13/07/2018

Histoire de Genève 3. De la création du canton en 1814 à nos jours par Olivier Perroux

Titre : Histoire de Genève 3. De la création du canton en 1814 à nos jours
Auteur : Olivier Perroux
Éditeur : Alphil 2017
Pages : 151

Ce dernier tome s'intéresse à la vie de la Commune, et du canton, de Genève du XIXème à pratiquement aujourd'hui puisque l'auteur mentionne aussi bien le CEVA que la révision constitutionnelle ou encore l'arrivée du MCG. Cette entrée dans l'histoire contemporaine de Genève a lieu après l'époque française alors que les diplomates genevois font pressions au congrès de Vienne pour recevoir une indépendance dans le cadre de la Confédération Helvétique, elle aussi restaurée après l'épisode de la République Helvétique. L'auteur examine cette longue histoire en 15 chapitres.

Sans vouloir présenter tous les chapitres de cette synthèse, il me semble que l'un des thèmes importants de ce tome concerne la révolution et particulièrement l'histoire du radicalisme. Ce parti, qui est d'abord à la gauche des Conservateurs, inaugure une véritable révolution dans le canton lorsque les autorités traditionnelles sont renversées au profit des radicaux, dont Fazy. Bien que cette révolution ait eu lieu en deux étapes, la Confédération ayant réagi, Fazy a eu un impact majeur sur l'histoire de la ville puisqu'il décida de nombreuses révisions et changements, par exemple la destruction des murailles ce qui ouvrit de nouveaux terrains de constructions. Malgré sa puissance, le radicalisme perdra, petit à petit, de sa splendeur face au parti socialiste et à Léon Nicole lors de l'entre-deux-guerres. Cette hégémonie sera définitivement perdue après les années 60.

Un second thème pourrait être celui de l'urbanisme, en lien avec le rôle de la ville en Suisse et à l'international. Genève s'est construit face à un pays considéré comme ennemi, en particulier lors de l'arrivée du protestantisme. Longtemps, la ville fut coupée du reste du monde par une muraille qui ne fut détruite que durant le XIXème siècle. Lors de son indépendance, le canton ne possédait qu'une ville et un territoire rural. Mais l'expansion économique et démographique implique une hausse importante du développement de ces villages qui deviennent des villes importantes, tandis que Genève perd des habitant-e-s à cause d'un manque d'appartements. De plus, la ville étant choisie comme siège de la SDN, de nombreuses organisations internationales puis de l'ONU elle attire de nombreux fonctionnaires internationaux. Il faut leur fournir de quoi se loger mais aussi des moyens de transports adéquats, comme l'avion. Les autorités sont forcées à s'intéresser à l'urbanisme et cherchent des moyens de gérer le développement de la ville. Mais les problèmes politiques empêchent un choix nécessaire concernant le réseau de routes et de transports publics, sujet encore controversé. La série se termine sur ce dernier tome qui s'arrête au début du XXIème siècle.

Image : Éditeur

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01/07/2018

Love. Simon

Simon est un jeune adolescent comme les autres. Sa famille est heureuse. Il a reçu une voiture pour ses 16 ans et, comme tout bon adolescent des Etats-Unis motorisé, il va chercher ses ami-e-s pour les emmener en cours. Il est en dernière année et se prépare à se rendre à l'université de Los Angeles. Il aime le café et le théâtre tandis que ses enseignant-e-s n'ont rien à lui reprocher. Mais Simon a un secret. Ce secret il ne l'a avoué à personne et son refus d'en parler, afin de se protéger lui-même mais aussi d'autres personnes, risque de tout changer. Simon est gay et il ne connait qu'une seule autre personne dans son école mais il ne lui parle jamais.

SPOILERS

La première caractéristique de ce film que l'on doit mettre en avant est simple : Love, Simon est un film d'adolescent-e mais aussi, et surtout, un feel good movie. Ce genre tente de faire passer les personnes qui le regarde par toutes les émotions possibles mais de manière positive. On ne sort pas d'un tel film sans se sentir bien, heureux, optimiste. C'est pour cette raison que les questions les plus difficiles ne sont pas forcément mises en avant, préférant s'intéresser aux questions d'amitiés et de réussites malgré les problèmes subis par les personnages, principaux ou secondaires. Regarder ce type de film fait toujours du bien. D'autant qu'une grande partie des productions qui s'intéressent à des personnes homosexuelles, ou transgenres, sont particulièrement difficiles.

Le point focal de ce film est l'outing. En effet, Simon ne sort pas du placard de son plein gré. Il est forcé de se rendre public par une personne anonyme qui l'a fait chanter pendant une bonne moitié de l'histoire. Même si le film fait le choix de ne pas être négatif, cela n'empêche pas de condamner l'outing comme une atteinte à la vie privée. Comme le dit le personnage principal, être out ne dépend pas des autres mais de lui seul. Seule la personne directement concernée peut décider de quelle manière déclarer son identité. Je suis donc particulièrement heureux de voir que l'un des autres personnages empêche, à un moment du film, de filmer avec un natel une personne potentiellement homosexuelle. C'est un geste qui devrait être normal.

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**** On passe un très bon moment devant ce film

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Image : Site officiel

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16:30 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, LGBTIQ | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : love simon | | | |  Facebook

24/06/2018

Histoire du canton de Neuchâtel 3. La création d'une République. De la Révolution de 1848 à nos jours par Jean-Marc Barrelet

Titre : Histoire du canton de Neuchâtel 3. La création d'une République. De la Révolution de 1848
Auteurs : Jean-Marc Barrelet
Éditeur : Alphil 2011
Pages : 139

Ce troisième, et dernier, tome s'intéresse à la période de 1848 à 2011. L'auteur débute sur une Révolution en mars 1848 qui prend les tenants de l'ancien régime par surprise. En peu de temps, le pays est aux mains des insurgés, soutenus par la jeune confédération et les vainqueurs du Sonderbund. Cependant, l'auteur démontre que la République n'est pas sans faiblesses. Tout d'abord, il explique quelles sont les problèmes des radicaux. En effet, ceux-ci essaient de réformer en vitesse un pays tenus pendant longtemps par des systèmes archaïques et donc une partie de la population ne veut pas. De plus, les révolutionnaires sont eux-mêmes divisés et cela aboutis à la chute du gouvernement. Dans ce contexte, les royalistes essaient de prendre le pouvoir à l'aide d'un putsch. Leur échec est dû aussi bien à un manque de soutien que par l'action rapide des radicaux. Mais il est aussi le début de problèmes diplomatiques pour la Confédération, qui a failli tourner en une guerre avec l'Allemagne.

L'auteur offre aussi un tableau économique du pays. Après les soubresauts de la Révolution et du Putsch, il est nécessaire de réformer les industries du pays. Ces réformes impliquent la mise en place de voies de communication entre le canton et le reste de l'Europe. Les particularismes régionaux débouchent sur le choix de deux voies qui se concurrencent et coutent chers. Les autorités essaient aussi de développer l'industrie horlogère en abandonnant le travail à domicile. Bien que certains patrons tentent de garder un lien entre eux et les ouvriers, les changements impliqués permettent l'essor du syndicalisme et du socialisme.

Enfin, l'auteur essaie aussi de nous montrer les évolutions culturelles et scolaires. Celles-ci sont mises en place en lien avec l'industrie horlogère qui demande un apprentissage professionnel, avec des écoles qui lient art, commerce et mécanique. Neuchâtel devient un vivier de compétences pour la création de montres de luxe mais aussi de leur développement technologique, bien que les changements dans l'industrie poussent certains corps de métier à disparaitre. Le canton possède aussi la plus petite université de Suisse qui a un lien important avec le Front national suisse de la recherche et se spécialise dans certains domaines précis.

La lecture de ces trois tomes donne une image intéressante, complète mais aussi très synthétique du canton. Les auteurs nous permettent de comprendre d'où proviennent des particularités qui existent encore aujourd'hui, et qui peuvent parfois créer des problèmes pour le fonctionnement du canton. Il ressort de la conclusion de ce dernier tome que Neuchâtel, selon l'auteur, doit choisir entre vivre seule à l'aide de ses propres forces ou se réformer, s'unir et se lier à d'autres cantons. Une conclusion que l'auteur semble généraliser à l'ensemble de la Suisse.

Image : Éditeur

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18/06/2018

Histoire de Fribourg 3. Ancrages traditionnels et renouveaux (XIXe-XXe siècle) par Francis Python

Titre : Histoire de Fribourg 3. Ancrages traditionnels et renouveaux (XIXe-XXe siècle)
Auteur : Francis Python
Éditeur : Alphil 2018
Pages : 136

Ce court, du moins plus court que les deux autres, volume clôture cette histoire de Fribourg en s'intéressant à l'époque contemporaine, durant laquelle le canton essaie de résister à des changements importants. L'auteur divise son livre en 8 chapitres afin de décrire les problèmes, les changements et les résistances mis en place par les autorités cantonales durant ces deux siècles. On pourrait considérer que ce livre se divise en trois grosses parties selon le fonctionnement politique du canton.

La première partie concernerait la sortie de l'Ancien régime et les résistance face aux changements imposés par la République helvétique et la Constitution de 1848. Bien que l'on ait souvent l'impression d'une histoire traditionnelle, l'auteur nous explique que le canton est en faveurs des changements mis en place dans la Constitution de 1848. Ce n'est que dans les années 1830 que les forces conservatrices reprennent le dessus et poussent le canton à s'engager dans une alliance séparée, ce qui débouche sur un siège de 3 jours et une capitulation un peu misérable. Dès la mise en place de la Constitution de 1848, le canton est soumis aux forces radicales qui imposent des changements politiques et sociétaux importants, sans jamais demander l'avis du peuple.

La seconde partie débute vers 1857 et pourrait se terminer en 1946. C'est la période de la République chrétienne. Bien que celle-ci commence par une coalition entre modérés et conservateurs, face aux radicaux, elle devient vite une force purement conservatrice dont le but est de défendre l’église et ses acquis. Cela n'empêche pas de mettre en place des travaux importants. En particulier, les autorités cantonales s'intéressent de près à l'éducation des jeunes hommes et poussent à la construction d'une université, considérée comme chrétienne. Ce sont aussi des constructions importantes. Mais ce système est mis à mal par des changements économiques suivant les deux guerres mondiales et, petit à petit, le paysage politique se modifie permettant de penser l'entrée des socialistes au parlement et, à terme, au gouvernement.

Les deux derniers chapitres s'intéressent à cette période durant laquelle la société fribourgeoise connait des changements majeurs. Bien entendu, cela implique l'entrée des socialistes au gouvernements, Denis Clerc étant le premier. Mais ce sont aussi des tentatives de réformes et des investissements dans le milieu industriel. Le canton souffre de ne pas avoir fait attention à l'éducation des jeunes du babybooms dans des secteurs industriels mais il contrebalance ceci avec des espaces importants qui permettent de nombreuses constructions. Malheureusement, le canton est aussi impacté par les chocs pétroliers, ce qui implique le retour d'un chômage.

Ce dernier tome se termine pratiquement en 2018. Il permet de connaitre le fonctionnement d'un canton souvent considéré comme traditionnel et peu développé. Malheureusement, je déplore que l'auteur n'ait pas examiné la République helvétique dont il ne parle que très peu. C'est une période que je connais assez peu et qui est souvent considérée comme la pire de l'histoire du pays. Cependant, elle a permis de construire ce qui est considéré comme la Suisse moderne.

Image : Éditeur

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05/06/2018

Histoire des transsexuels en France par Maxime Foerster

Titre : Histoire des transsexuels en France
Auteur : Maxime Foerster
Éditeur : H&O 2006
Pages : 186

Pendant longtemps, et encore aujourd'hui, la transsexualité (je reprends les termes utilisés par l'auteur qui les justifie dans son introduction) est considérée comme un crime, une maladie, quelque chose qu'il faut effacer. Pourtant, les transsexuels ont une histoire, difficile à décrire mais qui existe. L'auteur essaie de démontrer la richesse de cette histoire et de poser les pistes concernant les liens entre le militantisme transsexuels et le militantisme gay et lesbien. Pour cela il décrit la France, et surtout Paris, en 7 chapitres.

Les deux premiers sont des chapitres introductifs. Ils permettent à l'auteur d'expliquer d'où provient la pensée du transsexualisme. Il ne peut donc pas passer outre l'Allemagne et Magnus Hirschfeld. Ce dernier a permis de mieux penser la variété des possibilités sexuelles de l'humanité grâce à son centre d'étude. En particulier, il s'inscrit dans la théorie du troisième sexe qui considère que les personnes homosexuelles ont une âme qui ne correspond pas à leur corps. L'arrivée des nazis au pouvoir implique la fin de son travail, ses livres sont brulés. Dans ce contexte, la France commence à connaitre des mouvements en faveurs des transsexuels par deux personnes qui commencent à être connues. Leur statut permet de poser les bases d'un mouvement.

Les chapitres 3 et 4 s’intéressent plus particulièrement aux cabarets et à leurs artistes. L'auteur s'attache à une artiste précise, Coccinelle, pour démontrer l'importance de ces lieux comme moyens de sociabilités. En effet, plusieurs cabarets proposent des numéros de travestissement qui, petit à petit, deviennent des numéros mettant en scènes des personnes transsexuelles. Ces différentes personnes commencent à se connaitre et à s'aider mutuellement, en particulier en offrant des noms de docteurs prêt à pratique une opération. L'existence de ces artistes permet aussi à de nombreuses personnes de s'accepter en sachant ne pas être isolées.

Les derniers chapitres s'intéressent à la répression et à la réaction face à celle-ci. Bien que les trente glorieuses soient une période qui permet une relative expression, et un accès facilité aux hormones, de nombreuses personnes et autorités n'acceptent pas l'existence du transsexualisme. La police contrôle fréquemment les concerné-e-s au nom de la lutte contre la prostitution et les agents n'hésitent pas à demander des actes sexuels gratuits. L'accès aux papiers est particulièrement délicat et une association offre des faux papiers, dont les doubles sont envoyés à la préfecture (permettant un fichage). Ces faux papiers sont un moyen d'accès au travail mais aussi aux services étatiques qui, sinon, sont inaccessibles. Mais ce sont aussi les psychiatres de l'école de Lacan qui répriment les personnes transsexuelles. Selon elleux, ce sont des personnes malades qu'il faut traiter psychiatriquement et non aider par l'accès à la chirurgie et aux hormones.

