08/12/2017

Suburbicon

TW : Racisme, meurtres, sexisme

Aux États-Unis, dans les années 50, de nombreuses petites villes sont construites afin d'atteindre la vision d'une société pacifiée en train de suivre le rêve américain de prospérité et de consommation. L'une de ces villes se nomme Suburbicon. Elle possède sa police, ses pompiers, son hôpital, son école et, bien entendu, une église. C'est une petite ville qui permet de faire vivre près de 60 000 habitant-e-s. Les enfants sont bien élevés et jouent au baseball, les femmes s'occupent de leur ménage et des courses à la perfection, tandis que les hommes suivent leur rôle de père de famille grâce aux nombreuses places de travail à disposition et les facteurs connaissent tout le monde par leur nom. C'est une petite ville parfaite d'une époque de prospérité sans grands changements sociaux. Mais deux choses bouleversent la communauté. Alors que la première famille afro-américaine emménage, les Mayers, un cambriolage, suivi d'un meurtre, secoue la petite ville et la famille Lodge. L'enquête piétine et tout le monde est d'accord sur plusieurs faits : c'est un drame atroce, la ville n'a jamais connu ce genre d'actes, plus précisément la ville n'a pas connu de meurtre avant que les Mayers ne soient présents.

SPOILERS

Je ne suis pas certain que ce film soit raté, mais je ne sais pas s'il est réussi. La production a clairement souhaité mettre en question le privilège blanc. Suburbicon est qualifiée de ville parfaite. Mais c'est une ville entièrement blanche. Il n'y a pas une seule famille qui ne soit pas chrétienne ou d'une autre origine. L'arrivée des Mayers est l'occasion de mettre deux choses en avant. Premièrement, les petites familles parfaites commencent à discuter de la possibilité d’accueillir des personnes d'origine afro-américaine dans leur communauté. Ce débat se fait aussi bien à la radio qu'à la TV ou encore dans les communautés politiques locales. Ce débat est très policé, très civilisé et calme. Il pose la question de la capacité de cette nouvelle famille d'être elle-même capable d'être civilisée. Mais ce débat n'est pas détaché de la réalité. Dans le même temps, des décisions sont prises pour que les Mayers ne soient pas accueillis ni même visibles. On construit une palissade autours de leur maison, on leur refuse des services et surtout on organise un ralliement jours et nuit devant leur maison, sous la protection de la police car cela est considéré comme un droit d'expression. Petit à petit, ceci se transformera d'actes de violences subtiles en une violence meurtrière, utilisant des cocktails Molotov et des drapeaux confédérés. Tout donne à penser que la production voulait mettre en avant qu'un débat raciste, aussi policé et calme soit-il, ne peut que permettre de justifier des actes de discrimination et de violences pouvant culminer à l'émeute potentiellement meurtrière, sans que personne, dans le film, ne se retrouve en prison pour cela.

De ce point de vue je trouve intéressant de mettre cette intrigue, peu développée mais en sous-texte constant, en parallèle de l'intrigue principale du film : le cambriolage et le meurtre de la famille Lodge. Seule une personne meurt et l'on observe les autres membres de la famille tenter de se reconstruire alors que l'enquête piétine. Mais, rapidement, on comprend que les choses ne sont pas aussi simples qu'elles ne le semblent. La relation entre Gardner et Margaret semble normale mais elle devient de plus en plus étrange et dérangeante. Tandis que le fils, Nicky, commence à craindre son entourage. Alors qu'une foule se déchaine contre les Mayers, une famille innocente, une autre famille, les Lodge, mettent en place tranquillement des meurtres et se retrouvent impliqués dans des morts de plus en plus violentes (utilisant des objets de tous les jours que toute maison se doit de posséder), sans que personne ne se doute de rien ou, plus vraisemblablement, ne veuillent savoir. À la fin, Gardner essaie même de placer la culpabilité sur la famille Mayers dans un discours à son fils autour du thème de la responsabilité et de comment devenir adulte. Les Lodge n'ont pu tuer que parce qu'illes sont considéré-e-s comme des personnes modèles, religieuses et travailleuses. Alors qu'illes sont tout le contraire. Est-ce que le film réussi à faire passer son message ? Peut-être, il réussit aussi à rendre absurde ce qui se déroule chez les Lodge comme si la nature se devait de les punir lorsque les humain-e-s ne le font pas. Mais je ne suis pas certain que le film soit réussi.

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*** Un choix difficile, j'ai aimé l'absurde de la conclusion. J'ai compris le parallèle entre les deux familles. Mais je ne suis pas certain d'avoir apprécié le film.
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09:26 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : suburbicon | | | |  Facebook

03/12/2017

La politique fribourgeoise au 20e siècle par Jean-Pierre Dorand

Titre : La politique fribourgeoise au 20e siècle
Auteur : Jean-Pierre Dorand
Éditeur : Presses polytechniques et universitaires romandes 18 octobre 2017
Pages : 128

Fribourg est un canton un peu particulier. Entouré par des cantons protestants, échec lors du Sonderbund, industrialisation tardive, ... Le canton se pense comme une citadelle du catholicisme durant une bonne partie du vingtième siècle. Pour le défendre, un parti, un journal et l'Église se lient et combattent les personnes et organismes qui mettent en cause le fonctionnement du canton. Car les conservateurs se pensent comme les représentants de tous les fribourgeois. Et un fribourgeois est principalement un paysan catholique près à défendre la patrie. Pourtant, les dissensions et les mises en causes se multiplient et, progressivement, le parti conservateur perd de son importance et du contrôle sur l’État ainsi que sur les médias.

Afin de comprendre le fonctionnement politique du parti l'auteur construit 9 chapitres qui débutent en 1881 et se terminent en 2000. Cependant, le plus gros du livre s'intéresse au vingtième siècle et non à la période 1881-1914. Bien que l'intérêt soit d'abord politique, les forces des divers partis et le fonctionnement de la machine conservatrice sont décrites, on apprend beaucoup sur les changements socio-économiques parfois subits par les élites politiques fribourgeoises.

Ce que montre l'auteur est la force du catholicisme dans un canton fortement rural tardivement, l'industrialisation n'est acceptée qu'après la Deuxième guerre mondiale. Le lien entre ruralité et religion n'est pas anodin. Il permet de défendre une vision "naturelle" du fonctionnement politique. Vision qui s'attaque directement à la philosophie des Lumières et aux droits humains, considérés comme des dangers. Ainsi, le canton est fortement anti-communiste alors que celleux-ci n'existent pas au niveau local. Plus dangereux encore, certaines élites du canton n'hésitent pas à soutenir des personnalités fascistes voir nazie. Ces soutiens justifieront une surveillance policière alors que des criminels de guerre en profiteront pour s'échapper. Les personnalités impliquées pourront regretter de s'être allié à des personnalités nazies lorsque le grand public s'en émouvra, créant des scandales politiques importants.

Ce que le livre montre est aussi une perte de pouvoir. D'une certaine manière, on pourrait comparer le canton de Fribourg au canton de Vaud qui voit une perte d'influence des radicaux au fil du temps (voir Oliver Meuwly). Cependant, le canton de Fribourg se porte d'abord contre l'état fédéral, considéré comme un danger pour le fédéralisme. Ce qui implique des refus importants de la part de la population face à des objets fondamentaux pour la Suisse, tel que le code pénal fédéral de 1942. L'auteur montre que, au fil du temps, la politique du canton devient de moins en moins une exception et se rapproche de la moyenne fédérale. Ce qui n'empêche pas une défense d'intérêts spécifiques, comme l'agriculture. Ce livre est intéressant et permet de se faire une idée en peu de pages, tout en ouvrant sur de nombreux thèmes que je souhaiterais mieux connaitre.

Image : Éditeur

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The Handmaid's Tale par Margaret Atwood

Titre : The Handmaid's Tale
Autrice : Margaret Atwood
Éditeur : Penguin 18 avril 2017
Pages : 336
TW : viol, meurtre, esclavage

Les États-Unis sont un pays de grande liberté, combattant pour la démocratie dans le monde entier. Mais alors que la relation entre l'URSS et les États-Unis devient moins tendues un petit groupe de révolutionnaire agit dans l'ombre. Soudainement, le parlement est massacré tandis que le président est assassiné après une attaque contre la maison blanche. Après un moment sous état d'urgence et la suspension de la constitution une nouvelle république se forme : la République de Gilead. Mais celle-ci n'est pas basée sur la démocratie ou la liberté. Elle est basée sur la Bible et tout ce qui est contraire au texte doit être supprimé et oublié. La société est reconstituée afin de suivre les préceptes du livre et les femmes sont organisées en trois ordres : les femmes mariées, les servantes sous le nom de Martha et les servantes écarlate. Celles-ci sont chargée de porter les enfants des hommes les plus hauts placés, leur corps n'est plus le leur mais une ressource nationale et même leurs noms sont effacés, elles ne sont plus que des propriétés. Ce livre est l'histoire de l'une d'entre-elles.

SPOILERS

Ce livre est récemment adapté à la TV mais avant de terminer la série je voulais lire le roman, ce qui me permet de comprendre de quelle manière l'adaptation fonctionne. En effet, le livre parle souvent de souvenirs de "la vie d'avant". Du point de vue de l'écriture, ceux-ci sont intéressants non pas seulement par les indices qu'ils nous donnent sur la vie de l'héroïne, Offred, mais surtout de la manière dont ils sont écrits. En effet, Offred est interdite de manger et boire certaines substances accusées de mettre à mal la production de bébés. Mais elle peut toujours sentir, voir, entendre. Les sens, dans ce livre, ont une importance majeure car ils lancent les souvenirs, souvenirs de repas, de sensations. Mais ils permettent aussi de mettre en avant un manque. L'un des plus importants, répété pendant une bonne partie du livre, est le toucher. Offred est interdite, elle ne peut ni toucher ni être touchée en dehors d'un rituel précis. L'autrice décrit l'effet que cela a sur une personne de ne pas ressentir la présence d'une autre quand elle est souhaitée. Ainsi, les sens sont au centre de ce livre et de l'expérience de l'héroïne.

Mais ce livre est aussi une dystopie. Il décrit un régime autoritaire qui fonctionne sur un ordre hiérarchique précis et la force militaire. La surveillance est omniprésente, à la fois discrète et visible. Selon sa position hiérarchique seules certaines activités sont permises ou interdites, les femmes ayant l'interdiction de lire et écrire. Mais peu d'indices nous sont montrés sur la raison de la mise en place de ce régime. On apprend de quelle manière tout a commencé et les premières attaques sur la liberté, basées sur la nécessité de sécurité après une attaque terroriste. On comprend que, idéologiquement, le régime défend son existence par la nécessité de recréer une population caucasienne, les juifs et autres religions étant expulsées tandis qu'une politique raciste basée sur l'ethnicité est sous-entendue. Mais, rapidement, on ne possède que quelques indices. Ceci est, selon moi, une réussite. En effet, le coup d'état a été formé en secret et Offred ne pouvait pas comprendre ce qui se déroulait dans le passé. Dans le présent, elle est interdite de lecture et d'informations. Elle ne peut donc connaitre que des rumeurs ou ce qu'on lui dit. L'absence d'informations sur le fonctionnement et la mise en place du régime est logique quand on prend en compte le fonctionnement du roman. Ce qui n'empêche pas de deviner certaines choses et de faire des liens avec notre monde, la mise en place de Gilead semble avoir été à la fois rapide et facile en se basant sur des procédés légaux en place dans le cadre d'une démocratie.

Je souhaite prendre un peu de temps pour parler de la dernière partie du livre. Celle-ci suit directement la fin du roman, qui prend la forme d'un cliffhanger. Cette dernière partie change le fonctionnement du roman puisqu'il est qualifié de source historique récemment retrouvée et éditée par des experts, masculins, de la période décrite dans ce qui est un journal rédigé après les faits. Cette partie prend la forme d'un procès-verbal d'une conférence d'historien-ne-s spécialisé-e-s de la période. Ce qui est maintenant un document est discuté. Est-ce que celui-ci est réel ou est-ce une contrefaçon ? De quelle manière prouver sa réalité et retrouver les personnes impliquées. Cette partie est intéressante parce qu'en imitant la forme scientifique elle permet de remettre en question la construction de l'histoire. En histoire, il est nécessaire d'user de sources imprécises qui ne donnent pas toujours les informations que l'on souhaite, quand ces sources existent. Il faut aussi se poser la question de ce qui est décrit, de la raison de l'écriture et de l'identité de la personne derrière les mots. Mais ces informations ne sont pas toujours faciles à retrouver. De plus, et cela me semble particulièrement important ici, il faut rester en partie détaché lors de la lecture. Selon moi, il n'est pas anodin que l'historien qui analyse le roman soit un homme. Offred s'était vu dépouiller de son identité et tente de décrire sa vie dans un récrit qu'elle construit elle-même. Un homme se l'approprie et le critique selon des critères qu'il pense scientifiques. L'effet en est d'effacer à nouveau l'expérience d'Offred.

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**** Une écriture mélancolique, un roman dans lequel il ne se passe que peu de choses, une intrigue politique importante dans le contexte actuel. Cependant, la lecture n'est pas facile et il est nécessaire de s'accrocher.
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Image : Éditeur

9780525435006

26/11/2017

Heydrich et la solution finale par Edouard Husson

Titre : Heydrich et la solution finale
Auteur : Edouard Husson
Éditeur : Perrin 2008
Pages : 484
TW : racisme, antisémitisme, génocide

Edouard Husson, dans ce livre, se propose d'étudier l'un des quatre hommes qui, selon lui, sont responsable de la mise en place du judéocide au niveau européen. Si l'auteur s'intéresse à Heydrich ce n'est pas pour en faire un héros ni pour baisser la responsabilité d'autres personnes, aussi bien à l'intérieur du régime nazi qu'à l'extérieur, mais parce que l'auteur penser que Heydrich est l'un des architectes les plus importants de la solution finale. Il serait la personne qui aurait rendu possible la mort de 6 millions de juifs selon la volonté exprimée par Hitler.

