contemporain

  • Des Suisses au coeur de la traite négrière par Olivier Pavillon

    Titre : Des Suisses au cœur de la traite négrière
    Auteur : Olivier Pavillon
    Éditeur : Antipodes 2017
    Pages : 160

    Les travaux sur les relations de familles suisses avec la traite ne sont pas nombreux. Ce n'est que récemment que des historien-ne-s s'y sont intéressé-e-s, nous offrant un livre de base pour comprendre ces liens. Ce livre s'inscrit dans ce mouvement. Il est constitué de trois articles qui permettent d'examiner des exemples familiaux précis afin de comprendre comment elles ont pu avoir des liens avec l'esclavage et la traite. Ces trois familles recherchent toutes la richesse dans les colonies et subissent les changements politiques du continent européen.

    La première est celle des Larguier des Bancels. L'auteur l'examine sur plusieurs générations et sur un espace géographique large. En effet, cette famille tente de gagner en fortune depuis plusieurs générations, malgré des problèmes de dettes, ce qui implique l'achat de fiefs et droits seigneuriaux. Leurs efforts impliqueront des achats en Ile de France. Ces possessions se trouvent dans la tourmente alors que des problèmes de successions et des changements politiques ont lieu. Ainsi, l'un des fils de la famille fait partie des colons qui tentent d'empêcher la lecture du décret d'abolition de l'esclavage. Celui-ci aura bel et bien lieu, au grand regret de la mère de ce dernier qui considère que les anciens esclaves sont dorénavant mieux lotis que les européen-ne-s. Pour finir, la famille perdra toute sa fortune.

    Un second article permet de comprendre de quelle manière trois familles suisses se sont liées afin d'investir dans le commerce maritime. Ces investissements se font à Marseille, alors que la Révolution approche, le but est de consolider les finances et de faire fortune. Mais ces investissements sont particulièrement risqués et peuvent demander plusieurs années avant que l'information n'arrive aux investisseurs. Le nombre important de personnes qui se retrouvent pour un voyage permet de diminuer les risques tout en gardant une possibilité d'enrichissement important. Mais ces trois familles ne vont pas être très heureuses en affaire, tout en ne se posant que peu la question de la traite vue uniquement comme une affaire économique.

    Enfin, une dernière étude de cas se concentre sur Alfred Jacques Henri Berthoud. Ce dernier se rend au Surinam ou il acquiert une petite propriété, qu'il risque rapidement de perdre. Heureusement pour lui, son mariage au sein d'une famille riche lui permet de gagner en statut et en monnaie. Sa femme meurt, mais elle lui laisse tout son héritage au grand désarroi de sa belle-mère. Il rentre en Suisse et ne gère ses affaires que de loin avant de souhaiter les liquider. Il se place en "humaniste" car il tente d'éviter de séparer ses esclaves, ce qui ne l'empêche pas d'user de punitions... Son argent lui permet de gagner un statut important en Suisse, au sein du monde politique.

    Ces trois exemples, tirés d'articles déjà publiés dans des revues locales, permettent d'illustrer l'importance des familles suisses au sein du système esclavagiste. Mais les informations ne sont que parcellaires. En effet, comme le dit Gilbert Couttaz en postface, les sources se trouvent au sein d'archives privées et certaines familles souhaitent éviter la mauvaise publicité d'un lien avec l'esclavage. Ce n'est que lorsque ces archives sont déposées au sein d'institutions publiques qu'il devient plus facile de travailler sur ce sujet.

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  • La guerre du Sonderbund. La Suisse de 1847 par Pierre du Bois

    Titre : La guerre du Sonderbund. La Suisse de 1847
    Auteur : Pierre du Bois
    Éditeur : Alphil 2018
    Pages : 160

    La Confédération Suisse a aussi connu une guerre civile. Elle a eu lieu en entre 1847 et 1848. Sa conclusion fut rapide, à peine 1 mois pour une centaine de morts, mais ses effets et ses causes furent majeurs sur la constitution de la Suisse moderne, constitution qui fut débloquée après la guerre malgré les craintes et menaces des puissances européennes. L'histoire globale est connue. On peut même l'avoir suivie à l'école. Mais qu'en est-il des raisons profondes d'une crise qui a divisé durablement le pays même après une guerre qui ne fit que peu de morts ?

    Dans ce petit livre, Pierre du Bois examine les causes, les événements et les effets d'une guerre qui déchaina les passions dans toute l'Europe. Il commence par expliquer le contexte général. Bien que la Confédération fonctionne sous un texte fondamental accepté par les puissances européennes, le pacte fédéral de 1815, celui-ci n'est pas apprécié par une partie de la population. Celle-ci, entrainée par un mouvement radical, essaie de défendre des idées provenant des Lumières et de la Révolution française. Face à eux, les cantons plus conservateurs essaient de garder en vie le fonctionnement de l'ancien régime, soutenu en cela par les puissances européennes.

    Cette division politique se double d'une division religieuse lorsque radicaux et conservateurs se heurtent face à l'arrivée des jésuites en Suisse et en ce qui concerne l'état des couvents. Là où les conservateurs invitent les jésuites les radicaux y voient un danger pour le pays, danger provenant de Rome. Loin de ne rester qu'orales, les crises deviennent tangibles alors que des corps francs sont mis en marche pour s'attaquer à certains cantons.

    Les crises sont nombreuses et l'auteur nous les explicite avant de décrire, pratiquement au jours le jours, la guerre du Sonderbund. Celle-ci, dont le nom provient du pacte de défense secret entre 7 cantons catholiques. Bien que la crise devienne de plus en plus importante, il faut un certain temps avant que les confédérés ne réussissent à demander la dissolution de l'alliance des 7 et, en l'absence d'accord, d'agir au niveau militaire. Là aussi, il faut du temps pour décider qui sera à la tête de l'armée fédérale et comment agir. Le général Dufour choisira de s'attaquer à chacun des cantons l'un après l'autre. Le général réussit à vaincre le canton de Fribourg sans combats avant de se diriger vers le centre de la Suisse. Bien qu'il soit obligé d'y combattre, il réussit à recevoir la capitulation de Lucerne puis d'Uri. Le Valais ne capitule que le 1er décembre, là aussi sans combats.

    Une guerre civile a des conséquences. Outre la capacité de créer une véritable constitution et donc la mise en place de nouvelles institutions civiles, les autorités des cantons vaincus sont renversées et leurs constitutions modifiées. Dans tous les cas, ce sont des radicaux qui prennent le pouvoir et qui décident de supprimer toutes traces de l'Ancien Régime. De plus, ces cantons doivent prendre en charge les coûts de la guerre tandis que des poursuites en justice ont lieu contre certaines personnes. Les puissances européennes tentent d'agir mais sont prises de court par la vitesse de la guerre et des mouvements révolutionnaires dans chacun de leurs pays. Malgré une guerre peu violente, des vainqueurs qui évitent de prendre revanche et une constitution équilibrée, les divisions dureront longtemps.

    En conclusion, ce petit livre intéressera toutes personnes qui souhaitent en savoir plus sur l'époque du Sonderbund. L'auteur réussit à montrer les erreurs des deux camps et à décrire la cascade d'événements qui conduit presque fatalement à une confrontation armée. Bien qu'il ne s'intéresse pas spécifiquement au reste de l'Europe, il mentionne tout de même l'intérêt des puissances européennes envers la Suisse. Le livre de Cédric Humair, La Suisse et les puissances européenne, sera un bon moyen de mieux connaitre cet aspect.

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  • Histoire du féminisme par Michèle Riot-Sarcey

    Titre : Histoire du féminisme
    Autrice : Michèle Riot-Sarcey
    Éditeur : La découverte octobre 2015
    Pages : 128

    Après avoir lu un petit que sais-je sur les féminismes dans le monde je me suis plongé dans ce livre de la collection repères. Malgré son titre, ce n'est pas une histoire du féminisme. C'est une histoire du féminisme en France et, plus particulièrement, à Paris pour la période 1789 à nos jours. Le but de l'autrice est décrit une synthèse des mouvements féministes français en mettant en avant les principales revendications lors de périodes clés. Malgré son aspect très parisien, l'autrice mentionne quelques activités dans d'autres pays mais ne s'y attarde pas. Le livre est constitué de 7 chapitres chronologiques.

    Les trois premiers s'intéressent aux années 1789 à 1860. J'en parle ensemble dans cette présentation car les mouvements féministes sont confrontés à des logiques révolutionnaires ainsi qu'à l'idée de droits humains universels. Suivant l'idée que certains droits sont naturels et universels, les femmes militantes souhaitent aussi en profiter et recevoir les mêmes capacités que les hommes. Cependant, les différents gouvernements et parlements ne sont pas en faveurs de cette égalité. Plusieurs militantes sont expulsées de France ou condamnées à mort pour leurs activités. Dans le même temps, une partie du monde éduqué essaie de penser la place des femmes comme naturellement assujettie à une domination masculine. Ce qui pousse à la mise en place de protections face au travail mais aussi à une défense politique de la maternité, vue comme un devoir et un but féminin.

    Une seconde partie de chapitres s'intéressent aux années 1860 à 1960. Ces trois chapitres permettent de parler des deux guerres et de leurs conséquences immédiates. L'une des premières conséquences est la défense importante de la maternité. En particulier après la Première guerre mondiale, les pertes et le manque de naissances poussent à fortement s'attaquer à la contraception et à l'avortement. Bien que les années 45-50 ne mettent pas en question ce rôle maternel, les punitions pour avortement ne mènent plus à la peine de mort comme sous le régime de Vichy. Un second point concerne la mobilisation en faveurs du droit de vote. Malgré plusieurs échecs en France, le militantisme s'affirme et quelques femmes sont nommées au sein du gouvernement lors de l'entre-deux-guerres. Le droit de vote sera finalement accordé après la fin de la Deuxième guerre mondiale, mais sans que cela ne change fortement le nombre d'hommes élus.

    Enfin, un dernier chapitre fait le lien avec la période actuelle. L'autrice y démontre que les études féministes, sur les femmes et de genre ont pris un poids plus important dans les universités françaises. C'est en particulier le Mouvement de libération des femmes, et ses suites, qui a permis ce foisonnement intellectuel. Il est maintenant impossible de ne pas parler des femmes lors d'une étude et certaines œuvres de cette époque sont encore largement utilisées. L'époque actuelle permet aussi une nouvelle manière de penser certains sujets en faisant attention aux liens entre différentes formes de dominations. Ce qui permet de dénaturaliser non seulement la famille et les genres mais aussi les sexualités, permettant de penser de nouvelles manières de s'identifier.

    Comme je l'ai dit plus haut, ce livre n'est pas une histoire générale des féminismes. IL est fortement ancré dans la ville de Paris et la chronologie française. Cependant, cela n'enlève pas son intérêt à ce livre. On peut en revanche déplorer une synthèse parfois trop importante. L'autrice mentionne beaucoup d'événements et de personnes mais sans toujours pouvoir développer. De temps en temps, des encadrés permettent d'en savoir plus sur une personne, mais cela est rare si l'on prend en compte le nombre important de noms mentionnés. Heureusement, l'autrice ajoute une bibliographie thématique qui permet aux personnes intéressées de se reporter sur des recherches plus complètes.

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  • Les abolitions de l'esclavage par Marcel Dorigny

    Titre : Les abolitions de l'esclavage
    Auteur : Marcel Dorigny
    Éditeur : PUF avril 2018
    Pages : 128

    Je ne connais que peu de choses sur l'histoire de l'esclavage. J'en connais tout aussi peu sur l'histoire de l'abolition. Ce petit que-sais-je me permet de combler un manque dans mes connaissances en histoire et des conséquences de l'esclavage et des choix qui ont mené à l'abolition. Ce livre est suivi d'une chronologie qui se termine en 2001 et d'une bibliographie thématique. Ce petit livre est divisé en 7 chapitres.

    Les trois premiers chapitres permettent de situer le thème et d'expliciter ce que veut faire le livre. Bien entendu, l'auteur doit nous montrer de quelle manière fonctionnent les sociétés esclavagistes occidentales. Le but de ce livre n'est pas d'en faire l'analyse mais de parler des abolitions, ce qui explique le peu de pages qui s'intéressent aux pratiques. L'auteur essaie d'abord d'expliquer quelles sont les résistances à l'esclavage. Il démontre que les révoltes furent pratiquement immédiates, ce qui mène à une certaine peur des colons face à une population importante. Dans un troisième chapitre, il explique ce sont que les anti-esclavagistes et les abolitionnistes. Les deux ne sont pas identiques et surtout les moyens changent. Ainsi, il est rare qu'une personne pense que l'esclavage pourra disparaitre par une loi, les européens abolitionnistes préfèrent tenter une disparation par étape, presque "naturelle". L'abolitionnisme n'est pas non plus forcément basé sur la morale, ce sont souvent des questions économiques qui sont mobilisées. L'esclavagisme est vu comme une pratique ancienne économiquement peu fiable.

    Les chapitres 4 et 5 s’intéressent aux tentatives d'abolitions de l'esclavage et de la traite. Les premières abolitions se mettent en place par la France après la Révolution. Mais celle-ci dépend des insurrections locales, en particulier à Saint-Domingue, et non d'une décision de Paris. Ce n'est qu'après des tentatives de répressions que les envoyés de Paris décident unilatéralement, et illégalement, de supprimer l'esclavage. Mais cette première abolition échoue à cause de Napoléon qui rétablit la pratique. Le chapitre 5, en revanche, permet de comprendre de quelle manière le XIXème siècle a permis l'abolition. L'auteur commence par expliciter les décisions du Congrès de Vienne et de l'Angleterre avant de présenter les décisions de plusieurs pays. Il montre que, dans tous les cas, les décisions sont critiquées voire refusées par les colons.

    Les deux derniers chapitres s'intéressent aux suites de l'abolition. Le chapitre 6 pose la question de l’indemnisation des colons. Celle-ci dépend de la manière dont on pense l'humanité mise en esclavage : est-ce que ce sont des humain-e-s avec des droits naturels ou des possessions protégés par les droits de propriété. Malgré certains discours véhéments, les colons sont progressivement indemnisés par les états (sauf aux Etats-Unis). Enfin, le dernier chapitre essaie de comprendre de quelle manière les sociétés se sont développées après les abolitions. L'auteur montre que l'esclavagisme et son abolition ont eu des conséquences importantes sur les sociétés. Même égaux, les anciens esclaves ne sont pas toujours libres de leurs mouvements ou dans leur choix de travail. De plus, le racisme est toujours présent.

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  • Histoire mondiale des féminismes par Florence Rochefort

    Titre : Histoire mondiale des féminismes
    Autrice : Florence Rochefort
    Éditeur : PUF mars 2019
    Pages : 128

    Bien que j'aie suivi quelques cours et lu quelques livres je n'ai pas une connaissance importante de l'histoire du féminisme, en particulier dans une perspective internationale. Pour cette raison, je me suis procuré ce petit livre avec beaucoup de curiosité. L'autrice se défie de réussir une histoire globale des féminismes depuis 1789 jusqu'à aujourd'hui. Bien entendu, la collection dans laquelle cette histoire est oubliée implique de rester synthétique. Des informations plus importantes sont disponibles dans la bibliographie. Pour réussir son paris l'autrice met en place 3 chapitres.