L'auteur termine en montrant de quelle manière les personnes concernées se sont reliées en association afin de lutter contre la police, les psychiatres de Lacan mais aussi l'état en général. Aujourd'hui, des journées sont dédiées et il existe des essais de forcer les milieux politiques à accepter la devise française de liberté et d'égalité. Cependant, le combat est loin d'être terminé et certains refus officiels, malgré des condamnations par la CEDH, sont parfois difficiles à comprendre. L'auteur décrit par exemple l'annulation du mariage d'un couple considéré comme hétéro par l’État français qui a refusé le changement d'état civil de l'un des membres au nom de l’interdiction du mariage entre personnes de même sexe.

Je ne connais pas grand-chose concernant les besoins des personnes concernées et encore moins leur histoire. Ce petit livre m'a permis d'avoir enfin des informations concernant cette histoire. Il me semble aussi que l'auteur s'inscrit résolument dans une posture militante en faveurs des personnes concernées, en essayant de décrire leur histoire en France, à Paris surtout. J'ai personnellement apprécié ma lecture et j'essaierais d'en savoir plus.

Image : Éditeur

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03/06/2018

La révolution silencieuse / Das schweigende Klassenzimmer

Stalinstad, Allemagne de l'Est, 1956. Le monde est divisé entre l'ouest et l'est. Bien que le mur n'existe pas encore les camps sont visibles et l'armée russe occupe encore l'Allemagne de l'est. Cependant, la vie fonctionne sans problèmes dans le cadre du système socialiste. Les gens travaillent, débattent et les enfants vont à l'école dans une discipline de fer. Une classe de terminale est particulièrement intéressée par les problèmes du monde. En secret, illes écoutent une radio de l'ouest afin de comprendre ce qui se déroule en Pologne. À la suite des actions de l'URSS, illes décident de donner une minute de silence dans leur classe. Bien que cette minute semble peu importante elle aura de lourdes conséquences sur leurs familles.

SPOILERS

J'avais déjà vu Fritz Bauer du même réalisateur. Il y montrait de quelle manière un homme seul pouvait se battre contre un système prétendu dénazifié. J'avais beaucoup aimé la reconstitution de l'Allemagne de l'Ouest et des problèmes politiques posés par l'étude et la sanction du passé nazi du pays et de citoyen-ne-s. Dans ce film, le réalisateur s'intéresse au côté communiste de l'Allemagne. Là aussi, il essaie de reconstituer la vie de l'époque à l'aide d'habits, de meubles mais aussi d'une ambiance particulière à la fois pleine d'espoir mais aussi de craintes.

En effet, l'idée première des jeunes était une simple minute de silence. Mais aucun de ces terminales n'a imaginé les conséquences que pouvait prendre cette minute, considérée comme un défi envers l'état voire même une contre-révolution. Le film commence doucement, par une idée lancée dans une vieille ferme et soutenue par un homme âgé et politiquement intelligent. Ce n'est qu'un peu plus tard que l'on nous met en garde par les paroles du directeur de l'école. Puis, toute la force de l'état est utilisée afin d'écraser ce qui est considéré comme une révolte en s'attaquant au futur des enfants, porteurs de l'espoir de leurs parents envers un avenir meilleur. On nous montre des autorités qui n'hésitent pas à interroger, mentir et manipuler afin d'atteindre des conséquences acceptables. On nous montre aussi des autorités qui constituent de nombreux dossiers qui dorment dans des tiroirs avant de pouvoir être utilisés afin de faire pression. Bref, le film nous montre de quelle manière un état peut réagir face à un défi pourtant modeste et pacifique.

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**** Prenant, drôle et inquiétant. J'ai beaucoup aimé ce film.
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Image : Allociné

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02/06/2018

L'égalité en marche. Le féminisme sous la Troisième République par Laurence Klejman et Florence Rochefort

Titre : L'égalité en marche. Le féminisme sous la Troisième République
Autrice : Laurence Klejman et Florence Rochefort
Éditeur : Presses de la fondation nationale des sciences politiques
Pages : 356

Lorsqu'on parle de féminisme on nous répond souvent en mentionnant des groupes récents dont les actions sont mises en contradiction avec celles des féministes en faveurs du droit de vote et d'élection, au XIXème siècle et début du XXème. Cela permet de créer une échelle des bonnes et mauvaises pratiques, celles qui sont les plus récentes étant considérées comme mauvaises car trop extrêmes. Mais qui sont et comment militent les féministes de ce qu'il est commun de nommer la première vague. Les autrices de ce livre essaient de nous répondre à l'aide de l'analyse d'un corpus important d'archives françaises. Il est difficile de synthétiser ce livre qui est non seulement assez épais mais qui est aussi très riches, aussi bien en personnes qu'en groupes analysés. Je vais donc tenter de mettre en avant quelques aspects qui laissent sûrement une grande partie du livre de côté.

La lutte principale des féministes décrites dans ce livre, qui s'intéresse à la période 1860-1939 avec peu d'informations pour les années postérieurs à la guerre mondiale de 1914-1918, est la possibilité de voter et d'être élue. C'est une question générale en Europe et l'avancée du droit de vote est général au début du XXème siècle avec une France un peu retardataire. L'accès au vote implique de trouver des hommes alliés. Leur rôle est décrit par les autrices. On trouve des chefs de groupe qui essaient de constituer des mouvements féministes mais aussi un certain nombre de députés qui tentent de faire avancer la cause au niveau parlementaire, malgré les difficultés. Ainsi, les féministes de la Troisième République doivent aussi penser le rôle que les hommes peuvent avoir dans leurs groupes, avec l'idée d'en faire des alliés politiques voire de les amener à s'occuper des tâches ménagères.

Lorsque l'on parle de suffragistes on pense immédiatement à des femmes bien coiffées et habillées porteuses de pancartes et organisant des débats. On oublie souvent que les britanniques ont aussi organisé des attentats à la bombe, des grèves de la faim et que l'un d'entre-elles s'est jetée sous une voiture. Il existe donc une possibilité de choisir la voie du radicalisme et des actions violentes. Les autrices se demandent si ce choix a été fait en France. Elles concluent que malgré l'existence d'un groupe féministe radical la violence ne fut que peu utilisée mais a permis une attention médiatique importante alors que les peines furent finalement assez légères. Les autrices sont forcées de se demander pour quelle raison la violence ne fut que peu utilisées. Une explication pourrait être, selon elles, l'importance moindre de la religion dans les groupes français.

Enfin, j'ai souvent eu l'impression d'un mouvement assez suranné, voire conservateur, en particulier en comparaison avec la seconde vague des années 60-70. Cependant, les autrices démontrent que cette impression est fausse. Les féministes de la Troisième République posent des questions qui sont encore d'actualité aujourd'hui, certaines allant jusqu'à refuser le mariage comme une souillure imposée par les hommes. Il faut parler, bien entendu, des mouvements néo-malthusiens qui militent en faveurs du contrôle des naissances par des procédés contraceptifs et abortifs, parfois comme un moyen d'éviter la pauvreté. La pensée de ces mouvements permet de discuter du contrôle de leur propre corps par les femmes. J'ai aussi noté des tentatives de réformes de la langue française en direction d'une langue plus neutre, par la création de mots nouveaux. Ces efforts font tout autant débats qu'aujourd'hui. Ainsi, loin de ne se concentrer que sur le vote les féministes étudiées dans ce livre posent des questions nombreuses et importantes sur le fonctionnement de la société, de la langue et de la mode qui permettent de comprendre que les débats actuels ne sont pas toujours récents.

Image : Amazon

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24/05/2018

Le massacre des italiens. Aigues-Mortes, 17 août 1893 par Gérard Noiriel

Titre : Le massacre des italiens. Aigues-Mortes, 17 août 1893
Auteur : Gérard Noiriel
Éditeur : Fayard 6 janvier 2010
Pages : 294

Le 17 août 1893 a eu lieu, dans la ville d'Aigues-Morts, un massacre qui fit 8 morts et 50 blessés italiens au moins. Ce massacre eu des conséquences au niveau international puisque les relations entre la France et l'Italie devinrent tendues et que la presse lance des rumeurs d'une possible guerre entre les deux pays. Finalement, personne ne sera jugé coupable tandis que les morts sont oubliés petit à petit dans la mémoire aussi bien française qu'italienne.

L'auteur ne se contente pas de faire le récit des événements. Il essaie de l'inscrire dans le fonctionnement de la société locale et de la presse française de l'époque. Noiriel le fait en 4 chapitres. La première partie, outre les évènements, s'attache à comprendre de quelle manière fonctionne la ville d'Aigues-Mortes. L'auteur nous montre que cette ville est très attachée à ses particularités, remontant parfois à Saint Louis. Cependant, les changements socio-économiques modifient la richesse des habitant-e-s qui, pourtant, n'ont toujours pas l'eau courante. L'auteur explique aussi le fonctionnement de la récolte du sel, un travail difficile qui implique de faire entrer deux populations temporaires dans la ville : les français vagabonds et les italiens saisonniers. Le massacre débute par des problèmes entre ces deux populations concernant le travail, payé à la tâche, et l'accès à l'eau.

Le second et troisième chapitre se concentrent sur la manière dont les événements sont expliqués par la presse de l'époque. Noiriel montre que la presse de gauche et celle de droite voient les choses différemment. La gauche s'attaque à la compagnie de production de sel qui jouerait sur les salaires, évitant une solidarité entre ouvriers au lieu d'une solidarité nationale. La droite utilise des clichés sur les italiens pour parler de la trahison du pays, et donc du peuple italien, contre la France puisque l'Italie fait partie de la Triplice avec l'Allemagne. Enfin, une presse moins politique essaie de considérer ces événements comme une preuve de la sauvagerie des personnes pauvres. Dans tous les cas, les italiens sont considérés comme les agresseurs et non comme des victimes. Noiriel essaie d'aller plus loin et explique qu'il est nécessaire de comprendre le fonctionnement de la société pour comprendre pourquoi le massacre a eu lieu. Ainsi, il met en avant les tensions entre ouvriers. L'auteur essaie aussi de comprendre de quelle manière les accusés ont pu être acquittés. Il démontre que l'affaire était devenue une question d'honneur nationale et qu'il devint difficile d'accuser des français face à des italiens.

Enfin, le dernier chapitre s'attache à la mémoire. Celle-ci commence à revenir dans l'après-guerre par des historiens amateurs, souvent membres de la société qui récole le sel. Actuellement, de nombreuses personnes ont fait des recherches ou écrits des romans sur le sujet. La mémoire est devenue plus facile alors que les témoins sont morts depuis longtemps. Mais il reste difficile d'en parler avec leurs descendant-e-s. J'ai bien aimé ce livre qui, depuis un événement précis, met en place une analyse du nationalisme français et de la gestion des immigrations. Un fait divers, tragique, devient un symbole pour l'honneur français et italien mais aussi un moyen de justifier une vision très négative des migrants italiens, considérés comme des traitres qui usent facilement du couteau.

Image : Éditeur

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17/04/2018

Introduction à l'histoire de notre temps. 3 Le XXème siècle de 1914 à nos jours par René Rémond

Titre :  Introduction à l'histoire de notre temps. 3 Le XXème siècle de 1914 à nos jours
Auteur : René Rémond
Éditeur : Seuil 2002
Pages : 288

Après ce troisième tome de de l'Introduction à l'histoire de notre temps je termine une œuvre adaptée d'un cours de première année et remis à jours pour prendre en compte la fin de la guerre froide ainsi que le renouveau du terrorisme. Le livre est divisé en deux parties de 7 et 9 chapitres. La première partie concerne la période de la Première guerre mondiale et de l'entre-deux guerre. L'auteur entre immédiatement dont la guerre. Il n'en fait pas une chronologie mais il explicite les causes de celle-ci, aussi bien politiques que militaires. Il insiste surtout sur le caractère spécifique de cette guerre qui non seulement dure longtemps mais implique l'entrée en guerre d'une grande partie du globe, sous la direction de l'Europe. Dans un second temps, l'auteur s'intéresse à la suite ce qui lui permet de discuter des démocraties, du communisme mais aussi du fascisme pour, ensuite, mettre en avant les crises qui mènent à la seconde guerre mondiale.

La seconde partie s'intéresse à la Deuxième guerre mondiale et à la suite de la période jusqu'à aujourd'hui. Là encore, l'auteur débute son analyse par celle de la guerre, là aussi à la fois longue, intense et globale, pour ensuite s'intéresser aux conséquences. René Rémond montre que le monde est divisé entre deux blocs : l'ouest et l'est. La division implique deux idéologies avec leur propre vision de ce que le monde devrait être. L'auteur nous montre que le monde est dans l'obligation de choisir entre les deux blocs. Loin d'une guerre militaire on nous parle d'une guerre d'influence menée dans d'autres pays.

La fin de cet examen permet, enfin, de parler des pays qui ne sont pas européens. René Rémond parle aussi bien de l'Asie que du monde arabe et du reste du monde. C'est, à mon avis, la partie la plus problématique de ce livre. En effet, René Rémond divise le monde entre deux formes de civilisations. Il y a les anciennes civilisations qui ont connu la mise en place d'un état et d'une culture forte telle que l'Europe mais aussi des parties spécifiques de l'Asie, en particulier la Chine, le Japon et l'Inde. Ces lieux réussissent à éviter la domination européenne par une modernisation mais aussi grâce à une culture imposante. D'autre part, il met en avant un monde arabe qui perd son unité avec la fin de l'Empire Ottoman mais qui se modernise par la création d'états nationaux mais qui garderait le souhait d'une unité. Enfin, il y a le reste du monde, soit l'Afrique et l'Amérique du sud. L'Amérique du Sud est affranchie de la tutelle européenne depuis longtemps, mais sont politiquement instables et économiquement en danger.

Enfin, il y a l'Afrique. Selon l'auteur, le continent reste durablement sous le joug des européens car le monde africain manquait à la fois d'une culture commune et d'une tradition étatique. Il est, selon René Rémond, nécessaire de créer une élite politique avant de permettre une forme d'indépendance. Cette partie du livre est la plus problématique à plus d'un titre. Premièrement, l'auteur semble oublier les horreurs de la colonisation. Celle-ci semble être une simple entrée des européens dans des territoires sans peuples ni états. On ne conquière pas, on crée. L'Afrique moderne n'aurait donc pas été possible sans l'apport positif, en matière culturelle et politique, de l’Europe. En second lieu, l'auteur semble ne pas comprendre le caractère injuste de la décolonisation qui implique de garder un certain pouvoir, par exemple par le franc CFA. Enfin, je suis très troublé par l'idée que l'Afrique n'aurait pas eu d'histoire, histoire conçue comme la création d'empires ou de royaumes unifiés autours d'une culture. Je suis très loin de bien connaitre l'histoire du continent africain, mais je pense qu'il est impossible que l'Afrique n'ait pas d'histoire avant l'arrivée de l’Europe.

