08/08/2015

Intimités amoureuses. France 1920-1975 par Anne-Claire Rebreyend

Titre : Intimités amoureuses. France 1920-197541BPsvDHV1L._SX304_BO1,204,203,200_.jpg
Auteure : Anne-Claire Rebreyend
Éditeur : Presses Universitaires du Mirail 2008
Pages : 340

Ce livre de 340 pages est l'adaptation d'une thèse de l'auteure. Dans sa thèse, et son livre, elle se propose d'étudier l'histoire de la sexualité des français-e-s durant 55 ans. Nous avons donc une peinture de la sexualité durant la presque totalité du XXe siècle. Pour étudier ce sujet intime l'auteure utilise, justement, des sources intimes. Celles-ci ne sont pas des sources judiciaires ou policières mais des journaux intimes, des autobiographies et des lettres le tout assorti de quelques entretiens. C'est donc une histoire "par le bas" qui prend en compte la parole même des personnes pour comprendre leur lien à la sexualité. Le livre est divisé en trois chapitres qui commencent par l'interdiction de la publicité des moyens de contraception, 1920, et se termine par la loi Veil sur l'IVG en 1975.

La première partie s'occupe des années 1920 à 1939 et se nomme L'intime feutré. L'auteur y écrit deux chapitres. Le premier lui permet de mettre en lumière la norme sexuelle. Elle montre l'importance de la conjugalité pour les couples. La rencontre et la sexualité se forment dans le cadre du mariage. Cependant, il existe de personnes qui ne suivent pas les normes. L'auteure y étudie une femme bisexuelle qui explique, dans son journal, son attrait pour les femmes et les hommes. Un second chapitre se concentre sur l'éducation sexuelle. On y découvre que la sexualité et le fonctionnement du corps humain n'est que peu connu. Bien qu'il existe des ouvrages d'éducation sexuelle ceux-ci sont moralisateurs et construit selon le genre de la personne qui le lira. Les informations ne sont donc pas les même pour un homme ou pour une femme.

Une seconde partie parle des années 1939-1965 sous le titre de L'intime questionné. On y trouve trois chapitres. Le premier se concentre exclusivement sur la période de Vichy. Il montre les difficultés de l'amour et de la sexualité alors qu'une partie des soldats sont au front puis prisonniers. Les rôles sont clairement marqués puisque les femmes doivent rester chastes et attendre le mari tandis que ce dernier peut profiter d'une sexualité avec des allemandes ou des camarades. Le flirt, tel qu'il était possible auparavant, devient contrôlé alors que le gouvernement impose son idée du couple parfait. Le second chapitre parle de l'après-guerre. On y trouve deux points particuliers. Tout d'abord, le retour important du flirt qui est tout de même pensé différemment selon le genre. Alors que pour les femmes le flirt doit s'arrêter avant la sexualité les garçons considèrent que le flirt doit se terminer par la sexualité. Dans tous les cas, les filles flirtent mais ce sont les garçons qui créent la possibilité et qui lancent les actes. Le second point concerne la possibilité pour les filles d'avoir une sexualité avant le mariage. Alors que les garçons ont cette possibilité depuis longtemps les filles la découvrent tandis qu'une nouvelle catégorie se forme. La fille sérieuse, qui décrit celle qui résiste, et la fille facile, celle qui ne résiste pas, sont accompagnées de la fille amoureuse qui peut accepter une sexualité s'il y a amour. Mais les divisions entre les catégories sont floues et il est facile de passer de l'une à l'autre. Enfin, l'auteure termine cette partie en montrant la perte de force de l'amour conjugal. Celui-ci est remis en question alors que des femmes expriment leur mal-être. Dans le même temps, le contrôle des naissances est un problème de plus en plus important pour les femmes qui peuvent se sentir fatiguées et envahies.

