féminisme/gender/queer

  • Histoire du féminisme par Michèle Riot-Sarcey

    Titre : Histoire du féminisme
    Autrice : Michèle Riot-Sarcey
    Éditeur : La découverte octobre 2015
    Pages : 128

    Après avoir lu un petit que sais-je sur les féminismes dans le monde je me suis plongé dans ce livre de la collection repères. Malgré son titre, ce n'est pas une histoire du féminisme. C'est une histoire du féminisme en France et, plus particulièrement, à Paris pour la période 1789 à nos jours. Le but de l'autrice est décrit une synthèse des mouvements féministes français en mettant en avant les principales revendications lors de périodes clés. Malgré son aspect très parisien, l'autrice mentionne quelques activités dans d'autres pays mais ne s'y attarde pas. Le livre est constitué de 7 chapitres chronologiques.

    Les trois premiers s'intéressent aux années 1789 à 1860. J'en parle ensemble dans cette présentation car les mouvements féministes sont confrontés à des logiques révolutionnaires ainsi qu'à l'idée de droits humains universels. Suivant l'idée que certains droits sont naturels et universels, les femmes militantes souhaitent aussi en profiter et recevoir les mêmes capacités que les hommes. Cependant, les différents gouvernements et parlements ne sont pas en faveurs de cette égalité. Plusieurs militantes sont expulsées de France ou condamnées à mort pour leurs activités. Dans le même temps, une partie du monde éduqué essaie de penser la place des femmes comme naturellement assujettie à une domination masculine. Ce qui pousse à la mise en place de protections face au travail mais aussi à une défense politique de la maternité, vue comme un devoir et un but féminin.

    Une seconde partie de chapitres s'intéressent aux années 1860 à 1960. Ces trois chapitres permettent de parler des deux guerres et de leurs conséquences immédiates. L'une des premières conséquences est la défense importante de la maternité. En particulier après la Première guerre mondiale, les pertes et le manque de naissances poussent à fortement s'attaquer à la contraception et à l'avortement. Bien que les années 45-50 ne mettent pas en question ce rôle maternel, les punitions pour avortement ne mènent plus à la peine de mort comme sous le régime de Vichy. Un second point concerne la mobilisation en faveurs du droit de vote. Malgré plusieurs échecs en France, le militantisme s'affirme et quelques femmes sont nommées au sein du gouvernement lors de l'entre-deux-guerres. Le droit de vote sera finalement accordé après la fin de la Deuxième guerre mondiale, mais sans que cela ne change fortement le nombre d'hommes élus.

    Enfin, un dernier chapitre fait le lien avec la période actuelle. L'autrice y démontre que les études féministes, sur les femmes et de genre ont pris un poids plus important dans les universités françaises. C'est en particulier le Mouvement de libération des femmes, et ses suites, qui a permis ce foisonnement intellectuel. Il est maintenant impossible de ne pas parler des femmes lors d'une étude et certaines œuvres de cette époque sont encore largement utilisées. L'époque actuelle permet aussi une nouvelle manière de penser certains sujets en faisant attention aux liens entre différentes formes de dominations. Ce qui permet de dénaturaliser non seulement la famille et les genres mais aussi les sexualités, permettant de penser de nouvelles manières de s'identifier.

    Comme je l'ai dit plus haut, ce livre n'est pas une histoire générale des féminismes. IL est fortement ancré dans la ville de Paris et la chronologie française. Cependant, cela n'enlève pas son intérêt à ce livre. On peut en revanche déplorer une synthèse parfois trop importante. L'autrice mentionne beaucoup d'événements et de personnes mais sans toujours pouvoir développer. De temps en temps, des encadrés permettent d'en savoir plus sur une personne, mais cela est rare si l'on prend en compte le nombre important de noms mentionnés. Heureusement, l'autrice ajoute une bibliographie thématique qui permet aux personnes intéressées de se reporter sur des recherches plus complètes.

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  • Histoire mondiale des féminismes par Florence Rochefort

    Titre : Histoire mondiale des féminismes
    Autrice : Florence Rochefort
    Éditeur : PUF mars 2019
    Pages : 128

    Bien que j'aie suivi quelques cours et lu quelques livres je n'ai pas une connaissance importante de l'histoire du féminisme, en particulier dans une perspective internationale. Pour cette raison, je me suis procuré ce petit livre avec beaucoup de curiosité. L'autrice se défie de réussir une histoire globale des féminismes depuis 1789 jusqu'à aujourd'hui. Bien entendu, la collection dans laquelle cette histoire est oubliée implique de rester synthétique. Des informations plus importantes sont disponibles dans la bibliographie. Pour réussir son paris l'autrice met en place 3 chapitres.

    Le premier s'intéresse à la période de 1789-1860. Florence Rochefort débute par les révolutions françaises et américaines. Elle explicite les demandes d'égalité que ces révolutions, et l'idée de droits humains, implique. Mais elle démontre aussi la difficulté d'atteindre cette égalité puisque les différents parlements refusent celles-ci et interdisent certaines formes de militantismes féminins. La seconde période implique aussi les débuts du socialisme et son lien avec le féminisme, du moins au début. Ces liens sont d'abord importants avant de devenir plus distendus, en particulier sous l'influence de Proudhon.

    La seconde période est celle de 1860 à 1945. L'autrice commence son chapitre en parlant du passage d'organisations nationales à l'internationale. En lien, et contre, les internationales socialistes certaines féministes essaient de créer des organisations internationales chargées de fédérer des mouvements nationaux. Ce sont en particulier les droits politiques qui y sont défendus, parfois avec une position colonialiste qui est aujourd'hui critiquée. Bien entendu, la Société des Nations et l'ONU donnent un nouvel élan à cette forme d'internationalisation des féminismes. La période permet aussi un renouveau de la lutte en faveurs du suffrage féminin, parfois de manière violente comme en Angleterre. Cette lutte se termine plus ou moins après la Deuxième Guerre Mondiale en occident. En effet, certains pays n'ont toujours pas l'égalité politique tandis que les colonies sont laissées de côté.

    Enfin, le troisième chapitre s'intéresse à la période 1945-2000. C'est une période de continuité et de renouveau. Les féminismes réformistes sont toujours existants et commencent à s'intéresser au droit à la contraception. Mais les années 60 impliquent une nouvelle génération et de nouvelles demandes, même si certaines existaient déjà au XVIIIème siècle. Le féminisme des années 60 est radical mais entre en déclin dans les années 80. Ensuite, les mouvements s’institutionnalisent afin de défendre certaines idées précises tandis que les féminismes sont critiqués et développés dans une direction antiraciste et de compréhension des sexualités. Le livre se termine sur les apports de ces féminismes sur les sociétés actuelles.

    Ce petit livre est très dense. L'autrice, à mon avis, réussit parfaitement à résumer 200 ans d'histoire. Elle montre de quelle manière les idées sont développées et défendues au fil du temps mais aussi les changements importants. Mieux encore, elle réussit à mettre en avant une perspective internationale en mentionnant les mouvements de pays africains ou asiatiques et leurs créatrices. Cependant, la taille du livre implique de ne pas pouvoir les examiner de manière précise même si l'autrice fait attention à démontrer les tensions avec les féminismes occidentaux.

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  • The legend of Korra: Turf Wars par Bryan Konietzko, Michael Dante DiMartino, Irene Koh et Vivian Ng

    Titre :  The legend of Korra : Turf Wars
    Auteur-e-s : Bryan Konietzko, Michael Dante DiMartino, Irene Koh et Vivian Ng
    Éditeur : Dark Horse 13 mars 2019
    Pages : 240

    Cette édition librairie contient Turf Wars parties 1-3. Après de nombreuses recommandations j'ai décidé d'entrer à nouveau dans l'univers de Korra. Pour rappel, Korra est la nouvel Avatar, après Aang dont on suit les événements dans Avatar The last airbender. Ce statut fait de Korra un guide spirituel chargé de garder l'équilibre dans le monde. Lors des événements de la série, le monde a passé le cap de la révolution industrielle et l'équilibre est menacé par de nouvelles idées et personnes, la dernière étant Kuvira. Après un combat difficile qui a ouvert un nouveau passage entre le monde des humain-e-s et celui des esprits Korra et Asami décident de prendre un congé bien mérité. Mais lors de leur retour elles se rendent compte que les problèmes sont nombreux à Republic City.

    SPOILERS

    Comme toujours, dans cet univers, il existe à la fois une menace personnelle envers Korra et une menace plus politique. Ainsi, la menace personnelle est le nouveau chef d'une des triades de Republic City. Après un combat autours du portail ce chef est attaqué par un esprit ce qui modifie le corps de celui-ci. La question de cette bataille concerne le statut du portail. Est-ce un lieu sacré qui doit être préservé et protégé en harmonie avec les esprits ou faut-il en faire un lien d'entrée dans le monde des esprits pour les touristes dans un but marchand ? Autours de cette question se greffe les idées politiques de Raiko. Ce dernier n'a jamais eu beaucoup de chance dans la série. Il est presque uniquement une personne qui refuse de suivre Korra. Dans ce livre, il essaie de se faire réélire après avoir capitulé face à Kuvira. Pour Raiko, seules les décisions qui peuvent permettre une réélection sont dignes d'être examinées. Le reste n'est qu'accessoire. Bien entendu, cette manière de penser conduit la ville à une nouvelle crise...

    Cette suite sous forme de comics est aussi attendue à cause de la fin de la série. Lors de celle-ci Korra et Asami se rendait dans le monde des esprits en se tenant les mains, devenant un couple officiel. Dans ce comics, on les retrouve immédiatement après ce moment, en train d'apprendre à vivre en couple. Très rapidement, Korra décide d'en parler à ses parents. Cet événement, qui n'a pas lieu comme espéré, permet aux auteur-e-s d'expliquer de quelle manière est pensé l'homosexualité dans cet univers. J'étais d'ailleurs surpris, en bien, que le récit soit porté par Kya, fille de Aang (qui permet de savoir que l'avatar Kyoshi était bisexuelle). Il me semble que ce couple ne soit pas montré comme parfait. Leur relation est en construction et tout le monde ne sera pas forcément heureux de celle-ci.

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    ***** J'apprécie beaucoup l'univers d'Avatar et de Korra. J'ai beaucoup aimé y entrer à nouveau et je pense que je lirais la suite.

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    Éditeur

  • The Dispossessed (Hainish Cycle #6) par Ursula K Le Guin

    Titre :  The Dispossessed (Hainish Cycle #6)
    Autrice : Ursula K Le Guin
    Éditeur : Harper 1 janvier 1970
    Pages : 387

    Autours de l'étoile de Tau Ceti les humain-e-s vivent sur deux planètes. L'une se nomme Ursa. Elle est formée de plusieurs nations. A-Io est un état de type démocratique fonctionnant selon la forme capitaliste. C'est l'une des grandes puissances de la planète. Thu est une nation que l'on ne voit que peu mais qui semble fonctionner selon la doctrine communiste, un état central et une bureaucratie importante. Le reste de la planète est constitué de petits états soumis à ces deux grandes puissances. La seconde planète est Annares. Il y a plusieurs centaines d'années, elle fut donnée à des révolutionnaire anarchistes afin d'y vivre. Depuis, Annares fonctionne plus ou moins en essayant de suivre les idées de sa fondatrice. Le héros du roman provient de cette planète. Il se nomme Shevek.

    SPOILERS

    Autant j'ai apprécié La main gauche de la nuit, autant je n'ai aimé ce roman. Je l'ai trouvé très lent et long. L'autrice me semble donner trop d'importance aux idées mathématiques de son personnage principal et pas assez à un examen plus anthropologique et sociologique des deux sociétés qu'elle présente. Il faut tout de même se rendre compte que La main gauche de la nuit introduit quelqu'un d'extérieur tandis que The Dispossessed suit quelqu'un qui connait et vit dans sa propre société. Que je n’aie pas apprécié ce roman ne lui enlève en rien ses qualités. Et surtout l'examen que Le Guin fait de l'anarchisme et de la démocratie libérale.

    Au vu de la structure du livre - le premier chapitre ouvre l'intrigue qui commence depuis le départ en direction d'Ursas jusqu'à sa fuite tandis que le chapitre 2 débute depuis l'enfance de Shevek jusqu'à l'idée du départ - on commence par apercevoir la nation d'A-Io qui sera présentée petit à petit. Celle-ci fonctionne sur l'idée de démocratie, de nation et de libéralisme économique. Le Guin nous montre une économie prospère basée sur la consommation. Mais c'est aussi un système profondément inégal. En suivant Shevek, on apprend que chaque personne a une place précise et doit faire attention à comprendre qui sont ses supérieurs. Les femmes, en particulier, sont considérées comme inférieures par nature et Sevek n'en rencontre que peu sur Ursas. Alors qu'une grande partie du livre nous montre le fonctionnement des personnes les plus riches, ce n'est que tardivement que l'on comprend que cette économie si prospère est problématique. Une grande partie de la population est soumise à des conditions de vie très précaires ainsi qu'à un contrôle policier et militaire important. Se définissant sur la liberté politique et économique ce système est en fait rempli d'interdictions et d'institutions chargées d'éviter les débordements.

    Mais Le Guin a aussi souhaité examiner le fonctionnement d'une société anarchiste. Anares suit les doctrines d'une fondatrice mythique, morte sur Ursas, et des premières personnes à avoir décidé de se rendre sur la planète. Celle-ci est un désert qui rend la vie des plus difficiles. Dès le début, la société d'Anares a supprimé les titres, les lois et la police. Il ne subsiste qu'une garde chargée du spatioport. Cette société fonctionne en syndicats créé librement par les personnes qui le souhaitent. Ces syndicats sont locaux et gèrent la production et les besoins, tout en se liant au monde plus large de la planète. Afin de gérer le travail, un système informatique peut envoyer et proposer des places aux personnes qui le souhaitent. La famille est bien plus aisée à créer. Il suffit de trouver une personne qui souhaite créer un couple, qui subsiste tant que possible. Tout le monde vit en commun soit dans de petites chambres soit dans des dortoirs. Bien que Le Guin ne lésine pas sur les problèmes économiques d'une telle société, une partie importante du roman se déroule durant une famine, elle essaie de montrer qu'une société anarchiste est possible. Cependant, elle démontre aussi les problèmes qui peuvent apparaitre et briser cette société. Vers la moitié et la fin du roman, on comprend que les personnes qui vivent sur Anares sont libres et pourtant personne n'ose remettre en question les décisions qui sont prises. D'autant que ces décisions sont prises de manière décentralisées sans que l'on sache vraiment qui en est l'auteur. De plus, les différentes crises poussent la société anarchiste à créer des bureaucraties de plus en plus importantes et difficiles à briser. Ainsi, l'autrice montre une utopie imparfaite qui, selon les mots du personnage principal, ne peut fonctionner que si elle se trouve en état de révolution permanente.