Ainsi, ce livre n'est pas une biographie. La figure d'Heydrich est centrale dans ce livre. Mais l'auteur la place à plusieurs intersections. En effet, Husson explique que Heydrich est au centre d'un réseau de pouvoir, qualifié de féodal, interne à l'appareil nazi. La volonté d'Heydrich est de renforcer son propre pouvoir face à d'autres personnalités et de s'affirmer comme loyal face aux personnes qui lui sont supérieures hiérarchiquement. Ainsi, la mise en place du judéocide est aussi un moyen pour Heydrich de renforcer et rendre inattaquable sa position au sein du gouvernement nazi.

De plus, l'auteur fait la distinction entre dynamique génocidaire. Il explique que la première volonté n'était pas l'assassinat, sur place, des Juifs. Mais leur expulsion vers des territoires éloignés après que la guerre fut gagnée. L'un de ces territoires était l'île de Madagascar mais d'autres étaient possibles à l'instar du nord de la Russie soviétique. Bien que l'expulsion soit favorisée cela n'exclut pas de nombreuses morts que ce soit par le travail ou à cause du contexte de vie difficile infligé aux Juifs. Ce génocide lent et donc tout aussi meurtrier que celui qui aura lieu. Celui-ci, si j'ai bien compris l'auteur, a lieu alors que la guerre devient plus difficile. Selon Husson, à chaque problème rencontré dans la guerre par l'armée allemande équivaut une hausse de la radicalité contre les Juifs soumis aux nazis. En effet, selon les penseur nazis et Hitler, la guerre et ses difficultés sont la conséquence directe des Juifs. Il est donc nécessaire de les réprimer afin d'éviter la capitulation et la révolution, telle que cela eut lieu en 1918. Ainsi, l'incapacité de vaincre en Russie soviétique implique que la mise à mort immédiate devient pensable comme moyen de détruire la résistance et bloquer les capacités de guerre des ennemis de l'Allemagne, selon Hitler.

Il m'est difficile de bien parler de ce livre. Il demande des connaissances approfondies non seulement de l'Allemagne nazie mais aussi de l'historiographie sur le sujet. Il est évident que Edouard Husson navigue dans une littérature immense dont il connait bien les différentes thèses. Il essaie de passer outre les conflits d'école afin de tenter de comprendre le fonctionnement du judéocide et sa genèse. Cela lui permet de dépasser certains auteur-e-s mais aussi de faire des hypothèses en utilisant des sources connues ou moins connues mais aussi en résumant les positions des auteur-e-s dans une annexe que je trouve très utile. Un livre difficile à lire, qui demande beaucoup mais qui permet aussi de mieux comprendre de quelle manière le judéocide fut construit.

Image : Site officiel

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12/11/2017

Effusion et tourment le récit des corps. Histoire du peuple au XVIIIème siècle par Arlette Farge

Titre : Effusion et tourment le récit des corps. Histoire du peuple au XVIIIème siècle
Autrice : Arlette Farge
Éditeur : Odile Jacob mars 2007
Pages : 248
TW : Harcèlement sexuel

Qu'est-ce que le peuple ? Comment peut-on le décrire ? Comment faire l'histoire du corps et du rapport au corps ? Est-ce que ceci a changé durant l’histoire ? Ce sont autant de questions que posent et auxquelles Arlette Farge tente de répondre en utilisant des archives de police du XVIIIème siècle, peu de temps avant la Révolution Française. Ce livre permet aux personnes intéressées non seulement de comprendre de quelle manière on pense le peuple mais aussi ce qui forme le corps du peuple. Que ce soit la justice, le voyage ou la maladie et surtout le travail.

Arlette Farge examine son objet, le peuple et les corps, en 6 chapitres. Le premier permet à l'autrice de définir ce qu'elle entend par le terme de peuple. Pour cela, elle décrit trois sources qu'elle utilise comme moyen de comprendre ce qu'est le peuple parisien au XVIIIème siècle. Ces sources sont policières mais aussi plus prosaïques voir des peintures. Les documents utilisés permettent non seulement de comprendre ce qu'est le peuple mais aussi de quelle manière le corps est pensé, vu. Que ce soit celui des pauvres ou des enfants. Les auteurs qu'elle utilise semblent fascinés par la description des aventures du peuple et des conséquences corporelles. Ce qui permet à l'autrice de nous faire comprendre comment on pense le corps au XVIIIème siècle. Elle se base aussi fortement, et ce n'est pas étonnant, sur Foucault. Une personne avec laquelle elle a collaboré par le passé.

Les chapitres mis en place par Arlette Farge sont à la fois larges et précis. Elle débute par le bruit, l'omniprésence des sons et des paroles dans un espace précis. Puis, elle continue sur le voisinage. Qu'est-ce que cela implique de vivre ensemble dans un lieu donné. Elle explique que Paris est divisé en quartiers qui fonctionnent selon des logiques de pays, les habitant-e-s ayant leurs propres coutumes et patois. Mais le voisinage est aussi un moyen de valider l'existence et l’honnêteté des personnes face à la justice. Parfois, il agit dans le cadre du ménage en aidant la police de l'époque. Ce qui permet à l'autrice de porter son regard sur les foules. Elle nous explique que celles-ci font peurs aux autorités, qui craignent que les foules ne se transforment en émeutes après s'être réunies pour examiner le prix du grain par exemple. Mais elles sont aussi impossibles à stopper. La ville est remplie de personnes et les dames de l'aristocratie doivent accepter d'être suivies par la foules, malgré les tentatives de contrôle de personnes chargées de tenir les lieux et les personnes.

L'autrice s'intéresse aussi à des cas plus individuels. En premier lieu, elle tente de comprendre de quelle manière la violence, qu'elle soit étatique ou non, s'inscrit dans les corps. Comment les conflits se créent et se résolvent. Elle met en avant l'importance de lieux de rencontres qui permettent non seulement de trouver du travail, de créer des contacts mais aussi de se réchauffer lors de l'hiver. Ces conflits peuvent être justifiés par les personnes qui en sont coupables à l'aide d'arguments invoquant la défense de l'honneur. Mais ils peuvent aussi être stoppé et puni par les personnes les plus proches qui refusent certaines attaques, ou décident de s'en amuser dans des cas que nous qualifierions de harcèlement sexuel de nos jours. L'autrice s'intéresse aussi à l'abandon des enfants. Elle essaie de montrer que les abandons peuvent être temporaires. Mais elle montre aussi que le traitement des enfants abandonnés peut être tragiques. Les voyage entre la province et Paris impliquent la possibilité de la mort, ou l'incompréhension de la part d'enfants jeunes. Dans ce dernier cas, l'abandon provient de la mort des parents et du refus par une nourrice de continuer à s'occuper de l'enfant sans recevoir d'argent, nécessaire pour survivre. Car les enfants coutent cher et l'abandon peut être un moyen d'éviter de mal s'en occuper alors que les institutions de l’État sont considérées comme capables de permettre aux enfants de survivre.

Ce livre essaie de ne s’intéresser ni aux rois et reines ni à l'aristocratie mais au peuple à l'aide de sources qui décrivent le fonctionnement de ce peuple et les coûts du travail, de la pauvreté et de la maladie pour ce même peuple. Bien que le livre soit intéressant, je trouve dommage de ne pas y trouver plus de citations, commentées bien entendu. J'ai eu l'impression, à la lecture, de rester un peu en dehors des sources, de ne pas réellement savoir ce qu'elles disent mais de suivre un récit d'Arlette Farge, certes constitué autour de ses recherches. Cependant, elle réussit à rendre vivant une époque, un peuple autrement désincarné et oublié et c'est la principale raison pour laquelle j'aurais aimé entrer de manière plus importante dans des documents qu'elle semble beaucoup apprécier.

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08/11/2017

Amours égales? Le Pacs, les homosexuels et la gauche par Daniel Borrillo et Pierre Lascoumes

Titre : Amours égales ? Le Pacs, les homosexuels et la gauche
Auteurs : Daniel Borrillo et Pierre Lascoumes
Éditeur : la Découverte janvier 2002
Pages : 144
TW : Homophobie

La France n'a pas connu que le débat sur le mariage sans discriminations. Avant cela, elle a connu un lourd débat sur l'opportunité du Pacs. Débat que la Suisse a aussi mis en place, alors que nous nous préparons à la possibilité d'ouvrir le mariage aux couples de même sexe. Il m'a semblé intéressant de m'intéresser au processus qui a porté le Pacs pour deux raisons. Premièrement, je souhaitais mettre en perspective le fonctionnement du débat sur l'ouverture du mariage aux couples de même sexe en France. Est-ce que les obstructions et la parole homophobes ont aussi été une tactique dans le cadre du Pacs ? En second lieu, il me semble important, en Suisse, d'observer les expériences d'autres pays afin de savoir de quelle manière défendre l'égalité. En ce qui concerne le processus politique français nous avons l'exemple à ne pas suivre.

Selon moi, l'information la plus importante de ce livre concerne le parallèle entre le Pacs et l'ouverture du mariage aux couples de même sexe. Bien que les auteurs ne puissent pas faire cet effort, le livre ayant été écrit en 2002 soit 11 ans avant le débat sur le mariage, je pense qu'ils ont probablement identifié ce processus d'homophobie. En effet, les auteurs décrivent un débat que les opposants tentent de détruire en deux phases. Premièrement, les parlementaires font de l'obstruction forçant le débat sur de longues années. En second lieu, les opposants non parlementaires tentent de relier l'homosexualité à un danger social majeur pour la civilisation, se basant sur des recherches scientifiques parfois peu neutres. La gauche, elle, ne défend que timidement l'accès à une forme d'égalité en vidant de sa substance politique le Pacs. Les auteurs, ici, considèrent que la gauche défend une forme de hiérarchie des sexualités avec l'hétérosexualité comme pinacle et l'homosexualité toujours inférieure.

Les auteurs vont plus loin que simplement démonter les mécanismes qui ont permis la mise en place du Pacs après de nombreuses années de débats. Ils tentent aussi de démontrer que la défense de l'égalité pour les couples de même sexe implique non pas des débats moraux mais des débats de justices. Ainsi, selon les auteurs et certaines personnes citées, l'inégalité doit toujours être justifiée dans une démocratie. Ces justifications doivent se baser sur des expertises mais aussi la justice et non sur une moralité qui défend un point de vue comme bon et un autre comme mauvais. Ainsi, le travail des auteurs consiste à observer les arguments aussi bien des opposants que de la gauche afin de montrer deux choses. D'une part, la droit et les tribunaux justifient une inégalité de traitement qui se base sur des arguments moraux contre une opinion publique en grande partie favorable à l'égalité. D'autre part, le travail de la gauche qui vise à vider de conséquences politiques le Pacs et sa nécessaire mutation en mariage aboutit à l'abandon des valeurs de la gauche et de la démocratie face aux opposants. Bien que certains arguments en faveurs du Pacs, en particulier l'argumentation visant à résoudre un problème concret, soient acceptables il reste nécessaire de poser la question de la subsistance d'une sous-citoyenneté dans une démocratie se présentant comme universelle. À tel point que la gauche peut se baser sur une argumentation critique de l'égalité et des droits humains. Enfin, l'accès à l'égalité par le mariage ne doit pas empêcher une réflexion critique sur cette institution, et la possibilité future de la dépasser voir de la supprimer.

Au final, après le débat français sur l'ouverture du mariage il me semble intéressant et nécessaire de lire ce petit livre. Bien que sa construction m'ait parfois frustré, j'aurais aimé plus d'ouverture vers d'autres pays ainsi qu'un historique de certains groupes. Il permet d'inscrire les opposants au mariage dans une logique qui débute lors du Pacs. Pire encore, il permet de comprendre l'incapacité de la gauche française à défendre les valeurs d'égalité et donc ses atermoiements face à la PMA. De plus, alors que la Suisse se prépare lentement à ce même débat, ce livre permet aux défenseurs de la démocratie et de l'égalité de tous et toutes de préparer le processus de défense face à des opposants féroces et homophobes. Ce livre met en scène ce qu'il ne faut pas faire et permet d'observer des pistes non seulement pour l'accès au mariage mais aussi une critique d'une institution qui n'a rien de naturel.

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29/09/2017

American Made / Barry Seal: American Traffic

Barry Seal est un conducteur de bus. Certes, ces bus sont d'énormes engins capables de voler sur des centaines de Km avec une puissance sans égal. Cependant, ça reste un bu avec des procédures longues et fastidieuses ainsi qu'un manque total de surprises. Mais Barry Seal est aussi un trafiquant. Il fait venir des cigares cubains aux USA. Malheureusement pour lui, il est observé et la CIA décide de lui mettre un peu la pression. Le but est de lui proposer de construire sa propre entreprise de transport en avion. Celle-ci fonctionnerait légalement mais, en sous-main, il prendrait des photos de groupes de combattants communistes. Petit à petit, Barry Seal est impliqué dans un trafic de plus en plus important impliquant aussi bien des armes, des personnes que de la drogue.

Il faut le dire tout de suite, ce film me semble très romancé. Bien entendu, la réalisation annonce s'être inspirée de faits réels et, donc, il est fortement possible que certaines choses aient été lissées afin de donner une bonne scène. Par exemple, la scène de démission de Barry Seal n'est pas en adéquation avec son licenciement pour trafic d'explosif lors d'un faux congé maladie. En fait, il me semble que tout a été fait pour que Barry Seal ressemble à un héros américain. Ce n'est pas un tueur. Son crime est d'être une personne capable d'exploits que d'autres pilotes ne peuvent pas égaler et d'offrir ses talents à tout le monde. Barry Seal, tel qu'il a été écrit, me semble être l'incarnation du self made man américain. La CIA lui offre des choses mais il est uniquement responsable de ce qu'il en fait et devient l'homme le plus riche de sa région, ce qui lui permet d'aider un peu ses compatriotes.

Cette romance se retrouve dans le cadre de l'agent de la CIA tel qu'il est dépeint. De l'extérieur, il nous donne l'impression d'un doux dingue qui adore monter des opérations compliquées (tout en dansant devant des avions). J'ai tendance à y mettre une forme de romance des années de la Guerre Froide. Oui il y avait des risques et des problèmes. Mais les USA savaient être le plus grand pays du monde, celui qui défendait la liberté. Ses actions ne peuvent qu'être légitimes. On se trouve aussi avant les grands scandales concernant les activités de la CIA en matière de soutien à es groupes armés mais aussi de trafics d'armes et de drogues. Cependant, ce même agent est aussi dépeint comme particulièrement intelligent et faisant partie d'une agence au fonctionnement sans failles. Dès que Barry est abandonné tout est détruit et rien ne permet plus de lier les deux.