Pour finir, ces trois tomes sont très intéressants. Ils donnent de bonnes bases sur le fonctionnement de l'occident. L'auteur donne des informations intéressantes sur des idéologies, des mouvements et des formes d'organisation. Cependant, ces trois livres sont très européocentrés avec une attention importante sur la France, l'Angleterre et l'Allemagne. Les autres parties du monde ne sont que peu décrites tandis que l'Europe de l'ouest est considérée comme le moteur de l'histoire mondiale qui pourrait, selon la dernière partie, permettre la création d'une civilisation et d'une culture mondiale basée sur les valeurs occidentales.

Image : Éditeur

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07/04/2018

Introduction à l'histoire de notre temps 2. Le XIXe Siècle. 1815-1914 par René Rémond

Titre :  Introduction à l'histoire de notre temps 2. Le XIXe Siècle. 1815-1914
Auteur : René Rémond
Éditeur : Seuil 1974
Pages : 248

Ce tome est le second dans une série de trois intitulés Introduction à l'histoire de notre temps. Ces livres sont adaptés d'un cours de première année donné par l'auteur à l'Institut d'études politiques. Le premier tome s'intéressait à l'Ancien Régime et à la Révolution de 1789. Celui-ci prend comme décors le XIXème siècle avec comme bornes les années 1815 et 1914, deux dates particulièrement importantes pour l'histoire de l'Europe. Le tome précédent nous permettait de comprendre de quelle manière la Révolution française de 1789 impacte l'Europe. Ce tome débute lors d'une période de retour au passé, défendu par le Congrès de Vienne. Cependant, ce tome n'est pas véritablement historique et s'intéresse plutôt à des concepts, inscrit dans un contexte historique.

Ainsi, l'auteur s'intéresse à plusieurs changements et mouvements qui ont lieu durant le XIXème siècle, que ce soit le libéralisme, la démocratie, l'urbanisation, les mouvements des nations et, bien entendu, le socialiste et le syndicalisme. René Rémond s'intéresse à chacun, et plus, de ces concepts afin de nous permettre de comprendre leur importante dans le fonctionnement du XIXème siècle et de nos jours. Systématiquement, il s'intéresse aux principaux mouvements mais aussi aux idéologies. Celui lui permet de montrer une forme de changement. Ainsi, on peut difficilement comprendre son propos sur la démocratie sans s'intéresser à ses explications sur le monde rural.

Cependant, ces concepts sont centrés sur l'Europe, voire la France, alors que l'auteur annonce une histoire de notre temps qui prenne en compte ce qui est extérieur à l'Europe. Dans ce second tome, l'auteur débute une analyse du colonialisme. Il montre, tout d'abord, l'importance des Empires mais aussi, et surtout, la course à la conquête des puissances européennes. Il montre que ces colonies sont défendues par le souhait d'exporter la culture européenne, mais n'oublie pas de parler des inégalités centrales à ce type de relations. Il explicite aussi le fonctionnement de certains pays qui sont moins conquis que progressivement démantelés, comme la Chine ou l'Empire Ottoman. Bien que le propos soit intéressant, il me semble tout de même très daté avec une vision peu critique du colonialisme. Par exemple, il ne fait que mentionner le Congo sans parler des atrocités qui y ont été commises. Encore une fois, le livre est décevant si vous cherchez à en savoir plus sur le monde non-européen. En revanche, il permet d'expliciter plusieurs mouvements qui gardent une importance de nos jours.

Image : Amazon

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31/03/2018

La mort de Staline / The death of Staline

TW : meurtres, mentions de viols

1953, URSS, le pays est sous une terreur sans nom. Staline, régulièrement, met à jour une liste des ennemis de l'état. Ces ennemis sont déportés ou tués selon les souhaits du Parti. C'est un soir normal. La liste est mise à jour alors que les grands chefs du Parti mangent et font des blagues ensembles avant de regarder un western. Le seul problème est le souhait de Staline de recevoir la copie d'un concert diffusé en direct à la radio. Mais, le matin, Staline est trouvé sur le sol et, bientôt, il meurt. Immédiatement, les intrigues commencent. Quelle sera la personne la plus rusée qui prendra la place de Staline ? De nombreux prétendants sont sur la ligne de départ et tout le monde est prêt à tricher. Du moins les personnes qui savent ce qui est en train de se dérouler.

SPOILERS

La réalisation aurait pu choisir de mettre en scène une intrigue politique très dense capable de montrer les luttes de pouvoir au sein du parti à la suite de la mort de Staline. Mais il a été choisi de créer une intrigue absurde autours de la vacance du pouvoir et de l'empressement de tout le monde de se placer comme successeur. Ainsi, ce que le film montre véritablement est l'importance du symbole pour être vu comme le prochain dirigeant. Dans le même temps, la plupart des personnages craignent ce qui peut leur arriver si leurs propos ne plaisent pas à d'autres membres du parti. Il faut avouer que cela permet de donner un grand nombre de situations absurdes et le film en regorge. Que ce soit la nécessité d'être la première voiture derrière le cercueil, la course pour atteindre la fille de Staline ou encore la nécessité de ne pas contredire le parti tout en essayant d'éviter les écueils futurs qui peuvent contredire ce que pensait le parti dans le passé.

Malheureusement, le film échoue. Pour être clair, le film n'est pas mauvais. Il y a de nombreuses scènes particulièrement drôles alors que d'autres permettent de montrer la terreur qui a existé à l'époque. Le jeu des acteurs et actrices est aussi plutôt bien mené tandis que les différents plans sont expliqués dans des cadres toujours décalés. Mais, il manque quelque chose. Le film donne l'impression de ne pas oser aller jusqu'au bout de son idée, d'éviter certaines situations. Peut-être cela est-il dû à l'existence de scènes qui montrent une véritable sauvagerie de certains personnages, basés sur du réel, qu'il est inadéquat de rendre drôle ? Je ne peux pas répondre à la question. En l'état, le film est un bon divertissement qui ne souhaite pas nous apprendre quelque chose sur la période. Mais on l'oublie très rapidement.

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*** Pas mauvais, mais il manque un petit quelque chose pour que le film soit réussi.
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Image : Allociné

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23/03/2018

Introduction à l'histoire de notre temps 1. L'ancien régime et la Révolution 1750-1815 par René Rémond

Titre : Introduction à l'histoire de notre temps 1. L'ancien régime et la Révolution 1750-1815
Auteur : René Rémond
Éditeur : Seuil 1974
Pages : 215

Lorsqu'on s'intéresse à l'histoire on manque souvent de manuels ou de récits généraux sur une histoire large, voire mondiale. Il se trouve que René Rémond était chargé de cours à l'Institut d’études politique de Paris, ce qui implique d'offrir des informations générales et des concepts précis permettant une compréhension minimale d'une histoire récente. Ainsi, ce premier tome est une édition de ce cours, sans notes ni bibliographie. Le but de René Rémond n'est donc pas d'être exhaustif.

Dans ce premier tome l'auteur s'intéresse aux années 1750-1815, soit des années qui précèdent et suivent le moment de la Révolution de 1789 en France. Son but est d'expliquer ce moment et d'essayer de montrer son importance, en particulier pour le monde occidental. L'auteur débute par l'explication du monde l'ancien régime. Pour cela il s'intéresse aussi bien à la géographie qu'à la démographie. Il explique que le monde est assez peu connu et surtout que les connaissances des événements ne voyagent que lentement. Ensuite, il met en avant le fonctionnement social et politique. Ici, l'auteur crée une division entre les différents types de sociétés et de formes politiques. Cela lui permet d'expliciter les raisons des changements politiques mais surtout de conceptualiser certains termes importantes (comme la monarchie absolue).

Dans un second temps, il s'intéresse à la Révolution proprement dites. L'étude de celle-ci le conduit à mettre en avant la rupture organisée entre l'Ancien Régime et un "nouveau régime." Outre une égalité devant la loi, la Révolution permet de constituer un état fort centralisé qui peut survivre à des menaces internes comme externes. De plus, l'auteur montre l'importance du moment révolutionnaire pour le monde. En premier lieu, les pays européens sont forcés de se placer face à ce changement, ce qui conduit à des guerres qui durent jusqu'à l'époque Napoléonienne. Ensuite, les mouvements politiques européens ont un impact dans les autres continents, colonisés. Ceux-ci commencent à connaitre des mouvements de libérations plus ou moins réussis, mais qui sont surtout le fait d'hommes blancs qui veulent atteindre un certain pouvoir.

Ce premier volume est plutôt intéressant. Il réussit à synthétiser plusieurs évènements mais surtout il permet d'avoir une meilleure compréhension de certains concepts et du fonctionnement de l'histoire. Bien que l'auteur essaie de mettre en avant une histoire mondiale, on peut déplorer que le propos soit surtout européen et même francocentré. D'une certaine manière, ceci est compréhensible puisque le livre étudie un mouvement qui début en France et qui a eu un impact important en Europe. Mais on aurait souhaité un peu plus d'informations sur des pays plus nombreux. Les Amériques sont étudiées, mais de manière très superficielle.

Image : Éditeur

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10/02/2018

Pentagon Papers / The post

Les années de la présidence Nixon, les États-Unis sont en pleine guerre au Vietnam alors que les opposants intérieurs sont pourchassés par cointelpro. La guerre ne semble pas aller mieux malgré les discours positifs de tous les membres de l'administration. Mais un homme connait la vérité. Il est expert auprès de la Rand corporation et l'un des auteurs d'un rapport sur la guerre. Celui-ci est explosif et met en cause toutes les administrations précédentes. Après des mois d'effort, il réussit à copier toutes les pages du rapport afin de l'apporter au New York Times. Mais lorsque le journal tente de publier le rapport il est mis en demeure par la justice des États-Unis. Mais un autre journal possède les mêmes documents. Et la personne à sa tête, Katharine Graham, doit prendre une décision alors que son entreprise vient tout juste d'entrer en bourse.

SPOILERS

Je suis mitigé face à ce film. J'ai l'impression que Spielberg essaie de faire fonctionner deux histoires en même temps sans vraiment y réussir. On peut dire que la première histoire concerne les Pentagon Papers, un rapport classé secret défense sur les mensonges et les manipulations politiques en faveurs de la guerre au Vietnam. Bien que ces informations soient au centre du film, celui-ci n'explicite que peu ce qu'on peut y trouver. On ne sait que quelques petites choses ainsi que la raison de la constitution du rapport. Pire encore, on ne sait pas de quelle manière le gouvernement Nixon essaie d'argumenter contre la liberté de la presse dans ce cas particulier. On ne sait qu'une seule chose : la presse gagne et Nixon est un président qui abuse de son pouvoir. Le film tente aussi de se placer en faveurs du journalisme d'investigation, une posture que j'apprécie. Cependant, la manière dont les journalistes travaillent pour comprendre et analyser leur source n'est pas montrée, sauf lors d'une scène. Pire encore, l'éthique du journalisme est simplement annoncée, elle n'est pas discutée. Sauf, là encore, lors d'une scène. Enfin, le film met en scène les liens entre les médias et le monde politique mais, là encore, ne discute du sujet que lors d'une seule et unique scène après l'avoir mentionné à plusieurs reprises. En fait, ce film aurait pu être un moyen d'argumenter sur la nécessité du journalisme dans une démocratie face à un gouvernement hostile mais Spielberg semble avoir renoncé.

Il y a une seconde intrigue dans ce film, elle concerne la société de Katharine ainsi que ses capacités en tant que dirigeante. Dans un grand nombre de scènes, on voit Katharine, jouée par Meryl Streep, au sein d'un monde d'hommes. Il y a des hommes dans son conseil d'administration, il y a des hommes comme principaux contributeurs et journalistes, ses collègues et concurrent sont des hommes... Bref, les femmes n'apparaissent presque pas à ses côtés. Loin d'être une mauvaise chose j'ai l'impression que cet aspect est voulu par la réalisation. En effet, des femmes apparaissent à plusieurs reprises. Que ce soit lors d'un diner qui les voit sortir lorsque les hommes commencent à parler politique ou encore la femme de Ben Bradley, jamais nommée dans le film à moins que je ne me trompe. Cette dernière permet d'expliciter la position de Katharine dans ce monde masculin. Elle dirige non parce que l'on valide ses capacités mais parce que son mari est mort, on ne l'écoute pas lors des réunions importantes, on parle comme si elle n'était pas présente. Bref, on agit sans la prendre en compte alors qu'elle est la patronne, car elle est une femme et ses conseillers sont des hommes qui "savent" être compétents. Le film se pose donc la question de la manière, pour une femme, d'entrer dans un monde masculin et de prendre des décisions difficiles qui sont constamment remises en cause. La réalisation n'hésite pas à tabler sur la fragilité et les doutes, non comme un défaut mais un acquis face aux nombreuses remises en cause que Katharine Graham subit durant sa vie. C'est la raison pour laquelle l'une des dernières scènes, en descendant les marches de la cour suprême, permet de montrer d'autres femmes, anonymes, se tourner en direction de Katharine Graham alors que les hommes observent un autre homme parler.

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*** Intéressant mais un peu en dessous en mes attentes. J'ai l'impression de ne pas mieux comprendre les Pentagone Papers ni le Washington Post, ce qui est un peu décevant.
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Image : Allociné

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09:50 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pentagon papers, the post | | | |  Facebook

07/02/2018

Les murs du silence. Abus sexuels et maltraitances d'enfants placés à l'institut Marini par Anne-Françoise Praz, Pierre Avvanzino et Rebecca Crettaz

Titre : Les murs du silence. Abus sexuels et maltraitances d'enfants placés à l'institut Marini
Auteur-e-s : Anne-Françoise Praz, Pierre Avvanzino et Rebecca Crettaz
Éditeur : Alphil / Presses universitaires suisses 2017
Pages : 232
TW : Violences, humiliations, abus émotionnels, abus sexuels

Comme l'explique le préambule, en février 2015 l'évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr Charles Morerod, confie un mandat de recherche à une petite équipe d'historien-ne-s afin de faire la lumière sur des allégations d'abus sexuelles au sein de l'institut pour orphelins Marini, dans lequel des garçons pauvres francophones et alémaniques furent placés par l'assistance sociale. Cet institut se trouvait sous le contrôle direct de l'évêché. Le rapport fut rendu lors d'une conférence de presse en présence des victimes, le 26 janvier 2016, attirant l'attention d'une partie importante des médias suisses. Suite à l'attention soutenue de la presse et du public les auteur-e-s ont décidé de publier le rapport, le livre que je viens de terminer.

