière ces déportations. Loin d'être de simples actes de destruction le but est double. Premièrement, il semble nécessaire aux autorités communistes de vider la campagne et les villes d'éléments considérés comme dangereux, en particulier les Koulaks mais aussi les anciens membres de l'état tsaristes. En second lieu, cette déportation doit être un moyen de prendre le contrôle de territoire peu habités et d'en faire des lieux productifs par le travail des déportés.

    Cependant, le troisième chapitre montre les difficultés de la mise en place de ce plan. En effet, une population importante est destinée à la déportation. Mais comment les déporter, qui déporter et surtout qu'en faire à l’arrivée ? L'auteur démontre que les autorités policières suivent les ordres de la manière la plus large possible. Les personnes déportées peuvent aussi bien être des criminel-le-s que de simples passants qui allaient au marché sans leur passeport ou encore des membres éminents du partis. Les décisions sont rapides, sans recours et les déporté-e-s ne sont pas écouté-e-s. Pire encore, les villes et villages chargés d’accueillir cette population ne sont pas préparés. Les autorités ne savent pas forcément quel type de population va arriver, leur nombre et ne possède pas les ressources en hommes nécessaires pour la surveillance. L'auteur montre aussi les difficultés d'approvisionnement pour vêtir et nourrir les déporté-e-s.

    Ceci débouche sur l'échec total de la déportation à Nazino. L'auteur nous explique que les autorités locales ne savent pas combien de personnes vont arriver ni leur profil. Au lieu de paysans endurcis capables de travailler la terre ce sont des citadins. Celleux-ci ont été largement dépouillé par les éléments criminels de la déportation et peuvent arriver peu vêtu-e-s, voire nu-e-s, affamé si ce n'est déjà mort. Alors que les infrastructures de transit sont remplies il est difficile de transférer la population, par manque de bateaux. Les populations qui se retrouvent en Sibérie ne savent pas construire de logements ni cultiver. Rapidement, la famine s'installe et des actes de cannibalisme ont lieu. Ce contexte n'est pas aidé par des gardes qui n'hésitent pas à profiter de la situation pour devenir un peu plus riche ou qui font actes de cruauté contre les personnes déportées.

    Partant d'une histoire précise, qui a donné lieu à une enquête officielle, l'auteur essaie de nous faire comprendre le fonctionnement des déportations : de la décision policière à la mise en place des infrastructures. Ce qu'il nous montre est un acte administratif qui ne prend pas en compte la situation réelle et qui est rapidement dépassée par les décisions personnelles des autorités locales et de la police. Par cet exemple, l'auteur essaie de nous faire comprendre le fonctionnement global d'une politique qui débouche sur des centaines de milliers de morts dans un contexte de famine pour les populations paysannes de l'URSS. Sans pouvoir juger de la place de ce livre dans l'historiographie, n'étant pas un spécialiste de l'URSS, je peux tout de même considérer ce livre comme intéressant pour comprendre le fonctionnement de l'état communiste en Russie sous Staline.

    Image : Éditeur

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  • L'Opposition à l'avortement : du lobby au commando par Fiammetta Venner

    Titre : L'Opposition à l'avortement : du lobby au commando
    Autrice : Fiammetta Venner
    Éditeur : Berg International 1 janvier 1995
    Pages : 197

    Le droit à l'avortement est récent et encore difficile à atteindre dans certains pays occidentaux. Il est régulièrement remis en question par des groupes religieux traditionalistes. L'autrice de ce livre a décidé d'étudier l'étendue et le fonctionnement de ces groupes. Elle le fait dans quatre chapitres tout en ajoutant un appendice particulièrement important. Ce dernier, qui n'est pas à jours, regroupe les noms des associations, les actions commandos et les actions en justice jusqu'à l'année 1995.

    Le premier chapitre permet à l'autrice de faire un historique de l'accès au droit à l'avortement, et aux luttes contre, pour la France du XXème siècle. Ce sont des informations connues et l'autrice ne s'y attarde pas trop, bien qu'il soit dommage qu'elle ne se soit pas intéressée à une autre histoire que celle de la France ce qui aurait pu être intéressant pour mieux comprendre les liens internationaux mis en place contre le droit à l'avortement.

    Le second chapitre entre dans le sujet en examinant le fonctionnement des associations qui luttent contre le droit à l'avortement. L'autrice démontre qu'il existe trois formes d'actions précises par des associations différentes. Cependant, elle explique que les personnes peuvent être membres de plusieurs associations et que plusieurs types d'actions peuvent fonctionnement ensemble. La première action concerne le lobbyisme. Les militant-e-s contactent médecins et politicien-ne-s afin de soumettre des informations sur l'avortement et pousser à refuser ces actes et la continuité de leur légalité. Bien que l'action de lobbyisme ait permis de créer des groupes politiques et médicaux en accord avec les personnes contre l'avortement celles-ci peuvent être vues comme frustrantes par des militant-e-s. Un second type d'action peut être utilisé afin de s'attaquer directement aux femmes qui souhaitent avorter. L'action peut consister soit en une information avec des pressions soit en un harcèlement à l'aide d'insultes et de lecture des dossiers médicaux. Un troisième type d'action sont les commandos qui consistent en la destruction de biens matériels afin d'empêcher tout acte médical d'avortement.

    Le troisième chapitre s'intéresse à l'idéologie et identifie trois sources. La première est le fondamentalisme religieux basé sur une lecture traditionnelle de la bible et de la société. Dans cette optique, la place des femmes est à la maison afin de s'occuper du ménage et de créer des enfants à la chaine. Les hommes ont un rôle extérieur, au travail. En ce qui concerne le contrôle du corps, celui-ci est pensé comme fondamentalement anti-chrétien car il implique de "voler" à la divinité sa propriété. Ainsi, toutes les recherches et actes médicaux sont refusés au nom de la religion. Une seconde source est la relativisation du génocide des Juifs. En effet, les avortements sont considérés comme un génocide en cours avec bien plus de victimes. Pire encore, les Juifs, comme groupe, sont considérés comme les coupables de cet acte et donc auraient exagérés leurs souffrances. Enfin, il existe des groupes féministes dit de droites qui militent en faveurs du retour aux valeurs féminines : la maternité. Elles considèrent qu'il existe une complémentarité des sexes basées sur une différence fondamentale entre hommes et femmes.

    Enfin, le quatrième chapitre s'intéresse aux soutiens. L'autrice démontre que les antiavortements français bénéficient de milieux provenant des États-Unis qui fournissent des informations, des enseignants, des méthodes mais aussi des films et articles vendus directement traduits en français. Ces milieux sont aussi largement soutenus par l'église catholique, jusqu'à la papauté. Les évêques n'hésitent pas à soutenir des actions non-violentes comme violentes tout en fournissant matériel et lieux de réunions. Enfin, les milieux d'extrême-droite soutiennent aussi ces militant-e-s. Ici, l'autrice examine la France, la Belgique et l'Allemagne et essaie de démontrer les liens avec des groupes parfois très proche du nazisme.

    Ce livre est ancien, 1995. Il a été écrit alors que le droit à l'avortement était encore pénalisé en Suisse (celui-ci a été dépénalisé en 2002 par la solution des délais). Il s'intéresse spécifiquement à la France et débute une analyse du fonctionnement de ces groupes sur le minitel. De nombreuses informations, liste des groupes et d'actions en justice, devraient être remises à jours tandis que l'Internet est totalement absent de l'analyse de l'autrice, celui-ci n'étant pas aussi important qu'aujourd'hui. Cependant, l'autrice nous donne de nombreuses informations intéressantes. Le fonctionnement des actions des antiavortements, par exemple, me paraît être toujours d'actualité et pourrait permettre une action politique dans le but de protéger les femmes victimes de leur harcèlement ainsi que le personnel hospitalier.

    Image : Amazon

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  • On the run. Fugitive life in an American city par Alice Goffman

    Titre : On the run. Fugitive life in an American city
    Autrice : Alice Goffman
    Éditeur : Chicago university press 2014
    Pages : 288

    Cette recherche a connu une certaine notoriété lors de sa sortie, aussi bien dans le grand public que dans le cadre universitaire. En effet, non seulement son sujet est particulièrement important pour le contexte policier mais son autrice est la fille d'Erving Goffman, un chercheur que tout le monde connait dans le monde des sciences sociales. Ce premier livre, issu d'une thèse et d'une longue recherche sous la forme d'une observation participante, a donc été particulièrement sujet à la critique et à l'observation. Les considérations des personnes qui l'on lut sont clivées passant de l'appel au génie de l'autrice à ses supposés mensonges et crimes commis lors de la recherche. Bien entendu, je ne peux pas vérifier la recherche d'Alice Goffman mais je peux me demander si le livre éclaire la mécanique policière et si son autrice a réussi à garder une posture à la fois éthique et objective.

    Alice Goffman, à l'époque étudiante tentant de terminer ses crédits et d'entrer dans le milieu universitaire, s'est intéressé à ce sujet par étape. Comme elle l'explique dans son appendice méthodologique, elle s'est d'abord intéressée aux magasins de films, puis aux relations entre étudiant-e-s et travailleuses et travailleurs de la cafétéria de l'université pour ensuite s'intégrer comme tutrice dans une famille vivant sur la rue qu'elle va étudier ensuite, lorsqu'elle fait la connaissance de plusieurs jeunes hommes noirs pauvres du quartier ayant de nombreux problèmes avec la justice et la police. Elle va vivre avec ce groupe de jeune, couper ses liens avec ses ami-e-s et louer un appartement proche afin de mieux comprendre le fonctionnement de la société locale.