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    *** Bien que très intéressant je n’ai pas réussi à apprécier ce roman

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    Image : Éditeur

  • La main gauche de la nuit par Ursula K Le Guin

    Titre :  La main gauche de la nuit
    Autrice : Ursula K Le Guin
    Éditeur : Laffont 1971 (1969)
    Pages : 330

    J'avais déjà tenté de lire des romans de Le Guin, Terremer, mais je n'avais pas du tout aimé. Après réflexions, j'ai décidé de tenter ce roman. Il a reçu le prix Hugo et il est très bien considéré. Ce roman prend place dans un cycle qui décrit un univers géré par une forme d'association reliant toute l'humanité, l'Ekumen. Mais cette association n'est pas toute puissante, elle ne fait que faciliter les contacts. Le héros, est un envoyé de l'Ekumen afin de proposer une alliance à une planète nouvellement découverte : Gethen. Celle-ci est très froide et inhospitalière mais cela n'a pas empêché l'humanité de créer et de survivre jusqu'à mettre en place plusieurs états. Mais la plus grande surprise est la biologie. Les Gethenien-ne-s ne sont ni femmes ni hommes. La majeure partie du temps ce sont des personnes sans genres ni sexes. Ce n'est que lors de périodes précises, sexuelles, que ces humain-e-s peuvent intégrer les caractéristiques de l'un ou de l'autre sexe biologique. L'Envoyé est donc une bizarrerie à plus d'un titre et cela pourrait jouer sur sa réussite.

    SPOILERS

    Ce roman place deux personnages précis face à des informations qui ne sont pas maitrisées. L'envoyé, Genry, provient de l'Ekumen et de la Terre. Il se rend sur une planète dont il ne comprend pas totalement le fonctionnement sociologique et politique. Le seconde, Estraven, est un premier ministre qui tente de comprendre les conséquences de l'entrée dans l'Ekumen pour son peuple. Ce point de départ permet de parler d'un grand nombre de thème qui démontrent une influence de la sociologie et de l'anthropologie sur Ursula K Le Guin. Non seulement l'autrice tente de faire de Genry un observateur du fonctionnement des sociétés de la planète Gethen mais elle essaie d'expliciter la création des états. Je ne pense pas être tout à fait d'accord avec elle mais elle tente d'expliquer que les états modernes, nations, se construisent sur un temps long avec une unification de plus en plus importante et une centralisation du pouvoir. Celle-ci se met en place à l'aide des voies de communications, aussi bien les routes que la radio. Deux états sont visités dans ce roman. Le premier est un lieu quasi féodal avec un roi tandis que le second est gouverné par des Commissaires qui se basent sur une administration importante et le contrôle des déplacements et de l'identité. Ce dernier exemple est inquiétant et Le Guin montre que les personnes marginalisées peuvent souffrir d'un tel contrôle.

    On ne peut pas non plus passer outre l'information la plus importante de ce livre. Ces humain-e-s, sur Gethen, ne sont ni des femmes ni des hommes. Illes n'ont ni genre ni sexe définis pendant une grande partie de leur vie, en dehors des périodes de sexualité ou de grossesse. Toutes personnes peuvent donc intégrer les caractéristiques biologiques du sexe féminin ou masculin lors de leur vie. Le héros, Genly, est biologiquement homme. Bien entendu, la société de Gethen est beaucoup moins divisée en termes de genre. Étant donné qu'il n'y a pas de pensée de dualité biologique il n'y a pas non plus de pensées sur les différences en termes de rôles de genre. Seul Genry pense ces différences et, à plusieurs reprises dans le roman, il tente de masculiniser ou de féminiser ses interlocuteurs en prenant en compte le contexte.

    Bien que ces tentatives via Genry soient très traditionnelles, la personne qui le loge est vue comme féminine tandis qu'Estraven est vu comme masculin dans un contexte politique, on peut se demande si cela n'est pas souhaité par l'autrice. En tentant de genrer cette société en prenant en compte le contexte de ses interactions avec ses interlocuteurs Genry permet de questionner la division duale de la société, basée sur la vision externe des sexes dits biologiques. Si Genry est incapable de genrer sans utiliser le contexte cela ne veut-il pas dire que les divisions de genre sont des constructions sociales et historiques ? Et donc que Genry, et nous par la même occasion, avons tort d'essayer de consolider des différences qui n'existent pas réellement ?

    Ce roman est ma seconde tentative de lire Le Guin. Alors que la première ne fut pas une réussite j'ai bien apprécié ce roman. Il n'est pas parfait mais il est très intéressant. Le contexte général existe mais n'est pas trop important afin de ne pas écraser l'intrigue précise du roman. L'histoire de Genry et d'Estraven permet de présenter des réflexions sur le genre et la construction de l'état. Cela est aidé par des ajouts de type mythologiques au sein du texte, nous permettant de mieux comprendre le fonctionnement de l'humanité de cette planète. Ayant apprécié ce roman je vais tenter un second tome dans ce même cycle.

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    **** Un roman qui subit son âge mais que j'ai beaucoup aimé.

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    Image : Éditeur

  • Histoire des femmes en occident 1. L'antiquité sous la direction de Pauline Schmitt Pantel

    Titre :  Histoire des femmes en occident 1. L'antiquité
    Direction : Pauline Schmitt Pantel
    Éditeur : Perrin 1990
    Pages : 725

    Après de longues semaines j'ai enfin terminé ce premier tome de l'Histoire des femmes en occident, ce qui implique que j'ai lu trois tomes sur les cinq. Comme les autres tomes, le but de ce livre est de proposer une synthèse des connaissances sur les femmes dans une période précise. L'antiquité était une période très vaste, il a fallu faire un choix difficile. Dans ce livre, les autrices se concentrent sur l'histoire gréco-romain avec un chapitre supplémentaire sur l'impact des femmes dans le christianisme.

    Le livre est divisé en trois parties. La première nous explique le fonctionnement des modèles féminins durant l'antiquité. La partie débute sur une analyse des déesses et de leurs fonctions dans la Grèce. Ce chapitre est suivi sur une analyse des questions de genre chez de grands philosophes. Cela permet de comprendre de quelle manière les femmes sont pensées en Grèce et donc leur place. Un troisième chapitre se concentre sur les femmes dans le droit romain et donc les différents statuts des romaines. Un dernier chapitre analyse les images sur poteries des femmes et leurs significations. L'autrice nous montre que ces images permettent de connaitre plusieurs rituels importants de la vie féminine.

    Une seconde partie se concentre sur les rituels et pratiques féminines. Cette seconde partie est divisée en quatre chapitres liés entre eux. Les deux premiers se concentrent sur l'entrée dans le mariage à Rome et à Athènes. Le chapitre concernant Rome, qui m'a plus intéressé, montre en particulier que les femmes de hautes positions sociales essaient d'éviter de tomber enceinte en permettant à leurs maris d'avoir des concubines. Ceci dans le but d'éviter la mort due à l'accouchement. Pour aider, les matrones, femmes mariées ayant des enfants, sont censées être chastes et éviter la sexualité. Deux autres chapitres se concentrent sur les liens entre les femmes et la religion. En ce qui concerne Athènes, l'autrice se concentre sur les rituels comme moyen de changer de statut au fil des âges. En ce qui concerne Rome, l'autrice démontre que les femmes n'ont qu'une place annexe dans les rituels religieux. Ceux-ci sont d'abord masculins. Mais, dans certains cas, les femmes peuvent organiser un culte ou sont nécessaires pour réussir un culte, par exemple dans le cas du Flamine de Jupiter.

    La troisième partie, après un chapitre sur l'église, est constitué de deux chapitres réfléchissent sur les significations de l'antiquité et de l'histoire des femmes. Le premier met en question l'idée d'un matriarcat ancien, basé sur des preuves douteuses. Le second chapitre examine l'historiographie afin de comprendre si une histoire des femmes est possible et si le genre est un bon outil pour comprendre l'histoire antique. Le livre se clôt sur la présentation d'un texte de la sainte Perpétue.

    Ce premier tome fut d'une lecture difficile. La première partie est particulièrement ardue car très spécialisée. Cependant, cela n'empêche pas ce livre d'être intéressant et j'ai particulièrement apprécié les chapitres parlant de Rome. Je déplore tout de même que ce premier tome se concentre sur deux civilisations très précises. J'aurais aimé en savoir plus sur d'autres sociétés, bien que je ne sois pas capable de dire si cela est possible.

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  • Histoire des femmes en occident 2. Le Moyen Âge sous la direction de Christiane Klapisch-Zuber, Georges Duby et Michelle Perrot

    Titre :  Histoire des femmes en occident 2. Le Moyen Âge

    Direction : Christiane Klapisch-Zuber, Georges Duby et Michelle Perrot

    Éditeur : Perrin 2002

    Pages : 692

    Lorsqu'on s'intéresse à l'histoire des femmes voire aux études genre en histoire on a forcément entendu parler d projet d'Histoire des femmes en occident. Dans les années 90, Michelle Perrot et Georges Duby, deux historien-ne-s important-e-s en France, ont pris la direction d'une gigantesque œuvre en 5 tomes réunissant les contributions de nombreuses personnes afin d'offrir les informations les plus contemporaines sur les connaissances que l'on a des femmes en occident dans l'histoire. Ces 5 livres suivent la chronologie scolaire classique et ce second tome s'intéresse à la période médiévale. Une période dont je ne connais pas grand-chose en ce qui concerne ce thème.

    Le livre est divisé en 4 grandes parties constitués d'un nombre variables de chapitres. La première partie s'intéresse aux discours masculins sur les femmes. Les autrices y examinent un grand nombre de thème. On commence avec le regard clérical, pour passer sur le fonctionnement du corps, suivre sur les types de femmes, le mariage et terminer sur la mode féminine. Ces nombreux chapitres permettent de mieux comprendre de quelle manière était pensée la place des femmes lors de la période médiévale. On observe que celles-ci sont divisées selon leur état marital : célibataire, mariées et vierges. Ce dernier état étant le plus favorisé par les clercs tandis que le mariage doit rester le plus chaste possible. J'ai surtout apprécié le chapitre sur la mode qui permet non seulement de mieux connaitre les habits portés par les femmes mais surtout les normes strictes derrière l'habillement.

    La seconde partie permet de replacer les femmes dans les stratégies matrimoniales. Celle-ci comment par une longue étude des droits romains et barbares au début du Moyen Âge. L'autrice y explicite les tensions entre plusieurs normes tandis que l'Église ne possède pas encore les moyens d'intervenir de façon importante dans les couples. Un second chapitre s'intéresse à l'époque féodal. Au travers de plusieurs textes, l'autrice y examine la manière dont les femmes peuvent user du mariage à leur avantage, ou le subir. Un texte de Duby suit sur l'amour courtois. Celui-ci y est pensé non comme une forme de romantisme mais un jeu de séduction, dont les mots sont très guerriers, qui permet à un jeune chevalier célibataire de tenter de se rapprocher de femmes qui lui sont interdites dans le cadre de la société féodale, créant une forme de danger. Enfin, un dernier chapitre examine la place des femmes dans la société médiévale aussi bien dans le mariage et l'enfantement, dans la religion qu'en tant que travailleuse.

    La troisième partie permet de communiquer des informations tirées de l'archéologie et de l'analyse des images que la période nous a communiqué. Le premier chapitre, archéologique, permet de retrouver des gestes et outils mais aussi des lieux de vies. Tandis que le second chapitre, que j'ai beaucoup apprécié, examine la manière dont sont pensées les femmes grâce à une large iconographie. Le propos est très riche et les exemples nombreux. Cependant, il est dommage que cette édition ne publie les images qu'en petit format et en noir et blanc.

    Enfin, la dernière partie examine la manière dont les femmes ont pu user de l'écrit pour communique leurs vies. C'est, selon moi, le chapitre le plus ardu de ce livre. L'autrice utilise de nombreuses références aussi bien latines que d'écrivaines, et j'ai eu du mal à bien comprendre ce qu'elle tentait d'expliquer. Il suit une publication de propos rapportés à un inquisiteur lors de la lutte contre les cathares. Dans les deux cas, on comprend que les femmes étaient capables, à l'époque, de communiquer et de suivre leurs propres idées malgré, parfois, le danger que cela implique.

    Après ma lecture du tome 5 j'ai donc enfin lu le second tome de cette gigantesque Histoire des femmes en occident. Bien que certains chapitres et introductions soient ardus à lire je suis heureux de m'être lancé dans ce livre. Même si celui-ci a plus de 20 ans, on apprend toujours beaucoup de choses sur l'histoire des femmes. Il faut mentionner aussi la gigantesque bibliographie qui a été mise à jour pour la décennie 1990-2000.

    Image : Éditeur

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  • On the basis of sex

    Ruth Bader Ginsburg est l'une des premières, et rares, femmes à entrer dans la faculté de droit d'Harvard, en 1956. Elle se trouve presque seule face à 500 hommes, le corps professoral et un doyen dont la première question concerne la raison pour laquelle ces femmes décident de prendre la place d'un homme. Elle mène ses études, soigne son maris, l'aide dans ses propres études et élève sa fille. Malgré ces nombreux devoirs, elle réussit à devenir la meilleure des étudiantes en droit d'Harvard. Mais alors qu'elle pense pouvoir suivre son rêve de devenir une avocate, toutes les portes se ferment devant elle. Elle devient une professeure en droit à New York mais elle garde son rêve d'être une avocate. Quand soudain elle découvre un cas qui pourrait lui permettre de mettre à bas toutes les lois qui créent une différence entre les hommes et les femmes.

    SPOILERS

    Je ne connais pas la véritable Ruth Bader Ginsburg. Je ne pourrais donc pas juger de ses réussites professionnelles et personnelles. Cependant, le film veut nous montrer une femme parfaite secondée par une famille parfaite, ayant ses propres problèmes. Ainsi, Ruth Bader Ginsburg est montrée comme une étudiante talentueuse capable de suivre deux années de cours en même temps. Elle s'occupe du ménage, bien que sa cuisine ne semble pas parfaite. Elle s'occupe aussi de son mari lorsque son cancer est diagnostiqué. Ce dernier est montré comme un brillant avocat en droit fiscal, un père aimant et attentif mais aussi un homme qui accepte sa part du ménage, en particulier la cuisine. Enfin, il y a leur fille. Celle-ci est décrite comme militante, intelligente et coincée entre son amour pour sa mère et sa frustration. Leur fils n'est que peu décrit, étant un peu jeune lors des faits du film. Si cette famille est décrite ainsi je pense que ce n'est pas un accident. Ruth Bader Ginsburg est montrée se heurtant au système patriarcal qui l'empêche de devenir une avocate. Si une femme aussi parfaite qu'elle ne peut pas y arriver, alors qu'elle a tous les mérites, qui le peut ? Bien entendu, on peut se demander si une personne ordinaire n'aurait pas les mêmes droits ? Pourquoi faut-il que Ruth Bader Ginsburg soit parfaite ?

