21/04/2017

Gold

Kenny Wells est le dernier membre d'une famille de prospecteurs. Son grand-père a trouvé une colline e il a creusé. Son père a créé une entreprise qui gère plusieurs propriétés ainsi que les droits de prospections. Mais tout cela se déroulait dans le passé. Car, dans les années 80, Kenny Wells est pratiquement ruiné. Il a perdu ses bureaux, il a perdu sa maison et son équipe, de plus en plus mince, travaille dans un bar. Sa femme, Kay Wells, croit toujours en lui mais ne croit pas au retour de l'entreprise. Kenny ne survit plus que par la fumée et l'alcool. Mais, un soir, il fait un rêve. Il rêve d'une gigantesque mine en Indonésie. Une mine tellement vaste qu'elle ferait de lui l'homme le plus riche du monde. Le digne héritier de sa famille. Il se lance dans cette quête et rencontre un géologue, Michael Acosta. Ce dernier a trouvé la plus grande mine de cuivre au monde est pense que de l'or se trouve en Indonésie. Mais ce rêve est-il trop beau pour être vrai ?

Ce film est le quatrième que je vois au cinéma cette année. Oui, j'ai eu un ralentissement qui n'est pas dû à ma volonté. Mais j'aime toujours autant me rendre dans les salles obscures. Cette semaine, je n'avais pas vraiment de coups de cœurs mais j'étais intrigué. Gold fait partie des films qui m'intriguent et que je vais voir pour me faire une idée. Il fait aussi partie de ces films qui s'attaquent aux scandales financiers. Ces films, venus des États-Unis, commencent souvent par un homme (et c'est à dessein que je ne parle pas des femmes qui sont, dans ces films, des bijoux qui permettent d'illustrer la descente ou la montée dans l'échelle sociale), seul face à tout le monde, qui rêve de réussir. Cet homme sait qu'il a raison et que le système a tort. Mais il ne peut pas facilement le prouver. Heureusement pour lui, d'autres hommes décident de le croire. Coup de chance, c'est une réussite et le croyant se retrouve dans les hautes sphères de la richesse et des finances et doit survivre à ce monde décrit de manière peu sympathique voir décadente. Cet homme, dans ce film, est Kenny Wells. Personnellement, j'ai détesté ce personnage. Ce n'est pas le seul personnage que l'on peut ne pas aimer et d'autres sont pires. Ces hommes incarnent le rêve américain de grandeur et de richesse. Michael Acosta, lui, incarne l'homme qui a les pieds sur terre mais il cache autre chose. Seule Kay est sympathique. Et son rôle est de défendre la classe moyenne travailleuse face aux riches qui ne connaissent pas la vraie vie. Ces pauvres sont décidément des gens qui savent vivre ! Bref, déjà là le film me pose un problème.

Mon second problème avec ce film concerne le ton. J'ai déjà vu des films qui traitent de la finance et des scandales en prenant le parti de personnes antipathiques ou en considérant que personne n'est responsable. Parfois, c'est justifié. Margin Call, par exemple, montre des personnages essayant de sauver la peau de leur entreprise en trahissant leurs clients. Personne n'est directement responsable du problème mais les personnages travaillent activement à détruire des vies et leurs actes se terminent sur des faillites et des licenciements. The big short reprenait le même thème mais avec le point de vue des gagnants, des personnes qui ont parié sur la destruction de nombreuses vies qui ne souhaitaient qu'accomplir leurs rêves. Ces films montrent que les responsabilités sont plus diffuses et dépendent moins des personnes que d'un système entier. Cependant, ces deux films échouent à mettre en avant les responsabilités qui ne dépendent pas du système mais des choix possibles fait à l'intérieur de celui-ci. Qui a décidé de ne pas vérifier ? Qui a décidé de détruire des vies ? Et, pour Gold, qui a mis en place l’arnaque ? car Gold ne répond pas à cela. Il se termine sur l'idée que personne n'est réellement responsable. Tout le monde était de bonne foi. Pourtant, il y a bien une personne responsable du début de l'arnaque, même si d'autres personnes ont échoué à surveiller le fonctionnement de la mine.

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*** Je suis mitigé, ce n'est pas un mauvais film, il me semble assez bien écrit mais il échoue à aller au bout de son thème.
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Image : Site officiel

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09:43 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gold | | | |  Facebook

17/02/2017

Hidden Figures

C'est une information qui commence à sortir de plus en plus. Les femmes ont bien plus aidé la science qu'on ne le croit. Mais, soit elles ont fait des découvertes attribuées ensuite à des hommes soit elles travaillaient dans l'ombre pour faire ce que ces hommes si intelligents ne souhaitaient pas accomplir (comme des calculs). Ce fait est encore plus vrai pour les personnes de couleurs et, en plus, les femmes de couleur. Ce film adapte un livre afin de faire connaître trois femmes qui ont travaillé pour la NASA mais dont les contributions sont pratiquement inconnues. Ce sont, pourtant, trois figures indispensables à la réussites du programme spatial des États-Unis.

Le film commence au début des années 60. Alors que les russes ont réussi à envoyer un Spoutnik puis envoient un homme en orbite les USA, eux, ont échoué à faire la pas de l'espace. Dans la NASA beaucoup de personnes travaillent et un grand nombre de calculs sont écrits et résolus. Mais qui s'en occupe? Dans des salles un peu à l'écart on trouve des femmes de couleurs nommées "computers" dont le travail est de résoudre des calculs le plus vite possible et de travailler à court terme pour des hommes blancs. Le film nous présente trois femmes. Katherin Johson se retrouve en plein milieu du groupe chargé de calculer la trajectoire du futur astronaute. Dorothy Vaughan est à la tête des mathématiciennes de couleur et se lance dans l'informatique et la programmation. Mary Jackson est une brillante ingénieure mais qui n'a pas le titre. Le film nous présente ces trois personnes, leur vie et leurs problèmes avec l'administration et la société alors que les USA tentent de percer dans la course à l'espace.

Que penser de ce film? Son avantage le plus important est de suivre trois personnes en même temps. Plutôt que de ne montrer qu'une seule génie on nous explique que toutes ces femmes sont extrêmement intelligentes. Ce qui permet d'éviter l'écueil du destin extraordinaire et de mieux parler du groupe bien que seules trois femmes soient montrées. Personnellement, je trouve le film réussi. On sent la frustration et une certaine colère face aux injustices de la ségrégation. Mais on sent aussi sa stupidité. Ainsi, Katherin Johnson doit faire 50Km pour trouver des toilettes. Malheureusement, à mon avis, le film oublie un peu de nous parler de son sujet. Ainsi, la ségrégation raciale est montrée mais les tensions en hausse sont à peine dépeintes et ce très rapidement. Pire, à mon avis, aucun des hommes blancs n'est vraiment mauvais. Oui, ils sont méprisants mais dès que Katherin Johnson leur prouve ses capacités ils l’acceptent. Rien ne semble vraiment difficile dans la lutte pour les droits civils. Même le grand patron est montré comme quelqu'un qui ne prend en compte la ségrégation que lorsque cela pose problème au travail à accomplir. Dans le cas contraire il reste totalement aveugle à ce qui se déroule sous son nez. Bref, un bon film, réussit mais que je trouve un peu trop gentil.

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***** Un film très réussit sur des femmes fascinantes pour parler d'une histoire peu connue.

Image : Site officiel

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07/12/2016

Les alinéas au placard. L'abrogation du délit d'homosexualité (1977-1982) par Antoine Idier

Titre : Les alinéas au placard. L'abrogation du délit d'homosexualité (1977-1982)
Auteur : Antoine Idier
Éditeur : Cartouche 2013
Pages : 201

Entre 1977 et 1982 le Code pénal français change. Il passe d'un délit d'homosexualité, hérité du régime de Vichy, à une abrogation de ce délit sous la férule socialiste de François Mitterrand. Mais un tel changement ne se déroule pas sans raisons. Pourquoi et comment est-il devenu difficile, si ce n'est impossible, d'accepter un délit spécifique à une orientation sexuelle ? Quels sont les personnes et les arguments qui permettent d'abroger cette particularité de la loi ? Antoine Idier, s'intéresse à la presse, aux hommes et femmes politiques, aux militant-e-s de l'époque et aux archives afin de mieux comprendre l'histoire et le contexte de cette abrogation. Il y répond en 7 chapitres.

Le premier, le troisième et le cinquième présentent les associations de droit et de défense des personnes homosexuelles. L'auteur y examine la mise en place de nombreuses associations de nature politique après Arcadie. Que ce soit le FHAR, le GLH ou encore le CUAR les années 70 sont l'occasion de tenter plusieurs expériences afin de se faire entendre. Certaines tentent d'atteindre le niveau politique par des appels ou des sondages tandis que d'autres sont révolutionnaires. Le CUAR, par exemple, s'intéresse d'abord à la défense des personnes interdites de travail avant de se porter sur l'abrogation du délit d'homosexualité. Ces associations agissent dans un contexte qui permet, de plus en plus, le retournement des accusations contre les tribunaux. Comme exemple, l'auteur s'intéresse à deux affaires qui font du bruit au niveau national.

Les quatre autres chapitres s'intéressent plus précisément à la mise en œuvre politique de révision du Code pénal français et, spécifiquement, à l'abrogation du délit d'homosexualité. L'auteur montre qu'il existe plusieurs phases. Tout d'abord, la présidence de Valéry Giscard d'Estaing nomme une commission chargée de la réécriture du Code pénal. Les membres entendent Michel Foucault. De plus, les débats s'inscrivent dans un contexte de remise en cause de l'ordre moral pénal avec une attention particulière à l'homosexualité et à l'enfance (un débat qui nous surprend beaucoup lorsque nous vivons dans les années 2000). Mais ce n'est qu'un début qui, rapidement, est mis en sommeil alors que la présidence souhaite agir sur la criminalité. C'est au Sénat que la seconde phase se met en place. Un sénateur propose, et réussit, à faire abroger le délit d'homosexualité. Cependant, l'Assemblée Nationale refuse cette abrogation. Ce n'est qu'après la victoire socialiste que l'abrogation est possible. L'auteur nous explique que le contexte a changé. Bien que les arguments contre, et pour, soient identiques les associations se sont largement mobilisées en faveurs des socialistes tout en montrant leur force en nombre. Rapidement, la nouvelle présidence accepte plusieurs revendications et parvient, difficilement, à convaincre les député-e-s.

Ce livre est particulièrement intéressant à lire dans le contexte actuel, suisse ou français. En effet, la France a voté le droit au mariage pour les personnes de même sexe mais refuse le débat sur la PMA et la GPA ce qui crée une insécurité juridique importante pour certains enfants au nom de leur protection (je ne dis pas que la PMA et la GPA sont une bonne idée mais je considère qu'un débat est nécessaire). En Suisse, les choses avancent en direction d'un droit au mariage mais lentement. Dans les deux cas, on retrouve des arguments proches de ceux que le livre décortique. Les personnes favorables souhaitent la fin d'une discrimination tandis que les opposants parlent de défense d'une morale et des enfants face à une orientation sexuelle qualifiée de dangereuse voir proche de la criminalité. Replacer ces arguments dans une histoire plus ancienne, bien que récente, permet de démontrer qu'il existe des précédents.