    Son but est de comprendre de quelle manière l'arsenal policier utilisé pour s'attaquer au crime, selon la doctrine Tough on crime, impacte la vie des résident-e-s de la rue. Alice Goffman montre que ce quartier ni vit que selon le fonctionnement policier chargé de s'attaque au crime. Les jeunes hommes et femmes fuient dès qu'ils le peuvent, apprennent à reconnaitre la police et les moments et lieux qui peuvent attirer l'attention et remplissent leurs calendriers selon le fonctionnement de la justice. En particulier, l'autrice montre à quel point la police impacte les relations entre les personnes. En effet, les proches sont la cible de nombreuses pressions pour donner la location d'un jeune homme recherché. La vie des hommes, elle-même, est constellée d'entrée en prison, de sortie, de probation et de retour devant le tribunal avec un nombre difficile à comprendre d'actions légales dans leur vie. Le statut social dépend de l'intérêt de la justice. On peut être surveillé, informateur ou "propre." Ce dernier statut permet d'acheter et de signer des contrats sans trop de problèmes, tandis que les personnes qui sont recherchées ne peuvent pas avoir de permis, de carte d'identité voire même, selon l'autrice, entrer dans un hôpital en cas de besoin, par peur d'être arrêtés.

    En ce qui concerne l'impact de la police et des arrestations de masse je ne sais pas si Alice Goffman ajoute grand-chose, mais elle permet en tout cas de mieux comprendre ce qui arrive aux personnes même grâce à un examen ethnographique. Cependant, je me pose beaucoup de questions concernant l'éthique de son travail. Ces questions sont en parties exprimées par l'autrice elle-même dans son appendice, dont je conseille la lecture. Alice Goffman, par exemple, se demande si elle aurait pu violer la loi et se faire arrêter pour mieux comprendre la vie de ses sujets d'études, qui avaient conscience de son travail et le corrigeaient parfois en direct. Bien qu'elle ait renoncé pour des raisons méthodologiques cela n'implique pas qu'elle n'ait pas violé des normes légales en cachant des fugitifs ou en aidant à cacher de la drogue.

    On peut aussi se poser des questions sur la publication d'un tel travail. L'autrice explique de quelle manière ces jeunes hommes agissent pour éviter la police et réussir à vivre normalement malgré des problèmes légaux. Ne peut-on pas penser que mettre ces techniques en plein jours risque de créer des dangers pour ces personnes qui lui ont parlé et lui ont expliqué leurs méthodes ? Enfin, il y a la question de l'ethnie de l'autrice, une jeune femme blanche. Est-ce que son statut lui a permis d'être moins sujette au contrôle policier ou a-t-il créé de nouveaux dangers pour les jeunes hommes ? Mais surtout, est-elle légitime pour ce travail ? Ce sont des questions difficiles et d'autres personnes pourraient probablement bien mieux y répondre que moi.

    Image : Éditeur

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  • BlacKkKlansman

    TW : Racisme, antisémitisme, négationnisme, images d'attentats racistes entre 2016 et 2017

    Ron Stallworth vit dans une petite ville du Colorado. La police y est fréquemment accusée d'actes racistes mais les autorités politiques souhaitent changer l'image de ses forces de police. À la suite d’une campagne en faveurs des minorités Ron Stallworth y est inclus au service des archives. Après plusieurs semaines, on lui demande d'infiltrer une réunion du syndicat des étudiant-e-s noir-e-s. Cette mission lui permet d'être intégré à une unité d'enquête. Il décide de débuter une enquête sur le KKK local en contactant son chef local. C'est un succès. Avec l'aide d'un collègue il découvre des informations inquiétantes sur les activités et les membres du Clan, pourtant présenté comme de plus en plus pacifique.

    SPOILERS

    Ce film est résolument anti-raciste. Que ce soit le racisme contre les personnes de couleurs (pour inclure plus que les personnes noires) ou contre les juifs. La réalisation ne nous épargne pas les propos les plus extrêmes de personnes parfaitement ordinaires. Que ce soit david duke ou le chef du KKK du Colorado, ce sont deux hommes bien habillés qui parlent calmement. Sans appeler au meurtre, ils ne cachent pas leur racisme et leur envie de reconquête. Le film s'intéresse, évidemment, aux actions de la police. Ron Stallworth y est décrit comme le premier policier noir de sa ville et sa première mission est d'infiltrer un groupe d’activiste en faveurs du Black Power. Malheureusement, la réalisation ne s'intéresse pas beaucoup à ce groupe ni aux Black Panthers et encore moins aux activités antisubversives des polices, à l'aide du programme cointelpro. Bien que l'un des policiers soit décrit comme un raciste, le film ne s'intéresse pas à la manière dont les activités policières discriminantes sont permises par le système. Au contraire, la réalisation n'hésite pas à héroïser la police, les racistes devenant des exceptions. Je pense que le film manque ici un thème important qui touche non seulement les États-Unis mais aussi d'autres états occidentaux, dont la Suisse.

    Il est très difficile de ne pas voir que ce film est tout aussi contre le racisme qu'il est contre trump. Les différentes scènes sont constellées de références plus ou moins subtiles. Plusieurs personnages du KKK utilise des slogans mis en avant par trump, que ce soit le "make america great again" ou "america first." La réalisation cache encore moins sa posture politique à la fin du film lorsqu'elle diffuse des images d'attentats terroristes racistes avec la réaction de trump, plus que complaisante. Le plus intéressant est que ce film explicite les tactiques pour faire accepter le racisme. Ainsi, l'un des personnages mentionne les recherches "scientifiques" qui prouvent l'infériorité intellectuelle de certaines populations, des recherches largement discréditées et pourtant encore défendues par des chercheurs. La réalisation montre aussi que si david duke et d'autres essaient de se présenter comme propre sur eux c'est pour mieux faire accepter leurs propos dans la population et dans le milieu politique, avec comme but qu'un politicien puisse défendre leurs idées au plus haut niveau de l'état. On observe cette même tactique en Europe par exemple en ce qui concerne les migrations. Les personnes qui migrent, pour recevoir l'asile, ne sont plus qualifiées comme des personnes en besoin d'aides mais des dangers qui impliquent des mesures d'enfermement et d'expulsion même au prix de leur mort. Tandis que les personnes qui les aides ne sont plus des humanitaires mais des criminels qu'il faut arrêter.

    *
    **
    ***
    **** Un bon film mais qui lisse le rôle de la police et de son héros. J'aimerais aussi savoir quels sont les événements écrits par la réalisation et quelle est la réalité.
    *****

    Image : IMDB

    Site officiel

    blackkklansman

  • De la différence des sexes. Le genre en histoire sous la direction de Michèle Riot-Sarcey

    Titre : De la différence des sexes. Le genre en histoire
    Direction : Michèle Riot-Sarcey
    Éditeur : Bibliothèque historique Larousse 2010
    Pages : 287

    L'usage du concept de genre est de plus en plus utilisé en sciences sociales et humaines malgré une tentative d'empêcher son usage. Mais la manière dont on use d'un concept moderne dans le cadre des études historiques pose question, que ce soit à cause du manque de sources ou de la nécessité de ne pas user de termes anachroniques. Dans ce livre, dirigé par Michèle Riot-Sarcey, plusieurs auteur-e-s essaient de montrer la capacité d'explication de ce concept en histoire occidentale de l'antiquité à nos jours.

    Le livre est divisé en 9 chapitres. L'introduction et la conclusion sont écrits par la directrice du volume. En introduction, l'autrice pose la question de l'usage du concept en histoire. Comme je l'ai noté plus haut, l'une des questions concerne l'anachronisme. Mais elle met aussi en avant la capacité du concept à mettre en avant des questions qui n'existaient pas aux époques étudiées. Le genre permet donc de découvrir des relations de pouvoirs qui ne sont pas explicitées dans les sources. En conclusion, l'autrice mobilise les écrits de Michel Foucault afin d'expliquer en quoi les études genres sont utiles pour comprendre ces mêmes relations de pouvoirs en histoire. Elle s'étonne aussi de l'usage plus important de Foucault dans le contexte états-unien en comparaison avec la France. Les autres chapitres s'intéressent à des civilisations et périodes occidentales précises.

    Les deux premiers chapitres concernent Athènes et Rome. Le premier auteur montre que les connaissances des sources anciennes athéniennes ne permettent pas de comprendre le fonctionnement de la société. En effet, nous avons accès à des écrits qui essaient de mettre en place un idéal dans lequel les femmes sont sous tutelles. Mais elles possèdent des capacités proches de celles des hommes. La véritable division se forme entre les personnes citoyennes et non-citoyennes, comme les esclaves. Rome, cependant, fonctionne selon l'idée que les femmes sont soumises aux hommes. Une partie des écrits de contemporains utilisés pour comprendre le Principat usent justement de la domination des femmes sur les hommes pour critiques les premiers empereurs, vus comme dévirilisés. Mais le chapitre montre que ces femmes ne font qui suivre leur rôle en haussant leur famille dans la hiérarchie sociale.

    Les trois chapitres suivants concernent plutôt la période médiévale et l'Ancien Régime. Le livre commence avec un article sur Byzance, un empire que je ne connais pas bien. L'auteur tente de comprendre de quelle manière fonctionne la tri-sexualisation à Byzance. En effet, il existe des hommes et des femmes mais aussi des eunuques. Ceux-ci gagnent un pouvoir de plus en plus important dans la ville, jusqu'à être représentés dans les églises, car ils possèdent le rôle de pacifier la cité. Non seulement ils protègent l'empereur mais ils évitent aussi les coups d'états militaires qui pourraient déstabiliser l'empire. Un autre chapitre s'intéresse aux relations entre l’Église et les communautés monacales. Ces dernières se basent sur une interprétation de la Bible pour justifier l'entrée des femmes et la supériorité des personnes vierges. Mais leur interprétation met à mal la puissance ecclésiastique et la première période médiévale voit les princes et l’Église tenter de contrôler les communautés monacales afin d'éviter une concurrence de l'intercession envers la divinité. Enfin, le troisième chapitre s'intéresse à l'Ancien Régime. L'autrice tente de nous montrer que même s'il existe des différences de pouvoirs entre hommes et femmes ces dernières peuvent gagner en supériorité, celle-ci comprise comme masculine. En effet, la noblesse est conçue comme un donné du sang qui se traduit par des comportements masculins que des femmes nobles peuvent donc recevoir, devenant combattantes aussi bien que des hommes.

