Histoire

  • La Suisse et les transactions sur l’or pendant la Seconde Guerre Mondiale Rapport intermédiaire par Commission Indépendante d’Experts Suisse – Seconde Guerre mondiale

    Titre : La Suisse et les transactions sur l’or pendant la Seconde Guerre Mondiale Rapport intermédiaire
    Auteur-e-s : Commission Indépendante d’Experts Suisse – Seconde Guerre mondiale
    Éditeur : Commission Indépendante d’Experts Suisse – Seconde Guerre mondiale mai 1998
    Pages : 274

    La commission Bergier, du nom de son président, fut chargées dans les années 90 d'examiner les pratiques économiques de la Suisse durant la seconde guerre mondiale. Elle a publié 26 volumes, dont le rapport final, et plusieurs volumes intermédiaires sous forme de rapports. Ces publications furent largement commentées voire refusées par une partie du monde médiatique, politique et scientifique. Cependant, on ne peut passer outre le travail de la Commission si l'on souhaite comprendre l'histoire contemporaine de la Confédération Helvétique. Ce rapport intermédiaire se concentre sur les achats d'or par la BNS et les banques commerciales durant la guerre. Cet examen se forme sur 6 chapitres et des annexes.

    Ce rapport intermédiaire est intéressant mais aussi particulièrement complexe. Les auteur-e-s se concentrent sur un thème extrêmement technique de l'achat et de la vente dans le cadre des banques. Une bonne partie de l'analyse concerne la publication de chiffres et de statistiques basées sur les archives et productions des banques. Ce n'est pas seulement l'achat d'or à la Reichsbank qui est analysée mais aussi les achats d'or des Alliés. Ces analyses démontrent une différence de traitement. La BNS est bien plus souple envers l’Allemagne qu'envers les Alliés.

    Les auteur-e-s se concentrent aussi sur les raisons de l'achat d'or et les défenses mises en place par la BNS face aux revendications des Alliés. La BNS souhaite acheter de l'or pour permettre une défense de la monnaie, qui doit être convertible en or, mais aussi pour permettre une relation commerciale nécessaire pour la Suisse. Les auteur-e-s expliquent que les dirigeants savaient qu'il existait un risque d'acheter de l'or pillé mais ce n'est qu'en 1943 que des arguments en faveurs de ces achats sont construits, face aux pressions des Alliés. La BNS souhaite user de la nécessité de dissuasion économique face à l'Allemagne. Les besoins économiques allemands les auraient forcés à accepter une Suisse libre au lieu d'en prendre le contrôle. Les auteur-e-s considèrent que cet argument est acceptable dans le contexte de l'époque mais que la BNS se trompe sur les besoins allemands. Mais l'argument le plus important sera celui de la bonne foi. Les dirigeants de la BNS demandent des garanties et donc ne peuvent pas être accusés d'avoir acheté de l'or pillé en connaissance de cause. Cette défense sera rapidement intenable lorsque l'ancien dirigeant de la Reichsbank avouera avoir prévenu les dirigeants de la BNS.

    Ainsi, ce rapport intermédiaire est très technique. De nombreuses statistiques sont utilisées pour porter l'argumentation. Les auteur-e-s ont conscience de certains problèmes dans leurs accès aux archives et décrivent celles-ci dans les annexes. Les auteur-e-s considèrent que le travail ne fait que commencer mais que l'achat par la BNS d'or volé est incontestable, tout comme leur connaissance des faits et des risques.

    Site de la Commission

  • Les Mérovingiens Société, pouvoir, politique - 451-751 par Nicolas Lemas

    Titre : Les Mérovingiens Société, pouvoir, politique - 451-751
    Auteur : Nicolas Lemas
    Éditeur : Armand Colin 18 mai 2016
    Pages : 256

    Les mérovingiens sont une famille, une dynastie, qui prend le pouvoir entre la fin de l'époque romaine en occident et le début de l'époque carolingienne. L'époque mérovingienne est constellée de légendes et d'incompréhension. Ainsi, les derniers rois seraient des rois fainéants incapables de régner. Les reines et certains rois seraient des monstres capables de cruautés jamais vues. Pourtant, on a là une famille qui réussit à unir une partie de l'ancien empire occidental autour d'elle. Ce livre permet de mieux comprendre la période et le fonctionnement de l'époque.

    Pour cela, l'auteur écrit 7 chapitres qui s'intéressent aussi bien à des questions dynastiques que des questions religieuses. Ces chapitres sont suivis de quatre annexes qui permettent l'analyse de sources historiques précises selon les connaissances scientifiques actuelles.

    Les différents chapitres tentent de démontrer l'importance d'une période souvent oubliée entre la fin de l'Empire romain d'occident et la renaissance carolingienne. L'auteur se concentre en particulier les changements de société importants qui ont lieu à l'époque. Ainsi, le commerce et le monde se modifient. Le centre du pouvoir prend place au nord de la Gaule tandis que le sud devient potentiellement dangereux. Les pièces en or se raréfient au profit de l'argent, montrant par là une perte du grand commerce.

    Mais l'auteur montre aussi de quelle manière fonctionne cette famille. Elle possède le pouvoir par assentiment des grands mais aussi par la force divine. Seule cette famille peut unir le monde franc et les nombreuses luttes se forment toujours entre membres de la même famille. Il faut aussi prendre en compte le fait que tous les enfants mâles d'un roi pouvaient devenir rois aussi. Il était donc facile de créer des luttes de pouvoir interne qui pouvaient se baser sur des luttes externes plus importants, des aristocrates tentant de défendre leur propre pouvoir. Ce contexte rend difficile la prise de pouvoir par les Pippinides qui doivent justifier de leur devenir de roi.

    Ce court manuel est donc particulièrement intéressant pour les personnes qui souhaitent mieux comprendre une période charnière entre deux grandes civilisations. Une époque qui a sa propre grandeur mais qui marque le passage de la romanité à la civilisation médiévale selon les propos de l'auteur. Je salue aussi l'intérêt des annexes. Mais il est dommage que l'éditeur ait laissé passer de nombreuses coquilles au sein du texte.

    Image : Éditeur

  • Just Mercy / La voie de la justice

    Fin des années 80, Bryan Stevenson décide d'ouvrir un cabinet d'aide juridique en Alabama. Il souhaite, en particulier, se concentrer sur l'aide aux personnes ayant été condamnée à mort car il considère que celles-ci n'ont pas eu accès à une aide juridique adéquate mais il pense aussi que la peine de mort et une dénégation de l'importance de la vie humaine. Bien que son cabinet ait du mal à démarrer il réussit à convaincre Walter McMillian de l'engager. Ce dernier a été condamné pour meurtre après une enquête bâclée. Bryan Stevenson décide de reprendre l'enquête et découvre que toutes les preuves contre son client sont fausses. Débute alors une bataille pour sa libération.

    Spoilers

    La réalisation décide de s'emparer d'un cas précis pour critiquer tout un système. McMillian est un homme jeune et pauvre lorsqu'il est arrêté. Il provient d'une partie pauvre de la ville et tente de vivre avec sa propre entreprise. Le film démontre que rien n'a été fait pour vérifier ses propos et ceux de plusieurs témoins en sa faveurs. Il était coupable avant d'être démontré innocent. En parallèle, il est donné un pouvoir important à des témoins bien moins légitimes du côté du procureur. Tout ceci dans le cadre d'une affaire très émotionnelle pour toute une communauté.

    À l'aide de ce cas précis d'emprisonnement d'un homme innocent qui risque la peine de mort le film s'attaque à un système entier afin de dénoncer le racisme mais aussi l'existence même de la peine de mort. Bien qu'on ne les présente pas autant, d'autres personnages sont mis en avant. La manière dont ils ont été défendus n'est pas adéquate lorsqu'on sait qu'il y a un risque de peine de mort. Le film n'hésite pas non plus à montrer l'importance des actes racistes au sein des forces de police, et le danger que cela implique pour les personnes racisées qui risquent la mort pour être simplement présentes sur le domaine public. Bien que le film se déroule vers la fin des années 80 on sait que ce qui s'y déroule à toujours lieu aujourd'hui, aussi bien aux États-Unis qu'ailleurs.

    *

    **

    ***

    **** Un bon film qui s'attaque à un thème difficile sans pour autant héroïser ses personnages.

    *****

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    Image : IMDB

  • Atlas historique de l'Inde. Du VIème siècle av. J.-C. au XXIème siècle par Arundhati Virmani

    Titre : Atlas historique de l'Inde. Du VIème siècle av. J.-C. au XXIème siècle
    Autrice : Arundhati Virmani
    Éditeur : Autrement 10 octobre 2012
    Pages : 96

    Je ne connais que peu l'histoire de l'Inde. Bien entendu, je suis le produit d'une vision occidentale de l'histoire, défendue au sein des écoles, qui oublie de parler de ce qui n'est pas européen, en dehors de quelques incursions antiques de la colonisation ou encore des luttes anticoloniales. Mais un besoin prochain m'a poussé à combler ce manque dans ma culture historique. Ce premier livre, un autre est prévu, est avant tout un outil de travail pour mieux visualiser le fonctionnement de l'Inde lors de son histoire.

    Le livre est divisé en 5 parties : Inde ancienne, médiévale, coloniale, en direction de l'indépendance et indépendante. Ces parties dépendent de moments historiques précis qui sont parfois imposés par une vision européenne. C'est le cas, par exemple, de la période médiévale qui fut pensée en Europe pour décrire la période de domination musulmane. Mais c'est le cas aussi de la période coloniale, dominée par le Royaume-Uni. Ces 5 grandes parties sont ensuite divisées en courts chapitres thématiques de deux pages.

    Ces chapitres thématiques permettent de porter une introduction à l'histoire de l'Inde. Ils sont constitués d'un court texte probablement basé, bien que l'appareil critique soit absent, sur des recherches. En dehors de ce texte les éditeurs ont ajouté un court extrait d'une source d'époque. De plus, logiquement, l'atlas est constitué de cartes et de schéma qui illustrent le texte. Ce n'est donc pas dans ce livre que nous trouverons une analyse des controverses ou des causes. Au contraire, nous avons un savoir stabilisé qui laisse de côté une grande partie des débats.

    Enfin, il faut mentionner l'existence d'une chronologie ainsi que d'une courte bibliographie. Ces deux ajouts permettent de faire de cet atlas une bonne introduction à une longue histoire aux nombreuses complications. Je salue aussi le travail sur les cartes, plutôt de bonnes qualités.

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  • Histoire de la Rome Antique par Yann Le Bohec

    Titre : Histoire de la Rome Antique
    Auteur : Yann Le Bohec
    Éditeur : Presses Universitaires de France 11 janvier 2017
    Pages : 128

    Cette page l'a souvent montré, les livres sur l'histoire de la Rome antique sont nombreux. Les livres qui se destinent à un public non-spécialiste sont tout aussi nombreux mais tous ne sont pas de grande qualité. Bien entendu, la collection que-sais-je est connue pour éditer des livres synthétiques qui gardent un lien important avec l'état de l'historiographie. Ces petits livres sont souvent un bon moyen d'entrer dans un sujet ou de le connaitre dans ses grandes lignes.

    Ce livre de Yann Le Bohec se concentre surtout sur la période du Haut-Empire mais il n'oublie pas de mentionner le Bas-Empire. Deux chapitres sont consacrés aux origines et à la République. L'auteur y mentionne certaines thèses, comme la réunion de plusieurs villages afin de former de la ville de Rome (une hypothèse contestée). Dans le second chapitre, il explicite la mise en place de la République et son fonctionnement politique. L'auteur mentionner, à raison, que l'on ne peut pas parler de démocratie pour ce régime. Le peuple ne vote que rarement et est soumis au pouvoir politique et religieux du patriciat, décrivant une partie juridiquement constituée du peuple.

    Les 5 chapitres suivant se concentrent sur la période du Haut-Empire. L'auteur y synthétise toutes les questions thématiques et chronologiques que l'on peut se poser. Outre le fonctionnement politique, nous recevons des informations sur la vie de tous les jours de la population. J'ai particulièrement apprécié les propos de l'auteur concernant la vie religieuse. Un thème que je ne connais pas parfaitement en ce qui concerne la Rome antique. Mais la géographie de l'Empire est aussi examinée ainsi que le droit et la guerre.

    Enfin, les deux derniers chapitres se concentrent sur le Bas-Empire et la chute de l'Empire romain d'occident. Au vu du nombre de pages très modestes consacrées à ces quelques siècles l'auteur se concentre, par nécessité, que quelques raisons des crises que connait l'Empire entre le troisième et le cinquième siècle. Yann Le Bohec considère que la fin de l'Empire d'occident est du moins à des événements précisément datés que des changements de nature socio-économique, une position que j'aurais tendance à défendre aussi.

    Nous avons là un très bon petit livre pour les personnes qui entrent dans le sujet et qui souhaitent en savoir plus sur le Haut-Empire. En effet, on peut déplorer l'examen superficiel des périodes monarchistes, républicaine et du Bas-Empire. Cependant, ces manques, mais l'écriture d'un que-sais-je implique des choix, n'enlève rien au travail de Yann Le Bohec.

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  • L'europe barbare. 476-714 par Sylvie Joye

    Titre : L’Europe barbare. 476-714
    Autrice : Sylvie Joye
    Éditeur : Arman Colin 2019
    Pages : 251

    La fin de l'Empire Romain d'Occident et la création des Royaumes barbares est une époque peu comprise. Elle est souvent utilisée pour des raisons politiques qui n'ont que peu à voir avec le fonctionnement réel de cette époque. C'est un contexte de changements basés sur des causes lentes. Des changements qui permettent à de nouveaux royaumes de se constituer tout en restant impliqué dans le cadre de la romanité, qui reste un idéal important. 251 pages ne sont guère suffisantes pour nous montrer toute la richesse de la période mais permettent de créer une bonne entrée en matière.