Bref, ce film est agréable, assez drôle et fonctionne assez bien. L'idée de le découper comme si on suivait le récit filmé de Barry sur cassettes vidéo est bien trouvé. Mais c'est aussi un film fasciné par son personnage qu'il ne peut pas dépeindre en nuance de gris. Barry Seal est nécessairement un héros et sa vie doit être reconstruire pour le montrer. On ne peut pas non plus trop critiquer les activités des USA. Un communiste est un criminel et il faut le montrer, même s'il semble que ces preuves soient moins convaincantes que le film ne le laisse croire. Bref, c'est un film qui défend un point de vue sur son héros : un homme exceptionnel pris dans des évènements exceptionnels.

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**** Une fin que j'accepte pour une série qui promet beaucoup, tout en ne donnant que peu de réponses.
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Image : Allociné

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28/09/2017

Le jeune Karl Marx

Le XIXème siècle, une troupe de policiers se massent devant un bâtiment à l'aspect peu amène. À l'intérieur on trouve plusieurs intellectuels allemands qui éditent, et écrivent, une revue maintenant interdite. Ils vont être arrêté, parmi eux se trouve Karl Marx. En Angleterre, une usine de filature est sabotée. Le patron décide de licencier les meneuses ainsi que les personnes qui ne souhaitent pas travailler, à la grande colère des ouvrières. Son fils est présent, un certain Friedrich Engels. Une bonne partie de l'Europe sépare ces deux personnages, ainsi que d'autres grands théoriciens de la lutte ouvrière. Mais ces personnes se lisent mutuellement, se critiquent et, parfois se rencontrent et tentent d'organiser la lutte ouvrière. La rencontre entre Karl Marx et Friedrich Engels est explosive, elle débouche sur une action sans fin ainsi que la création d'un texte fondateur : le manifeste du parti communiste.

Adapter la vie de Karl Marx, ou ses écrits, est difficile. Marx lui-même n'est pas facile à lire. La réalisation a eu la bonne idée de ne pas adapter sa vie ou ses écrits, mais de mettre en scène une époque. Une époque durant laquelle Karl Marx rencontre de nombreuses personnes et écrit beaucoup, mais n'est pas lu par tout le monde. La réalisation nous montre une personne en colère qui essaie d'écrire afin d'offrir non des concepts mais une théorie pratique qui devrait permettre de fonder un programme, une lutte. Ce que l'on nous montre, d'une certaine manière, c'est le début de la pensée du Capitale, alors que Marx est pauvre, expulsé et souvent seul car il se fâche avec beaucoup de monde.

Cependant, j'ai un problème avec ce film. Ce n'est ni les acteurs ni la réalisation. J'ai bien apprécié les différents personnages et la manière dont illes sont joué-e-s. Bien qu'il soit dommage que les différences entre les droits des femmes et des hommes ne soient pas explicitées. J'ai aussi apprécié l'aspect très "sale" mis en place. On se croirait à l'époque, alors que les villes grouillent de personnes pauvres, enfermées dans ce que l'on nomme les bas-fonds. J'ai apprécié que l'on insiste sur la répression exercée contre ces penseurs. Et surtout, tout aussi important, le problème posé par la propagande en faveurs de la lutte ouvrière alors que l'on est, soi-même, un bourgeois voir un fabriquant qui gagne sa richesse sur le travail d'ouvriers et d'ouvrières sous payé-e-s.

Le problème n'est pas là, ce qui m'a ennuyé dans ce film c'est qu'il ne nous donne presque aucune idée de la raison des différences théoriques et des souhaits de Marx et Engels. À plusieurs reprises, on rencontre d'autres penseurs qui sont souvent critiqués derrière leur dos. Mais pour quelles raisons ces critiques existent-elles ? Pourquoi Marx et Engels sont-ils contre telle ou telle personne ? Le film ne nous donne aucune réponse car il ne prend pas le risque d'exprimer la pensée de Marx et Engels. Pire encore, il semble que le film essaie de nous montrer les deux jeunes hommes tenter une prise de contrôle. Mais, là encore, rien ne nous est expliqué. On se contente de ridiculiser l'adversaire sans expliquer les raisons du désaccord. Le film n’approfondit pas assez et cela nous empêche de comprendre ce que l'on regarde.

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*** Bien que l'un des points de l'intrigue soit résolu celle-ci ne m'a pas convaincu. Cependant, j'apprécie tout de même encore les personnages et leur développement.
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Image : Site officiel

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08:59 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : le jeune karl marx | | | |  Facebook

05/08/2017

La Révolution française 1789-1799 par Michel Vovelle

Titre : La Révolution française 1789-1799
Auteur : Michel Vovelle
Éditeur : Armand Colin 2015
Pages : 220

La Révolution française est l'un de ces grands moments de l'histoire que nous sommes censés connaitre. On en parle un peu partout et, selon le pays, c'est une référence majeure. Pourtant, la Révolution n'est qu'un évènement court qui s'est terminé par un coup d'état et un Empire. Alors pourquoi s'y intéresser ? Parce que la Révolution française a pensé des textes qui se trouvent au centre de la pensée démocratique occidentale. Il est donc nécessaire de les replacer dans le contexte de production afin de mieux comprendre ce qui se cache derrière mais aussi de passer outre.

L'auteur est un spécialiste qui, ici, écrit un manuel destiné principalement à un public étudiant. Ainsi, le but principal est le synthétisme d'un évènement et non son analyse complète ou l'entrée dans une école précise. L'auteur, Michel Vovelle, tente donc de construire son livre selon plusieurs points d'analyses qui devraient permettre de mieux comprendre la décennie 1789-1799 mais aussi de donner un minimum de connaissances sur le sujet, ce qui implique 6 chapitres. Le dernier étant un retour sur l'historiographie pour cette troisième édition.

Le premier chapitre est le plus évènementiel. L'auteur y décrit chronologiquement ce qui se déroule pendant la Révolution ce qui permet de construire les autres chapitres à la suite. Ce chapitre permet aussi de mieux comprendre les causes non seulement de la Révolution mais aussi de la fin du régime du Directoire. Il est suivi d'un chapitre qui examine les constructions institutionnelles et le fonctionnement du système politique. Les informations sont nombreuses sur des sujets qui, parfois, n'ont pas été mis en applications. Ces deux chapitres sont suivis de trois chapitres plus "humains". En effet, l'auteur y examine des sujets aussi divers que l'armée, la culture ou la violence. Ces trois chapitres sont ceux qui donnent le plus de substances au livre mais ce sont aussi ceux qui s'intéressent le plus à des thèmes précis. On voit ici la nécessité de parler d'un sujet vaste tout en mettant en avant des idées précises, examinées par des historien-ne-s.

En conclusion, ce livre réussit parfaitement à atteindre son but. Il donne une chronologie des évènements, examine le fonctionnement de l’État et s'intéresse aux aspects plus culturels tout en s'ouvrant aux conséquences pour le reste du monde, aussi bien en ce qui concerne les colonies que l'Europe. Mieux encore, l'auteur joint de nombreux extraits de sources qui permettent d'illuminer certains points précis du propos. Une grande partie de ces sources sont déjà connues mais les avoir à disposition n'est jamais inutile. Enfin, le grand nombre de sujets étudiés permet de choisir ceux que l'on souhaiterait mieux connaitre, en suivant la bibliographie que l'auteur met en place.

Image : Éditeur

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21/07/2017

Dunkirk / Dunkerque

Comme beaucoup de monde, j'ai commencé à m'intéresser à ce film lorsque la bande annonce est sortie. J'apprécie Nolan et ses œuvres que je trouve plutôt, en règle générale, maitrisées. Je me demandais ce que ferait Nolan face à un événement tel que l'évacuation de Dunkerque lors de la Seconde guerre mondiale. Le film commence dans les rues de la ville. On suit un jeune soldat qui ne fait que chercher à aller aux toilettes et à fumer. Mais Dunkerque est pratiquement complétement sous le contrôle des forces allemandes. Sur la plage, près de 400 000 soldats attentent l'évacuation des troupes. Mais les navires sont peu nombreux, les quais encore moins présents et la Royal air force presque invisible. Pendant ce temps, l'aviation allemande et l’artillerie pilonnent la plage tandis que des u-boat patrouillent. L'évacuation semble impossible.

Ce dont je vais parler peut être considéré comme un point faible, mais je ne suis pas d'accord. Le film ne crée pas de héros flamboyant dont on suit les aventures. La réalisation, à la place, a décidé de suivre plusieurs personnages dont on connait à peine les noms. Ces différentes personnes permettent de parler aussi bien de la place, de la mer que de l'air en suivant, sur une chronologie commune, leurs aventures pour évacuer Dunkerque. Il n'y a pas une seule personne, il y a une multitude de personnes qui essaient simplement de survivre. Les combats, face à face, sont très rares et, la plupart du temps, l'ennemi ainsi que l'ami ne sont que des anonymes que l'on rencontre au hasard de la journée. D'ailleurs, jamais on ne voit un seul visage allemand. Ce sont soit des tirs, soit de l’artillerie soit des avions de chasse ou des bombardiers. Cette dépersonnalisation permet de peindre une guerre loin d'être glorieuse. Une guerre durant laquelle la vie n'a que peu de valeurs. En suivant les différents personnages anonymes ont ne peut que penser aux nombreux autres soldats morts, sans que jamais l'on ne connaisse leurs noms. Tout le monde est en danger.

Autant le film ne crée pas de héros autant il ne parle pas d'héroïsme au sens classique des films de guerre. Une dernière charge glorieuse durant laquelle les ennemis tombent sous les balles n'existe pas. Au contraire, le seul héroïsme, dans ce film, est celui qui consiste à sauver d'autres personnes. Alors que les militaires sont pratiquement inactifs, passant leur temps à attendre ou boire du thé. La RAF est montrée comme une force qui tente de protéger le plus de personnes en abattant les chasseurs et bombardiers allemands. Mieux encore, ce sont les civils qui sont les plus héroïques. Ces nombreux bateaux qui se sont rendus à Dunkerque afin d'aider l'évacuation des soldats. Ainsi, le film semble nous expliquer que tuer n'est pas héroïque, sauver au prix possible de sa vie, par contre, est la quintessence de l'héroïsme.

Le film est beau, la musique est parfaite et accompagne les évènements au lieu de les forcer, la réalisation est maitrisée. Mais les critiques français-e-s et des historien-ne-s de la guerre ont mis en avant deux manques importants. Premièrement, on ne comprend rien à l'évènement. On ne sait pas pour quelle raison l'évacuation a lieu ne la raison pour laquelle les forces allemandes n'attaquent que peu. On peut expliquer cela par la nécessité de rester au niveau des simples soldats qui ne savent pas pour quelles raisons les batailles se déroulent, devant faire confiance aux officiers. Un manque plus important concerne les français. On ne les voit pratiquement jamais sauf lors d'une barricade et un jeune soldat qui essaie de fuir. Bien que l'évacuation, selon mes lectures de novice en ce qui concerne l'histoire de la guerre, ait été rendue possible par la résistance acharnée des français, ceux-ci ne sont jamais présent. Tout se passe comme si les anglais sont les seuls à sa battre. Ce manquement est probablement le plus gros problème du film puisque l'effacement de la résistance française, et de leur destin tragique puisque ces troupes seront emprisonnées et maltraitées, efface une grande partie de l'histoire de la bataille et de sa complexité ainsi que des conséquences.

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**** Un film maitrisé, une image et une musique qui fonctionnent parfaitement, de très bonnes idées. Il est dommage de n'avoir pris en compte que les troupes britanniques.
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Image : Allociné

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08:46 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dunkerque, dunkirk, nolan | | | |  Facebook

08/07/2017

Orphan Black saison 4

Orphan Black est, actuellement, ma série fétiche (je vous rassure j'aime toujours Doctor Who). J'adore les thèmes, les acteurs et actrices sont superbes, la réalisation est magnifique. Il m'est aussi difficile de trouver des points négatifs que d'arrêter de regarder la série pour aller dormir. Après bien trop longtemps, je me lance enfin dans la saison 4 (alors que la saison 5, dernière de la série, est en cours de diffusion). La saison 3 m'avait un peu déçu. J'avais l'impression que la série oubliait une part de son identité. Cette saison 4 débute alors que la source de l'ADN de deux branches de clones est connue. Cosima n'est plus employée de Dyad et tout le monde se cache. Le cessez-le-feu entre Dyad, Topside et le Clone Club est malheureusement fragile. Une branche concurrente du mouvement néolutioniste souhaite mettre sur le marché une technologie concurrente au clonage. Si ce mouvement réussit, l'espérance de vie des clones risque d'être comptée en jours.

Cette saison 4 me fait l'effet d'un retour aux sources. On oublie l'armée, on oublie l'alliance entre l'entreprise Dyad et le Clone Club et on revient aux bases. Les clones se retrouvent, à nouveau, en lutte contre un ennemi inconnu, travaillant dans l'ombre, avec des agent-e-s un peu partout. On retrouve la menace que l'on ressentait lors des deux premières saisons alors que les clones essayaient de survivre sans savoir comment. On retrouve aussi, enfin, les néolutioniste, sans en savoir beaucoup sur leurs buts. En ce qui me concerne, cette lutte d'un groupe de femmes contre une entreprise globale qui prétend avoir le droit de prendre contrôle de leurs corps est le centre de la série et ne peut pas être mis de côté.

La saison 4 creuse aussi un peu plus le mystère. On en sait toujours très peu sur la structure de Dyad qui semble composé de plusieurs éléments en luttes. Mais, cette fois, le grand public est proche d'être victime de l'un des buts du groupe. La série place aussi de nouveaux éléments en ajoutant Susan Duncan ainsi qu'un homme étrange que l'on ne connait pas encore. À mon avis, la série commence à mettre en place les éléments qui permettent de répondre aux questions concernant le complot. Mais je ne sais pas si sa fin, prochaine, sera positive ou négative. En tout cas, Orphan Black est, à mon avis, l'une des meilleures séries actuelles j'espère que la dernière saison ne me décevra pas.