    Le premier s'intéresse à la période de 1789-1860. Florence Rochefort débute par les révolutions françaises et américaines. Elle explicite les demandes d'égalité que ces révolutions, et l'idée de droits humains, implique. Mais elle démontre aussi la difficulté d'atteindre cette égalité puisque les différents parlements refusent celles-ci et interdisent certaines formes de militantismes féminins. La seconde période implique aussi les débuts du socialisme et son lien avec le féminisme, du moins au début. Ces liens sont d'abord importants avant de devenir plus distendus, en particulier sous l'influence de Proudhon.

    La seconde période est celle de 1860 à 1945. L'autrice commence son chapitre en parlant du passage d'organisations nationales à l'internationale. En lien, et contre, les internationales socialistes certaines féministes essaient de créer des organisations internationales chargées de fédérer des mouvements nationaux. Ce sont en particulier les droits politiques qui y sont défendus, parfois avec une position colonialiste qui est aujourd'hui critiquée. Bien entendu, la Société des Nations et l'ONU donnent un nouvel élan à cette forme d'internationalisation des féminismes. La période permet aussi un renouveau de la lutte en faveurs du suffrage féminin, parfois de manière violente comme en Angleterre. Cette lutte se termine plus ou moins après la Deuxième Guerre Mondiale en occident. En effet, certains pays n'ont toujours pas l'égalité politique tandis que les colonies sont laissées de côté.

    Enfin, le troisième chapitre s'intéresse à la période 1945-2000. C'est une période de continuité et de renouveau. Les féminismes réformistes sont toujours existants et commencent à s'intéresser au droit à la contraception. Mais les années 60 impliquent une nouvelle génération et de nouvelles demandes, même si certaines existaient déjà au XVIIIème siècle. Le féminisme des années 60 est radical mais entre en déclin dans les années 80. Ensuite, les mouvements s’institutionnalisent afin de défendre certaines idées précises tandis que les féminismes sont critiqués et développés dans une direction antiraciste et de compréhension des sexualités. Le livre se termine sur les apports de ces féminismes sur les sociétés actuelles.

    Ce petit livre est très dense. L'autrice, à mon avis, réussit parfaitement à résumer 200 ans d'histoire. Elle montre de quelle manière les idées sont développées et défendues au fil du temps mais aussi les changements importants. Mieux encore, elle réussit à mettre en avant une perspective internationale en mentionnant les mouvements de pays africains ou asiatiques et leurs créatrices. Cependant, la taille du livre implique de ne pas pouvoir les examiner de manière précise même si l'autrice fait attention à démontrer les tensions avec les féminismes occidentaux.

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  • Un quotidien sous contrainte De l’internement à la libération. Commission indépendante d'expert-e-s internements administratifs 8 par Loretta Seglias, Kevin Heiniger,Vanessa Bignasca, Mirjam Häsler Kristmann, Alix Heiniger, Deborah Morat et Noemi Dissler

    Titre : Un quotidien sous contrainte De l’internement à la libération. Commission indépendante d'expert-e-s internements administratifs 8
    Auteur-e-s : Loretta Seglias, Kevin Heiniger, Vanessa Bignasca, Mirjam Häsler Kristmann, Alix Heiniger, Deborah Morat et Noemi Dissler
    Éditeur : Alphil 2019
    Pages : 767

    Après plusieurs volumes consacrés aux différents aspects de l'internement administratif ce dernier volume de recherche - le prochain est une édition de sources commentées tandis que le dernier est le rapport destiné aux autorités fédérales - s'intéresse spécifiquement aux différents établissements qui ont acceptés des interné-e-s sous le régime administratif. Les auteur-e-s prennent l'exemple de 5 établissements dans les cantons de Fribourg, Berne, Zurich et le Tessin. Ce gros livre est divisé en un grand nombre de chapitres, suivis d'annexes, mais on peut le diviser en deux grosses parties, que nous allons présenter sans pour autant prétendre à l'exhaustivité.

    La première partie concerne la création des établissements. Elle est constituée d'un historique qui permet de comprendre les buts initiaux des autorités lors de la construction des différentes prisons. Bellechasse, par exemple, devait permettre la mise en valeur d'un large terrain agricole. Les auteur-e-s y examinent non seulement les idées derrière la construction mais aussi l'architecture précise. Cela permet de mettre en avant certaines caractéristiques, par exemple le fait d'être proche d'autres établissements ou de fabriques.

    Une seconde partie s'intéresse plus précisément aux conditions de vies à l'intérieur des établissements. Il faut noter que les auteur-e-s s'intéressent aussi aux gardien-ne-s. Même si les directeurs vivent assez bien les gardien-ne-s doivent longtemps accepter des conditions de vie proche de l'armée et du quotidien des personnes internées. La nourriture est de basse qualité, le travail est difficile sans vacances et la vie de famille presque impossible puisque les employé-e-s doivent vivre à l'intérieur des prisons, en tout cas en ce qui concerne Bellechasse. Ce n'est qu'après la Deuxième guerre mondiale que les conditions de travail s'améliorent quelque peu.

    Mais le gros du volume concerne les conditions connues par les personnes internées. Les auteur-e-s prennent en compte aussi bien le travail, la santé, la sexualité ou encore les violences subies. Pour ce dernier point, le volume permet de mettre en avant des actes de violences physiques qui confinent à la torture. Ces actes ont pour seuls buts de soumettre les personnes internées, sans avoir commis de crimes, à l'autorité des gardien-ne-s. Les auteur-e-s essaient d'expliquer ces actes de violences par le manque de formation concernant la gestion d'une population enfermée et l'exemple de personnes plus élevées en termes de grades.

    La nourriture est longuement examinée. C'est une revendication importante des gardien-ne-s et des interné-e-s. Elle est modeste, constituée souvent de la production interne lorsque l'établissement possède des champs. Ce sont les invendus ou les déchets. Les médecins et autorités ne considèrent pas cette nourriture comme mauvaise bien qu'elle ne soit pas adéquate pour un travail important. Cependant, ces mêmes médecins notent que les interné-e-s n'hésitent pas, parfois, à manger des animaux trouvés dans les champs. Loin de remettre en cause les portions de nourritures ces actes sont mis sur le compte de problèmes psychologiques personnels. Tandis que les portions peu ragoutantes permettent de suivre l'idée que les personnes emprisonnées doivent vivre moins bien que les personnes libres les plus pauvres.

    Le travail est aussi largement examiné puisque celui-ci est vu comme un moyen de réadaptation, de preuve de la réussite de l'internement et de préparation à la sortie. Le travail est souvent monotone car ce sont des emplois peu rémunérés et peu formateurs qui sont proposés. La rémunération n'est d'ailleurs pas un salaire mas un pécule qui permet d'éduquer à la prévoyance et qui ne donne pas forcément des droits à l'AVS. Le travail est au centre de la vie interne puisqu'une personne qui accepte de travailler est vue plus favorablement et pourrait sortir plus facilement, suivant en cela l'idée du travail comme moyen de rééducation à la vie dites normales en dehors de l'établissement. Mais celui-ci est aussi un moyen d'éviter des coûts importants pour les cantons. En effet, les directeurs utilisent les interné-e-s afin de créer des biens et de les vendre à l'extérieur, quand la production n'est pas directement utilisée à l'interne. Bien entendu, se pose la question de la concurrence avec des producteurs qui utilisent des employé-e-s libres. En effet, les personnes interné-e-s n'ont pas de véritables salaires, ne sont pas soumis aux cotisations sociales et ne sont pas protégées par le droit du travail. Cependant, cette question n'est jamais examinée sérieusement par les directeurs.

    Je n'ai fait que mettre en avant quelques aspects. Ce volume est le plus gros de ceux actuellement édités. L'examen de la vie quotidienne est très complet et permet de mieux comprendre les conditions de vie et leurs effets sur les personnes qui ont été internées et leur vie en dehors des prisons. Il faut noter le pouvoir important de la direction sur les possibilités de sortie, puisque les personnes internées sous régime administratif ne le sont pas toujours avec une date de sortie précise mais peuvent dépendre du choix des autorités.

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  • Ordre, morale et contrainte Internements administratifs et pratique des autorités. CIE internement administratif 7 par Rahel Bühler, Sara Galle, Flavia Grossmann, Matthieu Lavoyer, Michael Mülli, Emmanuel Neuhaus et Nadja Ramsauer

    Titre : Ordre, morale et contrainte Internements administratifs et pratique des autorités. Commission Indépendante d'Expert-e-s internement administratif 7
    Auteur-e-s : Rahel Bühler, Sara Galle, Flavia Grossmann, Matthieu Lavoyer, Michael Mülli, Emmanuel Neuhaus et Nadja Ramsauer
    Éditeur : Alphil 2019
    Pages : 591

    Après plusieurs tomes consacrés aux témoins, au quantitatif et aux égo-documents ce volume 7 s'intéresse au fonctionnement précis des procédures qui permettent d'interner administrativement une personne. Les auteur-e-s ne s'intéressent donc pas spécifiquement à la création des lois, déjà examinée, mais aux procédures et à l'usage plus ou moins légal de celles-ci. Cela conduit les auteur-e-s à se demander si les processus des différents cantons impliquent des procédures plus respectueuses, ou non, des droits fondamentaux des personnes. Pour répondre à cette question plusieurs exemples cantonaux sont analysés : Zurich, Schwitz, Fribourg et Vaud.

    Les exemples permettent de mettre en avant plusieurs types de cantons (langues et urbanisation) ce qui permet de faire une analyse comparative entre eux. La lecture du volume permet de comprendre qu'il existe une différence importante dans la pratique. Les cantons plus pauvres, comme Fribourg, ont tendant à user d'agents peu nombreux. Fribourg, par exemple, donne les pouvoirs d'enquête et de décision aux préfets. Bien que cela soit défendu par la connaissance du terrain et la nécessité d'éviter une attente trop longue au sein de la justice normale, ces procédures sont régulièrement dénoncées. Il ne faut pas oublier la place qu'avait la préfecture au sein de la République chrétienne. Les préfets reçoivent leur poste en remerciement de leur soutien au parti majoritaire et sont donc soumis au Conseil d'état. En ce qui concerne Zurich et Vaud les deux cantons utilisent des procédures plus professionnelles. Vaud, en particulier, offre le seul exemple de commissions annexes chargées de statuer sur les cas. Cependant, il ne faut pas sous-estimer les liens avec le pouvoir politique ni surestimer la volonté de contrôle du Conseil d'état, parfois instance de recours.

    Cependant, ces différences ne sont pas suffisantes pour impacter la capacité de défense de la part des personnes internées. Certes, Zurich et Vaud ont des procédures de défense. Contrairement à Fribourg et Schwitz. Mais les recours sont très compliqués. Les gouvernements cantonaux jouent de la différence entre procédures judiciaires et administratives afin de bloquer l'accès aux moyens de défenses. Ainsi, les personnes internées ne sont pas forcément mises au courant de leurs droits de recours. Si elles tentent un recours, les dossiers constitués sur elleux ne sont pas forcément communiqués, ou communiqués seulement en partie. Un exemple précis, sur Vaud, montre que les tentatives de recours et d'usage du droit sont utilisés par les experts psychiatriques pour justifier les besoins de soins de la personne. Étrange procédure dans laquelle demander l'accès à ses droits fondamentaux et jugés comme une maladie à soigner !

    Ce volume est très riche, en grande partie écrit en allemand ce qui a joué sur ma compréhension de certains faits. Malgré sa densité je ne peux que le conseiller aux personnes qui souhaitent comprendre le fonctionnement d'une procédure très particulière. En effet, les auteur-e-s ont réussis à présenter de manière fine le fonctionnement des processus de décisions et l'impact des personnes chargées de prendre ces décisions. Par les exemples mis en avant, les auteur-e-s démontrent aussi l'aspect classiste de cette procédure qui s'attaquent en premier lieu aux personnes les plus marginales. L'examen très précis de ces processus nous permet de mieux comprendre à quel point l'internement administratif fut scandaleux puisque les droits fondamentaux furent déniés à un grand nombre de personnes.

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  • «… je vous fais une lettre» Retrouver dans les archives la parole et le vécu des personnes internées. Commission indépendante d'expert-e-s internement administratif4 par Anne-Françoise Praz, Lorraine Odier, Thomas Huonker, Laura Schneider et Marco Nardone

    Titre : « … je vous fais une lettre » Retrouver dans les archives la parole et le vécu des personnes internées. Commission indépendante d'expert-e-s internement administratif 4
    Auteur-e-s : Anne-Françoise Praz, Lorraine Odier, Thomas Huonker, Laura Schneider et Marco Nardone
    Éditeur : Alphil 2019
    Pages : 448

    Sur les 6 tomes actuellement disponibles (3 autres devraient être rendus publics en juillet puis le dernier tome en septembre) celui-ci est le quatrième. Son but est d'analyser les égo-documents, en particuliers les lettres, afin de comprendre la pratique et les effets de l'internement administratif sur la population visée. Pour cela, les auteur-e-s se sont intéressé-e-s aux archives de l'établissement fribourgeois de Bellechasse. En effet, de nombreux confédérés furent envoyés d'autres cantons dans cette grande prison agricole, aussi bien des prostituées que des alcooliques ou encore des jeunes enfants placés. Bien que cela ne soit pas au centre de ce volume, il est nécessaire de prendre en compte le but de l'établissement de Bellechasse : l'apprentissage par le travail agricole. Ce travail est aussi un moyen de baisser les coûts de fonctionnement par l'usage d'une main d’œuvre bon-marché : les prisonniers et internés. Enfin, les auteur-e-s expliquent que les lettres sont particulièrement nombreuses dans les archives de Bellechasse tout simplement à cause de la censure importante appliquée par les différents directeurs. Le volume est divisé en trois parties qui portent sur différentes époques de l'internement. De plus, les chapitres sont parfois suivis d'encarts sur des sujets précis.

    La première partie s'intéresse à l'enquête et à la décision d'internement prononcée par différentes autorités cantonales. Le premier chapitre compare deux cantons romands : Vaud et Valais. Le premier interne pour une période précise à la suite d’une procédure stricte qui permet une défense. Les auteur-e-s notent dans ce volume que la connaissance du temps d'internement et de ses capacités de défenses jouent fortement dans les capacités d'adaptation et de survie des personnes en prison. Le Valais, en revanche, permet l'internement sur demande des communes. Celles-ci n'ont pas besoin d'entendre la personne ni de lui donner sa décision. Quelqu'un peut simplement se retrouver embarqué par la police et envoyé en prison. Le temps d'internement n'est pas non plus défini et il est parfois nécessaire d'attendre plusieurs mois pour qu'une décision légale soit transmise à la direction de Bellechasse, créant de la colère chez les personnes internées.