    Le livre est divisé en 10 chapitres. Les deux premiers permettent de situer le contexte. L'autrice examine d'abord la période tardive de l'antiquité. Elle montre que les changements subis par l'Empire romain, en particulier la création d'une nouvelle capitale et sa division en deux Empires. Elle se concentre en particulier sur l'occident qui subit plusieurs invasions et problèmes économiques. Ce qui force à se reposer sur des peuples dits barbares. Ces derniers sont définis dans le second chapitre. Le terme provient des grecs et marque le fait de ne pas utiliser certaines langues. L'autrice veut surtout éviter les idées peu historiques sur la fin de l'Empire Romain d’occident : sa destruction par les invasions.

    L'autrice essaie de présenter plusieurs royaumes barbares. Elle nous parle des Wisigoths, des Lombards mais aussi des Burgondes. Ces chapitres permettent de montrer ce qui constitue ces peuples et quelles furent leurs divisions et leur manière de gouverner. Mais l'autrice s'intéresse aussi à l'Irlande et au territoire de la Grande-Bretagne actuelle, qui connait des divisions compliquées tout en étant en dehors de la zone romaine. Je ne connais que peu ce dernier point et je trouve dommage qu'elle ne se soit pas un peu plus concentrée sur cette région.

    Bien entendu, elle donne une grande place aux Francs. Elle explique de quelle manière les Francs ont pu gagner en pouvoir et comment les rois francs ont pu contrôler une partie importante de l'Europe occidental. En particulier, la défense des Papes fut un bon moyen de créer une légitimité. Mais les Mérovingiens furent aussi soumis à des luttes intestines contestant les divisions du royaume. Ces luttes ont affaibli la dynastie qui a dû se reposer sur de grandes familles. Petit à petit, les rois ont perdu de leur pouvoir au profit d'une autre famille : les Pippinides.

    Ce manuel s'intéresse aussi aux questions plus sociales. L'autrice examine les rapports sociaux. Elle nous présente, en particulier, le fonctionnement de la justice. J'ai aussi beaucoup apprécié son examen de la religion. Car les royaumes barbares sont rarement catholiques mais ariens. Cependant, cela n'implique pas forcément une attaque contre les catholiques. L'autrice termine son manuel sur un examen plus historiographique et méthodologique. Elle ajoute aussi une chronologie et un lexique, bien utile.

    Image : Éditeur

  • L'europe carolingienne 714-888 par Geneviève Bührer-Thierry

    Titre : L’Europe carolingienne 714-888
    Autrice : Geneviève Bührer-Thierry
    Éditeur : Armand Colin 2019 (2001)
    Pages : 224

    L'époque médiévale me semble être souvent incomprise. Soit on la pense comme un âge d'or de chevalerie et de galanterie soit on l'imagine comme une époque sombre durant laquelle l'humanité a perdu une grande partie de ses connaissances. Ce n'est ni l'un ni l'autre, mais une période spécifique avec ses réussites et ses problèmes. Ce livre s'intéresse à la période carolingienne. Durant celle-ci, une famille a tenté de recréer l'empire romain autours de l'Église et d'un nouvel empereur. Malgré les réussites, cet empire tombera par suite de l'incapacité de défendre l'Europe contre les ennemis internes et externes, en particulier les Vikings.

    On peut diviser ce manuel en trois parties. La première partie, les chapitres 1-6, sont un moyen, pour l'autrice, de nous expliquer de quelle manière l'Empire a été constitué. Elle suit les différents membres de la famille de manière chronologique en explicitant les tensions et problèmes qu'ont connu les membres de la famille. La première tension étant la légitimité des carolingiens, qui se basa sur l’Église. D'autres tentions concernant les liens entre les différents enfants et la couronne impériale. Celle-ci mène à des divisions entre royaumes plus petits qui sont, théoriquement, soumis à l'Empereur. Mais les nombreuses révoltes montrent que cette union est remise en cause.

    Une seconde partie contient les chapitres 7 à 11. L'autrice y parle des aspects sociaux et culturels de l'Empire. Bien entendu, cela implique de parler de la religion. Tout un chapitre y est consacré et montre de quelle manière celle-ci permet de justifier non seulement l'Empereur mais aussi l'union de l'Empire. Bien entendu, l’Église possède un intérêt à un gouvernement qui uni toute l'Europe. D'autres chapitres concernent l'économie, qui subit les attaques Vikings, mais aussi la culture. En particulier, l'apparition de la lettre caroline. Ces chapitres permettent de démontrer l'impact de l'Empire sur le territoire et la culture. Loin d'une ère sombre on y découvre une ère extrêmement active et littéraire.

    Enfin, une dernière partie est constituée par les annexes. L'autrice a inclus un index mais aussi une chronologie. On découvre aussi une bibliographie, des arbres généalogiques et un glossaire des termes utilisés et importants. De plus, l'autrice a publié des traductions de textes de l'époque qu'elle analyse. Cela permet de comprendre comment traiter un texte, comment le situer dans un contexte mais aussi de suivre un plan précis lors des examens donnés aux étudiant·e·s en histoire médiévale.

    Ainsi, ce livre est parfait comme moyen d'entrer dans une période spécifique et comme moyen de révision. Mais il sera aussi intéressant pour les personnes qui souhaitent simplement en savoir un peu plus sur une période passionnante.

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  • Histoire de l'Inde par Michel Boivin

    Titre : Histoire de l'Inde
    Auteur : Michel Boivin
    Éditeur : PUF 1996
    Pages : 128

    Comme beaucoup de personnes, mon parcours scolaire en histoire est principalement européocentriste. Je n'ai vu que peu de choses sur le continent africain, en dehors de l'Égypte antique, et encore moins sur le reste du monde en dehors des luttes contre le colonialisme. Mais je souhaite avoir plus d'informations sur l'histoire de pays qui ne sont pas européens. Cependant, cela implique d'apprendre des concepts et des événements que je n'ai jamais vu auparavant, voilà pourquoi je me suis lancé dans ce petit livre.

    L'auteur nous offre une histoire synthétique de l'Inde en 4 chapitres. Le premier chapitre s'occupe de l'Inde dites ancienne. L'auteur y met en avant des sources archéologiques et religieuses qui permettent de comprendre le fonctionnement politique et social des premières civilisations indiennes. On trouve, dans ce chapitre, des informations concernant les religions et leurs doctrines mais aussi les différentes réformes et les liens avec le politique.

    Un second chapitre s'intéresse aux liens entre l'Inde et le monde musulman. Après avoir subi de nombreuses invasion l'Inde subit une domination de nature musulmane. Mais celle-ci forme de nombreuses dynasties plus ou moins centralisées. Ce n'est que tardivement que se met en place un empire Moghol auquel les différents princes locaux doivent une certaine forme de loyauté. Cependant, l'Empire est assez faible permettant d'ouvrir la voie aux européens.

    Dans un troisième chapitre l'auteur s'intéresse donc au mouvement colonial. Il montre que ce mouvement est d'abord un moyen de commerce de différents pays. Ce n'est que plus tard que l'Angleterre, via la Compagnie des Indes, prend de l'importance. D'ailleurs, ce ne fut pas une politique explicite. C'est la défense des intérêts britanniques qui poussa la couronne à prendre plus d'importance, une importance qui ne fut théorisée sous forme d'impérialisme que durant le début du XIXème siècle.

    Cependant, la domination britannique implique aussi des résistances qui sont décrites par le chapitre précédent. Celles-ci ne sont pas toujours pacifiques et permettent de théoriser une forme de nation indienne face à un empire britannique qui pense l'Inde comme incapable de se gouverner elle-même, en particulier en se basant sur l'idée d'une supériorité raciale britannique. Les résistances durant les deux guerres poussèrent les anglais à accepter des négociations pour modifier le fonctionnement administratif de l'Inde. Mais ce n'est qu'à reculons que l'indépendance est acceptée. Celle-ci implique la création d'une constitution spécifique et d'une lutte entre centralisation et nationalisme. Le dernier chapitre se concentre sur ces tensions liées à des problèmes au sein de la classe politique indienne. Ces tensions impliquent des révoltes liées à des identités religieuses. Cependant, l'Inde réussit tout de même à réguler les souhaits d'indépendances et l'unité centralisatrice.

    Image : Éditeur

  • Downton Abbey

    Comme beaucoup de personnes, je me suis pris à aimer la série Downton Abbey. Celle-ci débute lors de la destruction du Titanic pour se terminer durant les années 20. Elle s'occupe de la famille Crawley, de la petite noblesse britannique. La famille va subir de nombreux changements et événements durant les quelques années de la série jusqu'à mettre en question certaines choses qu'illes pensaient immuables. Mais la série s'intéresse aussi aux servant-e-s de la famille. Toute un petit village d'intrigues et d'amitiés qui se met en scène sous le nez, et sous les appartements, de là l'aristocratie. Tout ceci est connu et le film reprend exactement les mêmes recettes mais, cette fois, Downton Abbey doit se préparer à recevoir le roi et la reine ainsi que leurs servant-e-s.

    SPOILERS

    Toutes personnes qui ont vu la série sait qu'elle minimise certains des problèmes sociaux les plus importants de l'époque. C'est à peine si les luttes ouvrières sont mentionnées et lorsque le progrès industriel est mentionné il est toujours considéré comme un danger pour l'ordre normal, traditionnel. Ce film ne sort pas de ce schéma. Bien que certains personnages ne soient pas monarchistes illes sont toustes dans l'obligation d'éviter le moindre problème. Cela implique en particulier Tom Branson qui est passé de révolutionnaire à capitaliste. Mais je parle aussi de Daisy, mon personnage préféré, et d'Anny. Cette dernière termine une scène sur une défense de l'aristocratie comme centre culturel et économique du monde. L'aristocratie est vue comme une nécessité non comme un privilège qui peut être mis en question et réformé.

    Parler de l'aspect très conservateur de la série est une chose. Parler de Thomas Barrow en est une autre. Ce personnage est probablement le plus malmené de la série. Il subit énormément de défaites et ses collègues ne l'aiment pas parce que... il essaie de passer à un niveau social plus élevé. La fin de la série le voyait heureux d'être enfin la plus haute autorité de Downton, mais il restait un servant après de longs épisodes de ce que nous nommerions un mobbing. Thomas Barrow est aussi gay. Cet aspect est mis en avant à plusieurs reprises mais jamais au profit de Thomas. Au contraire, il risque à plusieurs reprises la prison et tout était montré comme si personne d'autre que lui n'était attiré par les hommes. Le film répare enfin cela en montrant qu'il existe une scène homosexuelle dans le village, même si celle-ci est fortement surveillée. Mieux encore, Thomas a enfin un égal qui pourrait devenir un amant.

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  • Le génocide voilé. Enquête historique par Tidiane N'Diaye

    Titre : Le génocide voilé. Enquête historique
    Auteur : Tidiane N'Diaye
    Éditeur : Folio 2008
    Pages : 311

    TW : Mentions de supplices

    Je me dois de l'exprimer immédiatement, je ne suis pas un grand connaisseur de l'histoire de l'esclavage. En dehors de connaissances scolaires, j'ai lu quelques livres mais rien qui ne me permette d'avoir une connaissance précise des faits et de leur interprétation. C'est la raison pour laquelle on m'a prêté ce livre, avec l'espoir personnel de mieux comprendre une partie spécifique de l'histoire de l'esclavage sur le continent africain.

    Ce livre se concentre sur la mise en esclavage des populations du continent africain par les arabes de confusion musulmane. L'auteur essaie d'en faire un bilan sur le long terme tout en s'intéressant aux sévices infligés. Ceux-ci conduisent l'auteur à considérer que l'esclavage est une forme de génocide puisque les personnes enlevées sont empêchées dans leur capacité de faire des enfants. De plus, l'auteur s'intéresse fortement à l'idéologie qui permet de justifier l'esclavage. Il mentionne, bien entendu, le Coran mais aussi la Bible. Cela lui permet de démontrer qu'il existe une hiérarchie entre les humain-e-s qui permet de justifier l'esclavage. Cette hiérarchie se base sur la "race" mais aussi sur la religion.

    Je suis emprunté dans ma présentation de ce livre. En effet, celui-ci nomme des crimes inhumains. Il met évidence un esclavage massif qui existe encore sous certaines formes. Mais l'auteur ne prouve ses propos que par de vagues références sans jamais nous donner les documents précis. Bien entendu, on peut se baser sur l'histoire oral. L'auteur le fait mais ne nous donne pas sa méthodologie. Mais ce qui me gêne le plus dans ce livre est son examen de l'occident. Il est connu et accepté que la traite atlantique est un crime. Dans ce livre l'auteur semble minimiser ce crime et marquer l'occident comme pourvoyeur de justice face à des musulmans criminels. Cela le conduit même à louer l'action de la Belgique au Congo ! À peine mentionne-t-il les raisons purement économiques derrière la lutte occidentale contre l'esclavage et la colonisation. Et jamais le livre ne mentionne ce qu'a permis l'occident dans les colonies. Cela me parait un manque important qui déséquilibre fortement ce livre et sa thèse.