Le livre est construit en 5 parties distinctes qui permettent de comprendre le fonctionnement de l'institut, les faits avérés mais aussi de mettre en lumière les raisons pour lesquelles les personnes coupables de maltraitances n'ont pas été inquiétées. Dans chaque chapitre, les témoignages oraux sont utilisés en parallèle des archives. Les deux premiers chapitres permettent de mieux comprendre comment on devient un enfant placé à Marini mais aussi le fonctionnement de l'institut. Ainsi, les auteur-e-s démontrent que les pensionnaires francophones sont placés sur une longue durée sans posséder de contacts soutenus avec leurs parents, quand des parents existent. Ces enfants ne connaissent que leur tuteur ou les assistants sociaux, qui ne passent pas régulièrement les voir. En face d'eux, des garçons germanophones sont placés un an afin de travailler tout en apprenant le français. Ceux-ci sont liés à une famille qui peut le soutenir en cas de besoin. La vie est rude et frugale. Les repas sont peu variés et servis dans de la vaisselle de fer. Outre le travail scolaire, les enfants doivent travailler dans les champs, afin de payer le coût de leur placement qui n'est pas entièrement pris en charge par la pension. Le travail est dur voir destiné à des adultes. Il existe même une catégorie d'enfants qui ne sont pas envoyés à l'école afin de travailler perpétuellement. Les punitions sont aussi monnaies courantes et les auteur-e-s décrivent une forme particulièrement humiliante et violente ayant lieu après la messe.

Les chapitres 3 et 4 se concentrent sur les abus sexuels commis à Marini par des ecclésiastiques. Les auteur-e-s montrent que des abus graves et répétés ont eu lieu durant la période d'étude. Abus dont les dénonciations n'ont pas permis de protéger les enfants. Les auteur-e-s construisent les chapitres en essayant d'éviter une posture de scandale ou voyeuriste afin de mettre en avant non pas les actes mais la manière dont les personnes qui ont accepté de témoigner ont perçu ces actes. L'étude montrer que les anciens enfants placés se sont trouvés piégés face à des hommes plus âgés qui possèdent un certain pouvoir et une autorité morale importante. De plus, le manque d'affection a rendu les personnes vulnérables face aux actions d'adultes abuseurs. Cependant, des dénonciations ont eu lieu. Il est donc nécessaire de comprendre pour quelles raisons les abuseurs sont restés en place et n'ont pas été déférés en justice, mis à part deux cas. Les auteur-e-s montrent que les autorités, l’Église et les médias, même de gauche, sont réticents à mettre en cause des prêtres dont le statut, au sein d'un canton fortement catholique, ne doit pas être mis à mal. De plus, les actes dénoncés sont systématiquement requalifiés soit en usant d'un qualificatif médical soit en niant la portée de ceux-ci, ce ne sont que des imprudences. Pire encore, lors du XIXème siècle l’Église catholique s'est fermée à la dénonciation publique. Les personnes ayant connaissances de cas d'abus ont l'obligation de silence, au prix d'une excommunication. L’Église règle les problèmes à l'interne par un déplacement de la personne accusée, parfois temporaire. Ce n'est que récemment que le Pape François a décidé de forcer la dénonciation aux autorités, faisant face à une résistance importante de personnes qui considèrent que les membres de l’Église ne devraient pas être soumis à une justice séculière.

Enfin, le livre se termine sur les effets des abus sur le parcours de vie des victimes. Les auteur-e-s, grâce aux témoignages consentis, montrent la difficulté de parler de cette période pour les personnes qui ont vécu ces abus. Outre les actes sexuels à proprement parler, ce sont aussi les manques affectifs et la violence qui ont pesé. Ces garçons ont été considéré comme peu importants et incapables de réussites et donc empêchés de suivre leurs capacités à tous les niveaux, bien que certaines rencontres aient été positives. Les abus ont aussi fortement péjoré le développement affectif. Il est devenu difficile de se considérer valable même avec une aide médicale. Cependant, il faut noter aussi une capacité de résilience, souvent liée à une rencontre avec une famille ou une personne, enseignante parfois, positive. Certains sont sortis avec un but spécifique pour construire leur vie tandis que d'autres ont réussis à reconstruire leur récit après avoir aidé des personnes à surmonter leurs propres problèmes. Mais c'est aussi le souhait par l’Église, via cette recherche, de demander pardon et d'accepter la vérité des faits qui peut avoir permis une reconstruction.

Enfin, le livre se terminer sur une synthèse et les souhaits des personnes qui ont témoigné. Les auteur-e-s ajoutent diverses annexes dont des versions complètes des témoignages, la méthodologie, le guide d'entretien ainsi qu'un historique de l'institut Marini. Ce livre se concentre sur un institut précis et la recherche autours de faits graves qui donnent lieu, actuellement, à des processus de réparations financières. Les questions plus larges du placement d'enfants sont mentionnées mais ne sont pas centrales, bien que les questions posées soient importantes. Les auteur-e-s mentionnent aussi les problèmes éthiques que posent une telle étude. Comment se situer face aux témoignages et comment ne pas les trahir. Mais aussi de quelle manière éviter le scandale pour mettre en avant les causes qui expliquent la survenue de tels actes et l'incapacité de les dénoncer. Les auteur-e-s placent aussi ce travail dans le cadre d'un effort au niveau international pour comprendre le traitement subis par une partie de la population mondiale au sein d'instituts de placement et face aux mesures d'assistances de différents pays. Plusieurs commissions d'enquêtes ont travaillé, voir travaillent encore, sur le sujet.

Image : Éditeur

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22/01/2018

Darkest Hour / Les heures sombres

L’Allemagne, sous la conduite d'hitler, a lancé une guerre rapide et totale en Europe. Il a déjà pris le contrôle de l'Europe de l'est et se prépare à envahir la Belgique ainsi que la France. Alors que ses chars écrasent tout sur leur passage le monde politique britannique est en pleine ébullition. L'opposition ne peut plus accepter un premier ministre dont la politique, selon eux, a mené le royaume au désastre. Neville Chamberlain doit partir. Cependant, l'opposition annonce qu'elle acceptera un premier ministre adversaire dans un esprit de coopération en temps de guerre. Mais quelle personne pourrait prendre le poste dans ce contexte si dangereux ? Bien que personne ne semble le souhaiter, le choix se porte sur un homme que l'on croit incapable : Winston Churchill. Et ce dernier, dans ses discours, annonce une politique claire : la victoire à tous prix, la lutte jusqu'à la fin. Mais pourra-t-il imposer ses idées dans un gouvernement divisé par une tendance pacifiste ?

SPOILERS

Commençons par les bons points. La réalisation est particulièrement bonne. L'image est tout simplement magnifique. Les costumes sont flamboyants (du moins autant qu'un costume masculin puisse l'être) tandis que les décors donnent une impression d'authenticité. On est transporté dans le monde londonien de la guerre. Au milieu des palais on nous offre les personnes qui vivent dans la ville lors de scènes fugaces ou lors d'un passage dans le métro. Le seul point faible pourrait être ces quelques scènes prises en hauteurs dont je n'ai pas compris l'intérêt exact. Mais il est possible de passer outre. Tout ceci ne serait rien si les acteurs et les actrices n'étaient pas tout aussi parfait-e-s. Garry Oldman est en pleine forme mais il est aidé par le reste du casting (j'apprécie particulièrement le roi joué comme une personne à la fois consciente de son rôle et un peu mal à l'aise). Les dialogues sont tout aussi bien écrits, bien que l'écriture ait probablement beaucoup emprunté au personnage réel. D'un point de vue purement académique, il n'y a rien à redire. C'est du classique, sans surprises, mais c'est beau.

Mais le film pose un problème important : il est vide. Ce film me proposait de raconter de quelle manière Winston Churchill a réussi à imposer sa politique face à un gouvernement et un parlement réfractaire. Malheureusement, le film ne fait rien de tout cela. Il se contente de faire ce que tous les biopics font, et ce qu'aucun biopics ne devrait faire : montrer pourquoi son personnage principal est un génie destiné à la grandeur. La réalisation nous montre qu'il existe une confrontation entre Churchill, Chamberlain et Halifax. Mais cette confrontation n'est jamais développée. On ne sait pas qui sont ces personnes, quel est le contexte politique, de quelle manière Halifax et Chamberlain veulent reprendre le siège de premier ministre. On ne sait rien des complexités politiques de l'époque. On a simplement l'impression que deux personnes nient le caractère historique, grandiose, d'une personne dont on sait déjà qu'elle a vaincu. À la sortie du film on ne peut qu'être confus. On ne comprend pas comment fonctionne le parlement, qui est qui ni ce que sont ces partis dont Churchill parle si souvent. Le film échoue majestueusement à traiter son propre sujet !

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*** Si vous souhaitez voir un film de costume Darkest Hour est fait pour vous. Si vous souhaitez comprendre les complexités politiques de l'époque passez votre chemin.
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Image : Allociné

Site officiel

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09:19 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : darkest hour, les heures sombres | | | |  Facebook

20/01/2018

Three billboards outside Ebbing Missouri / 3 Billboards, les panneaux de la vengeance

TW : mention de viol, harcèlement policier, violences policières, suicide, mention de violences conjugales

Ebbing, une petite ville du Missouri. Elle possède tout ce que ce genre d'endroits doit avoir pour mériter d'y vivre. Il y a une école, un bar, des commerces locaux ainsi qu'une TV locale et une station de police. Il y a aussi un commerce de souvenirs dont l'une des employées est Mildred Hayes. Cette ville possède aussi un mystère. Il y a six mois, la fille de Mildred sortait de chez elle à pied quand elle a été assassinée par des personnes inconnues. Depuis, la police est incapable de trouver la personne coupable. Il n'y a plus de nouvelles et Mildred a l'impression que plus personne ne s'intéresse à résoudre le meurtre de sa fille. Elle décide donc, sur un coup de tête, de louer trois panneaux publicitaires sur lesquels elle s'adresse à la police et, plus précisément, à son chef. Mais son attaque n'est pas appréciée par tout le monde. La ville se divise et, rapidement, la police commence à s'intéresser fortement à Mildred, sa famille et ses ami-e-s.

SPOILERS

Je suis un peu ennuyé par ce film. D'une part, je ne peux qu'apprécier non seulement le jeu des acteurs et actrices et les dialogues écrit pour elleux mais, d'autre part, je pense que le film échoue en ce qui concerne son message. La réalisation a réussi à s'attacher plusieurs personnes que j'ai déjà remarqué ailleurs et qui, ici, réussissent à incarner des personnages complexes. L'écriture est sans excuses, il n'y a pas d'hésitation à utiliser des jurons ou la colère pour mieux faire comprendre son point de vue. Mais elle est aussi utilisée pour mieux faire comprendre le fonctionnement de cette petite ville presque entièrement montrée comme blanche.

Si je le précise c'est parce que le principal problème du film, à mon avis, concerne le traitement des violences policières. Celui-ci existe à deux niveaux. Le premier concerne le chef de la police local, Bill Willoughby. Celui-ci est montré comme une personne ayant de l'expérience. L'incapacité à trouver une personne suspecte ne dépend pas de lui mais des circonstances et il souhaite vraiment offrir justice à Mildred. Cependant, il est aussi aveugle au problème posé par ses hommes, vu qu'il n'y a pas de policières dans ce poste. Selon lui, il est peu utile de lutter contre le racisme policier puisque tous les membres de son poste sont racistes. Il laisse donc faire et accepte une forme de harcèlement raciste. Pire encore, il ne lui faut pas beaucoup de temps pour tenter de faire pression sur Mildred afin qu'elle subisse les conséquences des panneaux qu'elle a loué. Conséquences qui pourraient mener à la prison. Il protège aussi Jason Dixon.

Ce dernier, selon ce qui nous est dit, a torturé un homme noir dans les locaux du poste de police. Mais l'absence de preuves, bien que personne ne doute de ses actes, n'ont pas permis de s'en débarrasser. En fait, il apparait rapidement que Bill fait tout pour le garder pour une raison qui me pose problème. Jason Dixon est montré comme enfantin, il vit toujours chez sa mère et cela donne l'occasion de moqueries, bête, il a redoublé l'académie de police et ne comprend pas les jeux de mots, et violent. Il n'hésite pas à menacer d'arrêter un homme noir qui ne fait que travailler, il revendique ses actes racistes et surtout, vers la moitié du film, on le voit défenestrer un homme pour se défouler puis le tabasser dans la rue. Enfin, il n'hésite pas à une seconde à harceler Mildred de toutes les manières possibles. Au lieu de condamner ces actes le film essaie d'offrir une forme de rédemption à Jason Dixon. Celle-ci prend la forme d'une épreuve d'humiliation, il est publiquement licencié, suivie d'une épreuve physique durant laquelle il est tabassé après avoir été brulé gravement lors d'un incendie. Ces épreuves permettent deux choses : premièrement il découvre enfin une personne suspecte, ensuite il se rapproche de Mildred ce qui permet à l'audience de le voir positivement malgré ses actes de violence couvert par les autorités. La raison de cette rédemption prend son origine dans la pensée de Bill, exprimée à plusieurs reprises. Jason Dixon est, en fait, une personne qui a un bon fond. Sa violence et son racisme ne sont que l'expression d'une douleur interne suite à la mort de son père. Bref, ses actes doivent non seulement être pardonnés mais il faut aussi tenter de le comprendre plutôt que de le condamner. Je ne peux, personnellement, pas souscrire à un tel message, en particulier si l'on prend en compte le contexte des États-Unis en ce qui concerne les violences policières racistes (ce qui ne veut pas dire qu'il n'existe pas de violences en Suisse mais le film ne s'y déroule pas).