    Les auteur-e-s démontrent dans cette partie que les personnes qui tentent de se défendre face à un internement essaient d'éviter les catégorisation négatives mises en place par les autorités, quand elles y ont accès. Ces personnes sont aussi parfois surprises de leur envoi en prison, en particulier lorsqu'elles n'ont pas été entendues ni prévenues en avance. Selon les auteur-e-s, le fonctionnement particulier de l'internement administratif en fait une cause de mal être. Les interné-e-s sont enfermé-e-s avec des personnes emprisonnées selon le système pénal. Ce qui implique procédure de défense et connaissance du jours de sortie. Les interné-e-s n'ont pas forcément accès à ces deux points précis mais sont soumis au même régime et le subissent de manière exacerbée puisque leur destin leur est inconnu.

    La seconde partie s'intéresse à l'expérience de l'internement, encore une fois en commun avec les personnes emprisonnées selon le droit pénal. Les auteur-e-s s'intéressent à plusieurs aspects particuliers. La santé est l'un des points importants. En effet, l'expérience d'internement implique une santé défaillante pour plusieurs raisons. Premièrement, le travail difficile peut impliquer des risques. Les auteur-e-s intègrent ce risque pour la santé dans l'idée que la prison doit être plus dure que la vie des personnes les plus pauvres. Donc le travail doit être particulièrement difficile voire dangereux. De plus, la santé n'est pas la préoccupation principale des autorités. Vérifier l'état corporel des personnes internées et les soigner implique un coût que ni les communes, ni les états et encore moins Bellechasse ne souhaite. Régulièrement, le directeur de Bellechasse nie les ennuis de santé, les transformant en des simulations afin de se rendre dans un lieu plus facile à vivre

    Le second point concerne le travail. Celui accompli en prison est souvent difficile et rarement utile à l'extérieur, encore moins professionnalisant. Ce sont des travaux d'agriculture pour les hommes et des soins de ménage pour les femmes (défendant ici un ordre genré du travail). Les hommes craignent de perdre leur savoir-faire professionnel tandis que les femmes se plaignent d'un travail difficile et peu ragoutant. Dans les deux cas, il est possible de changer d'affectation mais cela dépend de la direction, qui possède ici un pouvoir important sur les interné-e-s.

    Enfin, un dernier point concerne les liens familiaux et amoureux des personnes interné-e-s. Les recherches de la Commission ont permis de comprendre que la direction de Bellechasse, et les autorités des communes et cantons, s'arrogent le droit de juger des relations connues par les personnes interné-e-s. Ces jugements concernent aussi bien la famille que de possibles mariages. Par exemple, il est possible que la direction de Bellechasse fasse pression sur les femmes afin d'accepter un abandon volontaire de leurs enfants, permettant une adoption légale. Ces pressions, bien entendu, remettent en question à la fois le caractère volontaire et le caractère légal de ces adoptions. De plus, les demandes en mariage et les liens affectifs avec des personnes extérieures peuvent être détruites par une censure des lettres, acte souvent mis en place pour attaquer une relation considérée comme dangereuse. Ainsi, les autorités essaient de défendre leur vision de ce qu'est une famille. Les femmes internées sont censées se marier afin d'éviter des enfants en dehors du mariage mais aussi de vivre comme femmes d'intérieurs. Cela implique un mariage avec un homme capable de subvenir à ses besoins et à ceux d'une famille, donc qui possède un travail salarié et n'est pas alcoolique. Bien entendu, les femmes internées jouent avec cela, acceptant des demandes en mariage qui permettent leur libération puis refusant le mariage. Ce qui pousse les communes à demander un mariage en prison avant toute libération.

    La dernière partie s'attache à comprendre la fin des internements et la vie qui suit, là aussi à partir des lettres conservées dans les archives (les interviews de personnes anciennement internées sont utilisées dans un autre volume). L'expérience de la sortie de prison dépend beaucoup de la procédure cantonale impliquée. Vaud, par exemple, offre une date précise avec une procédure de sortie anticipée en cas de bon comportement. D'autres cantons internent pour un temps indéterminé. La sortie dépend donc de la direction de la prison, des autorités cantonales et des autorités communales. Ce qui pousse la personne internée à chercher des aides internes et externes. Les lettres sont un moyen de prouver leur conformité avec les demandes des autorités. Cependant, dans les cas d'internements pour des temps indéterminés. Ces mêmes lettres peuvent être utilisées afin de contester l'internement et sa légalité. Celles-ci permettent aussi d'appeler à la pitié, souvent par l'usage des liens familiaux. De plus, les auteur-e-s démontrent que l'expérience d'internement a un impact sur la vie ultérieur des personnes qui l'ont connue. Avoir vécu un internement implique la constitution d'un dossier administratif qui peut être réutilisé par justifier un nouvel internement. Ne pas suivre les normes et les ordres, donnés dans le cadre d'un patronage, peuvent aussi implique un nouvel internement, parfois plus long. Les anciennes personnes internées en conscience de ce danger et essaient d'éviter les autorités, par les refus des aides sociales ou en déménageant (certaines vont jusqu'à s'inscrire à la légion étrangère). Loin de permettre une réinsertion l'internement crée un danger pour les personnes qui le subissent de ne pas pouvoir s'échapper d'une logique étatique de contrôle et d'enfermement des personnes considérées comme marginales pour des raisons économiques (chômage) ou morales (l'alcoolisme n'étant pas traité de manière médicale pendant longtemps mais selon son danger pour la vie familiale).

    Après un volume trois qui s'intéresse spécifiquement à l'aspect légal ce quatrième volume permet de mieux comprendre l'internement selon les personnes impliquées. Comme le disent les expert-e-s, les lettres analysées ne sont pas forcément représentatives de toutes les personnes interné-e-s. En particulier, les expert-e-s ont en accès aux lettres censurées et ne savent pas toujours ce qui a conduit à garder ces lettres. Seule l'accès à des lettres délivrées pourrait permettre de mieux comprendre les raisons d'en censurer certaines. Mais cela n'implique pas que leur lecture permet de mieux comprendre la vie à l'intérieur de la prison de Bellechasse et les effets d'un internement administratif aussi bien du point de vue professionnel que sur la santé ou encore les liens sociaux et familiaux.

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  • Des lois d’exception ? Légitimation et délégitimation de l’internement administratif. CIE Internement administratif volume 3 par Christel Gumy, Sybille Knecht, Ludovic Maugué, Noemi Dissler et Nicole Gönitzer

    Titre : Des lois d’exception ? Légitimation et délégitimation de l’internement administratif. CIE Internement administratif volume 3

    Auteur-e-s : Christel Gumy, Sybille Knecht, Ludovic Maugué, Noemi Dissler et Nicole Gönitzer

    Éditeur : Alphil 2019

    Pages : 448

    Ce livre est le troisième volume, sur 10, des rapports de la Commission Indépendante d'Expert-e-s chargé-e-s d'examiner l'histoire des placements à fin d'assistances avant 1981 en Suisse. Le premier volume se concentrait sur des histoires de vie. Le second résumait la recherche. Ce troisième volume entre dans le vif du sujet en s'intéressant, spécifiquement, à l'histoire du droit de l'internement administratif. Cette histoire implique de remonter au XIXème afin de bien comprendre la mise en place des différentes lois cantonales, la manière dont les oppositions argumentent et la progressive délégitimation de l'internement administratif comme forme de prophylaxie sociale. Le livre est divisé en 5 parties.

    La première partie ainsi que la dernière forment l'introduction et la conclusion des réflexions du livre. Le premier chapitre est une longue explication de l'histoire juridique de l'internement administratif à Fribourg. Il permet d'exemplifier la conceptualisation de l'internement comme moyen de prophylaxie sociale. En effet, loin d'être un moyen d'assistance, l'internement administratif fribourgeois est pensé comme un moyen d'éviter les coûts importants de l'aide sociale pour les communes. De plus, un internement permet la mise au travail dans la prison de Bellechasse de catégories sociales qui remettent en cause le fonctionnement de la société chrétienne fribourgeoise (l'importante du travail et de la famille mais aussi d'une division des rôles selon le genre). La fin du livre permet d'ouvrir les réflexions sur le présent. En particulier, le dernier court chapitre nous parle de l'internement des populations dites requérantes d'asiles ou sans-papiers en vue de leur expulsion. L'autrice nous demande si nous ne nous trouvons pas dans un fonctionnement comparable aux lois examinées dans le livre et dans le cadre de la CIE.

    La seconde se concentre sur la question de l'alcoolisme. Entre le XIXème et le XXème siècle l'alcoolisme, en particulier la consommation des classes populaires, est problématisées par différentes associations laïques comme religieuses. La consommation abusive d'alcool est vue comme un danger pour la famille, les hommes buvant leur salaire au lieu de prendre soin de leur ménage. À Fribourg, et dans d'autres cantons, les législateurs ont donc décidé de prévoir des formes d'internement administratif en cas d'alcoolisme. Bien que, durant le XXème siècle, l'internement soit de plus en plus pensé comme moyen de cure les personnes impliquées étaient envoyées en prison, mis au travail. Le chapitre qui s'intéresse au canton de Fribourg démontre d'ailleurs les tensions entre logique médicale et logique policière, les préfets refusant de perdre le droit d'interner des personnes considérées comme socialement dangereuses et les médecins exigeant des certificats médicaux pour un internement.

    La troisième partie examine l'internement administratif comme moyen de contrôle social de comportements jugés déviants, en particulier les vagabonds et les femmes qui se prostituent (bien qu'il existe des hommes qui se prostituent ils ne sont que peu examinés par les instances d'internement, je ne serais pas étonné que l'usage du Code pénal soit prégnant ici). Les vagabonds sont considérés dangereux car ils mettent en question l'ordre social basé sur le travail salarié et l'habitat stable. Selon les autorités de l'époque, ces personnes coutent chers et sont dangereuses. Il est donc nécessaire de les interner afin de leurs apprendre à travailler. En ce qui concerne la prostitution, il faut insérer la Suisse dans les tentatives internationales de supprimer la prostitution. En Suisse les codes pénaux cantonaux ne s'intéressent pas toujours aux actes de prostitution, sauf dans les cas de racolages. Le Code pénal Suisse de 1942 ne pénalise que le racolage. Face à ce changement légal, et un contexte de prise de pouvoir socialiste, le canton de Vaud examine l'opportunité, durant les années trente, de créer une procédure d'internement administratif dédié aux femmes qui se prostituent. Celle-ci sera mise en place sous les pleins pouvoirs en 1939, sous la forme d'un arrêté, puis légalisé en 1942 et 1945 avant sa suppression dans les années 60. La recherche montre que cet internement s'intéresse spécifiquement aux femmes de Lausanne. Plutôt qu'une aide à la sortie de la prostitution, un travail qui peut être lié à une forme de précarité salariale, l'internement administratif est un moyen d'éviter les scandales publics. La police communale même avoue que la prostitution n'a pas disparu mais qu'elle est bien plus discrète. La fin de la guerre implique, d'ailleurs, une baisse spectaculaire des internements. Ainsi, dans les deux cas, le but officiel est l'éducation au travail mais le but tacite est de protéger un ordre sociale basé sur la division sexuelle du travail et l'ordre public.

    La quatrième partie se concentre sur l'internement en maison d'éducation des enfants et la justice des mineur-e-s. Celle-ci est progressivement mise en place à la fin du XIXème siècle en occident en se basant sur une pratique de Chicago. Le but est de s'intéresser à l'individu et non à l'acte. La justice ne pratique plus des peines mais donne des décisions en vue d'une modification du comportement de l'enfant, à l'aide d'expert-e-s en psychologie et en travail social. L'un des exemples examinés est celui du tribunal du canton de Vaud, déjà bien connu grâce à la thèse de Numa Graa. Le premier juge, connu dans toute l’Europe, est Maurice Veillard. L'examen de ses décisions et de ses idées permet de comprendre que l'internement des enfants répond à une logique de défense de l'ordre social. En particulier, l'action du juge dépend du sexe biologique des enfants. Les garçons sont en danger d'être violents et voleurs. Les filles sont examinées selon le danger de la prostitution et d'une sexualité considérée comme dangereuse et illégitime. Les actions sont différentes selon cette division duale. Alors que les garçons doivent devenir des hommes travailleurs capable de gagner assez d'argent pour s'occuper d'un ménage les filles sont entrainées à la maternité et à la tenue du ménage. Comme le démontre le chapitre, ce n'est que tardivement que cela est mis en question ainsi que la logique d'un internement fermé.

    Ce troisième tome permet de comprendre non seulement l'histoire du droit de l'internement administratif via quelques exemples mais aussi les raisons derrière les lois et leurs suppressions. Bien que l'internement administratif soit défendu comme moyen d'assistance et d'éducation la CIE a démontré que le but est de défendre un ordre social précis. En résumé : les hommes travaillent régulièrement et reçoivent un salaire tandis que les femmes vivent dans le cadre de la maternité. Les personnes qui ne s'inscrivent pas dans cet ordre sont emprisonnées afin d'être normalisées.

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  • Les questions sur le passé sont des questions du présent. Aperçus de l’internement administratif. Volume 2 sous la direction de Joséphine Métraux, Sofia Bischofberger et Luzian Meier

    Titre :  Les questions sur le passé sont des questions du présent. Aperçus de l’internement administratif. Volume 2
    Direction : Joséphine Métraux, Sofia Bischofberger et Luzian Meier
    Éditeur : Alphil 2019
    Pages : 272

    Les travaux de la Commission Indépendante d'Expert-e-s Internement Administratif sont en cours de publication. Le premier volume était destiné à présenter des parcours de vie, parfois reconstitué via les sources parfois reconstitué par des entretiens. Ce second volume, 2b pour préciser la version française, se concentre sur l'explication des travaux de la Commission. Pour cela, les auteur-e-s se concentrent sur plusieurs aspects.

    Premièrement, les auteur-e-s nous présentent quelques sources concernant le sujet de recherche. Ceci permet non seulement de comprendre de quelle manière les sources sont utilisées mais aussi de lire, dans le texte, les propos de l'époque. Plusieurs de ces sources sont d'ailleurs déjà analysée sur le site de la Commission. En fin d'ouvrage, une autrice est mobilisée afin d'analyser les romans qui ont été écrit par des victimes d'internement. L'autrice explicite le fonctionnement de différentes œuvres et leur importance pour comprendre le thème.

    En second lieu, le livre se concentre sur plusieurs thèmes. Ceux-ci sont des questions clés pour comprendre l'internement administratif. Ces chapitres permettent de recevoir les informations principales concernant les travaux de la Commission. Mieux encore, chaque explication renvoie en direction du chapitre et du livre dédiés à son analyse. Ces questions sont ensuite mobilisées pour permettre une réflexion sur leur pertinence pour le temps présent, justifiant le titre du volume. Ces réflexions sont celles des membres de la Commission. Celleux-ci utilisent leur expertise pour permettre de comprendre de quelle manière on pense et on a pensé la pauvreté, la famille, la prison mais aussi la sexualité et donc, en somme, ce qui est normal de ce qui est marginal.