    Image : Éditeur

  • Histoire des Etrusques par Jean-Marc Irollo

    Titre : Histoire des Étrusques
    Auteur : Jean-Marc Irollo
    Éditeur : Perrin 2010 (2004)
    Pages : 212

    Je peux l'avouer sans honte, je ne connais pratiquement rien à la civilisation étrusque. Pourtant, elle eut une influence importante sur la civilisation romaine, qu'elle contrôla pendant quelque temps. Pendant longtemps, Rome dépendit d'institutions et de rituels provenant des Étrusques. Mais cette civilisation est difficile à comprendre. Non seulement sa langue est encore difficile à comprendre mais elle n'a laissé que peu de traces. On en sait beaucoup à l'aide d'auteurs antiques mais ceux-ci ont parfois enjolivé certaines caractéristiques ou évité de parler des échecs militaires face aux Étrusques.

    L'auteur de ce livre essaie de nous donner une vision complète et synthétique de cette civilisation, les aspects plus spécialisés pouvant être étudié à l'aide d'une courte bibliographique. J'ai été surpris que l'auteur débute son livre par une histoire de l'intérêt envers les Étrusques. Par ce chapitre, il explicite de quelle manière les premières découvertes eurent lieu et qu'elles furent les réactions de la société et des savants face à celles-ci. Il nous présente des pillages qui permettent de revendre des objets ou de les collectionner, ce qui ne fut stoppé que par une politique muséale. Mais aussi des idées négatives envers cette civilisation, par des personnes qui pensent l'art gréco-romain supérieur.

    Les chapitres qui suivent s'intéressent plus spécifiquement à la vie des Étrusques. On y découvre leur art, leurs croyances religieuses mais aussi les actions commerciales et militaires. L'auteur explicite, brièvement, la question débattue des origines. Celle-ci est considérée comme mineure par Jean-Marc Irollo mais permet de comprendre que l'originalité étrusque a en grande partie expliqué l'impression que ceux-ci proviennent d'autres horizons géographiques qu'italiques. Ces chapitres décrivent une civilisation raffinée qui, selon les mots de l'auteur, semble célébrer la vie sur terre. Contrairement aux gréco-romains, les femmes y sont acceptées au sein de la vie masculine comme les banquets ou les combats de lutte. Mais c'est aussi une civilisation qui donne une grande importance aux signes envoyés par les divinités. Ces signes doivent être interprété afin d'y répondre d'une manière adéquate. Rome utilisera longtemps des étrusques pour comprendre ces signes. Enfin, l'auteur termine sur les victoires et les pertes militaires. Alors que le début de cette civilisation se heurte aux grecs, ceux-ci les décrivant comme des pirates, ils conquièrent avant tout pour faciliter le commerce. Celles-ci seront fatales puisque l'une des conquêtes est la ville de Rome que les Étrusques vont largement aider. À la suite de l'expulsion du dernier roi, Tarquin le Superbe, l'histoire des relations entre les romains et les villes étrusques est une suite de guerres jusqu'à ce que les aristocrates étrusques préfèrent s'allier à Rome plutôt que de perdre contre une population socialement inférieure. Ceci marquera le début d'une assimilation au sein de la civilisation gréco-romaine.

    Ce petit livre est avant tout une introduction. L'auteur n'explicite pas les débats scientifiques les plus récents. Il tente de nous présenter ce que nous savons, actuellement, de cette civilisation et de ses liens avec le monde gréco-romain. De ce point de vue, c'est une réussite. Néanmoins, on peut déplorer le manque d'illustrations ou de cartes au sein du texte qui permettraient de mieux comprendre certains aspects, en particulier artistiques.

    Image : Éditeur

  • Des Suisses au coeur de la traite négrière par Olivier Pavillon

    Titre : Des Suisses au cœur de la traite négrière
    Auteur : Olivier Pavillon
    Éditeur : Antipodes 2017
    Pages : 160

    Les travaux sur les relations de familles suisses avec la traite ne sont pas nombreux. Ce n'est que récemment que des historien-ne-s s'y sont intéressé-e-s, nous offrant un livre de base pour comprendre ces liens. Ce livre s'inscrit dans ce mouvement. Il est constitué de trois articles qui permettent d'examiner des exemples familiaux précis afin de comprendre comment elles ont pu avoir des liens avec l'esclavage et la traite. Ces trois familles recherchent toutes la richesse dans les colonies et subissent les changements politiques du continent européen.

    La première est celle des Larguier des Bancels. L'auteur l'examine sur plusieurs générations et sur un espace géographique large. En effet, cette famille tente de gagner en fortune depuis plusieurs générations, malgré des problèmes de dettes, ce qui implique l'achat de fiefs et droits seigneuriaux. Leurs efforts impliqueront des achats en Ile de France. Ces possessions se trouvent dans la tourmente alors que des problèmes de successions et des changements politiques ont lieu. Ainsi, l'un des fils de la famille fait partie des colons qui tentent d'empêcher la lecture du décret d'abolition de l'esclavage. Celui-ci aura bel et bien lieu, au grand regret de la mère de ce dernier qui considère que les anciens esclaves sont dorénavant mieux lotis que les européen-ne-s. Pour finir, la famille perdra toute sa fortune.

    Un second article permet de comprendre de quelle manière trois familles suisses se sont liées afin d'investir dans le commerce maritime. Ces investissements se font à Marseille, alors que la Révolution approche, le but est de consolider les finances et de faire fortune. Mais ces investissements sont particulièrement risqués et peuvent demander plusieurs années avant que l'information n'arrive aux investisseurs. Le nombre important de personnes qui se retrouvent pour un voyage permet de diminuer les risques tout en gardant une possibilité d'enrichissement important. Mais ces trois familles ne vont pas être très heureuses en affaire, tout en ne se posant que peu la question de la traite vue uniquement comme une affaire économique.

    Enfin, une dernière étude de cas se concentre sur Alfred Jacques Henri Berthoud. Ce dernier se rend au Surinam ou il acquiert une petite propriété, qu'il risque rapidement de perdre. Heureusement pour lui, son mariage au sein d'une famille riche lui permet de gagner en statut et en monnaie. Sa femme meurt, mais elle lui laisse tout son héritage au grand désarroi de sa belle-mère. Il rentre en Suisse et ne gère ses affaires que de loin avant de souhaiter les liquider. Il se place en "humaniste" car il tente d'éviter de séparer ses esclaves, ce qui ne l'empêche pas d'user de punitions... Son argent lui permet de gagner un statut important en Suisse, au sein du monde politique.

    Ces trois exemples, tirés d'articles déjà publiés dans des revues locales, permettent d'illustrer l'importance des familles suisses au sein du système esclavagiste. Mais les informations ne sont que parcellaires. En effet, comme le dit Gilbert Couttaz en postface, les sources se trouvent au sein d'archives privées et certaines familles souhaitent éviter la mauvaise publicité d'un lien avec l'esclavage. Ce n'est que lorsque ces archives sont déposées au sein d'institutions publiques qu'il devient plus facile de travailler sur ce sujet.

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  • La guerre du Sonderbund. La Suisse de 1847 par Pierre du Bois

    Titre : La guerre du Sonderbund. La Suisse de 1847
    Auteur : Pierre du Bois
    Éditeur : Alphil 2018
    Pages : 160

    La Confédération Suisse a aussi connu une guerre civile. Elle a eu lieu en entre 1847 et 1848. Sa conclusion fut rapide, à peine 1 mois pour une centaine de morts, mais ses effets et ses causes furent majeurs sur la constitution de la Suisse moderne, constitution qui fut débloquée après la guerre malgré les craintes et menaces des puissances européennes. L'histoire globale est connue. On peut même l'avoir suivie à l'école. Mais qu'en est-il des raisons profondes d'une crise qui a divisé durablement le pays même après une guerre qui ne fit que peu de morts ?

    Dans ce petit livre, Pierre du Bois examine les causes, les événements et les effets d'une guerre qui déchaina les passions dans toute l'Europe. Il commence par expliquer le contexte général. Bien que la Confédération fonctionne sous un texte fondamental accepté par les puissances européennes, le pacte fédéral de 1815, celui-ci n'est pas apprécié par une partie de la population. Celle-ci, entrainée par un mouvement radical, essaie de défendre des idées provenant des Lumières et de la Révolution française. Face à eux, les cantons plus conservateurs essaient de garder en vie le fonctionnement de l'ancien régime, soutenu en cela par les puissances européennes.

    Cette division politique se double d'une division religieuse lorsque radicaux et conservateurs se heurtent face à l'arrivée des jésuites en Suisse et en ce qui concerne l'état des couvents. Là où les conservateurs invitent les jésuites les radicaux y voient un danger pour le pays, danger provenant de Rome. Loin de ne rester qu'orales, les crises deviennent tangibles alors que des corps francs sont mis en marche pour s'attaquer à certains cantons.

    Les crises sont nombreuses et l'auteur nous les explicite avant de décrire, pratiquement au jours le jours, la guerre du Sonderbund. Celle-ci, dont le nom provient du pacte de défense secret entre 7 cantons catholiques. Bien que la crise devienne de plus en plus importante, il faut un certain temps avant que les confédérés ne réussissent à demander la dissolution de l'alliance des 7 et, en l'absence d'accord, d'agir au niveau militaire. Là aussi, il faut du temps pour décider qui sera à la tête de l'armée fédérale et comment agir. Le général Dufour choisira de s'attaquer à chacun des cantons l'un après l'autre. Le général réussit à vaincre le canton de Fribourg sans combats avant de se diriger vers le centre de la Suisse. Bien qu'il soit obligé d'y combattre, il réussit à recevoir la capitulation de Lucerne puis d'Uri. Le Valais ne capitule que le 1er décembre, là aussi sans combats.

    Une guerre civile a des conséquences. Outre la capacité de créer une véritable constitution et donc la mise en place de nouvelles institutions civiles, les autorités des cantons vaincus sont renversées et leurs constitutions modifiées. Dans tous les cas, ce sont des radicaux qui prennent le pouvoir et qui décident de supprimer toutes traces de l'Ancien Régime. De plus, ces cantons doivent prendre en charge les coûts de la guerre tandis que des poursuites en justice ont lieu contre certaines personnes. Les puissances européennes tentent d'agir mais sont prises de court par la vitesse de la guerre et des mouvements révolutionnaires dans chacun de leurs pays. Malgré une guerre peu violente, des vainqueurs qui évitent de prendre revanche et une constitution équilibrée, les divisions dureront longtemps.

    En conclusion, ce petit livre intéressera toutes personnes qui souhaitent en savoir plus sur l'époque du Sonderbund. L'auteur réussit à montrer les erreurs des deux camps et à décrire la cascade d'événements qui conduit presque fatalement à une confrontation armée. Bien qu'il ne s'intéresse pas spécifiquement au reste de l'Europe, il mentionne tout de même l'intérêt des puissances européennes envers la Suisse. Le livre de Cédric Humair, La Suisse et les puissances européenne, sera un bon moyen de mieux connaitre cet aspect.

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  • Histoire du féminisme par Michèle Riot-Sarcey

    Titre : Histoire du féminisme
    Autrice : Michèle Riot-Sarcey
    Éditeur : La découverte octobre 2015
    Pages : 128

    Après avoir lu un petit que sais-je sur les féminismes dans le monde je me suis plongé dans ce livre de la collection repères. Malgré son titre, ce n'est pas une histoire du féminisme. C'est une histoire du féminisme en France et, plus particulièrement, à Paris pour la période 1789 à nos jours. Le but de l'autrice est décrit une synthèse des mouvements féministes français en mettant en avant les principales revendications lors de périodes clés. Malgré son aspect très parisien, l'autrice mentionne quelques activités dans d'autres pays mais ne s'y attarde pas. Le livre est constitué de 7 chapitres chronologiques.

    Les trois premiers s'intéressent aux années 1789 à 1860. J'en parle ensemble dans cette présentation car les mouvements féministes sont confrontés à des logiques révolutionnaires ainsi qu'à l'idée de droits humains universels. Suivant l'idée que certains droits sont naturels et universels, les femmes militantes souhaitent aussi en profiter et recevoir les mêmes capacités que les hommes. Cependant, les différents gouvernements et parlements ne sont pas en faveurs de cette égalité. Plusieurs militantes sont expulsées de France ou condamnées à mort pour leurs activités. Dans le même temps, une partie du monde éduqué essaie de penser la place des femmes comme naturellement assujettie à une domination masculine. Ce qui pousse à la mise en place de protections face au travail mais aussi à une défense politique de la maternité, vue comme un devoir et un but féminin.

    Une seconde partie de chapitres s'intéressent aux années 1860 à 1960. Ces trois chapitres permettent de parler des deux guerres et de leurs conséquences immédiates. L'une des premières conséquences est la défense importante de la maternité. En particulier après la Première guerre mondiale, les pertes et le manque de naissances poussent à fortement s'attaquer à la contraception et à l'avortement. Bien que les années 45-50 ne mettent pas en question ce rôle maternel, les punitions pour avortement ne mènent plus à la peine de mort comme sous le régime de Vichy. Un second point concerne la mobilisation en faveurs du droit de vote. Malgré plusieurs échecs en France, le militantisme s'affirme et quelques femmes sont nommées au sein du gouvernement lors de l'entre-deux-guerres. Le droit de vote sera finalement accordé après la fin de la Deuxième guerre mondiale, mais sans que cela ne change fortement le nombre d'hommes élus.

    Enfin, un dernier chapitre fait le lien avec la période actuelle. L'autrice y démontre que les études féministes, sur les femmes et de genre ont pris un poids plus important dans les universités françaises. C'est en particulier le Mouvement de libération des femmes, et ses suites, qui a permis ce foisonnement intellectuel. Il est maintenant impossible de ne pas parler des femmes lors d'une étude et certaines œuvres de cette époque sont encore largement utilisées. L'époque actuelle permet aussi une nouvelle manière de penser certains sujets en faisant attention aux liens entre différentes formes de dominations. Ce qui permet de dénaturaliser non seulement la famille et les genres mais aussi les sexualités, permettant de penser de nouvelles manières de s'identifier.

