13/01/2019

L'Auge au XXe siècle. Du bas-quartier à la vieille ville de Fribourg par Serge Gumy

Titre : L'Auge au XXe siècle. Du bas-quartier à la vieille ville de Fribourg
Auteur : Serge Gumy
Éditeur : Aux sources du temps présent 1997
Pages : 235

Nous avons, en Suisse, un certain nombre de travaux qui s'occupent de sujets très locaux. Ce livre fait partie de ses études puisque l'auteur se concentre sur l'histoire d'un quartier de la ville de Fribourg. Il est tiré d'un travail de licence en histoire contemporaine. Ce livre nous permet de comprendre la vie mais aussi les modifications sociales d'un quartier qui, comme l'annonce le titre, passe d'un lieu de pauvreté à un lieu d'histoire et de mémoire. Afin de présenter ce quartier, l'auteur se concentre sur trois périodes donnant autant de parties générales.

La première partie se concentre sur le XIXème siècle. L'auteur explique le fonctionnement du quartier et son lien avec le reste de la ville en deux chapitres. Il y explique tout d'abord les différences sociales et géographiques du quartier. En effet, celui-ci contient surtout des familles pauvres qui vivent dans des appartements modestes, avec peu de conforts. Le quartier, lui, est séparé du reste de la ville du fait de sa position géographique. Les milieux politiques ne s'y intéressent que peu, sauf en cas de craintes de mouvements sociaux ou pour déplorer la criminalité et l'immoralité des pauvres. Il ressort de ces deux chapitres l'impression d’un lieu coupé du monde et oublié par les politiciens.

La seconde partie s'intéresse à la période des deux guerres. L'auteur dépeint une période difficile pour une population de plus en plus pauvre et laissée de côté. Les bâtiments sont des taudis dans lesquels s'entassent de nombreuses personnes, avec un confort spartiate et de larges problèmes d'hygiènes. Le quartier ne possède ni écoles ni lieux de loisirs et les enfants vivent dans les rues, afin d'échapper aux appartements. Cette période de pauvreté force la main aux autorités fribourgeoises qui commencent, à reculons, à créer des lois sur l'assistance publique capable d'aider une population qui souffre d'une période de chômage. Cependant, nous restons dans le cadre d'une peur d'un soulèvement, en partie porté par les socialistes, et l'aide sociale est aussi un moyen de tenir le quartier en l'encadrant par l'église et le parti conservateur.

La troisième, et dernière, partie s'attache à la période des années 60 et 70. L'auteur s'y attache à deux points particuliers. Premièrement, il montre la mutation du quartier qui passe d'un lieu mal famé à un lieu de mémoire. Celui-ci est protégé par des organisations citoyennes en faveurs d'une sauvegarde de l'architecture dites médiévale. Mais les habitant-e-s montrent aussi leur fierté de leurs traditions en portant un carnaval et en soutenant l'équipe Gottéron. Mais l'auteur démontre aussi les changements dans la typologie des habitant-e-s, qui pousse à des améliorations du cadre de vie et à de nombreuses rénovations. Celles-ci augmentent fortement les prix des loyers et, petit à petit, les anciennes familles quittent le quartier au profit d'une population plus aisée. Ce livre, dont la lecture est parfois difficile, n'est pas simplement la peinture de la vie d'un quartier d'une ville suisse. C'est aussi une bonne étude de l'effet de décisions politiques et urbanistiques sur le fonctionnement d'un quartier et la vie de ses habitant-e-s.

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11/01/2019

La noblesse en Occident (Ve-XVe siècle) par Martin Aurell

Titre : La noblesse en Occident (Ve-XVe siècle)
Auteur : Martin Aurell
Éditeur : Armand Colin 2002
Pages : 193

L'histoire médiévale, et la noblesse, sont souvent compris d'une manière stéréotypée. Soit l'on pense à une époque sombre qui oublie la science et le droit au profit des luttes religieuses et guerrières. Soit l'on imagine cette époque comme le milieu de l'amour courtois mais aussi de la chevalerie valeureuse et noble. Heureusement, il existe un grand nombre d'ouvrages de synthèse écrits par des expert-e-s. Ce livre est un manuel de synthèse qui résume de nombreuses années de recherches en histoire. Il est constitué de 4 parties chronologiques qui marquent autant d'étapes dans le fonctionnement de la noblesse.

L'ouvrage débute tout simplement en examinant la relation entre les peuples barbares et les aristocrates romains. Ces derniers se sont éloignés de leurs devoirs civiques et urbains à cause des coûts que cela implique pour leurs familles. En effet, l'élection et les devoirs civiques sont payant. Parallèlement, les peuples barbares sont inclus à l'espace romain afin de protéger l'Empire aux frontières. La perte de puissance de l'Empereur d'occident, les demandes des chefs barbares et la retraite des nobles romains dans leurs villas font tomber l'état romain central. Mais le lien entre barbares et romains, au niveau local, permet de constituer des petits royaumes qui profitent du savoir-faire juridique et administratif romain.

La création de l'Empire carolingien permet le retour à une forme d'état central capable d'imposer idéologie et paix sur un vaste territoire. Pour fonctionner, l'Empereur se repose sur des seigneurs locaux qui sont envoyés sur des territoires à gérer, en échange de terres permettant une certaine richesse. Le but est de lier à l'Empereur les seigneurs locaux, qui eux-mêmes se lient à d'autres seigneurs plus modestes. Malheureusement, cela implique aussi une tendance à l'autonomie, favorisée par des liens forts entre seigneurs dont le roi ne devient que l'un des membres. A la chute de l'Empire, le monde occidental est rempli de seigneuries plus ou moins puissantes reliées dans un réseau de vassalité. L'effet est à la fois une prise de contrôle de la justice au niveau local mais aussi des guerres privées, que l'église tente de supprimer par la création de la Paix de dieu et la croisade.

Le lien de vassalité, la guerre mais aussi la recréation, longue, d'un état avec le roi au centre permet de mettre en avant la création à la fois d'une classe mais aussi d'une idéologie. La noblesse implique de ne pas travailler la terre mais d'user ses revenus afin de financer des activités guerrières. Petit à petit, la noblesse devient une classe de professionnels de la guerre à l'armement aussi impressionnant que couteux. Ce milieu se pense de plus en plus comme particulier avec des devoirs et des droits qui dépendent de leur place dans la société. La fin de l'époque médiévale est aussi une période de révolte et de perte de statuts. Être noble est cher et le contexte difficile : l'économie est en berne, la peste revient régulièrement et le monde occidental est souvent en guerre. Les familles nobles peuvent facilement disparaitre et sont obligées d'accepter un rôle différent au sein de l'appareil d'état. Rejoignant des roturiers spécialisés et de plus en plus anoblis.

L'auteur n'est pas partisan des explications par les catastrophes au court terme. Il préfère expliquer les changements sociaux par le long terme. Ni la noblesse ni l'Empire romain ne se sont effondrés soudainement, ils ont disparus ou mutés selon le contexte. Ce livre met tout de même en avant un point précis : la relation entre la noblesse et l'état. Celle-ci est fortement antagoniste. La classe noble s'est constituée contre l'état en faveurs de leurs droits personnels, souvent illégaux. L'état, et les rois, tentent de reprendre le contrôle de la justice et de la fiscalité face à une noblesse non seulement puissante mais qui possède aussi des lieux fortifiés, permettant des révoltes. Bien entendu, l'auteur s'intéresse aussi aux modes de vies et en particulier au fonctionnement de la famille. En effet, on ne peut pas comprendre la création de la noblesse sans prendre en compte l'idéologie qui entoure le fonctionnement de la famille. Jusqu'à la fin de l'époque médiévale, la noblesse dépend de ses ancêtres dont une partie est souvent mythique. Ce livre nous offre donc une base pour comprendre un peu mieux le fonctionnement de l'époque médiévale et de sa noblesse.