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***** Un retour aux sources des deux premières saisons. Des actrices et acteurs toujours aussi bon !

Image : Allociné

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09:17 Écrit par Hassan dans contemporain, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : orphan black | | | |  Facebook

06/07/2017

Le dernier Vice-Roi des Indes

Mars 1947, après des siècles de colonialisme et de luttes le Royaume-Uni a enfin pris la décision, une promesse faites il y a longtemps, de rendre son Indépendance aux Indes et de donner le pouvoir aux leaders de l'opposition. Pour mettre en place une Indépendance fonctionnelle une chronologie est décidée et un dernier Vice-Roi est nommé. Son seul devoir est de permettre aux Indes de vivre en liberté. Son but est de créer la transition la plus pacifique possible en prenant en compte les problèmes créés par le Royaume-Uni durant son occupation du pays. Mais la réalité de l'Indépendance implique aussi des tensions entre les différentes religions dont les musulmans minoritaires. Alors que certaines personnes souhaitent une Inde unie d'autres, sous le leadership de Jinnah, souhaitent la création d'un nouvel état : le Pakistan.

Je suis ennuyé. Bien que j’aie aimé les personnages et les situations je suis ressorti du film avec l'impression d'avoir vu quelque chose d'inachevé, un film bien trop gentil pour parler d'une période de tourment qui conclut une colonisation meurtrière et des luttes sanglantes. J'ai aussi, au début, eu du mal à comprendre l'intérêt de l'histoire d'amour mais j'ai rapidement changé d'avis, au contraire j'ai l'impression que la réalisatrice y réussit quelque chose de plutôt intéressant. Je vais tenter de m'expliquer.

Le début du film est très frappant. On commence à suivre les personnages qui nettoient le palais du Vice-Roi. On suit ce même Vice-Roi dans l'avion, s'entrainant pour son apparence en public. Tous les personnages semblent être empli d'un grand optimisme, d'une joie difficile à contenir. Durant une bonne moitié du film cet optimisme est validé par le fonctionnement de la famille du Vice-Roi qui décide d'accomplir sa mission en tentant de comprendre les Indes et sa population. Ce qui implique de se mêler aux personnalités locales et de se débarrasser du personnel anglo-saxon le plus raciste. Vers le milieu de l'intrigue le film réussit à opérer une transition vers la nécessité de trouver une solution rapide, brisant la chronologie initiale, après des violences de plus en plus importantes. Petit à petit, est mis en scène la nécessité d'une partition qui part des cartes pour se terminer par l’absurde lorsque les biens du palais sont arbitrairement divisés. Une scène, qui m'a frappée, se déroule dans la bibliothèque. On y observe des bibliothécaires tenter de diviser une encyclopédie en deux pour que les deux pays possèdent leur dû.

Cette division mise en scène en même temps que les violences et les réfugiés impacte aussi le personnel du palais. Celui-ci débute le film uni, avec quelques blagues innocentes. Au film du film, les tensions se font de plus en plus importantes avec, parfois, des actes de violences (dont une scène durant laquelle les gardes refusent les ordres d'un Anglais après une bagarre entre les domestiques). La division est mise en scène alors que des ancien-ne-s ami-e-s comprennent qu'illes ne vont pas donner leur allégeance au même pays. Et surtout dans le cadre de l'histoire d'amour qui, ajoutant problème religieux, doit prendre en compte la division entre deux nations.

Ce sont, à mon avis, les bons points de ce film. Si l'on ne prenait que cela en compte on pourrait dire que la réalisatrice réussit à atteindre son but. Mais j'ai été très dérangé par la construction de la famille du Vice-Roi et, par extension, des anglais. Dès le début du film, les anglais se trouvent au centre de la question de la décolonisation. Le Vice-Roi ne fait que recevoir les visiteurs pour être conseillé et leur fournir son avis. Ce dernier est dépeint très positivement, ainsi que sa famille. Je ne sais pas comment elle fonctionnait en réalité mais on les montre comme des aristocrates anglais un peu plus conscient que les autres de leur chance. Ce qui ne les empêche pas d'incarner l'idée qu'en tant que blanc, occidentaux, illes ont l'obligation d'offrir la civilisation au reste du monde, c'est en particulier le cas d'Edwina Mountbatten. L'importance des intérêts stratégiques, qui poussent le gouvernement anglais à accepter le Pakistan, est à peine effleuré. Face à cela, les intérêts des Indiens sont mis en scène par une domesticité qui se contente d'écouter aux portes des "grands" sans ne pouvoir jamais agir. Ainsi, la lutte pour l'Indépendance est à peine mentionnée mais on parle beaucoup de la gentillesse des anglais qui acceptent gracieusement de partir et de gérer la décolonisation.

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*** Je ne peux pas dire que c'est un mauvais film. Il y a de bonnes idées avec une mise en scène, bien que parfois un peu fade, qui ne souffre pas la comparaison avec de grandes productions des États-Unis. Mais je suis très sceptique face au propos général. En fait, je suis incapable de réellement dire ce que je pense du film.
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Image : Allociné

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02/07/2017

Histoire de la sorcellerie par Colette Arnould

Titre : Histoire de la sorcellerie
Autrice : Colette Arnould
Éditeur : Tallandier 1992
Pages : 494

Durant la Renaissance de nombreux bûchers, dont en Suisse, furent mis en place afin de brûler l'une des menaces les plus importantes de l’époque : les sorcières. Mais identifier les personnes ne permet pas toujours de comprendre les raisons idéologiques derrière le massacre des sorcières. Colette Arnould essaie, dans ce livre épais, de nous expliquer de quelle manière, durant plusieurs siècles, la croyance envers le pouvoir des sorcières et leur danger s'est imposé et a permis des procès, la torture et la mise à mort d'un nombre impressionnant de personnes. Pour cela, elle se base sur de nombreux textes qui courent de l'Antiquité à quasiment notre époque.

Bien que le livre soit construit en 10 chapitres on pourrait l'expliquer en créant des parties plus courtes. La première et la seconde sont, en quelques sortes, l'introduction du livre. Dans les premiers chapitres l'autrice tente de nous expliquer de quelle manière le diable a été pensé et de quelle manière la magie a été construite. Pour cela, elle décide de partir de l'époque antique pour, ensuite, écrire un essai sur l'identité du diable durant l'Antiquité tardive et l'époque médiévale. Deux de ces chapitres sont assez difficiles à lire car assez laborieux dans l'écriture et l'explication. Suit un chapitre sur l'hérésie et sa signification dans le cadre de l’Église et de la société médiévale. Ces chapitres permettent de créer un fond idéologique sur lequel le reste du livre repose afin d'expliquer les raisons des bûchers.

Suivent trois chapitres qui permettent d'examiner la pensée de la sorcellerie comme un danger ainsi que la montée des outils qui permettent de s'y attaquer. L'autrice s'intéresse ici plutôt à la moitié de l'époque médiévale dès le XIème-XIIème siècle. Elle y met en évidence les décisions des papes mais aussi les créations de l'Inquisition et de leurs droits dans le monde médiévale. Plus important encore, elle explicite le fonctionnement des textes démonologiques qui parlent du diable et de la sorcellerie. Après ces chapitres on comprend mieux comment une frange de la société pense le monde, malheureusement l'autrice n'explique pas de quelle manière cette pensée se répand dans le peuple.

Enfin, les chapitres VII et VIII entrent dans le vif du sujet en examinant les débuts des procès de sorcellerie. L'autrice explique de quelle manière les textes et idées précédentes sont utilisés afin de s'attaquer aux personnes incriminées et justifier l'usage de la torture ainsi que de la mort. Ces chapitres décrivent une époque, qualifiée de Renaissance, durant laquelle la raison fonctionne en même temps que les croyances en des pouvoirs supérieurs (ce qui n'est pas forcément incompatible). Ces deux chapitres permettent à l'autrice de mettre en avant son hypothèse principale. Selon elle, les procès de sorcellerie sont à la fois un outil politique et un indice d'une "société malade". L'autrice explique que, pour elle, les inquisiteurs, le peuple, les religieux et religieuses sont victimes d'une forme de pathologie mentale. Ces chapitres continuent sur la fin des procès avec une ouverture sur notre époque qui marque, pour l'autrice, une continuité d'une forme de croyance en certains pouvoirs mais avec un diable qui n'a plus rien à voir avec le danger qu'il créait à l'époque médiévale.

Les premières pages de ce livre ne sont pas faciles à lire. La lecture me fut laborieuse et, semble-t-il, je ne suis pas le seul à l'avoir ressenti. Mais, les deux premiers chapitres passés, les choses deviennent de plus en plus intéressantes. Cependant, il me semble dommage que l'autrice laisse transparaitre une forme de mépris pour les personnes de l'époque. Bien que l'on puisse condamner les raisons politiques et idéologique de la mise à mort de femmes, qualifiées de sorcières, il faut aussi prendre en compte une époque, ses tensions, ses problèmes. Personnellement, je ne suis pas totalement convaincu par l'hypothèse de l'autrice. Si je dois faire une comparaison, le livre de Silvia Federici me semble bien mieux réussir à prouver son hypothèse.

Image: Éditeur

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07/05/2017

Usages de la violence en politique par Carole Villiger

Titre : Usages de la violence en politique
Autrice : Carole Villiger
Éditeur : Antipodes 2017
Pages : 296

Après la deuxième guerre mondiale et les années 68 l'Europe a connu les années de plomb. L’Italie et l'Allemagne ont été le terrain de plusieurs attentats de la gauche radicale. Dans le même temps, la nouvelle droite se constituait. Enfin, plusieurs conflits se mettaient en place au niveau international. En Suisse même, les luttes entre les séparatistes du Jura et les antis séparatistes donnaient lieu à plusieurs attentats. Cependant, dans l'idée communément admise, la Suisse est vue comme un pays neutre qui n'a pas connu de grande violence. Il ne se serait pratiquement rien passé alors que le système politique Suisse a permis d'accepter des militant-e-s et des sujets dans l’arène parlementaire. Le pays serait immunisé contre l'usage de la violence en politique. Ce livre examine l'histoire de la Suisse afin de mettre en avant les moments de violence mais aussi les réponses politiques et policières.

Pour cela, l'autrice examine cinq thèmes en autant de chapitres dont deux prennent en compte les liens internationaux. Le premier chapitre examine l'histoire du Jura et la lutte en faveurs de l'indépendance. L'autrice démontre que les milieux indépendantistes et leurs adversaires se sont heurtés surtout après que les tentatives politiques aient échoués. Les indépendantistes ont eu l'impression que seule la violence permettait de défendre leurs idées tandis que leurs adversaires étaient, secrètement, soutenus par la police et le gouvernement bernois. Ce n'est qu'après que le Jura ne soit né que les actions violentes se firent moins importantes bien que la question jurassienne soit encore tendue de temps en temps.

Les deuxième et troisième chapitres se concentrent sur les gauches et les droites radicales. En ce qui concerne les gauches radicales, l'autrice s'intéresse à certains hauts lieux de militantisme comme Zurich. Elle montre que la gauche radicale est vue comme dangereuse car elle met en question le fonctionnement même de l'État. De plus, on ne peut pas passer outre le contexte de la Guerre froide qui permet de dépeindre les milieux radicaux comme téléguidés par l'ennemi extérieur communiste. Ainsi, la répression est très forte même contre des personnes et actions peu voire non violentes (comme, par exemple, le refus de prêcher pour éviter une enquête pour apologie du refus de servir dans l'armée ce qui fut classifié sous terrorisme). Cependant, il faut noter que le militantisme de gauche ne pose pas de problèmes quand les thèmes choisis sont très spécifiques et vu favorablement par la population. Le cas de la lutte contre le nucléaire est ici intéressant. En ce qui concerne la droite radicale l'autrice explique avoir eu plus de mal à parler à des militant-e-s. Le chapitre est, d'ailleurs, bien plus court. Mais elle met en avant les liens internationaux des milieux de droite radicale suisse. Elle explique aussi de quelle manière les anciens défendent des milieux bien plus violentes comme les skinheads. La répression, selon l'autrice, est bien moins importante car le militantisme n'est, ici, pas vu comme dangereux pour l'État. Mais la pression de l'opinion publique a permis de mieux prendre en compte leur violence. De plus, il y a peu d'usages d'armes à feu ou d'explosifs.

Enfin, les deux derniers chapitres prennent en compte les réseaux internationaux. Pour le quatrième, l'autrice s'intéresse à des mouvements qui ne sont pas soutenus par les pays d'origine des militant-e-s. Elle montre que les autorités suisses s'intéressent fortement aux liens entre l'extérieur et l'intérieur, en particulier en ce qui concerne la gauche. Les enquêtes sont importantes et permettent de décrire des groupes comme armés et dangereux avec une capacité stratégique importante alors que, parfois, ce ne sont que des groupes isolés ou du militantisme en soutien à des prisonniers qualifiés de politiques. La justice est implacable même pour des cas anciens. En ce qui concerne la droite, la justice est bien moins prompte. Le danger est vu comme beaucoup moins important. Cependant, dans les deux cas, les militant-e-s sont décrit-e-s comme liés ou pilotés par l'extérieur ou venu de l'extérieur. Dans le dernier chapitre, l'autrice s'intéresse à du militantisme soutenu par des pays. Elle s'intéresse à plusieurs attentats ayant eu lieu après des arrestations. En particulier, elle s'intéresse aux liens avec les luttes liées à la guerre d’Algérie. En effet, la Suisse fut un espace de gestion d'argent mais aussi d'assassinats politiques perpétrés, probablement, par les services secrets français. Mais le pays a été capable de garder le contrôle. En ce qui concerne les luttes en faveurs de la Palestine ou de arméniens, la Suisse s'est retrouvée dans l'incapacité de prendre en compte la perspective diplomatique dans des enquêtes pour terrorisme. La conséquence fut un certain nombre d'attentats incompris par la population et les autorités.

Pour terminer, ce livre examine une époque durant laquelle de nombreux milieux de militantismes se sont créés ou ont mutés. Que ce soit à droite ou à gauche de nombreux groupes sont apparus pour défendre des causes parfois très spécifiques. Face à cela, les autorités ont agi bien plus fortement sur la gauche vue comme un danger militaire et pour le fonctionnement de l’État. Ainsi, les enquêtes de police sur les milieux de gauche sont presque toujours classifiées comme terrorisme. L'autrice montre aussi de quelle manière il est possible de répondre à de la violence politique et les raisons de leur usage. Enfin, ce livre permet de casser une image pacifiée du pays qui serait une exception à l'intérieur de l'Europe.