    Les deux derniers chapitres s'intéressent bien plus à l'histoire contemporaine française. Le premier parle du XIXème siècle est des luttes en faveurs de l'égalité. L'autrice montre que des femmes essaient d’accéder à la citoyenneté mais que celle-ci est toujours refusée au nom du respect de l'ordre sociale. Les socialistes eux-mêmes ont peur de l'accès au travail des femmes, considérés comme dangereux pour les femmes et contraires à l'idéal de l'homme pourvoyeur et de la femme ménagère. Le dernier chapitre est une peinture des tentatives d'accès au droit de vote durant le XXème siècle. L'autrice explique que la France est une exception en Europe occidentale. Elle critique aussi l'accès au droit de votre comme récompense pour des actions de résistance lors de la Deuxième guerre mondiale. Enfin, l'autrice pose la question du passage du droit de vote à la parité. Elle montre la difficulté d'accepter l'idée dans une république qui se pense universelle et égalitaire mais aussi face à des partis qui préfèrent payer des amendes plutôt que de suivre la loi. Le chapitre se termine sur l'élection de Sarkozy face à Ségolène Royal qui a souffert de la misogynie de ses adversaires comme des membres de son propre parti.

    Ce livre me semble intéressant car il essaie non pas de réfléchir de manière désincarnée sur l'usage d'un concept mais de montrer de quelle manière on peut l'utiliser afin de comprendre des thèmes précis. Le découpage, plus ou moins classique, permet d'avoir des exemples utiles pour les étudiant-e-s de France et d'Europe. Je déplore tout de même le manque d'exemples non-occidentaux, on reste sur des thèmes très européens. Cependant, ce livre permet de mettre en avant la fécondité du concept alors que celui-ci est attaqué par certains milieux.

    Image : Éditeur

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  • Kona fer í stríð (Woman at war)

    Woman at war est le second film islandais à sortir en deux semaines en Suisse. Halla est une cinquantenaire. Elle se rend à son travail à vélo. Elle donne des cours de chants et elle visite de temps en temps sa sœur, professeure de yoga en attente d'une place pour un voyage dans un sanctuaire. Il y a 4 ans, les deux sœurs ont demandé le droit d'adopter un enfant et Halla reçoit enfin une réponse positive. Mais elle ne sait pas quoi répondre à l'agence d'adoption car sa vie est plutôt compliquée. En effet, elle est responsable de la destruction des lignes électriques qui paralyse l'industrie lourde du pays depuis quelques semaines. À la suite de ces actes de sabotage le gouvernement commence à s’inquiéter et organise une recherche frénétique et hystérique de la ou des personnes responsables. Car ces attaques risquent de mettre à mal un investissement chinois en Islande.

    SPOILERS

    La première chose que l'on remarque dans ce film est l'attention envers des détails de la photo et l'usage de la musique. Cette dernière est jouée par un groupe de musicien et une chorale féminine. Ce film décide de les inclure directement dans l'image, avec de légères interactions en direction des personnages. Loin d'être incongru, leur apparition est souvent assez drôle car absurde tout en annonçant des problèmes dans l'intrigue. La photo utilise l'Islande dans toute sa splendeur. Il est difficile de ne pas souhaiter organiser une petite randonnée dans les coins filmés par la réalisation. Mais il y a aussi de petits détails assez drôles. Par exemple, les télévisions sont souvent réglées sur des questions concernant l'écologie. J'ai aussi particulièrement apprécié le passage à Thingvellir. Alors que le président explique l'histoire de ce lieu, une sorte de parlement, et l'usage des chefs de se réunir en cercle pour décider des condamnations les aides du président se réunissent elleux-même en cercle afin de discuter de ce qui arrivera à Hella. Ce n'est pas tout à fait maîtrisé mais j'ai aimé.

    Bien entendu, le thème principal du film est l'écologie dans un monde capitaliste. Hella, ainsi que sa sœur, sont deux personnes très liées à la terre. À plusieurs reprises, on les observe se coucher par terre et respirer comme moyen de communion. Hella utilise la nature pour se défendre et se cacher lorsque nécessaire ainsi que pour sauver sa vie. Elle le fait car elle considère que le fonctionnement de l'économie n'est pas compatible avec les nécessités de protection de la nature, un point de vue que j'ai tendance à partager. Mais le film s'intéresse aussi aux questions de militantisme dans un cadre sécuritaire. On apprend rapidement que ses actions de sabotage, qui ne tuent ni ne blessent, sont qualifiés d'actes de terrorisme. Ici le film décide de prendre deux directions. En premier lieu, il s'intéresse à un jeune touriste particulièrement malchanceux qui est systématiquement visé par les autorités comme le responsable potentiel des actes de sabotage. Bien que ce ne soit pas explicité, on y voit facilement la tendance raciste des sociétés occidentales. En second lieu, le film met en avant un usage de plus en plus hystérique des technologies de surveillance. Alors qu'il n'y a que des dégâts matériels l'état décide de demander l'aide de la CIA et du Mossad. La police se met à utiliser des satellites espions et des drones équipés de caméras thermiques. Pire encore, il est mentionné, vers la fin du film, que le gouvernement a pris la décision de récolter des échantillons ADN de toutes les personnes quittant et entrant en Islande. Ainsi, pour retrouver une seule et unique personne qui ne crée que des dégâts matériels une grande partie de la population doit accepter d'être fichée. Le film montre très bien la logique d'extension des technologies de surveillance qui ne s'arrêtent pas lorsque la personne recherchée est enfin arrêtée.

    *
    **
    ***
    ****
    ***** Plutôt drôle, beau, un film qui maitrise plutôt bien les thèmes mis en avant sans nous donner toutes les clés d'explication

    Image : IMDB

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  • The children act (My Lady)

    Fiona Maye est une personne qui a réussi. Elle possède un appartement qui lui permet de s'adonner à sa passion, la musique. Bien que son mari ne soit pas très intelligent, voire lâche, son mariage a duré 20 ans dans un respect mutuel intense. Son mari est presque aussi intelligent qu'elle. Et elle a atteint le grade de juge à la Haute Cour, spécialisée dans le droit de la famille et des enfants. Dans sa pratique, elle doit prendre des décisions difficiles et parfois controversée avec, d'une part, la nécessité de respecter la loi et, d'autre part, la nécessité de protéger des enfants face aux dangers encourus. Un soir, un hôpital demande une action urgente de la part de la Cour. Un mineur de 17 ans, Adam, est victime d'un cancer qui nécessite une transfusion de sang pour permettre la possibilité de vivre. Mais l'enfant et ses deux parents refusent cette transfusion au nom de leur religion. Fiona Maye décide d'aller visiter ce jeune homme afin de comprendre ce qu'il souhaite vraiment.

    SPOILERS

    Je suis déçu. Selon le synopsis, tel que je l'avais compris, le film proposait une réflexion sur l'usage d'une loi chargée de protéger les mineur-e-s et de ses limites face à leur dignité et leur capacité de réflexion. En basant le film sur un jeune homme pratiquement majeur le film pouvait se demander à quel point il est nécessaire de prendre une décision basée sur une limite artificielle. Durant quelques scènes, la réalisation met en place un début de réflexion. Les avocats présentent des points de vue spécifiques tandis que le père, la mère ne parlant jamais, explique de quelle manière fonctionne sa religion. De plus, le film fait parler le jeune homme en question qui remet en question le droit de la juge de s'intéresser à son cas. Il aurait été possible de s'intéresser à la loi, sa pratique, ses limites et la question du respect de la religion de chacun et des limites nécessaires, mais ce n'est pas le cas.

    A la place de cette réflexion la réalisation, qui adapte un roman, s'intéresse à la relation entre la juge et Adam. En parallèle, on nous présente la relation entre Fiona et son mari. Ce dernier souhaite un mariage plus affectueux mais semble ne jamais avoir partagé ses souhaits et décide, brutalement, d'annoncer le début d'une relation avec une jeune statisticienne. La réaction de Fiona Maye, compréhensible, est de préparer un divorce. Bien que le film montre surtout les problèmes du couple, et l’absence de communication de la part du mari, la réalisation nous permet de comprendre que ce mariage est un mariage d'amour avec des liens de respect entre les deux membres du couple. La relation entre Fiona Maye et Adam est plus problématique. Bien que majeur durant une grande partie du film Adam reste très jeune et semble chercher chez Fiona Maye une mentor et une guide qui lui permette de comprendre le monde. Mais il agit en la suivant, en cherchant ses informations privées sur internet et en essayant de s'imposer malgré les refus répétés de Fiona Maye. Leur relation me semble pour le moins problématique.

    *
    ** Ce film est une grande déception pour moi. J'ai l'impression que le synopsis m'a induit en erreur.
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    Image : Allociné

    Site officiel

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  • Histoire de Genève 3. De la création du canton en 1814 à nos jours par Olivier Perroux

    Titre : Histoire de Genève 3. De la création du canton en 1814 à nos jours
    Auteur : Olivier Perroux
    Éditeur : Alphil 2017
    Pages : 151

    Ce dernier tome s'intéresse à la vie de la Commune, et du canton, de Genève du XIXème à pratiquement aujourd'hui puisque l'auteur mentionne aussi bien le CEVA que la révision constitutionnelle ou encore l'arrivée du MCG. Cette entrée dans l'histoire contemporaine de Genève a lieu après l'époque française alors que les diplomates genevois font pressions au congrès de Vienne pour recevoir une indépendance dans le cadre de la Confédération Helvétique, elle aussi restaurée après l'épisode de la République Helvétique. L'auteur examine cette longue histoire en 15 chapitres.