    Ce second tome utilise aussi l'art pour mieux expliciter la signification d'un internement administratif sur une personne. Plusieurs auteur-e-s ont été mobilisé-e-s pour écrire de courts textes autours des thématiques présentées. Ces auteur-e-s utilisent les sources, les récits et les documentaires comme outils pour écrire chacun des textes. Certains sont particulièrement réussis. Ce processus, que je trouve intéressant, permet de donner une substance plus humaine à un processus administratif destructeur face aux individus.

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  • L'opération Walkyrie juillet 1944. La chance du diable par Ian Kershaw

    Titre :  L'opération Walkyrie juillet 1944. La chance du diable
    Auteur : Ian Kershaw
    Éditeur : Flammarion 2009
    Pages : 174

    Depuis que j'ai su qu'il avait existé un attentat suivi d'un putsch militaire contre hitler j'ai souhaité mieux comprendre ce qui s'était déroulé et comment cet attentat avait pu avoir lieu. Pour cela, je me suis lancé dans ce petit livre de Ian Kershaw, adapté de sa grande biographie sur hitler. L'éditeur se concentre sur les passages concernant l'opération Walkyrie et laisse de côté le reste du texte de la biographie.

    Il ne reste que 6 petits chapitres qui concernent directement l'attentat. Ian Kershaw y décrit minutieusement la préparation mais aussi le déroulement de l'attentat. Il explicite les essais qui ont déjà eu lieu et la raison de leur échec, la chance. Il démontre aussi que les créateurs de l'attentat sont des personnes aussi bien militaires que civils qui sont en dehors de tout soutiens populaire important. Leur but n'est pas de mettre militairement en danger l’Allemagne, certains vont même jusqu'à refuser toute idée de responsabilité ultérieure, mais souhaitent faire tomber hitler. Kershaw montre pratiquement heure par heure le déroulement de l'attentat et du putsch, en se basant sur les sources produites par les personnes dans le cadre de leur vie privée et de leur profession. Mais rapidement le putsch se heurte à un problème majeur : hitler est vivant.

    La seconde partie du livre se concentre sur la survie de hitler pour expliquer comment le putsch a pu échouer. Outre un retard et un attentisme trop important, les ordres des putschistes furent rapidement inutiles lorsque les unités militaires et des généraux loyaux comprirent la réalité des événements. Il s'ensuivit une répression forte qui n'avait qu'un seul but : détruire toute possibilité de résistance interne à l'armée. Les conspirateurs survivants furent arrêtés, emprisonnés, expulsés de l'armée, jugé au civil devant un juge qui les invective et finalement pendus en habits de prisonniers dans un abattoir. L'auteur montre que hitler veut détruire toutes formes d'honneur chez les conspirateurs et leurs familles souffrirent tout autant de la répression. L'impact dans la société fut peu important, la population est encore en faveurs de hitler. Mais ce dernier attentat permet aussi à la police de noter quelques failles dans le lien entre la population et les nazis. Quelques personnes se risquent à souhaiter la mort de hitler.

    Finalement, ce petit livre permet de connaitre le déroulement des événements ainsi que les conséquences sur hitler. Ce dernier est de plus en plus paranoïaque tandis qu'il semble prématurément vieilli. Malheureusement, le caractère d'extrait de ce livre empêche de vraiment comprendre de quelle manière l'auteur pense son objet. On y entre de manière abrupte et on en sort tout aussi abruptement. Lire la biographie entière serait probablement une expérience plus complète. L'éditeur a au moins la bonne idée d'ajouter un grand nombre de documents qui permettent d'illustrer les événements et les propos de Ian Kershaw.

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  • L'europe en enfer 1914-1949 par Ian Kershaw

    Titre :  L’Europe en enfer 1914-1949
    Auteur : Ian Kershaw
    Éditeur : Seuil 2016
    Pages : 640

    On ne présente plus Ian Kershaw, connu pour ses travaux sur le nazisme et hitler. Dans son dernier livre, récemment traduit en français, l'auteur décide de s'attaquer à un sujet énorme. En deux livres, il compte faire l'histoire de l'Europe durant le XXème siècle. Ce premier tome se concentre sur les années 1914 à 1949 soit les deux guerres mondiales ainsi que l'entre-deux guerres. La période est dense, remplie de modifications sociales importantes. L'historiographie est tout aussi importante et Kershaw ne prétend pas faire une nouvelle recherche. Il se repose sur une importante bibliographie qu'il présente en fin d'ouvrage. Naturellement, il est illusoire de prétendre résumer un tel livre. Il vaut mieux présenter son fonctionnement.

    Le livre est divisé en 10 chapitres qui, mis à part le 9, sont chronologiques. Dans ces chapitres l'auteur essaie de nous montrer le fonctionnement d'une époque extrêmement dense. Il débute naturellement sur la course à la Première guerre mondiale qui a mené à des changements importants en Europe, particulièrement à l'est. Il continue ensuite sur plusieurs chapitres qui se concentrent sur l'entre-deux guerres. Ceux-ci permettent, certes, de montrer un certain optimisme malgré les problèmes économiques mais aussi une marche vers la mise en cause des démocraties, aussi bien par le fascisme que par le communisme, et les tensions ethniques basées sur l'idée d'état-nation. Ces chapitres permettent donc d'avoir une compréhension globale de la course à la guerre. Après une large explication, Kershaw nous parle enfin des événements de la Deuxième guerre mondiale puis examine ses conséquences en Europe afin de terminer son tableau en 1949, alors que la Guerre Froide et la division du monde et du continent européen sont définitifs.

    Bien entendu, même 600 pages ne sont pas suffisantes pour parler de tous les événements et de tous les pays. Ian Kershaw explique en introduction ce qu'il doit aux nombreuses recherches historiques sur l'Europe. Il est nécessaire, pour son travail, de synthétiser la plupart des sujets touchés. Cependant, ce livre permet tout de même d'avoir une vision globale de 50 ans d'histoire européenne. Mieux encore, l'auteur nous présente les événements d'Europe de l'est, une histoire que je connais que peu. Sans encore connaitre le prochain tome, il me semble que nous aurons là un futur classique qui permettra aux personnes qui le souhaitent de connaitre 100 ans d'histoire européenne par la lecture de seulement deux livres dont les bibliographies vont probablement permettre d'aller plus loin sur la plupart des sujets.

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  • L'opinion allemande sous le nazisme de Ian Kershaw

    Titre :  L'opinion allemande sous le nazisme
    Auteur : Ian Kershaw
    Éditeur : CNRS 1995
    Pages : 591

    Ian Kershaw est l'un des historiens les plus connus ayant travaillé sur le nazisme. Pourtant, je ne l'ai que peu lu. Je ne connaissais de lui que son essai "Qu'est-ce que le nazisme." Étant dans l'obligation de m'intéresser plus avant à la période 1918-1939 j'ai décidé de lire plus attentivement les écrits de Kershaw sur le sujet. Ce livre n'est pas son premier mais alors que ses productions s'intéressaient jusque-là à hitler il essaie, dans cette recherche, de comprendre de quelle manière les allemand-e-s réagissent face à la prise de pouvoir nazie. Loin des deux mythes de la résistance totale ou de l'acceptation totale Kershaw essaie de nous expliquer de quelle manière la population peut refuser certains actes tout en soutenant le régime de manière globale. C'est la raison pour laquelle il préfère utiliser le mot de dissension, comme il l'explique en préface et en introduction.

    Le livre est divisé en deux parties qui examinent les mêmes sujets : paysannerie, classe ouvrière, bourgeoisie, les églises et les réactions face aux persécutions subies par les juifs et les juives. La première partie s'intéresse aux années 1933-1939 et la seconde aux années 1939-1945. L'auteur essaie de nous expliquer de quelle manière ces différentes parties de la société réagissent et sont traitées par le pouvoir nazi. En ce qui concerne la paysannerie, le problème principal concerne la mainmise importante du gouvernement dans leurs affaires. Ce sera encore plus le cas en pleine guerre alors que la main-d’œuvre est de plus en plus rare. La paysannerie doit fournir des denrées à un certain prix tout en ayant l'obligation de refuser les liens avec les commerçants de religion juive, ce qui crée des problèmes économiques. La classe ouvrière, elle, est infiltrée par les organes du parti afin de mettre à mal la force du communisme et des syndicats au sein des usines. Pour cela, le régime crée des organisations chargées de rendre la vie ouvrière plus facile mais aussi d'offrir des loisirs contrôlés. En ce qui concerne la bourgeoisie, l'auteur s'intéresse beaucoup aux fonctionnaires et en particulier aux enseignants. Bien que ceux-ci soient souvent résolument en accord avec le régime, cela n'empêche pas des critiques importantes de la part d'élites du parti. Dans les trois cas, la population pouvait être en faveurs du régime mais l'auteur nous explique que celle-ci rentre rapidement dans une forme d'apathie politique afin de simplement vivre au jours le jours.

    Ian Kershaw essaie aussi de comprendre les réactions des églises. Dans le cadre du régime nazi, la chrétienté devrait être oubliée au profit d'autres formes de croyances. Cela a conduit à des attaques contre la place des églises au sein de la société, par exemple dans le cadre scolaire ou sur la place des crucifix dans les écoles. Si Kershaw nous parle des églises c'est parce que ces organisations ont été capables de créer des mouvements de résistance contre les décisions du régime. Ces résistances portent principalement sur leur place dans la société, mais aussi sur la mise en place de l'euthanasie des catégories considérées inutiles de la population. Cependant, Kershaw démontre que ces résistances se forment dans un cadre légal et ne permettent pas de créer une mise en cause majeur du régime. Les prêtres ont tendance à déclamer leur loyauté envers hitler tout en saluant la guerre contre l'URSS. Enfin, l'auteur s'attaque au difficile sujet des réactions de la population face aux spoliations et au génocide. Kershaw ne pense pas que le génocide était inconnu, des rumeurs ont existé, mais il essaie de prendre en compte la géographie. Ainsi, les allemands de l'est ont probablement plus de connaissances des crimes du régime que ceux de l'ouest. Il apparait que les tueries de masses ne soient pas vues favorablement, cependant l'antisémitisme est une opinion admise et les actes du régime contre les juifs sont largement soutenus. Ainsi, même si la population ne soutient pas les actes de violences, extrêmes, cela n'implique pas un accord avec d'autres décisions comme les spoliations, les ghettos ou la déportation en dehors du pays. Loin de dédouaner la population allemande, Kershaw tente ici de montrer la complexité de ses opinions.

    Bien entendu, je n'entends pas présenter toute la richesse de ce livre dans ces quelques lignes. Une partie importante de la réflexion et des exemples utilisés par Ian Kershaw ne s'y retrouvent pas. Je ne peux qu'inviter à lire un ouvrage bien documenté, dont les réflexions permettent de comprendre les complexités des opinions publics sans cacher les crimes ni le racisme de la population sous le régime nazi. J'ai particulièrement apprécié l'usage du concept de dissension qui permet de mettre en avant aussi bien les résistances que les accords avec le nazisme pour les mêmes groupes sociaux.

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  • La République de Weimar 1919-1933 par Horst Möller

    Titre : La République de Weimar 1919-1933
    Auteur : Horst Möller
    Éditeur : Tallandier 2011
    Pages : 367

    La République de Weimar est une période que je ne connais que peu. Bien entendu, je sais que celle-ci tombe après la nomination de hitler au poste de Chancelier. Je sais aussi qu'elle a connu un début mouvementé, révolutionnaire. Mais ces faits n’expliquent pas les raisons de sa chute. Pourquoi un monde politique démocratique perd pied et permet la mise en place d'une dictature qui, dès les premiers jours, réprime et tue les opposants détruisant toute forme de légalité républicaine. Afin de nous permettre de comprendre les raisons derrière la chute de cette République l'auteur met en place 3 grandes parties.

    La première partie se concentre sur les deux présidents que connu Weimar : Ebert et Hindenburg. Dès les premiers mots le problème est posé "Le premier [Ebert] incarne les chances de la République, le second [Hindenburg] son échec." Ebert, selon l'auteur, est une personnalité de gauche qui s'intéresse plus aux problèmes concrets qu'aux idéologies. Son entrée à la présidence lui permet de calmer la Révolution afin de mettre en place une forme démocratique de gouvernement, qui inclut les opposants. Bien que sa personne fût décriée par ses alliés et ses ennemis, l'auteur ne cache pas une son admiration envers un homme qui n'a jamais dévié de son idéal démocratique. Le second président, Hindenburg, incarne l'ancien régime prussien. Ce général a connu la Prusse, la création du Reich et la chute de celui-ci. Bien que son organisation militaire soit responsable, il dénonce les élites de Weimar comme responsables de l'échec allemand, créant par là une théorie du complot qui aura beaucoup de défenseurs.

    La seconde partie s'intéresse au fonctionnement et à la création de la République. L'auteur y explicite la création de la Constitution. Celle-ci devait à la fois abaisser les pouvoirs présidentiels et éviter un parlement trop fort. Cependant, Weimar entre rapidement en crise à cause de problèmes externes et internes. À l'interne, une partie importante de l'état reste anti-démocratique et jamais la République n'eut le temps ou les moyens de remplacer ces personnalités. À l'extérieur, ce sont les dettes et humiliations du traité de Versailles. Bien que tous les partis demandent sa renégociation, ce sont les partis républicains qui sont considérés comme coupables. Les coûts des réparations ont aussi un impact important sur les capacités économique de Weimar, ce qui sera aggravé lors des différentes crises connues par l'Allemagne et le monde. Ce chapitre démontre que, dès sa création, la République était particulièrement fragile. Mais cela n'implique pas une chute future.

    Dans la troisième partie, l'auteur se concentre sur les années 1930-1933. Leur examen permet de comprendre les raisons derrière la chute de Weimar. S'appuyant sur son analyse précèdent, il explique que Weimar perd son caractère démocratique. Souvent mis en minorité par le parlement, le gouvernement et la présidence usent et abusent de la procédure de dissolution du parlement. Cette méthode permet d'agir sans contrôle parlementaire pendant plusieurs mois tout en évitant les remises en cause des décrets présidentiels. De plus, le gouvernement use de plus en plus des procédures d'état d'urgence afin de s'attaquer à des problèmes internes, créant un précédent qui permet de justifier la suspension de droits fondamentaux. Ces diverses procédures, dans un contexte international de plus en plus suspicieux envers la démocratie, ont tendances à affaiblir les partis républicains, incapables de travailler ensemble, et de renforcer les extrêmes aussi bien communistes que nazis qui refusent d'entrer au sein d'un groupe démocratique. Tout est prêt pour que la République chute lorsque hitler est nommé Chancelier.