La dernière partie prend en compte les années 1965-1975 sous le titre L'intime exhibé. On y trouve deux chapitres. Le premier pose la question de la libération sexuelle. Elle montre non seulement les changements qui ont cours pour les personnes adultes qui voient leurs possibilités étendues mais aussi pour les jeunes qui, malgré tout, restent dans le cadre d'une conjugalité. Bien que le flirt soit bien plus poussé et que les corps soient plus montrés. Un second chapitre nous parle de l'aspect médical. Celui-ci prend tout d'abord la forme de la sexologie qui, sous couvert de bonne sexualité, recrée une norme qui doit être suivie et que les individus tentent de suivre tout en se posant des questions sur leurs propres pratiques. Tandis qu'un second point nous parle de la réception de la contraception et de l'IVG. Celles-ci sont maintenant bien plus accessibles mais combattues (et le sont toujours) avec des termes que l'on retrouve encore maintenant

Au final, nous avons un livre très intéressant. L'usage de sources écrites par les personnes même permet de passer outre un discours médical, théorique ou judiciaire pour observer ce que font et pensent les français. Bien entendu, ces sources ne sont pas sans problèmes puisque les personnes se censurent, recréent leur passé ou tentent de se montre sous un beau jour. Mais cela n'enlève rien à l'intérêt de leur usage et de leur analyse et permet à l'auteure de montrer des changements qui se préparent avant même le temps de la révolution sexuelle.

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31/05/2015

Bad girls in Britain. Gender, justice and welfare, 1900-1950 par Pamela Cox

Titre : Bad girls in Britain. Gender, justice and welfare, 1900-1950
Auteure : Pamela Cox
Éditeur : palgrave macmilan septembre 2012
Pages : 228

Enfin ! Enfin après plusieurs semaines de lectures plus ou moins interrompues j'ai terminé ce petit livre anglais de Pamela Cox. L'auteure nous pose une question simple : qu'est-ce que la délinquance juvénile et, plus spécifiquement, qu'est-ce que la délinquance des jeunes filles ? Durant la première période du XXe siècle le monde occidental a connu de nombreuses réformes autours de la mise en place de tribunaux spécifiques aux enfants. Avec cela il fut mis en place des institutions d'étude des enfants délinquants afin de comprendre pourquoi on entre dans ce type de vie. Mais il y avait aussi de nombreuses institutions gérées par des privés que ce soient les églises ou des associations plus ou moins laïques. Ce livre permet de tracer le fonctionnement de la protection des jeunes filles durant le premier XXe siècle.

Le livre de Pamela Cox est divisé en 8 chapitres. Chacun de ces chapitres permet d'analyser un aspect particulier. Que ce soient les problèmes de définitions, de comptabilités, de politiques publiques, de diagnostics mais aussi de réformes et d'écritures chacun de ces thèmes permet de comprendre un peu mieux comment fonctionnait la protection des jeunes filles. Car ce livre s'attache non pas aux garçons mais aux filles. Ces dernières sont vues comme particulières car les filles, selon les commentateurs de l'époque, sont moins sujettes à la délinquance que les garçons (et encore moins aux gangs). Les jeunes filles, par contre, sont en risques d'entrer dans une délinquance sexuelle plutôt que violente. Les femmes qui sont à la fois violentes et en groupe sont donc des raretés qui posent de nombreux problèmes pour les institutions. Mais ce que Pamela Cox nous montre n'est pas seulement l'opinion envers les filles. Elle nous montre que la protection de l'enfance, bien que définie comme un moyen d'aider, est avant tout un moyen de punition. Cette punition fonctionnement par un contrôle particulièrement étroit de familles entières considérées comme dangereuses par leur constitution même. Pamela Cox nous montre aussi que les filles sont formées à un rôle spécifique qui s'accroche à une division genrée de la société. En effet, le travail fourni implique de faire des jeunes filles de futures mères de famille via un travail de servante. Ce livre est donc un bon moyen à la fois de comprendre le fonctionnement de la protection des mineurs, de la division genrée de celle-ci et de la manière dont on parle de la délinquance.