    Sans vouloir présenter tous les chapitres de cette synthèse, il me semble que l'un des thèmes importants de ce tome concerne la révolution et particulièrement l'histoire du radicalisme. Ce parti, qui est d'abord à la gauche des Conservateurs, inaugure une véritable révolution dans le canton lorsque les autorités traditionnelles sont renversées au profit des radicaux, dont Fazy. Bien que cette révolution ait eu lieu en deux étapes, la Confédération ayant réagi, Fazy a eu un impact majeur sur l'histoire de la ville puisqu'il décida de nombreuses révisions et changements, par exemple la destruction des murailles ce qui ouvrit de nouveaux terrains de constructions. Malgré sa puissance, le radicalisme perdra, petit à petit, de sa splendeur face au parti socialiste et à Léon Nicole lors de l'entre-deux-guerres. Cette hégémonie sera définitivement perdue après les années 60.

    Un second thème pourrait être celui de l'urbanisme, en lien avec le rôle de la ville en Suisse et à l'international. Genève s'est construit face à un pays considéré comme ennemi, en particulier lors de l'arrivée du protestantisme. Longtemps, la ville fut coupée du reste du monde par une muraille qui ne fut détruite que durant le XIXème siècle. Lors de son indépendance, le canton ne possédait qu'une ville et un territoire rural. Mais l'expansion économique et démographique implique une hausse importante du développement de ces villages qui deviennent des villes importantes, tandis que Genève perd des habitant-e-s à cause d'un manque d'appartements. De plus, la ville étant choisie comme siège de la SDN, de nombreuses organisations internationales puis de l'ONU elle attire de nombreux fonctionnaires internationaux. Il faut leur fournir de quoi se loger mais aussi des moyens de transports adéquats, comme l'avion. Les autorités sont forcées à s'intéresser à l'urbanisme et cherchent des moyens de gérer le développement de la ville. Mais les problèmes politiques empêchent un choix nécessaire concernant le réseau de routes et de transports publics, sujet encore controversé. La série se termine sur ce dernier tome qui s'arrête au début du XXIème siècle.

    Image : Éditeur

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  • Love. Simon

    Simon est un jeune adolescent comme les autres. Sa famille est heureuse. Il a reçu une voiture pour ses 16 ans et, comme tout bon adolescent des Etats-Unis motorisé, il va chercher ses ami-e-s pour les emmener en cours. Il est en dernière année et se prépare à se rendre à l'université de Los Angeles. Il aime le café et le théâtre tandis que ses enseignant-e-s n'ont rien à lui reprocher. Mais Simon a un secret. Ce secret il ne l'a avoué à personne et son refus d'en parler, afin de se protéger lui-même mais aussi d'autres personnes, risque de tout changer. Simon est gay et il ne connait qu'une seule autre personne dans son école mais il ne lui parle jamais.

    SPOILERS

    La première caractéristique de ce film que l'on doit mettre en avant est simple : Love, Simon est un film d'adolescent-e mais aussi, et surtout, un feel good movie. Ce genre tente de faire passer les personnes qui le regarde par toutes les émotions possibles mais de manière positive. On ne sort pas d'un tel film sans se sentir bien, heureux, optimiste. C'est pour cette raison que les questions les plus difficiles ne sont pas forcément mises en avant, préférant s'intéresser aux questions d'amitiés et de réussites malgré les problèmes subis par les personnages, principaux ou secondaires. Regarder ce type de film fait toujours du bien. D'autant qu'une grande partie des productions qui s'intéressent à des personnes homosexuelles, ou transgenres, sont particulièrement difficiles.

    Le point focal de ce film est l'outing. En effet, Simon ne sort pas du placard de son plein gré. Il est forcé de se rendre public par une personne anonyme qui l'a fait chanter pendant une bonne moitié de l'histoire. Même si le film fait le choix de ne pas être négatif, cela n'empêche pas de condamner l'outing comme une atteinte à la vie privée. Comme le dit le personnage principal, être out ne dépend pas des autres mais de lui seul. Seule la personne directement concernée peut décider de quelle manière déclarer son identité. Je suis donc particulièrement heureux de voir que l'un des autres personnages empêche, à un moment du film, de filmer avec un natel une personne potentiellement homosexuelle. C'est un geste qui devrait être normal.

    *

    **

    ***

    **** On passe un très bon moment devant ce film

    *****

    Image : Site officiel

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  • Histoire du canton de Neuchâtel 3. La création d'une République. De la Révolution de 1848 à nos jours par Jean-Marc Barrelet

    Titre : Histoire du canton de Neuchâtel 3. La création d'une République. De la Révolution de 1848
    Auteurs : Jean-Marc Barrelet
    Éditeur : Alphil 2011
    Pages : 139

    Ce troisième, et dernier, tome s'intéresse à la période de 1848 à 2011. L'auteur débute sur une Révolution en mars 1848 qui prend les tenants de l'ancien régime par surprise. En peu de temps, le pays est aux mains des insurgés, soutenus par la jeune confédération et les vainqueurs du Sonderbund. Cependant, l'auteur démontre que la République n'est pas sans faiblesses. Tout d'abord, il explique quelles sont les problèmes des radicaux. En effet, ceux-ci essaient de réformer en vitesse un pays tenus pendant longtemps par des systèmes archaïques et donc une partie de la population ne veut pas. De plus, les révolutionnaires sont eux-mêmes divisés et cela aboutis à la chute du gouvernement. Dans ce contexte, les royalistes essaient de prendre le pouvoir à l'aide d'un putsch. Leur échec est dû aussi bien à un manque de soutien que par l'action rapide des radicaux. Mais il est aussi le début de problèmes diplomatiques pour la Confédération, qui a failli tourner en une guerre avec l'Allemagne.

    L'auteur offre aussi un tableau économique du pays. Après les soubresauts de la Révolution et du Putsch, il est nécessaire de réformer les industries du pays. Ces réformes impliquent la mise en place de voies de communication entre le canton et le reste de l'Europe. Les particularismes régionaux débouchent sur le choix de deux voies qui se concurrencent et coutent chers. Les autorités essaient aussi de développer l'industrie horlogère en abandonnant le travail à domicile. Bien que certains patrons tentent de garder un lien entre eux et les ouvriers, les changements impliqués permettent l'essor du syndicalisme et du socialisme.

    Enfin, l'auteur essaie aussi de nous montrer les évolutions culturelles et scolaires. Celles-ci sont mises en place en lien avec l'industrie horlogère qui demande un apprentissage professionnel, avec des écoles qui lient art, commerce et mécanique. Neuchâtel devient un vivier de compétences pour la création de montres de luxe mais aussi de leur développement technologique, bien que les changements dans l'industrie poussent certains corps de métier à disparaitre. Le canton possède aussi la plus petite université de Suisse qui a un lien important avec le Front national suisse de la recherche et se spécialise dans certains domaines précis.

    La lecture de ces trois tomes donne une image intéressante, complète mais aussi très synthétique du canton. Les auteurs nous permettent de comprendre d'où proviennent des particularités qui existent encore aujourd'hui, et qui peuvent parfois créer des problèmes pour le fonctionnement du canton. Il ressort de la conclusion de ce dernier tome que Neuchâtel, selon l'auteur, doit choisir entre vivre seule à l'aide de ses propres forces ou se réformer, s'unir et se lier à d'autres cantons. Une conclusion que l'auteur semble généraliser à l'ensemble de la Suisse.

    Image : Éditeur

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  • Histoire de Fribourg 3. Ancrages traditionnels et renouveaux (XIXe-XXe siècle) par Francis Python

    Titre : Histoire de Fribourg 3. Ancrages traditionnels et renouveaux (XIXe-XXe siècle)
    Auteur : Francis Python
    Éditeur : Alphil 2018
    Pages : 136

    Ce court, du moins plus court que les deux autres, volume clôture cette histoire de Fribourg en s'intéressant à l'époque contemporaine, durant laquelle le canton essaie de résister à des changements importants. L'auteur divise son livre en 8 chapitres afin de décrire les problèmes, les changements et les résistances mis en place par les autorités cantonales durant ces deux siècles. On pourrait considérer que ce livre se divise en trois grosses parties selon le fonctionnement politique du canton.

    La première partie concernerait la sortie de l'Ancien régime et les résistance face aux changements imposés par la République helvétique et la Constitution de 1848. Bien que l'on ait souvent l'impression d'une histoire traditionnelle, l'auteur nous explique que le canton est en faveurs des changements mis en place dans la Constitution de 1848. Ce n'est que dans les années 1830 que les forces conservatrices reprennent le dessus et poussent le canton à s'engager dans une alliance séparée, ce qui débouche sur un siège de 3 jours et une capitulation un peu misérable. Dès la mise en place de la Constitution de 1848, le canton est soumis aux forces radicales qui imposent des changements politiques et sociétaux importants, sans jamais demander l'avis du peuple.

    La seconde partie débute vers 1857 et pourrait se terminer en 1946. C'est la période de la République chrétienne. Bien que celle-ci commence par une coalition entre modérés et conservateurs, face aux radicaux, elle devient vite une force purement conservatrice dont le but est de défendre l’église et ses acquis. Cela n'empêche pas de mettre en place des travaux importants. En particulier, les autorités cantonales s'intéressent de près à l'éducation des jeunes hommes et poussent à la construction d'une université, considérée comme chrétienne. Ce sont aussi des constructions importantes. Mais ce système est mis à mal par des changements économiques suivant les deux guerres mondiales et, petit à petit, le paysage politique se modifie permettant de penser l'entrée des socialistes au parlement et, à terme, au gouvernement.