    Le film s'intéresse aussi, forcément, à l'importance du système légal. Après tout, une grande majorité des personnages sont des avocat-e-s, parfois célèbres. Mais le film pose aussi la question du lien entre la société et la loi. En effet, la période durant laquelle ont lieu les événements et un moment de remises en cause du fonctionnement de la société. Féminisme et antiracisme mais aussi luttes politiques contre la guerre ont lieu sur les campus et dans les lieux publics. Le militantisme est aussi bien public que privé. La société est donc en train de changer. Mais est-il possible de modifier le fonctionnement de la société lorsque les lois protègent un ordre qualifié de traditionnel ? Ou vaut-il mieux changer les lois avant de changer la société ? Ce qui permettrait de valider et défendre ces changements. Selon ce film, il existe une relation difficile entre le système légal et la société. Loin de se diriger l'une l'autre elles s'accompagnent plus qu'elles ne se confrontent. Ainsi, selon Ruth Bader Ginsburg, paraphrasant l'un de ses anciens professeurs, la justice doit interpréter la loi à la lumière du fonctionnement du monde contemporain.

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    *** Un film biographique intéressant qui défend avec brio une avocate talentueuse, Ruth Bader Ginsburg, mais il manque un petit quelque chose.
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    Image : Site officiel

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  • Noumenon Infinity par Marina J. Lostetter

    Titre : Noumenon Infinity
    Autrice : Marina J. Lostetter
    Éditeur : Harper Voyager 14 août 2018
    Pages : 576

    Il y a près de 2000 ans, l'humanité a envoyé 12 convois dans l'espace chargés d'étudier des points intéressants de l'espace. Seul Noumenon est revenu sur une terre bien différente avec des informations concernant une mégastructure dans le système Lq Pyx. Malgré les réticences des autorités terriennes, une seconde mission est décidée afin de compléter la super structure et de comprendre l'espèce qui semble l'avoir construite, ou qui semble avoir tenté de continuer sa construction. Là encore, le temps impliqué sera énorme. De plus, une seconde mission pourrait bien donner des informations importantes sur Lq Pyx. Car le convoi 12 qui a étrangement disparu n'est pas perdu.

    SPOILERS

    Noumenon Infinity est la suite directe de Noumenon. Bien que le premier chapitre se déroule bien avant l'envoi des convois, alors que le convoi 12 est réaffecté sous la direction de Vahni Kapoor, titulaire d'un doctorat sur le mode de propulsion utilisé par les convois. Tout comme dans Noumenon, on suit plusieurs points de vue dans des chapitres consacrés après un temps plus ou moins long. Mais cette fois nous avons la perspective du convoi 12 et celle du convoi 7. Alors que ce dernier permet de mettre en avant les changements sociologiques dû à la construction de la mégastructure et de la division de la flotte afin de comprendre les aliens le convoi 12 s'intéresse au mystère de leur arrivée dans une région et un temps inconnu. Ces deux points de vue fonctionnent très bien tout en se mêlant afin de donner de nombreuses réponses à l'intrigue générale.

    Le premier tome se concentrait sur les voyages et les changements culturels et sociologiques, avec le choc du retour sur Terre comme problème majeur de la seconde partie. Ce second tome s'intéresse toujours autant à ces changements mais l'autrice, Marina J Lostetter, s'amuse avec des temporalités bien plus importantes et plusieurs convois. Comme dans le premier tome, ces changements sont logiques et basés sur un fonctionnement antérieur. Mais le convoi 7 s'intéresse bien plus à la construction de la mégastructure et à l'effet que celle-ci a sur l'équipage. Pendant la lecture, on passe d'une attente à la construction puis à la fin de celle-ci pour mieux continuer sur l'impression d'une erreur destructrice et enfin une impression de merveilleux. Lors de toutes ces étapes, ce qui compte n'est pas la division mais la mise en place d'une société unie en direction d'un but commun, que celui-ci soit la survie, une œuvre ou la recherche scientifique. L'autrice nous donne un point de vue optimiste sur l'humanité, certes imparfaite mais capable de tout si on lui donne un but futur.

    Enfin, je suis dans l'obligation de mentionner la diversité mise en place par l'autrice. Cette question est particulièrement importante alors que les communautés concernées demandent une véritable diversité et non une annonce externe sans que rien ne puisse permettre de le deviner au sein de l’œuvre, une annonce dont J.K. Rowling est malheureusement devenue une experte à la tristesse de nombreuses personnes. Premièrement, les personnages sont de cultures et de provenance diverses, ce qui était le cas aussi du premier roman. Mais les personnages du convoi 12 ne sont pas clonés selon leur potentiel génétique, une décision remise en cause dans ce roman, mais selon leurs capacités et les besoins du convoi en termes scientifiques. Illes ne sont pas élevés dans un monde conçu pour les préparer mais proviennent de cultures différentes. De plus, l'autrice n'hésite pas à user de personnages à la sexualité et à l'identité de genre différents. Le premier tome donnait le point de vue d'une lesbienne. Ce tome nous offre une asexuelle en relation polyromantique et une femme transgenre. Ces caractéristiques ne sont pas mises en question mais sont décrites comme une part de l'humanité. Ainsi, l'autrice ne justifie pas leur existence, ces personnages sont ce qu'illes sont. Bien que j'apprécie cet effort, je ne me permettrais pas de juger de la réussite ou de l'échec de l'autrice à bien représenter ces identités. Je terminerais sur l'impression que certaines scènes n'auraient probablement pas pu être écrites par un homme.

    *
    **
    ***
    ****
    ***** Le premier tome a été l'une de mes meilleures surprises en SF de l'année. Je me suis immédiatement procuré le second tome qui, selon moi, est meilleur que le premier. J'espère que Marina J. Lostetter écrira encore beaucoup de romans.

    Image : Éditeur

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  • L'Opposition à l'avortement : du lobby au commando par Fiammetta Venner

    Titre : L'Opposition à l'avortement : du lobby au commando
    Autrice : Fiammetta Venner
    Éditeur : Berg International 1 janvier 1995
    Pages : 197

    Le droit à l'avortement est récent et encore difficile à atteindre dans certains pays occidentaux. Il est régulièrement remis en question par des groupes religieux traditionalistes. L'autrice de ce livre a décidé d'étudier l'étendue et le fonctionnement de ces groupes. Elle le fait dans quatre chapitres tout en ajoutant un appendice particulièrement important. Ce dernier, qui n'est pas à jours, regroupe les noms des associations, les actions commandos et les actions en justice jusqu'à l'année 1995.

    Le premier chapitre permet à l'autrice de faire un historique de l'accès au droit à l'avortement, et aux luttes contre, pour la France du XXème siècle. Ce sont des informations connues et l'autrice ne s'y attarde pas trop, bien qu'il soit dommage qu'elle ne se soit pas intéressée à une autre histoire que celle de la France ce qui aurait pu être intéressant pour mieux comprendre les liens internationaux mis en place contre le droit à l'avortement.

    Le second chapitre entre dans le sujet en examinant le fonctionnement des associations qui luttent contre le droit à l'avortement. L'autrice démontre qu'il existe trois formes d'actions précises par des associations différentes. Cependant, elle explique que les personnes peuvent être membres de plusieurs associations et que plusieurs types d'actions peuvent fonctionnement ensemble. La première action concerne le lobbyisme. Les militant-e-s contactent médecins et politicien-ne-s afin de soumettre des informations sur l'avortement et pousser à refuser ces actes et la continuité de leur légalité. Bien que l'action de lobbyisme ait permis de créer des groupes politiques et médicaux en accord avec les personnes contre l'avortement celles-ci peuvent être vues comme frustrantes par des militant-e-s. Un second type d'action peut être utilisé afin de s'attaquer directement aux femmes qui souhaitent avorter. L'action peut consister soit en une information avec des pressions soit en un harcèlement à l'aide d'insultes et de lecture des dossiers médicaux. Un troisième type d'action sont les commandos qui consistent en la destruction de biens matériels afin d'empêcher tout acte médical d'avortement.

    Le troisième chapitre s'intéresse à l'idéologie et identifie trois sources. La première est le fondamentalisme religieux basé sur une lecture traditionnelle de la bible et de la société. Dans cette optique, la place des femmes est à la maison afin de s'occuper du ménage et de créer des enfants à la chaine. Les hommes ont un rôle extérieur, au travail. En ce qui concerne le contrôle du corps, celui-ci est pensé comme fondamentalement anti-chrétien car il implique de "voler" à la divinité sa propriété. Ainsi, toutes les recherches et actes médicaux sont refusés au nom de la religion. Une seconde source est la relativisation du génocide des Juifs. En effet, les avortements sont considérés comme un génocide en cours avec bien plus de victimes. Pire encore, les Juifs, comme groupe, sont considérés comme les coupables de cet acte et donc auraient exagérés leurs souffrances. Enfin, il existe des groupes féministes dit de droites qui militent en faveurs du retour aux valeurs féminines : la maternité. Elles considèrent qu'il existe une complémentarité des sexes basées sur une différence fondamentale entre hommes et femmes.

    Enfin, le quatrième chapitre s'intéresse aux soutiens. L'autrice démontre que les antiavortements français bénéficient de milieux provenant des États-Unis qui fournissent des informations, des enseignants, des méthodes mais aussi des films et articles vendus directement traduits en français. Ces milieux sont aussi largement soutenus par l'église catholique, jusqu'à la papauté. Les évêques n'hésitent pas à soutenir des actions non-violentes comme violentes tout en fournissant matériel et lieux de réunions. Enfin, les milieux d'extrême-droite soutiennent aussi ces militant-e-s. Ici, l'autrice examine la France, la Belgique et l'Allemagne et essaie de démontrer les liens avec des groupes parfois très proche du nazisme.

    Ce livre est ancien, 1995. Il a été écrit alors que le droit à l'avortement était encore pénalisé en Suisse (celui-ci a été dépénalisé en 2002 par la solution des délais). Il s'intéresse spécifiquement à la France et débute une analyse du fonctionnement de ces groupes sur le minitel. De nombreuses informations, liste des groupes et d'actions en justice, devraient être remises à jours tandis que l'Internet est totalement absent de l'analyse de l'autrice, celui-ci n'étant pas aussi important qu'aujourd'hui. Cependant, l'autrice nous donne de nombreuses informations intéressantes. Le fonctionnement des actions des antiavortements, par exemple, me paraît être toujours d'actualité et pourrait permettre une action politique dans le but de protéger les femmes victimes de leur harcèlement ainsi que le personnel hospitalier.

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  • De la différence des sexes. Le genre en histoire sous la direction de Michèle Riot-Sarcey

    Titre : De la différence des sexes. Le genre en histoire
    Direction : Michèle Riot-Sarcey
    Éditeur : Bibliothèque historique Larousse 2010
    Pages : 287

    L'usage du concept de genre est de plus en plus utilisé en sciences sociales et humaines malgré une tentative d'empêcher son usage. Mais la manière dont on use d'un concept moderne dans le cadre des études historiques pose question, que ce soit à cause du manque de sources ou de la nécessité de ne pas user de termes anachroniques. Dans ce livre, dirigé par Michèle Riot-Sarcey, plusieurs auteur-e-s essaient de montrer la capacité d'explication de ce concept en histoire occidentale de l'antiquité à nos jours.

    Le livre est divisé en 9 chapitres. L'introduction et la conclusion sont écrits par la directrice du volume. En introduction, l'autrice pose la question de l'usage du concept en histoire. Comme je l'ai noté plus haut, l'une des questions concerne l'anachronisme. Mais elle met aussi en avant la capacité du concept à mettre en avant des questions qui n'existaient pas aux époques étudiées. Le genre permet donc de découvrir des relations de pouvoirs qui ne sont pas explicitées dans les sources. En conclusion, l'autrice mobilise les écrits de Michel Foucault afin d'expliquer en quoi les études genres sont utiles pour comprendre ces mêmes relations de pouvoirs en histoire. Elle s'étonne aussi de l'usage plus important de Foucault dans le contexte états-unien en comparaison avec la France. Les autres chapitres s'intéressent à des civilisations et périodes occidentales précises.

    Les deux premiers chapitres concernent Athènes et Rome. Le premier auteur montre que les connaissances des sources anciennes athéniennes ne permettent pas de comprendre le fonctionnement de la société. En effet, nous avons accès à des écrits qui essaient de mettre en place un idéal dans lequel les femmes sont sous tutelles. Mais elles possèdent des capacités proches de celles des hommes. La véritable division se forme entre les personnes citoyennes et non-citoyennes, comme les esclaves. Rome, cependant, fonctionne selon l'idée que les femmes sont soumises aux hommes. Une partie des écrits de contemporains utilisés pour comprendre le Principat usent justement de la domination des femmes sur les hommes pour critiques les premiers empereurs, vus comme dévirilisés. Mais le chapitre montre que ces femmes ne font qui suivre leur rôle en haussant leur famille dans la hiérarchie sociale.

    Les trois chapitres suivants concernent plutôt la période médiévale et l'Ancien Régime. Le livre commence avec un article sur Byzance, un empire que je ne connais pas bien. L'auteur tente de comprendre de quelle manière fonctionne la tri-sexualisation à Byzance. En effet, il existe des hommes et des femmes mais aussi des eunuques. Ceux-ci gagnent un pouvoir de plus en plus important dans la ville, jusqu'à être représentés dans les églises, car ils possèdent le rôle de pacifier la cité. Non seulement ils protègent l'empereur mais ils évitent aussi les coups d'états militaires qui pourraient déstabiliser l'empire. Un autre chapitre s'intéresse aux relations entre l’Église et les communautés monacales. Ces dernières se basent sur une interprétation de la Bible pour justifier l'entrée des femmes et la supériorité des personnes vierges. Mais leur interprétation met à mal la puissance ecclésiastique et la première période médiévale voit les princes et l’Église tenter de contrôler les communautés monacales afin d'éviter une concurrence de l'intercession envers la divinité. Enfin, le troisième chapitre s'intéresse à l'Ancien Régime. L'autrice tente de nous montrer que même s'il existe des différences de pouvoirs entre hommes et femmes ces dernières peuvent gagner en supériorité, celle-ci comprise comme masculine. En effet, la noblesse est conçue comme un donné du sang qui se traduit par des comportements masculins que des femmes nobles peuvent donc recevoir, devenant combattantes aussi bien que des hommes.