Image : Éditeur

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30/04/2017

The birth of a nation

Il y a un certain nombre de films historiques cette semaine. J'ai déjà parlé de deux d'entre eux que j'ai vu au cinéma. Hier soir, je suis allé voir The birth of a nation. Nat Turner est un esclave. Il travaille dans les champs de coton. Il doit obéissance envers son maitre. Il lui est interdit de quitter la propriété sans un laisser-passer de son maitre. Sa vie ne lui appartient pas. Elle appartient à un autre homme qui se l'est appropriée depuis l'enfance. Mais Nat Turner est aussi un esclave lettré. Il sait lire et écrire. Il a appris de lui-même puis une femme de la famille de son maitre a décidé de lui apprendre à mieux lire. Seul un livre fut utilisé : la bible. Nat Turner est un esclave lettré et croyant. Le dimanche, il prêche devant les siens et leur explique que dieu a créé un ordre naturel. C'est une atteinte contre dieu de lutter contre. Lorsque ses prêches commencent à être connu il est loué par d'autres maitres pour parler à d'autres esclaves et éviter une révolte. Mais Nat Turner est témoin d'atrocité et décide de lire d'autres passages. Des passages plus violents et défavorables envers les blancs.

L'intérêt de ce film est de bien montrer ce qu'était la vie des esclaves au XIXe siècle. Une lutte pour la survie face à des personnes qui avaient énormément de pouvoir. Mais aussi un grand nombre de personnes face à un petit nombre de blancs. Les blancs, mâles, qui possèdent des esclaves ont donc une certaine importance dans ce film car leur comportement a un impact fort sur la population de couleur, mise en esclavage. Ainsi, une bonne partie du film présente ces "humains" dont le comportement est plus ou moins atroce (je garde en tête un moment horrible que je préfère ne pas décrire, horrible pas seulement à cause de la douleur que j'imaginais mais surtout à cause de l'aspect très détaché du blanc qui agissait). Le plus important est Samuel Turner. Pendant la première partie du film, il est décrit comme quelqu'un de pas mauvais. C'est un frère et un fils aimant qui écoute ses esclaves et leur donne plusieurs libertés quand celles-ci sont demandées. Mais sa caractéristique principale est la lâcheté. Il n'est pas meilleur que d'autres il est seulement un lâche. Il ferme les yeux devant les atrocités qu'il aide à couvrir. Son histoire est celle d'un homme qui trahit la confiance de quelqu'un d'autre durant une scène très particulière (que l'on peut déplorer, les hommes sont montrés comme se vengeant à partir du moment ou des femmes se font violer). Il y a donc un voyage du "bon maitre" à l'ennemi.

Mais ce qui me semble le plus important dans ce film est la culture et les ancêtres. Dès les premières images, Nat Turner est inscrit dans un contexte culturel précis. Il fait partie d'une histoire dont il est la continuation. À plusieurs reprises, sa grand-mère lui parle de son mari qui était un guerrier en Afrique. Nat Turner, dans ce film, est inscrit dans l'histoire de sa famille et de son peuple. Culture et histoire sont héritées de personnes à personnes. Ainsi, l'une des scènes montre un jeune garçon observer Nat Turner pour, ensuite, retrouver ce même garçon en pleine guerre de sécession. Les différents combats font partie du même mouvement de révolte et de guerre contre l'inhumain. Tout aussi important, le film parle de l'histoire des États-Unis. Celle-ci est décrite comme fondée sur le sang et l'esclavage. Pour cela, le réalisateur utilise des images très symboliques, le coton ou le maïs qui baignent dans le sang mais aussi l'exécution de Nat Tuner sur fond de drapeaux des États-Unis. Le réalisateur veut nous marteler que l'histoire des États-Unis, en particulier, ne peut pas se comprendre sans prendre en compte le sang versé en son nom.

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**** Un film dont le rythme est maitrisé mais qui peut être difficile à regarder.
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Image : Allociné

Site officiel

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09:23 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : the birth of a nation | | | |  Facebook

29/04/2017

Denial / Le procés du siècle

Au début des années 90, l'historienne Deborah Lipstadt écrit un livre. Ce dernier est édité dans plusieurs pays. La professeure doit donner des conférences et répondre à la presse. Ce livre parle du négationnisme et des raisons qui se cachent derrière. En particulier, elle s'attaque à david irving. Celui-ci est un historien militaire britannique dont la réputation a fortement souffert de sa croyance au négationnisme. david irving décide donc d'attaquer Deboarah Lipstadt en justice devant les cours anglaises. Ceci lui permet d'obliger à cette dernière de devoir prouver que ce qu'elle dit est vrai. L'historienne se trouve donc dans la position peu confortable de devoir prouver l'existence du génocide mis en place par les nazis et de devoir prouver que david irving a menti pour défendre un point de vue raciste et antisémite. Le procès est, bien entendu, fortement suivi par la presse.

Je suis un peu emprunté pour présenter ce film. Le synopsis est simple. Est-il vraiment nécessaire de le développer ? Un négationniste attaque en justice une historienne juive. Le film suit, selon plusieurs articles que j'ai lus, très fidèlement les événements devant la cour et l'on peut lire ceux-ci puisque les procès-verbaux sont disponibles sur internet. Est-il vraiment nécessaire de mettre en scène ce procès qui a déjà donner trop de place à un négationniste ? Peut-il vraiment ajouter quelque chose alors que des journalistes ont écrit sur le sujet et que des universitaires, dont Deborah Lipstadt, ont publié des livres sur ce procès ? Personnellement, je pense qu'il est possible de faire un film intéressant sur un sujet connu. Car un film n'est pas un livre. Un film permet de mettre en avant des regards, des postures qu'un livre ne peut pas aussi bien montrer. Selon moi, les deux peuvent fonctionner ensemble et même être complémentaires. Mais je suis aussi ennuyé par mes propres méconnaissances. La Shoah est un sujet difficile qui demande d'user de mots et de concepts précis. C'est aussi le cas du négationnisme qui se porte sur des points extrêmement précis pour justifier l'idée que le génocide n'a jamais eu lieu. Je vais donc plutôt me porter sur la mise en scène.

La réalisation réussit à mettre en place plusieurs personnages, dont la très grande majorité est masculine, face à un seul homme. Il nous est expliqué que c'est voulu. Face à un irving arrogant au petit sourire sympathique ils placent des professionnel-le-s qui décortiquent toutes les preuves et tout le travail d'irving. Ce dernier est montré comme un manipulateur qui use de stratagèmes théâtraux pour imposer son point de vue. Sa première arrivée dans le film est, d'ailleurs, particulièrement intéressante. Avant de proposer de l'argent aux personnes capables de lui donner une preuve il utilise deux arguments d'autorités coup sur coup sans jamais parler du fond. C'est aussi le cas lors du procès puisqu'il utilise ses connaissances pour écraser ses adversaires. Cette caractéristique, cette fierté de ses capacités, est d'ailleurs utilisée comme un piège par l'équipe de Deborah. Il est bien montré que le but de cette dernière est de se porter sur le travail d'irving. La question principale qui leur est posée est celle de la preuve. Comment les historien-ne-s prouvent ce qu'illes savent ? Quelles sont les sources ? Sont-elles de nature différente ? Sont-elles bien traduites ? Qu'elle est la place des survivant-e-s? Peut-on, devrait-on, leur donner une voix dans ce procès ? Existe-t-il un contexte qui doit être connu pour les comprendre ? C'est dans ce cadre que plusieurs personnages masculins font du mansplaining envers Deborah Lipstadt en lui expliquant ce qu'elle sait parfaitement, elle a écrit un livre à ce sujet... Au final, c'est un film réussi qui traite d'un sujet difficile. Il aurait été facile d'échouer et je serais très curieux de lire le point de vue de Deborah Lipstadt elle-même ainsi que d'expert-e-s.

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***** Sobre, précis, intéressant. Une réussite.

Image : Site officiel

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11:07 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : denial, le procés du siècle | | | |  Facebook

28/04/2017

Django

Cette semaines deux films portant sur la deuxième guerre mondiale sont sortis dans les salles obscures. Le premier, le procès du siècle, parle du négationnisme et je vais le voir prochainement. Le deuxième est un biopic qui parle de Django Reinhardt. Ce dernier est un musicien célèbre de Paris. Il remplit les salles aussi aisément qu'un rockeur quelques années plus tard. Il est aussi un très bon compositeur. Le problème, c'est qu'il crée une musique dans le style du swing en pleine France occupée et en plein milieu de la guerre. Bien que la ville de Paris soit loin des fronts cela ne l'empêche pas de subir des alertes. De plus, des rumeurs lui parviennent. De vieilles familles auraient disparu, seraient assassinées, des camps seraient dressés. Bien qu'il pense être en sécurité ne serait-il pas plus prudent de fuir ? Surtout que les allemands commencent à s'intéresser à lui et veulent le produire en Allemagne même, voir à Berlin.

Je ne sais pas trop quoi dire de ce film. Premièrement parce que ma culture musicale est proche du néant. Je ne connaissais pas ce Django Reinhardt ni sa renommée de musicien. Bien que je connaisse l'ambiance du Paris entre les deux guerres, et donc que j'ai entendu parler du swing, je ne connais presque rien sur le vocabulaire musical. Et, bien entendu, la musique à une grande importance dans ce biopic. Elle est présente du début à la fin. Le film s'ouvre et se termine sur un concert. La musique est, selon plusieurs personnages, la seule chose qui protège Django des allemands. Mais c'est un bouclier bien mince qui dépend d'autres personnes qui pourraient ne plus être en faveurs.

Ce que ce film montre c'est aussi l'effort de survie des parisien-ne-s face aux occupants. Tout le monde ne peut pas résister et, parfois, on essaie seulement de nourrir sa famille. C'est tout ce que souhaite Django et il en faut beaucoup pour le convaincre de fuir. Bien que la réalisation soit classique, voire un peu molle, on nous offre de très belles scènes avec des contextes glaçant. La scène durant laquelle Django est convoqué par la police pourrait ne pas être essentielle à l'histoire. Mais elle est nécessaire au contexte. Un homme est examiné par des médecins qui essaient de prouver qu'il est le fruit d'une dégénérescence raciale. Pour cela, toutes les mesures sont bonnes et Django devient une suite de chiffres permettant de le cataloguer. Personnellement, je trouve que la meilleure scène est la dernière. Elle est très poignante et n'a besoin de presque aucune explication. La première est tout aussi bonne mais bien plus glaçante et montre immédiatement que les Tsiganes, pour reprendre le terme du film, sont en dangers et sont exterminés. On oublie souvent que le racisme contre les populations Tsiganes est une réalité et a débouché sur des meurtres et des enlèvements (la Suisse est championne des enlèvements d'enfants Tsigane, je vous renvoie au livre de Regula Ludi et Thomas Huonker Roms, Sintis et Yéniches – La 'politique tsigane' suisse à l'époque du national-socialisme).

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**** Un premier film qui n'est pas mauvais mais trop classique dans sa réalisation, trop prudent dans son propos.
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Image : Allociné

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08:24 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : django | | | |  Facebook

21/04/2017

Gold

Kenny Wells est le dernier membre d'une famille de prospecteurs. Son grand-père a trouvé une colline e il a creusé. Son père a créé une entreprise qui gère plusieurs propriétés ainsi que les droits de prospections. Mais tout cela se déroulait dans le passé. Car, dans les années 80, Kenny Wells est pratiquement ruiné. Il a perdu ses bureaux, il a perdu sa maison et son équipe, de plus en plus mince, travaille dans un bar. Sa femme, Kay Wells, croit toujours en lui mais ne croit pas au retour de l'entreprise. Kenny ne survit plus que par la fumée et l'alcool. Mais, un soir, il fait un rêve. Il rêve d'une gigantesque mine en Indonésie. Une mine tellement vaste qu'elle ferait de lui l'homme le plus riche du monde. Le digne héritier de sa famille. Il se lance dans cette quête et rencontre un géologue, Michael Acosta. Ce dernier a trouvé la plus grande mine de cuivre au monde est pense que de l'or se trouve en Indonésie. Mais ce rêve est-il trop beau pour être vrai ?

Ce film est le quatrième que je vois au cinéma cette année. Oui, j'ai eu un ralentissement qui n'est pas dû à ma volonté. Mais j'aime toujours autant me rendre dans les salles obscures. Cette semaine, je n'avais pas vraiment de coups de cœurs mais j'étais intrigué. Gold fait partie des films qui m'intriguent et que je vais voir pour me faire une idée. Il fait aussi partie de ces films qui s'attaquent aux scandales financiers. Ces films, venus des États-Unis, commencent souvent par un homme (et c'est à dessein que je ne parle pas des femmes qui sont, dans ces films, des bijoux qui permettent d'illustrer la descente ou la montée dans l'échelle sociale), seul face à tout le monde, qui rêve de réussir. Cet homme sait qu'il a raison et que le système a tort. Mais il ne peut pas facilement le prouver. Heureusement pour lui, d'autres hommes décident de le croire. Coup de chance, c'est une réussite et le croyant se retrouve dans les hautes sphères de la richesse et des finances et doit survivre à ce monde décrit de manière peu sympathique voir décadente. Cet homme, dans ce film, est Kenny Wells. Personnellement, j'ai détesté ce personnage. Ce n'est pas le seul personnage que l'on peut ne pas aimer et d'autres sont pires. Ces hommes incarnent le rêve américain de grandeur et de richesse. Michael Acosta, lui, incarne l'homme qui a les pieds sur terre mais il cache autre chose. Seule Kay est sympathique. Et son rôle est de défendre la classe moyenne travailleuse face aux riches qui ne connaissent pas la vraie vie. Ces pauvres sont décidément des gens qui savent vivre ! Bref, déjà là le film me pose un problème.