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** Bien que la réalisation soit très bonne je ne peux pas accepter le message délivré par cette œuvre.
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Image : Allociné

Site officiel

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06/01/2018

Le grand jeu / Molly's Game

TW: Violences

SPOILERS

Molly Bloom est membre d'une famille à l'intérieur de laquelle l'excellence académique et sportive est une règle. Elle est l'une des meilleures skieuses au monde. Mais une chute, qui réveille une ancienne blessure, l'empêche d'être qualifiée pour le JO. Suite à cela, elle décide de prendre une année sabbatique avant son entrée en école de droit. Lors de cette année elle vit de petits boulots de serveuse jusqu'à ce qu'un client la remarque et lui offre un travail d'assistante. Rapidement, elle est aussi chargée d'organiser des soirées poker aux enjeux importants. Petit à petit, elle prend une importance de plus en plus importante dans le monde du poker et organiser des soirées durant lesquelles des millions sont échangés en quelques heures. Mais son nom apparait dans les fichiers du FBI en lien avec des membres de la mafia russe.

Il faut le dire immédiatement, je ne connais rien au poker et je ne connaissais pas le cas Molly Bloom. Ce film est basé sur une autobiographie écrite après une arrestation par le FBI. Je ne sais pas à quel point le film est en accord avec la réalité et ce qui a été plus ou moins romancé. Je ne vais donc pas tenter d'examiner cela mais je vais essayer de mettre en avant quelques petites choses que l'on peut comprendre en regardant ce film. Quasiment immédiatement, la réalisation montre que Molly Bloom ne connait rien au poker. Mais elle apprend rapidement comme le jeu fonctionne et surtout la raison des soirées poker. En effet, le film ne semble pas défendre une forme de jeu de hasard mais un moment de relations sociales. Elles sont de plusieurs formes. Soit des joueurs, je ne crois pas avoir remarqué de joueuses, viennent pour rencontrer des légendes et des stars. Soit le but n'est pas de gagner mais de créer des relations. Ainsi, on observe des personnages qui parlent finances et politiques et donc s'échangent des informatisations qui peuvent permettre de choisir dans quel secteur investir. Mieux encore, certains personnages, je pense en particulier à Bad Brat, usent de ces soirées afin de créer des relations d'investissement. Comme le dit l'actrice, Bad Brat perd tout lors des soirées de jeux mais il en sort avec des millions d'investissement. Le poker n'y est donc pas un simple jeu mais un moyen de rencontres entre des personnes d'une certaine classe sociale.

Le personnage qui crève l'écran, grâce à la prestation de l'actrice Jessica Chastain, est Molly Bloom. Elle est au centre de tout, elle explicite l'intrigue par ses remarques. Elle est décrite comme une femme extrêmement talentueuse et intelligente, avec un entourage féminin du même acabit. Son envie de réussite est en partie expliqué par le film par son éducation, qui serait voué à l'excellence parfois au prix d'une santé physique et mentale (à plusieurs reprises l'actrice nous explique que son personnage est en dépression et dépendante aux drogues pour simplement continuer son travail). Molly Bloom, selon ce film, est la personne la plus intelligente dans un monde d'hommes médiocres ou cruels. Ce qui m'a frappé ce sont les scènes durant lesquelles certains hommes tentent de draguer Molly Bloom et sa réaction de pitié exaspérée. Comme elle l'explique, elle a créé un rêve pour ces hommes mais ce n'est qu'un rêve. Elle n'est pas disponible, ni ses employées. Ce qui est un passe-temps social pour les hommes qui jouent est un travail rémunérateur pour les femmes impliquées. Personnellement, j'aurais tendance à rapproche ce comportement masculin de celui que l'on peut observer dans le cadre de métier de service qui implique une forme de disponibilité féminine, souvent considéré à tort par ces mêmes hommes comme une disponibilité romantique voir sexuelle.

Ce point me permet de passer sur un dernier sujet qui me semble important en ce qui concerne ce film, et qui m'a beaucoup déçu : l'explication du comportement de Molly Bloom. Encore une fois, je ne prétends pas connaitre l'affaire et encore moins la personne. J'essaie de mettre en avant ce que dit le film. Molly Bloom se trouve dans un monde d'homme en tant que femme. Elle est dépeinte au contrôle de ce monde mais dépendant du bon vouloir des hommes, malgré de nombreuses alliées tout aussi talentueuses. Il est révélateur que ces femmes doivent jouer sur leur féminité corporelle pour attirer des hommes, là encore comme travail de "rabattage" et non comme disponibilité en vue d'une relation. À deux reprises, le film montre son personnage principal détruit par des hommes : l'un est une personne pratiquement en faillite et loin d'être sympathique tandis que le second avoue aimer détruire des vies. Ce dernier décide d'attaquer Molly Bloom lorsqu'elle refuse d'accepter son comportement de tricheur et parce qu'elle ne lui parle, selon lui il a droit aux mêmes attentions de la part de Molly Bloom que les autres hommes. Toute l'intrigue du film autours de cette femme se conclut en deux parties. Premièrement, à la fin du film Molly Bloom accepte le jugement et le pouvoir d'un homme sur elle en plaidant coupable. En second lieu, son père apparait et lui explique que son comportement est dû à sa relation conflictuelle avec lui et son besoin de contrôler les hommes. Bref, et malgré ce que souhaite le personnage dans le film, Molly Bloom passe d'une femme extrêmement intelligente à une femme esclave de son besoin de confrontation avec les hommes dû à une forme de relation dysfonctionnelle avec son père, une thèse probablement basée sur Freud. Au lieu d'être actrice Molly Bloom devient victime d'elle-même et en besoin de se réconcilier avec les hommes. Selon moi, le réalisateur montre ici une vision défavorable des femmes qui réussissent et des féministes. Comme une scène de conversation lors d'un repas le montre, la critique féministe de théories psychologiques devient, dans le film en tout cas, un irrespect envers les hommes et, en particulier, la figure du père. Je ne peux qu'être déçu de cette trahison du personnage et, par extension, de Molly Bloom.

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**** J'ai personnellement apprécié le film et sa mise en scène. J'ai aussi aimé la manière de penser Molly Bloom jusqu'à la fin du film lorsque le réalisateur décide d'expliquer son comportement, et sa réussite, par une relation dysfonctionnelle avec son père.
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02/01/2018

Histoire de la Suisse 4. La création de la Suisse moderne (1830-1930) par François Walter

Titre : Histoire de la Suisse 4. La création de la Suisse moderne (1830-1930)
Auteur : François Walter
Éditeur : Alphil et Presses universitaires suisses 2016
Pages : 158

L'avant dernier tome des histoires de la Suisse de François Walter s'occupe de ce qu'il nomme "la création de la suisse moderne." Sous ces termes il examine les années 1830 à 1930 soit une période qui est entourée par deux moments de changements importants, révolutionnaires en ce qui concerne certains pays. C'est aussi la période durant laquelle le pays que nous connaissons se constitue réellement. Comme je le pensais, l'auteur débute son examen par les tensions entre les cantons centralisateurs et les cantons décentralisateurs. Ces tensions se portent sur plusieurs thèmes, dont l'accès des jésuites en Suisse, mais permet surtout la constitution d'une aile politique dites radicales. Celle-ci souhaite un changement majeur du fonctionnement du pays, malgré les volontés des princes étrangers. Suite à la guerre civile du Sonderbund, et l'incapacité des princes étrangers d'agir à cause des révoltes et révolutions de 1848, la Suisse devient une fédération, avec les institutions que l'on connait. Cependant, le pays reste sous le contrôle des radicaux qui construisent le système politique pour être majoritaires.

Suite à la création politique des années 1848 il est nécessaire de constituer une nation composée de plusieurs langues et religions. L'auteur examine de quelle manière l'identité suisse est constituée par l'usage de mythes historiques, parfois validés par des historiens de l'époque. C'est à cette époque, le XIXème siècle, que se pose la question de la fête nationale et surtout de la date qu'elle commémore. Il est nécessaire choisir une date qui ne rappelle pas les divisions politiques mais qui, au contraire, donne l'impression d'une identité basée sur la lutte commune contre des oppresseurs. C'est ainsi qu'un vieux papier que l'on date de 1291 est ressorti des cartons afin de donner une date mais aussi un lieu symbolique de l'unité de la nation Suisse, le Grütli prenant une grande importance. L'identité national est aussi défendue par un programme artistique et la mise en place d'expositions nationales. On défend de plus en plus l'idée d'une identité mythique paysanne, montagnarde, alors que le pays s'urbanise et s'unit grâce aux chemins de fer.

L'auteur examine aussi la période de 1914-1918 et ses suites. En effet, le début de la guerre est tendu pour le pays qui peut craindre une invasion. Mais aussi bien l'Allemagne que la France préfèrent avoir un pays neutre armés pour tenir les frontières. Cependant, les volontés germanophiles de l’État-major, autours du général Wille, posent problème en ce qui concerne la diplomatie. L'auteur montre bien que cette germanophilie crée des tensions au niveau civil et militaire mais aussi au niveau international, une partie des belligérants se sentant floué par certaines décisions. La diplomatie Suisse semble bien naïve lorsqu'elle tente d’accueillir la conférence de paix alors que le pays est considéré comme un foyer de dissensions révolutionnaires. Cependant, elle réussit tout de même à accueillir la SDN.

Au final, ce livre permet de replacer la constitution de la nation helvétique à sa véritable époque. L'auteur examine aussi la manière dont a été constitué le système politique ainsi que les changements sociaux et industriels du XIXème siècle. Le livre donne l'impression d'un pays qui se croit plus important qu'il ne l'est mais qui réussit tout de même à éviter une guerre mondiale, alors que les tensions politiques entre la gauche et la droite sont de plus en plus importantes au fil des années 1914-1918, débouchant sur une grève générale. Cette suite de 5 livres est intéressante pour toutes personnes qui souhaitent en savoir plus sur l'histoire Suisse et remettre en cause mythes et clichés.

Image : Éditeur

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08/12/2017

Suburbicon

TW : Racisme, meurtres, sexisme

Aux États-Unis, dans les années 50, de nombreuses petites villes sont construites afin d'atteindre la vision d'une société pacifiée en train de suivre le rêve américain de prospérité et de consommation. L'une de ces villes se nomme Suburbicon. Elle possède sa police, ses pompiers, son hôpital, son école et, bien entendu, une église. C'est une petite ville qui permet de faire vivre près de 60 000 habitant-e-s. Les enfants sont bien élevés et jouent au baseball, les femmes s'occupent de leur ménage et des courses à la perfection, tandis que les hommes suivent leur rôle de père de famille grâce aux nombreuses places de travail à disposition et les facteurs connaissent tout le monde par leur nom. C'est une petite ville parfaite d'une époque de prospérité sans grands changements sociaux. Mais deux choses bouleversent la communauté. Alors que la première famille afro-américaine emménage, les Mayers, un cambriolage, suivi d'un meurtre, secoue la petite ville et la famille Lodge. L'enquête piétine et tout le monde est d'accord sur plusieurs faits : c'est un drame atroce, la ville n'a jamais connu ce genre d'actes, plus précisément la ville n'a pas connu de meurtre avant que les Mayers ne soient présents.

SPOILERS

Je ne suis pas certain que ce film soit raté, mais je ne sais pas s'il est réussi. La production a clairement souhaité mettre en question le privilège blanc. Suburbicon est qualifiée de ville parfaite. Mais c'est une ville entièrement blanche. Il n'y a pas une seule famille qui ne soit pas chrétienne ou d'une autre origine. L'arrivée des Mayers est l'occasion de mettre deux choses en avant. Premièrement, les petites familles parfaites commencent à discuter de la possibilité d’accueillir des personnes d'origine afro-américaine dans leur communauté. Ce débat se fait aussi bien à la radio qu'à la TV ou encore dans les communautés politiques locales. Ce débat est très policé, très civilisé et calme. Il pose la question de la capacité de cette nouvelle famille d'être elle-même capable d'être civilisée. Mais ce débat n'est pas détaché de la réalité. Dans le même temps, des décisions sont prises pour que les Mayers ne soient pas accueillis ni même visibles. On construit une palissade autours de leur maison, on leur refuse des services et surtout on organise un ralliement jours et nuit devant leur maison, sous la protection de la police car cela est considéré comme un droit d'expression. Petit à petit, ceci se transformera d'actes de violences subtiles en une violence meurtrière, utilisant des cocktails Molotov et des drapeaux confédérés. Tout donne à penser que la production voulait mettre en avant qu'un débat raciste, aussi policé et calme soit-il, ne peut que permettre de justifier des actes de discrimination et de violences pouvant culminer à l'émeute potentiellement meurtrière, sans que personne, dans le film, ne se retrouve en prison pour cela.

De ce point de vue je trouve intéressant de mettre cette intrigue, peu développée mais en sous-texte constant, en parallèle de l'intrigue principale du film : le cambriolage et le meurtre de la famille Lodge. Seule une personne meurt et l'on observe les autres membres de la famille tenter de se reconstruire alors que l'enquête piétine. Mais, rapidement, on comprend que les choses ne sont pas aussi simples qu'elles ne le semblent. La relation entre Gardner et Margaret semble normale mais elle devient de plus en plus étrange et dérangeante. Tandis que le fils, Nicky, commence à craindre son entourage. Alors qu'une foule se déchaine contre les Mayers, une famille innocente, une autre famille, les Lodge, mettent en place tranquillement des meurtres et se retrouvent impliqués dans des morts de plus en plus violentes (utilisant des objets de tous les jours que toute maison se doit de posséder), sans que personne ne se doute de rien ou, plus vraisemblablement, ne veuillent savoir. À la fin, Gardner essaie même de placer la culpabilité sur la famille Mayers dans un discours à son fils autour du thème de la responsabilité et de comment devenir adulte. Les Lodge n'ont pu tuer que parce qu'illes sont considéré-e-s comme des personnes modèles, religieuses et travailleuses. Alors qu'illes sont tout le contraire. Est-ce que le film réussi à faire passer son message ? Peut-être, il réussit aussi à rendre absurde ce qui se déroule chez les Lodge comme si la nature se devait de les punir lorsque les humain-e-s ne le font pas. Mais je ne suis pas certain que le film soit réussi.