    Les deux derniers chapitres s'intéressent à cette période durant laquelle la société fribourgeoise connait des changements majeurs. Bien entendu, cela implique l'entrée des socialistes au gouvernements, Denis Clerc étant le premier. Mais ce sont aussi des tentatives de réformes et des investissements dans le milieu industriel. Le canton souffre de ne pas avoir fait attention à l'éducation des jeunes du babybooms dans des secteurs industriels mais il contrebalance ceci avec des espaces importants qui permettent de nombreuses constructions. Malheureusement, le canton est aussi impacté par les chocs pétroliers, ce qui implique le retour d'un chômage.

    Ce dernier tome se termine pratiquement en 2018. Il permet de connaitre le fonctionnement d'un canton souvent considéré comme traditionnel et peu développé. Malheureusement, je déplore que l'auteur n'ait pas examiné la République helvétique dont il ne parle que très peu. C'est une période que je connais assez peu et qui est souvent considérée comme la pire de l'histoire du pays. Cependant, elle a permis de construire ce qui est considéré comme la Suisse moderne.

    Image : Éditeur

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  • Histoire des transsexuels en France par Maxime Foerster

    Titre : Histoire des transsexuels en France
    Auteur : Maxime Foerster
    Éditeur : H&O 2006
    Pages : 186

    Pendant longtemps, et encore aujourd'hui, la transsexualité (je reprends les termes utilisés par l'auteur qui les justifie dans son introduction) est considérée comme un crime, une maladie, quelque chose qu'il faut effacer. Pourtant, les transsexuels ont une histoire, difficile à décrire mais qui existe. L'auteur essaie de démontrer la richesse de cette histoire et de poser les pistes concernant les liens entre le militantisme transsexuels et le militantisme gay et lesbien. Pour cela il décrit la France, et surtout Paris, en 7 chapitres.

    Les deux premiers sont des chapitres introductifs. Ils permettent à l'auteur d'expliquer d'où provient la pensée du transsexualisme. Il ne peut donc pas passer outre l'Allemagne et Magnus Hirschfeld. Ce dernier a permis de mieux penser la variété des possibilités sexuelles de l'humanité grâce à son centre d'étude. En particulier, il s'inscrit dans la théorie du troisième sexe qui considère que les personnes homosexuelles ont une âme qui ne correspond pas à leur corps. L'arrivée des nazis au pouvoir implique la fin de son travail, ses livres sont brulés. Dans ce contexte, la France commence à connaitre des mouvements en faveurs des transsexuels par deux personnes qui commencent à être connues. Leur statut permet de poser les bases d'un mouvement.

    Les chapitres 3 et 4 s’intéressent plus particulièrement aux cabarets et à leurs artistes. L'auteur s'attache à une artiste précise, Coccinelle, pour démontrer l'importance de ces lieux comme moyens de sociabilités. En effet, plusieurs cabarets proposent des numéros de travestissement qui, petit à petit, deviennent des numéros mettant en scènes des personnes transsexuelles. Ces différentes personnes commencent à se connaitre et à s'aider mutuellement, en particulier en offrant des noms de docteurs prêt à pratique une opération. L'existence de ces artistes permet aussi à de nombreuses personnes de s'accepter en sachant ne pas être isolées.

    Les derniers chapitres s'intéressent à la répression et à la réaction face à celle-ci. Bien que les trente glorieuses soient une période qui permet une relative expression, et un accès facilité aux hormones, de nombreuses personnes et autorités n'acceptent pas l'existence du transsexualisme. La police contrôle fréquemment les concerné-e-s au nom de la lutte contre la prostitution et les agents n'hésitent pas à demander des actes sexuels gratuits. L'accès aux papiers est particulièrement délicat et une association offre des faux papiers, dont les doubles sont envoyés à la préfecture (permettant un fichage). Ces faux papiers sont un moyen d'accès au travail mais aussi aux services étatiques qui, sinon, sont inaccessibles. Mais ce sont aussi les psychiatres de l'école de Lacan qui répriment les personnes transsexuelles. Selon elleux, ce sont des personnes malades qu'il faut traiter psychiatriquement et non aider par l'accès à la chirurgie et aux hormones.

    L'auteur termine en montrant de quelle manière les personnes concernées se sont reliées en association afin de lutter contre la police, les psychiatres de Lacan mais aussi l'état en général. Aujourd'hui, des journées sont dédiées et il existe des essais de forcer les milieux politiques à accepter la devise française de liberté et d'égalité. Cependant, le combat est loin d'être terminé et certains refus officiels, malgré des condamnations par la CEDH, sont parfois difficiles à comprendre. L'auteur décrit par exemple l'annulation du mariage d'un couple considéré comme hétéro par l’État français qui a refusé le changement d'état civil de l'un des membres au nom de l’interdiction du mariage entre personnes de même sexe.

    Je ne connais pas grand-chose concernant les besoins des personnes concernées et encore moins leur histoire. Ce petit livre m'a permis d'avoir enfin des informations concernant cette histoire. Il me semble aussi que l'auteur s'inscrit résolument dans une posture militante en faveurs des personnes concernées, en essayant de décrire leur histoire en France, à Paris surtout. J'ai personnellement apprécié ma lecture et j'essaierais d'en savoir plus.

    Image : Éditeur

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  • La révolution silencieuse / Das schweigende Klassenzimmer

    Stalinstad, Allemagne de l'Est, 1956. Le monde est divisé entre l'ouest et l'est. Bien que le mur n'existe pas encore les camps sont visibles et l'armée russe occupe encore l'Allemagne de l'est. Cependant, la vie fonctionne sans problèmes dans le cadre du système socialiste. Les gens travaillent, débattent et les enfants vont à l'école dans une discipline de fer. Une classe de terminale est particulièrement intéressée par les problèmes du monde. En secret, illes écoutent une radio de l'ouest afin de comprendre ce qui se déroule en Pologne. À la suite des actions de l'URSS, illes décident de donner une minute de silence dans leur classe. Bien que cette minute semble peu importante elle aura de lourdes conséquences sur leurs familles.

    SPOILERS

    J'avais déjà vu Fritz Bauer du même réalisateur. Il y montrait de quelle manière un homme seul pouvait se battre contre un système prétendu dénazifié. J'avais beaucoup aimé la reconstitution de l'Allemagne de l'Ouest et des problèmes politiques posés par l'étude et la sanction du passé nazi du pays et de citoyen-ne-s. Dans ce film, le réalisateur s'intéresse au côté communiste de l'Allemagne. Là aussi, il essaie de reconstituer la vie de l'époque à l'aide d'habits, de meubles mais aussi d'une ambiance particulière à la fois pleine d'espoir mais aussi de craintes.

    En effet, l'idée première des jeunes était une simple minute de silence. Mais aucun de ces terminales n'a imaginé les conséquences que pouvait prendre cette minute, considérée comme un défi envers l'état voire même une contre-révolution. Le film commence doucement, par une idée lancée dans une vieille ferme et soutenue par un homme âgé et politiquement intelligent. Ce n'est qu'un peu plus tard que l'on nous met en garde par les paroles du directeur de l'école. Puis, toute la force de l'état est utilisée afin d'écraser ce qui est considéré comme une révolte en s'attaquant au futur des enfants, porteurs de l'espoir de leurs parents envers un avenir meilleur. On nous montre des autorités qui n'hésitent pas à interroger, mentir et manipuler afin d'atteindre des conséquences acceptables. On nous montre aussi des autorités qui constituent de nombreux dossiers qui dorment dans des tiroirs avant de pouvoir être utilisés afin de faire pression. Bref, le film nous montre de quelle manière un état peut réagir face à un défi pourtant modeste et pacifique.

    *
    **
    ***
    **** Prenant, drôle et inquiétant. J'ai beaucoup aimé ce film.
    *****

    Image : Allociné

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  • L'égalité en marche. Le féminisme sous la Troisième République par Laurence Klejman et Florence Rochefort

    Titre : L'égalité en marche. Le féminisme sous la Troisième République
    Autrice : Laurence Klejman et Florence Rochefort
    Éditeur : Presses de la fondation nationale des sciences politiques
    Pages : 356

    Lorsqu'on parle de féminisme on nous répond souvent en mentionnant des groupes récents dont les actions sont mises en contradiction avec celles des féministes en faveurs du droit de vote et d'élection, au XIXème siècle et début du XXème. Cela permet de créer une échelle des bonnes et mauvaises pratiques, celles qui sont les plus récentes étant considérées comme mauvaises car trop extrêmes. Mais qui sont et comment militent les féministes de ce qu'il est commun de nommer la première vague. Les autrices de ce livre essaient de nous répondre à l'aide de l'analyse d'un corpus important d'archives françaises. Il est difficile de synthétiser ce livre qui est non seulement assez épais mais qui est aussi très riches, aussi bien en personnes qu'en groupes analysés. Je vais donc tenter de mettre en avant quelques aspects qui laissent sûrement une grande partie du livre de côté.

    La lutte principale des féministes décrites dans ce livre, qui s'intéresse à la période 1860-1939 avec peu d'informations pour les années postérieurs à la guerre mondiale de 1914-1918, est la possibilité de voter et d'être élue. C'est une question générale en Europe et l'avancée du droit de vote est général au début du XXème siècle avec une France un peu retardataire. L'accès au vote implique de trouver des hommes alliés. Leur rôle est décrit par les autrices. On trouve des chefs de groupe qui essaient de constituer des mouvements féministes mais aussi un certain nombre de députés qui tentent de faire avancer la cause au niveau parlementaire, malgré les difficultés. Ainsi, les féministes de la Troisième République doivent aussi penser le rôle que les hommes peuvent avoir dans leurs groupes, avec l'idée d'en faire des alliés politiques voire de les amener à s'occuper des tâches ménagères.