    Ce livre m'a permis de bien mieux comprendre non seulement les raisons de la fin de la République de Weimar mais aussi le fonctionnement de la dictature. L'auteur nous explique que la dictature s'appuie sur une impression de légalité en utilisant des procédures prévues dès la création de la Constitution. Il faut expliquer que l'auteur s'appuie surtout sur un examen politique et juridique. La Constitution et les changements politiques sont fortement analysés. Bien que Möller s'intéresse aussi aux artistes et aux intellectuels, la population n'est que peu présente dans ce livre.

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  • Colette

    Je me dois de l'avouer, je ne connaissais pas cette autrice ni son histoire avant d'aller voir le dernier film qui met en scène sa vie. Le film débute lors de sa jeunesse en campagne et se termine lors de sa séparation. Colette est une jeune femme qui connait bien la vie campagnarde. Elle n'a malheureusement pas beaucoup de possibilités pour le futur vu la pauvreté de ses parents. Mais un auteur connu de Paris semble tomber amoureux d'elle. Cette personne est connue sous le nom de Willy. Il est l'un des personnages les plus en vues de la ville et il aime ce statut mondain, ainsi que les liens que cela implique. Mais il est aussi quelqu'un de plus pauvre qu'il ne l'avoue, ne réussissant pas à payer les auteurs dont il publie les œuvres, sous son nom. Lors d'une période particulièrement difficile, il enjoint Colette à écrire ses souvenirs d'enfance sous une forme romancée. Avec surprise, le couple se rend compte que ces œuvres sont une grande réussite demandée partout.

    SPOILERS

    Willy est d'abord montré de manière positive. Il est un auteur connu et célébré avec une certaine richesse selon ce que l'on nous montre. Sa relation avec Colette est formée d'une grande complicité et leur amour est difficile à nier. Cependant, petit à petit, ce portrait est brisé pour montrer ce qu'il est réellement. On apprend qu'il implique sa femme dans l'écriture de ses lettres et des travailleurs pour écrire ses romans. Son but est de recevoir assez d'argent pour financer son train de vie. Jamais il n'accepte une remise en cause du fonctionnement de son ménage, laissant Colette dans l'ignorance subissant les problèmes sans pouvoir s'y préparer ni avoir son mot à dire. Pire encore, le film le montre comme une personne paternaliste qui n'hésite pas à enfermer Colette pour la forcer à écrire, sans prendre en compte ses besoins et désirs personnels. Alors qu'il accepte que Colette ait des relations avec des femmes ou des personnes qu'il identifie comme féminine, il refuse toutes relations avec un homme. Lui, en revanche, n'hésite pas à la tromper en refusant de suivre les règles qu'il impose à Colette. Willy est donc un homme toxique qui ment, manipule et vole allégrement les personnes qui se trouvent dans sa vie.

    L'intrigue concernant Colette est très différente. Le film débute sur la présentation de cette jeune femme. Son but est le mariage et même si elle se méfie de Paris elle apprécie de vivre avec Willy en tant que couple officiel. Colette est une provinciale qui ne comprend ni la mode ni les relations mondaines que son mari aime tant. Au début du film, elle accepte toutes les demandes de ce dernier jusqu'à ce qu'elle le trouve avec une prostituée. À partir de ce point, les choses changent de plus en plus. Premièrement, son couple s'ouvre un peu et elle commence à avoir une relation extra-conjugale avec une autre femme. Petit à petit, ces relations lui permettent de s'ouvrir à un monde différent de la ville de Paris. Elle se lie à des femmes mais aussi des personnes que l'on pourrait qualifier de transgenre, je pense en particulier à Mathilde de Morny, marquise, qui, si j'ai bien entendu, est genré au masculin par Colette. Ainsi, on nous présente la libération sexuelle de Colette qui passe de femme mariée à un homme à femme bisexuelle ayant des relations extra-conjugales qui lui donnent bien plus de moments heureux que sa vie avec Willy. En parallèle, elle commence à se détacher de Willy. Elle le comprend de plus en plus comme une personne qui l'utilise pour son propre bien et non comme quelqu'un qui lui donne l'occasion de devenir meilleure. Malgré ses chantages et son paternalisme, elle réussit à le quitter et à devenir son propre nom. Son émancipation est donc aussi sociale puisqu'elle n'a plus besoin d'un homme pour être connue et reconnue en tant qu'artiste.

    *
    **
    ***
    **** Un film très calme mais qui, derrière un aspect très académique, défend une émancipation radicale de son personnage principal.
    *****

    Image : IMDB

    Site officiel

    colette

  • L'Auge au XXe siècle. Du bas-quartier à la vieille ville de Fribourg par Serge Gumy

    Titre : L'Auge au XXe siècle. Du bas-quartier à la vieille ville de Fribourg
    Auteur : Serge Gumy
    Éditeur : Aux sources du temps présent 1997
    Pages : 235

    Nous avons, en Suisse, un certain nombre de travaux qui s'occupent de sujets très locaux. Ce livre fait partie de ses études puisque l'auteur se concentre sur l'histoire d'un quartier de la ville de Fribourg. Il est tiré d'un travail de licence en histoire contemporaine. Ce livre nous permet de comprendre la vie mais aussi les modifications sociales d'un quartier qui, comme l'annonce le titre, passe d'un lieu de pauvreté à un lieu d'histoire et de mémoire. Afin de présenter ce quartier, l'auteur se concentre sur trois périodes donnant autant de parties générales.

    La première partie se concentre sur le XIXème siècle. L'auteur explique le fonctionnement du quartier et son lien avec le reste de la ville en deux chapitres. Il y explique tout d'abord les différences sociales et géographiques du quartier. En effet, celui-ci contient surtout des familles pauvres qui vivent dans des appartements modestes, avec peu de conforts. Le quartier, lui, est séparé du reste de la ville du fait de sa position géographique. Les milieux politiques ne s'y intéressent que peu, sauf en cas de craintes de mouvements sociaux ou pour déplorer la criminalité et l'immoralité des pauvres. Il ressort de ces deux chapitres l'impression d’un lieu coupé du monde et oublié par les politiciens.

    La seconde partie s'intéresse à la période des deux guerres. L'auteur dépeint une période difficile pour une population de plus en plus pauvre et laissée de côté. Les bâtiments sont des taudis dans lesquels s'entassent de nombreuses personnes, avec un confort spartiate et de larges problèmes d'hygiènes. Le quartier ne possède ni écoles ni lieux de loisirs et les enfants vivent dans les rues, afin d'échapper aux appartements. Cette période de pauvreté force la main aux autorités fribourgeoises qui commencent, à reculons, à créer des lois sur l'assistance publique capable d'aider une population qui souffre d'une période de chômage. Cependant, nous restons dans le cadre d'une peur d'un soulèvement, en partie porté par les socialistes, et l'aide sociale est aussi un moyen de tenir le quartier en l'encadrant par l'église et le parti conservateur.

    La troisième, et dernière, partie s'attache à la période des années 60 et 70. L'auteur s'y attache à deux points particuliers. Premièrement, il montre la mutation du quartier qui passe d'un lieu mal famé à un lieu de mémoire. Celui-ci est protégé par des organisations citoyennes en faveurs d'une sauvegarde de l'architecture dites médiévale. Mais les habitant-e-s montrent aussi leur fierté de leurs traditions en portant un carnaval et en soutenant l'équipe Gottéron. Mais l'auteur démontre aussi les changements dans la typologie des habitant-e-s, qui pousse à des améliorations du cadre de vie et à de nombreuses rénovations. Celles-ci augmentent fortement les prix des loyers et, petit à petit, les anciennes familles quittent le quartier au profit d'une population plus aisée. Ce livre, dont la lecture est parfois difficile, n'est pas simplement la peinture de la vie d'un quartier d'une ville suisse. C'est aussi une bonne étude de l'effet de décisions politiques et urbanistiques sur le fonctionnement d'un quartier et la vie de ses habitant-e-s.

    Image : Éditeur

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  • On the basis of sex

    Ruth Bader Ginsburg est l'une des premières, et rares, femmes à entrer dans la faculté de droit d'Harvard, en 1956. Elle se trouve presque seule face à 500 hommes, le corps professoral et un doyen dont la première question concerne la raison pour laquelle ces femmes décident de prendre la place d'un homme. Elle mène ses études, soigne son maris, l'aide dans ses propres études et élève sa fille. Malgré ces nombreux devoirs, elle réussit à devenir la meilleure des étudiantes en droit d'Harvard. Mais alors qu'elle pense pouvoir suivre son rêve de devenir une avocate, toutes les portes se ferment devant elle. Elle devient une professeure en droit à New York mais elle garde son rêve d'être une avocate. Quand soudain elle découvre un cas qui pourrait lui permettre de mettre à bas toutes les lois qui créent une différence entre les hommes et les femmes.

    SPOILERS

    Je ne connais pas la véritable Ruth Bader Ginsburg. Je ne pourrais donc pas juger de ses réussites professionnelles et personnelles. Cependant, le film veut nous montrer une femme parfaite secondée par une famille parfaite, ayant ses propres problèmes. Ainsi, Ruth Bader Ginsburg est montrée comme une étudiante talentueuse capable de suivre deux années de cours en même temps. Elle s'occupe du ménage, bien que sa cuisine ne semble pas parfaite. Elle s'occupe aussi de son mari lorsque son cancer est diagnostiqué. Ce dernier est montré comme un brillant avocat en droit fiscal, un père aimant et attentif mais aussi un homme qui accepte sa part du ménage, en particulier la cuisine. Enfin, il y a leur fille. Celle-ci est décrite comme militante, intelligente et coincée entre son amour pour sa mère et sa frustration. Leur fils n'est que peu décrit, étant un peu jeune lors des faits du film. Si cette famille est décrite ainsi je pense que ce n'est pas un accident. Ruth Bader Ginsburg est montrée se heurtant au système patriarcal qui l'empêche de devenir une avocate. Si une femme aussi parfaite qu'elle ne peut pas y arriver, alors qu'elle a tous les mérites, qui le peut ? Bien entendu, on peut se demander si une personne ordinaire n'aurait pas les mêmes droits ? Pourquoi faut-il que Ruth Bader Ginsburg soit parfaite ?

    Le film s'intéresse aussi, forcément, à l'importance du système légal. Après tout, une grande majorité des personnages sont des avocat-e-s, parfois célèbres. Mais le film pose aussi la question du lien entre la société et la loi. En effet, la période durant laquelle ont lieu les événements et un moment de remises en cause du fonctionnement de la société. Féminisme et antiracisme mais aussi luttes politiques contre la guerre ont lieu sur les campus et dans les lieux publics. Le militantisme est aussi bien public que privé. La société est donc en train de changer. Mais est-il possible de modifier le fonctionnement de la société lorsque les lois protègent un ordre qualifié de traditionnel ? Ou vaut-il mieux changer les lois avant de changer la société ? Ce qui permettrait de valider et défendre ces changements. Selon ce film, il existe une relation difficile entre le système légal et la société. Loin de se diriger l'une l'autre elles s'accompagnent plus qu'elles ne se confrontent. Ainsi, selon Ruth Bader Ginsburg, paraphrasant l'un de ses anciens professeurs, la justice doit interpréter la loi à la lumière du fonctionnement du monde contemporain.

    *
    **
    *** Un film biographique intéressant qui défend avec brio une avocate talentueuse, Ruth Bader Ginsburg, mais il manque un petit quelque chose.
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    Image : Site officiel

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  • Les partis politiques. Acteurs de l'histoire suisse par Olivier Meuwly

    Titre : Les partis politiques. Acteurs de l'histoire suisse
    Auteur : Olivier Meuwly
    Éditeur : Presses polytechniques et universitaires romandes 2018
    Pages : 175

    Olivier Meuwly est connu pour ses fréquentes apparitions dans les médias lorsqu'il y a besoin d'un expert en histoire politique suisse afin de commenter l'actualité. L'auteur est, en effet, connu pour ses livres d'histoire concentrés sur le fonctionnement de la politique et de certains partis. Ainsi, il est l'auteur d'un petit ouvrage sur la politique vaudoise. Dans ce petit livre, l'auteur souhaite synthétiser une longue histoire des partis politiques. Ce qui permet d'une part de mieux comprendre l'impact de certains choix, comme la proportionnelle et l'arrivée des droits populaires, mais aussi d'expliciter l'arrivée des partis comme groupements chargés de défendre certaines visions.

    Le livre est construit en suivant une suite chronologique que les personnes qui connaissent l'histoire suisse savent classique, mais utile. Ainsi, après les troubles de la guerre civile l'auteur passe sur la Belle époque. Ceci pour mieux continuer sur les problèmes des années 30 et la consolidation de l'état suisse lors des trente glorieuses. Enfin, l'auteur s'attache à montrer les changements ayant eu lieu après les années 70 et surtout dans les années 90 lors de la montée importante de l'UDC. La première édition ayant eu lieu en 2010, les années 2000 ne sont que peu présentes dans ce livre.

    On pourrait résumer ce livre en expliquant qu'il décrit la chute des radicaux. Ceux-ci, au XIXème siècle, sont plus un groupe d'intérêt qu'un parti dont le but est de consolider l'état helvétique dans un sens plus centralisateur. Ce groupe incluait de nombreuses tendances aussi bien de droite et que de gauche, avant que cette division n'ait un véritable sens. Cependant, il apparait rapidement qu'il est difficile de relier autant de tendances différentes au sein d'un seul groupe et d'autres associations, qui deviendront des partis, commencent à se détacher. Malgré cela, les radicaux réussissent à garder la main sur la politique fédérale et le gouvernement, en partie à cause de l'absence de proportionnelle. Ce n'est que lors de l'arrivée du système proportionnel, puis de l'accès d'autres partis au Conseil fédéral, que l'hégémonie radical se fissure. Finalement, les trente glorieuses permettent de consolider ce qui a été nommé la Formule magique, et donc de relier au sein du gouvernement plusieurs tendances partisanes qui tentent de travailler ensemble.

    Bien que cet ouvrage soit court il n'échappe pas à la question concernant d'une part l'intérêt des partis et d'autre part l'utilité de la division gauche droite. L'histoire suisse n'est pas avare de mouvements qui se constituent en dehors des partis traditionnels et qui se veulent ni de gauche ni de droite. Ainsi, l'Alliance des indépendants de Duttweiler, le Parti des automobilistes ou encore le MCG et ses tentatives en dehors du territoire genevois pour ne prendre que trois exemples. Ces mouvements qui se veulent soit des réactions, le Parti des automobilistes fut résolument anti-écologiste, ou des alliances d'intérêts libéraux n'échappent pas à la division entre gauche et droite, même si celle-ci est complexifiée dans la pensée actuelle. Selon l'auteur, on ne peut pas échapper à cette division ni à l'importance des partis. En effet, Olivier Meuwly considère que les partis sont avant tout un moyen de défendre des idées et des buts politiques. Plus encore, les partis construisent une cohérence dans ces mêmes idées.