Image : Amazon

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03/12/2016

I, Daniel Blake / Moi, Daniel Blake

Daniel Blake est un ouvrier de 59 ans qui vit à Newcastle. Il a toujours travaillé. Il s'est occupé seul de sa femme, malade. Il a payé ce qu'il devait payer et a toujours évité de demander des aides. Il est l'incarnation de la dignité ouvrière. Alors qu'il se trouve sur un chantier il tombe soudain d'un échafaudage. Les médecins lui expliquent qu'il a fait une crise cardiaque et qu'il faudra un certain temps avant de pouvoir retourner au travail. Durant son incapacité, il reçoit des aides d'invalidité afin de pouvoir continuer à vivre dans son appartement. Cependant, il lui est soudain demandé de remplir un questionnaire pour qu'un décisionnaire examine son éventuelle incapacité au travail. Et le couperet tombe, il est considéré comme capable de travailler et les aides lui sont coupées. Daniel Blake ne comprend pas cette décision et essaie de trouver une porte de sortie. Mais est-ce possible ?

Je ne connais pas particulièrement bien l'état des débats politiques sur les aides sociales an Grande-Bretagne. Mais j'en sais assez pour savoir que, comme ici et ailleurs, elles sont considérées comme couteuses et symptomatique d’une soi-disant culture de l'assistance par des personnes qui fraudent. Récemment, la Grande-Bretagne a lancé un vaste programme de privatisation de l'aide sociale et de "rationalisation" de celle-ci. Les travailleurs/euses sont maintenant en concurrence et doivent être capable de productivité (est-ce seulement possible dans l'aide sociale ?). Alors que les personnes bénéficiaires doivent justifier de leur incapacité. Ce film s'inscrit dans ce contexte.

L'histoire de Daniel Blake et de Katie Morgan est l'histoire de deux personnes qui se heurtent à une administration incompréhensible. Tout au long du film, on nous montre une administration qui suit des normes de rationalisation. On numérise les documents nécessaires, on met en ligne les formulaires et les offres et demandes d'emploi, on "normalise" les compétences dont celles de créer un CV. Le but est de contrôler les personnes et de les punir si besoin est. On observe deux personnages se heurter à ces règles si précises qu'elles en deviennent inhumaines. Durant le film, on a l'impression d'observer une administration absurde face à une aide sociale privée, dans le sens d'organisée par des personnes privées et non au sens d'une privatisation, qui fonctionne humainement au cas par cas. Mais est-ce vraiment absurde ? N'est-ce pas le fonctionnement logique et normal d'une administration conçue pour analyser, contrôler et punir ? En cela, le film se rapproche des études sociologiques de Jean-Marc Weller et de Vincent Dubois (que je lirais un jours).

Je vois un second thème dans ce film. En effet, la réalisation nous présente deux personnes. La première est Daniel Blake, un ouvrier de 59 ans. La seconde est Katie Morgan une jeune ancienne londonienne. Pourquoi le film s'intéresse-t-il à ces deux personnages ? Ne pourrait-il pas mettre en scène qu'une seule personne ? Ce serait, en effet, possible. Aussi bien Katie Morgan que Daniel Blake se heurtent à une administration incompréhensible et à un manque de protection de la part du droit. Honnêtement, le personnage de Katie Morgan pourrait créer un film avec bien plus de Pathos qui se rapproche de la vie de femmes du passé mais aussi d'aujourd'hui. À mon avis, la différence est celle des capacités de la classe ouvrière face à la précarité. Daniel Blake a vécu dans ce monde. Il a de nombreuses connaissances qui n'hésitent pas à l'aider en cas de besoin tout comme il les aide si possible. Il privilégie la rencontre en face à face franche et honnête ce qui est montré par sa recherche d'emploi qui se porte vers les personnes qui habitent et travaillent dans le milieu. Il connait parfaitement les associations capables de fournir de l'aide et, surtout, il a une connaissance des techniques qui permettent de pallier aux manques de tous les jours et aux petits travaux nécessaires dans une maison ou un appartement. Face à lui nous avons une femme, seule avec deux enfants. Katie Morgan est isolée dans tous les sens du terme. Elle a quitté, sans que cela ne soit son choix, son milieu de vie et donc son réseau. Elle ne connait personne ni aucune association ou institution. Elle est, dans tous les sens du terme, démunie. Le film présente un transfert de ces connaissances. Petit à petit, Daniel Blake montre à Katie Morgan comment survivre tout en l'aidant sans rien attendre. D'une certaine manière, j'y ai retrouvé une partie de ce qu'écrit Richard Hoggart dans La culture du pauvre (un livre que je conseille)

Ainsi, nous avons un très bon film qui, sans trop de pathos, essaie simplement de présenter la vie de personnes qui essaient simplement de survivre alors qu'elles sont contrôlées et punies par une administration conçue pour atteindre une "rentabilité" et donc diminuer le nombre de personnes qui peuvent recourir à l'aide sociale. Alors que la rhétorique des fraudeurs et de la "culture de l'assistance" est prégnante dans les médias et le monde politique il est salutaire qu'un film décide d'en prendre le contre-pied pour mieux voir les conséquences de ces discours.

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***** Des acteurs et actrices parfait-e-s, un thème difficile mais maitrisé. Un film que je conseille.

Image : Allociné

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30/11/2016

1848. Naissance de la suisse moderne par Cédric Humair

Titre : 1848. Naissance de la suisse moderne
Auteur : Cédric Humair
Éditeur : Antipodes 2009
Pages : 167

Qu'est-ce que la Suisse ? Quelle est son origine ? Doit-on trouver la réponse dans les écrits de Jules César durant la guerre des Gaules ? Ou vaut-il mieux observer une histoire bien plus récente ? Autant de questions qui font débats. L'auteur a décidé, tout en se justifiant en introduction, de se concentrer sur la période 1815-1857. Il explique que les années antérieures sont intéressantes et nécessaires pour comprendre la construction du pays mais que cela ne peut pas s'intégrer dans le travail qu'il compte faire et la méthodologie appliquée. Le propos du livre concerne donc la Diète et la mise en place de la confédération après la guerre du Sonderbund jusqu'à la "stabilisation" du pays, pour reprendre le terme de l'auteur, aussi bien au niveau international qu'intérieur. Pour son examen, l'auteur met en place deux parties de deux et trois chapitres.

La première partie se concentre sur la période de la Diète ainsi que sur la Guerre civile. L'auteur essaie d'y expliquer les raisons de l'explosion guerrière en se concentrant sur trois facteurs : politique, économie et relations internationales. Le pays, sous le régime de la Diète, se trouve sous un état qui fonctionne difficilement. Afin de pouvoir mettre en place une décision l'idée majoritaire est que tous les cantons doivent être d'accord. La nécessité de l'unanimité rend toutes décisions et les réformes particulièrement difficiles. De plus, le pays est soumis à plusieurs séparations au niveau des cantons. Ceux-ci contrôlent les postes, la monnaie et les frontières. Ces différentes séparations posent des problèmes et des opportunités au niveau économique. Les opportunités concernent la protection des locaux face à la concurrence européenne. Mais il est aussi très difficile d'être concurrent au niveau international lorsqu'on doit traverser plusieurs frontières, plusieurs postes et payer un grand nombre de taxes. Ainsi, l'auteur montre que les volontés de changements dépendent, en partie, du contexte économique local. De plus, les tensions sont de plus en plus importantes au niveau interne, plusieurs révolutions armées, avec un monde externe prompt à influencer la politique suisse. Ces multiples tensions débouchent sur la guerre de Sonderbund qui se termine avec la défaite des cantons du Sonderbund et une nouvelle constitution alors que l'Europe fait face à des conflits révolutionnaires.

La seconde partie, de trois chapitres, se concentre sur la consolidation du pays au niveau politique, économique et international. L'auteur explique que, après la guerre, les vainqueurs décident d'intégrer les vaincus dans le système. Ainsi, les mesures de rétorsions sont limitées. De plus, les réformes politiques tendent à mettre en place un consensus tout en permettant une réforme plus facile que précédemment. Cependant, au début du nouveau régime, le pouvoir est tenu par les réformistes libéraux tandis que les conservateurs sont écartés. Dans le même temps, le pays est centralisé, dans certaines limites. Ainsi, les barrières douanières sont levées, la poste et la monnaie deviennent fédérales et, progressivement, les chemins de fer sont construits pour être, plus tard, nationalisés. Cette centralisation permet un essor économique du pays alors que les frais tombent et que les voyages et les communications deviennent de plus en plus facile. Dans un dernier chapitre, l'auteur place le pays, libéral, dans le contexte d'une Europe conservatrice qui s'inquiète de ce petit pays qui a réussi une réforme démocratique. À plusieurs reprises, des crises éclatent et, souvent, la confédération échoue à agir et se repose sur des alliés de poids que sont les USA et la Royaume-Uni. Selon l'auteur, les autorités de l'époque ont sacrifié, à court terme, la force politique ai niveau international au profit de l'économie.

Au final, ce petit livre qui se concentre sur une période restreinte est plutôt réussi. L'auteur évite de ne parler que d'anecdotes pour mieux les placer dans une méthodologie précise basée sur quelques facteurs explicatifs. Ce livre met en question la force prédominante de l'explication confessionnelle, pour parler de la guerre civile, au profit d'explications plus larges prenant en compte l'économie. Ce livre permet de mieux comprendre la mise en place de la Confédération dans sa forme actuelle et la culture politique que l'on connait. Personnellement, je l'ai trouvé très intéressant et je conseille vivement.

Image : Éditeur

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26/11/2016

La ferme des animaux par George Orwell

Titre : La ferme des animauxproduct_9782070375165_195x320.jpg
Auteur : George Orwell
Éditeur : Gallimard
Pages : 160

Une petite ferme en Angleterre. Le propriétaire est un alcoolique qui ne prend pas soin de ses animaux. Ses aides font le minimum. La vie est dure pour le bétail. Illes travaillent, sont exploités et ne mangent pas toujours à leur faim. Mais l'un des cochons a eu un rêve. Ce rêve est celui d'une République des animaux libéré-e-s de la tyrannie humaine. Peu avant de mourir, il en parle à ses comparses. Personne ne pense que la révolution aura lieu mais on s'y prépare. Et soudain, sans crier gare, le propriétaire est expulsé ! Les animaux se sont libéré-e-s et les cochons prennent la direction des opérations. Cependant, petit à petit, les choses changent tout en restant pareils. La révolution a-t-elle vraiment eu lieu ?

Il y a très longtemps que je souhaite lire la Ferme des animaux. C'est un roman qui est resté tardivement dans ma liste de livres à lire (qui ne désemplit pas vraiment...). Mais j'avais toujours autre chose à faire, à voir ou à lire. Que penser de ce roman ? Tout d'abord, la lecture est très agréable. Le style est simple sans être simpliste. Les mots et les événements ont toujours un but précis et rien ne semble être placé au hasard. Le roman est court mais il est complet.

En effet, bien qu'il soit court Orwell réussit à tout mettre dans ces pages. Bien entendu, les personnes qui connaissent un peu la révolution bolchevique et ses suites comprendront beaucoup de choses. Car ce livre parle de révolution en s'attachant à un exemple précis. Dès les premières pages, on sait exactement à qui et quoi s'attaque l'auteur. Et il le fait bien. Non seulement il montre de quelle manière une élite se forme mais il illustre aussi de quelle manière celle-ci, progressivement, se pense élite et se voit comme méritant des exceptions. Petit à petit, on observe des personnages prendre le dessus et se rapprocher de ce qui était vilipendé auparavant. De plus, l'auteur nous montre de quelle manière la langue et les faits peuvent être manipulés au fil du temps (un thème que l'on retrouve dans 1984). Comment remettre en doute le discours du gouvernement quand celui-ci nous prouve qu'il a raison ? Bref, c'est un livre aussi intéressant qu'il est court. Une lecture facile et très enrichissante.