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30/12/2018

Les partis politiques. Acteurs de l'histoire suisse par Olivier Meuwly

Titre : Les partis politiques. Acteurs de l'histoire suisse
Auteur : Olivier Meuwly
Éditeur : Presses polytechniques et universitaires romandes 2018
Pages : 175

Olivier Meuwly est connu pour ses fréquentes apparitions dans les médias lorsqu'il y a besoin d'un expert en histoire politique suisse afin de commenter l'actualité. L'auteur est, en effet, connu pour ses livres d'histoire concentrés sur le fonctionnement de la politique et de certains partis. Ainsi, il est l'auteur d'un petit ouvrage sur la politique vaudoise. Dans ce petit livre, l'auteur souhaite synthétiser une longue histoire des partis politiques. Ce qui permet d'une part de mieux comprendre l'impact de certains choix, comme la proportionnelle et l'arrivée des droits populaires, mais aussi d'expliciter l'arrivée des partis comme groupements chargés de défendre certaines visions.

Le livre est construit en suivant une suite chronologique que les personnes qui connaissent l'histoire suisse savent classique, mais utile. Ainsi, après les troubles de la guerre civile l'auteur passe sur la Belle époque. Ceci pour mieux continuer sur les problèmes des années 30 et la consolidation de l'état suisse lors des trente glorieuses. Enfin, l'auteur s'attache à montrer les changements ayant eu lieu après les années 70 et surtout dans les années 90 lors de la montée importante de l'UDC. La première édition ayant eu lieu en 2010, les années 2000 ne sont que peu présentes dans ce livre.

On pourrait résumer ce livre en expliquant qu'il décrit la chute des radicaux. Ceux-ci, au XIXème siècle, sont plus un groupe d'intérêt qu'un parti dont le but est de consolider l'état helvétique dans un sens plus centralisateur. Ce groupe incluait de nombreuses tendances aussi bien de droite et que de gauche, avant que cette division n'ait un véritable sens. Cependant, il apparait rapidement qu'il est difficile de relier autant de tendances différentes au sein d'un seul groupe et d'autres associations, qui deviendront des partis, commencent à se détacher. Malgré cela, les radicaux réussissent à garder la main sur la politique fédérale et le gouvernement, en partie à cause de l'absence de proportionnelle. Ce n'est que lors de l'arrivée du système proportionnel, puis de l'accès d'autres partis au Conseil fédéral, que l'hégémonie radical se fissure. Finalement, les trente glorieuses permettent de consolider ce qui a été nommé la Formule magique, et donc de relier au sein du gouvernement plusieurs tendances partisanes qui tentent de travailler ensemble.

Bien que cet ouvrage soit court il n'échappe pas à la question concernant d'une part l'intérêt des partis et d'autre part l'utilité de la division gauche droite. L'histoire suisse n'est pas avare de mouvements qui se constituent en dehors des partis traditionnels et qui se veulent ni de gauche ni de droite. Ainsi, l'Alliance des indépendants de Duttweiler, le Parti des automobilistes ou encore le MCG et ses tentatives en dehors du territoire genevois pour ne prendre que trois exemples. Ces mouvements qui se veulent soit des réactions, le Parti des automobilistes fut résolument anti-écologiste, ou des alliances d'intérêts libéraux n'échappent pas à la division entre gauche et droite, même si celle-ci est complexifiée dans la pensée actuelle. Selon l'auteur, on ne peut pas échapper à cette division ni à l'importance des partis. En effet, Olivier Meuwly considère que les partis sont avant tout un moyen de défendre des idées et des buts politiques. Plus encore, les partis construisent une cohérence dans ces mêmes idées.

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01/12/2018

La Suisse et les puissances européennes. Aux sources de l'indépendance (1813-1857) par Cédric Humair

Titre : La Suisse et les puissances européennes. Aux sources de l'indépendance (1813-1857)
Auteur : Cédric Humair
Éditeur : Alphil 2018
Pages : 140

Cédric Humair est un historien reconnu spécialisé en histoire suisse, et particulièrement l'histoire économique et les relations étrangères. J'ai déjà lu son livre sur l'année 1848, ce qui a mené à la guerre et la manière de résoudre les tensions impliquées. Ce petit livre de la collection Focus revient sur cette époque mais prend une perspective différente puisque l'auteur s'y intéresse aux relations entre la Suisse et les 5 puissances européennes conservatrices du XIXème siècle : la France, l'Autriche, la Prusse, la Russie et la Grande-Bretagne. Ce petit livre est divisé en quatre parties qui permettent d'analyser le pays sous protection française, selon les volontés des puissances conservatrices, la réforme et enfin les tensions dues à la création de la constitution de 1848.

C'est connu, mais souvent oublié, la Suisse n'existe pas depuis 1291. Cette date est en grande partie mythique et ne concerne que quelques cantons sur ceux existant actuellement. Ce n'est que progressivement que le territoire s'est constitué, tout en restant membre du Saint Empire romain germanique (Neuchâtel étant possession prussienne jusqu'à la moitié du XIXème siècle). Plus intéressant encore, pendant longtemps la confédération n'est qu'une faible alliance entre des états souverains jaloux de leurs prérogatives. Ce n'est que sous la protection de la France que la Suisse fut constituée en République unie, mais ce régime fut aussi particulièrement instable.

Lorsque la France de Napoléon fut vaincue, une conférence fut réunie pour reconstituer l'Europe selon une logique conservatrice. Dans ce cadre, la question helvétique eut une certaine importance. Au point de vue interne, la confédération fut restaurée tout en supprimant les bailliages, acceptant la création de nouveaux cantons. Au point de vue externe la question concerne l'équilibre européen. Aucune des grandes puissances ne souhaite que la Confédération ne soit intégrée dans un autre pays. Dans ce contexte, les 5 puissances proposent de faire de la Suisse un état souverain mais surtout neutre. Un état qui doit rester conservateur. Les 5 puissances se considèrent comme les garantes du Pacte de 1815 qui réglemente le pays, et que les suisses ne doivent pas modifier sans leur accord. Cependant, des réfugiés libéraux se rendent en Suisse tandis qu'une partie des citoyens helvétiques souhaitent des réformes libérales et démocratiques, créant des tensions avec le reste de l'Europe.

C'est à ce point que l'on peut parler de la perspective de l'auteur qui rend son livre des plus intéressants. Au lieu de se baser sur une histoire interne Cédric Humair décide de s'intéresse aux sources britanniques sur la Confédération helvétique. Cette perspective permet de mettre en lumière les idées et l'impact de la diplomatie britannique sur la Confédération helvétique. Bien entendu, cela implique d'oublier d'autres pays ainsi que les points de vue interne, mais cela implique aussi de mieux comprendre de quelle manière le pays devint souverain et resta neutre. L'auteur met en avant une activité diplomatique considérable dans le but de garder un équilibre. Les britanniques fonctionnent comme des facilitateurs pour la Suisse via des pressions aussi bien sur les autorités helvétiques que sur les autorités des autres grandes puissances. Ainsi, les anglais ont un intérêt à garder une Suisse stable et indépendante. Ce qui implique de lutter contre les menaces d'attaques militaires, par exemple de la Prusse lorsque le canton de Neuchâtel devint officiellement et uniquement Suisse. Cette perspective rend ce livre particulièrement intéressant et donnant des informations différentes sur la construction de la Suisse moderne. Je le conseille aux personnes qui souhaitent mieux connaitre l'histoire de la Confédération.

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24/11/2018

Une histoire politique de la démocratie directe en Suisse par Olivier Meuwly

Titre : Une histoire politique de la démocratie directe en Suisse
Auteur : Olivier Meuwly
Éditeur : Alphil 2018
Pages : 132

Discuter de la démocratie directe est un exercice périlleux, en particulier en Suisse. Nombreuses sont les personnes qui s'inquiètent d'une force trop importante des mécanismes de démocratie directe, qui pourraient mettre en question des droits fondamentaux. Tout aussi nombreuses sont les personnes qui s'inquiètent d'un irrespect des décisions du peuple. Mais nous ne connaissons que peu les processus qui ont mené aux instruments que sont le référendum et l'initiative utilisés actuellement. Olivier Meuwly essaie, dans cet essai historique, de résumer les idées philosophiques et les changements qui ont présidés à la mise en place de la démocratie directe suisse.