    Les deux derniers chapitres s'intéressent bien plus à l'histoire contemporaine française. Le premier parle du XIXème siècle est des luttes en faveurs de l'égalité. L'autrice montre que des femmes essaient d’accéder à la citoyenneté mais que celle-ci est toujours refusée au nom du respect de l'ordre sociale. Les socialistes eux-mêmes ont peur de l'accès au travail des femmes, considérés comme dangereux pour les femmes et contraires à l'idéal de l'homme pourvoyeur et de la femme ménagère. Le dernier chapitre est une peinture des tentatives d'accès au droit de vote durant le XXème siècle. L'autrice explique que la France est une exception en Europe occidentale. Elle critique aussi l'accès au droit de votre comme récompense pour des actions de résistance lors de la Deuxième guerre mondiale. Enfin, l'autrice pose la question du passage du droit de vote à la parité. Elle montre la difficulté d'accepter l'idée dans une république qui se pense universelle et égalitaire mais aussi face à des partis qui préfèrent payer des amendes plutôt que de suivre la loi. Le chapitre se termine sur l'élection de Sarkozy face à Ségolène Royal qui a souffert de la misogynie de ses adversaires comme des membres de son propre parti.

    Ce livre me semble intéressant car il essaie non pas de réfléchir de manière désincarnée sur l'usage d'un concept mais de montrer de quelle manière on peut l'utiliser afin de comprendre des thèmes précis. Le découpage, plus ou moins classique, permet d'avoir des exemples utiles pour les étudiant-e-s de France et d'Europe. Je déplore tout de même le manque d'exemples non-occidentaux, on reste sur des thèmes très européens. Cependant, ce livre permet de mettre en avant la fécondité du concept alors que celui-ci est attaqué par certains milieux.

    Image : Éditeur

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  • Orphan Black 5

    Orphan Black est probablement l'une de mes séries préférées, que j'ai découverte grâce à une amie. Dès le premier épisode la série m'a fasciné et j'ai été accroché par une galerie de personnages presque toujours bien écrits. Seule la saison 3 est un peu moins bonne que les autres. Cette saison 5 commence immédiatement après la 4 donc attentions aux spoilers. Sarah est traquée sur une île inconnue. Cosima est traitée par Delphine, que l'on croyait morte, dans un village sur une autre partie de l'île. Pendant ce temps, Rachel Duncan fait tout son possible afin de prendre le contrôle total du groupe néolutionniste qui contrôle aussi bien Dyad que Topside ainsi que les expérimentations autours des clones. Le Clone Club est en très mauvaise posture car, cette fois, leurs adversaires ne reculeront devant rien afin de garder le contrôle. Mais on va surtout enfin savoir qui est derrière toutes ces expérimentations : un homme qui prétend avoir plus de 100 ans et qui souhaite offrir le secret de sa longévité à l'humanité.

    SPOILERS

    Depuis le début de la série on nous donne de petits indices sur les raisons derrière le clonage humain. Les scénaristes ont la bonne idée de garder tout ce que l'on sait tout en simplifiant les données de cette dernière saison. Il n'y a plus plusieurs groupes et plusieurs idéologies mais une unique idéologie qui contrôle toutes les expérimentations. Celle-ci est constituée autour d'un mythe produit par un livre et une personne qui se prétend âgé de plus d'un siècle. Il y a un véritable effet de secte autours de cette personne et de ses idées, sans que jamais ses propos ne soient prouvés par la science. Plusieurs articles parlant de la série, que j'ai parcouru, font le lien avec la philosophie du transhumanisme. Celle-ci prétend, à moins que je ne me trompe, contrôler l'évolution humaine afin d'éviter la maladie et même la mort. Mais la question des conséquences sociales n'est que rarement posée et ses défenseurs semblent souvent être des personnes particulièrement puissantes. La série pose cette question puisque la raison cachée de toutes ces expérimentations et de trouver le moyen de repousser l'âge limite des humain-e-s tout en abaissant la population pauvre du monde. Il y a donc un but eugénique avec l'idée qu'une partie importante de la population ne mérite pas de vivre.

    Cette série est aussi une série qui s'attaque frontalement aux questions du contrôle du corps. Les clones sont considéré-e-s non pas comme des humain-e-s indépendant-e-s mais comme des expérimentations qui appartiennent à des corporations privées. Ceci justifie l'usage de méthodes autrement illégale comme les enlèvements et les actes médicaux sans consentements. Dans cette saison, on apprend que les néolutionniste n'hésitent pas à user des corps pour les besoins sans prendre en compte de considérations éthiques. Mais elle va plus loin en plaçant ce groupe au centre d'un effort mondial pour prendre le contrôle des données génétiques de la population humaine, ceci dans un but eugénique. Les activités du Clone Club ne sont pas seulement un moyen de lutter contre une corporation mais aussi et surtout un souhait de garder le contrôle de leurs corps face à un monde médical et scientifique sans éthiques et qui considère que les corps féminins leurs appartiennent. Bien que l'on puisse penser à Kyra et Helena l'un des clones dont l'histoire est la plus tragique de ce point de vue est Rachel. Dès son enfance elle souhaite être libre mais elle apprend qu'elle est toujours contrôlée. Dans cette saison elle pense être enfin émancipée mais elle apprend que l'on contrôle son corps d'une manière encore plus invasive, ce qui mène à ses décisions lors de la fin de la série.

    *
    **
    ***
    ****
    ***** Une série qui a réussi à garder une qualité importante en 5 saisons et dont la conclusion me semble parfaitement maitrisée. Sans parler des qualités d'actrice de Tatiana Maslany qui porte cette série depuis le premier épisode.

    Image : Allociné

    Site officiel

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  • Nous les filles de nulle part (The nowhere girls) par Amy Reed

    Titre : Nous les filles de nulle part (The nowhere girls)
    Autrice : Amy Reed
    Éditeur : Albin Michel 28 février 2018
    Pages : 536
    TW : Harcèlement scolaire, harcèlement policier, viol, psychophobie

    Ce roman a été conseillé par la chaine de Mx Cordelia. Malgré le thème et des passages parfois difficiles le livre est positif. Grace est une jeune adolescente effacée. Elle vit dans l'ombre de sa mère, une brillante oratrice chrétienne adorée par le père de Grace. Les activités de sa mère ont obligé la famille à quitter leur ancienne église, son ancienne école et leur ancienne ville pour se rendre en Oregon, Prescott. Grace ne connait encore personne et elle regrette beaucoup d'avoir perdu celles qu'elle pensait être ses amies ainsi que ses repères. Elle pourrait se réfugier dans sa chambre mais elle est encore en désordre et remplie de messages de désespoir de l'ancienne occupante : Lucy Moynihan. Elle veut absolument savoir ce qui est arrivé et, pour cela, elle se rapproche de deux personnes un peu marginales de l’école : Rosina et Erin. Ensembles, elles montent un plan pour s'attaquer au problème à la source.

    SPOILERS

    Comme je l'ai dit plus haut, le thème de ce livre est difficile. Heureusement, l'autrice ne décrit jamais précisément les actes de viols. Bien que le livre soit résolument optimiste, l'autrice n'oublie pas non plus les difficultés de dénoncer des pratiques de harcèlement et de prédation contre les filles et les femmes. Une grande partie du livre se déroule dans une forme de clandestinité. Les jeunes femmes de l'école se réunissent en se sachant soumis à une surveillance de plus en plus importante. Petit à petit, celle-ci se concrétise par des accusations contre les "meneuses." Le but, bien qu'il ne soit pas exprimé, est de silencier les femmes sur leurs expériences. Ni la police ni l'école ne sont bienveillantes dans ce livre. Au contraire, ce sont des ennemis. En ce qui concerne l'école on n'observe que deux personnages précis. Le premier est un enseignant, coach de l'équipe, qui refuse toute remise en cause de ses sportifs et de leur statut. La seconde est la proviseure qui agit aussi en partie sous pression de la police, mais n'hésite pas à agir illégalement. Ce qui ressort de ce roman est une impression d'isolement face à des adultes qui refusent que des adolescentes puissent vouloir s'exprimer en vue d'un changement.

    Il ne faut donc pas faire confiance aux adultes. Les adolescentes organisent une réunion non-mixte. La mise en place est intéressante puisque l'autrice décide que les fondatrices restent anonymes et de ne pas mettre en place une structure hiérarchique, les adolescent-e-s parlent selon leurs envies et leurs besoins. Cela permet de mettre en avant un certain nombre de point de vue sur la sexualité, la féminité et l'amitié. Cet aspect est renforcé par la structure des chapitres. La lecture permet de suivre 3 femmes précises : Grace croyante et nouvelle, Rosina mexicaine et lesbienne et Erin asperger. Leurs ressentis et peurs fassent à ce qui arrive sont coupés par les points de vue d'autres personnages, qui parfois ne sont pas d'accord, mais aussi de chapitres sobrement intitulés nous qui permettent de mettre en avant, sans nommer, les expériences d'autres adolescentes. Si je devais faire une critique négative je dirais que la conclusion du roman ne permet pas de savoir tout ce qui arrive à ce groupe. Mais on en ressort avec l'envie de le faire lire à tout le monde.

    *
    **
    ***
    ****
    ***** Thème difficile mais roman optimiste sans être irréaliste. À lire.

    Image : Éditeur

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  • Histoire des transsexuels en France par Maxime Foerster

    Titre : Histoire des transsexuels en France
    Auteur : Maxime Foerster
    Éditeur : H&O 2006
    Pages : 186

    Pendant longtemps, et encore aujourd'hui, la transsexualité (je reprends les termes utilisés par l'auteur qui les justifie dans son introduction) est considérée comme un crime, une maladie, quelque chose qu'il faut effacer. Pourtant, les transsexuels ont une histoire, difficile à décrire mais qui existe. L'auteur essaie de démontrer la richesse de cette histoire et de poser les pistes concernant les liens entre le militantisme transsexuels et le militantisme gay et lesbien. Pour cela il décrit la France, et surtout Paris, en 7 chapitres.

    Les deux premiers sont des chapitres introductifs. Ils permettent à l'auteur d'expliquer d'où provient la pensée du transsexualisme. Il ne peut donc pas passer outre l'Allemagne et Magnus Hirschfeld. Ce dernier a permis de mieux penser la variété des possibilités sexuelles de l'humanité grâce à son centre d'étude. En particulier, il s'inscrit dans la théorie du troisième sexe qui considère que les personnes homosexuelles ont une âme qui ne correspond pas à leur corps. L'arrivée des nazis au pouvoir implique la fin de son travail, ses livres sont brulés. Dans ce contexte, la France commence à connaitre des mouvements en faveurs des transsexuels par deux personnes qui commencent à être connues. Leur statut permet de poser les bases d'un mouvement.

    Les chapitres 3 et 4 s’intéressent plus particulièrement aux cabarets et à leurs artistes. L'auteur s'attache à une artiste précise, Coccinelle, pour démontrer l'importance de ces lieux comme moyens de sociabilités. En effet, plusieurs cabarets proposent des numéros de travestissement qui, petit à petit, deviennent des numéros mettant en scènes des personnes transsexuelles. Ces différentes personnes commencent à se connaitre et à s'aider mutuellement, en particulier en offrant des noms de docteurs prêt à pratique une opération. L'existence de ces artistes permet aussi à de nombreuses personnes de s'accepter en sachant ne pas être isolées.

    Les derniers chapitres s'intéressent à la répression et à la réaction face à celle-ci. Bien que les trente glorieuses soient une période qui permet une relative expression, et un accès facilité aux hormones, de nombreuses personnes et autorités n'acceptent pas l'existence du transsexualisme. La police contrôle fréquemment les concerné-e-s au nom de la lutte contre la prostitution et les agents n'hésitent pas à demander des actes sexuels gratuits. L'accès aux papiers est particulièrement délicat et une association offre des faux papiers, dont les doubles sont envoyés à la préfecture (permettant un fichage). Ces faux papiers sont un moyen d'accès au travail mais aussi aux services étatiques qui, sinon, sont inaccessibles. Mais ce sont aussi les psychiatres de l'école de Lacan qui répriment les personnes transsexuelles. Selon elleux, ce sont des personnes malades qu'il faut traiter psychiatriquement et non aider par l'accès à la chirurgie et aux hormones.

    L'auteur termine en montrant de quelle manière les personnes concernées se sont reliées en association afin de lutter contre la police, les psychiatres de Lacan mais aussi l'état en général. Aujourd'hui, des journées sont dédiées et il existe des essais de forcer les milieux politiques à accepter la devise française de liberté et d'égalité. Cependant, le combat est loin d'être terminé et certains refus officiels, malgré des condamnations par la CEDH, sont parfois difficiles à comprendre. L'auteur décrit par exemple l'annulation du mariage d'un couple considéré comme hétéro par l’État français qui a refusé le changement d'état civil de l'un des membres au nom de l’interdiction du mariage entre personnes de même sexe.

    Je ne connais pas grand-chose concernant les besoins des personnes concernées et encore moins leur histoire. Ce petit livre m'a permis d'avoir enfin des informations concernant cette histoire. Il me semble aussi que l'auteur s'inscrit résolument dans une posture militante en faveurs des personnes concernées, en essayant de décrire leur histoire en France, à Paris surtout. J'ai personnellement apprécié ma lecture et j'essaierais d'en savoir plus.

    Image : Éditeur

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  • L'égalité en marche. Le féminisme sous la Troisième République par Laurence Klejman et Florence Rochefort

    Titre : L'égalité en marche. Le féminisme sous la Troisième République
    Autrice : Laurence Klejman et Florence Rochefort
    Éditeur : Presses de la fondation nationale des sciences politiques
    Pages : 356

    Lorsqu'on parle de féminisme on nous répond souvent en mentionnant des groupes récents dont les actions sont mises en contradiction avec celles des féministes en faveurs du droit de vote et d'élection, au XIXème siècle et début du XXème. Cela permet de créer une échelle des bonnes et mauvaises pratiques, celles qui sont les plus récentes étant considérées comme mauvaises car trop extrêmes. Mais qui sont et comment militent les féministes de ce qu'il est commun de nommer la première vague. Les autrices de ce livre essaient de nous répondre à l'aide de l'analyse d'un corpus important d'archives françaises. Il est difficile de synthétiser ce livre qui est non seulement assez épais mais qui est aussi très riches, aussi bien en personnes qu'en groupes analysés. Je vais donc tenter de mettre en avant quelques aspects qui laissent sûrement une grande partie du livre de côté.