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*** Un choix difficile, j'ai aimé l'absurde de la conclusion. J'ai compris le parallèle entre les deux familles. Mais je ne suis pas certain d'avoir apprécié le film.
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Image : Allociné

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09:26 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : suburbicon | | | |  Facebook

03/12/2017

La politique fribourgeoise au 20e siècle par Jean-Pierre Dorand

Titre : La politique fribourgeoise au 20e siècle
Auteur : Jean-Pierre Dorand
Éditeur : Presses polytechniques et universitaires romandes 18 octobre 2017
Pages : 128

Fribourg est un canton un peu particulier. Entouré par des cantons protestants, échec lors du Sonderbund, industrialisation tardive, ... Le canton se pense comme une citadelle du catholicisme durant une bonne partie du vingtième siècle. Pour le défendre, un parti, un journal et l'Église se lient et combattent les personnes et organismes qui mettent en cause le fonctionnement du canton. Car les conservateurs se pensent comme les représentants de tous les fribourgeois. Et un fribourgeois est principalement un paysan catholique près à défendre la patrie. Pourtant, les dissensions et les mises en causes se multiplient et, progressivement, le parti conservateur perd de son importance et du contrôle sur l’État ainsi que sur les médias.

Afin de comprendre le fonctionnement politique du parti l'auteur construit 9 chapitres qui débutent en 1881 et se terminent en 2000. Cependant, le plus gros du livre s'intéresse au vingtième siècle et non à la période 1881-1914. Bien que l'intérêt soit d'abord politique, les forces des divers partis et le fonctionnement de la machine conservatrice sont décrites, on apprend beaucoup sur les changements socio-économiques parfois subits par les élites politiques fribourgeoises.

Ce que montre l'auteur est la force du catholicisme dans un canton fortement rural tardivement, l'industrialisation n'est acceptée qu'après la Deuxième guerre mondiale. Le lien entre ruralité et religion n'est pas anodin. Il permet de défendre une vision "naturelle" du fonctionnement politique. Vision qui s'attaque directement à la philosophie des Lumières et aux droits humains, considérés comme des dangers. Ainsi, le canton est fortement anti-communiste alors que celleux-ci n'existent pas au niveau local. Plus dangereux encore, certaines élites du canton n'hésitent pas à soutenir des personnalités fascistes voir nazie. Ces soutiens justifieront une surveillance policière alors que des criminels de guerre en profiteront pour s'échapper. Les personnalités impliquées pourront regretter de s'être allié à des personnalités nazies lorsque le grand public s'en émouvra, créant des scandales politiques importants.

Ce que le livre montre est aussi une perte de pouvoir. D'une certaine manière, on pourrait comparer le canton de Fribourg au canton de Vaud qui voit une perte d'influence des radicaux au fil du temps (voir Oliver Meuwly). Cependant, le canton de Fribourg se porte d'abord contre l'état fédéral, considéré comme un danger pour le fédéralisme. Ce qui implique des refus importants de la part de la population face à des objets fondamentaux pour la Suisse, tel que le code pénal fédéral de 1942. L'auteur montre que, au fil du temps, la politique du canton devient de moins en moins une exception et se rapproche de la moyenne fédérale. Ce qui n'empêche pas une défense d'intérêts spécifiques, comme l'agriculture. Ce livre est intéressant et permet de se faire une idée en peu de pages, tout en ouvrant sur de nombreux thèmes que je souhaiterais mieux connaitre.

Image : Éditeur

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The Handmaid's Tale par Margaret Atwood

Titre : The Handmaid's Tale
Autrice : Margaret Atwood
Éditeur : Penguin 18 avril 2017
Pages : 336
TW : viol, meurtre, esclavage

Les États-Unis sont un pays de grande liberté, combattant pour la démocratie dans le monde entier. Mais alors que la relation entre l'URSS et les États-Unis devient moins tendues un petit groupe de révolutionnaire agit dans l'ombre. Soudainement, le parlement est massacré tandis que le président est assassiné après une attaque contre la maison blanche. Après un moment sous état d'urgence et la suspension de la constitution une nouvelle république se forme : la République de Gilead. Mais celle-ci n'est pas basée sur la démocratie ou la liberté. Elle est basée sur la Bible et tout ce qui est contraire au texte doit être supprimé et oublié. La société est reconstituée afin de suivre les préceptes du livre et les femmes sont organisées en trois ordres : les femmes mariées, les servantes sous le nom de Martha et les servantes écarlate. Celles-ci sont chargée de porter les enfants des hommes les plus hauts placés, leur corps n'est plus le leur mais une ressource nationale et même leurs noms sont effacés, elles ne sont plus que des propriétés. Ce livre est l'histoire de l'une d'entre-elles.

SPOILERS

Ce livre est récemment adapté à la TV mais avant de terminer la série je voulais lire le roman, ce qui me permet de comprendre de quelle manière l'adaptation fonctionne. En effet, le livre parle souvent de souvenirs de "la vie d'avant". Du point de vue de l'écriture, ceux-ci sont intéressants non pas seulement par les indices qu'ils nous donnent sur la vie de l'héroïne, Offred, mais surtout de la manière dont ils sont écrits. En effet, Offred est interdite de manger et boire certaines substances accusées de mettre à mal la production de bébés. Mais elle peut toujours sentir, voir, entendre. Les sens, dans ce livre, ont une importance majeure car ils lancent les souvenirs, souvenirs de repas, de sensations. Mais ils permettent aussi de mettre en avant un manque. L'un des plus importants, répété pendant une bonne partie du livre, est le toucher. Offred est interdite, elle ne peut ni toucher ni être touchée en dehors d'un rituel précis. L'autrice décrit l'effet que cela a sur une personne de ne pas ressentir la présence d'une autre quand elle est souhaitée. Ainsi, les sens sont au centre de ce livre et de l'expérience de l'héroïne.

Mais ce livre est aussi une dystopie. Il décrit un régime autoritaire qui fonctionne sur un ordre hiérarchique précis et la force militaire. La surveillance est omniprésente, à la fois discrète et visible. Selon sa position hiérarchique seules certaines activités sont permises ou interdites, les femmes ayant l'interdiction de lire et écrire. Mais peu d'indices nous sont montrés sur la raison de la mise en place de ce régime. On apprend de quelle manière tout a commencé et les premières attaques sur la liberté, basées sur la nécessité de sécurité après une attaque terroriste. On comprend que, idéologiquement, le régime défend son existence par la nécessité de recréer une population caucasienne, les juifs et autres religions étant expulsées tandis qu'une politique raciste basée sur l'ethnicité est sous-entendue. Mais, rapidement, on ne possède que quelques indices. Ceci est, selon moi, une réussite. En effet, le coup d'état a été formé en secret et Offred ne pouvait pas comprendre ce qui se déroulait dans le passé. Dans le présent, elle est interdite de lecture et d'informations. Elle ne peut donc connaitre que des rumeurs ou ce qu'on lui dit. L'absence d'informations sur le fonctionnement et la mise en place du régime est logique quand on prend en compte le fonctionnement du roman. Ce qui n'empêche pas de deviner certaines choses et de faire des liens avec notre monde, la mise en place de Gilead semble avoir été à la fois rapide et facile en se basant sur des procédés légaux en place dans le cadre d'une démocratie.

Je souhaite prendre un peu de temps pour parler de la dernière partie du livre. Celle-ci suit directement la fin du roman, qui prend la forme d'un cliffhanger. Cette dernière partie change le fonctionnement du roman puisqu'il est qualifié de source historique récemment retrouvée et éditée par des experts, masculins, de la période décrite dans ce qui est un journal rédigé après les faits. Cette partie prend la forme d'un procès-verbal d'une conférence d'historien-ne-s spécialisé-e-s de la période. Ce qui est maintenant un document est discuté. Est-ce que celui-ci est réel ou est-ce une contrefaçon ? De quelle manière prouver sa réalité et retrouver les personnes impliquées. Cette partie est intéressante parce qu'en imitant la forme scientifique elle permet de remettre en question la construction de l'histoire. En histoire, il est nécessaire d'user de sources imprécises qui ne donnent pas toujours les informations que l'on souhaite, quand ces sources existent. Il faut aussi se poser la question de ce qui est décrit, de la raison de l'écriture et de l'identité de la personne derrière les mots. Mais ces informations ne sont pas toujours faciles à retrouver. De plus, et cela me semble particulièrement important ici, il faut rester en partie détaché lors de la lecture. Selon moi, il n'est pas anodin que l'historien qui analyse le roman soit un homme. Offred s'était vu dépouiller de son identité et tente de décrire sa vie dans un récrit qu'elle construit elle-même. Un homme se l'approprie et le critique selon des critères qu'il pense scientifiques. L'effet en est d'effacer à nouveau l'expérience d'Offred.

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**** Une écriture mélancolique, un roman dans lequel il ne se passe que peu de choses, une intrigue politique importante dans le contexte actuel. Cependant, la lecture n'est pas facile et il est nécessaire de s'accrocher.
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Image : Éditeur

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26/11/2017

Heydrich et la solution finale par Edouard Husson

Titre : Heydrich et la solution finale
Auteur : Edouard Husson
Éditeur : Perrin 2008
Pages : 484
TW : racisme, antisémitisme, génocide

Edouard Husson, dans ce livre, se propose d'étudier l'un des quatre hommes qui, selon lui, sont responsable de la mise en place du judéocide au niveau européen. Si l'auteur s'intéresse à Heydrich ce n'est pas pour en faire un héros ni pour baisser la responsabilité d'autres personnes, aussi bien à l'intérieur du régime nazi qu'à l'extérieur, mais parce que l'auteur penser que Heydrich est l'un des architectes les plus importants de la solution finale. Il serait la personne qui aurait rendu possible la mort de 6 millions de juifs selon la volonté exprimée par Hitler.

Ainsi, ce livre n'est pas une biographie. La figure d'Heydrich est centrale dans ce livre. Mais l'auteur la place à plusieurs intersections. En effet, Husson explique que Heydrich est au centre d'un réseau de pouvoir, qualifié de féodal, interne à l'appareil nazi. La volonté d'Heydrich est de renforcer son propre pouvoir face à d'autres personnalités et de s'affirmer comme loyal face aux personnes qui lui sont supérieures hiérarchiquement. Ainsi, la mise en place du judéocide est aussi un moyen pour Heydrich de renforcer et rendre inattaquable sa position au sein du gouvernement nazi.

De plus, l'auteur fait la distinction entre dynamique génocidaire. Il explique que la première volonté n'était pas l'assassinat, sur place, des Juifs. Mais leur expulsion vers des territoires éloignés après que la guerre fut gagnée. L'un de ces territoires était l'île de Madagascar mais d'autres étaient possibles à l'instar du nord de la Russie soviétique. Bien que l'expulsion soit favorisée cela n'exclut pas de nombreuses morts que ce soit par le travail ou à cause du contexte de vie difficile infligé aux Juifs. Ce génocide lent et donc tout aussi meurtrier que celui qui aura lieu. Celui-ci, si j'ai bien compris l'auteur, a lieu alors que la guerre devient plus difficile. Selon Husson, à chaque problème rencontré dans la guerre par l'armée allemande équivaut une hausse de la radicalité contre les Juifs soumis aux nazis. En effet, selon les penseur nazis et Hitler, la guerre et ses difficultés sont la conséquence directe des Juifs. Il est donc nécessaire de les réprimer afin d'éviter la capitulation et la révolution, telle que cela eut lieu en 1918. Ainsi, l'incapacité de vaincre en Russie soviétique implique que la mise à mort immédiate devient pensable comme moyen de détruire la résistance et bloquer les capacités de guerre des ennemis de l'Allemagne, selon Hitler.

Il m'est difficile de bien parler de ce livre. Il demande des connaissances approfondies non seulement de l'Allemagne nazie mais aussi de l'historiographie sur le sujet. Il est évident que Edouard Husson navigue dans une littérature immense dont il connait bien les différentes thèses. Il essaie de passer outre les conflits d'école afin de tenter de comprendre le fonctionnement du judéocide et sa genèse. Cela lui permet de dépasser certains auteur-e-s mais aussi de faire des hypothèses en utilisant des sources connues ou moins connues mais aussi en résumant les positions des auteur-e-s dans une annexe que je trouve très utile. Un livre difficile à lire, qui demande beaucoup mais qui permet aussi de mieux comprendre de quelle manière le judéocide fut construit.

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12/11/2017

Effusion et tourment le récit des corps. Histoire du peuple au XVIIIème siècle par Arlette Farge

Titre : Effusion et tourment le récit des corps. Histoire du peuple au XVIIIème siècle
Autrice : Arlette Farge
Éditeur : Odile Jacob mars 2007
Pages : 248
TW : Harcèlement sexuel

Qu'est-ce que le peuple ? Comment peut-on le décrire ? Comment faire l'histoire du corps et du rapport au corps ? Est-ce que ceci a changé durant l’histoire ? Ce sont autant de questions que posent et auxquelles Arlette Farge tente de répondre en utilisant des archives de police du XVIIIème siècle, peu de temps avant la Révolution Française. Ce livre permet aux personnes intéressées non seulement de comprendre de quelle manière on pense le peuple mais aussi ce qui forme le corps du peuple. Que ce soit la justice, le voyage ou la maladie et surtout le travail.

Arlette Farge examine son objet, le peuple et les corps, en 6 chapitres. Le premier permet à l'autrice de définir ce qu'elle entend par le terme de peuple. Pour cela, elle décrit trois sources qu'elle utilise comme moyen de comprendre ce qu'est le peuple parisien au XVIIIème siècle. Ces sources sont policières mais aussi plus prosaïques voir des peintures. Les documents utilisés permettent non seulement de comprendre ce qu'est le peuple mais aussi de quelle manière le corps est pensé, vu. Que ce soit celui des pauvres ou des enfants. Les auteurs qu'elle utilise semblent fascinés par la description des aventures du peuple et des conséquences corporelles. Ce qui permet à l'autrice de nous faire comprendre comment on pense le corps au XVIIIème siècle. Elle se base aussi fortement, et ce n'est pas étonnant, sur Foucault. Une personne avec laquelle elle a collaboré par le passé.