    Comme je l'ai dit plus haut, ce livre n'est pas une histoire générale des féminismes. IL est fortement ancré dans la ville de Paris et la chronologie française. Cependant, cela n'enlève pas son intérêt à ce livre. On peut en revanche déplorer une synthèse parfois trop importante. L'autrice mentionne beaucoup d'événements et de personnes mais sans toujours pouvoir développer. De temps en temps, des encadrés permettent d'en savoir plus sur une personne, mais cela est rare si l'on prend en compte le nombre important de noms mentionnés. Heureusement, l'autrice ajoute une bibliographie thématique qui permet aux personnes intéressées de se reporter sur des recherches plus complètes.

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  • Les abolitions de l'esclavage par Marcel Dorigny

    Titre : Les abolitions de l'esclavage
    Auteur : Marcel Dorigny
    Éditeur : PUF avril 2018
    Pages : 128

    Je ne connais que peu de choses sur l'histoire de l'esclavage. J'en connais tout aussi peu sur l'histoire de l'abolition. Ce petit que-sais-je me permet de combler un manque dans mes connaissances en histoire et des conséquences de l'esclavage et des choix qui ont mené à l'abolition. Ce livre est suivi d'une chronologie qui se termine en 2001 et d'une bibliographie thématique. Ce petit livre est divisé en 7 chapitres.

    Les trois premiers chapitres permettent de situer le thème et d'expliciter ce que veut faire le livre. Bien entendu, l'auteur doit nous montrer de quelle manière fonctionnent les sociétés esclavagistes occidentales. Le but de ce livre n'est pas d'en faire l'analyse mais de parler des abolitions, ce qui explique le peu de pages qui s'intéressent aux pratiques. L'auteur essaie d'abord d'expliquer quelles sont les résistances à l'esclavage. Il démontre que les révoltes furent pratiquement immédiates, ce qui mène à une certaine peur des colons face à une population importante. Dans un troisième chapitre, il explique ce sont que les anti-esclavagistes et les abolitionnistes. Les deux ne sont pas identiques et surtout les moyens changent. Ainsi, il est rare qu'une personne pense que l'esclavage pourra disparaitre par une loi, les européens abolitionnistes préfèrent tenter une disparation par étape, presque "naturelle". L'abolitionnisme n'est pas non plus forcément basé sur la morale, ce sont souvent des questions économiques qui sont mobilisées. L'esclavagisme est vu comme une pratique ancienne économiquement peu fiable.

    Les chapitres 4 et 5 s’intéressent aux tentatives d'abolitions de l'esclavage et de la traite. Les premières abolitions se mettent en place par la France après la Révolution. Mais celle-ci dépend des insurrections locales, en particulier à Saint-Domingue, et non d'une décision de Paris. Ce n'est qu'après des tentatives de répressions que les envoyés de Paris décident unilatéralement, et illégalement, de supprimer l'esclavage. Mais cette première abolition échoue à cause de Napoléon qui rétablit la pratique. Le chapitre 5, en revanche, permet de comprendre de quelle manière le XIXème siècle a permis l'abolition. L'auteur commence par expliciter les décisions du Congrès de Vienne et de l'Angleterre avant de présenter les décisions de plusieurs pays. Il montre que, dans tous les cas, les décisions sont critiquées voire refusées par les colons.

    Les deux derniers chapitres s'intéressent aux suites de l'abolition. Le chapitre 6 pose la question de l’indemnisation des colons. Celle-ci dépend de la manière dont on pense l'humanité mise en esclavage : est-ce que ce sont des humain-e-s avec des droits naturels ou des possessions protégés par les droits de propriété. Malgré certains discours véhéments, les colons sont progressivement indemnisés par les états (sauf aux Etats-Unis). Enfin, le dernier chapitre essaie de comprendre de quelle manière les sociétés se sont développées après les abolitions. L'auteur montre que l'esclavagisme et son abolition ont eu des conséquences importantes sur les sociétés. Même égaux, les anciens esclaves ne sont pas toujours libres de leurs mouvements ou dans leur choix de travail. De plus, le racisme est toujours présent.

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  • Histoire mondiale des féminismes par Florence Rochefort

    Titre : Histoire mondiale des féminismes
    Autrice : Florence Rochefort
    Éditeur : PUF mars 2019
    Pages : 128

    Bien que j'aie suivi quelques cours et lu quelques livres je n'ai pas une connaissance importante de l'histoire du féminisme, en particulier dans une perspective internationale. Pour cette raison, je me suis procuré ce petit livre avec beaucoup de curiosité. L'autrice se défie de réussir une histoire globale des féminismes depuis 1789 jusqu'à aujourd'hui. Bien entendu, la collection dans laquelle cette histoire est oubliée implique de rester synthétique. Des informations plus importantes sont disponibles dans la bibliographie. Pour réussir son paris l'autrice met en place 3 chapitres.

    Le premier s'intéresse à la période de 1789-1860. Florence Rochefort débute par les révolutions françaises et américaines. Elle explicite les demandes d'égalité que ces révolutions, et l'idée de droits humains, implique. Mais elle démontre aussi la difficulté d'atteindre cette égalité puisque les différents parlements refusent celles-ci et interdisent certaines formes de militantismes féminins. La seconde période implique aussi les débuts du socialisme et son lien avec le féminisme, du moins au début. Ces liens sont d'abord importants avant de devenir plus distendus, en particulier sous l'influence de Proudhon.

    La seconde période est celle de 1860 à 1945. L'autrice commence son chapitre en parlant du passage d'organisations nationales à l'internationale. En lien, et contre, les internationales socialistes certaines féministes essaient de créer des organisations internationales chargées de fédérer des mouvements nationaux. Ce sont en particulier les droits politiques qui y sont défendus, parfois avec une position colonialiste qui est aujourd'hui critiquée. Bien entendu, la Société des Nations et l'ONU donnent un nouvel élan à cette forme d'internationalisation des féminismes. La période permet aussi un renouveau de la lutte en faveurs du suffrage féminin, parfois de manière violente comme en Angleterre. Cette lutte se termine plus ou moins après la Deuxième Guerre Mondiale en occident. En effet, certains pays n'ont toujours pas l'égalité politique tandis que les colonies sont laissées de côté.

    Enfin, le troisième chapitre s'intéresse à la période 1945-2000. C'est une période de continuité et de renouveau. Les féminismes réformistes sont toujours existants et commencent à s'intéresser au droit à la contraception. Mais les années 60 impliquent une nouvelle génération et de nouvelles demandes, même si certaines existaient déjà au XVIIIème siècle. Le féminisme des années 60 est radical mais entre en déclin dans les années 80. Ensuite, les mouvements s’institutionnalisent afin de défendre certaines idées précises tandis que les féminismes sont critiqués et développés dans une direction antiraciste et de compréhension des sexualités. Le livre se termine sur les apports de ces féminismes sur les sociétés actuelles.

    Ce petit livre est très dense. L'autrice, à mon avis, réussit parfaitement à résumer 200 ans d'histoire. Elle montre de quelle manière les idées sont développées et défendues au fil du temps mais aussi les changements importants. Mieux encore, elle réussit à mettre en avant une perspective internationale en mentionnant les mouvements de pays africains ou asiatiques et leurs créatrices. Cependant, la taille du livre implique de ne pas pouvoir les examiner de manière précise même si l'autrice fait attention à démontrer les tensions avec les féminismes occidentaux.

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  • Le monde romain par Martin Colas

    Titre : Le monde romain
    Auteur : Martin Colas
    Éditeur : Armand Colin 12 juin 2019
    Pages : 276

    Ce n'est pas le premier ouvrage de synthèse que je lis sur l'histoire de la Rome antique. Ce n'est pas non plus mon premier ouvrage de la collection Cursus. Pour les personnes qui ne le savent pas, cette collection offre des synthèses sur de nombreux sujets. Celles-ci sont plutôt destinées aux étudiants universitaires mais les personnes intéressées peuvent parfaitement les lire. Ce livre s'intéresse à l'histoire romaine de sa fondation à la chute de l'Empire romain d'occident. Pour synthétiser cette longue histoire Martin Colas met en place quatre chapitres.

    Le premier chapitre examine les origines les plus anciennes de la ville. C'est une histoire que je ne connais que peu. L'auteur commence par examiner les récits des origines, connus principalement par des textes largement antérieurs aux événements. Il a aussi la bonne idée d'offrir une interprétation qui permet de mieux comprendre ce qui peut être réel dans la légende. Ensuite, il examine l'histoire royale de Rome, en particulier sous les étrusques dont les influences sont importantes sur le fonctionnement de la ville. Enfin, il replace la cité au sein d'un réseau de villes et de civilisations méditerranéennes, étrusques et grecques en particulier.

    Un second chapitre examine l'histoire romain de la République à la fin de l'Empire romain d'occident. C'est une longue histoire et ce livre doit forcément choisir les événements les plus importants. L'auteur nous permet de mieux comprendre le fonctionnement de la vie politique romaine. En particulier, il met en avant la création longue de la République qui ne peut pas être considérée comme une démocratie. Les différents organes ne sont ni divisés selon nos trois pouvoirs ni un moyen de rendre les citoyens égaux. Il explicite aussi les problèmes connus par la République lorsque les Imperator prennent une importance grandissante. Des problèmes qui mèneront à de nombreuses guerres civiles jusqu'à la prise de pouvoir d'Auguste. Le fonctionnement du pouvoir de ce dernier, ainsi que la suite du Principat, sont expliqués. L'auteur nous permet de comprendre de quelle manière Auguste prend le pouvoir tout en évitant d'être qualifié de roi. Enfin, le chapitre se terminer sur les changements du bas-empire.

    Un troisième chapitre s'intéresse à l'armée romain et à l'extension de son territoire. Là aussi la réussite de Rome n'est pas considérée comme inévitable. L'auteur considère que cette expansion dépend de choix précis lors d'événements ponctuels. Ces choix ont permis, progressivement, de prendre le contrôle du Latium, de l'Italie puis de devenir une puissance méditerranéenne. Mais Rome aurait pu perdre face à Carthage dont la puissance sur mer était importante. Les réussites militaires ont permis de recevoir des richesses mais aussi de changer l'idée de conquête. De défenses celles-ci deviennent des moyens d'enrichir certaines personnes précises et donc de gagner en pouvoir. Martin Colas nous explique aussi de quelle manière l'Empire est géré, dans le cadre des provinces.

    Le dernier chapitre s'intéresse à la civilisation romaine. Sous ce terme Martin Colas nous présente la société, l'économie et la religion. Ce sont de vastes sujets qu'il arrive à bien synthétiser tout en fournissant des références si l'on souhaite aller plus loin. La description de la société permet de comprendre la hiérarchie très importante en son sein ainsi que l'idéal du citoyen : l'agriculteur soldat. L'économie est plus difficile à examiner. Les statistiques n'existent pas et de nombreuses connaissances sont des extrapolations. Martin Colas prend beaucoup de temps à expliciter la place de la religion au sein de la société romaine. Celle-ci est fondamentalement liée au politique et tout le monde doit suivre certains rituels. Le père, en particulier, est chargé du culte familial. L'auteur s'attache aussi à la religion juive et à la religion chrétienne. Cette dernière devient rapidement sujet à des vexations car elle est accusée de mettre à mal le fonctionnement de la vie civique. Ce n'est que lorsque les empereurs se christianisent qu'elle est mieux acceptée au sein des élites.

    Ce livre est une bonne synthèse de la société romaine. L'auteur ajoute une courte bibliographie thématique qui permet d'avoir connaissance de recherches précises. Personnellement, j'ai beaucoup apprécié le glossaire qui permet de vérifier ses connaissances de certains termes importants pour comprendre cette époque. J'ai aussi apprécié les encadrés que je trouve très clairs. Ils permettent d'illustrer des points difficiles à comprendre, par exemples les fonctionnements des différentes magistratures.

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  • Un quotidien sous contrainte De l’internement à la libération. Commission indépendante d'expert-e-s internements administratifs 8 par Loretta Seglias, Kevin Heiniger,Vanessa Bignasca, Mirjam Häsler Kristmann, Alix Heiniger, Deborah Morat et Noemi Dissler

    Titre : Un quotidien sous contrainte De l’internement à la libération. Commission indépendante d'expert-e-s internements administratifs 8
    Auteur-e-s : Loretta Seglias, Kevin Heiniger, Vanessa Bignasca, Mirjam Häsler Kristmann, Alix Heiniger, Deborah Morat et Noemi Dissler
    Éditeur : Alphil 2019
    Pages : 767

    Après plusieurs volumes consacrés aux différents aspects de l'internement administratif ce dernier volume de recherche - le prochain est une édition de sources commentées tandis que le dernier est le rapport destiné aux autorités fédérales - s'intéresse spécifiquement aux différents établissements qui ont acceptés des interné-e-s sous le régime administratif. Les auteur-e-s prennent l'exemple de 5 établissements dans les cantons de Fribourg, Berne, Zurich et le Tessin. Ce gros livre est divisé en un grand nombre de chapitres, suivis d'annexes, mais on peut le diviser en deux grosses parties, que nous allons présenter sans pour autant prétendre à l'exhaustivité.