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***** Court, bien écrit, intéressant et parfaitement maitrisé.

Image : Éditeur

24/11/2016

Partir en beauté. L'art et le métier des funérailles en pays fribourgeois par Lorenzo Planzi et Jean Steinauer

Titre : Partir en beauté. L'art et le métier des funérailles en pays fribourgeoisbc5f6c1e0a1d1346cd4f6ad452847189.jpg
Auteurs : Lorenzo Planzi et Jean Steinauer
Éditeur : Société d'histoire du canton de Fribourg 2016
Pages : 114

Qu'est-ce que la mort ? Comment la société apprivoise-t-elle la fin d'une vie ? Quels sont les changements dans les rites au cours du temps ? Ce sont autant de questions posées dans cet ouvrage autours de l'histoire d'une entreprise de pompes-funèbres. Les auteurs répondent à ces questions à l'aide d'archives de l'entreprise, de sources annexes et d'entretiens dans 5 chapitres. Le premier, et le dernier, concernent directement l'entreprise. Au début du livre, les auteurs présentent l'origine genevoise de l'entreprise puis son arrivée en terre fribourgeoises en 1916. Alors que le contexte genevois est très difficile aussi bien du point de vue religieux - les catholiques sont minoritaires - que financier - il y a de nombreuses autres entreprises - le contexte fribourgeois est celui d'une friche. Tout est encore très traditionnel et personne ne fait de la mort son véritable métier. Le dernier chapitre, lui, se concentre sur la partie fribourgeoise et montre de quelle manière Murith SA s'est étendue progressivement en suivant les changements sociaux concernant les rites.

Le second chapitre se concentre sur les gestes pratiqués sur le corps de la personne morte et, surtout, le passage d'un savoir commun à une professionnalisation. Les auteurs montrent que les gestes sont d'abord pratiqués, suivant un rite précis, par les proches du défunt. Ce n'est que plus tard que la toilette est pratiquée par des personnes payées pour cela et qui tentent de créer une impression de calme. Puis, progressivement, ce sont les membres des professions de la santé qui commencent à pratiquer ces soins. Il y a donc une transmission d'un savoir et la création d'une profession.

Le troisième et le quatrième chapitre sont destinés au sens des rites. Le premier s'intéresse à la cérémonie tandis que le second nous parle de la différenciation économique au travers des types d'enterrement. Ces deux chapitres permettent de montrer une progression dans les rites. De la tradition très rigide on passe aux cérémonies laïques beaucoup plus libres. En effet, pendant longtemps les rites sont très précis et selon l'état de la personne morte - suicide, catholique ou non catholique - seuls certains rites sont permis ou possibles. Ce qui n'implique pas que des résistances ne soient pas possibles. Mais l'enterrement est aussi un moyen, et l'occasion, de différencier la personne par le choix d'une cérémonie plus ou moins fastueuse. Les auteurs, d'ailleurs, décident de faire le récit de trois cérémonies publiques : l'abbé Bovet, Joe Sifert et Tinguely. Selon les auteurs, bien que ces cérémonies soient très particulières elles sont aussi chacune inscrites dans leur époque. De la tradition et des valeurs conservatrices on passe à des valeurs aussi traditionnelles que modernes pour ensuite passer à un homme qui incarne la réussite économique et la richesse.

Ce petit livre fait l'histoire d'une entreprise. À travers cette histoire c'est le sens des rites et de la mort qui nous sont expliqués. Et, plus important, les changements que ceux-ci traversent durant le XXème siècle. J'ai trouvé cette histoire très intéressante malgré que je ne connaisse pas le thème. Les auteurs, à l'aide d'archives et de cas concrets, nous montrent des personnes prises dans un moment difficile et de quelle manière on les accompagne.

Image : Éditeur

12/11/2016

Downton Abbey saison 6 et The Finale

J'ai enfin pu terminer Downton Abbey après six magnifiques saisons. La vie continue à Downton Abbey. La famille tente de s'habituer à l'absence de Tom Branson. Celle-ci force Mary à prendre le contrôle du domaine tandis que sa sœur essaie de s'occuper du magazine qu'on lui a laissé en héritage. Pendant ce temps, une petite révolution se forme tandis que les grands du village se heurtent sur la question de l'hôpital. Celui-ci devrait être mêlé à une plus grande structure et tout le monde n'en est pas ravi. C'est aussi la saison des amours. Plusieurs femmes de la famille trouvent des compagnons malgré les drames. Et, parfois, doivent lutter pour les conserver. En bas, la modernité fait aussi son entrée. Plusieurs employé-e-s essaient de trouver une nouvelle voie tandis que d'autres essaient de créer une famille.

Downton Abbey est une série que j'aime particulièrement. Elle réussit à me faire et pleurer alors qu'il ne se déroule pas grand-chose. Elle est aussi particulièrement belle. Les décors ne sont battus que par les magnifiques costumes portés par les acteurs et actrices. Celleux-ci sont, d'ailleurs, particulièrement bon et j'avoue sans honte adorer le jeu de Maggie Smith dont chacune des répliques pourraient être parmi mes préférées. J'ai accompagné Downton pendant six saisons. J'ai vu les personnages changer. Mais, plus encore, j'ai vu une série qui tentait de montrer des changements sociaux par les yeux de l'aristocratie et du peuple unis dans une grande maison. Mis à part le drame, c'est un thème au centre de cette dernière saison qui voit les personnages changer énormément et tous et toutes pour le mieux.

Mis à part les qualités de la série ce thème, qui se déroule sur six saisons, est-il bien mis en scène ? Depuis le début, et je continue à le penser, j'ai l'impression que la série réussit en échouant. Elle réussit car on observe les changements et leurs effets, Les filles Crawley passent de futures mères à business women en quelques années (tout en restant dans le cadre du mariage et de la maternité). Les hommes doivent accepter ces changements et sont incarnés par Carlson et le père de famille, Robert Crawley. Ces deux personnages incarnent le patriarcat et le système de classe aristocratique. Ils incarnent la peur face à un avenir incertain et différent. Alors oui, de ce point de vue la série réussit. Mais elle échoue à montrer ce qu'est la violence de classe et la violence patriarcale. Les deux hommes qui l’incarnent, même si c'est malgré eux, ne réagissent jamais. Ils commencent par dire non puis par dire oui et ensuite accepter. Rien ne provient réellement d'une lutte. Tout semble se dérouler naturellement sans que personne ne perde ni ne gagne. De ce point de vue, la série échoue.

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***** Une magnifique dernière saison pour une série que j'aime beaucoup.

Image : Site officiel

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18:33 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, série | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : downton abbey | | | |  Facebook

15/10/2016

Captain Fantastic

Dans les montagnes des États-Unis, au sein d'une magnifique forêt, un jeune homme se cache dans les buissons. Il se prépare à chasser. Ce jeune homme fait partie d'une famille de six enfants. Leur père et leur mère pensent que le monde extérieur est inadéquat. Illes ont donc décidé de vivre dans la nature et d'enseigner à leurs enfants. Le monde de cette famille est partagé entre la chasse, l'entrainement et l'apprentissage à l'aide de livres parfois très avancés. Ce qui importe n'est pas d'apprendre par cœur mais de forger une opinion argumentée. Mais ce petit monde vole en éclats lorsque leur mère se suicide après des mois de thérapie. Malgré le danger et l'étrangeté la famille décide de se rendre au Nouveau-Mexique pour l'enterrement. Ce départ est l'occasion de mettre en question ce qui semble connu et ce qui semble juste.

Je vois deux thèmes dans ce film. Le premier est celui de l'éducation. Les enfants sont éduqués librement dans une forêt. Leurs cours se divisent en plusieurs phases. Il y a tout d'abord les cours de survie. C'est l'occasion de savoir comment vivre dans la nature sans rien. D'être capable de se soigner et de chasser. Il y a des cours physiques qui permettent d'avoir un corps en pleine forme. Et des cours de cultures. Ceux-ci sont réglés par le père et permettent de s'intéresser à des thèmes parfois très avancés tel que la théorie M. Il est intéressant que la parole du père, et des livres, ne sont pas évangiles. Les enfants sont encouragés à poser des questions et à expliquer les thèmes avec leurs propres mots. Face à cela nous avons, dans une scène, des enfants qui connaissent l'école. Eux sont incapables de répondre aux questions et de penser seuls. J'ai tendance à y voir une tension entre une éducation qui prend en compte les capacités de réflexions des enfants et l'éducation scolaire, standardisée, qui tente d'inculquer une certaine somme de connaissances spécifiques et mesurable par des notes avant d'exercer la réflexion.

Un second thème pourrait être la parentalité. En effet, les deux parents essaient d'offrir ce qu'illes pensent adéquat pour leurs enfants. Pour cela plusieurs règles sont mises en place. Celles-ci concernent la manière de parler, de se comporter, d'obéir et d'aider. Ces règles concernent aussi l'attitude des parents. À plusieurs reprises, on observe le père répondre très franchement à ses enfants sur des questions difficiles. Certaines personnes pourraient penser que ces enfants ne sont pas capables de comprendre les concepts impliqués. D'autres pourraient penser que les thèmes sont inadéquats pour des enfants. Personnellement, je suis plutôt en faveurs de répondre franchement et précisément aux questions afin d'éviter qu'un sujet devienne tabou ou incompris. Mais c'est mon avis personnel. On observe aussi une personne qui pense prendre les bons choix les remettre en cause. Face à un monde différent ses méthodes semblent dangereuses voir abusives. Et nous commençons à nous demander si cet homme est si sympathique que cela. Il se pose cette même question et ses enfants aussi. La réalisation permet donc de se faire sa propre opinion face à des moments qui sont, parfois, dangereux.

Au final, Captain Fantastic est un beau film avec un Viggo Mortensen en forme. On nous offre une histoire triste mais qui réussit à relier des moments d'émotions à des moments d'humour. Personne ne nous dit ce qui est bien ou mal. La réalisation nous laisse décider seul ce que l'on pense tout en confrontant cette famille à d'autres familles et à la société. La fin est particulièrement belle et réussie. Personnellement, je le conseille.

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***** Viggo Mortensens possède une magnifique barbe !

Image : Site officiel

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10:57 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : captain fantastic | | | |  Facebook

08/10/2016

Hell or High Water / Comancheria

Les USA, le Texas, un matin. Il fait déjà chaud alors que le soleil se trouve bas sur l'horizon. La ville est silencieuse. Il n'y a personne dans les rues poussiéreuses. Les pipelines sont aussi nombreux que les avis de fermeture des entreprises et les avis de saisie des maisons. Une femme se rend à son travail dans une petite banque locale qui a l'air d'être construire en préfabriqué. Mais aujourd'hui n'est pas un matin comme les autres. Ce matin deux hommes l'attendent, armés, et lui demandent de vider les caisses. C'est le début d'une suite d'attaques de banques dans les petites villes du Texas. Les deux hommes qui en sont coupables savent ce qu'ils veulent, savent combien de temps il leur reste et ne cherchent pas à être plus intelligent que les banques. Ils ne prennent que ce qui est nécessaire. Pour les arrêter on leur envoie deux rangers aux trousses. L'un d'eux est presque à la retraite et c'est probablement sa dernière affaire.