    La lutte principale des féministes décrites dans ce livre, qui s'intéresse à la période 1860-1939 avec peu d'informations pour les années postérieurs à la guerre mondiale de 1914-1918, est la possibilité de voter et d'être élue. C'est une question générale en Europe et l'avancée du droit de vote est général au début du XXème siècle avec une France un peu retardataire. L'accès au vote implique de trouver des hommes alliés. Leur rôle est décrit par les autrices. On trouve des chefs de groupe qui essaient de constituer des mouvements féministes mais aussi un certain nombre de députés qui tentent de faire avancer la cause au niveau parlementaire, malgré les difficultés. Ainsi, les féministes de la Troisième République doivent aussi penser le rôle que les hommes peuvent avoir dans leurs groupes, avec l'idée d'en faire des alliés politiques voire de les amener à s'occuper des tâches ménagères.

    Lorsque l'on parle de suffragistes on pense immédiatement à des femmes bien coiffées et habillées porteuses de pancartes et organisant des débats. On oublie souvent que les britanniques ont aussi organisé des attentats à la bombe, des grèves de la faim et que l'un d'entre-elles s'est jetée sous une voiture. Il existe donc une possibilité de choisir la voie du radicalisme et des actions violentes. Les autrices se demandent si ce choix a été fait en France. Elles concluent que malgré l'existence d'un groupe féministe radical la violence ne fut que peu utilisée mais a permis une attention médiatique importante alors que les peines furent finalement assez légères. Les autrices sont forcées de se demander pour quelle raison la violence ne fut que peu utilisées. Une explication pourrait être, selon elles, l'importance moindre de la religion dans les groupes français.

    Enfin, j'ai souvent eu l'impression d'un mouvement assez suranné, voire conservateur, en particulier en comparaison avec la seconde vague des années 60-70. Cependant, les autrices démontrent que cette impression est fausse. Les féministes de la Troisième République posent des questions qui sont encore d'actualité aujourd'hui, certaines allant jusqu'à refuser le mariage comme une souillure imposée par les hommes. Il faut parler, bien entendu, des mouvements néo-malthusiens qui militent en faveurs du contrôle des naissances par des procédés contraceptifs et abortifs, parfois comme un moyen d'éviter la pauvreté. La pensée de ces mouvements permet de discuter du contrôle de leur propre corps par les femmes. J'ai aussi noté des tentatives de réformes de la langue française en direction d'une langue plus neutre, par la création de mots nouveaux. Ces efforts font tout autant débats qu'aujourd'hui. Ainsi, loin de ne se concentrer que sur le vote les féministes étudiées dans ce livre posent des questions nombreuses et importantes sur le fonctionnement de la société, de la langue et de la mode qui permettent de comprendre que les débats actuels ne sont pas toujours récents.

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  • Iceman 2. Absolute Zero par Grace, Gill et Rosenberg

    Titre :  Iceman 2. Absolute Zero
    Auteur-e-s : Grace, Gill et Rosenberg
    Éditeur : Marvel 8 mai 2018
    Pages : 112

    Ce second volume, dernier de la série, contient Iceman (2017) 6-11. Bobby Drake est un enseignant, un mutant et gay. Bien qu'il doive lutter contre sa famille, qui ne le comprend pas, et des groupes religieux fanatiques sa vie se déroule assez bien. Actuellement, il se trouve à Los Angeles afin de parler du passé à ses camarades des Champions. Tout en marchant dans la rue il fait la connaissance d'une personne qui pourrait bien être son premier rendez-vous, du moins si tout se déroule comme prévu. Mais se préparer à une sortie en amoureux, même secondé d'ami-e-s, est bien plus effrayant que d'affronter des Sentinelles !

    SPOILERS

    Je ne vais pas le cacher, ce second volume est un peu moins bon que le premier. On garde les mêmes éléments que dans les premiers numéros, comment s'accepter et avoir une vie amoureuse après des années de refus, mais les auteur-e-s semblent ne pas savoir dans quelle direction se rendre. J'ai presque l'impression qu'il y avait des idées mais sans savoir exactement de quelle manière les mettre en place. Le fait que la série se soit terminée après 11 numéros n'a probablement pas aidé à inclure une véritable intrigue dans ce second volume. Ce qui n'empêche pas de créer une relation amoureuse plutôt sympathique.

    Les auteur-e-s ont aussi la bonne idée de terminer les intrigues mises en place auparavant, bien que cela se fasse dans un cadre plus large. Ainsi, on retrouve Daken et Amp, le jeune ado qui a fugué de l'Institut Xavier. Là encore, les auteur-e-s ne peuvent pas développer la relation entre les deux vilains et Iceman mais on a tout de même quelques scènes sympathiques. Au moins, leur histoire est terminée ce qui m'évite une dose de frustration.

    *
    **
    *** Un second volume un peu plus faible que le précédent qui marque aussi la fin de la série.
    ****
    *****

    Image : Éditeur

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  • Iceman 1. Thawing out par Grace, Vitti, Salazar et Roberson

    Titre :  Iceman 1. Thawing out
    Auteur-e-s : Grace, Vitti, Salazar et Roberson
    Éditeur : Marvel 9 janvier 2018
    Pages : 136

    Ce volume contient Iceman (2017) 1-5. Bobby Drake a récemment fait connaissance avec son double venu du passé, et toujours présent à l'école des mutant-e-s. L'arrivée de son double plus jeune s'est accompagnée d'une révélation inattendue. Bobby Drake n'est pas qu'un mutant. Il est aussi gay. Il s'est caché trop longtemps et il souhaite maintenant découvrir sa véritable identité. Mais même à l'époque moderne il n'est pas facile de vivre ouvertement en tant qu'homosexuel. Et Bobby risque d'avoir du mal à annoncer la nouvelle à des parents qui ont encore du mal à le considérer comme un mutant.

    SPOILERS

    Ce comics n'est pas un comics de super-héros. Certes, on suit un mutant connu qui fait partie des X-Men depuis le début du groupe. Sous son nom de Iceman se cache l'une des personnes les plus puissantes du monde, même s'il montre rarement la pleine mesure de ses pouvoirs. Ce premier volume, sur deux, nous donne quelques combats. Mis à part Juggernaut, Bobby doit s'attaquer à des fanatiques religieux qui considèrent son existence comme un péché et une foule en colère contre un jeune mutant. Le parallèle me semble assez évident...

    La question principale de ce volume concerne la manière dont Bobby, ses ami-e-s et ses parents prennent la nouvelle de son orientation sexuelle. On commence par Un Bobby Drake encore peu enclin à comprendre son identité, mais qui essaie de s'inscrire sur des sites de rencontre. On continue avec une amie, et ex, qui essaie d'offrir à Bobby Drake ce dont il pourrait avoir besoin : du soutien. Bien entendu, ce sont les nombreuses pages entre Bobby et ses parents qui sont les plus importantes. Les auteur-e-s ne tentent pas de créer une histoire qui finit bien depuis le début. Au contraire, les choses ne se déroulent pas très bien. Mais cela permet aussi d'offrir quelques très belles scènes.

    *
    **
    ***
    **** Si vous cherchez des combats gigantesques passez votre chemin. Le propos de cette série concerne une personne qui décide de ne plus justifier de sa véritable identité, malgré les problèmes que cela implique.
    *****

    Image : Éditeur

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  • Comme des garçons

    1969 à Reims, l'équipe locale de football masculin retourne en seconde division après une saison difficile. Les médias locaux, et en particulier Paul Coutard, n’épargnent pas le président du club. Mais ce président est membre de la fédération française de football et une véritable institution dans la ville. Le mettre en question est dangereux. Coutard est sanctionné par sa hiérarchie. Il est chargé d'organiser la kermesse du village avec Emmanuelle Bruno. Celle-ci est organisée et compétente. Coutard, lui, ne veut que s'amuser et mime la compétence. C'est sur une incompréhension que Coutard décide que le meilleur moyen d'amuser les foules est de créer une équipe de foot féminine. Mais son idée va vite le dépasser alors qu'il est forcé à prendre cette équipe au sérieux.

    SPOILERS

    Pour une histoire, basée sur la véritable équipe de football féminine de Reims, qui s'attache à des femmes il y a beaucoup d'hommes. Et surtout il y a beaucoup d'hommes qui gardent leur pouvoir de décision. Coutard est l'exemple parfait du sexiste qui se croit gentil. Il drague toutes les femmes qui passent car il les considère d'abord comme de futures conquêtes sexuelles et non comme des humaines. Pire encore, il vole les idées, il se moque et surtout il n'a absolument pas conscience de la tutelle juridique subie par les femmes de l'époque. C'est avec surprise qu'il apprend que le mari ou le père doit donner un accord ! Malheureusement, encore une fois, le beau-parleur stupide et sexiste réussit à être accepté malgré ses nombreuses erreurs et à gagner le cœur de la femme qu'il aime.

    Outre Coutard, il y a d'autres hommes. Les policiers, les joueurs, les habitants de la ville... mais aussi les membres de la fédération qui réfute toutes possibilités de football féminin tant qu'ils ne sont pas mis au pied du mur. Il est bien montré que le fonctionnement de cette équipe ne peut fonctionner qu'en amatrice sur des terrains non-officielles. Car, n'ayant pas de licence, elles n'ont ni le droit de jouer dans des matchs officiels ni le droit de louer des stades. Le film montre tout de même leur souhait de se soutenir mutuellement, malgré leurs différences, mais aussi les dangers de leurs activités (comme l'une le dit, certaines risquent de perdre leur travail). La dernière scène est la plus intéressante puisque l'équipe choisit en commun de jouer, de garder Coutard ainsi que la tactique à utiliser contre l'équipe adverse. Après tout un film durant lequel elles subissent les choix de Coutard, elles peuvent enfin prendre leurs propres décisions !

    *
    **
    *** Un petit film sympathique avec plein d'imperfections. Bien que les personnages féminins soient très drôles elles sont malheureusement effacées par cette tête à claque de Coutard !
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    Image : Allociné

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  • Ladybird

    Sacramento, Christine, qui a choisi le nom de Lady Bird, vit avec sa famille dans un milieu modeste de la ville. Sa mère est une infirmière psychiatrique qui est obligée de faire des heures supplémentaires tout en s'occupant de la maison. Son père risque de perdre son travail. Son frère et sa compagne vivent dans la même maison tout en travaillant dans le magasin du quartier. Lady Bird, elle, est encore une adolescente au lycée. Elle souhaite faire de l'art mais elle ne sait pas si elle est douée. Elle veut rester avec sa meilleure amie mais elle voudrait être plus populaire. Elle veut ressembler aux femmes de magazines tout en espérant que sa mère la trouve belle. Mais son véritable rêve est de quitter Sacramento afin d'étudier dans une université de la côte est, New York si possible. Mais ses résultats ne sont pas en faveurs d'un tel choix et sa mère elle-même n'est pas certaine de l'accepter.

    SPOILERS

    J'ai beaucoup aimé ce film, mais je ne sais pas exactement pour quelle raison. En revanche, je sais que ce film se situe dans un genre connu, et souvent mis en scène, le passage de l'enfance à la vie adulte lors de l'adolescence. Lady Bird n'est pas montrée comme une jeune femme égoïste, du moins je ne le comprends pas ainsi, mais comme une adolescente qui tente d'atteindre ses rêves et qui est frustrée par le milieu dont elle provient. A de nombreuses reprises, le film nous montre de quelle manière Lady Bird réagit lorsqu'elle est confrontée à un problème. Ceci est montré dès le début du film. Lady Bird et sa mère sont dans leur voiture après avoir fait une tournée des universités. Elles écoutent, silencieuses, une adaptation d'un roman classique. Les deux réagissent exactement de la même manière. Mais dès que la cassette s'arrête elles commencent à se disputer, l'une sur le besoin de devenir adulte et l'autre sur le souhait de rêver. La dispute se termine lorsque Lady Bird préfère sauter de la voiture en marche au lieu d'écouter sa mère. À mon avis, l'essence du film est parfaitement résumée lors de cette scène, une des premières. La relation entre l'adolescente et sa mère sont compréhensibles en quelques minutes. Le reste du film continue sur la même voie en dépeignant le passage par plusieurs moments qui pourraient marquer l'entrée dans la vie adulte.

    Ce que j'apprécie dans ce film ne concerne pas seulement sa mise en scène ou son thème. J'ai aussi beaucoup aimé le jeu des acteurs et actrices ainsi que l'écriture des dialogues. Il m'arrive souvent d'avoir une impression d'étrangeté face aux dialogues. Ils ne me semblent pas toujours être ce qu'une personne dirait réellement. Ce problème est particulièrement important dans les films qui mettent en scène des enfants (je parle de toi Harry Potter). Bien entendu, écrire un film implique de créer des dialogues afin d'atteindre un certain but. Mais il ne faut pas oublier la nécessité de toucher des personnes réelles, non en se moquant mais en se rapprochant par la dialogue. Dans ce film, les interactions entre les personnages et leurs propos me semblent "réels." J'ai l'impression d'avoir des personnes qui parlent librement en face de moi, qui réagissent normalement face à des situations particulières. Honnêtement, c'est une bouffée de fraicheur.

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    ***
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    ***** Dès la bande annonce j'ai voulu voir ce film, avec quelques craintes. Je ne regrette pas du tout mon choix et il est probable qu'il reste l'un de mes préférés de l'année 2018.

    Image : Allociné

    Site officiel

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  • La grande chasse aux sorcières en Europe aux débuts des temps modernes par Brian P. Levack

    Titre : La grande chasse aux sorcières en Europe aux débuts des temps modernes
    Auteur : Brian P. Levack
    Éditeur : Champ Vallon 1991 (1987)
    Pages : 281

    Qu'est-ce qu'une chasse aux sorcières ? Le concept a été galvaudé par certaines personnalités qui s'estiment visées par une telle chasse, oubliant toujours les relations de pouvoir en défaveur de la victime que cela implique. Il est donc toujours une bonne idée de se lancer dans un ouvrage sérieux pour mieux comprendre de quoi on parle. Ce livre de Brian P. Levack est une traduction d'un ouvrage qui propose une synthèse de la chasse aux sorcières européenne entre le XVème et le XVIIIème siècle. Le but est donc de nous donner une somme minimum d'informations pour comprendre l'étendue mais aussi les raisons d'une telle panique face à des crimes que l'auteur qualifie d'imaginaires (se plaçant donc en contradicteurs des personnes qui pensent que sous le terme de sorcellerie il faut comprendre que d'anciens cultures de la fertilité persistaient). Pour cela, il met en place 8 chapitres dont un introductif et un conclusif, dans lequel il examine la survivance de la sorcellerie jusqu'à nos jours.