    La première partie concerne la création des établissements. Elle est constituée d'un historique qui permet de comprendre les buts initiaux des autorités lors de la construction des différentes prisons. Bellechasse, par exemple, devait permettre la mise en valeur d'un large terrain agricole. Les auteur-e-s y examinent non seulement les idées derrière la construction mais aussi l'architecture précise. Cela permet de mettre en avant certaines caractéristiques, par exemple le fait d'être proche d'autres établissements ou de fabriques.

    Une seconde partie s'intéresse plus précisément aux conditions de vies à l'intérieur des établissements. Il faut noter que les auteur-e-s s'intéressent aussi aux gardien-ne-s. Même si les directeurs vivent assez bien les gardien-ne-s doivent longtemps accepter des conditions de vie proche de l'armée et du quotidien des personnes internées. La nourriture est de basse qualité, le travail est difficile sans vacances et la vie de famille presque impossible puisque les employé-e-s doivent vivre à l'intérieur des prisons, en tout cas en ce qui concerne Bellechasse. Ce n'est qu'après la Deuxième guerre mondiale que les conditions de travail s'améliorent quelque peu.

    Mais le gros du volume concerne les conditions connues par les personnes internées. Les auteur-e-s prennent en compte aussi bien le travail, la santé, la sexualité ou encore les violences subies. Pour ce dernier point, le volume permet de mettre en avant des actes de violences physiques qui confinent à la torture. Ces actes ont pour seuls buts de soumettre les personnes internées, sans avoir commis de crimes, à l'autorité des gardien-ne-s. Les auteur-e-s essaient d'expliquer ces actes de violences par le manque de formation concernant la gestion d'une population enfermée et l'exemple de personnes plus élevées en termes de grades.

    La nourriture est longuement examinée. C'est une revendication importante des gardien-ne-s et des interné-e-s. Elle est modeste, constituée souvent de la production interne lorsque l'établissement possède des champs. Ce sont les invendus ou les déchets. Les médecins et autorités ne considèrent pas cette nourriture comme mauvaise bien qu'elle ne soit pas adéquate pour un travail important. Cependant, ces mêmes médecins notent que les interné-e-s n'hésitent pas, parfois, à manger des animaux trouvés dans les champs. Loin de remettre en cause les portions de nourritures ces actes sont mis sur le compte de problèmes psychologiques personnels. Tandis que les portions peu ragoutantes permettent de suivre l'idée que les personnes emprisonnées doivent vivre moins bien que les personnes libres les plus pauvres.

    Le travail est aussi largement examiné puisque celui-ci est vu comme un moyen de réadaptation, de preuve de la réussite de l'internement et de préparation à la sortie. Le travail est souvent monotone car ce sont des emplois peu rémunérés et peu formateurs qui sont proposés. La rémunération n'est d'ailleurs pas un salaire mas un pécule qui permet d'éduquer à la prévoyance et qui ne donne pas forcément des droits à l'AVS. Le travail est au centre de la vie interne puisqu'une personne qui accepte de travailler est vue plus favorablement et pourrait sortir plus facilement, suivant en cela l'idée du travail comme moyen de rééducation à la vie dites normales en dehors de l'établissement. Mais celui-ci est aussi un moyen d'éviter des coûts importants pour les cantons. En effet, les directeurs utilisent les interné-e-s afin de créer des biens et de les vendre à l'extérieur, quand la production n'est pas directement utilisée à l'interne. Bien entendu, se pose la question de la concurrence avec des producteurs qui utilisent des employé-e-s libres. En effet, les personnes interné-e-s n'ont pas de véritables salaires, ne sont pas soumis aux cotisations sociales et ne sont pas protégées par le droit du travail. Cependant, cette question n'est jamais examinée sérieusement par les directeurs.

    Je n'ai fait que mettre en avant quelques aspects. Ce volume est le plus gros de ceux actuellement édités. L'examen de la vie quotidienne est très complet et permet de mieux comprendre les conditions de vie et leurs effets sur les personnes qui ont été internées et leur vie en dehors des prisons. Il faut noter le pouvoir important de la direction sur les possibilités de sortie, puisque les personnes internées sous régime administratif ne le sont pas toujours avec une date de sortie précise mais peuvent dépendre du choix des autorités.

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  • Ordre, morale et contrainte Internements administratifs et pratique des autorités. CIE internement administratif 7 par Rahel Bühler, Sara Galle, Flavia Grossmann, Matthieu Lavoyer, Michael Mülli, Emmanuel Neuhaus et Nadja Ramsauer

    Titre : Ordre, morale et contrainte Internements administratifs et pratique des autorités. Commission Indépendante d'Expert-e-s internement administratif 7
    Auteur-e-s : Rahel Bühler, Sara Galle, Flavia Grossmann, Matthieu Lavoyer, Michael Mülli, Emmanuel Neuhaus et Nadja Ramsauer
    Éditeur : Alphil 2019
    Pages : 591

    Après plusieurs tomes consacrés aux témoins, au quantitatif et aux égo-documents ce volume 7 s'intéresse au fonctionnement précis des procédures qui permettent d'interner administrativement une personne. Les auteur-e-s ne s'intéressent donc pas spécifiquement à la création des lois, déjà examinée, mais aux procédures et à l'usage plus ou moins légal de celles-ci. Cela conduit les auteur-e-s à se demander si les processus des différents cantons impliquent des procédures plus respectueuses, ou non, des droits fondamentaux des personnes. Pour répondre à cette question plusieurs exemples cantonaux sont analysés : Zurich, Schwitz, Fribourg et Vaud.

    Les exemples permettent de mettre en avant plusieurs types de cantons (langues et urbanisation) ce qui permet de faire une analyse comparative entre eux. La lecture du volume permet de comprendre qu'il existe une différence importante dans la pratique. Les cantons plus pauvres, comme Fribourg, ont tendant à user d'agents peu nombreux. Fribourg, par exemple, donne les pouvoirs d'enquête et de décision aux préfets. Bien que cela soit défendu par la connaissance du terrain et la nécessité d'éviter une attente trop longue au sein de la justice normale, ces procédures sont régulièrement dénoncées. Il ne faut pas oublier la place qu'avait la préfecture au sein de la République chrétienne. Les préfets reçoivent leur poste en remerciement de leur soutien au parti majoritaire et sont donc soumis au Conseil d'état. En ce qui concerne Zurich et Vaud les deux cantons utilisent des procédures plus professionnelles. Vaud, en particulier, offre le seul exemple de commissions annexes chargées de statuer sur les cas. Cependant, il ne faut pas sous-estimer les liens avec le pouvoir politique ni surestimer la volonté de contrôle du Conseil d'état, parfois instance de recours.

    Cependant, ces différences ne sont pas suffisantes pour impacter la capacité de défense de la part des personnes internées. Certes, Zurich et Vaud ont des procédures de défense. Contrairement à Fribourg et Schwitz. Mais les recours sont très compliqués. Les gouvernements cantonaux jouent de la différence entre procédures judiciaires et administratives afin de bloquer l'accès aux moyens de défenses. Ainsi, les personnes internées ne sont pas forcément mises au courant de leurs droits de recours. Si elles tentent un recours, les dossiers constitués sur elleux ne sont pas forcément communiqués, ou communiqués seulement en partie. Un exemple précis, sur Vaud, montre que les tentatives de recours et d'usage du droit sont utilisés par les experts psychiatriques pour justifier les besoins de soins de la personne. Étrange procédure dans laquelle demander l'accès à ses droits fondamentaux et jugés comme une maladie à soigner !

    Ce volume est très riche, en grande partie écrit en allemand ce qui a joué sur ma compréhension de certains faits. Malgré sa densité je ne peux que le conseiller aux personnes qui souhaitent comprendre le fonctionnement d'une procédure très particulière. En effet, les auteur-e-s ont réussis à présenter de manière fine le fonctionnement des processus de décisions et l'impact des personnes chargées de prendre ces décisions. Par les exemples mis en avant, les auteur-e-s démontrent aussi l'aspect classiste de cette procédure qui s'attaquent en premier lieu aux personnes les plus marginales. L'examen très précis de ces processus nous permet de mieux comprendre à quel point l'internement administratif fut scandaleux puisque les droits fondamentaux furent déniés à un grand nombre de personnes.

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  • «… je vous fais une lettre» Retrouver dans les archives la parole et le vécu des personnes internées. Commission indépendante d'expert-e-s internement administratif4 par Anne-Françoise Praz, Lorraine Odier, Thomas Huonker, Laura Schneider et Marco Nardone

    Titre : « … je vous fais une lettre » Retrouver dans les archives la parole et le vécu des personnes internées. Commission indépendante d'expert-e-s internement administratif 4
    Auteur-e-s : Anne-Françoise Praz, Lorraine Odier, Thomas Huonker, Laura Schneider et Marco Nardone
    Éditeur : Alphil 2019
    Pages : 448

    Sur les 6 tomes actuellement disponibles (3 autres devraient être rendus publics en juillet puis le dernier tome en septembre) celui-ci est le quatrième. Son but est d'analyser les égo-documents, en particuliers les lettres, afin de comprendre la pratique et les effets de l'internement administratif sur la population visée. Pour cela, les auteur-e-s se sont intéressé-e-s aux archives de l'établissement fribourgeois de Bellechasse. En effet, de nombreux confédérés furent envoyés d'autres cantons dans cette grande prison agricole, aussi bien des prostituées que des alcooliques ou encore des jeunes enfants placés. Bien que cela ne soit pas au centre de ce volume, il est nécessaire de prendre en compte le but de l'établissement de Bellechasse : l'apprentissage par le travail agricole. Ce travail est aussi un moyen de baisser les coûts de fonctionnement par l'usage d'une main d’œuvre bon-marché : les prisonniers et internés. Enfin, les auteur-e-s expliquent que les lettres sont particulièrement nombreuses dans les archives de Bellechasse tout simplement à cause de la censure importante appliquée par les différents directeurs. Le volume est divisé en trois parties qui portent sur différentes époques de l'internement. De plus, les chapitres sont parfois suivis d'encarts sur des sujets précis.

    La première partie s'intéresse à l'enquête et à la décision d'internement prononcée par différentes autorités cantonales. Le premier chapitre compare deux cantons romands : Vaud et Valais. Le premier interne pour une période précise à la suite d’une procédure stricte qui permet une défense. Les auteur-e-s notent dans ce volume que la connaissance du temps d'internement et de ses capacités de défenses jouent fortement dans les capacités d'adaptation et de survie des personnes en prison. Le Valais, en revanche, permet l'internement sur demande des communes. Celles-ci n'ont pas besoin d'entendre la personne ni de lui donner sa décision. Quelqu'un peut simplement se retrouver embarqué par la police et envoyé en prison. Le temps d'internement n'est pas non plus défini et il est parfois nécessaire d'attendre plusieurs mois pour qu'une décision légale soit transmise à la direction de Bellechasse, créant de la colère chez les personnes internées.

    Les auteur-e-s démontrent dans cette partie que les personnes qui tentent de se défendre face à un internement essaient d'éviter les catégorisation négatives mises en place par les autorités, quand elles y ont accès. Ces personnes sont aussi parfois surprises de leur envoi en prison, en particulier lorsqu'elles n'ont pas été entendues ni prévenues en avance. Selon les auteur-e-s, le fonctionnement particulier de l'internement administratif en fait une cause de mal être. Les interné-e-s sont enfermé-e-s avec des personnes emprisonnées selon le système pénal. Ce qui implique procédure de défense et connaissance du jours de sortie. Les interné-e-s n'ont pas forcément accès à ces deux points précis mais sont soumis au même régime et le subissent de manière exacerbée puisque leur destin leur est inconnu.

    La seconde partie s'intéresse à l'expérience de l'internement, encore une fois en commun avec les personnes emprisonnées selon le droit pénal. Les auteur-e-s s'intéressent à plusieurs aspects particuliers. La santé est l'un des points importants. En effet, l'expérience d'internement implique une santé défaillante pour plusieurs raisons. Premièrement, le travail difficile peut impliquer des risques. Les auteur-e-s intègrent ce risque pour la santé dans l'idée que la prison doit être plus dure que la vie des personnes les plus pauvres. Donc le travail doit être particulièrement difficile voire dangereux. De plus, la santé n'est pas la préoccupation principale des autorités. Vérifier l'état corporel des personnes internées et les soigner implique un coût que ni les communes, ni les états et encore moins Bellechasse ne souhaite. Régulièrement, le directeur de Bellechasse nie les ennuis de santé, les transformant en des simulations afin de se rendre dans un lieu plus facile à vivre

    Le second point concerne le travail. Celui accompli en prison est souvent difficile et rarement utile à l'extérieur, encore moins professionnalisant. Ce sont des travaux d'agriculture pour les hommes et des soins de ménage pour les femmes (défendant ici un ordre genré du travail). Les hommes craignent de perdre leur savoir-faire professionnel tandis que les femmes se plaignent d'un travail difficile et peu ragoutant. Dans les deux cas, il est possible de changer d'affectation mais cela dépend de la direction, qui possède ici un pouvoir important sur les interné-e-s.