Avec raison, l'auteur explicite le lien important de la démocratie directe avec l'ancien régime et, en particulier, la landsgemeinde. Cet outil, encore utilisé dans certains lieux, fonctionne dans le cadre d'une pensée médiévale mais n'est pas l'expression du peuple tel qu'on la conçoit aujourd'hui. La landsgemeinde, comme beaucoup d'auteur-e-s l'ont montré, est soumis au pouvoir de certaines familles. Elle est aussi critiquée lors de la Révolution française, et de la mise en place de la République helvétique, car contraire à l'idée de rationalité, tout comme l'usage du sort pour choisir les dirigeants.

Ce n'est qu'après la restauration puis la guerre du Sonderbund que la démocratie directe a commencé à véritablement ressembler à ce que l'on connait aujourd'hui. Mais ce n'est que progressivement que ces instruments furent imaginés et acceptés par un pouvoir radical puissant. En particulier, ce sont les oppositions face à des politiques de création de lignes de train qui commence à permettre de défendre une volonté populaire face à une centralisation et une homogénéisation du droit en Suisse. Bien que ces droits populaires ne fussent pas encore beaucoup utilisés, ils ont permis d'obliger la confédération à accepter certaines idées. Mais l'essor n'a lieu que bien plus tard.

En effet, après les deux guerres, et l'usage des pleins pouvoirs par les autorités de la confédération, la Suisse est devenue plus social avec la création de l'AVS. Mais les années 60 sont l'occasion de comprendre que de nombreuses parties de la population ont des idées que ne sont pas défendues par les partis traditionnels. Dans ce cadre, l'initiative et le référendum permettent d'imposer des débats sur des sujets de plus en plus nombreux, marquant un accroissement important des votations. Ceci implique une critique des décisions du peuple et le souhait de réformes, mais qui n'ont jamais pu être mises en œuvre par peur de briser une mécanique délicate.

Ce petit livre donne un grand nombre d'informations qui permettent de mieux comprendre le fonctionnement politique de la Suisse. L'auteur n'hésite pas à questionner les débats et les idées philosophiques et idéologiques derrière certains souhaits de réformes. Le dernier chapitre est particulièrement délicat de ce point de vue puisque Oliver Meuwly discute initiatives récentes dont l'application fut délicate, si ce n'est abandonnée. Bien qu'il parle des réformes proposées, je trouve frustrant que le message de l'auteur soit d'éviter tout changements. Ceci me donne l'impression de mettre sur un piédestal des instruments certes nécessaires mais dont les réformes devraient pouvoir être discutées afin de défendre certains droits fondamentaux ou de s'adapter à la période.

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21/10/2018

First Man / First Man : Le Premier Homme sur la Lune

Le programme Apollo qui permit l'envoi sur la Lune de plusieurs équipes d'astronautes est probablement le plus célèbre des programmes d'exploration spatiale. Apollo 11 est sûrement la mission la plus connue puisqu'elle fut le premier alunissage réussit, Neil Armstrong étant le premier homme à marcher sur la Lune. Si on pose la question, il est probable que la mission Apollo 13 soit aussi citée avec d'autres catastrophes de l'aventure spatiale. Ce film se veut un biopic à la fois fidèle, respectueux et intimiste autour de la personne de Neil Armstrong entre son dernier vol en X-15 et sa rentrée sur Terre après son alunissage. La réalisation essaie de montrer le fonctionnement du programme lunaire de la NASA depuis les tests technologiques des Gemini jusqu'aux missions Apollo. On nous fait aussi rentrer dans l'intimité d'un homme montrée comme stoïque, incapable d'exprimer ses émotions et très professionnel.

SPOILERS

Que l'on soit clair, ce film est une ode à l'aventure spatiale américaine. Les réussites communistes sont mentionnées, comme des échecs pour les USA ce qui est en accord avec le contexte de l'époque. La réalisation aurait pu se perdre et ne pas parler des mises en causes ni des contraintes placées sur le projet de la NASA. Ce n'est pas le cas, on nous montre que tout le monde ne pense pas que l'argent soit utile dans le contexte de guerre et de pauvreté des USA. On nous montre aussi les échecs du programme, parfois dangereux. L'explosion d'Apollo 1 est particulièrement rempli d'émotions. Ce sont surtout les enterrements qui se succèdent qui montrent le danger que représente ce programme. La manière dont les fusées sont filmées est aussi particulièrement impressionnant. L'écran, les décors, vibrent avec un son presque assourdissant. On pourrait presque ressentir ce qu'implique le fait de partir dans l'espace dans le nez d'une gigantesque bombe chargée de carburant. On se demande surtout comment ces machines ont pu rester en une seule pièce et comment des personnes ont pu accepter d'entrer à l'intérieur.

Étant un biopic, le film se concentre sur Neil Armstrong et Janet Elizabeth Shearon, les deux sont mariés. Je ne sais pas si la manière de représenter Neil Armstrong est réaliste. On nous montre un homme profondément affecté par la mort de sa fille. Mais surtout un homme incapable de parler à ses amis, à sa femme et encore moins à ses enfants. Cette incapacité à exprimer ses sentiments conduit à une scène durant laquelle Armstrong fait ses bagages frénétiquement pendant que Janet Elizabeth Shearon lui demande de s'arrêter afin de parler à ses enfants, de les préparer à la possibilité de sa mort. En effet, Neil Armstrong est dépeint de manière respectueuse comme une personne très professionnelle. Un travailleur incapable de s'arrêter qui ne pense qu'à ses missions et refuse presque de s'amuser. Les conséquences du programme sont visibles à travers Janet Elizabeth Shearon qui observe les dégâts de la mort des astronautes sur leurs familles. Bien que je ne sache pas la vérité concernant cette famille, cette peinture de son fonctionnement me semble trop respectueuse et pas assez critique. Je me demande ce que voulait faire la réalisation.

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**** Un film qui respecte énormément son personnage et la conquête spatiale. Ce respect est presque trop important et parfois on a presque l'impression que certaines étapes ne sont qu'anecdotiques.
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06/10/2018

L'ile aux cannibales. 1933, une déportation-abandon en Sibérie par Nicolas Werth

Titre : L'ile aux cannibales. 1933, une déportation-abandon en Sibérie
Auteur : Nicolas Werth
Éditeur : Perrin 2006
Pages : 204

Nicolas Werth est connu pour être un spécialiste de l'URSS et l'un des auteurs du Livre noir du communisme (que je n'ai pas lu). Dans ce petit ouvrage il s'intéresse à l'ile de Nazino, en Sibérie. Selon des témoignages oraux, la petite ile inhospitalière fut le théâtre d'actes inhumains suivi de la mort de nombreuses personnes au point qu'une commission d'enquête fut mise en place peu de temps après les événements. Mais moins que cette petite histoire c'est le processus global de déportation que souhaite comprendre l'auteur en partant de l’arrivée : l'ile de Nazino.

L'auteur divise son travail en 5 chapitres qui permettent de mieux comprendre la raison des déportations. Le premier chapitre dévoile le plan derrière ces déportations. Loin d'être de simples actes de destruction le but est double. Premièrement, il semble nécessaire aux autorités communistes de vider la campagne et les villes d'éléments considérés comme dangereux, en particulier les Koulaks mais aussi les anciens membres de l'état tsaristes. En second lieu, cette déportation doit être un moyen de prendre le contrôle de territoire peu habités et d'en faire des lieux productifs par le travail des déportés.