    Les chapitres 2 à 5 sont autant de moyens pour l'auteur de nous expliquer pourquoi une chasse aux sorcières a eu lieu. Il y examine plusieurs causes qu'il relie sous le terme de "concept cumulatif de sorcellerie." Ces différentes causes sont nombreuses et, selon l'auteur, la perte de l'une aurait pu avoir un impact défavorable sur l'imminence d'une chasse. Comme d'autres personnes, il débute son étude sur les racines intellectuelles, soit la création de la sorcellerie comme danger social. En effet, la peur d'un tel crime ne peut pas se concevoir sans la mise en place d'une peur du diable, et du mal, dans la société. Les théologiens pensent le monde comme soumis aux assauts du diable, rendu plus puissant pour l'occasion. La sorcellerie n'est plus une simple tentative de lancer des sorts mais une preuve de l'existence d'une secte sataniste.

    Bien entendu, la pensée intellectuelle est inopérante si des personnes n'agissent pas pour créer un crime. Ainsi, Brian P. Levack examine, dans un autre chapitre, la mise en place et le fonctionnement d'une nouvelle procédure judiciaire qui permet à l'état d'accuser sans avoir besoin de trouver des victimes. Même si cette procédure, inquisitoriale, permet d'attaquer plus de personnes et abaisse les droits de la défense, cela n'implique pas qu'il n'y ait pas de limites. Ainsi, la torture est possible mais elle suit des restrictions importantes. Le but ultime de la torture est de recevoir des aveux. Mais ceux-ci doivent être répétés le lendemain, de manière libre. Par contre, le jugement peur se baser sur l'impression de culpabilité et non sur des preuves importantes. Enfin, l'auteur examine le contexte social et démontre que celui-ci peut avoir un impact. En effet, la pauvreté et les épidémies inexpliquées ont une tendance à rendre les relations sociales plus difficiles. Il devient plus facile d'accuser une autre personne de ses malheurs ou de jalouser une personne qui ne souffre pas autant.

    Le "concept cumulatif de sorcellerie" est ensuite mise à l'épreuve afin d'expliquer les dynamiques des chasses aux sorcières dans différentes régions d'Europe. L'auteur y examine aussi bien les pays anglo-saxons que la France, les pays nordiques, le sud de l'Europe et, bien entendu, les pays germaniques sous influence du Saint-Empire ce qui implique le territoire helvétique. L'auteur explicite pour quelles raisons certains territoires, en particulier le sud de l'Europe et une partie des pays Anglo-saxons n'ont pas connu une chasse aux importante (bien que la colonie anglaise de Salem soit une examinée aussi). Selon l'auteur, il faut prendre en compte le droit mais surtout l'envie des élites de s'attaque au crime de sorcellerie. Il démontre que les cours de justice centrales ont tendance à minimiser les casses tandis que les cours locales peuvent être très sévères. Ainsi, l'une des explications concerne la centralisation des pouvoirs et la possibilité de faire recours. Mais les chasses dépendent aussi des croyances des élites. Et celles-ci sont en mutation durant la période. Une nouvelle philosophie sceptique met en doute la véracité des aveux tandis que des médecins commencent à en parler non comme une preuve du diable mais comme une maladie qui doit être traitée. Bref, durant la période l'arsenal intellectuel commence à se briser face à des changements idéologiques au sein des élites, ce qui permet d'empêcher de nouvelles chasses.

    Image : Éditeur

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  • The Handmaid's Tale par Margaret Atwood

    Titre : The Handmaid's Tale
    Autrice : Margaret Atwood
    Éditeur : Penguin 18 avril 2017
    Pages : 336
    TW : viol, meurtre, esclavage

    Les États-Unis sont un pays de grande liberté, combattant pour la démocratie dans le monde entier. Mais alors que la relation entre l'URSS et les États-Unis devient moins tendues un petit groupe de révolutionnaire agit dans l'ombre. Soudainement, le parlement est massacré tandis que le président est assassiné après une attaque contre la maison blanche. Après un moment sous état d'urgence et la suspension de la constitution une nouvelle république se forme : la République de Gilead. Mais celle-ci n'est pas basée sur la démocratie ou la liberté. Elle est basée sur la Bible et tout ce qui est contraire au texte doit être supprimé et oublié. La société est reconstituée afin de suivre les préceptes du livre et les femmes sont organisées en trois ordres : les femmes mariées, les servantes sous le nom de Martha et les servantes écarlate. Celles-ci sont chargée de porter les enfants des hommes les plus hauts placés, leur corps n'est plus le leur mais une ressource nationale et même leurs noms sont effacés, elles ne sont plus que des propriétés. Ce livre est l'histoire de l'une d'entre-elles.

    SPOILERS

    Ce livre est récemment adapté à la TV mais avant de terminer la série je voulais lire le roman, ce qui me permet de comprendre de quelle manière l'adaptation fonctionne. En effet, le livre parle souvent de souvenirs de "la vie d'avant". Du point de vue de l'écriture, ceux-ci sont intéressants non pas seulement par les indices qu'ils nous donnent sur la vie de l'héroïne, Offred, mais surtout de la manière dont ils sont écrits. En effet, Offred est interdite de manger et boire certaines substances accusées de mettre à mal la production de bébés. Mais elle peut toujours sentir, voir, entendre. Les sens, dans ce livre, ont une importance majeure car ils lancent les souvenirs, souvenirs de repas, de sensations. Mais ils permettent aussi de mettre en avant un manque. L'un des plus importants, répété pendant une bonne partie du livre, est le toucher. Offred est interdite, elle ne peut ni toucher ni être touchée en dehors d'un rituel précis. L'autrice décrit l'effet que cela a sur une personne de ne pas ressentir la présence d'une autre quand elle est souhaitée. Ainsi, les sens sont au centre de ce livre et de l'expérience de l'héroïne.

    Mais ce livre est aussi une dystopie. Il décrit un régime autoritaire qui fonctionne sur un ordre hiérarchique précis et la force militaire. La surveillance est omniprésente, à la fois discrète et visible. Selon sa position hiérarchique seules certaines activités sont permises ou interdites, les femmes ayant l'interdiction de lire et écrire. Mais peu d'indices nous sont montrés sur la raison de la mise en place de ce régime. On apprend de quelle manière tout a commencé et les premières attaques sur la liberté, basées sur la nécessité de sécurité après une attaque terroriste. On comprend que, idéologiquement, le régime défend son existence par la nécessité de recréer une population caucasienne, les juifs et autres religions étant expulsées tandis qu'une politique raciste basée sur l'ethnicité est sous-entendue. Mais, rapidement, on ne possède que quelques indices. Ceci est, selon moi, une réussite. En effet, le coup d'état a été formé en secret et Offred ne pouvait pas comprendre ce qui se déroulait dans le passé. Dans le présent, elle est interdite de lecture et d'informations. Elle ne peut donc connaitre que des rumeurs ou ce qu'on lui dit. L'absence d'informations sur le fonctionnement et la mise en place du régime est logique quand on prend en compte le fonctionnement du roman. Ce qui n'empêche pas de deviner certaines choses et de faire des liens avec notre monde, la mise en place de Gilead semble avoir été à la fois rapide et facile en se basant sur des procédés légaux en place dans le cadre d'une démocratie.

    Je souhaite prendre un peu de temps pour parler de la dernière partie du livre. Celle-ci suit directement la fin du roman, qui prend la forme d'un cliffhanger. Cette dernière partie change le fonctionnement du roman puisqu'il est qualifié de source historique récemment retrouvée et éditée par des experts, masculins, de la période décrite dans ce qui est un journal rédigé après les faits. Cette partie prend la forme d'un procès-verbal d'une conférence d'historien-ne-s spécialisé-e-s de la période. Ce qui est maintenant un document est discuté. Est-ce que celui-ci est réel ou est-ce une contrefaçon ? De quelle manière prouver sa réalité et retrouver les personnes impliquées. Cette partie est intéressante parce qu'en imitant la forme scientifique elle permet de remettre en question la construction de l'histoire. En histoire, il est nécessaire d'user de sources imprécises qui ne donnent pas toujours les informations que l'on souhaite, quand ces sources existent. Il faut aussi se poser la question de ce qui est décrit, de la raison de l'écriture et de l'identité de la personne derrière les mots. Mais ces informations ne sont pas toujours faciles à retrouver. De plus, et cela me semble particulièrement important ici, il faut rester en partie détaché lors de la lecture. Selon moi, il n'est pas anodin que l'historien qui analyse le roman soit un homme. Offred s'était vu dépouiller de son identité et tente de décrire sa vie dans un récrit qu'elle construit elle-même. Un homme se l'approprie et le critique selon des critères qu'il pense scientifiques. L'effet en est d'effacer à nouveau l'expérience d'Offred.

    *
    **
    ***
    **** Une écriture mélancolique, un roman dans lequel il ne se passe que peu de choses, une intrigue politique importante dans le contexte actuel. Cependant, la lecture n'est pas facile et il est nécessaire de s'accrocher.
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    Image : Éditeur

    9780525435006

  • Amours égales? Le Pacs, les homosexuels et la gauche par Daniel Borrillo et Pierre Lascoumes

    Titre : Amours égales ? Le Pacs, les homosexuels et la gauche
    Auteurs : Daniel Borrillo et Pierre Lascoumes
    Éditeur : la Découverte janvier 2002
    Pages : 144
    TW : Homophobie

    La France n'a pas connu que le débat sur le mariage sans discriminations. Avant cela, elle a connu un lourd débat sur l'opportunité du Pacs. Débat que la Suisse a aussi mis en place, alors que nous nous préparons à la possibilité d'ouvrir le mariage aux couples de même sexe. Il m'a semblé intéressant de m'intéresser au processus qui a porté le Pacs pour deux raisons. Premièrement, je souhaitais mettre en perspective le fonctionnement du débat sur l'ouverture du mariage aux couples de même sexe en France. Est-ce que les obstructions et la parole homophobes ont aussi été une tactique dans le cadre du Pacs ? En second lieu, il me semble important, en Suisse, d'observer les expériences d'autres pays afin de savoir de quelle manière défendre l'égalité. En ce qui concerne le processus politique français nous avons l'exemple à ne pas suivre.

    Selon moi, l'information la plus importante de ce livre concerne le parallèle entre le Pacs et l'ouverture du mariage aux couples de même sexe. Bien que les auteurs ne puissent pas faire cet effort, le livre ayant été écrit en 2002 soit 11 ans avant le débat sur le mariage, je pense qu'ils ont probablement identifié ce processus d'homophobie. En effet, les auteurs décrivent un débat que les opposants tentent de détruire en deux phases. Premièrement, les parlementaires font de l'obstruction forçant le débat sur de longues années. En second lieu, les opposants non parlementaires tentent de relier l'homosexualité à un danger social majeur pour la civilisation, se basant sur des recherches scientifiques parfois peu neutres. La gauche, elle, ne défend que timidement l'accès à une forme d'égalité en vidant de sa substance politique le Pacs. Les auteurs, ici, considèrent que la gauche défend une forme de hiérarchie des sexualités avec l'hétérosexualité comme pinacle et l'homosexualité toujours inférieure.

    Les auteurs vont plus loin que simplement démonter les mécanismes qui ont permis la mise en place du Pacs après de nombreuses années de débats. Ils tentent aussi de démontrer que la défense de l'égalité pour les couples de même sexe implique non pas des débats moraux mais des débats de justices. Ainsi, selon les auteurs et certaines personnes citées, l'inégalité doit toujours être justifiée dans une démocratie. Ces justifications doivent se baser sur des expertises mais aussi la justice et non sur une moralité qui défend un point de vue comme bon et un autre comme mauvais. Ainsi, le travail des auteurs consiste à observer les arguments aussi bien des opposants que de la gauche afin de montrer deux choses. D'une part, la droit et les tribunaux justifient une inégalité de traitement qui se base sur des arguments moraux contre une opinion publique en grande partie favorable à l'égalité. D'autre part, le travail de la gauche qui vise à vider de conséquences politiques le Pacs et sa nécessaire mutation en mariage aboutit à l'abandon des valeurs de la gauche et de la démocratie face aux opposants. Bien que certains arguments en faveurs du Pacs, en particulier l'argumentation visant à résoudre un problème concret, soient acceptables il reste nécessaire de poser la question de la subsistance d'une sous-citoyenneté dans une démocratie se présentant comme universelle. À tel point que la gauche peut se baser sur une argumentation critique de l'égalité et des droits humains. Enfin, l'accès à l'égalité par le mariage ne doit pas empêcher une réflexion critique sur cette institution, et la possibilité future de la dépasser voir de la supprimer.

    Au final, après le débat français sur l'ouverture du mariage il me semble intéressant et nécessaire de lire ce petit livre. Bien que sa construction m'ait parfois frustré, j'aurais aimé plus d'ouverture vers d'autres pays ainsi qu'un historique de certains groupes. Il permet d'inscrire les opposants au mariage dans une logique qui débute lors du Pacs. Pire encore, il permet de comprendre l'incapacité de la gauche française à défendre les valeurs d'égalité et donc ses atermoiements face à la PMA. De plus, alors que la Suisse se prépare lentement à ce même débat, ce livre permet aux défenseurs de la démocratie et de l'égalité de tous et toutes de préparer le processus de défense face à des opposants féroces et homophobes. Ce livre met en scène ce qu'il ne faut pas faire et permet d'observer des pistes non seulement pour l'accès au mariage mais aussi une critique d'une institution qui n'a rien de naturel.

    Image : Éditeur

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  • Histoire de la sorcellerie par Colette Arnould

    Titre : Histoire de la sorcellerie
    Autrice : Colette Arnould
    Éditeur : Tallandier 1992
    Pages : 494

    Durant la Renaissance de nombreux bûchers, dont en Suisse, furent mis en place afin de brûler l'une des menaces les plus importantes de l’époque : les sorcières. Mais identifier les personnes ne permet pas toujours de comprendre les raisons idéologiques derrière le massacre des sorcières. Colette Arnould essaie, dans ce livre épais, de nous expliquer de quelle manière, durant plusieurs siècles, la croyance envers le pouvoir des sorcières et leur danger s'est imposé et a permis des procès, la torture et la mise à mort d'un nombre impressionnant de personnes. Pour cela, elle se base sur de nombreux textes qui courent de l'Antiquité à quasiment notre époque.