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02/10/2014

Familles, institutions et déviances. Une histoire de l'enfance difficile. 1880-fin des années trente par Pascale Quincy-Lefebvre

Titre : Familles, institutions et déviances. Une histoire de l’enfance difficile. 1880-fin des années trente410C1RXC5AL.jpg
Auteure : Pascale Quincy-Lefebvre
Éditeur : Economica 1997
Pages : 437

Ce gros livre est tiré d’une thèse de Pascale Quincy-Lefebvre. L’auteure y fait l’histoire de l’enfance difficile en 3 parties et 7 chapitres. La première partie, constituée de deux chapitres, permet d’examiner comment la famille prend en charge la déviance des enfants. Ceci commence par une analyse des termes utilisés qui permettent de comprendre ce qui pose problème chez les enfants. Dans un second temps, l’auteure utilise les même sources pour comprendre comment les familles comprennent cette déviance. Elle montre que celle-ci a plusieurs origines possibles dont lui-même, des causes externes comme la guerre où l’hérédité et l’âge. Dans le second chapitre de cette partie elle tente de nous montrer quels sont les moyens utilisés pour punir les enfants. Ces moyens passent d’abord par les coups qui sont largement acceptés dans les milieux populaires. Mais ce sont aussi des violences non physiques qui sont utilisées. Celles-ci sont de trois formes : humiliation, peur et privations.

La seconde partie, qui forme le cœur du livre, met en lien les familles et les institutions jusque dans les années 1920. Le premier chapitre de cette partie permet de faire l’histoire du droit de correction paternel. L’auteure montre que ce procédé est de plus en plus critiqué et de moins en moins accepté par les magistrats. La justice tente de contrôler ce qui est vu comme un droit du père qui risque de donner lieu à des abus. Dans le second chapitre elle nous montre quels sont les institutions d’assistance qui peuvent aider les familles à traiter leurs enfants déviants. Elle analyse, en particulier, l’école Théophile Roussel ainsi que d’autres œuvres privées. Enfin, le dernier chapitre lui permet de nous montrer comment il est possible de garder un lien entre enfants placés et familles via la correspondance, les visites et les droits de sortie. Cependant, ces liens ne sont pas toujours voulus par la famille et, souvent, ils sont combattus par les œuvres qui se méfient de l’influence du milieu familial. Il peut devenir difficile de garder un lien entre les membres de la famille à cause de ces restrictions.

La dernière partie part des années 1920 pour montrer les changements qui se sont déroulés jusqu’à la fin des années trente. Le premier chapitre analyse l’apport de plus en plus important à la fois des médecins et des assistantes sociales. Les premiers gagnent en légitimité alors qu’un savoir médical sur l’enfant se constitue. De plus en plus, un problème implique de consulter l’avis d’un médecine. Les assistantes sociales, elles, se constituent en profession de plus en plus acceptée. Leur but est de comprendre l’environnement de la famille ce qui implique un lourd travail d’enquête parfois mal accepté. De plus, leur travail devient utile pour les juges lorsqu’une décision doit être prise. Dans le dernier chapitre ce sont les institutions qui sont examinées. Tout d’abord, l’auteure montre la formation d’une nouvelle institution dont le but est d’observer la psychologie des enfants pour bien le placer. Ce sont aussi les anciennes maisons qui sont de plus en plus critiquées malgré les changements qui s’y font. Il est de moins en moins admis qu’une maison utilise ses pensionnaires comme ouvrier à bas prix sans prendre en compte leur futur. Un contrôle est exigé par les familles et par l’État.

En conclusion, ce livre permet aux personnes intéressées de comprendre comment ont fonctionné les diverses institutions autours de l’enfance qualifiée de déviante. L’auteure, en utilisant un grand nombre de sources, montre une époque de changements qui se concrétisera après la deuxième guerre mondiale. Ces changements se déroulent petit à petit et ne sont pas identiques selon la classe sociale ni selon le lieu. L’auteure montre aussi une époque qui considère comme normale de traiter durement des enfants considérés comme pouvant être dangereux. Ce livre est très intéressant si l’histoire de l’enfance est un sujet qui vous fait envie.