Cependant, le troisième chapitre montre les difficultés de la mise en place de ce plan. En effet, une population importante est destinée à la déportation. Mais comment les déporter, qui déporter et surtout qu'en faire à l’arrivée ? L'auteur démontre que les autorités policières suivent les ordres de la manière la plus large possible. Les personnes déportées peuvent aussi bien être des criminel-le-s que de simples passants qui allaient au marché sans leur passeport ou encore des membres éminents du partis. Les décisions sont rapides, sans recours et les déporté-e-s ne sont pas écouté-e-s. Pire encore, les villes et villages chargés d’accueillir cette population ne sont pas préparés. Les autorités ne savent pas forcément quel type de population va arriver, leur nombre et ne possède pas les ressources en hommes nécessaires pour la surveillance. L'auteur montre aussi les difficultés d'approvisionnement pour vêtir et nourrir les déporté-e-s.

Ceci débouche sur l'échec total de la déportation à Nazino. L'auteur nous explique que les autorités locales ne savent pas combien de personnes vont arriver ni leur profil. Au lieu de paysans endurcis capables de travailler la terre ce sont des citadins. Celleux-ci ont été largement dépouillé par les éléments criminels de la déportation et peuvent arriver peu vêtu-e-s, voire nu-e-s, affamé si ce n'est déjà mort. Alors que les infrastructures de transit sont remplies il est difficile de transférer la population, par manque de bateaux. Les populations qui se retrouvent en Sibérie ne savent pas construire de logements ni cultiver. Rapidement, la famine s'installe et des actes de cannibalisme ont lieu. Ce contexte n'est pas aidé par des gardes qui n'hésitent pas à profiter de la situation pour devenir un peu plus riche ou qui font actes de cruauté contre les personnes déportées.

Partant d'une histoire précise, qui a donné lieu à une enquête officielle, l'auteur essaie de nous faire comprendre le fonctionnement des déportations : de la décision policière à la mise en place des infrastructures. Ce qu'il nous montre est un acte administratif qui ne prend pas en compte la situation réelle et qui est rapidement dépassée par les décisions personnelles des autorités locales et de la police. Par cet exemple, l'auteur essaie de nous faire comprendre le fonctionnement global d'une politique qui débouche sur des centaines de milliers de morts dans un contexte de famine pour les populations paysannes de l'URSS. Sans pouvoir juger de la place de ce livre dans l'historiographie, n'étant pas un spécialiste de l'URSS, je peux tout de même considérer ce livre comme intéressant pour comprendre le fonctionnement de l'état communiste en Russie sous Staline.

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29/09/2018

L'Opposition à l'avortement : du lobby au commando par Fiammetta Venner

Titre : L'Opposition à l'avortement : du lobby au commando
Autrice : Fiammetta Venner
Éditeur : Berg International 1 janvier 1995
Pages : 197

Le droit à l'avortement est récent et encore difficile à atteindre dans certains pays occidentaux. Il est régulièrement remis en question par des groupes religieux traditionalistes. L'autrice de ce livre a décidé d'étudier l'étendue et le fonctionnement de ces groupes. Elle le fait dans quatre chapitres tout en ajoutant un appendice particulièrement important. Ce dernier, qui n'est pas à jours, regroupe les noms des associations, les actions commandos et les actions en justice jusqu'à l'année 1995.

Le premier chapitre permet à l'autrice de faire un historique de l'accès au droit à l'avortement, et aux luttes contre, pour la France du XXème siècle. Ce sont des informations connues et l'autrice ne s'y attarde pas trop, bien qu'il soit dommage qu'elle ne se soit pas intéressée à une autre histoire que celle de la France ce qui aurait pu être intéressant pour mieux comprendre les liens internationaux mis en place contre le droit à l'avortement.

Le second chapitre entre dans le sujet en examinant le fonctionnement des associations qui luttent contre le droit à l'avortement. L'autrice démontre qu'il existe trois formes d'actions précises par des associations différentes. Cependant, elle explique que les personnes peuvent être membres de plusieurs associations et que plusieurs types d'actions peuvent fonctionnement ensemble. La première action concerne le lobbyisme. Les militant-e-s contactent médecins et politicien-ne-s afin de soumettre des informations sur l'avortement et pousser à refuser ces actes et la continuité de leur légalité. Bien que l'action de lobbyisme ait permis de créer des groupes politiques et médicaux en accord avec les personnes contre l'avortement celles-ci peuvent être vues comme frustrantes par des militant-e-s. Un second type d'action peut être utilisé afin de s'attaquer directement aux femmes qui souhaitent avorter. L'action peut consister soit en une information avec des pressions soit en un harcèlement à l'aide d'insultes et de lecture des dossiers médicaux. Un troisième type d'action sont les commandos qui consistent en la destruction de biens matériels afin d'empêcher tout acte médical d'avortement.

Le troisième chapitre s'intéresse à l'idéologie et identifie trois sources. La première est le fondamentalisme religieux basé sur une lecture traditionnelle de la bible et de la société. Dans cette optique, la place des femmes est à la maison afin de s'occuper du ménage et de créer des enfants à la chaine. Les hommes ont un rôle extérieur, au travail. En ce qui concerne le contrôle du corps, celui-ci est pensé comme fondamentalement anti-chrétien car il implique de "voler" à la divinité sa propriété. Ainsi, toutes les recherches et actes médicaux sont refusés au nom de la religion. Une seconde source est la relativisation du génocide des Juifs. En effet, les avortements sont considérés comme un génocide en cours avec bien plus de victimes. Pire encore, les Juifs, comme groupe, sont considérés comme les coupables de cet acte et donc auraient exagérés leurs souffrances. Enfin, il existe des groupes féministes dit de droites qui militent en faveurs du retour aux valeurs féminines : la maternité. Elles considèrent qu'il existe une complémentarité des sexes basées sur une différence fondamentale entre hommes et femmes.

Enfin, le quatrième chapitre s'intéresse aux soutiens. L'autrice démontre que les antiavortements français bénéficient de milieux provenant des États-Unis qui fournissent des informations, des enseignants, des méthodes mais aussi des films et articles vendus directement traduits en français. Ces milieux sont aussi largement soutenus par l'église catholique, jusqu'à la papauté. Les évêques n'hésitent pas à soutenir des actions non-violentes comme violentes tout en fournissant matériel et lieux de réunions. Enfin, les milieux d'extrême-droite soutiennent aussi ces militant-e-s. Ici, l'autrice examine la France, la Belgique et l'Allemagne et essaie de démontrer les liens avec des groupes parfois très proche du nazisme.

Ce livre est ancien, 1995. Il a été écrit alors que le droit à l'avortement était encore pénalisé en Suisse (celui-ci a été dépénalisé en 2002 par la solution des délais). Il s'intéresse spécifiquement à la France et débute une analyse du fonctionnement de ces groupes sur le minitel. De nombreuses informations, liste des groupes et d'actions en justice, devraient être remises à jours tandis que l'Internet est totalement absent de l'analyse de l'autrice, celui-ci n'étant pas aussi important qu'aujourd'hui. Cependant, l'autrice nous donne de nombreuses informations intéressantes. Le fonctionnement des actions des antiavortements, par exemple, me paraît être toujours d'actualité et pourrait permettre une action politique dans le but de protéger les femmes victimes de leur harcèlement ainsi que le personnel hospitalier.

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19/09/2018

L'hérésie des pauvres. Vie et rayonnement de Pierre Valdo par Bernard Félix

Titre : L'hérésie des pauvres. Vie et rayonnement de Pierre Valdo
Auteur : Bernard Félix
Éditeur : Labor et Fides 15 mai 2002
Pages : 240

Lorsqu'on parle des hérésies médiévales, aux alentours du XI-XIIème siècle, on parle souvent des Cathares. Mais il existe d'autres hérésies et mouvements durant cette période. Ce livre s'intéresse à un mouvement des pauvres, les personnes qui ont suivis Pierre Valdo. Ce dernier serait un lyonnais, un marchand plutôt aisé, qui a abandonné tous ses biens afin de suivre la voie que Jésus aurait montré aux humain-e-s: une vie de pauvreté basée sur les dons par autrui.