    Enfin, un dernier point concerne les liens familiaux et amoureux des personnes interné-e-s. Les recherches de la Commission ont permis de comprendre que la direction de Bellechasse, et les autorités des communes et cantons, s'arrogent le droit de juger des relations connues par les personnes interné-e-s. Ces jugements concernent aussi bien la famille que de possibles mariages. Par exemple, il est possible que la direction de Bellechasse fasse pression sur les femmes afin d'accepter un abandon volontaire de leurs enfants, permettant une adoption légale. Ces pressions, bien entendu, remettent en question à la fois le caractère volontaire et le caractère légal de ces adoptions. De plus, les demandes en mariage et les liens affectifs avec des personnes extérieures peuvent être détruites par une censure des lettres, acte souvent mis en place pour attaquer une relation considérée comme dangereuse. Ainsi, les autorités essaient de défendre leur vision de ce qu'est une famille. Les femmes internées sont censées se marier afin d'éviter des enfants en dehors du mariage mais aussi de vivre comme femmes d'intérieurs. Cela implique un mariage avec un homme capable de subvenir à ses besoins et à ceux d'une famille, donc qui possède un travail salarié et n'est pas alcoolique. Bien entendu, les femmes internées jouent avec cela, acceptant des demandes en mariage qui permettent leur libération puis refusant le mariage. Ce qui pousse les communes à demander un mariage en prison avant toute libération.

    La dernière partie s'attache à comprendre la fin des internements et la vie qui suit, là aussi à partir des lettres conservées dans les archives (les interviews de personnes anciennement internées sont utilisées dans un autre volume). L'expérience de la sortie de prison dépend beaucoup de la procédure cantonale impliquée. Vaud, par exemple, offre une date précise avec une procédure de sortie anticipée en cas de bon comportement. D'autres cantons internent pour un temps indéterminé. La sortie dépend donc de la direction de la prison, des autorités cantonales et des autorités communales. Ce qui pousse la personne internée à chercher des aides internes et externes. Les lettres sont un moyen de prouver leur conformité avec les demandes des autorités. Cependant, dans les cas d'internements pour des temps indéterminés. Ces mêmes lettres peuvent être utilisées afin de contester l'internement et sa légalité. Celles-ci permettent aussi d'appeler à la pitié, souvent par l'usage des liens familiaux. De plus, les auteur-e-s démontrent que l'expérience d'internement a un impact sur la vie ultérieur des personnes qui l'ont connue. Avoir vécu un internement implique la constitution d'un dossier administratif qui peut être réutilisé par justifier un nouvel internement. Ne pas suivre les normes et les ordres, donnés dans le cadre d'un patronage, peuvent aussi implique un nouvel internement, parfois plus long. Les anciennes personnes internées en conscience de ce danger et essaient d'éviter les autorités, par les refus des aides sociales ou en déménageant (certaines vont jusqu'à s'inscrire à la légion étrangère). Loin de permettre une réinsertion l'internement crée un danger pour les personnes qui le subissent de ne pas pouvoir s'échapper d'une logique étatique de contrôle et d'enfermement des personnes considérées comme marginales pour des raisons économiques (chômage) ou morales (l'alcoolisme n'étant pas traité de manière médicale pendant longtemps mais selon son danger pour la vie familiale).

    Après un volume trois qui s'intéresse spécifiquement à l'aspect légal ce quatrième volume permet de mieux comprendre l'internement selon les personnes impliquées. Comme le disent les expert-e-s, les lettres analysées ne sont pas forcément représentatives de toutes les personnes interné-e-s. En particulier, les expert-e-s ont en accès aux lettres censurées et ne savent pas toujours ce qui a conduit à garder ces lettres. Seule l'accès à des lettres délivrées pourrait permettre de mieux comprendre les raisons d'en censurer certaines. Mais cela n'implique pas que leur lecture permet de mieux comprendre la vie à l'intérieur de la prison de Bellechasse et les effets d'un internement administratif aussi bien du point de vue professionnel que sur la santé ou encore les liens sociaux et familiaux.

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  • Des lois d’exception ? Légitimation et délégitimation de l’internement administratif. CIE Internement administratif volume 3 par Christel Gumy, Sybille Knecht, Ludovic Maugué, Noemi Dissler et Nicole Gönitzer

    Titre : Des lois d’exception ? Légitimation et délégitimation de l’internement administratif. CIE Internement administratif volume 3

    Auteur-e-s : Christel Gumy, Sybille Knecht, Ludovic Maugué, Noemi Dissler et Nicole Gönitzer

    Éditeur : Alphil 2019

    Pages : 448

    Ce livre est le troisième volume, sur 10, des rapports de la Commission Indépendante d'Expert-e-s chargé-e-s d'examiner l'histoire des placements à fin d'assistances avant 1981 en Suisse. Le premier volume se concentrait sur des histoires de vie. Le second résumait la recherche. Ce troisième volume entre dans le vif du sujet en s'intéressant, spécifiquement, à l'histoire du droit de l'internement administratif. Cette histoire implique de remonter au XIXème afin de bien comprendre la mise en place des différentes lois cantonales, la manière dont les oppositions argumentent et la progressive délégitimation de l'internement administratif comme forme de prophylaxie sociale. Le livre est divisé en 5 parties.

    La première partie ainsi que la dernière forment l'introduction et la conclusion des réflexions du livre. Le premier chapitre est une longue explication de l'histoire juridique de l'internement administratif à Fribourg. Il permet d'exemplifier la conceptualisation de l'internement comme moyen de prophylaxie sociale. En effet, loin d'être un moyen d'assistance, l'internement administratif fribourgeois est pensé comme un moyen d'éviter les coûts importants de l'aide sociale pour les communes. De plus, un internement permet la mise au travail dans la prison de Bellechasse de catégories sociales qui remettent en cause le fonctionnement de la société chrétienne fribourgeoise (l'importante du travail et de la famille mais aussi d'une division des rôles selon le genre). La fin du livre permet d'ouvrir les réflexions sur le présent. En particulier, le dernier court chapitre nous parle de l'internement des populations dites requérantes d'asiles ou sans-papiers en vue de leur expulsion. L'autrice nous demande si nous ne nous trouvons pas dans un fonctionnement comparable aux lois examinées dans le livre et dans le cadre de la CIE.

    La seconde se concentre sur la question de l'alcoolisme. Entre le XIXème et le XXème siècle l'alcoolisme, en particulier la consommation des classes populaires, est problématisées par différentes associations laïques comme religieuses. La consommation abusive d'alcool est vue comme un danger pour la famille, les hommes buvant leur salaire au lieu de prendre soin de leur ménage. À Fribourg, et dans d'autres cantons, les législateurs ont donc décidé de prévoir des formes d'internement administratif en cas d'alcoolisme. Bien que, durant le XXème siècle, l'internement soit de plus en plus pensé comme moyen de cure les personnes impliquées étaient envoyées en prison, mis au travail. Le chapitre qui s'intéresse au canton de Fribourg démontre d'ailleurs les tensions entre logique médicale et logique policière, les préfets refusant de perdre le droit d'interner des personnes considérées comme socialement dangereuses et les médecins exigeant des certificats médicaux pour un internement.

    La troisième partie examine l'internement administratif comme moyen de contrôle social de comportements jugés déviants, en particulier les vagabonds et les femmes qui se prostituent (bien qu'il existe des hommes qui se prostituent ils ne sont que peu examinés par les instances d'internement, je ne serais pas étonné que l'usage du Code pénal soit prégnant ici). Les vagabonds sont considérés dangereux car ils mettent en question l'ordre social basé sur le travail salarié et l'habitat stable. Selon les autorités de l'époque, ces personnes coutent chers et sont dangereuses. Il est donc nécessaire de les interner afin de leurs apprendre à travailler. En ce qui concerne la prostitution, il faut insérer la Suisse dans les tentatives internationales de supprimer la prostitution. En Suisse les codes pénaux cantonaux ne s'intéressent pas toujours aux actes de prostitution, sauf dans les cas de racolages. Le Code pénal Suisse de 1942 ne pénalise que le racolage. Face à ce changement légal, et un contexte de prise de pouvoir socialiste, le canton de Vaud examine l'opportunité, durant les années trente, de créer une procédure d'internement administratif dédié aux femmes qui se prostituent. Celle-ci sera mise en place sous les pleins pouvoirs en 1939, sous la forme d'un arrêté, puis légalisé en 1942 et 1945 avant sa suppression dans les années 60. La recherche montre que cet internement s'intéresse spécifiquement aux femmes de Lausanne. Plutôt qu'une aide à la sortie de la prostitution, un travail qui peut être lié à une forme de précarité salariale, l'internement administratif est un moyen d'éviter les scandales publics. La police communale même avoue que la prostitution n'a pas disparu mais qu'elle est bien plus discrète. La fin de la guerre implique, d'ailleurs, une baisse spectaculaire des internements. Ainsi, dans les deux cas, le but officiel est l'éducation au travail mais le but tacite est de protéger un ordre sociale basé sur la division sexuelle du travail et l'ordre public.

    La quatrième partie se concentre sur l'internement en maison d'éducation des enfants et la justice des mineur-e-s. Celle-ci est progressivement mise en place à la fin du XIXème siècle en occident en se basant sur une pratique de Chicago. Le but est de s'intéresser à l'individu et non à l'acte. La justice ne pratique plus des peines mais donne des décisions en vue d'une modification du comportement de l'enfant, à l'aide d'expert-e-s en psychologie et en travail social. L'un des exemples examinés est celui du tribunal du canton de Vaud, déjà bien connu grâce à la thèse de Numa Graa. Le premier juge, connu dans toute l’Europe, est Maurice Veillard. L'examen de ses décisions et de ses idées permet de comprendre que l'internement des enfants répond à une logique de défense de l'ordre social. En particulier, l'action du juge dépend du sexe biologique des enfants. Les garçons sont en danger d'être violents et voleurs. Les filles sont examinées selon le danger de la prostitution et d'une sexualité considérée comme dangereuse et illégitime. Les actions sont différentes selon cette division duale. Alors que les garçons doivent devenir des hommes travailleurs capable de gagner assez d'argent pour s'occuper d'un ménage les filles sont entrainées à la maternité et à la tenue du ménage. Comme le démontre le chapitre, ce n'est que tardivement que cela est mis en question ainsi que la logique d'un internement fermé.

    Ce troisième tome permet de comprendre non seulement l'histoire du droit de l'internement administratif via quelques exemples mais aussi les raisons derrière les lois et leurs suppressions. Bien que l'internement administratif soit défendu comme moyen d'assistance et d'éducation la CIE a démontré que le but est de défendre un ordre social précis. En résumé : les hommes travaillent régulièrement et reçoivent un salaire tandis que les femmes vivent dans le cadre de la maternité. Les personnes qui ne s'inscrivent pas dans cet ordre sont emprisonnées afin d'être normalisées.

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  • Les questions sur le passé sont des questions du présent. Aperçus de l’internement administratif. Volume 2 sous la direction de Joséphine Métraux, Sofia Bischofberger et Luzian Meier

    Titre :  Les questions sur le passé sont des questions du présent. Aperçus de l’internement administratif. Volume 2
    Direction : Joséphine Métraux, Sofia Bischofberger et Luzian Meier
    Éditeur : Alphil 2019
    Pages : 272

    Les travaux de la Commission Indépendante d'Expert-e-s Internement Administratif sont en cours de publication. Le premier volume était destiné à présenter des parcours de vie, parfois reconstitué via les sources parfois reconstitué par des entretiens. Ce second volume, 2b pour préciser la version française, se concentre sur l'explication des travaux de la Commission. Pour cela, les auteur-e-s se concentrent sur plusieurs aspects.

    Premièrement, les auteur-e-s nous présentent quelques sources concernant le sujet de recherche. Ceci permet non seulement de comprendre de quelle manière les sources sont utilisées mais aussi de lire, dans le texte, les propos de l'époque. Plusieurs de ces sources sont d'ailleurs déjà analysée sur le site de la Commission. En fin d'ouvrage, une autrice est mobilisée afin d'analyser les romans qui ont été écrit par des victimes d'internement. L'autrice explicite le fonctionnement de différentes œuvres et leur importance pour comprendre le thème.

    En second lieu, le livre se concentre sur plusieurs thèmes. Ceux-ci sont des questions clés pour comprendre l'internement administratif. Ces chapitres permettent de recevoir les informations principales concernant les travaux de la Commission. Mieux encore, chaque explication renvoie en direction du chapitre et du livre dédiés à son analyse. Ces questions sont ensuite mobilisées pour permettre une réflexion sur leur pertinence pour le temps présent, justifiant le titre du volume. Ces réflexions sont celles des membres de la Commission. Celleux-ci utilisent leur expertise pour permettre de comprendre de quelle manière on pense et on a pensé la pauvreté, la famille, la prison mais aussi la sexualité et donc, en somme, ce qui est normal de ce qui est marginal.

    Ce second tome utilise aussi l'art pour mieux expliciter la signification d'un internement administratif sur une personne. Plusieurs auteur-e-s ont été mobilisé-e-s pour écrire de courts textes autours des thématiques présentées. Ces auteur-e-s utilisent les sources, les récits et les documentaires comme outils pour écrire chacun des textes. Certains sont particulièrement réussis. Ce processus, que je trouve intéressant, permet de donner une substance plus humaine à un processus administratif destructeur face aux individus.

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  • L'opération Walkyrie juillet 1944. La chance du diable par Ian Kershaw

    Titre :  L'opération Walkyrie juillet 1944. La chance du diable
    Auteur : Ian Kershaw
    Éditeur : Flammarion 2009
    Pages : 174

    Depuis que j'ai su qu'il avait existé un attentat suivi d'un putsch militaire contre hitler j'ai souhaité mieux comprendre ce qui s'était déroulé et comment cet attentat avait pu avoir lieu. Pour cela, je me suis lancé dans ce petit livre de Ian Kershaw, adapté de sa grande biographie sur hitler. L'éditeur se concentre sur les passages concernant l'opération Walkyrie et laisse de côté le reste du texte de la biographie.