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13/09/2014

Histoire de la sexualité 3: Le souci de soi par Michel Foucault

Titre : Histoire de la sexualité 3: Le souci de soiproduct_9782070746743_195x320.jpg
Auteur : Michel Foucault
Éditeur : Gallimard 1984
Pages : 334

Ceci est le troisième, et dernier, de l’œuvre inachevée de Foucault: L'histoire de le sexualité. Dans le tome précédent Foucault revenait à l'antiquité pour comprendre la sexualité de nos jours. Dans ce troisième livre c'est l'antiquité tardive qui intéresse Foucault. Via l'examen d'auteurs tardifs il montre comment la sexualité était pensée dans une relation entre le corps et la société. Cette analyse se forme en 6 chapitres. Il commence, abruptement, sur une analyse des manières de comprendre ses rêves et, en particulier, la compréhension des plaisirs que l'on a en rêve. Il montre que ces plaisirs, selon leur forme, sont positifs ou négatifs. Ainsi, selon la position sociale de la personne et de ses objets de désir le rêve peut signifier la réussite ou la perte d'argent dans le futur. Dans le second chapitre Foucault montre le besoin de prendre soin de soi dans la culture de l'époque.

Lors du troisième chapitre ce sont les relations sociales qui forment aussi bien le mariage que la société dans son ensemble qui sont examinés. Foucault nous montre comment ces relations étaient pensées et comprises par certains auteurs. Ainsi, par exemple, le mariage passe d'un acte de possession d'une femme mineure à une relation de plus en plus égalitaire où chacun a des droits et des devoirs envers l'autre. Le but étant non pas une relation entre amants mais un partenariat d'amitié durable. Les deux derniers chapitres développent ce point en parlant de la relation d'amour avec les femmes et avec les garçons. Ce dernier point, en particulier, est un moyen pour Foucault de montrer comment l'amour peut être compris selon l'objet de cet amour. Les garçons doivent être pris de force car, s'ils acceptent, ils sont soupçonnés de mollesse. De plus, il s'agit de savoir si l'amour des garçons est supérieur, égal où inférieur à l'amour des femmes. Ceci permet à Foucault de nous montrer plusieurs textes qui développent des arguments classiques tout en les dépassant.

Maintenant que j'ai terminé ce dernier travail de Foucault je peux enfin passer à autre chose. J'ai beaucoup aimer lire ces trois livres mais il faut bien avouer qu'ils sont ardus. Les auteurs mobilisés par l'auteur me sont peu connus et son analyse et parfois difficile à suivre. C'est le cas en particulier de ce troisième livre que je suis loin d'avoir compris dans sa totalité. J'ai, par exemple, eu plus de plaisir à lire Surveiller et Punir qui possède une place importante dans ma bibliothèque.

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30/08/2014

Histoire de la sexualité 2: L'usage des plaisirs par Michel Foucault

Titre : Histoire de la sexualité 2: L'usage des plaisirsproduct_9782070746736_195x320.jpg
Auteur : Michel Foucault
Éditeur : Gallimard 1984
Pages : 339

Je continue dans mon exploration de la pensée de Foucault. Après avoir lu Surveiller et Punir et la premier tome de l'Histoire de la sexualité je me lance dans l'Usage des plaisirs le second tome de la l'Histoire de la sexualité. Je ne suis, bien entendu, pas un expert dans la pensée de Foucault je vais donc tenter de montrer au mieux de quoi ce tome est fait.

Tout d'abord, il faut noter que Foucault a changé son programme. Dans ce second tome il inaugure une étude de la sexualité dans l'antiquité. Il commence par les sources grecques. Celles-ci possèdent plusieurs thèmes que Foucault place en 5 parties. Le premier, "la problématisation morale du plaisir" est un moyen pour le philosophe de comprendre comment la Grèce antique pensait le plaisir. Y avait-il des pratiques considérées comme immorales et, donc, interdites, ou alors un autre modèle? Cette première partie lui permet de poser le décor pour le reste du livre qui analyse plus précisément les choses. Dans la seconde, intitulée "Diététique" Foucault montre que ce qui importe n'est pas la moralité de tel ou tel acte. Non, ce qui est pensé c'est la mesure avec laquelle on accomplit les actes. L'homme grec, car on parle surtout d'hommes dans les sources que Foucault utilise, doit se contrôler pour ne pas tomber un usage désordonné des plaisirs. Cet ordre se forme non seulement pour l'acte sexuel mais aussi pour les plaisirs que peuvent être la boisson et la nourriture.