L'auteur examine cette vie selon deux points d’études : Pierre Valdo et l’Église médiévale et les effets de son mouvement sur la Réforme. Selon l'auteur, le mouvement de Valdo, dit des pauvres vaudois, a pu prendre forme à cause des pratiques immorales de l’Église de l'époque. Celle-ci était riche, les ecclésiastiques n'étaient pas toujours bien éduqués et, parfois, mariés. Pire encore, et ce fut une critique des Réformés, les ecclésiastiques vendaient des indulgences ayant le pouvoir de permettre l'entrée au paradis par l'intercession de l’Église. Face à ces pratiques, Pierre Valdo défendrait une pratique de la lecture de la Bible et d'une vie modeste sans hiérarchie. Mais il brise aussi l'ordre social en prêchant et en permettant aux femmes de prêcher. Selon l'auteur, ces critiques peuvent être décrites comme un avant-goût de la Réforme. Il considère que les Vaudois ont pu se protéger, en se cachant, des persécutions puis ont rejoint les mouvements réformés.

Mieux comprendre la vie de Pierre Valdo m'attirait. Je me posais beaucoup de questions sur sa vie mais surtout sur le contexte dans lequel les vaudois ont commencé à exister. Malheureusement, il ne me semble pas que ce livre puisse véritablement répondre à mes questions. À mon avis, ce n'est pas un livre d'histoire mais un essai de théologie. L'auteur fait souvent des bonds en avant à notre époque, considère comme réel des miracles et cite abondamment la Bible. Mais en termes d'histoire le livre est très médiocre. La bibliographie est très succincte, soit, mais le problème concerne le contenu. À de nombreuses reprises, l'auteur se contente de marquer son désaccord avec des historiens sans jamais les citer ni expliquer les raisons de son refus de suivre leurs thèses, qui peut être légitime. L'auteur ne cite jamais les sources d'époque. Mais le pire concerne les hypothèses mises en avant dans le livre. Étant donné que jamais Bernard Félix ne cite d'historien-e-s ni de sources, je me demande de quelle manière il construit ses hypothèses. Le livre est donc rempli de jugements sans jamais que l'auteur ne prenne la peine de les justifier. Selon moi, il vaut mieux laisser cet essai à sa place et chercher un véritable livre d'histoire.

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19/08/2018

De la différence des sexes. Le genre en histoire sous la direction de Michèle Riot-Sarcey

Titre : De la différence des sexes. Le genre en histoire
Direction : Michèle Riot-Sarcey
Éditeur : Bibliothèque historique Larousse 2010
Pages : 287

L'usage du concept de genre est de plus en plus utilisé en sciences sociales et humaines malgré une tentative d'empêcher son usage. Mais la manière dont on use d'un concept moderne dans le cadre des études historiques pose question, que ce soit à cause du manque de sources ou de la nécessité de ne pas user de termes anachroniques. Dans ce livre, dirigé par Michèle Riot-Sarcey, plusieurs auteur-e-s essaient de montrer la capacité d'explication de ce concept en histoire occidentale de l'antiquité à nos jours.

Le livre est divisé en 9 chapitres. L'introduction et la conclusion sont écrits par la directrice du volume. En introduction, l'autrice pose la question de l'usage du concept en histoire. Comme je l'ai noté plus haut, l'une des questions concerne l'anachronisme. Mais elle met aussi en avant la capacité du concept à mettre en avant des questions qui n'existaient pas aux époques étudiées. Le genre permet donc de découvrir des relations de pouvoirs qui ne sont pas explicitées dans les sources. En conclusion, l'autrice mobilise les écrits de Michel Foucault afin d'expliquer en quoi les études genres sont utiles pour comprendre ces mêmes relations de pouvoirs en histoire. Elle s'étonne aussi de l'usage plus important de Foucault dans le contexte états-unien en comparaison avec la France. Les autres chapitres s'intéressent à des civilisations et périodes occidentales précises.

Les deux premiers chapitres concernent Athènes et Rome. Le premier auteur montre que les connaissances des sources anciennes athéniennes ne permettent pas de comprendre le fonctionnement de la société. En effet, nous avons accès à des écrits qui essaient de mettre en place un idéal dans lequel les femmes sont sous tutelles. Mais elles possèdent des capacités proches de celles des hommes. La véritable division se forme entre les personnes citoyennes et non-citoyennes, comme les esclaves. Rome, cependant, fonctionne selon l'idée que les femmes sont soumises aux hommes. Une partie des écrits de contemporains utilisés pour comprendre le Principat usent justement de la domination des femmes sur les hommes pour critiques les premiers empereurs, vus comme dévirilisés. Mais le chapitre montre que ces femmes ne font qui suivre leur rôle en haussant leur famille dans la hiérarchie sociale.

Les trois chapitres suivants concernent plutôt la période médiévale et l'Ancien Régime. Le livre commence avec un article sur Byzance, un empire que je ne connais pas bien. L'auteur tente de comprendre de quelle manière fonctionne la tri-sexualisation à Byzance. En effet, il existe des hommes et des femmes mais aussi des eunuques. Ceux-ci gagnent un pouvoir de plus en plus important dans la ville, jusqu'à être représentés dans les églises, car ils possèdent le rôle de pacifier la cité. Non seulement ils protègent l'empereur mais ils évitent aussi les coups d'états militaires qui pourraient déstabiliser l'empire. Un autre chapitre s'intéresse aux relations entre l’Église et les communautés monacales. Ces dernières se basent sur une interprétation de la Bible pour justifier l'entrée des femmes et la supériorité des personnes vierges. Mais leur interprétation met à mal la puissance ecclésiastique et la première période médiévale voit les princes et l’Église tenter de contrôler les communautés monacales afin d'éviter une concurrence de l'intercession envers la divinité. Enfin, le troisième chapitre s'intéresse à l'Ancien Régime. L'autrice tente de nous montrer que même s'il existe des différences de pouvoirs entre hommes et femmes ces dernières peuvent gagner en supériorité, celle-ci comprise comme masculine. En effet, la noblesse est conçue comme un donné du sang qui se traduit par des comportements masculins que des femmes nobles peuvent donc recevoir, devenant combattantes aussi bien que des hommes.

Les deux derniers chapitres s'intéressent bien plus à l'histoire contemporaine française. Le premier parle du XIXème siècle est des luttes en faveurs de l'égalité. L'autrice montre que des femmes essaient d’accéder à la citoyenneté mais que celle-ci est toujours refusée au nom du respect de l'ordre sociale. Les socialistes eux-mêmes ont peur de l'accès au travail des femmes, considérés comme dangereux pour les femmes et contraires à l'idéal de l'homme pourvoyeur et de la femme ménagère. Le dernier chapitre est une peinture des tentatives d'accès au droit de vote durant le XXème siècle. L'autrice explique que la France est une exception en Europe occidentale. Elle critique aussi l'accès au droit de votre comme récompense pour des actions de résistance lors de la Deuxième guerre mondiale. Enfin, l'autrice pose la question du passage du droit de vote à la parité. Elle montre la difficulté d'accepter l'idée dans une république qui se pense universelle et égalitaire mais aussi face à des partis qui préfèrent payer des amendes plutôt que de suivre la loi. Le chapitre se termine sur l'élection de Sarkozy face à Ségolène Royal qui a souffert de la misogynie de ses adversaires comme des membres de son propre parti.

Ce livre me semble intéressant car il essaie non pas de réfléchir de manière désincarnée sur l'usage d'un concept mais de montrer de quelle manière on peut l'utiliser afin de comprendre des thèmes précis. Le découpage, plus ou moins classique, permet d'avoir des exemples utiles pour les étudiant-e-s de France et d'Europe. Je déplore tout de même le manque d'exemples non-occidentaux, on reste sur des thèmes très européens. Cependant, ce livre permet de mettre en avant la fécondité du concept alors que celui-ci est attaqué par certains milieux.