    Il ne reste que 6 petits chapitres qui concernent directement l'attentat. Ian Kershaw y décrit minutieusement la préparation mais aussi le déroulement de l'attentat. Il explicite les essais qui ont déjà eu lieu et la raison de leur échec, la chance. Il démontre aussi que les créateurs de l'attentat sont des personnes aussi bien militaires que civils qui sont en dehors de tout soutiens populaire important. Leur but n'est pas de mettre militairement en danger l’Allemagne, certains vont même jusqu'à refuser toute idée de responsabilité ultérieure, mais souhaitent faire tomber hitler. Kershaw montre pratiquement heure par heure le déroulement de l'attentat et du putsch, en se basant sur les sources produites par les personnes dans le cadre de leur vie privée et de leur profession. Mais rapidement le putsch se heurte à un problème majeur : hitler est vivant.

    La seconde partie du livre se concentre sur la survie de hitler pour expliquer comment le putsch a pu échouer. Outre un retard et un attentisme trop important, les ordres des putschistes furent rapidement inutiles lorsque les unités militaires et des généraux loyaux comprirent la réalité des événements. Il s'ensuivit une répression forte qui n'avait qu'un seul but : détruire toute possibilité de résistance interne à l'armée. Les conspirateurs survivants furent arrêtés, emprisonnés, expulsés de l'armée, jugé au civil devant un juge qui les invective et finalement pendus en habits de prisonniers dans un abattoir. L'auteur montre que hitler veut détruire toutes formes d'honneur chez les conspirateurs et leurs familles souffrirent tout autant de la répression. L'impact dans la société fut peu important, la population est encore en faveurs de hitler. Mais ce dernier attentat permet aussi à la police de noter quelques failles dans le lien entre la population et les nazis. Quelques personnes se risquent à souhaiter la mort de hitler.

    Finalement, ce petit livre permet de connaitre le déroulement des événements ainsi que les conséquences sur hitler. Ce dernier est de plus en plus paranoïaque tandis qu'il semble prématurément vieilli. Malheureusement, le caractère d'extrait de ce livre empêche de vraiment comprendre de quelle manière l'auteur pense son objet. On y entre de manière abrupte et on en sort tout aussi abruptement. Lire la biographie entière serait probablement une expérience plus complète. L'éditeur a au moins la bonne idée d'ajouter un grand nombre de documents qui permettent d'illustrer les événements et les propos de Ian Kershaw.

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  • Histoire des femmes en occident 1. L'antiquité sous la direction de Pauline Schmitt Pantel

    Titre :  Histoire des femmes en occident 1. L'antiquité
    Direction : Pauline Schmitt Pantel
    Éditeur : Perrin 1990
    Pages : 725

    Après de longues semaines j'ai enfin terminé ce premier tome de l'Histoire des femmes en occident, ce qui implique que j'ai lu trois tomes sur les cinq. Comme les autres tomes, le but de ce livre est de proposer une synthèse des connaissances sur les femmes dans une période précise. L'antiquité était une période très vaste, il a fallu faire un choix difficile. Dans ce livre, les autrices se concentrent sur l'histoire gréco-romain avec un chapitre supplémentaire sur l'impact des femmes dans le christianisme.

    Le livre est divisé en trois parties. La première nous explique le fonctionnement des modèles féminins durant l'antiquité. La partie débute sur une analyse des déesses et de leurs fonctions dans la Grèce. Ce chapitre est suivi sur une analyse des questions de genre chez de grands philosophes. Cela permet de comprendre de quelle manière les femmes sont pensées en Grèce et donc leur place. Un troisième chapitre se concentre sur les femmes dans le droit romain et donc les différents statuts des romaines. Un dernier chapitre analyse les images sur poteries des femmes et leurs significations. L'autrice nous montre que ces images permettent de connaitre plusieurs rituels importants de la vie féminine.

    Une seconde partie se concentre sur les rituels et pratiques féminines. Cette seconde partie est divisée en quatre chapitres liés entre eux. Les deux premiers se concentrent sur l'entrée dans le mariage à Rome et à Athènes. Le chapitre concernant Rome, qui m'a plus intéressé, montre en particulier que les femmes de hautes positions sociales essaient d'éviter de tomber enceinte en permettant à leurs maris d'avoir des concubines. Ceci dans le but d'éviter la mort due à l'accouchement. Pour aider, les matrones, femmes mariées ayant des enfants, sont censées être chastes et éviter la sexualité. Deux autres chapitres se concentrent sur les liens entre les femmes et la religion. En ce qui concerne Athènes, l'autrice se concentre sur les rituels comme moyen de changer de statut au fil des âges. En ce qui concerne Rome, l'autrice démontre que les femmes n'ont qu'une place annexe dans les rituels religieux. Ceux-ci sont d'abord masculins. Mais, dans certains cas, les femmes peuvent organiser un culte ou sont nécessaires pour réussir un culte, par exemple dans le cas du Flamine de Jupiter.

    La troisième partie, après un chapitre sur l'église, est constitué de deux chapitres réfléchissent sur les significations de l'antiquité et de l'histoire des femmes. Le premier met en question l'idée d'un matriarcat ancien, basé sur des preuves douteuses. Le second chapitre examine l'historiographie afin de comprendre si une histoire des femmes est possible et si le genre est un bon outil pour comprendre l'histoire antique. Le livre se clôt sur la présentation d'un texte de la sainte Perpétue.

    Ce premier tome fut d'une lecture difficile. La première partie est particulièrement ardue car très spécialisée. Cependant, cela n'empêche pas ce livre d'être intéressant et j'ai particulièrement apprécié les chapitres parlant de Rome. Je déplore tout de même que ce premier tome se concentre sur deux civilisations très précises. J'aurais aimé en savoir plus sur d'autres sociétés, bien que je ne sois pas capable de dire si cela est possible.

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  • Histoire des femmes en occident 2. Le Moyen Âge sous la direction de Christiane Klapisch-Zuber, Georges Duby et Michelle Perrot

    Titre :  Histoire des femmes en occident 2. Le Moyen Âge

    Direction : Christiane Klapisch-Zuber, Georges Duby et Michelle Perrot

    Éditeur : Perrin 2002

    Pages : 692

    Lorsqu'on s'intéresse à l'histoire des femmes voire aux études genre en histoire on a forcément entendu parler d projet d'Histoire des femmes en occident. Dans les années 90, Michelle Perrot et Georges Duby, deux historien-ne-s important-e-s en France, ont pris la direction d'une gigantesque œuvre en 5 tomes réunissant les contributions de nombreuses personnes afin d'offrir les informations les plus contemporaines sur les connaissances que l'on a des femmes en occident dans l'histoire. Ces 5 livres suivent la chronologie scolaire classique et ce second tome s'intéresse à la période médiévale. Une période dont je ne connais pas grand-chose en ce qui concerne ce thème.

    Le livre est divisé en 4 grandes parties constitués d'un nombre variables de chapitres. La première partie s'intéresse aux discours masculins sur les femmes. Les autrices y examinent un grand nombre de thème. On commence avec le regard clérical, pour passer sur le fonctionnement du corps, suivre sur les types de femmes, le mariage et terminer sur la mode féminine. Ces nombreux chapitres permettent de mieux comprendre de quelle manière était pensée la place des femmes lors de la période médiévale. On observe que celles-ci sont divisées selon leur état marital : célibataire, mariées et vierges. Ce dernier état étant le plus favorisé par les clercs tandis que le mariage doit rester le plus chaste possible. J'ai surtout apprécié le chapitre sur la mode qui permet non seulement de mieux connaitre les habits portés par les femmes mais surtout les normes strictes derrière l'habillement.

    La seconde partie permet de replacer les femmes dans les stratégies matrimoniales. Celle-ci comment par une longue étude des droits romains et barbares au début du Moyen Âge. L'autrice y explicite les tensions entre plusieurs normes tandis que l'Église ne possède pas encore les moyens d'intervenir de façon importante dans les couples. Un second chapitre s'intéresse à l'époque féodal. Au travers de plusieurs textes, l'autrice y examine la manière dont les femmes peuvent user du mariage à leur avantage, ou le subir. Un texte de Duby suit sur l'amour courtois. Celui-ci y est pensé non comme une forme de romantisme mais un jeu de séduction, dont les mots sont très guerriers, qui permet à un jeune chevalier célibataire de tenter de se rapprocher de femmes qui lui sont interdites dans le cadre de la société féodale, créant une forme de danger. Enfin, un dernier chapitre examine la place des femmes dans la société médiévale aussi bien dans le mariage et l'enfantement, dans la religion qu'en tant que travailleuse.

    La troisième partie permet de communiquer des informations tirées de l'archéologie et de l'analyse des images que la période nous a communiqué. Le premier chapitre, archéologique, permet de retrouver des gestes et outils mais aussi des lieux de vies. Tandis que le second chapitre, que j'ai beaucoup apprécié, examine la manière dont sont pensées les femmes grâce à une large iconographie. Le propos est très riche et les exemples nombreux. Cependant, il est dommage que cette édition ne publie les images qu'en petit format et en noir et blanc.

    Enfin, la dernière partie examine la manière dont les femmes ont pu user de l'écrit pour communique leurs vies. C'est, selon moi, le chapitre le plus ardu de ce livre. L'autrice utilise de nombreuses références aussi bien latines que d'écrivaines, et j'ai eu du mal à bien comprendre ce qu'elle tentait d'expliquer. Il suit une publication de propos rapportés à un inquisiteur lors de la lutte contre les cathares. Dans les deux cas, on comprend que les femmes étaient capables, à l'époque, de communiquer et de suivre leurs propres idées malgré, parfois, le danger que cela implique.

    Après ma lecture du tome 5 j'ai donc enfin lu le second tome de cette gigantesque Histoire des femmes en occident. Bien que certains chapitres et introductions soient ardus à lire je suis heureux de m'être lancé dans ce livre. Même si celui-ci a plus de 20 ans, on apprend toujours beaucoup de choses sur l'histoire des femmes. Il faut mentionner aussi la gigantesque bibliographie qui a été mise à jour pour la décennie 1990-2000.

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  • L'europe en enfer 1914-1949 par Ian Kershaw

    Titre :  L’Europe en enfer 1914-1949
    Auteur : Ian Kershaw
    Éditeur : Seuil 2016
    Pages : 640

    On ne présente plus Ian Kershaw, connu pour ses travaux sur le nazisme et hitler. Dans son dernier livre, récemment traduit en français, l'auteur décide de s'attaquer à un sujet énorme. En deux livres, il compte faire l'histoire de l'Europe durant le XXème siècle. Ce premier tome se concentre sur les années 1914 à 1949 soit les deux guerres mondiales ainsi que l'entre-deux guerres. La période est dense, remplie de modifications sociales importantes. L'historiographie est tout aussi importante et Kershaw ne prétend pas faire une nouvelle recherche. Il se repose sur une importante bibliographie qu'il présente en fin d'ouvrage. Naturellement, il est illusoire de prétendre résumer un tel livre. Il vaut mieux présenter son fonctionnement.

    Le livre est divisé en 10 chapitres qui, mis à part le 9, sont chronologiques. Dans ces chapitres l'auteur essaie de nous montrer le fonctionnement d'une époque extrêmement dense. Il débute naturellement sur la course à la Première guerre mondiale qui a mené à des changements importants en Europe, particulièrement à l'est. Il continue ensuite sur plusieurs chapitres qui se concentrent sur l'entre-deux guerres. Ceux-ci permettent, certes, de montrer un certain optimisme malgré les problèmes économiques mais aussi une marche vers la mise en cause des démocraties, aussi bien par le fascisme que par le communisme, et les tensions ethniques basées sur l'idée d'état-nation. Ces chapitres permettent donc d'avoir une compréhension globale de la course à la guerre. Après une large explication, Kershaw nous parle enfin des événements de la Deuxième guerre mondiale puis examine ses conséquences en Europe afin de terminer son tableau en 1949, alors que la Guerre Froide et la division du monde et du continent européen sont définitifs.

    Bien entendu, même 600 pages ne sont pas suffisantes pour parler de tous les événements et de tous les pays. Ian Kershaw explique en introduction ce qu'il doit aux nombreuses recherches historiques sur l'Europe. Il est nécessaire, pour son travail, de synthétiser la plupart des sujets touchés. Cependant, ce livre permet tout de même d'avoir une vision globale de 50 ans d'histoire européenne. Mieux encore, l'auteur nous présente les événements d'Europe de l'est, une histoire que je connais que peu. Sans encore connaitre le prochain tome, il me semble que nous aurons là un futur classique qui permettra aux personnes qui le souhaitent de connaitre 100 ans d'histoire européenne par la lecture de seulement deux livres dont les bibliographies vont probablement permettre d'aller plus loin sur la plupart des sujets.

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  • L'opinion allemande sous le nazisme de Ian Kershaw

    Titre :  L'opinion allemande sous le nazisme
    Auteur : Ian Kershaw
    Éditeur : CNRS 1995
    Pages : 591

    Ian Kershaw est l'un des historiens les plus connus ayant travaillé sur le nazisme. Pourtant, je ne l'ai que peu lu. Je ne connaissais de lui que son essai "Qu'est-ce que le nazisme." Étant dans l'obligation de m'intéresser plus avant à la période 1918-1939 j'ai décidé de lire plus attentivement les écrits de Kershaw sur le sujet. Ce livre n'est pas son premier mais alors que ses productions s'intéressaient jusque-là à hitler il essaie, dans cette recherche, de comprendre de quelle manière les allemand-e-s réagissent face à la prise de pouvoir nazie. Loin des deux mythes de la résistance totale ou de l'acceptation totale Kershaw essaie de nous expliquer de quelle manière la population peut refuser certains actes tout en soutenant le régime de manière globale. C'est la raison pour laquelle il préfère utiliser le mot de dissension, comme il l'explique en préface et en introduction.