La troisième partie, "Économique", examine le fonctionnement de la société grecque face aux relations sexuelles et la quatrième partie, "Érotique", étudie ce même sujet au point de vue des garçons. Alors que la femme, dans le mariage, est subordonnée mais libre le garçon est égal, ou du moins le deviendra, et libre. Ceci implique un fonctionnement différent de la relation. Les femmes sont censées obéir et former une maisonnée. Les garçons doivent résister aux attentes mais aussi, et surtout, devenir des amis après avoir été des amants. Bien que les relations sexuelles ne soient pas pensées de la même manière qu'aujourd'hui, l'homosexualité n'existait pas en tant que catégorie, cela ne veut pas dire que les relations doivent être identiques. Foucault termine son livre sur un essai qui analyse ce que serait le vrai amour.

Il faut bien le dire: la lecture n'est pas facile. Foucault n'a jamais été un philosophe dont l'accès était aisé. Ceci est encore plus vrai que cette histoire de la sexualité lorsque, comme moi, on n'a pas une culture très approfondie de l'histoire antique grecque. De nombreux termes grecs me sont inconnus bien que les sources utilisées ne soient pas toutes méconnues de ma part. Bien que la lecture ne soit pas facile, et que je ne puisse pas affirmer avoir compris l'entier du propos, je pense que ce tome permet de remettre en question certains propos qui sont tenus aujourd'hui. Au lieu d'une existence naturelle des relations entre hommes et femmes Foucault montre, ici, que celles-ci sont pensées différemment dans l'histoire et que même dans une époque donnée il existe un grand nombre de discours différents. Ce livre est donc un bon moyen de démontrer que la morale est avant tout une construction culturelle et qu'elle peut se modifier selon les époques.

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17/08/2014

Herculine Barbin dite Alexina B. présenté par Michel Foucault

Titre : Herculine Barbin dite Alexina B.product_9782070144075_195x320.jpg
Auteur : Herculine Barbin
Éditeur : Gallimard 2014
Pages : 258

Nous sommes à la fin des années 70. Alors que Foucault travaille sur son Histoire de la sexualité il tombe sur un texte édité par Tardieu. Après quelques recherches il décide de créer un livre autours de celui-ci. Longtemps il fut difficile de retrouver ce livre mais, cette année, Gallimard a décidé de rééditer. Dans cette nouvelle édition nous avons 5 "parties". La première est une préface écrite pour Foucault pour l'édition américaine. Foucault y explique en particulier que le XIXe siècle voit la réussite d'une nouvelle vision des sexes par la science médicale. Alors que pendant le Moyen Âge, selon Foucault, les hermaphrodites pouvaient choisir leur sexe, l'époque du XIXe impose un examen médical pour trouver le "vrai sexe" de la personne. Ainsi, l'histoire d'Herculine est celle d'une femme qui était, pour les médecins, véritablement un homme.

La seconde partie est constituée des mémoires d'Herculine / Abel Barbin. Celles-ci sont malheureusement incomplètes et ne couvrent que les années de vie en tant que femme. Les mémoires sont écrites aussi bien au masculin qu'au féminin avec un changement selon l'époque. On y découvre comment une femme se rend compte d'une "bizarrerie" dans sa vie puis agit pour tenter de la comprendre. On y observe aussi le comportement des autorités aussi bien ecclésiastiques que médicales face à un cas qualifié d'exceptionnel. Ces mémoires sont complétées par la troisième partie qui ajoute des coupures de journaux ainsi que deux rapports de médecins. Ces rapports sont en grande partie constitués d'un examen de l'anatomie. Le premier a lieu pour justifier du changement de sexe tandis que le second se fait post-mortem après le suicide de celui qui fut Abel Barbin après avoir été Herculine. Ces documents sont suivis d'une histoire romancée et inspirée des mémoires. Elle est écrite par un certain Oscar Panizza. Cette histoire lui permet surtout de dépeindre un scandale dans un couvent.