Mon second problème avec ce film concerne le ton. J'ai déjà vu des films qui traitent de la finance et des scandales en prenant le parti de personnes antipathiques ou en considérant que personne n'est responsable. Parfois, c'est justifié. Margin Call, par exemple, montre des personnages essayant de sauver la peau de leur entreprise en trahissant leurs clients. Personne n'est directement responsable du problème mais les personnages travaillent activement à détruire des vies et leurs actes se terminent sur des faillites et des licenciements. The big short reprenait le même thème mais avec le point de vue des gagnants, des personnes qui ont parié sur la destruction de nombreuses vies qui ne souhaitaient qu'accomplir leurs rêves. Ces films montrent que les responsabilités sont plus diffuses et dépendent moins des personnes que d'un système entier. Cependant, ces deux films échouent à mettre en avant les responsabilités qui ne dépendent pas du système mais des choix possibles fait à l'intérieur de celui-ci. Qui a décidé de ne pas vérifier ? Qui a décidé de détruire des vies ? Et, pour Gold, qui a mis en place l’arnaque ? car Gold ne répond pas à cela. Il se termine sur l'idée que personne n'est réellement responsable. Tout le monde était de bonne foi. Pourtant, il y a bien une personne responsable du début de l'arnaque, même si d'autres personnes ont échoué à surveiller le fonctionnement de la mine.

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*** Je suis mitigé, ce n'est pas un mauvais film, il me semble assez bien écrit mais il échoue à aller au bout de son thème.
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Image : Site officiel

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09:43 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gold | | | |  Facebook

17/02/2017

Hidden Figures

C'est une information qui commence à sortir de plus en plus. Les femmes ont bien plus aidé la science qu'on ne le croit. Mais, soit elles ont fait des découvertes attribuées ensuite à des hommes soit elles travaillaient dans l'ombre pour faire ce que ces hommes si intelligents ne souhaitaient pas accomplir (comme des calculs). Ce fait est encore plus vrai pour les personnes de couleurs et, en plus, les femmes de couleur. Ce film adapte un livre afin de faire connaître trois femmes qui ont travaillé pour la NASA mais dont les contributions sont pratiquement inconnues. Ce sont, pourtant, trois figures indispensables à la réussites du programme spatial des États-Unis.

Le film commence au début des années 60. Alors que les russes ont réussi à envoyer un Spoutnik puis envoient un homme en orbite les USA, eux, ont échoué à faire la pas de l'espace. Dans la NASA beaucoup de personnes travaillent et un grand nombre de calculs sont écrits et résolus. Mais qui s'en occupe? Dans des salles un peu à l'écart on trouve des femmes de couleurs nommées "computers" dont le travail est de résoudre des calculs le plus vite possible et de travailler à court terme pour des hommes blancs. Le film nous présente trois femmes. Katherin Johson se retrouve en plein milieu du groupe chargé de calculer la trajectoire du futur astronaute. Dorothy Vaughan est à la tête des mathématiciennes de couleur et se lance dans l'informatique et la programmation. Mary Jackson est une brillante ingénieure mais qui n'a pas le titre. Le film nous présente ces trois personnes, leur vie et leurs problèmes avec l'administration et la société alors que les USA tentent de percer dans la course à l'espace.

Que penser de ce film? Son avantage le plus important est de suivre trois personnes en même temps. Plutôt que de ne montrer qu'une seule génie on nous explique que toutes ces femmes sont extrêmement intelligentes. Ce qui permet d'éviter l'écueil du destin extraordinaire et de mieux parler du groupe bien que seules trois femmes soient montrées. Personnellement, je trouve le film réussi. On sent la frustration et une certaine colère face aux injustices de la ségrégation. Mais on sent aussi sa stupidité. Ainsi, Katherin Johnson doit faire 50Km pour trouver des toilettes. Malheureusement, à mon avis, le film oublie un peu de nous parler de son sujet. Ainsi, la ségrégation raciale est montrée mais les tensions en hausse sont à peine dépeintes et ce très rapidement. Pire, à mon avis, aucun des hommes blancs n'est vraiment mauvais. Oui, ils sont méprisants mais dès que Katherin Johnson leur prouve ses capacités ils l’acceptent. Rien ne semble vraiment difficile dans la lutte pour les droits civils. Même le grand patron est montré comme quelqu'un qui ne prend en compte la ségrégation que lorsque cela pose problème au travail à accomplir. Dans le cas contraire il reste totalement aveugle à ce qui se déroule sous son nez. Bref, un bon film, réussit mais que je trouve un peu trop gentil.

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***** Un film très réussit sur des femmes fascinantes pour parler d'une histoire peu connue.

Image : Site officiel

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07/12/2016

Les alinéas au placard. L'abrogation du délit d'homosexualité (1977-1982) par Antoine Idier

Titre : Les alinéas au placard. L'abrogation du délit d'homosexualité (1977-1982)
Auteur : Antoine Idier
Éditeur : Cartouche 2013
Pages : 201

Entre 1977 et 1982 le Code pénal français change. Il passe d'un délit d'homosexualité, hérité du régime de Vichy, à une abrogation de ce délit sous la férule socialiste de François Mitterrand. Mais un tel changement ne se déroule pas sans raisons. Pourquoi et comment est-il devenu difficile, si ce n'est impossible, d'accepter un délit spécifique à une orientation sexuelle ? Quels sont les personnes et les arguments qui permettent d'abroger cette particularité de la loi ? Antoine Idier, s'intéresse à la presse, aux hommes et femmes politiques, aux militant-e-s de l'époque et aux archives afin de mieux comprendre l'histoire et le contexte de cette abrogation. Il y répond en 7 chapitres.

Le premier, le troisième et le cinquième présentent les associations de droit et de défense des personnes homosexuelles. L'auteur y examine la mise en place de nombreuses associations de nature politique après Arcadie. Que ce soit le FHAR, le GLH ou encore le CUAR les années 70 sont l'occasion de tenter plusieurs expériences afin de se faire entendre. Certaines tentent d'atteindre le niveau politique par des appels ou des sondages tandis que d'autres sont révolutionnaires. Le CUAR, par exemple, s'intéresse d'abord à la défense des personnes interdites de travail avant de se porter sur l'abrogation du délit d'homosexualité. Ces associations agissent dans un contexte qui permet, de plus en plus, le retournement des accusations contre les tribunaux. Comme exemple, l'auteur s'intéresse à deux affaires qui font du bruit au niveau national.

Les quatre autres chapitres s'intéressent plus précisément à la mise en œuvre politique de révision du Code pénal français et, spécifiquement, à l'abrogation du délit d'homosexualité. L'auteur montre qu'il existe plusieurs phases. Tout d'abord, la présidence de Valéry Giscard d'Estaing nomme une commission chargée de la réécriture du Code pénal. Les membres entendent Michel Foucault. De plus, les débats s'inscrivent dans un contexte de remise en cause de l'ordre moral pénal avec une attention particulière à l'homosexualité et à l'enfance (un débat qui nous surprend beaucoup lorsque nous vivons dans les années 2000). Mais ce n'est qu'un début qui, rapidement, est mis en sommeil alors que la présidence souhaite agir sur la criminalité. C'est au Sénat que la seconde phase se met en place. Un sénateur propose, et réussit, à faire abroger le délit d'homosexualité. Cependant, l'Assemblée Nationale refuse cette abrogation. Ce n'est qu'après la victoire socialiste que l'abrogation est possible. L'auteur nous explique que le contexte a changé. Bien que les arguments contre, et pour, soient identiques les associations se sont largement mobilisées en faveurs des socialistes tout en montrant leur force en nombre. Rapidement, la nouvelle présidence accepte plusieurs revendications et parvient, difficilement, à convaincre les député-e-s.

Ce livre est particulièrement intéressant à lire dans le contexte actuel, suisse ou français. En effet, la France a voté le droit au mariage pour les personnes de même sexe mais refuse le débat sur la PMA et la GPA ce qui crée une insécurité juridique importante pour certains enfants au nom de leur protection (je ne dis pas que la PMA et la GPA sont une bonne idée mais je considère qu'un débat est nécessaire). En Suisse, les choses avancent en direction d'un droit au mariage mais lentement. Dans les deux cas, on retrouve des arguments proches de ceux que le livre décortique. Les personnes favorables souhaitent la fin d'une discrimination tandis que les opposants parlent de défense d'une morale et des enfants face à une orientation sexuelle qualifiée de dangereuse voir proche de la criminalité. Replacer ces arguments dans une histoire plus ancienne, bien que récente, permet de démontrer qu'il existe des précédents.

Image : Amazon

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03/12/2016

I, Daniel Blake / Moi, Daniel Blake

Daniel Blake est un ouvrier de 59 ans qui vit à Newcastle. Il a toujours travaillé. Il s'est occupé seul de sa femme, malade. Il a payé ce qu'il devait payer et a toujours évité de demander des aides. Il est l'incarnation de la dignité ouvrière. Alors qu'il se trouve sur un chantier il tombe soudain d'un échafaudage. Les médecins lui expliquent qu'il a fait une crise cardiaque et qu'il faudra un certain temps avant de pouvoir retourner au travail. Durant son incapacité, il reçoit des aides d'invalidité afin de pouvoir continuer à vivre dans son appartement. Cependant, il lui est soudain demandé de remplir un questionnaire pour qu'un décisionnaire examine son éventuelle incapacité au travail. Et le couperet tombe, il est considéré comme capable de travailler et les aides lui sont coupées. Daniel Blake ne comprend pas cette décision et essaie de trouver une porte de sortie. Mais est-ce possible ?

Je ne connais pas particulièrement bien l'état des débats politiques sur les aides sociales an Grande-Bretagne. Mais j'en sais assez pour savoir que, comme ici et ailleurs, elles sont considérées comme couteuses et symptomatique d’une soi-disant culture de l'assistance par des personnes qui fraudent. Récemment, la Grande-Bretagne a lancé un vaste programme de privatisation de l'aide sociale et de "rationalisation" de celle-ci. Les travailleurs/euses sont maintenant en concurrence et doivent être capable de productivité (est-ce seulement possible dans l'aide sociale ?). Alors que les personnes bénéficiaires doivent justifier de leur incapacité. Ce film s'inscrit dans ce contexte.

L'histoire de Daniel Blake et de Katie Morgan est l'histoire de deux personnes qui se heurtent à une administration incompréhensible. Tout au long du film, on nous montre une administration qui suit des normes de rationalisation. On numérise les documents nécessaires, on met en ligne les formulaires et les offres et demandes d'emploi, on "normalise" les compétences dont celles de créer un CV. Le but est de contrôler les personnes et de les punir si besoin est. On observe deux personnages se heurter à ces règles si précises qu'elles en deviennent inhumaines. Durant le film, on a l'impression d'observer une administration absurde face à une aide sociale privée, dans le sens d'organisée par des personnes privées et non au sens d'une privatisation, qui fonctionne humainement au cas par cas. Mais est-ce vraiment absurde ? N'est-ce pas le fonctionnement logique et normal d'une administration conçue pour analyser, contrôler et punir ? En cela, le film se rapproche des études sociologiques de Jean-Marc Weller et de Vincent Dubois (que je lirais un jours).

Je vois un second thème dans ce film. En effet, la réalisation nous présente deux personnes. La première est Daniel Blake, un ouvrier de 59 ans. La seconde est Katie Morgan une jeune ancienne londonienne. Pourquoi le film s'intéresse-t-il à ces deux personnages ? Ne pourrait-il pas mettre en scène qu'une seule personne ? Ce serait, en effet, possible. Aussi bien Katie Morgan que Daniel Blake se heurtent à une administration incompréhensible et à un manque de protection de la part du droit. Honnêtement, le personnage de Katie Morgan pourrait créer un film avec bien plus de Pathos qui se rapproche de la vie de femmes du passé mais aussi d'aujourd'hui. À mon avis, la différence est celle des capacités de la classe ouvrière face à la précarité. Daniel Blake a vécu dans ce monde. Il a de nombreuses connaissances qui n'hésitent pas à l'aider en cas de besoin tout comme il les aide si possible. Il privilégie la rencontre en face à face franche et honnête ce qui est montré par sa recherche d'emploi qui se porte vers les personnes qui habitent et travaillent dans le milieu. Il connait parfaitement les associations capables de fournir de l'aide et, surtout, il a une connaissance des techniques qui permettent de pallier aux manques de tous les jours et aux petits travaux nécessaires dans une maison ou un appartement. Face à lui nous avons une femme, seule avec deux enfants. Katie Morgan est isolée dans tous les sens du terme. Elle a quitté, sans que cela ne soit son choix, son milieu de vie et donc son réseau. Elle ne connait personne ni aucune association ou institution. Elle est, dans tous les sens du terme, démunie. Le film présente un transfert de ces connaissances. Petit à petit, Daniel Blake montre à Katie Morgan comment survivre tout en l'aidant sans rien attendre. D'une certaine manière, j'y ai retrouvé une partie de ce qu'écrit Richard Hoggart dans La culture du pauvre (un livre que je conseille)

Ainsi, nous avons un très bon film qui, sans trop de pathos, essaie simplement de présenter la vie de personnes qui essaient simplement de survivre alors qu'elles sont contrôlées et punies par une administration conçue pour atteindre une "rentabilité" et donc diminuer le nombre de personnes qui peuvent recourir à l'aide sociale. Alors que la rhétorique des fraudeurs et de la "culture de l'assistance" est prégnante dans les médias et le monde politique il est salutaire qu'un film décide d'en prendre le contre-pied pour mieux voir les conséquences de ces discours.

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***** Des acteurs et actrices parfait-e-s, un thème difficile mais maitrisé. Un film que je conseille.

Image : Allociné

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30/11/2016

1848. Naissance de la suisse moderne par Cédric Humair

Titre : 1848. Naissance de la suisse moderne
Auteur : Cédric Humair
Éditeur : Antipodes 2009
Pages : 167

Qu'est-ce que la Suisse ? Quelle est son origine ? Doit-on trouver la réponse dans les écrits de Jules César durant la guerre des Gaules ? Ou vaut-il mieux observer une histoire bien plus récente ? Autant de questions qui font débats. L'auteur a décidé, tout en se justifiant en introduction, de se concentrer sur la période 1815-1857. Il explique que les années antérieures sont intéressantes et nécessaires pour comprendre la construction du pays mais que cela ne peut pas s'intégrer dans le travail qu'il compte faire et la méthodologie appliquée. Le propos du livre concerne donc la Diète et la mise en place de la confédération après la guerre du Sonderbund jusqu'à la "stabilisation" du pays, pour reprendre le terme de l'auteur, aussi bien au niveau international qu'intérieur. Pour son examen, l'auteur met en place deux parties de deux et trois chapitres.