Je ne savais pas trop ce que je souhaitais voir cette semaine. Je suis assez sceptique face au dernier Tim Burton (bien entendu je peux me tromper). Je n'avais pas envie d'aller voir le dernier film français non plus. Et soudain je suis tombé sur la bande annonce de Hell or High Water / Comancheria. On y voyait deux hommes attaquer des banques suivis par un ranger d'un certain âge. L'ambiance dégagée par la bande annonce m'a tout de suite attiré. Et celle-ci fonctionne aussi durant le film. On suit des hommes qui vivent dans un univers poussiéreux et délabré. Il y a de vieilles maisons, des villes mortes, des restaurants sans clients, ... Il y fait chaud et le désespoir est partout. Nous avons vraiment l'impression de tomber dans un monde sans avenir dans lequel la pauvreté et le désespoir sont une fatalité qu'il est impossible de vaincre.

Dans ce film on nous offre quatre personnes. Elles sont toutes différentes sans être forcément bien caractérisées. C'est, probablement, l'un des rares points faibles du film. Les personnages ne sont pas toujours bien écrits. Ces quatre personnes ont des envies et des buts légèrement différents. Le premier aime voler, il aime l'impression que lui donne le vol et la fuite. Le second est méthodique. Il sait ce qu'il veut et pourquoi. Son but n'est pas de continuer ad æternam mais d'atteindre un certain point pour un but précis. Face à eux il y a deux rangers. L'un est un jeune peu développé. Le second est un vieux ranger qui aime la chasse et qui incarne l'esprit du Texas. Et tout ce petit monde parle et joue dans un décor magnifique avec la crise économique en toile de fond. Ce qui donne l'impression que, sans excuser les vols, attaquer des banques est en partie justifié car celles-ci détruisent familles, avenir et villes dans leur envie de faire des bénéfices. Bref, un film que j'ai beaucoup apprécié. Un film qui dose très bien ses scènes. Il est lent mais sans tirer sur la longueur. Les scènes d'actions sont strictement nécessaires et ont de réelles conséquences. Un film que j'aurais tendance à conseiller.

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***** Une belle ambiance sans moralité inutile.

Image : Allociné

Site officiel

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09:48 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : comancheria | | | |  Facebook

26/09/2016

Les Helvétistes. Intellectuels et politique en Suisse romande au début du siècle par Alain Clavien

Titre : Les Helvétistes. Intellectuels et politique en Suisse romande au début du siècle
Auteur : Alain Clavien
Éditeur : Édition d'en bas 1993
Pages : 328

Au début du XXème siècle, comme le dit la quatrième de couverture, de nombreuses personnalités intellectuelles romandes s'interrogent sur ce qu'est l'identité suisse. Mais qui sont ces personnes ? Comment se rencontrent-illes et de quelle manière leurs idées, qui seront à la base des groupes de droite radicale de l'entre-deux-guerres, sont-elles communiquées ? Afin de mieux comprendre la genèse de ces intellectuels ainsi que leur évolution l'auteur s'intéresse à quelques productions particulières portées par des personnalités précises : La Voile Latine et les revues qui lui succèdent ainsi que certaines personnes dont Robert de Traz, Charles-Albert Cingria et son frère Alexandre Cingria et surtout Gonzague de Reynold.

Le livre, une thèse en histoire, est divisé en deux parties et 7 chapitres. La première partie, de quatre chapitres, permet à l'auteur d'expliquer de quelle manière les pensées politiques et artistiques de ce groupe dit des Helvétistes s'est formé. Il montre que l'art, en Suisse au début du XXème et à la fin du XIXème, est questionné. Est-il nécessaire de créer un art suisse ? Est-ce seulement possible ? Comment conjuguer demande politique, compréhension populaire et renouveau artistique ? Cette partie montre plusieurs intellectuels en mal de reconnaissances qui tentent de créer un art local qui puisse concurrencer les romans de Paris. Pour cela, il faut définir et comprendre ce qu'est l'esprit suisse. Celui-ci se concentre sur la montagne et se construit sur des prédécesseurs analysés dans la thèse de Gonzague de Reynold. Les idées sont progressivement construites dans la revue la Voile Latine. Mais celle-ci est rapidement éliminée lorsque ses fondateurs s'écharpent sur des considérations politiques et intellectuels alors que Gonzague de Reynold tente de prendre le contrôle.

La seconde partie, de trois chapitres, montre un groupe qui commence à vouloir lutter. Outre des considérations artistiques le groupe comment sérieusement à se poser des questions politiques. Cela mène certaines personnes, les Cingria et de Reynold en particulier, à se rapprocher de l'Action Française afin d'en devenir les interlocuteurs en romandie. Bien que Reynold soit très prudent il se heurte rapidement aux Cingria qui sont de plus en plus agacés par cet aristocrate venu de Fribourg. Petit à petit, de Reynold et un ami publient une nouvelle revue qui s'inquiète de la surpopulation étrangère et de l'état moral du pays. La revue permet de communiquer des conceptions anti-démocratiques malgré l'opposition de nombreux médias et politiciens.

À la sortie de ce livre on comprend mieux comment certaines idées politiques ont été défendues et pensées en Suisse. On nous montre aussi des personnes qui ont un certain capital social et intellectuel qui peinent à trouver une place à la hauteur de leurs espérances dans un univers bloqué par certains individus. Dans ces intellectuels en mal de reconnaissance il y en a un qui ressort fortement : Gonzague de Reynold. Ses idées, sa recherche de statut, ses stratégies sont impressionnantes. On nous montre quelqu'un qui essaie de jouer tous ses atouts du mieux possible tout en évitant de se fâcher trop vite avec trop de monde. Ce double jeu est dangereux et a failli couter cher mais de Reynold réussit à se faire une place au soleil dans le monde politique et intellectuel suisse.

Image : Éditeur

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11:05 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |  Facebook

16/09/2016

Un juif pour l'exemple

En Suisse, en 1942, dans la ville de Payerne il y a eu un meurtre. Arthur Bloch fut tué par un petit groupe local pronazi lié à la Ligue Vaudoise. Le crime a ému la ville car il fut particulièrement atroce. Mais il fut aussi oublié. Du moins jusqu'à ce que, en 2009, l'écrivain Jacques Chessex creuse un peu et écrive un roman. Le roman fut suivi par l'enquête d'un journaliste. D'un seul coup, Payerne revenait au centre des médias suisses mais pas de la manière la plus appréciée. Pourquoi cet écrivain décide-t-il de révéler cette pénible affaire ? Le film est basé sur ce livre. Il nous montre de quelle manière les différents personnages se sont rencontrés jusqu'au moment du meurtre et de l'arrestation des coupables.

Je n'ai pas aimé. J'ai beaucoup de mal avec Chessex. Je n'aime pas son style. Je n'aime pas ses livres. Je n'aime pas l'adaptation de son roman pour plein de raisons. Oui, la réalisation a voulu en faire un message un peu plus proche de notre époque. On observe des requérants d'asiles refoulés. Les discours anti-migrants sont les même que ceux que l'on entend tous les soirs. Le film même est modernisé afin de donner cette impression d'être proche de nous. Mais je n'ai pas aimé. Je n'aime pas la manière de filmer. Une manière que je trouve parfois inutilement voyeuriste. Je n'aime pas que l'histoire soit constellé d'anachronismes qui brouillent la compréhension de l'époque. Pire encore, je n'aime pas la manière dont les coupables sont dépeints. Outre le commanditaire ancien homme d'église il y a le petit - dans tous les sens du terme - entrepreneur local qui veut juste se sentir homme, une brute et deux imbéciles. C'est une explication simpliste. Je n'aime pas.

* J'ai détesté. Le sujet aurait mérité autre chose.
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Image : Site officiel

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18:32 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : un juif pour l'exemple | | | |  Facebook

Eye in the sky

De nos jours, une organisation terroriste frappe des cibles civiles dans le monde entier et prend le contrôle du Kenya. Ils sont puissants, organisés et ils recrutent de tous les côtés dont des occidentaux et occidentales. L'une de ces recrues est une anglaise du nom de Caroline Danford. Elle est traquée par l'armée britannique depuis 5 ans. Un jour, elle est retrouvée. Plusieurs pays - le Kenya, les USA et l'Angleterre - préparent une opération afin de la capturer. Mais les événements ne se déroulent pas comme prévu et la mission doit changer si elle doit rester un succès au prix de centaine de vies. Rien ne semble pouvoir arrêter l'opération si ce n'est une petite fille et son cerceau.

Ce film est très bon. Il l'est à plusieurs niveaux. Les acteurs et actrices sont magnifiques. Illes réussissent à incarner parfaitement les personnages. La manière de filmer est tout aussi réussie. Dès le début, ou presque, on nous plonge dans une ambiance oppressante dont on ne sort qu'après le générique. Enfin, le film aurait pu faire des drones des jouets cools comme dans Captain America Civil War ou encore en faire un usage facile : soit condamner soit encourager leur usage. La réalisation a la bonne idée de placer son sujet à un niveau différent. Les personnes qui regardent le film ont la possibilité de se faire leur propre idée.

On pourrait penser que ce film place plusieurs thèmes en opposition. L'un de ceux-ci pourrait être la vie contre la mort. En effet, le lieu qui risque d'être attaqué est un lieu de vie. Des personnes marchent. Il y a un marché juste à côté. Des maisons abritent des familles et surtout un dont on observe la vie quotidienne. Face à cela une bonne partie des soldats et des décideurs se trouvent dans des lieux sans vies. Mis à part les agents kenyan-e-s les autres se trouvent dans des bunkers. Que ce soit la colonelle britannique qui vit dans un environnement gris ou les américains qui sont entourés d'écrans. Même les agents civils ne font qu'observer en buvant le thé. Ce sont donc des personnes qui sont en dehors de la vie qui décident de tuer, ou non, des personnes qui se trouvent en plus centre d'un lieu de vie.

Un second thème est celui de l'efficacité militaire contre les problèmes politiques. Les militaires, dans ce film, sont très efficaces. Une cible est identifiée, une frappe est préparée et une estimation des morts est établie. C'est à la fois impressionnant et apeurant. Les militaires sont prêts et illes exigent des décisions claires et rapides. Face à elleux nous avons les membres du monde civil : politiciens et juristes. Contrairement aux militaires ce sont des personnes qui cherchent à justifier une décision. Ainsi, illes se renvoient la balle, cherche des confirmations et tentent de se contacter mutuellement. Plusieurs scènes du film montrent des politiciens contactés aux pires moments possibles alors que leur avis est nécessaire pour prendre une décision.

Le film pose aussi, et surtout, la question de l'éthique dans les frappes par drones. Comment peut-on justifier une frappe à distance, en buvant du thé, qui pourrait tuer une petite fille innocente ? Quels sont les arguments qui pourraient permettre de justifier cette possibilité ? Alors que certaines personnes parlent de la valeur des personnes ciblées et des morts qui résulteraient du refus d'agir d'autres s'inquiètent des effets politiques et de la propagande. Comment le pays pourrait-il accepter le sacrifice d'une jeune fille pour tuer trois personnes ? Comment les terroristes pourraient utiliser cette frappe pour recruter encore plus de monde ? Bref, on ne se trouve pas face à une question facile. Les spectateurs et spectatrices doivent se faire leur propre idée face à plusieurs informations et une horloge qui tourne.