    Bien que le livre soit construit en 10 chapitres on pourrait l'expliquer en créant des parties plus courtes. La première et la seconde sont, en quelques sortes, l'introduction du livre. Dans les premiers chapitres l'autrice tente de nous expliquer de quelle manière le diable a été pensé et de quelle manière la magie a été construite. Pour cela, elle décide de partir de l'époque antique pour, ensuite, écrire un essai sur l'identité du diable durant l'Antiquité tardive et l'époque médiévale. Deux de ces chapitres sont assez difficiles à lire car assez laborieux dans l'écriture et l'explication. Suit un chapitre sur l'hérésie et sa signification dans le cadre de l’Église et de la société médiévale. Ces chapitres permettent de créer un fond idéologique sur lequel le reste du livre repose afin d'expliquer les raisons des bûchers.

    Suivent trois chapitres qui permettent d'examiner la pensée de la sorcellerie comme un danger ainsi que la montée des outils qui permettent de s'y attaquer. L'autrice s'intéresse ici plutôt à la moitié de l'époque médiévale dès le XIème-XIIème siècle. Elle y met en évidence les décisions des papes mais aussi les créations de l'Inquisition et de leurs droits dans le monde médiévale. Plus important encore, elle explicite le fonctionnement des textes démonologiques qui parlent du diable et de la sorcellerie. Après ces chapitres on comprend mieux comment une frange de la société pense le monde, malheureusement l'autrice n'explique pas de quelle manière cette pensée se répand dans le peuple.

    Enfin, les chapitres VII et VIII entrent dans le vif du sujet en examinant les débuts des procès de sorcellerie. L'autrice explique de quelle manière les textes et idées précédentes sont utilisés afin de s'attaquer aux personnes incriminées et justifier l'usage de la torture ainsi que de la mort. Ces chapitres décrivent une époque, qualifiée de Renaissance, durant laquelle la raison fonctionne en même temps que les croyances en des pouvoirs supérieurs (ce qui n'est pas forcément incompatible). Ces deux chapitres permettent à l'autrice de mettre en avant son hypothèse principale. Selon elle, les procès de sorcellerie sont à la fois un outil politique et un indice d'une "société malade". L'autrice explique que, pour elle, les inquisiteurs, le peuple, les religieux et religieuses sont victimes d'une forme de pathologie mentale. Ces chapitres continuent sur la fin des procès avec une ouverture sur notre époque qui marque, pour l'autrice, une continuité d'une forme de croyance en certains pouvoirs mais avec un diable qui n'a plus rien à voir avec le danger qu'il créait à l'époque médiévale.

    Les premières pages de ce livre ne sont pas faciles à lire. La lecture me fut laborieuse et, semble-t-il, je ne suis pas le seul à l'avoir ressenti. Mais, les deux premiers chapitres passés, les choses deviennent de plus en plus intéressantes. Cependant, il me semble dommage que l'autrice laisse transparaitre une forme de mépris pour les personnes de l'époque. Bien que l'on puisse condamner les raisons politiques et idéologique de la mise à mort de femmes, qualifiées de sorcières, il faut aussi prendre en compte une époque, ses tensions, ses problèmes. Personnellement, je ne suis pas totalement convaincu par l'hypothèse de l'autrice. Si je dois faire une comparaison, le livre de Silvia Federici me semble bien mieux réussir à prouver son hypothèse.

    Image: Éditeur

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  • Caliban et la Sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive par Silvia Federici

    Titre : Caliban et la Sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive
    Autrice : Silvia Federici
    Éditeur : Entremonde et Senonevero 2014
    Pages : 403

    Quel fut l'origine du capitalisme ? Comment la mise en place de ce mode de production impacta-t-il la société et les rapports entre classes mais aussi entre les hommes et les femmes ? Silvia Federici tente de répondre à ces questions dans un lire ambitieux. Celui-ci prend comme point de départ l'époque médiévale pour ne se terminer que plusieurs siècles plus tard. Le but est de mettre en avant des évènements clés afin de les placer dans un processus de création du capitalisme. De plus, l'autrice souhaite nous montrer que ces processus ont eu un impact fort sur les femmes, devenues largement inférieures et contrôlées. Enfin, ce processus a eu un impact mondial. L'autrice tente d'expliquer l'origine du capitalisme afin de mieux critiquer son fonctionnement actuel.

    Je pense que l'on pourrait, globalement, diviser ce livre en deux parties. La première serait, pour l'autrice, un moyen de mettre en lumière le passage d'une économie féodale à une économie capitaliste. Bien que l'on ne puisse pas dire que la féodalité soit un système de liberté l'autrice essaie de nous montrer que les paysans possédaient des droits et des moyens de luttes. Ainsi, la possession de la terre n'est pas aussi régulée que de nos jours et il est parfaitement possible de fonctionner selon une communauté des biens, en particulier de la terre, qui permet d'éviter la pauvreté aux personnes les plus fragiles. Ces droits ont petit à petit disparu au profit d'une privatisation des terres qui eut comme impact de créer une forte pauvreté. De plus, les luttes sont nombreuses et peuvent mettre en danger les seigneurs locaux. Outre les hérésies qui peuvent mettre en avant une pensée égalitariste il y a eu des révoltes contre les devoirs et la fin d'un système de communauté.

    La seconde partie pourrait s'intéresser aux effets sur les femmes aussi bien en Europe que dans le reste du monde. L'autrice se concentre sur la chasse aux sorcières qui eut lieu en Europe et dans les colonies amérindiennes. Elle tente de nous expliquer que celle-ci permet de briser les solidarités face à des personnes en marges de la société, justement à cause des mutations économiques présentées auparavant. Ainsi, les principales victimes sont des femmes pauvres, veuves, accusées d'user de pouvoirs magiques afin de subvertir l'ordre naturel du monde. L'autrice nous montre aussi que les sorcières sont des personnes qui possèdent des savoirs aussi bien de guérison que de gestion de la procréation. Ces savoirs sont considérés comme potentiellement dangereux puisqu'ils impliquent une contraception, considérée comme une perte pour l’État. La chasse aux sorcières n'est donc pas une simple hystérie mais un effort organisé pour briser une communauté et des savoirs anciens, considérés illégitimes dans un ordre économique et politique nouveau.

    Il est difficile de présenter en quelques lignes toutes les réflexions de l'autrice, je préfère vous conseiller de lire le livre. Les réflexions de l'autrice sont nombreuses, elles se basent aussi bien sur une analyse féministe que sur la critique de Marx et de Foucault. Les notions demandées pour comprendre ce livre sont nombreuses et la lecture peut être difficile. Cependant, il est étonnant que, à mon avis, la prose de Federici soit si limpide. À aucun moment je n'ai eu l'impression de me perdre dans la réflexion de l'autrice. C'est pourquoi, malgré des questions que je me pose sur certains points historiques, je pense que ce livre est nécessaire pour comprendre le monde tel qu'il fonctionne actuellement.

    Image : Éditeur

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  • Jessica Jones: Alias 2. Pourpre par Brian M. Bendis et Michael Gaydos

    Titre : Jessica Jones: Alias 2. Pourpre
    Auteurs : Brian M. Bendis et Michael Gaydos
    Éditeur : Panini comics 4 mai 2016
    Pages : 336

    Ce second tome contient les épisodes 16-28 d'Alias ainsi que What if Jessica Jones had joined the Avengers 1. Jessica Jones est une détective privée de New York. Elle a eu une courte carrière d'héroïne. Celle-ci s'est brusquement terminée du jour au lendemain. Depuis, Jessica Jones a troqué le costume clinquant avec une veste en cuir et des bottes. Elle s'occupe des petits problèmes du petit monde de la ville sans faire trop de vagues malgré quelques ennuis qu'elle peut avoir de temps en temps. Elle se rapproche aussi bien de Luke Cage, l'homme fourmi ou encore Matt Murdock dont elle est la garde du corps. Cependant, Jessica Jones est de plus en plus connue. Ainsi, on la contacte de plus en plus concernant des affaires étranges. Et, pire encore, alors qu'elle rentre chez elle une jeune femme habillée comme Spider-Man lui demande de l'aide avant de fuir.

    L'épisode What If mis à part, ce tome est constitué de trois parties. La première concerne l'enquête sur Spider Woman, la second est l'origine de Jessica Jones et la dernière concerne Killgrave et son lien avec Jessica Jones. Ce second tome continue sur la lancée du premier en étant réaliste. Jessica Jones agit comme une femme réelle et non comme un personnage de comics. Elle jure, elle engueule, elle se bat quand c'est nécessaire mais en détestant cela. Lorsqu'elle se trouve avec un homme les deux adultes sont nus. Bref, c'est un comics qui ne censure pas.

    Ce refus de censurer se retrouve dans les intrigues qui sont toutes particulièrement violentes non seulement physiquement mais aussi psychologiquement. Ce second tome est rempli d'abus. Ceux-ci sont aussi bien psychologiques que physiques allant jusqu'aux viols. Donc, si vous souhaitez lire ce comics préparez-vous. Le thème commun des intrigues concerne donc les abus. Et, pour cela, les auteurs (dont aucun n'est de genre féminin) utilisent des personnages masculins abuseurs. Que ce soit des dealers qui utilisent les corps des femmes ou Killgrave qui peut utiliser tout le monde contre leur gré. Ainsi, l'histoire de Jessica Jones est fortement impactée par sa rencontre avec celui-ci. L'écriture de leur histoire commune est particulièrement glaçante.

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    ***** Tout aussi bon que le premier tome, des intrigues horribles

    Image : Site de l'éditeur

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  • Hidden Figures

    C'est une information qui commence à sortir de plus en plus. Les femmes ont bien plus aidé la science qu'on ne le croit. Mais, soit elles ont fait des découvertes attribuées ensuite à des hommes soit elles travaillaient dans l'ombre pour faire ce que ces hommes si intelligents ne souhaitaient pas accomplir (comme des calculs). Ce fait est encore plus vrai pour les personnes de couleurs et, en plus, les femmes de couleur. Ce film adapte un livre afin de faire connaître trois femmes qui ont travaillé pour la NASA mais dont les contributions sont pratiquement inconnues. Ce sont, pourtant, trois figures indispensables à la réussites du programme spatial des États-Unis.

    Le film commence au début des années 60. Alors que les russes ont réussi à envoyer un Spoutnik puis envoient un homme en orbite les USA, eux, ont échoué à faire la pas de l'espace. Dans la NASA beaucoup de personnes travaillent et un grand nombre de calculs sont écrits et résolus. Mais qui s'en occupe? Dans des salles un peu à l'écart on trouve des femmes de couleurs nommées "computers" dont le travail est de résoudre des calculs le plus vite possible et de travailler à court terme pour des hommes blancs. Le film nous présente trois femmes. Katherin Johson se retrouve en plein milieu du groupe chargé de calculer la trajectoire du futur astronaute. Dorothy Vaughan est à la tête des mathématiciennes de couleur et se lance dans l'informatique et la programmation. Mary Jackson est une brillante ingénieure mais qui n'a pas le titre. Le film nous présente ces trois personnes, leur vie et leurs problèmes avec l'administration et la société alors que les USA tentent de percer dans la course à l'espace.

    Que penser de ce film? Son avantage le plus important est de suivre trois personnes en même temps. Plutôt que de ne montrer qu'une seule génie on nous explique que toutes ces femmes sont extrêmement intelligentes. Ce qui permet d'éviter l'écueil du destin extraordinaire et de mieux parler du groupe bien que seules trois femmes soient montrées. Personnellement, je trouve le film réussi. On sent la frustration et une certaine colère face aux injustices de la ségrégation. Mais on sent aussi sa stupidité. Ainsi, Katherin Johnson doit faire 50Km pour trouver des toilettes. Malheureusement, à mon avis, le film oublie un peu de nous parler de son sujet. Ainsi, la ségrégation raciale est montrée mais les tensions en hausse sont à peine dépeintes et ce très rapidement. Pire, à mon avis, aucun des hommes blancs n'est vraiment mauvais. Oui, ils sont méprisants mais dès que Katherin Johnson leur prouve ses capacités ils l’acceptent. Rien ne semble vraiment difficile dans la lutte pour les droits civils. Même le grand patron est montré comme quelqu'un qui ne prend en compte la ségrégation que lorsque cela pose problème au travail à accomplir. Dans le cas contraire il reste totalement aveugle à ce qui se déroule sous son nez. Bref, un bon film, réussit mais que je trouve un peu trop gentil.

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    ***** Un film très réussit sur des femmes fascinantes pour parler d'une histoire peu connue.

    Image : Site officiel

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  • Les alinéas au placard. L'abrogation du délit d'homosexualité (1977-1982) par Antoine Idier

    Titre : Les alinéas au placard. L'abrogation du délit d'homosexualité (1977-1982)
    Auteur : Antoine Idier
    Éditeur : Cartouche 2013
    Pages : 201

    Entre 1977 et 1982 le Code pénal français change. Il passe d'un délit d'homosexualité, hérité du régime de Vichy, à une abrogation de ce délit sous la férule socialiste de François Mitterrand. Mais un tel changement ne se déroule pas sans raisons. Pourquoi et comment est-il devenu difficile, si ce n'est impossible, d'accepter un délit spécifique à une orientation sexuelle ? Quels sont les personnes et les arguments qui permettent d'abroger cette particularité de la loi ? Antoine Idier, s'intéresse à la presse, aux hommes et femmes politiques, aux militant-e-s de l'époque et aux archives afin de mieux comprendre l'histoire et le contexte de cette abrogation. Il y répond en 7 chapitres.

    Le premier, le troisième et le cinquième présentent les associations de droit et de défense des personnes homosexuelles. L'auteur y examine la mise en place de nombreuses associations de nature politique après Arcadie. Que ce soit le FHAR, le GLH ou encore le CUAR les années 70 sont l'occasion de tenter plusieurs expériences afin de se faire entendre. Certaines tentent d'atteindre le niveau politique par des appels ou des sondages tandis que d'autres sont révolutionnaires. Le CUAR, par exemple, s'intéresse d'abord à la défense des personnes interdites de travail avant de se porter sur l'abrogation du délit d'homosexualité. Ces associations agissent dans un contexte qui permet, de plus en plus, le retournement des accusations contre les tribunaux. Comme exemple, l'auteur s'intéresse à deux affaires qui font du bruit au niveau national.