Les chapitres mis en place par Arlette Farge sont à la fois larges et précis. Elle débute par le bruit, l'omniprésence des sons et des paroles dans un espace précis. Puis, elle continue sur le voisinage. Qu'est-ce que cela implique de vivre ensemble dans un lieu donné. Elle explique que Paris est divisé en quartiers qui fonctionnent selon des logiques de pays, les habitant-e-s ayant leurs propres coutumes et patois. Mais le voisinage est aussi un moyen de valider l'existence et l’honnêteté des personnes face à la justice. Parfois, il agit dans le cadre du ménage en aidant la police de l'époque. Ce qui permet à l'autrice de porter son regard sur les foules. Elle nous explique que celles-ci font peurs aux autorités, qui craignent que les foules ne se transforment en émeutes après s'être réunies pour examiner le prix du grain par exemple. Mais elles sont aussi impossibles à stopper. La ville est remplie de personnes et les dames de l'aristocratie doivent accepter d'être suivies par la foules, malgré les tentatives de contrôle de personnes chargées de tenir les lieux et les personnes.

L'autrice s'intéresse aussi à des cas plus individuels. En premier lieu, elle tente de comprendre de quelle manière la violence, qu'elle soit étatique ou non, s'inscrit dans les corps. Comment les conflits se créent et se résolvent. Elle met en avant l'importance de lieux de rencontres qui permettent non seulement de trouver du travail, de créer des contacts mais aussi de se réchauffer lors de l'hiver. Ces conflits peuvent être justifiés par les personnes qui en sont coupables à l'aide d'arguments invoquant la défense de l'honneur. Mais ils peuvent aussi être stoppé et puni par les personnes les plus proches qui refusent certaines attaques, ou décident de s'en amuser dans des cas que nous qualifierions de harcèlement sexuel de nos jours. L'autrice s'intéresse aussi à l'abandon des enfants. Elle essaie de montrer que les abandons peuvent être temporaires. Mais elle montre aussi que le traitement des enfants abandonnés peut être tragiques. Les voyage entre la province et Paris impliquent la possibilité de la mort, ou l'incompréhension de la part d'enfants jeunes. Dans ce dernier cas, l'abandon provient de la mort des parents et du refus par une nourrice de continuer à s'occuper de l'enfant sans recevoir d'argent, nécessaire pour survivre. Car les enfants coutent cher et l'abandon peut être un moyen d'éviter de mal s'en occuper alors que les institutions de l’État sont considérées comme capables de permettre aux enfants de survivre.

Ce livre essaie de ne s’intéresser ni aux rois et reines ni à l'aristocratie mais au peuple à l'aide de sources qui décrivent le fonctionnement de ce peuple et les coûts du travail, de la pauvreté et de la maladie pour ce même peuple. Bien que le livre soit intéressant, je trouve dommage de ne pas y trouver plus de citations, commentées bien entendu. J'ai eu l'impression, à la lecture, de rester un peu en dehors des sources, de ne pas réellement savoir ce qu'elles disent mais de suivre un récit d'Arlette Farge, certes constitué autour de ses recherches. Cependant, elle réussit à rendre vivant une époque, un peuple autrement désincarné et oublié et c'est la principale raison pour laquelle j'aurais aimé entrer de manière plus importante dans des documents qu'elle semble beaucoup apprécier.

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08/11/2017

Amours égales? Le Pacs, les homosexuels et la gauche par Daniel Borrillo et Pierre Lascoumes

Titre : Amours égales ? Le Pacs, les homosexuels et la gauche
Auteurs : Daniel Borrillo et Pierre Lascoumes
Éditeur : la Découverte janvier 2002
Pages : 144
TW : Homophobie

La France n'a pas connu que le débat sur le mariage sans discriminations. Avant cela, elle a connu un lourd débat sur l'opportunité du Pacs. Débat que la Suisse a aussi mis en place, alors que nous nous préparons à la possibilité d'ouvrir le mariage aux couples de même sexe. Il m'a semblé intéressant de m'intéresser au processus qui a porté le Pacs pour deux raisons. Premièrement, je souhaitais mettre en perspective le fonctionnement du débat sur l'ouverture du mariage aux couples de même sexe en France. Est-ce que les obstructions et la parole homophobes ont aussi été une tactique dans le cadre du Pacs ? En second lieu, il me semble important, en Suisse, d'observer les expériences d'autres pays afin de savoir de quelle manière défendre l'égalité. En ce qui concerne le processus politique français nous avons l'exemple à ne pas suivre.

Selon moi, l'information la plus importante de ce livre concerne le parallèle entre le Pacs et l'ouverture du mariage aux couples de même sexe. Bien que les auteurs ne puissent pas faire cet effort, le livre ayant été écrit en 2002 soit 11 ans avant le débat sur le mariage, je pense qu'ils ont probablement identifié ce processus d'homophobie. En effet, les auteurs décrivent un débat que les opposants tentent de détruire en deux phases. Premièrement, les parlementaires font de l'obstruction forçant le débat sur de longues années. En second lieu, les opposants non parlementaires tentent de relier l'homosexualité à un danger social majeur pour la civilisation, se basant sur des recherches scientifiques parfois peu neutres. La gauche, elle, ne défend que timidement l'accès à une forme d'égalité en vidant de sa substance politique le Pacs. Les auteurs, ici, considèrent que la gauche défend une forme de hiérarchie des sexualités avec l'hétérosexualité comme pinacle et l'homosexualité toujours inférieure.

Les auteurs vont plus loin que simplement démonter les mécanismes qui ont permis la mise en place du Pacs après de nombreuses années de débats. Ils tentent aussi de démontrer que la défense de l'égalité pour les couples de même sexe implique non pas des débats moraux mais des débats de justices. Ainsi, selon les auteurs et certaines personnes citées, l'inégalité doit toujours être justifiée dans une démocratie. Ces justifications doivent se baser sur des expertises mais aussi la justice et non sur une moralité qui défend un point de vue comme bon et un autre comme mauvais. Ainsi, le travail des auteurs consiste à observer les arguments aussi bien des opposants que de la gauche afin de montrer deux choses. D'une part, la droit et les tribunaux justifient une inégalité de traitement qui se base sur des arguments moraux contre une opinion publique en grande partie favorable à l'égalité. D'autre part, le travail de la gauche qui vise à vider de conséquences politiques le Pacs et sa nécessaire mutation en mariage aboutit à l'abandon des valeurs de la gauche et de la démocratie face aux opposants. Bien que certains arguments en faveurs du Pacs, en particulier l'argumentation visant à résoudre un problème concret, soient acceptables il reste nécessaire de poser la question de la subsistance d'une sous-citoyenneté dans une démocratie se présentant comme universelle. À tel point que la gauche peut se baser sur une argumentation critique de l'égalité et des droits humains. Enfin, l'accès à l'égalité par le mariage ne doit pas empêcher une réflexion critique sur cette institution, et la possibilité future de la dépasser voir de la supprimer.

Au final, après le débat français sur l'ouverture du mariage il me semble intéressant et nécessaire de lire ce petit livre. Bien que sa construction m'ait parfois frustré, j'aurais aimé plus d'ouverture vers d'autres pays ainsi qu'un historique de certains groupes. Il permet d'inscrire les opposants au mariage dans une logique qui débute lors du Pacs. Pire encore, il permet de comprendre l'incapacité de la gauche française à défendre les valeurs d'égalité et donc ses atermoiements face à la PMA. De plus, alors que la Suisse se prépare lentement à ce même débat, ce livre permet aux défenseurs de la démocratie et de l'égalité de tous et toutes de préparer le processus de défense face à des opposants féroces et homophobes. Ce livre met en scène ce qu'il ne faut pas faire et permet d'observer des pistes non seulement pour l'accès au mariage mais aussi une critique d'une institution qui n'a rien de naturel.

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29/09/2017

American Made / Barry Seal: American Traffic

Barry Seal est un conducteur de bus. Certes, ces bus sont d'énormes engins capables de voler sur des centaines de Km avec une puissance sans égal. Cependant, ça reste un bu avec des procédures longues et fastidieuses ainsi qu'un manque total de surprises. Mais Barry Seal est aussi un trafiquant. Il fait venir des cigares cubains aux USA. Malheureusement pour lui, il est observé et la CIA décide de lui mettre un peu la pression. Le but est de lui proposer de construire sa propre entreprise de transport en avion. Celle-ci fonctionnerait légalement mais, en sous-main, il prendrait des photos de groupes de combattants communistes. Petit à petit, Barry Seal est impliqué dans un trafic de plus en plus important impliquant aussi bien des armes, des personnes que de la drogue.

Il faut le dire tout de suite, ce film me semble très romancé. Bien entendu, la réalisation annonce s'être inspirée de faits réels et, donc, il est fortement possible que certaines choses aient été lissées afin de donner une bonne scène. Par exemple, la scène de démission de Barry Seal n'est pas en adéquation avec son licenciement pour trafic d'explosif lors d'un faux congé maladie. En fait, il me semble que tout a été fait pour que Barry Seal ressemble à un héros américain. Ce n'est pas un tueur. Son crime est d'être une personne capable d'exploits que d'autres pilotes ne peuvent pas égaler et d'offrir ses talents à tout le monde. Barry Seal, tel qu'il a été écrit, me semble être l'incarnation du self made man américain. La CIA lui offre des choses mais il est uniquement responsable de ce qu'il en fait et devient l'homme le plus riche de sa région, ce qui lui permet d'aider un peu ses compatriotes.

Cette romance se retrouve dans le cadre de l'agent de la CIA tel qu'il est dépeint. De l'extérieur, il nous donne l'impression d'un doux dingue qui adore monter des opérations compliquées (tout en dansant devant des avions). J'ai tendance à y mettre une forme de romance des années de la Guerre Froide. Oui il y avait des risques et des problèmes. Mais les USA savaient être le plus grand pays du monde, celui qui défendait la liberté. Ses actions ne peuvent qu'être légitimes. On se trouve aussi avant les grands scandales concernant les activités de la CIA en matière de soutien à es groupes armés mais aussi de trafics d'armes et de drogues. Cependant, ce même agent est aussi dépeint comme particulièrement intelligent et faisant partie d'une agence au fonctionnement sans failles. Dès que Barry est abandonné tout est détruit et rien ne permet plus de lier les deux.

Bref, ce film est agréable, assez drôle et fonctionne assez bien. L'idée de le découper comme si on suivait le récit filmé de Barry sur cassettes vidéo est bien trouvé. Mais c'est aussi un film fasciné par son personnage qu'il ne peut pas dépeindre en nuance de gris. Barry Seal est nécessairement un héros et sa vie doit être reconstruire pour le montrer. On ne peut pas non plus trop critiquer les activités des USA. Un communiste est un criminel et il faut le montrer, même s'il semble que ces preuves soient moins convaincantes que le film ne le laisse croire. Bref, c'est un film qui défend un point de vue sur son héros : un homme exceptionnel pris dans des évènements exceptionnels.

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**** Une fin que j'accepte pour une série qui promet beaucoup, tout en ne donnant que peu de réponses.
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Image : Allociné

Site officiel

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28/09/2017

Le jeune Karl Marx

Le XIXème siècle, une troupe de policiers se massent devant un bâtiment à l'aspect peu amène. À l'intérieur on trouve plusieurs intellectuels allemands qui éditent, et écrivent, une revue maintenant interdite. Ils vont être arrêté, parmi eux se trouve Karl Marx. En Angleterre, une usine de filature est sabotée. Le patron décide de licencier les meneuses ainsi que les personnes qui ne souhaitent pas travailler, à la grande colère des ouvrières. Son fils est présent, un certain Friedrich Engels. Une bonne partie de l'Europe sépare ces deux personnages, ainsi que d'autres grands théoriciens de la lutte ouvrière. Mais ces personnes se lisent mutuellement, se critiquent et, parfois se rencontrent et tentent d'organiser la lutte ouvrière. La rencontre entre Karl Marx et Friedrich Engels est explosive, elle débouche sur une action sans fin ainsi que la création d'un texte fondateur : le manifeste du parti communiste.

Adapter la vie de Karl Marx, ou ses écrits, est difficile. Marx lui-même n'est pas facile à lire. La réalisation a eu la bonne idée de ne pas adapter sa vie ou ses écrits, mais de mettre en scène une époque. Une époque durant laquelle Karl Marx rencontre de nombreuses personnes et écrit beaucoup, mais n'est pas lu par tout le monde. La réalisation nous montre une personne en colère qui essaie d'écrire afin d'offrir non des concepts mais une théorie pratique qui devrait permettre de fonder un programme, une lutte. Ce que l'on nous montre, d'une certaine manière, c'est le début de la pensée du Capitale, alors que Marx est pauvre, expulsé et souvent seul car il se fâche avec beaucoup de monde.

Cependant, j'ai un problème avec ce film. Ce n'est ni les acteurs ni la réalisation. J'ai bien apprécié les différents personnages et la manière dont illes sont joué-e-s. Bien qu'il soit dommage que les différences entre les droits des femmes et des hommes ne soient pas explicitées. J'ai aussi apprécié l'aspect très "sale" mis en place. On se croirait à l'époque, alors que les villes grouillent de personnes pauvres, enfermées dans ce que l'on nomme les bas-fonds. J'ai apprécié que l'on insiste sur la répression exercée contre ces penseurs. Et surtout, tout aussi important, le problème posé par la propagande en faveurs de la lutte ouvrière alors que l'on est, soi-même, un bourgeois voir un fabriquant qui gagne sa richesse sur le travail d'ouvriers et d'ouvrières sous payé-e-s.

Le problème n'est pas là, ce qui m'a ennuyé dans ce film c'est qu'il ne nous donne presque aucune idée de la raison des différences théoriques et des souhaits de Marx et Engels. À plusieurs reprises, on rencontre d'autres penseurs qui sont souvent critiqués derrière leur dos. Mais pour quelles raisons ces critiques existent-elles ? Pourquoi Marx et Engels sont-ils contre telle ou telle personne ? Le film ne nous donne aucune réponse car il ne prend pas le risque d'exprimer la pensée de Marx et Engels. Pire encore, il semble que le film essaie de nous montrer les deux jeunes hommes tenter une prise de contrôle. Mais, là encore, rien ne nous est expliqué. On se contente de ridiculiser l'adversaire sans expliquer les raisons du désaccord. Le film n’approfondit pas assez et cela nous empêche de comprendre ce que l'on regarde.