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27/07/2018

Le déclin de l'Ancien Régime en Suisse. Un tableau de l'histoire économique et sociale du 18ème siècle par Rudolf Braun

Titre : Le déclin de l'Ancien Régime en Suisse. Un tableau de l'histoire économique et sociale du 18ème siècle
Auteur : Rudolf Braun
Éditeur : Éditions d'en bas et Éditions de la maison des sciences de l'homme 1988
Pages : 284

Sous le terme Ancien Régime les historien-ne-s prennent en compte un fonctionnement économique et social basé sur la tradition et l'autorité obtenue de la divinité. De plus, le terme met en contradiction l'Ancien et le Nouveau, celui-ci étant mis en place à la suite de la Révolution française. On peut légitimement se demander si le terme d'Ancien Régime peut fonctionner en Suisse puisque la Révolution française n'est pas suisse, si tant est que la Suisse existe à l'époque en tant que communauté nationale. Mais ce serait oublier, justement, les changements majeurs en Europe, l'impact des idées dont l'idée de nation et la République helvétique. Cela ne dit rien sur le fonctionnement de la Confédération au XVIIIème siècle, ce que Rudolf Braun entreprend d'examiner dans ce livre qu'il pense autant comme un manuel destiné aux études qu'un moyen de poser sur la table les manques de l'historiographie suisse lors de sa rédaction (le livre ayant 20 ans). Il rédige 6 chapitres qui examinent des parties précises du fonctionnement de la Confédération sous l'Ancien Régime.

Les trois premiers chapitres forment le versant économique et démographique de cette étude. L'auteur commence son examen par le fonctionnement des populations, mais aussi les moyens de connaitre le nombre de personnes en vie durant cette période. Ce premier chapitre permet de mettre en avant le fonctionnement de la démographie lors des crises, aussi bien économiques que dans le cadre d'épidémies, ou des moments de haute conjoncture. L'examen de la démographie par les experts de l'époque est délicat car les autorités considèrent ce sujet comme potentiellement dangereux. En effet, la population commence à être considérée comme un bien pour l'état.

Un second chapitre s'intéresse plus spécifiquement à l’agriculture. L'auteur y explique les problèmes posés par une agriculture basée sur des cultures obligatoires et des terrains publics. Bien que ceux-ci permettent aux personnes pauvres de survivre cela implique aussi une productivité moindre et des difficultés pour créer de nouvelles cultures, comme la patate. Les changements seront difficiles à défendre, en particulier par des groupes d'experts comme les économistes patriotes. L'auteur s'intéresse aussi à la production de fromage qui peut rapporter beaucoup d'argent mais dont les risques sont portés par une seule catégorie de la population.

Le troisième chapitre s'intéresse à la proto-industrie. Celle-ci implique que des commerçants fournissent de la matière première à des familles qui transforment cette matière en produit finit qui est finalement vendu par les commerçants. Cette proto-industrie permet à des familles pauvres de ne plus subsister uniquement de l'agriculture mais de trouver une autre forme de ressources. Cependant, elle implique aussi une nouvelle manière de vivre, à domicile, qui est en contradiction avec la tenue du ménage, ce qui pousse un certain nombre de personnes à considérer ce travail comme un vecteur de démoralisation. Ce travail implique aussi une division du temps en heure et minutes afin d'atteindre une productivité suffisante pour vivre, qui dépend de conjoncture parfois saisonnière

Dans le quatrième et cinquième chapitre l'auteur s'intéresse à la vie en ville et au fonctionnement des gouvernements. Le milieu urbain est caractérisé par une division de la population en "classes." Celles-ci permettent d'atteindre des droits spécifiques, civils et politiques. Ainsi, la bourgeoisie, et une minorité de celle-ci, possèdent les droits politiques et l'exercice effectif du gouvernement. Les habitants possèdent un droit d'établissement et donc des capacités civiles sans droits politiques. Cette division, ici simplifiée, implique de plus en plus de tensions. Les gouvernements sont basés sur une élite de plus en plus restreinte, alors que l'accès à la bourgeoisie est de plus en plus difficile. On observe des cantons urbains qui tiennent un vaste territoire sujet, basés sur des coutumes anciennes liées aux seigneuries, et des cantons ruraux fonctionnant en Landsgemeinde avec, là aussi, une minorité capable de gouverner. Les fonctionnements des divers gouvernements sont variés et permettent d'observer aussi bien des cooptations, des achats de charge que l'usage du hasard.

Le dernier chapitre s'intéresse aux résultats des tensions mentionnées plus haut, les révoltes. L'auteur y démontre que les difficultés d'accès aux fonctions gouvernementales mènent certaines catégories à exiger des droits politiques. Un second type de récolte est lié à un retour au passé. Face à ce qui est conçu comme des exagérations voire de la corruption une partie de la population demande un retour aux anciennes chartes, mais dont l'accès est réglementé. On trouve ici l'importance des archives pour justifier une révolte et l'absence de volonté d'un changement majeur du régime. Les autorités de l'Ancien Régime réagissent ensembles, quel que soit le canton, contre ces révoltes et les punitions peuvent être très sévères, du bannissement à la peine de mort. Ce n'est que la menace française qui permet plusieurs révolutions avant que l'invasion par les troupes française ne permette d'imposer la République Helvétique.

Ce livre est assez laborieux. Bien qu'intéressant les nombreuses pages qui examinent la production agricole et le commerce du fromage furent loin de m'intéresser. Cette difficulté est aussi due au but de l'auteur, proposer un tableau complet de la Suisse de l'Ancien Régime. Cela implique beaucoup de description concernant de nombreux sujets mais aussi une certaine rigueur et le choix d'exemples précis. Il est donc normal que de nombreux sujets ne soient pas étudiées aussi profondément qu'une personne intéressée ne le souhaiterait. De plus, on peut se demander quelles sont les avancées de la recherche que ce livre ne présente pas, ayant été édité en 1988 en français et 1984 en allemand.

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20/07/2018

La religion des romains par John Scheid

Titre : La religion des romains
Auteur : John Scheid
Éditeur : Armand Colin 2017
Pages : 223

Bien que l'histoire de la civilisation romaine me fascine (comme beaucoup de civilisations anciennes) je ne connais pratiquement rien sur le fonctionnement de la religion chez les romain-e-s m'étant concentré sur les événements et le système politique, déjà bien compliqué à nos yeux. L'auteur propose donc une synthèse des connaissances sur le système religieux des romain-e-s afin de comprendre son fonctionnement mais aussi de mettre en cause certaines idées préconçues. Le manuel, destiné aux étudiant-e-s en bachelor d'histoire ancienne, est divisé en 5 parties.

La première et la dernière partie sont autant de moyens de mettre en question certaines idées et de résumer ce que l'on connait de ces religions. L'auteur met fortement en cause l'idée que le polythéisme romain serait une forme d'étape en direction d'un monothéisme chrétien. Il récuse aussi l'idée que les religions romaines seraient devenues de moins en moins suivies au fil du temps, laissant la place à la chrétienté. Selon lui, la question n'est pas de progression mais d'un besoin, la chrétienté devient importante car les traditions ne répondent plus aux besoins. Enfin, il récuse l'idée que les religions dites orientales seraient différentes et plus récentes que les traditions originelles, sur lesquelles nous n'avons pas d'informations précises.

La seconde partie inclut deux chapitres, l'un sur le temps et l'autre l'espace. L'auteur y explique de quelle manière les romain-e-s divisaient le temps selon les besoins civils, religieux et politiques. Bien que certains calendriers nous soient parvenus. Il faut bien comprendre que la religion est d'abord une affaire privée et que seules les fêtes les plus importantes nous sont parvenues. L'espace aussi est divisé selon qu'il appartient ou non à une divinité. Il existe des lieux que l'on consacre légalement à une divinité tandis que d'autres sont naturellement divins et, parfois, protégés.