    Lorsque l'on parle de suffragistes on pense immédiatement à des femmes bien coiffées et habillées porteuses de pancartes et organisant des débats. On oublie souvent que les britanniques ont aussi organisé des attentats à la bombe, des grèves de la faim et que l'un d'entre-elles s'est jetée sous une voiture. Il existe donc une possibilité de choisir la voie du radicalisme et des actions violentes. Les autrices se demandent si ce choix a été fait en France. Elles concluent que malgré l'existence d'un groupe féministe radical la violence ne fut que peu utilisée mais a permis une attention médiatique importante alors que les peines furent finalement assez légères. Les autrices sont forcées de se demander pour quelle raison la violence ne fut que peu utilisées. Une explication pourrait être, selon elles, l'importance moindre de la religion dans les groupes français.

    Enfin, j'ai souvent eu l'impression d'un mouvement assez suranné, voire conservateur, en particulier en comparaison avec la seconde vague des années 60-70. Cependant, les autrices démontrent que cette impression est fausse. Les féministes de la Troisième République posent des questions qui sont encore d'actualité aujourd'hui, certaines allant jusqu'à refuser le mariage comme une souillure imposée par les hommes. Il faut parler, bien entendu, des mouvements néo-malthusiens qui militent en faveurs du contrôle des naissances par des procédés contraceptifs et abortifs, parfois comme un moyen d'éviter la pauvreté. La pensée de ces mouvements permet de discuter du contrôle de leur propre corps par les femmes. J'ai aussi noté des tentatives de réformes de la langue française en direction d'une langue plus neutre, par la création de mots nouveaux. Ces efforts font tout autant débats qu'aujourd'hui. Ainsi, loin de ne se concentrer que sur le vote les féministes étudiées dans ce livre posent des questions nombreuses et importantes sur le fonctionnement de la société, de la langue et de la mode qui permettent de comprendre que les débats actuels ne sont pas toujours récents.

    Image : Amazon

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  • Le massacre des italiens. Aigues-Mortes, 17 août 1893 par Gérard Noiriel

    Titre : Le massacre des italiens. Aigues-Mortes, 17 août 1893
    Auteur : Gérard Noiriel
    Éditeur : Fayard 6 janvier 2010
    Pages : 294

    Le 17 août 1893 a eu lieu, dans la ville d'Aigues-Morts, un massacre qui fit 8 morts et 50 blessés italiens au moins. Ce massacre eu des conséquences au niveau international puisque les relations entre la France et l'Italie devinrent tendues et que la presse lance des rumeurs d'une possible guerre entre les deux pays. Finalement, personne ne sera jugé coupable tandis que les morts sont oubliés petit à petit dans la mémoire aussi bien française qu'italienne.

    L'auteur ne se contente pas de faire le récit des événements. Il essaie de l'inscrire dans le fonctionnement de la société locale et de la presse française de l'époque. Noiriel le fait en 4 chapitres. La première partie, outre les évènements, s'attache à comprendre de quelle manière fonctionne la ville d'Aigues-Mortes. L'auteur nous montre que cette ville est très attachée à ses particularités, remontant parfois à Saint Louis. Cependant, les changements socio-économiques modifient la richesse des habitant-e-s qui, pourtant, n'ont toujours pas l'eau courante. L'auteur explique aussi le fonctionnement de la récolte du sel, un travail difficile qui implique de faire entrer deux populations temporaires dans la ville : les français vagabonds et les italiens saisonniers. Le massacre débute par des problèmes entre ces deux populations concernant le travail, payé à la tâche, et l'accès à l'eau.

    Le second et troisième chapitre se concentrent sur la manière dont les événements sont expliqués par la presse de l'époque. Noiriel montre que la presse de gauche et celle de droite voient les choses différemment. La gauche s'attaque à la compagnie de production de sel qui jouerait sur les salaires, évitant une solidarité entre ouvriers au lieu d'une solidarité nationale. La droite utilise des clichés sur les italiens pour parler de la trahison du pays, et donc du peuple italien, contre la France puisque l'Italie fait partie de la Triplice avec l'Allemagne. Enfin, une presse moins politique essaie de considérer ces événements comme une preuve de la sauvagerie des personnes pauvres. Dans tous les cas, les italiens sont considérés comme les agresseurs et non comme des victimes. Noiriel essaie d'aller plus loin et explique qu'il est nécessaire de comprendre le fonctionnement de la société pour comprendre pourquoi le massacre a eu lieu. Ainsi, il met en avant les tensions entre ouvriers. L'auteur essaie aussi de comprendre de quelle manière les accusés ont pu être acquittés. Il démontre que l'affaire était devenue une question d'honneur nationale et qu'il devint difficile d'accuser des français face à des italiens.

    Enfin, le dernier chapitre s'attache à la mémoire. Celle-ci commence à revenir dans l'après-guerre par des historiens amateurs, souvent membres de la société qui récole le sel. Actuellement, de nombreuses personnes ont fait des recherches ou écrits des romans sur le sujet. La mémoire est devenue plus facile alors que les témoins sont morts depuis longtemps. Mais il reste difficile d'en parler avec leurs descendant-e-s. J'ai bien aimé ce livre qui, depuis un événement précis, met en place une analyse du nationalisme français et de la gestion des immigrations. Un fait divers, tragique, devient un symbole pour l'honneur français et italien mais aussi un moyen de justifier une vision très négative des migrants italiens, considérés comme des traitres qui usent facilement du couteau.

    Image : Éditeur

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  • Introduction à l'histoire de notre temps. 3 Le XXème siècle de 1914 à nos jours par René Rémond

    Titre :  Introduction à l'histoire de notre temps. 3 Le XXème siècle de 1914 à nos jours
    Auteur : René Rémond
    Éditeur : Seuil 2002
    Pages : 288

    Après ce troisième tome de de l'Introduction à l'histoire de notre temps je termine une œuvre adaptée d'un cours de première année et remis à jours pour prendre en compte la fin de la guerre froide ainsi que le renouveau du terrorisme. Le livre est divisé en deux parties de 7 et 9 chapitres. La première partie concerne la période de la Première guerre mondiale et de l'entre-deux guerre. L'auteur entre immédiatement dont la guerre. Il n'en fait pas une chronologie mais il explicite les causes de celle-ci, aussi bien politiques que militaires. Il insiste surtout sur le caractère spécifique de cette guerre qui non seulement dure longtemps mais implique l'entrée en guerre d'une grande partie du globe, sous la direction de l'Europe. Dans un second temps, l'auteur s'intéresse à la suite ce qui lui permet de discuter des démocraties, du communisme mais aussi du fascisme pour, ensuite, mettre en avant les crises qui mènent à la seconde guerre mondiale.

    La seconde partie s'intéresse à la Deuxième guerre mondiale et à la suite de la période jusqu'à aujourd'hui. Là encore, l'auteur débute son analyse par celle de la guerre, là aussi à la fois longue, intense et globale, pour ensuite s'intéresser aux conséquences. René Rémond montre que le monde est divisé entre deux blocs : l'ouest et l'est. La division implique deux idéologies avec leur propre vision de ce que le monde devrait être. L'auteur nous montre que le monde est dans l'obligation de choisir entre les deux blocs. Loin d'une guerre militaire on nous parle d'une guerre d'influence menée dans d'autres pays.

    La fin de cet examen permet, enfin, de parler des pays qui ne sont pas européens. René Rémond parle aussi bien de l'Asie que du monde arabe et du reste du monde. C'est, à mon avis, la partie la plus problématique de ce livre. En effet, René Rémond divise le monde entre deux formes de civilisations. Il y a les anciennes civilisations qui ont connu la mise en place d'un état et d'une culture forte telle que l'Europe mais aussi des parties spécifiques de l'Asie, en particulier la Chine, le Japon et l'Inde. Ces lieux réussissent à éviter la domination européenne par une modernisation mais aussi grâce à une culture imposante. D'autre part, il met en avant un monde arabe qui perd son unité avec la fin de l'Empire Ottoman mais qui se modernise par la création d'états nationaux mais qui garderait le souhait d'une unité. Enfin, il y a le reste du monde, soit l'Afrique et l'Amérique du sud. L'Amérique du Sud est affranchie de la tutelle européenne depuis longtemps, mais sont politiquement instables et économiquement en danger.

    Enfin, il y a l'Afrique. Selon l'auteur, le continent reste durablement sous le joug des européens car le monde africain manquait à la fois d'une culture commune et d'une tradition étatique. Il est, selon René Rémond, nécessaire de créer une élite politique avant de permettre une forme d'indépendance. Cette partie du livre est la plus problématique à plus d'un titre. Premièrement, l'auteur semble oublier les horreurs de la colonisation. Celle-ci semble être une simple entrée des européens dans des territoires sans peuples ni états. On ne conquière pas, on crée. L'Afrique moderne n'aurait donc pas été possible sans l'apport positif, en matière culturelle et politique, de l’Europe. En second lieu, l'auteur semble ne pas comprendre le caractère injuste de la décolonisation qui implique de garder un certain pouvoir, par exemple par le franc CFA. Enfin, je suis très troublé par l'idée que l'Afrique n'aurait pas eu d'histoire, histoire conçue comme la création d'empires ou de royaumes unifiés autours d'une culture. Je suis très loin de bien connaitre l'histoire du continent africain, mais je pense qu'il est impossible que l'Afrique n'ait pas d'histoire avant l'arrivée de l’Europe.

    Pour finir, ces trois tomes sont très intéressants. Ils donnent de bonnes bases sur le fonctionnement de l'occident. L'auteur donne des informations intéressantes sur des idéologies, des mouvements et des formes d'organisation. Cependant, ces trois livres sont très européocentrés avec une attention importante sur la France, l'Angleterre et l'Allemagne. Les autres parties du monde ne sont que peu décrites tandis que l'Europe de l'ouest est considérée comme le moteur de l'histoire mondiale qui pourrait, selon la dernière partie, permettre la création d'une civilisation et d'une culture mondiale basée sur les valeurs occidentales.