    Image : Éditeur

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  • La Suisse et les puissances européennes. Aux sources de l'indépendance (1813-1857) par Cédric Humair

    Titre : La Suisse et les puissances européennes. Aux sources de l'indépendance (1813-1857)
    Auteur : Cédric Humair
    Éditeur : Alphil 2018
    Pages : 140

    Cédric Humair est un historien reconnu spécialisé en histoire suisse, et particulièrement l'histoire économique et les relations étrangères. J'ai déjà lu son livre sur l'année 1848, ce qui a mené à la guerre et la manière de résoudre les tensions impliquées. Ce petit livre de la collection Focus revient sur cette époque mais prend une perspective différente puisque l'auteur s'y intéresse aux relations entre la Suisse et les 5 puissances européennes conservatrices du XIXème siècle : la France, l'Autriche, la Prusse, la Russie et la Grande-Bretagne. Ce petit livre est divisé en quatre parties qui permettent d'analyser le pays sous protection française, selon les volontés des puissances conservatrices, la réforme et enfin les tensions dues à la création de la constitution de 1848.

    C'est connu, mais souvent oublié, la Suisse n'existe pas depuis 1291. Cette date est en grande partie mythique et ne concerne que quelques cantons sur ceux existant actuellement. Ce n'est que progressivement que le territoire s'est constitué, tout en restant membre du Saint Empire romain germanique (Neuchâtel étant possession prussienne jusqu'à la moitié du XIXème siècle). Plus intéressant encore, pendant longtemps la confédération n'est qu'une faible alliance entre des états souverains jaloux de leurs prérogatives. Ce n'est que sous la protection de la France que la Suisse fut constituée en République unie, mais ce régime fut aussi particulièrement instable.

    Lorsque la France de Napoléon fut vaincue, une conférence fut réunie pour reconstituer l'Europe selon une logique conservatrice. Dans ce cadre, la question helvétique eut une certaine importance. Au point de vue interne, la confédération fut restaurée tout en supprimant les bailliages, acceptant la création de nouveaux cantons. Au point de vue externe la question concerne l'équilibre européen. Aucune des grandes puissances ne souhaite que la Confédération ne soit intégrée dans un autre pays. Dans ce contexte, les 5 puissances proposent de faire de la Suisse un état souverain mais surtout neutre. Un état qui doit rester conservateur. Les 5 puissances se considèrent comme les garantes du Pacte de 1815 qui réglemente le pays, et que les suisses ne doivent pas modifier sans leur accord. Cependant, des réfugiés libéraux se rendent en Suisse tandis qu'une partie des citoyens helvétiques souhaitent des réformes libérales et démocratiques, créant des tensions avec le reste de l'Europe.

    C'est à ce point que l'on peut parler de la perspective de l'auteur qui rend son livre des plus intéressants. Au lieu de se baser sur une histoire interne Cédric Humair décide de s'intéresse aux sources britanniques sur la Confédération helvétique. Cette perspective permet de mettre en lumière les idées et l'impact de la diplomatie britannique sur la Confédération helvétique. Bien entendu, cela implique d'oublier d'autres pays ainsi que les points de vue interne, mais cela implique aussi de mieux comprendre de quelle manière le pays devint souverain et resta neutre. L'auteur met en avant une activité diplomatique considérable dans le but de garder un équilibre. Les britanniques fonctionnent comme des facilitateurs pour la Suisse via des pressions aussi bien sur les autorités helvétiques que sur les autorités des autres grandes puissances. Ainsi, les anglais ont un intérêt à garder une Suisse stable et indépendante. Ce qui implique de lutter contre les menaces d'attaques militaires, par exemple de la Prusse lorsque le canton de Neuchâtel devint officiellement et uniquement Suisse. Cette perspective rend ce livre particulièrement intéressant et donnant des informations différentes sur la construction de la Suisse moderne. Je le conseille aux personnes qui souhaitent mieux connaitre l'histoire de la Confédération.

    Image : Éditeur

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  • First Man / First Man : Le Premier Homme sur la Lune

    Le programme Apollo qui permit l'envoi sur la Lune de plusieurs équipes d'astronautes est probablement le plus célèbre des programmes d'exploration spatiale. Apollo 11 est sûrement la mission la plus connue puisqu'elle fut le premier alunissage réussit, Neil Armstrong étant le premier homme à marcher sur la Lune. Si on pose la question, il est probable que la mission Apollo 13 soit aussi citée avec d'autres catastrophes de l'aventure spatiale. Ce film se veut un biopic à la fois fidèle, respectueux et intimiste autour de la personne de Neil Armstrong entre son dernier vol en X-15 et sa rentrée sur Terre après son alunissage. La réalisation essaie de montrer le fonctionnement du programme lunaire de la NASA depuis les tests technologiques des Gemini jusqu'aux missions Apollo. On nous fait aussi rentrer dans l'intimité d'un homme montrée comme stoïque, incapable d'exprimer ses émotions et très professionnel.

    SPOILERS

    Que l'on soit clair, ce film est une ode à l'aventure spatiale américaine. Les réussites communistes sont mentionnées, comme des échecs pour les USA ce qui est en accord avec le contexte de l'époque. La réalisation aurait pu se perdre et ne pas parler des mises en causes ni des contraintes placées sur le projet de la NASA. Ce n'est pas le cas, on nous montre que tout le monde ne pense pas que l'argent soit utile dans le contexte de guerre et de pauvreté des USA. On nous montre aussi les échecs du programme, parfois dangereux. L'explosion d'Apollo 1 est particulièrement rempli d'émotions. Ce sont surtout les enterrements qui se succèdent qui montrent le danger que représente ce programme. La manière dont les fusées sont filmées est aussi particulièrement impressionnant. L'écran, les décors, vibrent avec un son presque assourdissant. On pourrait presque ressentir ce qu'implique le fait de partir dans l'espace dans le nez d'une gigantesque bombe chargée de carburant. On se demande surtout comment ces machines ont pu rester en une seule pièce et comment des personnes ont pu accepter d'entrer à l'intérieur.

    Étant un biopic, le film se concentre sur Neil Armstrong et Janet Elizabeth Shearon, les deux sont mariés. Je ne sais pas si la manière de représenter Neil Armstrong est réaliste. On nous montre un homme profondément affecté par la mort de sa fille. Mais surtout un homme incapable de parler à ses amis, à sa femme et encore moins à ses enfants. Cette incapacité à exprimer ses sentiments conduit à une scène durant laquelle Armstrong fait ses bagages frénétiquement pendant que Janet Elizabeth Shearon lui demande de s'arrêter afin de parler à ses enfants, de les préparer à la possibilité de sa mort. En effet, Neil Armstrong est dépeint de manière respectueuse comme une personne très professionnelle. Un travailleur incapable de s'arrêter qui ne pense qu'à ses missions et refuse presque de s'amuser. Les conséquences du programme sont visibles à travers Janet Elizabeth Shearon qui observe les dégâts de la mort des astronautes sur leurs familles. Bien que je ne sache pas la vérité concernant cette famille, cette peinture de son fonctionnement me semble trop respectueuse et pas assez critique. Je me demande ce que voulait faire la réalisation.

    *
    **
    ***
    **** Un film qui respecte énormément son personnage et la conquête spatiale. Ce respect est presque trop important et parfois on a presque l'impression que certaines étapes ne sont qu'anecdotiques.
    *****

    Image : Site Officiel

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  • L'ile aux cannibales. 1933, une déportation-abandon en Sibérie par Nicolas Werth

    Titre : L'ile aux cannibales. 1933, une déportation-abandon en Sibérie
    Auteur : Nicolas Werth
    Éditeur : Perrin 2006
    Pages : 204

    Nicolas Werth est connu pour être un spécialiste de l'URSS et l'un des auteurs du Livre noir du communisme (que je n'ai pas lu). Dans ce petit ouvrage il s'intéresse à l'ile de Nazino, en Sibérie. Selon des témoignages oraux, la petite ile inhospitalière fut le théâtre d'actes inhumains suivi de la mort de nombreuses personnes au point qu'une commission d'enquête fut mise en place peu de temps après les événements. Mais moins que cette petite histoire c'est le processus global de déportation que souhaite comprendre l'auteur en partant de l’arrivée : l'ile de Nazino.

    L'auteur divise son travail en 5 chapitres qui permettent de mieux comprendre la raison des déportations. Le premier chapitre dévoile le plan derrière ces déportations. Loin d'être de simples actes de destruction le but est double. Premièrement, il semble nécessaire aux autorités communistes de vider la campagne et les villes d'éléments considérés comme dangereux, en particulier les Koulaks mais aussi les anciens membres de l'état tsaristes. En second lieu, cette déportation doit être un moyen de prendre le contrôle de territoire peu habités et d'en faire des lieux productifs par le travail des déportés.

    Cependant, le troisième chapitre montre les difficultés de la mise en place de ce plan. En effet, une population importante est destinée à la déportation. Mais comment les déporter, qui déporter et surtout qu'en faire à l’arrivée ? L'auteur démontre que les autorités policières suivent les ordres de la manière la plus large possible. Les personnes déportées peuvent aussi bien être des criminel-le-s que de simples passants qui allaient au marché sans leur passeport ou encore des membres éminents du partis. Les décisions sont rapides, sans recours et les déporté-e-s ne sont pas écouté-e-s. Pire encore, les villes et villages chargés d’accueillir cette population ne sont pas préparés. Les autorités ne savent pas forcément quel type de population va arriver, leur nombre et ne possède pas les ressources en hommes nécessaires pour la surveillance. L'auteur montre aussi les difficultés d'approvisionnement pour vêtir et nourrir les déporté-e-s.

    Ceci débouche sur l'échec total de la déportation à Nazino. L'auteur nous explique que les autorités locales ne savent pas combien de personnes vont arriver ni leur profil. Au lieu de paysans endurcis capables de travailler la terre ce sont des citadins. Celleux-ci ont été largement dépouillé par les éléments criminels de la déportation et peuvent arriver peu vêtu-e-s, voire nu-e-s, affamé si ce n'est déjà mort. Alors que les infrastructures de transit sont remplies il est difficile de transférer la population, par manque de bateaux. Les populations qui se retrouvent en Sibérie ne savent pas construire de logements ni cultiver. Rapidement, la famine s'installe et des actes de cannibalisme ont lieu. Ce contexte n'est pas aidé par des gardes qui n'hésitent pas à profiter de la situation pour devenir un peu plus riche ou qui font actes de cruauté contre les personnes déportées.

    Partant d'une histoire précise, qui a donné lieu à une enquête officielle, l'auteur essaie de nous faire comprendre le fonctionnement des déportations : de la décision policière à la mise en place des infrastructures. Ce qu'il nous montre est un acte administratif qui ne prend pas en compte la situation réelle et qui est rapidement dépassée par les décisions personnelles des autorités locales et de la police. Par cet exemple, l'auteur essaie de nous faire comprendre le fonctionnement global d'une politique qui débouche sur des centaines de milliers de morts dans un contexte de famine pour les populations paysannes de l'URSS. Sans pouvoir juger de la place de ce livre dans l'historiographie, n'étant pas un spécialiste de l'URSS, je peux tout de même considérer ce livre comme intéressant pour comprendre le fonctionnement de l'état communiste en Russie sous Staline.

    Image : Éditeur

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  • L'Opposition à l'avortement : du lobby au commando par Fiammetta Venner

    Titre : L'Opposition à l'avortement : du lobby au commando
    Autrice : Fiammetta Venner
    Éditeur : Berg International 1 janvier 1995
    Pages : 197

    Le droit à l'avortement est récent et encore difficile à atteindre dans certains pays occidentaux. Il est régulièrement remis en question par des groupes religieux traditionalistes. L'autrice de ce livre a décidé d'étudier l'étendue et le fonctionnement de ces groupes. Elle le fait dans quatre chapitres tout en ajoutant un appendice particulièrement important. Ce dernier, qui n'est pas à jours, regroupe les noms des associations, les actions commandos et les actions en justice jusqu'à l'année 1995.

    Le premier chapitre permet à l'autrice de faire un historique de l'accès au droit à l'avortement, et aux luttes contre, pour la France du XXème siècle. Ce sont des informations connues et l'autrice ne s'y attarde pas trop, bien qu'il soit dommage qu'elle ne se soit pas intéressée à une autre histoire que celle de la France ce qui aurait pu être intéressant pour mieux comprendre les liens internationaux mis en place contre le droit à l'avortement.

    Le second chapitre entre dans le sujet en examinant le fonctionnement des associations qui luttent contre le droit à l'avortement. L'autrice démontre qu'il existe trois formes d'actions précises par des associations différentes. Cependant, elle explique que les personnes peuvent être membres de plusieurs associations et que plusieurs types d'actions peuvent fonctionnement ensemble. La première action concerne le lobbyisme. Les militant-e-s contactent médecins et politicien-ne-s afin de soumettre des informations sur l'avortement et pousser à refuser ces actes et la continuité de leur légalité. Bien que l'action de lobbyisme ait permis de créer des groupes politiques et médicaux en accord avec les personnes contre l'avortement celles-ci peuvent être vues comme frustrantes par des militant-e-s. Un second type d'action peut être utilisé afin de s'attaquer directement aux femmes qui souhaitent avorter. L'action peut consister soit en une information avec des pressions soit en un harcèlement à l'aide d'insultes et de lecture des dossiers médicaux. Un troisième type d'action sont les commandos qui consistent en la destruction de biens matériels afin d'empêcher tout acte médical d'avortement.

    Le troisième chapitre s'intéresse à l'idéologie et identifie trois sources. La première est le fondamentalisme religieux basé sur une lecture traditionnelle de la bible et de la société. Dans cette optique, la place des femmes est à la maison afin de s'occuper du ménage et de créer des enfants à la chaine. Les hommes ont un rôle extérieur, au travail. En ce qui concerne le contrôle du corps, celui-ci est pensé comme fondamentalement anti-chrétien car il implique de "voler" à la divinité sa propriété. Ainsi, toutes les recherches et actes médicaux sont refusés au nom de la religion. Une seconde source est la relativisation du génocide des Juifs. En effet, les avortements sont considérés comme un génocide en cours avec bien plus de victimes. Pire encore, les Juifs, comme groupe, sont considérés comme les coupables de cet acte et donc auraient exagérés leurs souffrances. Enfin, il existe des groupes féministes dit de droites qui militent en faveurs du retour aux valeurs féminines : la maternité. Elles considèrent qu'il existe une complémentarité des sexes basées sur une différence fondamentale entre hommes et femmes.

    Enfin, le quatrième chapitre s'intéresse aux soutiens. L'autrice démontre que les antiavortements français bénéficient de milieux provenant des États-Unis qui fournissent des informations, des enseignants, des méthodes mais aussi des films et articles vendus directement traduits en français. Ces milieux sont aussi largement soutenus par l'église catholique, jusqu'à la papauté. Les évêques n'hésitent pas à soutenir des actions non-violentes comme violentes tout en fournissant matériel et lieux de réunions. Enfin, les milieux d'extrême-droite soutiennent aussi ces militant-e-s. Ici, l'autrice examine la France, la Belgique et l'Allemagne et essaie de démontrer les liens avec des groupes parfois très proche du nazisme.