La troisième partie est consacrée au service religieux et particulièrement le sacrifice et les pratiques de divinations. Le sacrifice est régulièrement montré comme un acte sanglant dans les productions télévisuelles et cinématographiques. On oublie que celui-ci obéit à un rituel précis. La personne qui sacrifie doit accomplir des gestes précis, dire des paroles exactes et enfin appliquer le sacrifice. Ces actes peuvent être particulièrement compliqués et le sacrifice peut être refusée. De plus, la bête sacrifiée doit toujours accepter son sort. En ce qui concerne les divinations, il existe plusieurs méthodes dont l'usage dépend des circonstances : examen de certaines parties internes du corps, observation des oiseaux, signes mais aussi les livres sibyllins. Chacun de ces actes doit être interprété mais aussi accompli avant une décision officielle. Il s'agit moins de connaitre le futur que d'être certain de l'accord d'une divinité.

La quatrième partie est constituée de 3 chapitres qui examinent les acteurs et actrices. L'auteur commence par présenter les prêtrises, divisée entre les collèges majeurs dont les prêtres peuvent aussi être magistrats et les sodalités. Il n'existe ni livres ni corps de métier précis mais des rôles. En effet, l'acte religieux doit être accompli par tous les citoyens romains que ce soit en public ou en privé. La religion privée est tout aussi importante que la publique et chaque famille a ses propres divinités que le père de famille doit respecter. Durant l'Empire, les empereurs et certaines personnes de la famille purent aussi être divinisés et être mis au-dessus des simples humains. L'important est de donner à toutes les divinités ce qui leur est dues et les romain-e-s peuvent même prendre en compte des divinités encore inconnues.

Ce manuel est un bon moyen de comprendre un peu mieux le fonctionnement de la religion des romain-e-s. Synthétique il est aussi très complet. L'auteur examine la validité scientifique de certaines idées tout en expliquant ce que l'on connait du fonctionnement de la religion dans la civilisation romaine. Ce manuel contient aussi une bibliographie thématique, une chronologie et un glossaire particulièrement utile pour comprendre certains termes qui nous sont peu compréhensibles.

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07/07/2018

Histoire de Genève 2. De la cité de Calvin à la ville Française (1530-1813) par Corinne Walker

Titre : Histoire de Genève 2. De la cité de Calvin à la ville Française (1530-1813)
Autrice : Corinne Walker
Éditeur : Alphil 2014
Pages : 160

Ce second tome de l'Histoire de Genève s'intéresse aux années durant lesquelles la ville change de religion et lutte contre l'influence grandissante de la France, pour terminer comme chef-lieu du Département du Léman. L'autrice peint cette histoire en 15 chapitres. Bien entendu, la religion et Calvin ont une place importante dans ce livre. Mais l'autrice n'oublie pas de mettre en avant d'autres points. Elle explique que Genève est, à cette époque, une République qui a pris le contrôle des droits de seigneurie après la fuite de l’Évêque. Petit à petit, une oligarchie se met en place avec un contrôle de plus en plus fort du pouvoir par une minorité de bourgeois. Comme dans d'autres villes suisses, la bourgeoisie se restreint de plus en plus et empêche l'accession aux droits politiques des autres catégories de population. Ce système est le terreau des révolutions qui auront lieu à la fin du XVIIIème, avant la prise de contrôle française.

L'autrice explique que la ville est, à l'époque, considérée comme importante, belle et prospère. Elle est l'un des plus importants centres de la Réforme mais aussi de la culture et des sciences, preuve en sont les dons et collections de personnalités. Ainsi, Rousseau possède-t-il une influence importante dans la Cité. La ville elle-même change de forme à la suite de la prise en compte des besoins urbains. Des lumières sont mises en place tandis que les égouts sont créés, avec quelques maisons reliées à l'eau courante. Mieux encore, des places sont dessinées. Mais la ville fait aussi attention aux remparts qui sont fréquemment reconstruits, malgré les coûts.

L'autrice explique aussi que la ville est fortement contrôlée par les autorités, en particulier en ce qui concerne les aspects moraux. Les pouvoirs publics essaient de réguler la mode, mais échouent régulièrement. Le but principal est d'atteindre une forme de modestie liée à son statut social. On ne devrait pas porter des habits qui sont au-dessus de son statut. Des lois dites somptuaires sont déclarées et s'intéressent de près aux habits mais aussi aux fêtes. On peut recevoir une amende pour une fête trop riche en victuailles ou en cadeau, par exemple dans le cadre d'un mariage. De plus, les contestations politiques sont réprimées. Les cercles, par exemple, sont interdits avant d'être acceptés si les réunions ont lieu en public. Cependant, cela n'a pas empêché des émeutes puis une révolution. Le livre se termine sur le fonctionnement de la Cité sous la domination française du Directoire puis de l'Empire.

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01/07/2018

Histoire de Genève 1. La cité des évêques (IVe-XVIe siècle) par Mathieu Caesar

Titre : Histoire de Genève 1. La cité des évêques (IVe-XVIe siècle)
Auteur : Mathieu Caesar
Éditeur : Alphil 2014
Pages : 156

La collection Focus de la maison d'édition Alphil s'est intéressée non seulement à Neuchâtel, à la Suisse ou à Fribourg mais aussi au canton de Genève, donnant un panorama intéressant de l'histoire régionale suisse romande (bien qu'il manque encore quelques cantons). Ce premier tome est écrit par un maître-assistant de l'université de Genève, spécialisé dans les questions des société urbaines comme le présente la quatrième de couverture. Sa présentation s'intéresse à 12 siècles d'histoire en 13 chapitres mais il explique qu'une partie importante de la période médiévale est peu connue, car les documents sont peu nombreux.

Les 5 premiers chapitres sont les plus chronologiques. Chacun de ces chapitres s'intéressent à une période précise : création de la ville, royaume Burgonde, période franque par exemple. L'auteur nous présente l'importance de la ville dans le cadre du premier royaume Burgonde, dont Genève est l'une des capitales. Cependant, les royaumes Burgondes ne durent pas longtemps et se sont rapidement les Seigneurs locaux qui prennent de l'importance politique. Ce sont les Savoies qui essaieront longtemps de prendre le contrôle de la ville. En effet, celle-ci est sous le pouvoir temporel de l’Évêque qui doit la protéger tout en poursuivant ses devoirs épiscopaux.

Cet aspect de conflit entre la Savoie, comtes puis ducs, et l’évêché, est fondamental pour la ville de Genève dont les habitant-e-s essaient tout de même de rester sous la protection de l’Église. Après la perte d'importance des Savoies, ce sont les relations avec les confédérés qui deviennent sources de tensions. Au point de créer des factions différentes au sein de la ville qui n'hésitent pas à s'attaquer en justice en cas de besoin.

L'auteur présente aussi la vie de tous les jours de la Genève médiévale. Comme le livre concernant Fribourg au Moyen Âge le montre, Genève est une ville de commerce importante, au niveau international. Plusieurs marchands possèdent des magasins en ville ou se rendent aux foires. En ce qui concerne Fribourg, ce sont les ventes d'étoffes qui sont importantes. Cependant, la ville souffre de la concurrence de Lyon, voulue par le roi de France. L'auteur nous parle aussi de la vie religieuse, et démontre que les habitant-e-s sont particulièrement soucieux de leur piété, ce qui fonctionne en lien avec les Confréries qui permettent de conserver l'attention de la communauté après la mort. L'auteur réussit donc à offrir l'image d'une ville particulièrement vivante qui connait des moments de grâce et des périodes d'oublis. Une ville enserrée dans des relations d'influences, l'Évêque, la Savoie, l'Empire, le royaume de France mais aussi les Confédérés.