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***** Un très bon film. Très bien joué par des acteurs et actrices parfaites. Un sujet difficile et bien traité. Je le conseille.

Image : Site officiel

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09:37 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (24) | Tags : eye in the sky | | | |  Facebook

05/08/2016

A bas la guerre! A bas le gouvernement! Le procès Liebknecht par Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht

Titre : À bas la guerre ! À bas le gouvernement ! Le procès LiebknechtPremCouv_Luxemburg_Libknecht.jpg?itok=YIA3B-Rb
Auteur-e-s : Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht
Éditeur : Les éditions de l'Épervier 2011
Pages : 96

Lors de la première guerre mondiale la plupart des pays engagés ont mis en place une alliance politique entre la gauche et la droite afin d'éviter toutes remises en causes de la politique de guerre. Cependant, cette alliance trahissait les résolutions de l'Internationale. En Allemagne un homme a, en particulier, lutté contre la guerre avec une comparse. Karl Liebknecht était un député déjà passé plusieurs fois en prison pour ses idées. En 1916 il participe au 1er mai et crie "À bas la guerre ! À bas le gouvernement !" Il est immédiatement emprisonné et accusé de haute trahison par un tribunal militaire. Rosa Luxemburg le soutient tout le long du procès par des tracts illégaux. Elle est aussi mise en prison mais sans jugement. Illes ne sortiront qu'à la fin de la guerre pour mourir assassinés en 1919.

La maison d'édition qui édite ce livre se revendique libertaire. Elle souhaite aussi éditer des textes oubliés ou qui risquent de l'être. Ce livre est constitué de différents documents qui constituent des éclairages sur le procès intenté contre Liebknecht. Ce sont aussi bien des tracts, des lettres, des documents officiels que de courts essais. L'appareil critique est réduit à son minimum. C'est à peine si les documents sont introduits après une courte introduction au début du livre. Bien que cela permette de lire les textes traduits cela enlève en grande partie la possibilité, pour les lecteurs et lectrices non averti-e-s, d'insérer ceux-ci dans un contexte plus large. Ainsi, on a presque l'impression de se trouver face à des textes en dehors de tout contexte ce qui est un comble pour deux personnes qui souhaitaient intégrer leur pensée à une action concrète. Malgré ce défaut ce livre mérite d'être lu surtout dans le contexte actuel.

Image : Éditeur

29/07/2016

Race / La couleur de la victoire

Cette semaine est sorti un biopic sur Jesse Owens. Le film débute alors que Jesse Owens est accepté à l'université de l'Ohio durant les années 30. Il est, semble-t-il, le premier étudiant de sa famille dans un contexte économique difficile. Bien qu'il soit heureux d'étudier il sait que son véritable but est de courir. Le coach de l'équipe de course de l'université, Larry Snyder, a entendu parler de lui et compte bien tester ses capacités mais aussi travailler à l'améliorer. Alors que Jesse Owens multiplie les victoires et les records le reste des USA se tend autours d'un débat difficile : Faut-il boycotter les JO de 1936 à Berlin ? Le comité olympique des USA envoie un observateur afin de vérifier les informations qui se propagent et permettre un vote sur la question.

Je suis toujours sceptique face aux biopics. Et ce film en exemplifie la raison. Le problème des biopics, et des biographies, est le risque de tomber dans la reconstitution d'un destin implacable. On oublie les problèmes, les choix, les rencontres et les incertitudes. Tout dans la vie d'une personne mène à un destin inoubliable, historique, impossible à éviter. Cet aspect problématique des biopics semble même revendiqué dans ce film qui, à plusieurs reprises, annonce que le destin de Jesse Owens est de courir, de gagner et d'être le meilleur athlète du monde. Face à ce "destin exceptionnel" plusieurs tentations et obstacles sont mis en avant. La plus importante des tentations est une femme. Alors qu'Owens est fiancé il sort avec cette autre femme ce qui lui pose un certain nombre de problèmes personnels. Le second obstacle est la ségrégation. Sa ville, son université, les stades, ... tout est envahi de racisme et Owens doit apprendre à faire abstraction afin de pouvoir se concentrer sur sa course.

Ce qui nous mène au troisième obstacle : La politique. Toutes personnes qui s'intéresse à l'actualité politique et à ses effets sur le sport sait que le CIO, ainsi que d'autres fédérations internationales, défendent l'idée que sport et politique sont deux sphères totalement séparées. Cette idée permet de défendre l'organisation d'événements sportifs dans des lieux ou des contextes troublés. Bien que l'on puisse être d'accord sur l'idée que le sport et la politique ne sont pas identiques on ne peut que déplorer que cela débouche sur l'impression, fausse, que le sport n'a aucun effet politique. Il faut garder cela à l'esprit quand on regarder ce film. En effet, il montre une tension entre d'une part des personnes qui défendent un idéal politique et des personnes qui refusent de penser politiquement. On sait qui a gagné et ceci a permis à l'Allemagne de 1936 d'organiser une propagande massive en faveurs du régime nazi.

On y trouve le point faible du film. La réalisation tente, apparemment, de faire le lien entre le racisme des USA et celui de l'Allemagne. Bien que les USA ne soit pas l'Allemagne hitlérienne il existe un racisme profondément ancré avec une ségrégation forte. Mais celle-ci est à peine montrée. On a l'impression que le racisme se traduit par une simple nécessité d'avoir des sièges, dortoirs et entrées séparées. Face à cela, l'Allemagne est montrée comme plus tolérante. Il est vrai que les diplomates allemands ont fait des efforts pour éviter de donner mauvaises impressions. Mais le film échoue à montrer de quelle manière la propagande allemande fonctionnait. Leni Riefenstahl est montrée comme une productrice qui veut simplement faire les meilleures images des jeux possibles. Mais son travail était bien plus important et bien plus intégré à la propagande. Bref, du point de vue politique le film échoue.

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**** Un bon film avec de bon-ne-s acteurs et actrices mais un sujet politique simplifié à l'extrême comme s'il fallait éviter de heurter des personnes.
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Image : Allociné

Site officiel

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03/07/2016

L'échec d'une prophétie par Leon Festinger, Hank Riecken et Stanley Schachter

Titre : L'échec d'une prophétie
Auteurs : Leon Festinger, Hank Riecken et Stanley Schachter
Éditeur : PUF 1993 (1956)
Pages : 252

Que se passe-t-il lorsqu'un groupe met en place une croyance qui s'avère erronée ? La question semble simple mais sa résolution fut compliquée. Pour y répondre les auteurs, et leurs observateurs et observatrices, ont infiltré un groupe plus ou moins mystique et amateur d'OVNIs. Le récit de cette étude se déroule sur 10 chapitres. Le premier chapitre permet aux auteurs de mettre en place leur position théorique. Ils expliquent pourquoi il est difficile d'observer la réaction à l'échec d'une prophétie. Les sources manquent et les individus se sont rarement intéressé aux réactions. Selon les auteurs, l'échec devrait déboucher sur un prosélytisme plus intense.

Afin de vérifier cette hypothèse ils mettent en place l'observation secrète d'un groupe ayant récemment annoncé l'apocalypse pour un mois plus tard. Sur cinq chapitres on nous dépeint de quelle manière le groupe s'est constitué, qui en fait partie et surtout comment il fonctionne. Le but est de vérifier la croyance individuelle ainsi que l'état de l'engagement. Les auteurs montrent que certaines personnes restent à la marge tandis que d'autres s'impliquent fortement dans cette nouvelle foi. L'implication n'est pas seulement mesurée en temps mais aussi en relation avec la vie extérieure. Les plus endoctriné-e-s abandonnent études, métiers et familles tout en suivant scrupuleusement les ordres venu du plan supérieur. Mais personne ne tente réellement de créer un prosélytisme actif.

Le chapitre sept explique de quelle manière le groupe et les membres ont réagis à la défaite de leur prophétie. Les auteurs montrent que les membres du groupes présents dans le même lieu ont pu mettre en place une explication commune qui a permis de les convaincre et même de renouveler une foi vacillante. Les personnes isolées, par contre, ont perdu leur foi et se sont rapidement éloignées du groupe. Les auteurs montrent aussi que le groupe, d'un seul coup, souhaite propager son message par tous les moyens. Les journalistes sont convoqués et des séances publiques sont mises en place tandis que les écrits de la doctrine sont offerts au public après un secret quasiment intégral. Le chapitre 8 explique les conséquences de cette publicité. En effet, les voisins, les patrons et les autorités ont agi contre des personnes qui se rapprochaient des enfants et qui les inquiétaient. Plusieurs femmes se sont vues menacées d'un examen psychiatrique tandis que le second perdait emploi, statut et passait devant la justice pour être soumis à une expertise afin de juger de sa capacité à gérer ses biens et à garder ses enfants. Le groupe, à la finale, s'est dissous et s'est perdu de vue.

Les deux derniers chapitres permettent, en particulier, d'expliquer la méthodologie de l'enquête. En effet, les auteurs ont dû agir dans l'urgence dans un cadre mouvant avec des réunions longues. Les observateurs et observatrices se sont infiltré-e-s et donc les observé-e-s n'ont jamais consenti à la recherche, ce qui crée un problème éthique important. L'infiltration ainsi que l'enquête ont été difficiles et les personnes envoyées par les chercheurs ont eu un effet, certes involontaire, important sur le fonctionnement du groupe. Au final, ce livre décrit une recherche passionnante au sein d'un groupe de personnes discrètes et convaincues de la fin du monde. La manière dont ces personnes réagissent à l'échec de la prophétie est passionnant et ne peut que donner des enseignements importants pour de nombreuses personnes s'interrogeant sur l'endoctrinement, les sectes et la radicalisation (religieuse ou non).

Image : Amazon

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23/06/2016

der Staat gegen Fritz Bauer

L'Allemagne, les années 50, est divisée entre l'URSS et les alliés. L'Allemagne de l'ouest, à la sortie de la guerre, a engagé plusieurs procureurs afin de poursuivre les crimes commis durant et avant la guerre par le régime précédent et les individus qui le constituait. La personne à la tête de ce groupe est Fritz Bauer : un ancien militant socialiste et juif qui a dû s'exiler durant la période nazie. Bien qu'il essaie de retrouver les anciens nazis il est stoppé par de nombreuses forces. Celles-ci ont pied aussi bien dans son administration que dans l'État au sens large. En effet, les personnes qui étaient nommées durant la période nazie peuvent toujours se trouver en position de pouvoir et leur intérêt n'est pas de se retrouver devant les tribunaux ni d'abandonner leurs amis. De plus, ni l'Allemagne ni les USA n'ont intérêt envers un procès. Mais lorsque Fritz Bauer reçoit une piste pour Eichmann il ne peut pas abandonner malgré tous les obstacles qu'il rencontre.