    Ce livre est ancien, 1995. Il a été écrit alors que le droit à l'avortement était encore pénalisé en Suisse (celui-ci a été dépénalisé en 2002 par la solution des délais). Il s'intéresse spécifiquement à la France et débute une analyse du fonctionnement de ces groupes sur le minitel. De nombreuses informations, liste des groupes et d'actions en justice, devraient être remises à jours tandis que l'Internet est totalement absent de l'analyse de l'autrice, celui-ci n'étant pas aussi important qu'aujourd'hui. Cependant, l'autrice nous donne de nombreuses informations intéressantes. Le fonctionnement des actions des antiavortements, par exemple, me paraît être toujours d'actualité et pourrait permettre une action politique dans le but de protéger les femmes victimes de leur harcèlement ainsi que le personnel hospitalier.

    Image : Amazon

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  • On the run. Fugitive life in an American city par Alice Goffman

    Titre : On the run. Fugitive life in an American city
    Autrice : Alice Goffman
    Éditeur : Chicago university press 2014
    Pages : 288

    Cette recherche a connu une certaine notoriété lors de sa sortie, aussi bien dans le grand public que dans le cadre universitaire. En effet, non seulement son sujet est particulièrement important pour le contexte policier mais son autrice est la fille d'Erving Goffman, un chercheur que tout le monde connait dans le monde des sciences sociales. Ce premier livre, issu d'une thèse et d'une longue recherche sous la forme d'une observation participante, a donc été particulièrement sujet à la critique et à l'observation. Les considérations des personnes qui l'on lut sont clivées passant de l'appel au génie de l'autrice à ses supposés mensonges et crimes commis lors de la recherche. Bien entendu, je ne peux pas vérifier la recherche d'Alice Goffman mais je peux me demander si le livre éclaire la mécanique policière et si son autrice a réussi à garder une posture à la fois éthique et objective.

    Alice Goffman, à l'époque étudiante tentant de terminer ses crédits et d'entrer dans le milieu universitaire, s'est intéressé à ce sujet par étape. Comme elle l'explique dans son appendice méthodologique, elle s'est d'abord intéressée aux magasins de films, puis aux relations entre étudiant-e-s et travailleuses et travailleurs de la cafétéria de l'université pour ensuite s'intégrer comme tutrice dans une famille vivant sur la rue qu'elle va étudier ensuite, lorsqu'elle fait la connaissance de plusieurs jeunes hommes noirs pauvres du quartier ayant de nombreux problèmes avec la justice et la police. Elle va vivre avec ce groupe de jeune, couper ses liens avec ses ami-e-s et louer un appartement proche afin de mieux comprendre le fonctionnement de la société locale.

    Son but est de comprendre de quelle manière l'arsenal policier utilisé pour s'attaquer au crime, selon la doctrine Tough on crime, impacte la vie des résident-e-s de la rue. Alice Goffman montre que ce quartier ni vit que selon le fonctionnement policier chargé de s'attaque au crime. Les jeunes hommes et femmes fuient dès qu'ils le peuvent, apprennent à reconnaitre la police et les moments et lieux qui peuvent attirer l'attention et remplissent leurs calendriers selon le fonctionnement de la justice. En particulier, l'autrice montre à quel point la police impacte les relations entre les personnes. En effet, les proches sont la cible de nombreuses pressions pour donner la location d'un jeune homme recherché. La vie des hommes, elle-même, est constellée d'entrée en prison, de sortie, de probation et de retour devant le tribunal avec un nombre difficile à comprendre d'actions légales dans leur vie. Le statut social dépend de l'intérêt de la justice. On peut être surveillé, informateur ou "propre." Ce dernier statut permet d'acheter et de signer des contrats sans trop de problèmes, tandis que les personnes qui sont recherchées ne peuvent pas avoir de permis, de carte d'identité voire même, selon l'autrice, entrer dans un hôpital en cas de besoin, par peur d'être arrêtés.

    En ce qui concerne l'impact de la police et des arrestations de masse je ne sais pas si Alice Goffman ajoute grand-chose, mais elle permet en tout cas de mieux comprendre ce qui arrive aux personnes même grâce à un examen ethnographique. Cependant, je me pose beaucoup de questions concernant l'éthique de son travail. Ces questions sont en parties exprimées par l'autrice elle-même dans son appendice, dont je conseille la lecture. Alice Goffman, par exemple, se demande si elle aurait pu violer la loi et se faire arrêter pour mieux comprendre la vie de ses sujets d'études, qui avaient conscience de son travail et le corrigeaient parfois en direct. Bien qu'elle ait renoncé pour des raisons méthodologiques cela n'implique pas qu'elle n'ait pas violé des normes légales en cachant des fugitifs ou en aidant à cacher de la drogue.

    On peut aussi se poser des questions sur la publication d'un tel travail. L'autrice explique de quelle manière ces jeunes hommes agissent pour éviter la police et réussir à vivre normalement malgré des problèmes légaux. Ne peut-on pas penser que mettre ces techniques en plein jours risque de créer des dangers pour ces personnes qui lui ont parlé et lui ont expliqué leurs méthodes ? Enfin, il y a la question de l'ethnie de l'autrice, une jeune femme blanche. Est-ce que son statut lui a permis d'être moins sujette au contrôle policier ou a-t-il créé de nouveaux dangers pour les jeunes hommes ? Mais surtout, est-elle légitime pour ce travail ? Ce sont des questions difficiles et d'autres personnes pourraient probablement bien mieux y répondre que moi.

    Image : Éditeur

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  • BlacKkKlansman

    TW : Racisme, antisémitisme, négationnisme, images d'attentats racistes entre 2016 et 2017

    Ron Stallworth vit dans une petite ville du Colorado. La police y est fréquemment accusée d'actes racistes mais les autorités politiques souhaitent changer l'image de ses forces de police. À la suite d’une campagne en faveurs des minorités Ron Stallworth y est inclus au service des archives. Après plusieurs semaines, on lui demande d'infiltrer une réunion du syndicat des étudiant-e-s noir-e-s. Cette mission lui permet d'être intégré à une unité d'enquête. Il décide de débuter une enquête sur le KKK local en contactant son chef local. C'est un succès. Avec l'aide d'un collègue il découvre des informations inquiétantes sur les activités et les membres du Clan, pourtant présenté comme de plus en plus pacifique.

    SPOILERS

    Ce film est résolument anti-raciste. Que ce soit le racisme contre les personnes de couleurs (pour inclure plus que les personnes noires) ou contre les juifs. La réalisation ne nous épargne pas les propos les plus extrêmes de personnes parfaitement ordinaires. Que ce soit david duke ou le chef du KKK du Colorado, ce sont deux hommes bien habillés qui parlent calmement. Sans appeler au meurtre, ils ne cachent pas leur racisme et leur envie de reconquête. Le film s'intéresse, évidemment, aux actions de la police. Ron Stallworth y est décrit comme le premier policier noir de sa ville et sa première mission est d'infiltrer un groupe d’activiste en faveurs du Black Power. Malheureusement, la réalisation ne s'intéresse pas beaucoup à ce groupe ni aux Black Panthers et encore moins aux activités antisubversives des polices, à l'aide du programme cointelpro. Bien que l'un des policiers soit décrit comme un raciste, le film ne s'intéresse pas à la manière dont les activités policières discriminantes sont permises par le système. Au contraire, la réalisation n'hésite pas à héroïser la police, les racistes devenant des exceptions. Je pense que le film manque ici un thème important qui touche non seulement les États-Unis mais aussi d'autres états occidentaux, dont la Suisse.

    Il est très difficile de ne pas voir que ce film est tout aussi contre le racisme qu'il est contre trump. Les différentes scènes sont constellées de références plus ou moins subtiles. Plusieurs personnages du KKK utilise des slogans mis en avant par trump, que ce soit le "make america great again" ou "america first." La réalisation cache encore moins sa posture politique à la fin du film lorsqu'elle diffuse des images d'attentats terroristes racistes avec la réaction de trump, plus que complaisante. Le plus intéressant est que ce film explicite les tactiques pour faire accepter le racisme. Ainsi, l'un des personnages mentionne les recherches "scientifiques" qui prouvent l'infériorité intellectuelle de certaines populations, des recherches largement discréditées et pourtant encore défendues par des chercheurs. La réalisation montre aussi que si david duke et d'autres essaient de se présenter comme propre sur eux c'est pour mieux faire accepter leurs propos dans la population et dans le milieu politique, avec comme but qu'un politicien puisse défendre leurs idées au plus haut niveau de l'état. On observe cette même tactique en Europe par exemple en ce qui concerne les migrations. Les personnes qui migrent, pour recevoir l'asile, ne sont plus qualifiées comme des personnes en besoin d'aides mais des dangers qui impliquent des mesures d'enfermement et d'expulsion même au prix de leur mort. Tandis que les personnes qui les aides ne sont plus des humanitaires mais des criminels qu'il faut arrêter.

    *
    **
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    **** Un bon film mais qui lisse le rôle de la police et de son héros. J'aimerais aussi savoir quels sont les événements écrits par la réalisation et quelle est la réalité.
    *****

    Image : IMDB

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    blackkklansman

  • De la différence des sexes. Le genre en histoire sous la direction de Michèle Riot-Sarcey

    Titre : De la différence des sexes. Le genre en histoire
    Direction : Michèle Riot-Sarcey
    Éditeur : Bibliothèque historique Larousse 2010
    Pages : 287

    L'usage du concept de genre est de plus en plus utilisé en sciences sociales et humaines malgré une tentative d'empêcher son usage. Mais la manière dont on use d'un concept moderne dans le cadre des études historiques pose question, que ce soit à cause du manque de sources ou de la nécessité de ne pas user de termes anachroniques. Dans ce livre, dirigé par Michèle Riot-Sarcey, plusieurs auteur-e-s essaient de montrer la capacité d'explication de ce concept en histoire occidentale de l'antiquité à nos jours.

    Le livre est divisé en 9 chapitres. L'introduction et la conclusion sont écrits par la directrice du volume. En introduction, l'autrice pose la question de l'usage du concept en histoire. Comme je l'ai noté plus haut, l'une des questions concerne l'anachronisme. Mais elle met aussi en avant la capacité du concept à mettre en avant des questions qui n'existaient pas aux époques étudiées. Le genre permet donc de découvrir des relations de pouvoirs qui ne sont pas explicitées dans les sources. En conclusion, l'autrice mobilise les écrits de Michel Foucault afin d'expliquer en quoi les études genres sont utiles pour comprendre ces mêmes relations de pouvoirs en histoire. Elle s'étonne aussi de l'usage plus important de Foucault dans le contexte états-unien en comparaison avec la France. Les autres chapitres s'intéressent à des civilisations et périodes occidentales précises.

    Les deux premiers chapitres concernent Athènes et Rome. Le premier auteur montre que les connaissances des sources anciennes athéniennes ne permettent pas de comprendre le fonctionnement de la société. En effet, nous avons accès à des écrits qui essaient de mettre en place un idéal dans lequel les femmes sont sous tutelles. Mais elles possèdent des capacités proches de celles des hommes. La véritable division se forme entre les personnes citoyennes et non-citoyennes, comme les esclaves. Rome, cependant, fonctionne selon l'idée que les femmes sont soumises aux hommes. Une partie des écrits de contemporains utilisés pour comprendre le Principat usent justement de la domination des femmes sur les hommes pour critiques les premiers empereurs, vus comme dévirilisés. Mais le chapitre montre que ces femmes ne font qui suivre leur rôle en haussant leur famille dans la hiérarchie sociale.

    Les trois chapitres suivants concernent plutôt la période médiévale et l'Ancien Régime. Le livre commence avec un article sur Byzance, un empire que je ne connais pas bien. L'auteur tente de comprendre de quelle manière fonctionne la tri-sexualisation à Byzance. En effet, il existe des hommes et des femmes mais aussi des eunuques. Ceux-ci gagnent un pouvoir de plus en plus important dans la ville, jusqu'à être représentés dans les églises, car ils possèdent le rôle de pacifier la cité. Non seulement ils protègent l'empereur mais ils évitent aussi les coups d'états militaires qui pourraient déstabiliser l'empire. Un autre chapitre s'intéresse aux relations entre l’Église et les communautés monacales. Ces dernières se basent sur une interprétation de la Bible pour justifier l'entrée des femmes et la supériorité des personnes vierges. Mais leur interprétation met à mal la puissance ecclésiastique et la première période médiévale voit les princes et l’Église tenter de contrôler les communautés monacales afin d'éviter une concurrence de l'intercession envers la divinité. Enfin, le troisième chapitre s'intéresse à l'Ancien Régime. L'autrice tente de nous montrer que même s'il existe des différences de pouvoirs entre hommes et femmes ces dernières peuvent gagner en supériorité, celle-ci comprise comme masculine. En effet, la noblesse est conçue comme un donné du sang qui se traduit par des comportements masculins que des femmes nobles peuvent donc recevoir, devenant combattantes aussi bien que des hommes.

    Les deux derniers chapitres s'intéressent bien plus à l'histoire contemporaine française. Le premier parle du XIXème siècle est des luttes en faveurs de l'égalité. L'autrice montre que des femmes essaient d’accéder à la citoyenneté mais que celle-ci est toujours refusée au nom du respect de l'ordre sociale. Les socialistes eux-mêmes ont peur de l'accès au travail des femmes, considérés comme dangereux pour les femmes et contraires à l'idéal de l'homme pourvoyeur et de la femme ménagère. Le dernier chapitre est une peinture des tentatives d'accès au droit de vote durant le XXème siècle. L'autrice explique que la France est une exception en Europe occidentale. Elle critique aussi l'accès au droit de votre comme récompense pour des actions de résistance lors de la Deuxième guerre mondiale. Enfin, l'autrice pose la question du passage du droit de vote à la parité. Elle montre la difficulté d'accepter l'idée dans une république qui se pense universelle et égalitaire mais aussi face à des partis qui préfèrent payer des amendes plutôt que de suivre la loi. Le chapitre se termine sur l'élection de Sarkozy face à Ségolène Royal qui a souffert de la misogynie de ses adversaires comme des membres de son propre parti.

    Ce livre me semble intéressant car il essaie non pas de réfléchir de manière désincarnée sur l'usage d'un concept mais de montrer de quelle manière on peut l'utiliser afin de comprendre des thèmes précis. Le découpage, plus ou moins classique, permet d'avoir des exemples utiles pour les étudiant-e-s de France et d'Europe. Je déplore tout de même le manque d'exemples non-occidentaux, on reste sur des thèmes très européens. Cependant, ce livre permet de mettre en avant la fécondité du concept alors que celui-ci est attaqué par certains milieux.