La première partie se concentre sur la période de la Diète ainsi que sur la Guerre civile. L'auteur essaie d'y expliquer les raisons de l'explosion guerrière en se concentrant sur trois facteurs : politique, économie et relations internationales. Le pays, sous le régime de la Diète, se trouve sous un état qui fonctionne difficilement. Afin de pouvoir mettre en place une décision l'idée majoritaire est que tous les cantons doivent être d'accord. La nécessité de l'unanimité rend toutes décisions et les réformes particulièrement difficiles. De plus, le pays est soumis à plusieurs séparations au niveau des cantons. Ceux-ci contrôlent les postes, la monnaie et les frontières. Ces différentes séparations posent des problèmes et des opportunités au niveau économique. Les opportunités concernent la protection des locaux face à la concurrence européenne. Mais il est aussi très difficile d'être concurrent au niveau international lorsqu'on doit traverser plusieurs frontières, plusieurs postes et payer un grand nombre de taxes. Ainsi, l'auteur montre que les volontés de changements dépendent, en partie, du contexte économique local. De plus, les tensions sont de plus en plus importantes au niveau interne, plusieurs révolutions armées, avec un monde externe prompt à influencer la politique suisse. Ces multiples tensions débouchent sur la guerre de Sonderbund qui se termine avec la défaite des cantons du Sonderbund et une nouvelle constitution alors que l'Europe fait face à des conflits révolutionnaires.

La seconde partie, de trois chapitres, se concentre sur la consolidation du pays au niveau politique, économique et international. L'auteur explique que, après la guerre, les vainqueurs décident d'intégrer les vaincus dans le système. Ainsi, les mesures de rétorsions sont limitées. De plus, les réformes politiques tendent à mettre en place un consensus tout en permettant une réforme plus facile que précédemment. Cependant, au début du nouveau régime, le pouvoir est tenu par les réformistes libéraux tandis que les conservateurs sont écartés. Dans le même temps, le pays est centralisé, dans certaines limites. Ainsi, les barrières douanières sont levées, la poste et la monnaie deviennent fédérales et, progressivement, les chemins de fer sont construits pour être, plus tard, nationalisés. Cette centralisation permet un essor économique du pays alors que les frais tombent et que les voyages et les communications deviennent de plus en plus facile. Dans un dernier chapitre, l'auteur place le pays, libéral, dans le contexte d'une Europe conservatrice qui s'inquiète de ce petit pays qui a réussi une réforme démocratique. À plusieurs reprises, des crises éclatent et, souvent, la confédération échoue à agir et se repose sur des alliés de poids que sont les USA et la Royaume-Uni. Selon l'auteur, les autorités de l'époque ont sacrifié, à court terme, la force politique ai niveau international au profit de l'économie.

Au final, ce petit livre qui se concentre sur une période restreinte est plutôt réussi. L'auteur évite de ne parler que d'anecdotes pour mieux les placer dans une méthodologie précise basée sur quelques facteurs explicatifs. Ce livre met en question la force prédominante de l'explication confessionnelle, pour parler de la guerre civile, au profit d'explications plus larges prenant en compte l'économie. Ce livre permet de mieux comprendre la mise en place de la Confédération dans sa forme actuelle et la culture politique que l'on connait. Personnellement, je l'ai trouvé très intéressant et je conseille vivement.

Image : Éditeur

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26/11/2016

La ferme des animaux par George Orwell

Titre : La ferme des animauxproduct_9782070375165_195x320.jpg
Auteur : George Orwell
Éditeur : Gallimard
Pages : 160

Une petite ferme en Angleterre. Le propriétaire est un alcoolique qui ne prend pas soin de ses animaux. Ses aides font le minimum. La vie est dure pour le bétail. Illes travaillent, sont exploités et ne mangent pas toujours à leur faim. Mais l'un des cochons a eu un rêve. Ce rêve est celui d'une République des animaux libéré-e-s de la tyrannie humaine. Peu avant de mourir, il en parle à ses comparses. Personne ne pense que la révolution aura lieu mais on s'y prépare. Et soudain, sans crier gare, le propriétaire est expulsé ! Les animaux se sont libéré-e-s et les cochons prennent la direction des opérations. Cependant, petit à petit, les choses changent tout en restant pareils. La révolution a-t-elle vraiment eu lieu ?

Il y a très longtemps que je souhaite lire la Ferme des animaux. C'est un roman qui est resté tardivement dans ma liste de livres à lire (qui ne désemplit pas vraiment...). Mais j'avais toujours autre chose à faire, à voir ou à lire. Que penser de ce roman ? Tout d'abord, la lecture est très agréable. Le style est simple sans être simpliste. Les mots et les événements ont toujours un but précis et rien ne semble être placé au hasard. Le roman est court mais il est complet.

En effet, bien qu'il soit court Orwell réussit à tout mettre dans ces pages. Bien entendu, les personnes qui connaissent un peu la révolution bolchevique et ses suites comprendront beaucoup de choses. Car ce livre parle de révolution en s'attachant à un exemple précis. Dès les premières pages, on sait exactement à qui et quoi s'attaque l'auteur. Et il le fait bien. Non seulement il montre de quelle manière une élite se forme mais il illustre aussi de quelle manière celle-ci, progressivement, se pense élite et se voit comme méritant des exceptions. Petit à petit, on observe des personnages prendre le dessus et se rapprocher de ce qui était vilipendé auparavant. De plus, l'auteur nous montre de quelle manière la langue et les faits peuvent être manipulés au fil du temps (un thème que l'on retrouve dans 1984). Comment remettre en doute le discours du gouvernement quand celui-ci nous prouve qu'il a raison ? Bref, c'est un livre aussi intéressant qu'il est court. Une lecture facile et très enrichissante.

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***** Court, bien écrit, intéressant et parfaitement maitrisé.

Image : Éditeur

24/11/2016

Partir en beauté. L'art et le métier des funérailles en pays fribourgeois par Lorenzo Planzi et Jean Steinauer

Titre : Partir en beauté. L'art et le métier des funérailles en pays fribourgeoisbc5f6c1e0a1d1346cd4f6ad452847189.jpg
Auteurs : Lorenzo Planzi et Jean Steinauer
Éditeur : Société d'histoire du canton de Fribourg 2016
Pages : 114

Qu'est-ce que la mort ? Comment la société apprivoise-t-elle la fin d'une vie ? Quels sont les changements dans les rites au cours du temps ? Ce sont autant de questions posées dans cet ouvrage autours de l'histoire d'une entreprise de pompes-funèbres. Les auteurs répondent à ces questions à l'aide d'archives de l'entreprise, de sources annexes et d'entretiens dans 5 chapitres. Le premier, et le dernier, concernent directement l'entreprise. Au début du livre, les auteurs présentent l'origine genevoise de l'entreprise puis son arrivée en terre fribourgeoises en 1916. Alors que le contexte genevois est très difficile aussi bien du point de vue religieux - les catholiques sont minoritaires - que financier - il y a de nombreuses autres entreprises - le contexte fribourgeois est celui d'une friche. Tout est encore très traditionnel et personne ne fait de la mort son véritable métier. Le dernier chapitre, lui, se concentre sur la partie fribourgeoise et montre de quelle manière Murith SA s'est étendue progressivement en suivant les changements sociaux concernant les rites.

Le second chapitre se concentre sur les gestes pratiqués sur le corps de la personne morte et, surtout, le passage d'un savoir commun à une professionnalisation. Les auteurs montrent que les gestes sont d'abord pratiqués, suivant un rite précis, par les proches du défunt. Ce n'est que plus tard que la toilette est pratiquée par des personnes payées pour cela et qui tentent de créer une impression de calme. Puis, progressivement, ce sont les membres des professions de la santé qui commencent à pratiquer ces soins. Il y a donc une transmission d'un savoir et la création d'une profession.

Le troisième et le quatrième chapitre sont destinés au sens des rites. Le premier s'intéresse à la cérémonie tandis que le second nous parle de la différenciation économique au travers des types d'enterrement. Ces deux chapitres permettent de montrer une progression dans les rites. De la tradition très rigide on passe aux cérémonies laïques beaucoup plus libres. En effet, pendant longtemps les rites sont très précis et selon l'état de la personne morte - suicide, catholique ou non catholique - seuls certains rites sont permis ou possibles. Ce qui n'implique pas que des résistances ne soient pas possibles. Mais l'enterrement est aussi un moyen, et l'occasion, de différencier la personne par le choix d'une cérémonie plus ou moins fastueuse. Les auteurs, d'ailleurs, décident de faire le récit de trois cérémonies publiques : l'abbé Bovet, Joe Sifert et Tinguely. Selon les auteurs, bien que ces cérémonies soient très particulières elles sont aussi chacune inscrites dans leur époque. De la tradition et des valeurs conservatrices on passe à des valeurs aussi traditionnelles que modernes pour ensuite passer à un homme qui incarne la réussite économique et la richesse.

Ce petit livre fait l'histoire d'une entreprise. À travers cette histoire c'est le sens des rites et de la mort qui nous sont expliqués. Et, plus important, les changements que ceux-ci traversent durant le XXème siècle. J'ai trouvé cette histoire très intéressante malgré que je ne connaisse pas le thème. Les auteurs, à l'aide d'archives et de cas concrets, nous montrent des personnes prises dans un moment difficile et de quelle manière on les accompagne.

Image : Éditeur

12/11/2016

Downton Abbey saison 6 et The Finale

J'ai enfin pu terminer Downton Abbey après six magnifiques saisons. La vie continue à Downton Abbey. La famille tente de s'habituer à l'absence de Tom Branson. Celle-ci force Mary à prendre le contrôle du domaine tandis que sa sœur essaie de s'occuper du magazine qu'on lui a laissé en héritage. Pendant ce temps, une petite révolution se forme tandis que les grands du village se heurtent sur la question de l'hôpital. Celui-ci devrait être mêlé à une plus grande structure et tout le monde n'en est pas ravi. C'est aussi la saison des amours. Plusieurs femmes de la famille trouvent des compagnons malgré les drames. Et, parfois, doivent lutter pour les conserver. En bas, la modernité fait aussi son entrée. Plusieurs employé-e-s essaient de trouver une nouvelle voie tandis que d'autres essaient de créer une famille.

Downton Abbey est une série que j'aime particulièrement. Elle réussit à me faire et pleurer alors qu'il ne se déroule pas grand-chose. Elle est aussi particulièrement belle. Les décors ne sont battus que par les magnifiques costumes portés par les acteurs et actrices. Celleux-ci sont, d'ailleurs, particulièrement bon et j'avoue sans honte adorer le jeu de Maggie Smith dont chacune des répliques pourraient être parmi mes préférées. J'ai accompagné Downton pendant six saisons. J'ai vu les personnages changer. Mais, plus encore, j'ai vu une série qui tentait de montrer des changements sociaux par les yeux de l'aristocratie et du peuple unis dans une grande maison. Mis à part le drame, c'est un thème au centre de cette dernière saison qui voit les personnages changer énormément et tous et toutes pour le mieux.

Mis à part les qualités de la série ce thème, qui se déroule sur six saisons, est-il bien mis en scène ? Depuis le début, et je continue à le penser, j'ai l'impression que la série réussit en échouant. Elle réussit car on observe les changements et leurs effets, Les filles Crawley passent de futures mères à business women en quelques années (tout en restant dans le cadre du mariage et de la maternité). Les hommes doivent accepter ces changements et sont incarnés par Carlson et le père de famille, Robert Crawley. Ces deux personnages incarnent le patriarcat et le système de classe aristocratique. Ils incarnent la peur face à un avenir incertain et différent. Alors oui, de ce point de vue la série réussit. Mais elle échoue à montrer ce qu'est la violence de classe et la violence patriarcale. Les deux hommes qui l’incarnent, même si c'est malgré eux, ne réagissent jamais. Ils commencent par dire non puis par dire oui et ensuite accepter. Rien ne provient réellement d'une lutte. Tout semble se dérouler naturellement sans que personne ne perde ni ne gagne. De ce point de vue, la série échoue.

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***** Une magnifique dernière saison pour une série que j'aime beaucoup.

Image : Site officiel

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18:33 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, série | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : downton abbey | | | |  Facebook

15/10/2016

Captain Fantastic

Dans les montagnes des États-Unis, au sein d'une magnifique forêt, un jeune homme se cache dans les buissons. Il se prépare à chasser. Ce jeune homme fait partie d'une famille de six enfants. Leur père et leur mère pensent que le monde extérieur est inadéquat. Illes ont donc décidé de vivre dans la nature et d'enseigner à leurs enfants. Le monde de cette famille est partagé entre la chasse, l'entrainement et l'apprentissage à l'aide de livres parfois très avancés. Ce qui importe n'est pas d'apprendre par cœur mais de forger une opinion argumentée. Mais ce petit monde vole en éclats lorsque leur mère se suicide après des mois de thérapie. Malgré le danger et l'étrangeté la famille décide de se rendre au Nouveau-Mexique pour l'enterrement. Ce départ est l'occasion de mettre en question ce qui semble connu et ce qui semble juste.

Je vois deux thèmes dans ce film. Le premier est celui de l'éducation. Les enfants sont éduqués librement dans une forêt. Leurs cours se divisent en plusieurs phases. Il y a tout d'abord les cours de survie. C'est l'occasion de savoir comment vivre dans la nature sans rien. D'être capable de se soigner et de chasser. Il y a des cours physiques qui permettent d'avoir un corps en pleine forme. Et des cours de cultures. Ceux-ci sont réglés par le père et permettent de s'intéresser à des thèmes parfois très avancés tel que la théorie M. Il est intéressant que la parole du père, et des livres, ne sont pas évangiles. Les enfants sont encouragés à poser des questions et à expliquer les thèmes avec leurs propres mots. Face à cela nous avons, dans une scène, des enfants qui connaissent l'école. Eux sont incapables de répondre aux questions et de penser seuls. J'ai tendance à y voir une tension entre une éducation qui prend en compte les capacités de réflexions des enfants et l'éducation scolaire, standardisée, qui tente d'inculquer une certaine somme de connaissances spécifiques et mesurable par des notes avant d'exercer la réflexion.