Ce film allemand a décidé de ne pas parler des crimes en soi ni de parler de la guerre. Son réalisateur a souhaité examiner la société de l'après-guerre alors que l'occident entre dans une prospérité jamais connue. Dans ce contexte d'optimisme retourner sur le passé de l'Allemagne n'est pas une position appréciée. Et le réalisateur montre bien cette envie d'oublier et d'aller de l'avant, de retrouver des marques de fierté. Alors qu'une partie encore large de la population reste en faveurs de l'ancien régime, qu'une minorité est toujours loyale et qu'une autre large partie souhaite seulement oublier et avancer il n'est pas facile de demander des comptes. Le film montre très bien cet aspect. Il possède une atmosphère à la fois sobre et intense. Fritz Bauer n'est pas forcément un homme sympathique et on l'observe lutter alors qu'il semble malade. Il semble attendre tous les sacrifices de ses employés. Mais on l'observe aussi se demander si les personnes qu'il rencontre sont avec lui ou non. Qui est digne de confiance et qui ne l'est pas ? Bref, un très bon film qui mérite d'être regardé.

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**** Un film sobre qui traite un sujet sans émotions inutiles.
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Image : Allociné

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15/05/2016

Money Monster

Nous sommes dans une époque d'incertitudes économiques. Un présentateur star, Lee Gates, avait conseillé de prendre des actions d'une compagnie qui semblait ne pas pouvoir tomber. Mais un programme informatique a mal fonctionné et 800 millions de dollars sont perdus dans la nature. De nombreuses personnes ont perdu leur économique dans ce qui est considéré comme un simple bug. Lee Gates, lui, continue comme si de rien n'était et explique que l'entreprise ne peut que sortir du trou dans lequel elle se trouve actuellement. L'émission continue comme si de rien n'était avec les pitreries de Lee. Mais, dans l'arrière fond, un homme est présent alors qu'il n'en a pas le droit. En quelques minutes il prend la salle en otage et force la chaine à continuer la diffusion. Il ne veut pas d'argent mais des réponses : que s'est-il vraiment passé ?

Ce film est dirigé par Jodie Foster. L'intrigue mêle plusieurs thèmes. L'un des principaux est l'infotainment. Vous savez, cette tendance des chaines, publiques ou privées, à considérer ses spectateurs et spectatrices comme des imbéciles qui ne peuvent regarder un sujet sérieux que si le présentateur ou la présentatrice fait le pitre. Lee Gates, joué par Clooney, est l'un de ces pitres. On observe un homme donner des conseils sans arguments mais avec des effets censés être drôle. À plusieurs reprises, on comprend que son émission n'est pas considérée avec sérieux. Ainsi, comme le dit Julia Roberts au début : on ne fait pas de journalisme. Lee Gates fait partie de ses faux journalistes qui acceptent les explications sans jamais poser de questions qui fâchent. Ce thème est lié à celui de la société du spectacle. La prise d'otage est rapidement transformée en un phénomène médiatique disponible en directe sur internet et la population semble regarder sans avoir conscience de ce qui se déroule.

Le second thème important concerne l'économie de marché capitaliste. On sait comment ça marche : le marché est une entité naturelle qui fonctionne selon la demande et l'offre. Toutes tentatives de réguler le marché, selon les libéraux, ne peut que dénaturer celui-ci et détruire l'économie. Dans ce film nous avons une entreprise qui perd 800 millions et qui ne donne aucune explication. La seule excuse se concentre sur un bug dont personne ne comprend la provenance. Tout le propos du film est d'expliquer que même si on nous présente le système comme trop compliqué pour le comprendre cela peut cacher des manipulations qui n'ont rien de naturelles et qui peuvent être illégales. Ainsi, se pose la question de la moralité d'un marché laissé libre.

Bien que le film pose ces deux questions il faut tout de même noter qu'il échoue en partie. Le film est bien écrit et les acteurs et actrices sont très bonnes. Cependant, les questions que posent le film ne reçoivent ni le développement ni les réponses que cela mérite. Tout se passe comme si la réalisation s'est retrouvée empêtrée dans le spectacle et a oublié de prendre en compte l'intrigue. À mon avis, ce film aurait mérité une attention plus grande sur les mécanismes du marché et les dérives dont il est constitué.

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**** Bien écrit avec un très bon casting mais qui ne va pas assez loin dans le propos.
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Image : Site officiel

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10:26 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : money monster | | | |  Facebook

30/04/2016

Trumbo

Dalton Trumbo était un scénariste d'Hollywood lors de l'âge d'or du cinéma. Il a combattu durant la Deuxième guerre mondiale. Mais il était aussi un membre du parti communiste des États-Unis. Ce fait devient un problème durant les années 50 alors que le monde occidental commence à entrer dans la Guerre Froide. Les sympathies communistes deviennent suspectes de cacher des traitres à l’État. Et le cinéma est l'une des industries qui entre dans le viseur des milieux anticommunistes qui entourent le comité des activités anti-américaines du Congrès. Après plusieurs batailles Trumbo et ses collègues terminent en prison pour un an. Lorsqu'ils en sortent ils trouvent un monde nouveau. Ils sont ostracisés et ne peuvent plus travailler car une liste noire est mise en place. Mais Trumbo décide de travailler sous pseudonyme. Et, au fil des années, la liste noire devient une couverture pour un énorme marché noire.

Trumbo est un bon film. Il contient de très bons acteurs et actrices. Il est bien écrit et plutôt bien mis en scène. Il y a bien quelques longueurs et quelques défauts. En fait, ces défauts dépendent plus du type de film choisit que de la production. Trumbo est un biopic qui tente de s'intéresser à près de 15 ans d'histoire en deux heures. Il y a donc de nombreux problèmes de rythme entre deux époques avec des personnages qui changent sans véritablement changer. Un autre problème concerne le propos même du film. Quand on doit faire tenir 15 ans d'une personne en deux heures on est obligé d'oublier tout ce qui est superflu. On se concentre sur un personnage sans prendre en compte ce qui existe autours de lui. Ainsi, on ne comprend pas forcément ce qui est en train de se dérouler sur les écrans ni qui sont toutes ces personnes. Le film échoue à expliquer comment fonctionnait la liste noire et quels furent ses effets car on ne peut pas faire autrement que de s'intéresser à la vie d'une seule personne. Cependant, on observe assez bien les effets de la liste sur la famille de Trumbo. Illes doivent déménager, accepter d'être insulté-e-s et surtout garder le secret et aider Donald Trumbo. Ce dernier est montré se tuant à la tâche et j'aurais apprécié en savoir plus sur les autres membres de la famille qui semblent tout autant intéressant.

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**** Un bon biopic qui, comme tous les biopics, échoue à expliquer une époque et une vie dans toutes leurs complexités.
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Images : Site officiel

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09:32 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : trumbo | | | |  Facebook

29/04/2016

The 100 saisons 1 et 2

The 100 est une série de la CW. Elle se déroule dans un futur assez proche. Environ 100 ans se sont déroulés depuis que la Terre a vécu une apocalypse nucléaire. Les survivants se sont regroupées dans l'espace dans une douzaine de stations reliées entre elles. Ces stations permettent de nourrir et de faire vivre près de 3000 personnes mais au prix d'une discipline de fer. Tous les crimes sont punis de la même manière : la peine de mort. Seules les personnes mineures sont épargnées pour être réexaminés à leur majorité. Mais la station ne peut plus durer encore longtemps. Il est donc décidé d'envoyer les mineur-e-s criminel-le-s sur Terre afin de vérifier l'habitabilité des lieux. Ces 100 adolescents et enfants devront apprendre à survivre dans un milieu hostile. Et surtout, illes apprendront qu'illes ne sont pas seul-e-s.

La CW n'a pas une très bonne réputation pour les séries. Pourtant, je trouve que la chaine réussit à créer des œuvres intéressantes. The 100 est l'une d'elle. J'ai énormément apprécié ces deux saisons (et j'attends la troisième avec impatience). De nombreux personnages sont très bien écrit avec une évolution justifiée (bien que parfois un peu abrupt). C'est l'une des rares séries que je connaisse à mettre autant en avant de bons personnages féminins dans des rôles techniques ou de leaders. Le propos de la série, comme l'explique le poster, est la survie. De quelle manière différents groupes d'humains essaient d'éviter la mort. Bien que nous suivions principalement les personnes venues de l'Ark les scénaristes essaient de ne pas trop nous guider dans un raisonnement moral. Ainsi, on peut accepter plusieurs décisions puis se demander si une autre solution aurait pu être possible. Cet aspect est particulièrement important dans la saison 2 qui fait vraiment décoller la série.

En lien avec le thème de la survie, on observe le rôle des leaders et du pouvoir. Leur position est montrée de manière négative. Ce sont des personnes qui prennent des décisions de vie et de mort avec, parfois, la connaissance exacte des effets de ces décisions. La série, outre la survie, pose donc la question de la légitimité des décisions prises par des personnes élues ou non qui peuvent impacter toute une société et tuer des personnes pour sauver le plus grand nombre au prix d'une position éthique. Ainsi, on peut résumer la série par les mots de l'un des personnages : il n'y a pas de bons côtés. Mais j'ajouterais qu'il n'y a pas de mauvais côté non plus seulement des personnages qui agissent dans certains cadres qui leur imposent des décisions précises. En résumé, c’est une très bonne série.

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***** Une très bonne série avec une seconde saison magnifique.

Images : Allociné

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16:26 Écrit par Hassan dans contemporain, science-fiction, série | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : the 100 | | | |  Facebook

28/04/2016

Green Room

Un groupe de rock, les Ain’t Rights, sans le sous se rend dans une petite ville de l'Oregon. Mais ce qui devait être un concert devant des fans du genre devient une interview foireuse et un bar local. C'est une catastrophe qui ne rapport que 6 dollars par personnes. Cependant, la personne qui les a invités pense être capable de leur trouver une autre salle de concert avant leur départ définitif. Cette salle est perdue dans la forêt. C'est un bar à skinheads nazis. Bien que le groupe ne soit pas forcément très heureux du lieu ils réussissent à se faire accepter durant leur performance. Malheureusement, ils sont témoins d'un meurtre au moment même où ils partaient. Ils sont enfermés dans une petite salle alors qu'ils se rendent de plus en plus compte qu'ils pourraient ne pas s'en sortir.

Ce film provient du même auteur que Blue Ruin. Ce dernier nous offrait la croisade de vengeance d'un homme face à la famille qui a tué son père. Dans Green Room les choses sont différentes. Les personnages ne voyagent pas. La majeure partie de l'intrigue se déroule dans le bar et même dans une seule salle. Les personnages sont des rockeurs un peu perdus et sans attache qui doivent trouver un moyen de survivre et de comprendre ce qui se déroule. Le film commence donc très gentiment sans aucune menaces (ou presque). Ce n'est qu'au fil du temps que les problèmes se précisent. Les ennemis, eux, sont des gros bras qui essaient de se rendre important en suivant une idéologie qui leur permette de se sentir valorisé. L'exemple parfait est celui du gérant qui, en fait, s'en fiche un peu et tente seulement de gérer le bordel de la situation. Seul le chef est vraiment inquiétant. Il est magnifiquement joué par Patrick Stewart très calme et stoïque. Green Room est un très bon film. Cependant, la réalisation n'hésite pas à user du gore sans mesure. Certaines scènes sont horribles. Ce film n'est donc pas destiné aux âmes sensibles (et Pathé l'interdit aux moins de 16 ans tout en suggérant 18 ans)

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***** L'auteur de Blue Ruin signe un nouveau très bon film. Cependant, il faut se préparer à des images difficilement soutenables.