    Le livre est divisé en deux parties qui examinent les mêmes sujets : paysannerie, classe ouvrière, bourgeoisie, les églises et les réactions face aux persécutions subies par les juifs et les juives. La première partie s'intéresse aux années 1933-1939 et la seconde aux années 1939-1945. L'auteur essaie de nous expliquer de quelle manière ces différentes parties de la société réagissent et sont traitées par le pouvoir nazi. En ce qui concerne la paysannerie, le problème principal concerne la mainmise importante du gouvernement dans leurs affaires. Ce sera encore plus le cas en pleine guerre alors que la main-d’œuvre est de plus en plus rare. La paysannerie doit fournir des denrées à un certain prix tout en ayant l'obligation de refuser les liens avec les commerçants de religion juive, ce qui crée des problèmes économiques. La classe ouvrière, elle, est infiltrée par les organes du parti afin de mettre à mal la force du communisme et des syndicats au sein des usines. Pour cela, le régime crée des organisations chargées de rendre la vie ouvrière plus facile mais aussi d'offrir des loisirs contrôlés. En ce qui concerne la bourgeoisie, l'auteur s'intéresse beaucoup aux fonctionnaires et en particulier aux enseignants. Bien que ceux-ci soient souvent résolument en accord avec le régime, cela n'empêche pas des critiques importantes de la part d'élites du parti. Dans les trois cas, la population pouvait être en faveurs du régime mais l'auteur nous explique que celle-ci rentre rapidement dans une forme d'apathie politique afin de simplement vivre au jours le jours.

    Ian Kershaw essaie aussi de comprendre les réactions des églises. Dans le cadre du régime nazi, la chrétienté devrait être oubliée au profit d'autres formes de croyances. Cela a conduit à des attaques contre la place des églises au sein de la société, par exemple dans le cadre scolaire ou sur la place des crucifix dans les écoles. Si Kershaw nous parle des églises c'est parce que ces organisations ont été capables de créer des mouvements de résistance contre les décisions du régime. Ces résistances portent principalement sur leur place dans la société, mais aussi sur la mise en place de l'euthanasie des catégories considérées inutiles de la population. Cependant, Kershaw démontre que ces résistances se forment dans un cadre légal et ne permettent pas de créer une mise en cause majeur du régime. Les prêtres ont tendance à déclamer leur loyauté envers hitler tout en saluant la guerre contre l'URSS. Enfin, l'auteur s'attaque au difficile sujet des réactions de la population face aux spoliations et au génocide. Kershaw ne pense pas que le génocide était inconnu, des rumeurs ont existé, mais il essaie de prendre en compte la géographie. Ainsi, les allemands de l'est ont probablement plus de connaissances des crimes du régime que ceux de l'ouest. Il apparait que les tueries de masses ne soient pas vues favorablement, cependant l'antisémitisme est une opinion admise et les actes du régime contre les juifs sont largement soutenus. Ainsi, même si la population ne soutient pas les actes de violences, extrêmes, cela n'implique pas un accord avec d'autres décisions comme les spoliations, les ghettos ou la déportation en dehors du pays. Loin de dédouaner la population allemande, Kershaw tente ici de montrer la complexité de ses opinions.

    Bien entendu, je n'entends pas présenter toute la richesse de ce livre dans ces quelques lignes. Une partie importante de la réflexion et des exemples utilisés par Ian Kershaw ne s'y retrouvent pas. Je ne peux qu'inviter à lire un ouvrage bien documenté, dont les réflexions permettent de comprendre les complexités des opinions publics sans cacher les crimes ni le racisme de la population sous le régime nazi. J'ai particulièrement apprécié l'usage du concept de dissension qui permet de mettre en avant aussi bien les résistances que les accords avec le nazisme pour les mêmes groupes sociaux.

    Image : Éditeur

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  • La République de Weimar 1919-1933 par Horst Möller

    Titre : La République de Weimar 1919-1933
    Auteur : Horst Möller
    Éditeur : Tallandier 2011
    Pages : 367

    La République de Weimar est une période que je ne connais que peu. Bien entendu, je sais que celle-ci tombe après la nomination de hitler au poste de Chancelier. Je sais aussi qu'elle a connu un début mouvementé, révolutionnaire. Mais ces faits n’expliquent pas les raisons de sa chute. Pourquoi un monde politique démocratique perd pied et permet la mise en place d'une dictature qui, dès les premiers jours, réprime et tue les opposants détruisant toute forme de légalité républicaine. Afin de nous permettre de comprendre les raisons derrière la chute de cette République l'auteur met en place 3 grandes parties.

    La première partie se concentre sur les deux présidents que connu Weimar : Ebert et Hindenburg. Dès les premiers mots le problème est posé "Le premier [Ebert] incarne les chances de la République, le second [Hindenburg] son échec." Ebert, selon l'auteur, est une personnalité de gauche qui s'intéresse plus aux problèmes concrets qu'aux idéologies. Son entrée à la présidence lui permet de calmer la Révolution afin de mettre en place une forme démocratique de gouvernement, qui inclut les opposants. Bien que sa personne fût décriée par ses alliés et ses ennemis, l'auteur ne cache pas une son admiration envers un homme qui n'a jamais dévié de son idéal démocratique. Le second président, Hindenburg, incarne l'ancien régime prussien. Ce général a connu la Prusse, la création du Reich et la chute de celui-ci. Bien que son organisation militaire soit responsable, il dénonce les élites de Weimar comme responsables de l'échec allemand, créant par là une théorie du complot qui aura beaucoup de défenseurs.

    La seconde partie s'intéresse au fonctionnement et à la création de la République. L'auteur y explicite la création de la Constitution. Celle-ci devait à la fois abaisser les pouvoirs présidentiels et éviter un parlement trop fort. Cependant, Weimar entre rapidement en crise à cause de problèmes externes et internes. À l'interne, une partie importante de l'état reste anti-démocratique et jamais la République n'eut le temps ou les moyens de remplacer ces personnalités. À l'extérieur, ce sont les dettes et humiliations du traité de Versailles. Bien que tous les partis demandent sa renégociation, ce sont les partis républicains qui sont considérés comme coupables. Les coûts des réparations ont aussi un impact important sur les capacités économique de Weimar, ce qui sera aggravé lors des différentes crises connues par l'Allemagne et le monde. Ce chapitre démontre que, dès sa création, la République était particulièrement fragile. Mais cela n'implique pas une chute future.

    Dans la troisième partie, l'auteur se concentre sur les années 1930-1933. Leur examen permet de comprendre les raisons derrière la chute de Weimar. S'appuyant sur son analyse précèdent, il explique que Weimar perd son caractère démocratique. Souvent mis en minorité par le parlement, le gouvernement et la présidence usent et abusent de la procédure de dissolution du parlement. Cette méthode permet d'agir sans contrôle parlementaire pendant plusieurs mois tout en évitant les remises en cause des décrets présidentiels. De plus, le gouvernement use de plus en plus des procédures d'état d'urgence afin de s'attaquer à des problèmes internes, créant un précédent qui permet de justifier la suspension de droits fondamentaux. Ces diverses procédures, dans un contexte international de plus en plus suspicieux envers la démocratie, ont tendances à affaiblir les partis républicains, incapables de travailler ensemble, et de renforcer les extrêmes aussi bien communistes que nazis qui refusent d'entrer au sein d'un groupe démocratique. Tout est prêt pour que la République chute lorsque hitler est nommé Chancelier.

    Ce livre m'a permis de bien mieux comprendre non seulement les raisons de la fin de la République de Weimar mais aussi le fonctionnement de la dictature. L'auteur nous explique que la dictature s'appuie sur une impression de légalité en utilisant des procédures prévues dès la création de la Constitution. Il faut expliquer que l'auteur s'appuie surtout sur un examen politique et juridique. La Constitution et les changements politiques sont fortement analysés. Bien que Möller s'intéresse aussi aux artistes et aux intellectuels, la population n'est que peu présente dans ce livre.

    Image : Éditeur

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  • Mary Queen of Scotts / Marie Stuart Reine d'Écosse

    XVIème siècle, Mary Stuart, veuve du roi de France, retourne dans sa partie ancestrale. Son demi-frère a régné en son nom depuis le départ de Mary pour la France. L’Écosse, bien qu'indépendante de l'Angleterre, a suivi l'entrée de sa sœur dans la religion protestante. Mary Stuart, elle, est catholique. Son arrivée pose donc de nombreux problèmes. Des problèmes qui s'étendent lorsqu'il devient clair qu'elle souhaite garder sa couronne. Certains conseillers sont forcés de partir bien qu'elle tente de créer une tolérance religieuse pour son peuple. De plus, elle souhaite être reconnue comme l'héritière d'Elizabeth pour le trône d'Angleterre. Une reconnaissance qui créerait des problèmes importants pour un royaume qui refuse un retour au catholicisme. Les deux reines tentent de se parler alors que leurs conseillers intriguent au sein de leurs cours respectives.

    SPOILERS

    La bande annonce m'avait fait penser à un film qui montrait une relation conflictuelle entre deux reines. Mais ce conflit n'est que peu présent. Les deux reines ne se voient, dans le film, qu'une unique fois et s'écrivent bien plus. Ces lettres montrent, selon le film, un souhait de créer une relation de respect et d'amitié mutuel entre deux personnes à la fois proches et différentes. En effet, là ou Elizabeth est montrée comme prudente, elle refuse de se marier par peur des intrigues, et âgée (bien que pas trop...) Mary est dépeinte comme jeune, belle, maternelle et courageuse. Alors qu'Elizabeth refuse d'entendre parler des intrigues contre Mary, cette dernière n'hésite pas à user d'armes et à prendre la tête d'une armée en armure. Là ou Elizabeth semble subir son conseil, Mary manipule tout le monde. Moins qu'une confrontation le film montre deux personnes différentes qui se retrouvent dans des situations équivalentes : être des reines qui gouvernent à des hommes qui usent d'intrigues.

    Justement, cette confrontation qui n'existe que peu est effacée par les actions masculines. Elizabeth annonce, dans le film, qu'elle est forcée à devenir un homme car se marier impliquerait le risque de perdre son pouvoir face à un homme qui souhaiterait devenir un roi. Mary se trouve dans ce problème. Son mariage est un moyen pour elle de sécuriser son statut. Mais rapidement les hommes de sa cour, et son mari, intriguent afin d'abaisser son pouvoir et de donner la couronne à un homme. Malgré toutes ses réussites, elle est forcée à se soumettre à plusieurs groupes d'hommes qui souhaitent le pouvoir. Bien entendu, ces tentatives se basent sur la prétendue immoralité de la reine Mary, accusée de tromper son mari et de se marier après avoir assassiné son premier mari. Ces attaques sur sa prétendue immoralité permettent de justifier sa déposition. Ainsi, le film permet d'illustrer la difficulté pour une femme, reine, de garder son pouvoir face à des hommes qui la considèrent comme naturellement inférieure.

    *
    **
    ***
    **** malgré des raccourcis, des sauts temporels et probablement beaucoup d’erreurs historique j'ai beaucoup apprécié ce film
    *****

    Image : IMDB

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  • Le Moyen Âge en Occident par Stéphane Coviaux et Romain Telliez

    Titre : Le Moyen Âge en Occident
    Auteurs : Stéphane Coviaux et Romain Telliez
    Éditeur : Armand Colin 6 février 2019
    Pages : 293

    Encore une fois, je présente ici un manuel destiné aux étudiant-e-s en bachelor qui présente l'histoire globale de l'époque médiévale. Ce livre est divisé en deux grandes parties, chronologiques, mais ce sont les divisions internes à ces parties qui sont les plus intéressantes. En premier lieu, les auteurs s'intéressent à l'histoire globale selon une division classique entre bas et haut moyen-âge, soit les Vème au Xème siècle et XIème au XVème siècle. Les auteurs mettent en avant les changements politiques mais aussi sociaux et religieux. Ces deux parties permettent de réviser facilement les principales informations sur l'époque médiévale. En cas de besoin, on peut se reporter au glossaire. En cas d'intérêt plus large, une bibliographie thématique a été inclue en fin d'ouvrage.

    Rien ne justifierait l'achat de ce manuel, d'autres livres examinent la période de manière plus exhaustive, si l'on ne prenait pas en compte les autres types de chapitres. En effet, les auteurs ajoutent en fin des deux parties des chapitres spécifiques : grands événements, figures de l'époque, textes commentés, cartes commentées, images commentées, chronologie et surtout dissertations corrigées. Ce livre offre donc un grand nombre d'informations sur des sources d'époque mais aussi à l'aide de cartes et d'événements et personnes choisies.

    Ainsi, ce manuel est un outil de travail. Bien que les personnes qui n'étudient pas la période peuvent y trouver un grand nombre d'informations et de sources commentées les auteurs s'intéressent surtout aux étudiant-e-s. À l'aide des différents chapitres, les personnes qui s'intéressent à la période médiévale dans leurs études peuvent trouver les informations de bases, une bibliographie, des exemples sous forme de sources et surtout des dissertations corrigées qui permettent de construire un travail à la fois clair et basé sur des recherches récentes. Bien entendu, ce qui rend ce livre intéressant pour les étudiant-e-s le rend tout aussi intéressant pour les enseignants du secondaire II qui peuvent se baser sur lui pour préparer leurs cours et leurs exercices.

    Image : Éditeur

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