    Image : Éditeur

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  • Introduction à l'histoire de notre temps 2. Le XIXe Siècle. 1815-1914 par René Rémond

    Titre :  Introduction à l'histoire de notre temps 2. Le XIXe Siècle. 1815-1914
    Auteur : René Rémond
    Éditeur : Seuil 1974
    Pages : 248

    Ce tome est le second dans une série de trois intitulés Introduction à l'histoire de notre temps. Ces livres sont adaptés d'un cours de première année donné par l'auteur à l'Institut d'études politiques. Le premier tome s'intéressait à l'Ancien Régime et à la Révolution de 1789. Celui-ci prend comme décors le XIXème siècle avec comme bornes les années 1815 et 1914, deux dates particulièrement importantes pour l'histoire de l'Europe. Le tome précédent nous permettait de comprendre de quelle manière la Révolution française de 1789 impacte l'Europe. Ce tome débute lors d'une période de retour au passé, défendu par le Congrès de Vienne. Cependant, ce tome n'est pas véritablement historique et s'intéresse plutôt à des concepts, inscrit dans un contexte historique.

    Ainsi, l'auteur s'intéresse à plusieurs changements et mouvements qui ont lieu durant le XIXème siècle, que ce soit le libéralisme, la démocratie, l'urbanisation, les mouvements des nations et, bien entendu, le socialiste et le syndicalisme. René Rémond s'intéresse à chacun, et plus, de ces concepts afin de nous permettre de comprendre leur importante dans le fonctionnement du XIXème siècle et de nos jours. Systématiquement, il s'intéresse aux principaux mouvements mais aussi aux idéologies. Celui lui permet de montrer une forme de changement. Ainsi, on peut difficilement comprendre son propos sur la démocratie sans s'intéresser à ses explications sur le monde rural.

    Cependant, ces concepts sont centrés sur l'Europe, voire la France, alors que l'auteur annonce une histoire de notre temps qui prenne en compte ce qui est extérieur à l'Europe. Dans ce second tome, l'auteur débute une analyse du colonialisme. Il montre, tout d'abord, l'importance des Empires mais aussi, et surtout, la course à la conquête des puissances européennes. Il montre que ces colonies sont défendues par le souhait d'exporter la culture européenne, mais n'oublie pas de parler des inégalités centrales à ce type de relations. Il explicite aussi le fonctionnement de certains pays qui sont moins conquis que progressivement démantelés, comme la Chine ou l'Empire Ottoman. Bien que le propos soit intéressant, il me semble tout de même très daté avec une vision peu critique du colonialisme. Par exemple, il ne fait que mentionner le Congo sans parler des atrocités qui y ont été commises. Encore une fois, le livre est décevant si vous cherchez à en savoir plus sur le monde non-européen. En revanche, il permet d'expliciter plusieurs mouvements qui gardent une importance de nos jours.

    Image : Amazon

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  • La mort de Staline / The death of Staline

    TW : meurtres, mentions de viols

    1953, URSS, le pays est sous une terreur sans nom. Staline, régulièrement, met à jour une liste des ennemis de l'état. Ces ennemis sont déportés ou tués selon les souhaits du Parti. C'est un soir normal. La liste est mise à jour alors que les grands chefs du Parti mangent et font des blagues ensembles avant de regarder un western. Le seul problème est le souhait de Staline de recevoir la copie d'un concert diffusé en direct à la radio. Mais, le matin, Staline est trouvé sur le sol et, bientôt, il meurt. Immédiatement, les intrigues commencent. Quelle sera la personne la plus rusée qui prendra la place de Staline ? De nombreux prétendants sont sur la ligne de départ et tout le monde est prêt à tricher. Du moins les personnes qui savent ce qui est en train de se dérouler.

    SPOILERS

    La réalisation aurait pu choisir de mettre en scène une intrigue politique très dense capable de montrer les luttes de pouvoir au sein du parti à la suite de la mort de Staline. Mais il a été choisi de créer une intrigue absurde autours de la vacance du pouvoir et de l'empressement de tout le monde de se placer comme successeur. Ainsi, ce que le film montre véritablement est l'importance du symbole pour être vu comme le prochain dirigeant. Dans le même temps, la plupart des personnages craignent ce qui peut leur arriver si leurs propos ne plaisent pas à d'autres membres du parti. Il faut avouer que cela permet de donner un grand nombre de situations absurdes et le film en regorge. Que ce soit la nécessité d'être la première voiture derrière le cercueil, la course pour atteindre la fille de Staline ou encore la nécessité de ne pas contredire le parti tout en essayant d'éviter les écueils futurs qui peuvent contredire ce que pensait le parti dans le passé.

    Malheureusement, le film échoue. Pour être clair, le film n'est pas mauvais. Il y a de nombreuses scènes particulièrement drôles alors que d'autres permettent de montrer la terreur qui a existé à l'époque. Le jeu des acteurs et actrices est aussi plutôt bien mené tandis que les différents plans sont expliqués dans des cadres toujours décalés. Mais, il manque quelque chose. Le film donne l'impression de ne pas oser aller jusqu'au bout de son idée, d'éviter certaines situations. Peut-être cela est-il dû à l'existence de scènes qui montrent une véritable sauvagerie de certains personnages, basés sur du réel, qu'il est inadéquat de rendre drôle ? Je ne peux pas répondre à la question. En l'état, le film est un bon divertissement qui ne souhaite pas nous apprendre quelque chose sur la période. Mais on l'oublie très rapidement.

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    *** Pas mauvais, mais il manque un petit quelque chose pour que le film soit réussi.
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    Image : Allociné

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  • Introduction à l'histoire de notre temps 1. L'ancien régime et la Révolution 1750-1815 par René Rémond

    Titre : Introduction à l'histoire de notre temps 1. L'ancien régime et la Révolution 1750-1815
    Auteur : René Rémond
    Éditeur : Seuil 1974
    Pages : 215

    Lorsqu'on s'intéresse à l'histoire on manque souvent de manuels ou de récits généraux sur une histoire large, voire mondiale. Il se trouve que René Rémond était chargé de cours à l'Institut d’études politique de Paris, ce qui implique d'offrir des informations générales et des concepts précis permettant une compréhension minimale d'une histoire récente. Ainsi, ce premier tome est une édition de ce cours, sans notes ni bibliographie. Le but de René Rémond n'est donc pas d'être exhaustif.

    Dans ce premier tome l'auteur s'intéresse aux années 1750-1815, soit des années qui précèdent et suivent le moment de la Révolution de 1789 en France. Son but est d'expliquer ce moment et d'essayer de montrer son importance, en particulier pour le monde occidental. L'auteur débute par l'explication du monde l'ancien régime. Pour cela il s'intéresse aussi bien à la géographie qu'à la démographie. Il explique que le monde est assez peu connu et surtout que les connaissances des événements ne voyagent que lentement. Ensuite, il met en avant le fonctionnement social et politique. Ici, l'auteur crée une division entre les différents types de sociétés et de formes politiques. Cela lui permet d'expliciter les raisons des changements politiques mais surtout de conceptualiser certains termes importantes (comme la monarchie absolue).

    Dans un second temps, il s'intéresse à la Révolution proprement dites. L'étude de celle-ci le conduit à mettre en avant la rupture organisée entre l'Ancien Régime et un "nouveau régime." Outre une égalité devant la loi, la Révolution permet de constituer un état fort centralisé qui peut survivre à des menaces internes comme externes. De plus, l'auteur montre l'importance du moment révolutionnaire pour le monde. En premier lieu, les pays européens sont forcés de se placer face à ce changement, ce qui conduit à des guerres qui durent jusqu'à l'époque Napoléonienne. Ensuite, les mouvements politiques européens ont un impact dans les autres continents, colonisés. Ceux-ci commencent à connaitre des mouvements de libérations plus ou moins réussis, mais qui sont surtout le fait d'hommes blancs qui veulent atteindre un certain pouvoir.

    Ce premier volume est plutôt intéressant. Il réussit à synthétiser plusieurs évènements mais surtout il permet d'avoir une meilleure compréhension de certains concepts et du fonctionnement de l'histoire. Bien que l'auteur essaie de mettre en avant une histoire mondiale, on peut déplorer que le propos soit surtout européen et même francocentré. D'une certaine manière, ceci est compréhensible puisque le livre étudie un mouvement qui début en France et qui a eu un impact important en Europe. Mais on aurait souhaité un peu plus d'informations sur des pays plus nombreux. Les Amériques sont étudiées, mais de manière très superficielle.

    Image : Éditeur

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  • Pentagon Papers / The post

    Les années de la présidence Nixon, les États-Unis sont en pleine guerre au Vietnam alors que les opposants intérieurs sont pourchassés par cointelpro. La guerre ne semble pas aller mieux malgré les discours positifs de tous les membres de l'administration. Mais un homme connait la vérité. Il est expert auprès de la Rand corporation et l'un des auteurs d'un rapport sur la guerre. Celui-ci est explosif et met en cause toutes les administrations précédentes. Après des mois d'effort, il réussit à copier toutes les pages du rapport afin de l'apporter au New York Times. Mais lorsque le journal tente de publier le rapport il est mis en demeure par la justice des États-Unis. Mais un autre journal possède les mêmes documents. Et la personne à sa tête, Katharine Graham, doit prendre une décision alors que son entreprise vient tout juste d'entrer en bourse.