Images : Allociné

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08:14 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : green room | | | |  Facebook

24/04/2016

The politics of german child welafre from the Empire to the Federal Republic par Edward Ross Dickinson

Titre : The politics of German child welfare from the Empire to the Federal Republic
Auteur : Edward Ross Dickinson
Éditeur : Harvard University Press
Pages : 365

L'histoire de l'enfance délinquante et en danger (voir en danger de devenir dangereuse) est assez longue. Elle débute durant le XIXe siècle alors que de nombreux réseaux et pays réforment leurs pratiques afin d'atteindre un idéal d'individualisation et de spécialisation. Ce livre s'intéresse à étudier un cas particulier : l'Allemagne. Pour cela, l'auteur dépeint le pays depuis 1840 jusqu'en 1961 (en laissant de côté l'Allemagne de l'Est). Le livre est constitué de 9 chapitres que l'on pourrait diviser en trois parties.

Les chapitres 1-5 prennent en compte la période 1840 à 1918. Cette période prend en compte l'Empire ainsi que la première guerre mondiale. L'auteur y montre de quelle manière la protection de l'enfance est conçue dans un contexte fortement christianisé et politiquement conservateur. La peur de la modernité et des actions des jeunes permet de mettre en place un réseau qui relie les acteurs privés et publics. Les acteurs privés sont majoritairement des mouvements catholiques et protestants. Les tensions entre les milieux religieux et avec les milieux publics sont fortes et aboutissent à la mise en place de garanties quant au fonctionnent des charités privées face à ce qui est vu comme un étatisme dangereux

La seconde période pourrait prendre en compte les années 1918-1945 soit les chapitres 6-8. L'auteur s'y intéresse à la République de Weimar et au nazisme. Il tente de montrer de quelle manière les crises de l'entre-deux-guerres impactent sur les réformes qui tentent d'être mises en place dans les milieux de la protection de l'enfance. Ces crises, en particulier économiques, ont un effet sur la pensée de l'aide sociale. Les théoricien-ne-s commencent à penser plus sérieusement l'eugénisme mais aussi la nécessité de choisir qui mérite d'être aidé. Ce mouvement est progressivement détourné par le régime nazi qui prend le contrôle de la protection des mineur-e-s et met en place des politiques criminalisantes et meurtrières.

Enfin, la dernière partie est dépeinte dans le dernier chapitre. L'auteur essaie d'y montrer de quelle manière les milieux intéressés par l'enfance essaient de dépasser le sinistre régime qui l'a dépassé. Bien que les acteurs étatiques soient réformées en partie les acteurs privés, eux, restent les même. De plus, les inquiétudes sont semblables à celles du XIXe siècle. Ce qui explique pourquoi les milieux catholiques réussissent à garder le contrôle de la protection de l'enfance. De plus, les craintes sont identiques puisque la modernité est pointée du doigt pour expliquer les problèmes de l'époque. Cependant, les réformes sont plus simples car les milieux anti-démocratiques ont disparu et les communistes aussi.

Ce livre, assez ancien, permet d'exemplifier un milieu particulier de l'aide sociale : la protection des mineurs. À l'aide de l'étude d'un cas particulier, l'Allemagne, sur un siècle il permet de montrer comment une politique publique est mise en place et réformée en traversant plusieurs crises et régimes. L'auteur montre aussi les continuités entre les époques tout en considérant le régime nazi comme une discontinuité dans l'évolution de l'aide sociale. Ainsi, ce livre permet de comprendre comme l'état providence a pu se mettre en place en même temps qu'une progressive démocratisation.

Éditeur

10/04/2016

Truth

Nous sommes en 2004. George W. Bush est en pleine campagne pour sa réélection. Le thème de l'armée s'est imposé alors que les USA vivent une guerre difficile. C'est dans ce contexte que Mary Mapes décide de produire une enquête sur la carrière du président dans la garde aérienne nationale du Texas. Son enquête lui permet de mettre en plein jours des documents dévastateurs pour le président. En effet, il ne serait pas entré dans les bases. Pire, il aurait évité l'envoi au Vietnam grâce à ses relations. CBS diffuse extrêmement rapidement l'enquête avec des interviews menées par son présentateur star : Dan Rather. Cependant, le soir même de la diffusion les blogueurs se déchainent et mettent à jours de nombreux problèmes avec les documents. Ceux-ci pourraient être faux et Mary Mapes et son équipe doivent maintenant défendre leur travail ainsi que s'inquiéter de l’authenticité de leurs documents.

Spotlight montrait comment une équipe de journalistes d'investigations travaillaient pendant plusieurs mois afin de mettre à jours des abus sexuels dans le cadre de l’église catholique. Truth montre comment une équipe de journaliste d'investigation de la TV travaillent dans l'urgence afin de monter un sujet. Le premier film montre une réussite celui-ci montre un échec. Le film prend clairement le parti de Mary Mapes car il se base sur son propre livre. Je commence donc par dire que j'aurais aimé en savoir plus sur les problèmes qu'a connu l'enquête. En effet, il me semble que cette affaire montre une investigation qui s'est très mal passée. En l'état, on sait surtout que les documents posaient de nombreux problèmes. En effet, ceux-ci sont des copies et non des originaux et leur provenance et très douteuse. L’authentification n'a donc pas pu avoir lieu dans les règles de la science.

Ce film essaie aussi de montrer ce qui arrive quand une personne devient une cible. Il échoue un peu en cela mais le gamergate est passé par là. En effet, Mary Mapes est questionnée sur tous les aspects de sa vie aussi bien par ses employeurs que par ses collègues, des politiciens ou encore des militant-e-s politiques en ligne. On observe Mary Mapes devenir de plus en plus fatiguée face au combat constant qu'elle doit mener. Au lieu d'être soutenue elle est de plus en plus isolée ainsi que son équipe. Bien que le film tente de mettre en avant les possibles raisons politiques de cet isolement il échoue à moitié car il ne démontre rien (tout comme le film ne montre pas comment une enquête peut mal se passer). Au final, bien que le film ne soit de loin pas inintéressant car il permet d'entrer dans une enquête de journalistes d'investigations il passe à côté de sa cible et c'est dommage.

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*** Pas un mauvais film mais il ne réussit pas à démontrer ce qu'il souhaite nous expliquer.
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Image : Allociné

Site officiel

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18:33 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : truth | | | |  Facebook

29/02/2016

Nos chers protégés par Pierrette Frochaux

Titre : Nos chers protégés. Trois générations d'assistés à Genève de 1894 à 1947
Auteure : Pierrette Frochaux
Éditeur : Éditions d'En Bas 2015
Pages : 264

Depuis quelques années la recherche historique sur les enfants placés s'est fortement développée. Elle est encore embryonnaire mais on en sait de plus en plus. Celle-ci tente de répondre à des questions aussi bien de la part des politicien-ne-s, de la société civile que des anciennes personnes victimes de placements ou d'internements administratifs. Tout le monde souhaite comprendre pourquoi et comment tout une partie de la population du pays a été discriminée et mise en prison ou au travail forcé au nom d'une assistance envers elle.

Pierrette Frochaux essaie, dans son livre, de faire deux choses. Tout d'abord, elle souhaite redonner une voix à son père et ses frères et sœurs. Ces trois personnes ont été abandonnées, ou enlevées à leur mère, très jeune. Elles sont mises sous tutelles et placées en institution puis chez des patrons capables de leur apprendre un métier en adéquation avec leurs capacités intellectuelles perçues ainsi que leur origine sociale très modeste. Ensuite, elle essaie de recréer l'histoire d'une famille brisée par l'administration du canton de Genève. Elle tente de retrouver ses grands-parents paternels puis de retrouver des documents concernant sa famille. Elle a fait une longue recherche dans les archives afin de trouver le moindre document et de l'interpréter à la lumière de ce que son père lui a expliqué.

On ressort de ce livre en comprenant un point précis : un État a brisé des vies. Ce qui ressort de la lecture de ce livre est une forme de bienfaisance de la part des autorités. Mais celle-ci cache une forme de cruauté administrative. Les enfants sont séparés des membres de leur famille. Leur tuteur ne tente pas de les relier et ne mentionne même pas l'existence des frères et sœurs. On observe aussi un État qui tente de garder des enfants dans le milieu social qui doit leur convenir. Loin de leur permettre de s'épanouir selon leurs choix on leur impose un travail précis au nom de leurs facultés intellectuelles déficientes. Ce sont aussi des enfants qui doivent tout à l’État. Ces trois personnes vivent leur enfance sans ne rien posséder si ce n'est leurs vêtements. Leur liberté est contrainte par les institutions puis par les patrons. Bien que ce ne soit pas une recherche historique à proprement parler ce livre montre extrêmement bien ce qu'a couté ces placements et protections si bienfaisants.

Image : Éditeur

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Spotlight

Boston, la fin des années 2000, un nouveau directeur est envoyé à la tête du Boston Globe. Les journalistes ne sont pas rassurés sur les intentions de ce nouveau qui ne vient même de la ville. Celui-ci rencontre les chefs de l'équipe Spotlight. Ils et elle ne communiquent par leurs sujets d'enquêtes. Leur travail est de fouiller en profondeur un sujet précis avec des articles en bétons. Et on leur demande d'étudier s'il pourrait être intéressant de parler des abus sexuels commis par un prêtre de l’église catholique. Bien que sceptique l'équipe se rend rapidement compte que le problème est extrêmement vaste et connu de toutes les autorités. Pourtant, personne ne semble avoir rien fait. Pourquoi ce manque d’actions ? Qui sont les personnes qui savent ? Comment dénoncer ces abus sans se faire écraser par la machine de l’église ?

Ce film sort en Suisse un mois après que le rapport historique sur l'institut Marini soit rendu public. C'est une coïncidence mais une coïncidence troublante pour les personnes qui ont touché le sujet que ce soit personnellement ou en tant que simple citoyen-ne. Le film tente de montrer comment une équipe de journalistes d'investigations a pu mettre en plein jour un problème systémique dans l’église catholique : les abus sexuels sur mineurs. Ces abus ont eu lieu partout mais sont longtemps restés cachés, tabous. Les acteurs et actrices ont, dans ce film, moins d'importance que le sujet. Ainsi, personne ne prend trop de place et chacun est placé face à l'enquête et à ses réactions. L'intrigue est bien menée. On observe le déroulement de l'enquête qui avance gentiment puis qui devient rapidement un problème qui dépasse toutes les prévisions. Au lieu d'une personne les journalistes découvrent que 90 prêtres sont impliqués et couverts par l’église qui fait tout pour ne pas communiquer. Il est tout de même dommage que le film n'explique pas mieux pourquoi ces abus sont possibles. L'enquête prend toute la place et empêche de démontrer en quoi l'institution en soi pose problème.

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***** Un film que j'ai beaucoup apprécié sur un sujet difficile à traiter. Le choix du traitement via des journalistes cache la voix des victimes mais n'est pas mauvais.

Image : Allociné

Site officiel

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21/02/2016

Free Love / Freeheld

Nous sommes aux États-Unis. Deux femmes se rencontrent lors d'un tournoi de volley ball. L'une est Laurel brillante inspectrice du New Jersey. La seconde est Stacie une mécano. Leur vie est difficile car Laurel n'a rien dit à ses collègues de peur de perdre toutes possibilités de carrière. Tandis que Lacie n'apprécie pas d'être une ombre dans la vie privée de sa partenaire. Malgré tout, elles réussissent à signer un contrat d'union civile ainsi que l'achat d'une maison. Tout semble aller pour le mieux. Mais Laurel apprend avoir un cancer. Alors qu'elle souhaite que sa femme reçoive sa pension à sa mort cela lui est refusé. Elles décident donc de se battre.