Enfin, la dernière partie est constituée d'une postface écrite par Eric Fassin. Le chercheur y explique l'intérêt des mémoires d'Herculine / Abel pour les études genre et, surtout, pour les études sur le lien entre le sexe et le genre. En effet, Herculine / Abel ne s'intéresse pas vraiment à ses organes génitaux pour décider de son genre. Elle prend en compte le rapport hétérosexuel. Les médecins qui l'on examiné-e, par contre, fondent leur avis sur l'examen précis des organes génitaux. Bien que l'on pourrait considérer que Herculine / Abel a subi une décision Eric Fassin nous met en garde. En effet, les mémoires permettent de comprendre que ce changement était voulu par Herculine / Abel. Elle a agit en sa direction alors que d'autres personnes conseillaient de se taire.

Ce livre retrouvé permet donc d'illustrer la difficulté d'assigner un genre. En effet, entre les observations médicales et les volontés personnelles la différence est grande même si le but se rejoint. Ces mémoires et les annexes sont un moyen de montrer, par la marge, les effets de l'imposition d'un sexe naturel ou vrai. C'est parce qu'il fallait catégoriser Herculine /Abel que les ennuis qu'elle / il connut virent le jour.

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29/06/2014

Histoire de la sexualité 1: La volonté de savoir par Michel Foucault

Titre : Histoire de la sexualité 1: La volonté de savoirproduct_9782070295890_195x320.jpg
Auteur : Michel Foucault
Éditeur : Gallimard 1976
Pages : 211

J'aime beaucoup Foucault. Je l'ai souvent lu dans le cadre de mes études et j'ai trouvé ses thèses très stimulantes. Je n'avais jamais pris le temps de le lire pour mon propre intérêt. Il fallait bien que je m'y mette un jour et pour me lancer j'ai décidé de commencer par son Histoire de la sexualité. Je présente ici – ou plutôt je vais tenter de présenter – le premier tome de cette histoire intitulé La volonté de savoir.

Ce tome est construit en 5 parties. La première et la seconde permettent à Foucault de mettre en question ce qu'il nomme l'hypothèse répressive. Autrement dit, l'idée que la sexualité à été réprimée et que ce n'est que récemment, lors des événements de 68, que celle-ci a pu commencer à s'exprimer. Foucault pense, au contraire, que ce qui s'est mis en place est une manière de parler de la sexualité. Ces discours sont non seulement nombreux mais aussi très divers dans leurs caractéristiques. Ils sont aussi bien légaux que médicaux ou encore psychiatriques et scolaires. La troisième partie permet à Foucault de présenter l'un de ces discours sur la sexualité. C'est le discours scientifique. Il montre que celui-ci veut montrer le réel du sexe. On y trouve un mécanisme que Foucault montre sous la forme du concept de l'aveu. Car ce discours vrai est basé sur la parole des individus qui doivent dire la vérité à des personnes qu, ensuite, interprètent et classe scientifiquement ce qui a été dit. La quatrième partie permet à l'auteur de programme ce qu'il compte faire. Il y discute méthode et chronologie tout en précisent ce qu'il entend sous certains termes. On y trouve donc à la fois une présentation de la pensée de Foucault mais aussi un programme de recherche. Enfin, la dernière partie permet à Foucault de discuter de ce qu'il nomme le pouvoir de vie et de mort. Il y démontre que, selon lui, le droit de mort a été supplanté par une gestion de la vie. Gestion de comment vivre mais aussi, et surtout, de comment procréer.

Cette présentation est, bien entendu, très incomplète. Il faut prendre en compte la complexité de la pensée de Foucault et le lien important entre ses divers travaux mais aussi avec sa vie même. Foucault écrit pour expliquer ce qui est en train de se dérouler maintenant alors qu'il tente d'agir dans la société sur le sujet. Ainsi, son livre sur les prisons est contemporain de son action dans les prisons. Lire Foucault et le comprendre implique donc de relire ses textes mais aussi de lire entre les textes. C'est la raison pour laquelle je ne peux pas annoncer faire une présentation parfaite en si peu de lignes d'un livre stimulant, facile à lire, mais difficile à comprendre. Je ne peux qu’espérer avoir intrigué.

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