    Les quatre autres chapitres s'intéressent plus précisément à la mise en œuvre politique de révision du Code pénal français et, spécifiquement, à l'abrogation du délit d'homosexualité. L'auteur montre qu'il existe plusieurs phases. Tout d'abord, la présidence de Valéry Giscard d'Estaing nomme une commission chargée de la réécriture du Code pénal. Les membres entendent Michel Foucault. De plus, les débats s'inscrivent dans un contexte de remise en cause de l'ordre moral pénal avec une attention particulière à l'homosexualité et à l'enfance (un débat qui nous surprend beaucoup lorsque nous vivons dans les années 2000). Mais ce n'est qu'un début qui, rapidement, est mis en sommeil alors que la présidence souhaite agir sur la criminalité. C'est au Sénat que la seconde phase se met en place. Un sénateur propose, et réussit, à faire abroger le délit d'homosexualité. Cependant, l'Assemblée Nationale refuse cette abrogation. Ce n'est qu'après la victoire socialiste que l'abrogation est possible. L'auteur nous explique que le contexte a changé. Bien que les arguments contre, et pour, soient identiques les associations se sont largement mobilisées en faveurs des socialistes tout en montrant leur force en nombre. Rapidement, la nouvelle présidence accepte plusieurs revendications et parvient, difficilement, à convaincre les député-e-s.

    Ce livre est particulièrement intéressant à lire dans le contexte actuel, suisse ou français. En effet, la France a voté le droit au mariage pour les personnes de même sexe mais refuse le débat sur la PMA et la GPA ce qui crée une insécurité juridique importante pour certains enfants au nom de leur protection (je ne dis pas que la PMA et la GPA sont une bonne idée mais je considère qu'un débat est nécessaire). En Suisse, les choses avancent en direction d'un droit au mariage mais lentement. Dans les deux cas, on retrouve des arguments proches de ceux que le livre décortique. Les personnes favorables souhaitent la fin d'une discrimination tandis que les opposants parlent de défense d'une morale et des enfants face à une orientation sexuelle qualifiée de dangereuse voir proche de la criminalité. Replacer ces arguments dans une histoire plus ancienne, bien que récente, permet de démontrer qu'il existe des précédents.

    Image : Amazon

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  • Only ever yours par Louise O'Neill

    Titre : Only ever yoursisbn9781848664159-detail.jpg
    Auteure : Louise O'Neill
    Éditeur : Quercus books 3 juillet 2014
    Pages : 400

    Le futur, la Terre est morte. Une grande partie des continents sont maintenant sous l'eau. La vie animale comme végétale n'est qu'un lointain souvenir. Personne ne sait vraiment à quoi ressemble le monde car l'humanité, mourante, s'est réfugiée sous-terre. L'extérieur n'est plus qu'un vague souvenir. Dans ce monde la population a drastiquement chuté. C'est la raison pour laquelle les ancêtres ont décidé qu'il était couteux d'avoir des bébés féminins. Il est bien mieux de les créer en éprouvettes. Et puisqu'on peut les créer pourquoi ne pas en profiter pour les rendre "parfaites » ? Ces femmes sont ensuite éduquées. Elles doivent apprendre à être féminines et à accepter leur rôle dans une société masculine. Elles n'ont que trois choix : être une compagne chargée de faire des enfants mâles pour un héritier précis, devenir des concubines qui prennent en charge le bien-être physique des hommes ou encore devenir des "chastes" chargée de l'éducation des jeunes filles. L'une de ces filles est Freida. Nous la suivons dans son quotidien de dernière année et ses efforts pour être la parfaite compagne d'un homme.

    Tout d'abord, j'ai décidé de lire ce roman après la présentation que Tête de Litote en a fait. Je l'en remercie et je vous invite à vous rendre sur sa chaine. Only ever yours pourrait être classifié dans les Young Adults post-apocalyptiques. L'intrigue nous permet de suivre une jeune personne, une femme, qui vit dans un contexte futuriste dictatorial. De nombreux romans de ce genre ont réussi à capter l'attention et même à être adaptés au cinéma avec plus ou moins de réussites. Cependant, Only ever yours me semble différent. En effet, il n'y a pas un gramme d'espoir dans ce livre. Sa lecture est peut-être particulièrement difficile. Alors que vous pensez que le pire est passé vous découvrez, par une simple mention, que les choses sont au-delà de l'horrible. Bref, ce n'est pas un livre que l'on apprécie lire mais c'est un roman qui tente de nous faire réfléchir sérieusement au monde contemporain.

    Comment fonctionne le monde créé par Louise O’Neill ? Les femmes sont qualifiées d'inférieures (d'ailleurs les prénoms féminins sont écrits sans majuscules au contraire des prénoms masculins). Leurs buts sont soit la procréation, soit la sexualité soit l'éducation. Il n'y a aucun espoir d'échapper à ces trois choix. On pourrait penser que ce n'est qu'une simple société de classe sexiste mais les choses sont bien pires que cela et le talent de l'auteure est de nous en montrer juste assez pour nous laisser peindre ce que cela implique.

    Premièrement, tout est écrit selon le point de vue de Freida. Bien que cela nous empêche d'avoir un point de vue global on entre véritablement dans le corps et l'esprit du personnage. Et c'est ici que se trouve, à mon avis, le génie de l'auteure. Louise O'Neill décrit parfaitement bien une atmosphère étouffante, aliénante, dans laquelle Freida tente difficilement de survivre. Tout est construit pour créer cette atmosphère. L'auteure décrit extrêmement bien ce qui permet cette atmosphère. Les miroirs omniprésents, le jugement constant, l'importance de l'apparence sur tout le reste, l'importance de faire des enfants, l'incapacité à se retrouver seule. Et les choses sont pires quand on apprend, vaguement, comment fonctionne l'extérieur. Il en ressort une société sexualisée, remplies d'abus physiques et psychologiques contre les femmes, raciste, patriarcal, grossophobe, homophobe et tout cela au nom de la survie et de la nature. Mais surtout, ça parle de nous.

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    **** Je ne crois pas que l'on puisse apprécier une lecture aussi déprimante. Mais on peut louer le talent de l'auteure et sa capacité à décrire le fonctionnement d'un monde pour mieux parler du notre.
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    Image : Éditeur

  • Hermaphrodites and the Medical Invention of Sex par Alice Domurat Dreger

    Titre : Hermaphrodites and the Medical Invention of Sex9780674001893.jpg
    Auteure : Alice Domurat Dreger
    Éditeur : Harvard University Press 2000
    Pages : 268

    Qu'est-ce que le sexe ? Plus précisément, qu'est-ce qui différencie les hommes des femmes (et inversement). Durant des siècles la question s'est posée dans le monde médical. L'auteure, Alice Domurat Dreger, tente de répondre à la question en examinant l'histoire de l'hermaphrodisme (ou intersexualité pour les personnes qui choisissent ce terme). Bien qu'il existe quelques sources écrites par les intéressé-e-s même la plupart des écrits concernant l'hermaphrodisme au XIXe siècle sont médicaux. Ce sont les docteurs qui examinent les patient-e-s qui expliquent leurs trouvailles et les questions et réponses apportées du point de vue médical. L'auteure a récolté ces écrits et les examine dans 7 chapitres. Le dernier, la conclusion, est spécifiquement dédié à notre époque et à l'effet des actes chirurgicaux sur les enfants, les familles et l'éthique.

    Dans ce livre je pense que l'on peut observer deux fils rouges. Premièrement, la question de la différence des sexes est posée. Alors que notre époque différencie le sexe, naturel, du genre, social, et de la sexualité ces termes sont indifférenciés au XIXe siècle. Ainsi, être une femme implique de se comporter en femme, d'avoir un corps féminin et d'être attirée par les hommes. Être un homme implique un corps masculin, un comportement masculin et d'être attiré par les femmes. En gros, comme le dit l'auteure, un corps possède obligatoirement un sexe, et un seul, qui implique des conséquences aussi bien comportementales que de sexualités. Cependant, cette division de l'humanité est attaquée par l'existence de deux groupes de personnes. Premièrement, les personnes attirées par des personnes de même sexe. Ensuite, les personnes au sexe anatomique douteux. Sous le terme douteux on comprend une difficulté à catégoriser la personne en tant qu'homme ou femme. Ainsi, les docteurs de l'époque se voient forcé d'une part d'agir sur les corps afin de les "normaliser" mais aussi de redéfinir l'hermaphrodisme afin que la règle d'un sexe unique par corps soit respectée par la nature.

    Le second fil rouge concerne la pratique médicale. Celui-ci est particulièrement mis en avant dans la conclusion mais il traverse tout le livre. En effet, les docteurs dans leur quête de normalisation agissent selon l'impression qu'un sexe douteux implique des problèmes psychiatriques (dont, par exemple, l'homosexualité). Il devient nécessaire de cacher l'imperfection, à notre époque, afin d'éviter les problèmes posés. De plus, il est nécessaire de défendre un certain ordre social. Celui-ci peut être défendu par la publicité qui permet de réassigner une personne dans sa "véritable" identité et donc d'empêcher des mariages ou des comportements. Mais c'est aussi un moyen de défendre la sexualité qualifiée de normale, soit la pénétration. Ainsi, plusieurs auteur-e-s expliquent que les actes chirurgicaux sont basés sur une idéologie hétéro-sexiste. Enfin, le livre pose la question des pratiques éthiques du corps médical. Est-il normal d'agir sur un corps sans le consentement de la personne ? Peut-on réellement exercer une chirurgie lourde sans avoir d'informations sur les effets à long terme ? Le secret, défendu par des praticiens, est-il une atteinte au droit des patient-e-s ?

    Au final, ce livre est extrêmement intéressant. En effet, il pose des questions sur les pratiques paternalistes d'un corps de métier qui possède un pouvoir important sur nos corps. Bien que les docteurs décrits étaient certains de leur bon choix ceux-ci ont pu être douloureux pour les patient-e-s et avoir un impact négatif sur leurs vies. Il montre aussi que les sexes ne sont pas aussi "naturels" qu'on ne le croit. Ceux-ci, en effet, sont examinés et compris dans une époque, une culture et une idéologie précise mais aussi un état de la connaissance des corps humains.

    Image : Éditeur

  • La garçonne et l'assassin. Histoire de Louise et de Paul, déserteur travesti, dans le Paris des années folles par Fabrice Virgili et Danièle Voldman

    Titre : La garçonne et l'assassin. Histoire de Louise et de Paul, déserteur travesti, dans le Paris des années folles9782228906500.jpg
    Auteur-e-s : Fabrice Virgili et Danièle Voldman
    Éditeur : Payot mai 2011
    Pages : 173

    En 1925 une femme quitte son domicile afin d'aller voir la police parisienne. Elle se nomme Louise et elle vient de tuer son mari. Ce drame clôt plusieurs années de vie de couple, de parenté et de fuite durant la guerre. Ce ne pourrait être qu'un assassinat "ordinaire." Une femme ne peut plus supporter les coups d'un homme violent. Prise de peur pour sa sécurité et celle de son enfant elle décide de tuer le monstre. Mais ce n'est pas un crime ordinaire. Car Paul, durant la guerre, a déserté. Afin de ne pas être reconnu il s'est travesti. Le procès n'est plus celui d'une assassin mais celui d'un homme coupable d'avoir traversé les frontières de genre afin de ne pas accomplir ses devoirs masculins envers la patrie.

    Les auteur-e-s nous décrivent longuement la vie du couple. Les deux partenaires sont originaires d'un milieu ouvrir plutôt modeste. Les deux familles se sont rendues à Paris pour trouver du travail. Mais le père de Paul quitte la famille et Paul n'aime pas sa mère. Depuis son enfance il est décrit comme difficile et peu travailleur à l'école. Ce qui ne l'empêche pas de terminer avec succès un apprentissage qualifié qui lui permet de vivre un peu mieux que ses collègues. Un succès bloqué par ses classes puis la guerre durant laquelle il déserte, se travesti, découvre l'amour libre et sa bisexualité. Après la guerre, il essaie de continuer son mode de vie dans un Paris tolérant mais dans une certaine limite. Car Paul double ses transgressions sexuelles de transgressions de son rôle d'homme. Il est alcoolique et paresseux et menace et bat sa femme ainsi que la mère de Louise. Cette dernière provient du même milieu. Mais là où Paul est mal considéré Louise est décrite comme sérieuse, intelligente, pleine de ressources mais aussi une femme consciente de son rôle. Elle aide son mari mais pas comme militante, selon les descriptions de l'époque, mais comme une femme dévouée. C'est après cette peinture que les auteur-e-s vont décrire le procès et essayer de comprendre pour quelle raison Louise fut acquittée à l'aide de l'analyse des journaux, de l'enquête de police et des archives du procès et des avocats.

    Selon les auteur-e-s, il aurait été possible d'analyser ce cas selon de nombreux thèmes. Les auteur-e-s ont choisi de prendre en compte le genre. En effet, les deux époux transgressent de nombreuses manières l'ordre genré. Et le procès met en lumière ces transgressions afin d'alourdir la charge contre l'un ou l'autre membre du couple. Louise est décrite comme une mère et une femme parfaite. Face aux frasques de son maris elle aide sa famille, elle se dévoue à lui, elle aide ses parents et elle travaille. Bien qu'elle ait aidé son mari à se travestir et l'ait accompagné aux vois de Boulogne, dans lequel elle trouva un amant, ces transgressions sont oubliées face à ce qui est qualifié d'un acte maternel de protection face à un homme dangereux et violent.

    Car Paul, parallèlement, est très mal considéré. Sa vie est faite de transgressions. Sa désertion aurait dû aboutir à sa mort mais il a réussi à se cacher ce qui lui permit de profiter des lois d'amnistie. Pire encore, cet homme décide de se faire passer pour une femme. Celui lui permet de ne pas travailler, aidé financièrement par sa femme, de créer une relation monétaire avec des hommes et de femmes rencontrées dans les bois et de préparer, lors de l'amnistie, une carrière dans le spectacle qui n'aboutira jamais. Suite à cet échec Paul s'enfonce de plus en plus. Les auteur-e-s essaient d'expliquer, sans toujours avoir les éléments, la raison de cette perte de soi. Paul est un ancien soldat et il est possible que son alcoolisme et ses colères aient été influencée par cette expérience traumatisante. Ensuite, Paul ne veut plus travailler comme ouvrier. Bien que son intelligence et ses capacités professionnelles lui permettent de meilleurs salaires que la plupart des personnes il souhaite se détacher de son environnement afin d'entrer entièrement dans un milieu artistique d'amour libre. Ainsi, le procès a permis de créer deux personnes. Louise, une femme et mère parfaite, et Paul, un homme transgresseur. Le procès a été le lieu de l'inversion de l'accusation. Louise est devenue une victime tandis que Paul devenait un agresseur. Par ce renversement de l'accusation les auteur-e-s expliquent que le tribunal protégeait l'ordre social.

    Image : Éditeur