Ce film tombe une petite semaine avant la votation concernant l'initiative du PDC qui aura comme effet d'interdire le mariage entre personnes de même sexe. C'est une coïncidence intéressante. Les actrices sont Julianne Moore et Ellen Page. Elles sont talentueuses et portent magnifiquement les personnes qu'elles incarnent. La réalisation ne s'intéresse pas vraiment à la relation. Celle-ci est mise à l'écart et même oubliée pendant un an entier. On ne sait pas du tout de quelle manière les deux femmes ont décidé de vivre ensemble malgré leurs différences. Dans le même ordre d'idée, l'homophobie et le sexisme dans la police, et la société, sont passés sous silence ou simplement mentionnés sans trop en parler. Le but principal du film est de parler de la lutte de Laurel en faveurs de son droit à recevoir une pension. Une grande partie du film est basée sur ce combat et le juge comme un pas en avant en direction de la justice et de l'égalité. Il manque donc beaucoup au film mais ça ne m'a pas empêché de l'apprécier.

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**** Il aurait été possible d'aller plus au fond du sujet mais la réalisation réussit tout de même à intéresser et à faire apprécier le combat de ces deux femmes en couple.
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Image : Allociné

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19/02/2016

Hail, Ceasar!

Ce sont les années 50. Le monde vit en pleine guerre froide alors que l'industrie du cinéma souffre de plusieurs problèmes dont l'arrivée de la télévision dans les ménages. Mais c'est aussi l'époque de l'âge d'or du cinéma ! Les productions sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus diversifiées. Un même studio peut aussi bien recréer des drames historiques massifs, des westerns ou encore l'adaptation distinguée d'une pièce de théâtre. Ce petit monde ne tourne pas tout seul. Bien entendu il y a les acteurs et actrices, les figurant-e-s, les scénaristes et les producteurs. Mais il y a aussi Eddie Manix. Son rôle est simple. Il doit identifier les problèmes et trouver un moyen de les résoudre. Et lorsqu'on travaille auprès de stars plus capricieuses les unes que les autres ces problèmes peuvent être particulièrement difficiles à résoudre. C'est le cas lorsque la plus grande star de l'époque est kidnappée.

J'ai bien aimé ce film. Je n'irais pas jusqu'à dire que je l'ai adoré ou encore que je l'ai trouvé génial. C'est un film qui réussit à faire rire de temps en temps (la scène des religieux tentant de parler de dieu dans le dernier film en production du studio est magnifique). C'est surtout un énorme hommage à une époque. Mais attention, bien que l'âge d'or du cinéma reçoit, dans ce film, une place d'exception les réalisateurs ne considèrent pas que tout était parfait. Les situations absurdes ainsi que les caprices des stars de l'époque ne sont pas cachées. Ce qui permet de créer des personnages haut en couleur et parfois surprenant. J'ai, par exemple, beaucoup aimé Hobie Doyle censé être incapable de jouer mais qui comprend plus de choses qu'on ne le croit. Eddie Mannix est moins sympathique. Probablement à cause de sa violence physique. L'intrigue est tout aussi absurde avec une pointe de critique envers des personnes accusées de détruire une industrie du rêve. On peut se demander à quel point il y a une critique politique derrière mais c'est en tout cas en accord avec l'époque. Un film sympathique pour une soirée.

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*** Parfois drôle, un énorme hommage avec un casting impressionnant et parfait.
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Image : Allociné

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09:50 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hail ceasar | | | |  Facebook

13/02/2016

The danish girl

Nous sommes au Danemark dans les années 30. Einar Wegener et Gerda Wegener sont un couple d'artistes reconnus par la société. Ils vivent de leurs peintures tout en navigant dans les sphères de la société des artistes. Tout semble bien aller. Mais Einar n'est pas réel. Sa vraie identité est Lili. Alors que cette femme commence à comprendre qu'elle est sa réelle identité elle est soumise à l'incompréhension des médecins de l'époque ainsi que de ses amis. Comment pourra-t-elle devenir ce qu'elle est vraiment et abandonner un corps qui ne lui correspond pas ? Que deviendra la relation entre elle et Gerda alors que cette dernière devient de plus en plus connue en peignant Lili ?

Selon le film, Lili est l'une des premières femmes à subit une opération afin que son genre corresponde à son sexe. Retracer son histoire en se basant sur un roman historique de nature fictionnelle était donc risqué sur de nombreux points. D'un point de vue technique le film est réussi. La photographie, les costumes, le jeu d'acteur et les répliques sont très convaincants. Ce sont d'autres problèmes qui peuvent créer une impression trouble. Premièrement, et ce point a déjà été soulevé dans les réseaux militants, on se demande pour quelle raison on prend un acteur cis plutôt que de prendre une personne trans. Lorsqu'on s'intéresse à un tel sujet encore peu connu et peu mis en scène il me parait normal de faire l'effort de trouver une personne membre du groupe concerné. D'autres problèmes concernent l'historicité du film. Bien entendu, il y a des reconstitutions de détails qui ne sont pas réels mais pas si importants. Ensuite il y a ce qui est fictif et qui permet de créer de l'émotion de manière artificielle simplement pour créer de l'émotion. Est-il vraiment utile de broder sur une vie qui a existé au point d'inventer des événements ? J'en doute !

Mais il y a surtout la représentation de la transsexualité. J'ai lu quelques articles critiques sur le sujet et je suis d'accord avec eux. La manière dont la transition est représentée pose de nombreux problèmes. Durant le début du film on a l'impression qu'Einar est un homme efféminé qui apprécie peu la masculinité virile et possède une fascination pour les habits et la gestuelle féminine. Une scène en particulier montre des hommes rires haut et fort tandis qu'Einar tente de suivre mais nous montre sa gêne devant cette manifestation de virilité. Lorsque Lili apparait on a l'impression que Gerda force Einar à s'habiller en femme. Puis cela devient un simple jeu de couple afin de rire un peu. Ce n'est que bien plus tard, après la moitié du film, qu'il est annoncé que Lili a toujours existé. J'ai donc eu l'impression qu'on me présentait la transsexualité comme un jeu de couple sexy et non une identité.

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*** Bien que le jeu ainsi que la photographie soient magnifiques j'ai un certain nombre de problèmes avec certains choix qui ont été fait.
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Image : Allociné

 

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08:53 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, LGBTIQ | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : the danish girl | | | |  Facebook

11/02/2016

El Clan

La famille Puccio est une famille normale d'Argentine. Le père, la mère, trois frères et deux sœurs se partagent une grande maison. C'est une famille plutôt aisée. L'un des fils, Alejandro, est un très bon joueur de rugby tandis que le père partage la table des grands politiciens de l'Argentine. L'argent entre assez bien pour que Alejandro soit capable d'ouvrir son propre magasin de matériel de surf. De plus, le pays entre dans une réforme qui devrait lui permettre de passer de la dictature sanglante que le peuple a connu à une démocratie à l'occidentale. Les méfaits et les excès du passé ne sont pas oubliés mais ils ne sont plus défendus. Cette famille pourrait être normal. Mais le père, Arquímedes, est à la tête d'un réseau d’enlèvement. Il utilise Alejandro afin de donner confiance à ses victimes et ensuite demande une rançon en dollars américains. Ces activités sont censées punir les personnes qui profitent du pays. Mais il semble que la famille ne soit pas forcément à l'aise avec ce type d'activités.

Ce film s'inspire de faits réels. Il y a réellement une famille Puccio qui a vraiment enlevé et assassiné des personnes. Bien entendu, le film doit broder et interpréter une histoire dont on ne sait pas tout. Ainsi, la scène de fin est construite afin que l'on pense une chose précise. Mais on ne sait pas si c'est réellement le but de la personne. En ce qui concerne les acteurs, actrices ainsi que la réalisation c'est film qui réussit. Les scènes d'enlèvement sont toujours mises en parallèle avec celles de la vie de tous les jours. Ce fonctionnement donne une impression surréaliste. Voir le père amener tranquillement à manger à son détenu en saluant la famille est impressionnant. Bien que le film ne conclue pas sur ce point il donne clairement le point de vue que personne, dans la famille, ne pouvait ignorer ce qui se déroulait. Bien que les activités de tous les membres ne soient pas toujours très claires. Cependant, ce film échoue sur un point important. Durant plusieurs scènes on sent une proximité entre Arquímedes et le pouvoir. Ces relations ne sont pas questionnées et je me suis souvent demandé comme celles-ci fonctionnaient. Est-on en face d'une personne connue par le pouvoir mais que l'on laisse agir où alors un homme qui agit pour l’État ?

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***** Un très bon film avec quelques points que j'aurais apprécié mieux comprendre

Image : Éditeur

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21:06 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : el clan, argentine | | | |  Facebook

01/02/2016

De la justice aux archives. Conservation de données sensibles, recherche historique et mesures de coercition à des fins d'assistance avant 1981 édité par Hugo Casanova, Hubert Bugnon, Frédéric Oberson, Luc Vollery, Alexandre Dafflon et Charles-Edouard Thi

Titre : De la justice aux archives. Conservation de données sensibles, recherche historique et mesures de coercition à des fins d'assistance avant 1981
Éditeurs : Hugo Casanova, Hubert Bugnon, Frédéric Oberson, Luc Vollery, Alexandre Dafflon et Charles-Edouard Thiébaud
Éditeur : Revue fribourgeoise de jurisprudence 2015
Pages : 167

Ce livre contient les actes de deux journées d'études ayant eu lieu à Fribourg en 2014. Depuis quelques années les questions concernant les anciens enfants placés ainsi que les personnes internées pour raison d'assistance sous les procédure d'internement administratif sont de plus en plus nombreuses. On se demande qui et pourquoi. Dans le même temps, l'accès aux archives est de plus en plus demandé aussi bien par des journalistes, d'anciennes victimes et des chercheurs et chercheuses. Tout ceci crée un problème pour l'accès à des archives sensibles mais dont l'analyse est nécessaire : les archives de type judiciaire.

Ce livre est constitué en deux parties à l'image des journées d'études. La première concerne avant tout des problèmes archivistiques. On y apprend quels sont les normes d'accès aux archives judiciaires aussi bien en Suisse que dans certains cantons dont Fribourg. Les contributions permettent aussi d'expliquer de quelle manière les archives sont construites et classées afin de permettre un échantillon mais aussi un accès facilité et rationnel. La seconde partie concerne l'usage de ces archives. Bien que ces usages touchent à l'histoire économique généalogique une partie importante des contributions concerne les placements et internements administratifs. Les contributions font une synthèse des recherches et replacent le propos dans un cadre scientifique et politique suisse. Non seulement on apprend quelles sont les normes légales permettant de telles décisions mais on apprend aussi de quelle manière la communauté scientifique, politique et civile s'est emparée du problème avec des méthodes et des buts différents.

Ce petit livre propose un acte de deux journées d'études. Bien qu'il y ait une construction et un thème commun on ne peut qu'avoir des informations synthétiques. On apprend beaucoup de choses mais on souhaite surtout en savoir plus. Ce qui ressort de ce livre c'est un état du problème aussi bien pour les archivistes que pour les historien-ne-s. Leur fonctionnement en commun est nécessaire afin d'une part d'expliquer scientifiquement le placement et redonner leur histoire de vie aux anciennes personnes placées et internées. On peut tout de même déplorer qu'une partie des contributions n'ont pas pu être publiées dans ce livre.