Un second thème pourrait être la parentalité. En effet, les deux parents essaient d'offrir ce qu'illes pensent adéquat pour leurs enfants. Pour cela plusieurs règles sont mises en place. Celles-ci concernent la manière de parler, de se comporter, d'obéir et d'aider. Ces règles concernent aussi l'attitude des parents. À plusieurs reprises, on observe le père répondre très franchement à ses enfants sur des questions difficiles. Certaines personnes pourraient penser que ces enfants ne sont pas capables de comprendre les concepts impliqués. D'autres pourraient penser que les thèmes sont inadéquats pour des enfants. Personnellement, je suis plutôt en faveurs de répondre franchement et précisément aux questions afin d'éviter qu'un sujet devienne tabou ou incompris. Mais c'est mon avis personnel. On observe aussi une personne qui pense prendre les bons choix les remettre en cause. Face à un monde différent ses méthodes semblent dangereuses voir abusives. Et nous commençons à nous demander si cet homme est si sympathique que cela. Il se pose cette même question et ses enfants aussi. La réalisation permet donc de se faire sa propre opinion face à des moments qui sont, parfois, dangereux.

Au final, Captain Fantastic est un beau film avec un Viggo Mortensen en forme. On nous offre une histoire triste mais qui réussit à relier des moments d'émotions à des moments d'humour. Personne ne nous dit ce qui est bien ou mal. La réalisation nous laisse décider seul ce que l'on pense tout en confrontant cette famille à d'autres familles et à la société. La fin est particulièrement belle et réussie. Personnellement, je le conseille.

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***** Viggo Mortensens possède une magnifique barbe !

Image : Site officiel

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10:57 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : captain fantastic | | | |  Facebook

08/10/2016

Hell or High Water / Comancheria

Les USA, le Texas, un matin. Il fait déjà chaud alors que le soleil se trouve bas sur l'horizon. La ville est silencieuse. Il n'y a personne dans les rues poussiéreuses. Les pipelines sont aussi nombreux que les avis de fermeture des entreprises et les avis de saisie des maisons. Une femme se rend à son travail dans une petite banque locale qui a l'air d'être construire en préfabriqué. Mais aujourd'hui n'est pas un matin comme les autres. Ce matin deux hommes l'attendent, armés, et lui demandent de vider les caisses. C'est le début d'une suite d'attaques de banques dans les petites villes du Texas. Les deux hommes qui en sont coupables savent ce qu'ils veulent, savent combien de temps il leur reste et ne cherchent pas à être plus intelligent que les banques. Ils ne prennent que ce qui est nécessaire. Pour les arrêter on leur envoie deux rangers aux trousses. L'un d'eux est presque à la retraite et c'est probablement sa dernière affaire.

Je ne savais pas trop ce que je souhaitais voir cette semaine. Je suis assez sceptique face au dernier Tim Burton (bien entendu je peux me tromper). Je n'avais pas envie d'aller voir le dernier film français non plus. Et soudain je suis tombé sur la bande annonce de Hell or High Water / Comancheria. On y voyait deux hommes attaquer des banques suivis par un ranger d'un certain âge. L'ambiance dégagée par la bande annonce m'a tout de suite attiré. Et celle-ci fonctionne aussi durant le film. On suit des hommes qui vivent dans un univers poussiéreux et délabré. Il y a de vieilles maisons, des villes mortes, des restaurants sans clients, ... Il y fait chaud et le désespoir est partout. Nous avons vraiment l'impression de tomber dans un monde sans avenir dans lequel la pauvreté et le désespoir sont une fatalité qu'il est impossible de vaincre.

Dans ce film on nous offre quatre personnes. Elles sont toutes différentes sans être forcément bien caractérisées. C'est, probablement, l'un des rares points faibles du film. Les personnages ne sont pas toujours bien écrits. Ces quatre personnes ont des envies et des buts légèrement différents. Le premier aime voler, il aime l'impression que lui donne le vol et la fuite. Le second est méthodique. Il sait ce qu'il veut et pourquoi. Son but n'est pas de continuer ad æternam mais d'atteindre un certain point pour un but précis. Face à eux il y a deux rangers. L'un est un jeune peu développé. Le second est un vieux ranger qui aime la chasse et qui incarne l'esprit du Texas. Et tout ce petit monde parle et joue dans un décor magnifique avec la crise économique en toile de fond. Ce qui donne l'impression que, sans excuser les vols, attaquer des banques est en partie justifié car celles-ci détruisent familles, avenir et villes dans leur envie de faire des bénéfices. Bref, un film que j'ai beaucoup apprécié. Un film qui dose très bien ses scènes. Il est lent mais sans tirer sur la longueur. Les scènes d'actions sont strictement nécessaires et ont de réelles conséquences. Un film que j'aurais tendance à conseiller.

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***** Une belle ambiance sans moralité inutile.

Image : Allociné

Site officiel

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09:48 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : comancheria | | | |  Facebook

26/09/2016

Les Helvétistes. Intellectuels et politique en Suisse romande au début du siècle par Alain Clavien

Titre : Les Helvétistes. Intellectuels et politique en Suisse romande au début du siècle
Auteur : Alain Clavien
Éditeur : Édition d'en bas 1993
Pages : 328

Au début du XXème siècle, comme le dit la quatrième de couverture, de nombreuses personnalités intellectuelles romandes s'interrogent sur ce qu'est l'identité suisse. Mais qui sont ces personnes ? Comment se rencontrent-illes et de quelle manière leurs idées, qui seront à la base des groupes de droite radicale de l'entre-deux-guerres, sont-elles communiquées ? Afin de mieux comprendre la genèse de ces intellectuels ainsi que leur évolution l'auteur s'intéresse à quelques productions particulières portées par des personnalités précises : La Voile Latine et les revues qui lui succèdent ainsi que certaines personnes dont Robert de Traz, Charles-Albert Cingria et son frère Alexandre Cingria et surtout Gonzague de Reynold.

Le livre, une thèse en histoire, est divisé en deux parties et 7 chapitres. La première partie, de quatre chapitres, permet à l'auteur d'expliquer de quelle manière les pensées politiques et artistiques de ce groupe dit des Helvétistes s'est formé. Il montre que l'art, en Suisse au début du XXème et à la fin du XIXème, est questionné. Est-il nécessaire de créer un art suisse ? Est-ce seulement possible ? Comment conjuguer demande politique, compréhension populaire et renouveau artistique ? Cette partie montre plusieurs intellectuels en mal de reconnaissances qui tentent de créer un art local qui puisse concurrencer les romans de Paris. Pour cela, il faut définir et comprendre ce qu'est l'esprit suisse. Celui-ci se concentre sur la montagne et se construit sur des prédécesseurs analysés dans la thèse de Gonzague de Reynold. Les idées sont progressivement construites dans la revue la Voile Latine. Mais celle-ci est rapidement éliminée lorsque ses fondateurs s'écharpent sur des considérations politiques et intellectuels alors que Gonzague de Reynold tente de prendre le contrôle.

La seconde partie, de trois chapitres, montre un groupe qui commence à vouloir lutter. Outre des considérations artistiques le groupe comment sérieusement à se poser des questions politiques. Cela mène certaines personnes, les Cingria et de Reynold en particulier, à se rapprocher de l'Action Française afin d'en devenir les interlocuteurs en romandie. Bien que Reynold soit très prudent il se heurte rapidement aux Cingria qui sont de plus en plus agacés par cet aristocrate venu de Fribourg. Petit à petit, de Reynold et un ami publient une nouvelle revue qui s'inquiète de la surpopulation étrangère et de l'état moral du pays. La revue permet de communiquer des conceptions anti-démocratiques malgré l'opposition de nombreux médias et politiciens.

À la sortie de ce livre on comprend mieux comment certaines idées politiques ont été défendues et pensées en Suisse. On nous montre aussi des personnes qui ont un certain capital social et intellectuel qui peinent à trouver une place à la hauteur de leurs espérances dans un univers bloqué par certains individus. Dans ces intellectuels en mal de reconnaissance il y en a un qui ressort fortement : Gonzague de Reynold. Ses idées, sa recherche de statut, ses stratégies sont impressionnantes. On nous montre quelqu'un qui essaie de jouer tous ses atouts du mieux possible tout en évitant de se fâcher trop vite avec trop de monde. Ce double jeu est dangereux et a failli couter cher mais de Reynold réussit à se faire une place au soleil dans le monde politique et intellectuel suisse.

Image : Éditeur

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11:05 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |  Facebook

16/09/2016

Un juif pour l'exemple

En Suisse, en 1942, dans la ville de Payerne il y a eu un meurtre. Arthur Bloch fut tué par un petit groupe local pronazi lié à la Ligue Vaudoise. Le crime a ému la ville car il fut particulièrement atroce. Mais il fut aussi oublié. Du moins jusqu'à ce que, en 2009, l'écrivain Jacques Chessex creuse un peu et écrive un roman. Le roman fut suivi par l'enquête d'un journaliste. D'un seul coup, Payerne revenait au centre des médias suisses mais pas de la manière la plus appréciée. Pourquoi cet écrivain décide-t-il de révéler cette pénible affaire ? Le film est basé sur ce livre. Il nous montre de quelle manière les différents personnages se sont rencontrés jusqu'au moment du meurtre et de l'arrestation des coupables.

Je n'ai pas aimé. J'ai beaucoup de mal avec Chessex. Je n'aime pas son style. Je n'aime pas ses livres. Je n'aime pas l'adaptation de son roman pour plein de raisons. Oui, la réalisation a voulu en faire un message un peu plus proche de notre époque. On observe des requérants d'asiles refoulés. Les discours anti-migrants sont les même que ceux que l'on entend tous les soirs. Le film même est modernisé afin de donner cette impression d'être proche de nous. Mais je n'ai pas aimé. Je n'aime pas la manière de filmer. Une manière que je trouve parfois inutilement voyeuriste. Je n'aime pas que l'histoire soit constellé d'anachronismes qui brouillent la compréhension de l'époque. Pire encore, je n'aime pas la manière dont les coupables sont dépeints. Outre le commanditaire ancien homme d'église il y a le petit - dans tous les sens du terme - entrepreneur local qui veut juste se sentir homme, une brute et deux imbéciles. C'est une explication simpliste. Je n'aime pas.

* J'ai détesté. Le sujet aurait mérité autre chose.
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Image : Site officiel

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18:32 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : un juif pour l'exemple | | | |  Facebook

Eye in the sky

De nos jours, une organisation terroriste frappe des cibles civiles dans le monde entier et prend le contrôle du Kenya. Ils sont puissants, organisés et ils recrutent de tous les côtés dont des occidentaux et occidentales. L'une de ces recrues est une anglaise du nom de Caroline Danford. Elle est traquée par l'armée britannique depuis 5 ans. Un jour, elle est retrouvée. Plusieurs pays - le Kenya, les USA et l'Angleterre - préparent une opération afin de la capturer. Mais les événements ne se déroulent pas comme prévu et la mission doit changer si elle doit rester un succès au prix de centaine de vies. Rien ne semble pouvoir arrêter l'opération si ce n'est une petite fille et son cerceau.

Ce film est très bon. Il l'est à plusieurs niveaux. Les acteurs et actrices sont magnifiques. Illes réussissent à incarner parfaitement les personnages. La manière de filmer est tout aussi réussie. Dès le début, ou presque, on nous plonge dans une ambiance oppressante dont on ne sort qu'après le générique. Enfin, le film aurait pu faire des drones des jouets cools comme dans Captain America Civil War ou encore en faire un usage facile : soit condamner soit encourager leur usage. La réalisation a la bonne idée de placer son sujet à un niveau différent. Les personnes qui regardent le film ont la possibilité de se faire leur propre idée.

On pourrait penser que ce film place plusieurs thèmes en opposition. L'un de ceux-ci pourrait être la vie contre la mort. En effet, le lieu qui risque d'être attaqué est un lieu de vie. Des personnes marchent. Il y a un marché juste à côté. Des maisons abritent des familles et surtout un dont on observe la vie quotidienne. Face à cela une bonne partie des soldats et des décideurs se trouvent dans des lieux sans vies. Mis à part les agents kenyan-e-s les autres se trouvent dans des bunkers. Que ce soit la colonelle britannique qui vit dans un environnement gris ou les américains qui sont entourés d'écrans. Même les agents civils ne font qu'observer en buvant le thé. Ce sont donc des personnes qui sont en dehors de la vie qui décident de tuer, ou non, des personnes qui se trouvent en plus centre d'un lieu de vie.

Un second thème est celui de l'efficacité militaire contre les problèmes politiques. Les militaires, dans ce film, sont très efficaces. Une cible est identifiée, une frappe est préparée et une estimation des morts est établie. C'est à la fois impressionnant et apeurant. Les militaires sont prêts et illes exigent des décisions claires et rapides. Face à elleux nous avons les membres du monde civil : politiciens et juristes. Contrairement aux militaires ce sont des personnes qui cherchent à justifier une décision. Ainsi, illes se renvoient la balle, cherche des confirmations et tentent de se contacter mutuellement. Plusieurs scènes du film montrent des politiciens contactés aux pires moments possibles alors que leur avis est nécessaire pour prendre une décision.

Le film pose aussi, et surtout, la question de l'éthique dans les frappes par drones. Comment peut-on justifier une frappe à distance, en buvant du thé, qui pourrait tuer une petite fille innocente ? Quels sont les arguments qui pourraient permettre de justifier cette possibilité ? Alors que certaines personnes parlent de la valeur des personnes ciblées et des morts qui résulteraient du refus d'agir d'autres s'inquiètent des effets politiques et de la propagande. Comment le pays pourrait-il accepter le sacrifice d'une jeune fille pour tuer trois personnes ? Comment les terroristes pourraient utiliser cette frappe pour recruter encore plus de monde ? Bref, on ne se trouve pas face à une question facile. Les spectateurs et spectatrices doivent se faire leur propre idée face à plusieurs informations et une horloge qui tourne.

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***** Un très bon film. Très bien joué par des acteurs et actrices parfaites. Un sujet difficile et bien traité. Je le conseille.

Image : Site officiel

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09:37 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (24) | Tags : eye in the sky | | | |  Facebook