    Image : Éditeur

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  • Kona fer í stríð (Woman at war)

    Woman at war est le second film islandais à sortir en deux semaines en Suisse. Halla est une cinquantenaire. Elle se rend à son travail à vélo. Elle donne des cours de chants et elle visite de temps en temps sa sœur, professeure de yoga en attente d'une place pour un voyage dans un sanctuaire. Il y a 4 ans, les deux sœurs ont demandé le droit d'adopter un enfant et Halla reçoit enfin une réponse positive. Mais elle ne sait pas quoi répondre à l'agence d'adoption car sa vie est plutôt compliquée. En effet, elle est responsable de la destruction des lignes électriques qui paralyse l'industrie lourde du pays depuis quelques semaines. À la suite de ces actes de sabotage le gouvernement commence à s’inquiéter et organise une recherche frénétique et hystérique de la ou des personnes responsables. Car ces attaques risquent de mettre à mal un investissement chinois en Islande.

    SPOILERS

    La première chose que l'on remarque dans ce film est l'attention envers des détails de la photo et l'usage de la musique. Cette dernière est jouée par un groupe de musicien et une chorale féminine. Ce film décide de les inclure directement dans l'image, avec de légères interactions en direction des personnages. Loin d'être incongru, leur apparition est souvent assez drôle car absurde tout en annonçant des problèmes dans l'intrigue. La photo utilise l'Islande dans toute sa splendeur. Il est difficile de ne pas souhaiter organiser une petite randonnée dans les coins filmés par la réalisation. Mais il y a aussi de petits détails assez drôles. Par exemple, les télévisions sont souvent réglées sur des questions concernant l'écologie. J'ai aussi particulièrement apprécié le passage à Thingvellir. Alors que le président explique l'histoire de ce lieu, une sorte de parlement, et l'usage des chefs de se réunir en cercle pour décider des condamnations les aides du président se réunissent elleux-même en cercle afin de discuter de ce qui arrivera à Hella. Ce n'est pas tout à fait maîtrisé mais j'ai aimé.

    Bien entendu, le thème principal du film est l'écologie dans un monde capitaliste. Hella, ainsi que sa sœur, sont deux personnes très liées à la terre. À plusieurs reprises, on les observe se coucher par terre et respirer comme moyen de communion. Hella utilise la nature pour se défendre et se cacher lorsque nécessaire ainsi que pour sauver sa vie. Elle le fait car elle considère que le fonctionnement de l'économie n'est pas compatible avec les nécessités de protection de la nature, un point de vue que j'ai tendance à partager. Mais le film s'intéresse aussi aux questions de militantisme dans un cadre sécuritaire. On apprend rapidement que ses actions de sabotage, qui ne tuent ni ne blessent, sont qualifiés d'actes de terrorisme. Ici le film décide de prendre deux directions. En premier lieu, il s'intéresse à un jeune touriste particulièrement malchanceux qui est systématiquement visé par les autorités comme le responsable potentiel des actes de sabotage. Bien que ce ne soit pas explicité, on y voit facilement la tendance raciste des sociétés occidentales. En second lieu, le film met en avant un usage de plus en plus hystérique des technologies de surveillance. Alors qu'il n'y a que des dégâts matériels l'état décide de demander l'aide de la CIA et du Mossad. La police se met à utiliser des satellites espions et des drones équipés de caméras thermiques. Pire encore, il est mentionné, vers la fin du film, que le gouvernement a pris la décision de récolter des échantillons ADN de toutes les personnes quittant et entrant en Islande. Ainsi, pour retrouver une seule et unique personne qui ne crée que des dégâts matériels une grande partie de la population doit accepter d'être fichée. Le film montre très bien la logique d'extension des technologies de surveillance qui ne s'arrêtent pas lorsque la personne recherchée est enfin arrêtée.

    *
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    ***
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    ***** Plutôt drôle, beau, un film qui maitrise plutôt bien les thèmes mis en avant sans nous donner toutes les clés d'explication

    Image : IMDB

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  • The children act (My Lady)

    Fiona Maye est une personne qui a réussi. Elle possède un appartement qui lui permet de s'adonner à sa passion, la musique. Bien que son mari ne soit pas très intelligent, voire lâche, son mariage a duré 20 ans dans un respect mutuel intense. Son mari est presque aussi intelligent qu'elle. Et elle a atteint le grade de juge à la Haute Cour, spécialisée dans le droit de la famille et des enfants. Dans sa pratique, elle doit prendre des décisions difficiles et parfois controversée avec, d'une part, la nécessité de respecter la loi et, d'autre part, la nécessité de protéger des enfants face aux dangers encourus. Un soir, un hôpital demande une action urgente de la part de la Cour. Un mineur de 17 ans, Adam, est victime d'un cancer qui nécessite une transfusion de sang pour permettre la possibilité de vivre. Mais l'enfant et ses deux parents refusent cette transfusion au nom de leur religion. Fiona Maye décide d'aller visiter ce jeune homme afin de comprendre ce qu'il souhaite vraiment.

    SPOILERS

    Je suis déçu. Selon le synopsis, tel que je l'avais compris, le film proposait une réflexion sur l'usage d'une loi chargée de protéger les mineur-e-s et de ses limites face à leur dignité et leur capacité de réflexion. En basant le film sur un jeune homme pratiquement majeur le film pouvait se demander à quel point il est nécessaire de prendre une décision basée sur une limite artificielle. Durant quelques scènes, la réalisation met en place un début de réflexion. Les avocats présentent des points de vue spécifiques tandis que le père, la mère ne parlant jamais, explique de quelle manière fonctionne sa religion. De plus, le film fait parler le jeune homme en question qui remet en question le droit de la juge de s'intéresser à son cas. Il aurait été possible de s'intéresser à la loi, sa pratique, ses limites et la question du respect de la religion de chacun et des limites nécessaires, mais ce n'est pas le cas.

    A la place de cette réflexion la réalisation, qui adapte un roman, s'intéresse à la relation entre la juge et Adam. En parallèle, on nous présente la relation entre Fiona et son mari. Ce dernier souhaite un mariage plus affectueux mais semble ne jamais avoir partagé ses souhaits et décide, brutalement, d'annoncer le début d'une relation avec une jeune statisticienne. La réaction de Fiona Maye, compréhensible, est de préparer un divorce. Bien que le film montre surtout les problèmes du couple, et l’absence de communication de la part du mari, la réalisation nous permet de comprendre que ce mariage est un mariage d'amour avec des liens de respect entre les deux membres du couple. La relation entre Fiona Maye et Adam est plus problématique. Bien que majeur durant une grande partie du film Adam reste très jeune et semble chercher chez Fiona Maye une mentor et une guide qui lui permette de comprendre le monde. Mais il agit en la suivant, en cherchant ses informations privées sur internet et en essayant de s'imposer malgré les refus répétés de Fiona Maye. Leur relation me semble pour le moins problématique.

    *
    ** Ce film est une grande déception pour moi. J'ai l'impression que le synopsis m'a induit en erreur.
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    Image : Allociné

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  • Histoire de Genève 3. De la création du canton en 1814 à nos jours par Olivier Perroux

    Titre : Histoire de Genève 3. De la création du canton en 1814 à nos jours
    Auteur : Olivier Perroux
    Éditeur : Alphil 2017
    Pages : 151

    Ce dernier tome s'intéresse à la vie de la Commune, et du canton, de Genève du XIXème à pratiquement aujourd'hui puisque l'auteur mentionne aussi bien le CEVA que la révision constitutionnelle ou encore l'arrivée du MCG. Cette entrée dans l'histoire contemporaine de Genève a lieu après l'époque française alors que les diplomates genevois font pressions au congrès de Vienne pour recevoir une indépendance dans le cadre de la Confédération Helvétique, elle aussi restaurée après l'épisode de la République Helvétique. L'auteur examine cette longue histoire en 15 chapitres.

    Sans vouloir présenter tous les chapitres de cette synthèse, il me semble que l'un des thèmes importants de ce tome concerne la révolution et particulièrement l'histoire du radicalisme. Ce parti, qui est d'abord à la gauche des Conservateurs, inaugure une véritable révolution dans le canton lorsque les autorités traditionnelles sont renversées au profit des radicaux, dont Fazy. Bien que cette révolution ait eu lieu en deux étapes, la Confédération ayant réagi, Fazy a eu un impact majeur sur l'histoire de la ville puisqu'il décida de nombreuses révisions et changements, par exemple la destruction des murailles ce qui ouvrit de nouveaux terrains de constructions. Malgré sa puissance, le radicalisme perdra, petit à petit, de sa splendeur face au parti socialiste et à Léon Nicole lors de l'entre-deux-guerres. Cette hégémonie sera définitivement perdue après les années 60.

    Un second thème pourrait être celui de l'urbanisme, en lien avec le rôle de la ville en Suisse et à l'international. Genève s'est construit face à un pays considéré comme ennemi, en particulier lors de l'arrivée du protestantisme. Longtemps, la ville fut coupée du reste du monde par une muraille qui ne fut détruite que durant le XIXème siècle. Lors de son indépendance, le canton ne possédait qu'une ville et un territoire rural. Mais l'expansion économique et démographique implique une hausse importante du développement de ces villages qui deviennent des villes importantes, tandis que Genève perd des habitant-e-s à cause d'un manque d'appartements. De plus, la ville étant choisie comme siège de la SDN, de nombreuses organisations internationales puis de l'ONU elle attire de nombreux fonctionnaires internationaux. Il faut leur fournir de quoi se loger mais aussi des moyens de transports adéquats, comme l'avion. Les autorités sont forcées à s'intéresser à l'urbanisme et cherchent des moyens de gérer le développement de la ville. Mais les problèmes politiques empêchent un choix nécessaire concernant le réseau de routes et de transports publics, sujet encore controversé. La série se termine sur ce dernier tome qui s'arrête au début du XXIème siècle.

    Image : Éditeur

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  • Love. Simon

    Simon est un jeune adolescent comme les autres. Sa famille est heureuse. Il a reçu une voiture pour ses 16 ans et, comme tout bon adolescent des Etats-Unis motorisé, il va chercher ses ami-e-s pour les emmener en cours. Il est en dernière année et se prépare à se rendre à l'université de Los Angeles. Il aime le café et le théâtre tandis que ses enseignant-e-s n'ont rien à lui reprocher. Mais Simon a un secret. Ce secret il ne l'a avoué à personne et son refus d'en parler, afin de se protéger lui-même mais aussi d'autres personnes, risque de tout changer. Simon est gay et il ne connait qu'une seule autre personne dans son école mais il ne lui parle jamais.

    SPOILERS

    La première caractéristique de ce film que l'on doit mettre en avant est simple : Love, Simon est un film d'adolescent-e mais aussi, et surtout, un feel good movie. Ce genre tente de faire passer les personnes qui le regarde par toutes les émotions possibles mais de manière positive. On ne sort pas d'un tel film sans se sentir bien, heureux, optimiste. C'est pour cette raison que les questions les plus difficiles ne sont pas forcément mises en avant, préférant s'intéresser aux questions d'amitiés et de réussites malgré les problèmes subis par les personnages, principaux ou secondaires. Regarder ce type de film fait toujours du bien. D'autant qu'une grande partie des productions qui s'intéressent à des personnes homosexuelles, ou transgenres, sont particulièrement difficiles.

    Le point focal de ce film est l'outing. En effet, Simon ne sort pas du placard de son plein gré. Il est forcé de se rendre public par une personne anonyme qui l'a fait chanter pendant une bonne moitié de l'histoire. Même si le film fait le choix de ne pas être négatif, cela n'empêche pas de condamner l'outing comme une atteinte à la vie privée. Comme le dit le personnage principal, être out ne dépend pas des autres mais de lui seul. Seule la personne directement concernée peut décider de quelle manière déclarer son identité. Je suis donc particulièrement heureux de voir que l'un des autres personnages empêche, à un moment du film, de filmer avec un natel une personne potentiellement homosexuelle. C'est un geste qui devrait être normal.

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    **

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    **** On passe un très bon moment devant ce film

    *****

    Image : Site officiel

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  • Histoire du canton de Neuchâtel 3. La création d'une République. De la Révolution de 1848 à nos jours par Jean-Marc Barrelet

    Titre : Histoire du canton de Neuchâtel 3. La création d'une République. De la Révolution de 1848
    Auteurs : Jean-Marc Barrelet
    Éditeur : Alphil 2011
    Pages : 139

    Ce troisième, et dernier, tome s'intéresse à la période de 1848 à 2011. L'auteur débute sur une Révolution en mars 1848 qui prend les tenants de l'ancien régime par surprise. En peu de temps, le pays est aux mains des insurgés, soutenus par la jeune confédération et les vainqueurs du Sonderbund. Cependant, l'auteur démontre que la République n'est pas sans faiblesses. Tout d'abord, il explique quelles sont les problèmes des radicaux. En effet, ceux-ci essaient de réformer en vitesse un pays tenus pendant longtemps par des systèmes archaïques et donc une partie de la population ne veut pas. De plus, les révolutionnaires sont eux-mêmes divisés et cela aboutis à la chute du gouvernement. Dans ce contexte, les royalistes essaient de prendre le pouvoir à l'aide d'un putsch. Leur échec est dû aussi bien à un manque de soutien que par l'action rapide des radicaux. Mais il est aussi le début de problèmes diplomatiques pour la Confédération, qui a failli tourner en une guerre avec l'Allemagne.

    L'auteur offre aussi un tableau économique du pays. Après les soubresauts de la Révolution et du Putsch, il est nécessaire de réformer les industries du pays. Ces réformes impliquent la mise en place de voies de communication entre le canton et le reste de l'Europe. Les particularismes régionaux débouchent sur le choix de deux voies qui se concurrencent et coutent chers. Les autorités essaient aussi de développer l'industrie horlogère en abandonnant le travail à domicile. Bien que certains patrons tentent de garder un lien entre eux et les ouvriers, les changements impliqués permettent l'essor du syndicalisme et du socialisme.

    Enfin, l'auteur essaie aussi de nous montrer les évolutions culturelles et scolaires. Celles-ci sont mises en place en lien avec l'industrie horlogère qui demande un apprentissage professionnel, avec des écoles qui lient art, commerce et mécanique. Neuchâtel devient un vivier de compétences pour la création de montres de luxe mais aussi de leur développement technologique, bien que les changements dans l'industrie poussent certains corps de métier à disparaitre. Le canton possède aussi la plus petite université de Suisse qui a un lien important avec le Front national suisse de la recherche et se spécialise dans certains domaines précis.

    La lecture de ces trois tomes donne une image intéressante, complète mais aussi très synthétique du canton. Les auteurs nous permettent de comprendre d'où proviennent des particularités qui existent encore aujourd'hui, et qui peuvent parfois créer des problèmes pour le fonctionnement du canton. Il ressort de la conclusion de ce dernier tome que Neuchâtel, selon l'auteur, doit choisir entre vivre seule à l'aide de ses propres forces ou se réformer, s'unir et se lier à d'autres cantons. Une conclusion que l'auteur semble généraliser à l'ensemble de la Suisse.

    Image : Éditeur

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