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*** Bien que l'un des points de l'intrigue soit résolu celle-ci ne m'a pas convaincu. Cependant, j'apprécie tout de même encore les personnages et leur développement.
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Image : Site officiel

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08:59 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : le jeune karl marx | | | |  Facebook

05/08/2017

La Révolution française 1789-1799 par Michel Vovelle

Titre : La Révolution française 1789-1799
Auteur : Michel Vovelle
Éditeur : Armand Colin 2015
Pages : 220

La Révolution française est l'un de ces grands moments de l'histoire que nous sommes censés connaitre. On en parle un peu partout et, selon le pays, c'est une référence majeure. Pourtant, la Révolution n'est qu'un évènement court qui s'est terminé par un coup d'état et un Empire. Alors pourquoi s'y intéresser ? Parce que la Révolution française a pensé des textes qui se trouvent au centre de la pensée démocratique occidentale. Il est donc nécessaire de les replacer dans le contexte de production afin de mieux comprendre ce qui se cache derrière mais aussi de passer outre.

L'auteur est un spécialiste qui, ici, écrit un manuel destiné principalement à un public étudiant. Ainsi, le but principal est le synthétisme d'un évènement et non son analyse complète ou l'entrée dans une école précise. L'auteur, Michel Vovelle, tente donc de construire son livre selon plusieurs points d'analyses qui devraient permettre de mieux comprendre la décennie 1789-1799 mais aussi de donner un minimum de connaissances sur le sujet, ce qui implique 6 chapitres. Le dernier étant un retour sur l'historiographie pour cette troisième édition.

Le premier chapitre est le plus évènementiel. L'auteur y décrit chronologiquement ce qui se déroule pendant la Révolution ce qui permet de construire les autres chapitres à la suite. Ce chapitre permet aussi de mieux comprendre les causes non seulement de la Révolution mais aussi de la fin du régime du Directoire. Il est suivi d'un chapitre qui examine les constructions institutionnelles et le fonctionnement du système politique. Les informations sont nombreuses sur des sujets qui, parfois, n'ont pas été mis en applications. Ces deux chapitres sont suivis de trois chapitres plus "humains". En effet, l'auteur y examine des sujets aussi divers que l'armée, la culture ou la violence. Ces trois chapitres sont ceux qui donnent le plus de substances au livre mais ce sont aussi ceux qui s'intéressent le plus à des thèmes précis. On voit ici la nécessité de parler d'un sujet vaste tout en mettant en avant des idées précises, examinées par des historien-ne-s.

En conclusion, ce livre réussit parfaitement à atteindre son but. Il donne une chronologie des évènements, examine le fonctionnement de l’État et s'intéresse aux aspects plus culturels tout en s'ouvrant aux conséquences pour le reste du monde, aussi bien en ce qui concerne les colonies que l'Europe. Mieux encore, l'auteur joint de nombreux extraits de sources qui permettent d'illuminer certains points précis du propos. Une grande partie de ces sources sont déjà connues mais les avoir à disposition n'est jamais inutile. Enfin, le grand nombre de sujets étudiés permet de choisir ceux que l'on souhaiterait mieux connaitre, en suivant la bibliographie que l'auteur met en place.

Image : Éditeur

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21/07/2017

Dunkirk / Dunkerque

Comme beaucoup de monde, j'ai commencé à m'intéresser à ce film lorsque la bande annonce est sortie. J'apprécie Nolan et ses œuvres que je trouve plutôt, en règle générale, maitrisées. Je me demandais ce que ferait Nolan face à un événement tel que l'évacuation de Dunkerque lors de la Seconde guerre mondiale. Le film commence dans les rues de la ville. On suit un jeune soldat qui ne fait que chercher à aller aux toilettes et à fumer. Mais Dunkerque est pratiquement complétement sous le contrôle des forces allemandes. Sur la plage, près de 400 000 soldats attentent l'évacuation des troupes. Mais les navires sont peu nombreux, les quais encore moins présents et la Royal air force presque invisible. Pendant ce temps, l'aviation allemande et l’artillerie pilonnent la plage tandis que des u-boat patrouillent. L'évacuation semble impossible.

Ce dont je vais parler peut être considéré comme un point faible, mais je ne suis pas d'accord. Le film ne crée pas de héros flamboyant dont on suit les aventures. La réalisation, à la place, a décidé de suivre plusieurs personnages dont on connait à peine les noms. Ces différentes personnes permettent de parler aussi bien de la place, de la mer que de l'air en suivant, sur une chronologie commune, leurs aventures pour évacuer Dunkerque. Il n'y a pas une seule personne, il y a une multitude de personnes qui essaient simplement de survivre. Les combats, face à face, sont très rares et, la plupart du temps, l'ennemi ainsi que l'ami ne sont que des anonymes que l'on rencontre au hasard de la journée. D'ailleurs, jamais on ne voit un seul visage allemand. Ce sont soit des tirs, soit de l’artillerie soit des avions de chasse ou des bombardiers. Cette dépersonnalisation permet de peindre une guerre loin d'être glorieuse. Une guerre durant laquelle la vie n'a que peu de valeurs. En suivant les différents personnages anonymes ont ne peut que penser aux nombreux autres soldats morts, sans que jamais l'on ne connaisse leurs noms. Tout le monde est en danger.

Autant le film ne crée pas de héros autant il ne parle pas d'héroïsme au sens classique des films de guerre. Une dernière charge glorieuse durant laquelle les ennemis tombent sous les balles n'existe pas. Au contraire, le seul héroïsme, dans ce film, est celui qui consiste à sauver d'autres personnes. Alors que les militaires sont pratiquement inactifs, passant leur temps à attendre ou boire du thé. La RAF est montrée comme une force qui tente de protéger le plus de personnes en abattant les chasseurs et bombardiers allemands. Mieux encore, ce sont les civils qui sont les plus héroïques. Ces nombreux bateaux qui se sont rendus à Dunkerque afin d'aider l'évacuation des soldats. Ainsi, le film semble nous expliquer que tuer n'est pas héroïque, sauver au prix possible de sa vie, par contre, est la quintessence de l'héroïsme.

Le film est beau, la musique est parfaite et accompagne les évènements au lieu de les forcer, la réalisation est maitrisée. Mais les critiques français-e-s et des historien-ne-s de la guerre ont mis en avant deux manques importants. Premièrement, on ne comprend rien à l'évènement. On ne sait pas pour quelle raison l'évacuation a lieu ne la raison pour laquelle les forces allemandes n'attaquent que peu. On peut expliquer cela par la nécessité de rester au niveau des simples soldats qui ne savent pas pour quelles raisons les batailles se déroulent, devant faire confiance aux officiers. Un manque plus important concerne les français. On ne les voit pratiquement jamais sauf lors d'une barricade et un jeune soldat qui essaie de fuir. Bien que l'évacuation, selon mes lectures de novice en ce qui concerne l'histoire de la guerre, ait été rendue possible par la résistance acharnée des français, ceux-ci ne sont jamais présent. Tout se passe comme si les anglais sont les seuls à sa battre. Ce manquement est probablement le plus gros problème du film puisque l'effacement de la résistance française, et de leur destin tragique puisque ces troupes seront emprisonnées et maltraitées, efface une grande partie de l'histoire de la bataille et de sa complexité ainsi que des conséquences.

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**** Un film maitrisé, une image et une musique qui fonctionnent parfaitement, de très bonnes idées. Il est dommage de n'avoir pris en compte que les troupes britanniques.
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Image : Allociné

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08:46 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dunkerque, dunkirk, nolan | | | |  Facebook

08/07/2017

Orphan Black saison 4

Orphan Black est, actuellement, ma série fétiche (je vous rassure j'aime toujours Doctor Who). J'adore les thèmes, les acteurs et actrices sont superbes, la réalisation est magnifique. Il m'est aussi difficile de trouver des points négatifs que d'arrêter de regarder la série pour aller dormir. Après bien trop longtemps, je me lance enfin dans la saison 4 (alors que la saison 5, dernière de la série, est en cours de diffusion). La saison 3 m'avait un peu déçu. J'avais l'impression que la série oubliait une part de son identité. Cette saison 4 débute alors que la source de l'ADN de deux branches de clones est connue. Cosima n'est plus employée de Dyad et tout le monde se cache. Le cessez-le-feu entre Dyad, Topside et le Clone Club est malheureusement fragile. Une branche concurrente du mouvement néolutioniste souhaite mettre sur le marché une technologie concurrente au clonage. Si ce mouvement réussit, l'espérance de vie des clones risque d'être comptée en jours.

Cette saison 4 me fait l'effet d'un retour aux sources. On oublie l'armée, on oublie l'alliance entre l'entreprise Dyad et le Clone Club et on revient aux bases. Les clones se retrouvent, à nouveau, en lutte contre un ennemi inconnu, travaillant dans l'ombre, avec des agent-e-s un peu partout. On retrouve la menace que l'on ressentait lors des deux premières saisons alors que les clones essayaient de survivre sans savoir comment. On retrouve aussi, enfin, les néolutioniste, sans en savoir beaucoup sur leurs buts. En ce qui me concerne, cette lutte d'un groupe de femmes contre une entreprise globale qui prétend avoir le droit de prendre contrôle de leurs corps est le centre de la série et ne peut pas être mis de côté.

La saison 4 creuse aussi un peu plus le mystère. On en sait toujours très peu sur la structure de Dyad qui semble composé de plusieurs éléments en luttes. Mais, cette fois, le grand public est proche d'être victime de l'un des buts du groupe. La série place aussi de nouveaux éléments en ajoutant Susan Duncan ainsi qu'un homme étrange que l'on ne connait pas encore. À mon avis, la série commence à mettre en place les éléments qui permettent de répondre aux questions concernant le complot. Mais je ne sais pas si sa fin, prochaine, sera positive ou négative. En tout cas, Orphan Black est, à mon avis, l'une des meilleures séries actuelles j'espère que la dernière saison ne me décevra pas.

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***** Un retour aux sources des deux premières saisons. Des actrices et acteurs toujours aussi bon !

Image : Allociné

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09:17 Écrit par Hassan dans contemporain, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : orphan black | | | |  Facebook

06/07/2017

Le dernier Vice-Roi des Indes

Mars 1947, après des siècles de colonialisme et de luttes le Royaume-Uni a enfin pris la décision, une promesse faites il y a longtemps, de rendre son Indépendance aux Indes et de donner le pouvoir aux leaders de l'opposition. Pour mettre en place une Indépendance fonctionnelle une chronologie est décidée et un dernier Vice-Roi est nommé. Son seul devoir est de permettre aux Indes de vivre en liberté. Son but est de créer la transition la plus pacifique possible en prenant en compte les problèmes créés par le Royaume-Uni durant son occupation du pays. Mais la réalité de l'Indépendance implique aussi des tensions entre les différentes religions dont les musulmans minoritaires. Alors que certaines personnes souhaitent une Inde unie d'autres, sous le leadership de Jinnah, souhaitent la création d'un nouvel état : le Pakistan.

Je suis ennuyé. Bien que j’aie aimé les personnages et les situations je suis ressorti du film avec l'impression d'avoir vu quelque chose d'inachevé, un film bien trop gentil pour parler d'une période de tourment qui conclut une colonisation meurtrière et des luttes sanglantes. J'ai aussi, au début, eu du mal à comprendre l'intérêt de l'histoire d'amour mais j'ai rapidement changé d'avis, au contraire j'ai l'impression que la réalisatrice y réussit quelque chose de plutôt intéressant. Je vais tenter de m'expliquer.

Le début du film est très frappant. On commence à suivre les personnages qui nettoient le palais du Vice-Roi. On suit ce même Vice-Roi dans l'avion, s'entrainant pour son apparence en public. Tous les personnages semblent être empli d'un grand optimisme, d'une joie difficile à contenir. Durant une bonne moitié du film cet optimisme est validé par le fonctionnement de la famille du Vice-Roi qui décide d'accomplir sa mission en tentant de comprendre les Indes et sa population. Ce qui implique de se mêler aux personnalités locales et de se débarrasser du personnel anglo-saxon le plus raciste. Vers le milieu de l'intrigue le film réussit à opérer une transition vers la nécessité de trouver une solution rapide, brisant la chronologie initiale, après des violences de plus en plus importantes. Petit à petit, est mis en scène la nécessité d'une partition qui part des cartes pour se terminer par l’absurde lorsque les biens du palais sont arbitrairement divisés. Une scène, qui m'a frappée, se déroule dans la bibliothèque. On y observe des bibliothécaires tenter de diviser une encyclopédie en deux pour que les deux pays possèdent leur dû.

Cette division mise en scène en même temps que les violences et les réfugiés impacte aussi le personnel du palais. Celui-ci débute le film uni, avec quelques blagues innocentes. Au film du film, les tensions se font de plus en plus importantes avec, parfois, des actes de violences (dont une scène durant laquelle les gardes refusent les ordres d'un Anglais après une bagarre entre les domestiques). La division est mise en scène alors que des ancien-ne-s ami-e-s comprennent qu'illes ne vont pas donner leur allégeance au même pays. Et surtout dans le cadre de l'histoire d'amour qui, ajoutant problème religieux, doit prendre en compte la division entre deux nations.

Ce sont, à mon avis, les bons points de ce film. Si l'on ne prenait que cela en compte on pourrait dire que la réalisatrice réussit à atteindre son but. Mais j'ai été très dérangé par la construction de la famille du Vice-Roi et, par extension, des anglais. Dès le début du film, les anglais se trouvent au centre de la question de la décolonisation. Le Vice-Roi ne fait que recevoir les visiteurs pour être conseillé et leur fournir son avis. Ce dernier est dépeint très positivement, ainsi que sa famille. Je ne sais pas comment elle fonctionnait en réalité mais on les montre comme des aristocrates anglais un peu plus conscient que les autres de leur chance. Ce qui ne les empêche pas d'incarner l'idée qu'en tant que blanc, occidentaux, illes ont l'obligation d'offrir la civilisation au reste du monde, c'est en particulier le cas d'Edwina Mountbatten. L'importance des intérêts stratégiques, qui poussent le gouvernement anglais à accepter le Pakistan, est à peine effleuré. Face à cela, les intérêts des Indiens sont mis en scène par une domesticité qui se contente d'écouter aux portes des "grands" sans ne pouvoir jamais agir. Ainsi, la lutte pour l'Indépendance est à peine mentionnée mais on parle beaucoup de la gentillesse des anglais qui acceptent gracieusement de partir et de gérer la décolonisation.

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*** Je ne peux pas dire que c'est un mauvais film. Il y a de bonnes idées avec une mise en scène, bien que parfois un peu fade, qui ne souffre pas la comparaison avec de grandes productions des États-Unis. Mais je suis très sceptique face au propos général. En fait, je suis incapable de réellement dire ce que je pense du film.
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Image : Allociné

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