    SPOILERS

    Je suis mitigé face à ce film. J'ai l'impression que Spielberg essaie de faire fonctionner deux histoires en même temps sans vraiment y réussir. On peut dire que la première histoire concerne les Pentagon Papers, un rapport classé secret défense sur les mensonges et les manipulations politiques en faveurs de la guerre au Vietnam. Bien que ces informations soient au centre du film, celui-ci n'explicite que peu ce qu'on peut y trouver. On ne sait que quelques petites choses ainsi que la raison de la constitution du rapport. Pire encore, on ne sait pas de quelle manière le gouvernement Nixon essaie d'argumenter contre la liberté de la presse dans ce cas particulier. On ne sait qu'une seule chose : la presse gagne et Nixon est un président qui abuse de son pouvoir. Le film tente aussi de se placer en faveurs du journalisme d'investigation, une posture que j'apprécie. Cependant, la manière dont les journalistes travaillent pour comprendre et analyser leur source n'est pas montrée, sauf lors d'une scène. Pire encore, l'éthique du journalisme est simplement annoncée, elle n'est pas discutée. Sauf, là encore, lors d'une scène. Enfin, le film met en scène les liens entre les médias et le monde politique mais, là encore, ne discute du sujet que lors d'une seule et unique scène après l'avoir mentionné à plusieurs reprises. En fait, ce film aurait pu être un moyen d'argumenter sur la nécessité du journalisme dans une démocratie face à un gouvernement hostile mais Spielberg semble avoir renoncé.

    Il y a une seconde intrigue dans ce film, elle concerne la société de Katharine ainsi que ses capacités en tant que dirigeante. Dans un grand nombre de scènes, on voit Katharine, jouée par Meryl Streep, au sein d'un monde d'hommes. Il y a des hommes dans son conseil d'administration, il y a des hommes comme principaux contributeurs et journalistes, ses collègues et concurrent sont des hommes... Bref, les femmes n'apparaissent presque pas à ses côtés. Loin d'être une mauvaise chose j'ai l'impression que cet aspect est voulu par la réalisation. En effet, des femmes apparaissent à plusieurs reprises. Que ce soit lors d'un diner qui les voit sortir lorsque les hommes commencent à parler politique ou encore la femme de Ben Bradley, jamais nommée dans le film à moins que je ne me trompe. Cette dernière permet d'expliciter la position de Katharine dans ce monde masculin. Elle dirige non parce que l'on valide ses capacités mais parce que son mari est mort, on ne l'écoute pas lors des réunions importantes, on parle comme si elle n'était pas présente. Bref, on agit sans la prendre en compte alors qu'elle est la patronne, car elle est une femme et ses conseillers sont des hommes qui "savent" être compétents. Le film se pose donc la question de la manière, pour une femme, d'entrer dans un monde masculin et de prendre des décisions difficiles qui sont constamment remises en cause. La réalisation n'hésite pas à tabler sur la fragilité et les doutes, non comme un défaut mais un acquis face aux nombreuses remises en cause que Katharine Graham subit durant sa vie. C'est la raison pour laquelle l'une des dernières scènes, en descendant les marches de la cour suprême, permet de montrer d'autres femmes, anonymes, se tourner en direction de Katharine Graham alors que les hommes observent un autre homme parler.

    *
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    *** Intéressant mais un peu en dessous en mes attentes. J'ai l'impression de ne pas mieux comprendre les Pentagone Papers ni le Washington Post, ce qui est un peu décevant.
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    Image : Allociné

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  • Les murs du silence. Abus sexuels et maltraitances d'enfants placés à l'institut Marini par Anne-Françoise Praz, Pierre Avvanzino et Rebecca Crettaz

    Titre : Les murs du silence. Abus sexuels et maltraitances d'enfants placés à l'institut Marini
    Auteur-e-s : Anne-Françoise Praz, Pierre Avvanzino et Rebecca Crettaz
    Éditeur : Alphil / Presses universitaires suisses 2017
    Pages : 232
    TW : Violences, humiliations, abus émotionnels, abus sexuels

    Comme l'explique le préambule, en février 2015 l'évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr Charles Morerod, confie un mandat de recherche à une petite équipe d'historien-ne-s afin de faire la lumière sur des allégations d'abus sexuelles au sein de l'institut pour orphelins Marini, dans lequel des garçons pauvres francophones et alémaniques furent placés par l'assistance sociale. Cet institut se trouvait sous le contrôle direct de l'évêché. Le rapport fut rendu lors d'une conférence de presse en présence des victimes, le 26 janvier 2016, attirant l'attention d'une partie importante des médias suisses. Suite à l'attention soutenue de la presse et du public les auteur-e-s ont décidé de publier le rapport, le livre que je viens de terminer.

    Le livre est construit en 5 parties distinctes qui permettent de comprendre le fonctionnement de l'institut, les faits avérés mais aussi de mettre en lumière les raisons pour lesquelles les personnes coupables de maltraitances n'ont pas été inquiétées. Dans chaque chapitre, les témoignages oraux sont utilisés en parallèle des archives. Les deux premiers chapitres permettent de mieux comprendre comment on devient un enfant placé à Marini mais aussi le fonctionnement de l'institut. Ainsi, les auteur-e-s démontrent que les pensionnaires francophones sont placés sur une longue durée sans posséder de contacts soutenus avec leurs parents, quand des parents existent. Ces enfants ne connaissent que leur tuteur ou les assistants sociaux, qui ne passent pas régulièrement les voir. En face d'eux, des garçons germanophones sont placés un an afin de travailler tout en apprenant le français. Ceux-ci sont liés à une famille qui peut le soutenir en cas de besoin. La vie est rude et frugale. Les repas sont peu variés et servis dans de la vaisselle de fer. Outre le travail scolaire, les enfants doivent travailler dans les champs, afin de payer le coût de leur placement qui n'est pas entièrement pris en charge par la pension. Le travail est dur voir destiné à des adultes. Il existe même une catégorie d'enfants qui ne sont pas envoyés à l'école afin de travailler perpétuellement. Les punitions sont aussi monnaies courantes et les auteur-e-s décrivent une forme particulièrement humiliante et violente ayant lieu après la messe.

    Les chapitres 3 et 4 se concentrent sur les abus sexuels commis à Marini par des ecclésiastiques. Les auteur-e-s montrent que des abus graves et répétés ont eu lieu durant la période d'étude. Abus dont les dénonciations n'ont pas permis de protéger les enfants. Les auteur-e-s construisent les chapitres en essayant d'éviter une posture de scandale ou voyeuriste afin de mettre en avant non pas les actes mais la manière dont les personnes qui ont accepté de témoigner ont perçu ces actes. L'étude montrer que les anciens enfants placés se sont trouvés piégés face à des hommes plus âgés qui possèdent un certain pouvoir et une autorité morale importante. De plus, le manque d'affection a rendu les personnes vulnérables face aux actions d'adultes abuseurs. Cependant, des dénonciations ont eu lieu. Il est donc nécessaire de comprendre pour quelles raisons les abuseurs sont restés en place et n'ont pas été déférés en justice, mis à part deux cas. Les auteur-e-s montrent que les autorités, l’Église et les médias, même de gauche, sont réticents à mettre en cause des prêtres dont le statut, au sein d'un canton fortement catholique, ne doit pas être mis à mal. De plus, les actes dénoncés sont systématiquement requalifiés soit en usant d'un qualificatif médical soit en niant la portée de ceux-ci, ce ne sont que des imprudences. Pire encore, lors du XIXème siècle l’Église catholique s'est fermée à la dénonciation publique. Les personnes ayant connaissances de cas d'abus ont l'obligation de silence, au prix d'une excommunication. L’Église règle les problèmes à l'interne par un déplacement de la personne accusée, parfois temporaire. Ce n'est que récemment que le Pape François a décidé de forcer la dénonciation aux autorités, faisant face à une résistance importante de personnes qui considèrent que les membres de l’Église ne devraient pas être soumis à une justice séculière.

    Enfin, le livre se termine sur les effets des abus sur le parcours de vie des victimes. Les auteur-e-s, grâce aux témoignages consentis, montrent la difficulté de parler de cette période pour les personnes qui ont vécu ces abus. Outre les actes sexuels à proprement parler, ce sont aussi les manques affectifs et la violence qui ont pesé. Ces garçons ont été considéré comme peu importants et incapables de réussites et donc empêchés de suivre leurs capacités à tous les niveaux, bien que certaines rencontres aient été positives. Les abus ont aussi fortement péjoré le développement affectif. Il est devenu difficile de se considérer valable même avec une aide médicale. Cependant, il faut noter aussi une capacité de résilience, souvent liée à une rencontre avec une famille ou une personne, enseignante parfois, positive. Certains sont sortis avec un but spécifique pour construire leur vie tandis que d'autres ont réussis à reconstruire leur récit après avoir aidé des personnes à surmonter leurs propres problèmes. Mais c'est aussi le souhait par l’Église, via cette recherche, de demander pardon et d'accepter la vérité des faits qui peut avoir permis une reconstruction.

    Enfin, le livre se terminer sur une synthèse et les souhaits des personnes qui ont témoigné. Les auteur-e-s ajoutent diverses annexes dont des versions complètes des témoignages, la méthodologie, le guide d'entretien ainsi qu'un historique de l'institut Marini. Ce livre se concentre sur un institut précis et la recherche autours de faits graves qui donnent lieu, actuellement, à des processus de réparations financières. Les questions plus larges du placement d'enfants sont mentionnées mais ne sont pas centrales, bien que les questions posées soient importantes. Les auteur-e-s mentionnent aussi les problèmes éthiques que posent une telle étude. Comment se situer face aux témoignages et comment ne pas les trahir. Mais aussi de quelle manière éviter le scandale pour mettre en avant les causes qui expliquent la survenue de tels actes et l'incapacité de les dénoncer. Les auteur-e-s placent aussi ce travail dans le cadre d'un effort au niveau international pour comprendre le traitement subis par une partie de la population mondiale au sein d'instituts de placement et face aux mesures d'assistances de différents pays. Plusieurs commissions d'enquêtes ont travaillé, voir travaillent encore, sur le sujet.

    Image : Éditeur

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