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24/06/2018

Histoire du canton de Neuchâtel 3. La création d'une République. De la Révolution de 1848 à nos jours par Jean-Marc Barrelet

Titre : Histoire du canton de Neuchâtel 3. La création d'une République. De la Révolution de 1848
Auteurs : Jean-Marc Barrelet
Éditeur : Alphil 2011
Pages : 139

Ce troisième, et dernier, tome s'intéresse à la période de 1848 à 2011. L'auteur débute sur une Révolution en mars 1848 qui prend les tenants de l'ancien régime par surprise. En peu de temps, le pays est aux mains des insurgés, soutenus par la jeune confédération et les vainqueurs du Sonderbund. Cependant, l'auteur démontre que la République n'est pas sans faiblesses. Tout d'abord, il explique quelles sont les problèmes des radicaux. En effet, ceux-ci essaient de réformer en vitesse un pays tenus pendant longtemps par des systèmes archaïques et donc une partie de la population ne veut pas. De plus, les révolutionnaires sont eux-mêmes divisés et cela aboutis à la chute du gouvernement. Dans ce contexte, les royalistes essaient de prendre le pouvoir à l'aide d'un putsch. Leur échec est dû aussi bien à un manque de soutien que par l'action rapide des radicaux. Mais il est aussi le début de problèmes diplomatiques pour la Confédération, qui a failli tourner en une guerre avec l'Allemagne.

L'auteur offre aussi un tableau économique du pays. Après les soubresauts de la Révolution et du Putsch, il est nécessaire de réformer les industries du pays. Ces réformes impliquent la mise en place de voies de communication entre le canton et le reste de l'Europe. Les particularismes régionaux débouchent sur le choix de deux voies qui se concurrencent et coutent chers. Les autorités essaient aussi de développer l'industrie horlogère en abandonnant le travail à domicile. Bien que certains patrons tentent de garder un lien entre eux et les ouvriers, les changements impliqués permettent l'essor du syndicalisme et du socialisme.

Enfin, l'auteur essaie aussi de nous montrer les évolutions culturelles et scolaires. Celles-ci sont mises en place en lien avec l'industrie horlogère qui demande un apprentissage professionnel, avec des écoles qui lient art, commerce et mécanique. Neuchâtel devient un vivier de compétences pour la création de montres de luxe mais aussi de leur développement technologique, bien que les changements dans l'industrie poussent certains corps de métier à disparaitre. Le canton possède aussi la plus petite université de Suisse qui a un lien important avec le Front national suisse de la recherche et se spécialise dans certains domaines précis.

La lecture de ces trois tomes donne une image intéressante, complète mais aussi très synthétique du canton. Les auteurs nous permettent de comprendre d'où proviennent des particularités qui existent encore aujourd'hui, et qui peuvent parfois créer des problèmes pour le fonctionnement du canton. Il ressort de la conclusion de ce dernier tome que Neuchâtel, selon l'auteur, doit choisir entre vivre seule à l'aide de ses propres forces ou se réformer, s'unir et se lier à d'autres cantons. Une conclusion que l'auteur semble généraliser à l'ensemble de la Suisse.

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22/06/2018

Histoire du canton de Neuchâtel 2. Le temps de la monarchie, politique, religion et société de la Réforme à la Révolution de 1848 par Philippe Henry

Titre : Histoire du canton de Neuchâtel 2. Le temps de la monarchie, politique, religion et société de la Réforme à la Révolution de 1848
Auteurs : Philippe Henry
Éditeur : Alphil 2011
Pages : 160

L'auteur, en 8 chapitres, essaient de nous montrer de quelle manière Neuchâtel fonctionne dans le cadre de ce que l'on nomme l'Ancien Régime (terme qui ne peut se comprendre sans faire référence à la Révolution française). Pour cela, il s'intéresse aussi bien à la politique, l'économie qu'aux relations de la principauté avec les têtes couronnées de France et de Prusse. En effet, Neuchâtel n'entre que tardivement dans la Confédération et reste un pays soumis à un souverain étranger jusque dans le XIXe siècle.

L'auteur nous démontre que le fonctionne de la principauté est particulièrement traditionnel, les élites au pouvoir ne souhaitent pas modifier le fonctionnement du pays et préfèrent se référer à une coutume considérée comme la raison du destin favorable du peuple neuchâtelois et de son territoire. Le pouvoir contrôle la presse et le politique tout en refusant tout changements concernant le fonctionnement pénal du pays. Ce n'est que tardivement que la peine de mort, les peines corporelles et la torture seront abandonnées ou réformées, sous la pression de l'étranger. Sur place, les volontés de réformes sont qualifiées de sédition et rapidement surveillées et réprimées. Seule la presse du reste de la Confédération ainsi que l'exemple de cette dernière permet de penser un potentiel changement.

Mais l'auteur analyse aussi une époque de changements économiques. Face aux contrôles étroits de l'industrie dans les villes, des entrepreneurs décident de fonctionner en lien avec des habitant-e-s de la campagne afin de créer de nouvelles industries. Ces entrepreneurs contrôlent la vente et l'achat de matière première, la transformation dépendant d'un travail personnel à domicile. Les ouvriers et ouvrières sont soumis au bon vouloir de l'entrepreneur. L'indiennage profite de ces changements mais aussi l'industrie de la montre, malgré quelques problèmes conjoncturels.

L'Ancien régime est aussi une époque de changements importants pour la principauté en matière de souveraineté. Les bourgeois réussissent à défendre l'idée que Neuchâtel ne peut pas être divisé et, plus important encore, d'être capable de choisir leur propre souverain. À plusieurs reprises, un tribunal doit décider quel prétendant reçoit la souveraineté sur la principauté. Bien que la France souhaite contrôler le territoire c'est le roi de Prusse qui est choisi, moyen de défendre les acquis de la Réforme. Face aux royalistes, une partie des habitant-e-s souhaitent rejoindre la Confédération et abandonner l'idée d'une double appartenance et donc les particularités que cela implique, particularités de moins en moins acceptées par Berlin. L'auteur écrit un second tome riche qui réussit, selon moi, à mettre en avant le fonctionnement du pays tout en l'inscrivant dans le contexte de l'Ancien régime. Bien que les informations décrites ne soient pas des surprises pour les personnes qui connaissent la période, l'examen de Neuchâtel permet d'observer plus précisément ce que cela implique au niveau régional.

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20/06/2018

Histoire du canton de Neuchâtel 1. Aux origines médiévales d'un territoire par Jacques Bujard, Jean-Daniel Morerod, Grégoire Oguey et Christian De Reynier

Titre : Histoire du canton de Neuchâtel 1. Aux origines médiévales d'un territoire
Auteurs : Jacques Bujard, Jean-Daniel Morerod, Grégoire Oguey et Christian De Reynier
Éditeur : Alphil 2014
Pages : 160

Neuchâtel est un canton qui me fascine depuis plusieurs années. Je ne connais que peu son histoire mais lorsque j'ai su qu'il y avait eu des comtes je me suis toujours demandé ce qui leur était arrivé. D'autant que la famille a laissé derrière elle un magnifique monument funéraire que j'ai pu contempler. Il n'est donc pas étonnant que je souhaite en savoir plus et que je profite que Alphil ait édité trois livres sur l'histoire de ce canton. Ce premier tome se divise en 15 chapitres écrits par 4 personnes

Les auteurs commencent par expliquer l'origine de Neuchâtel. Ils essaient de mettre en avant les zones antiques, qui prouvent que le territoire était habité depuis longtemps. Ces chapitres sont nourris par l'archéologie qui permet de comprendre quels furent les premières zones d'habitations. Mais cette partie est aussi l'occasion, pour les auteurs, de mettre en question quelques sources sur l'histoire du canton. En effet, une partie de ces sources sont des faux conçus par un ancien notable neuchâtelois. Les auteurs essaient aussi de montrer comment le territoire s'est étendu sous la période médiévale, là aussi en se concentrant sur une analyse des bâtiments et de l'archéologie.

En seconde partie, les auteurs essaient de placer Neuchâtel dans le contexte médiéval en s'intéressant aux différents membres de la seigneurie de Neuchâtel. Cette histoire est riche, ce qui est mis en avant par les auteurs. En effet, la famille seigneuriale est très proche de certaines des familles les plus importantes des différentes époques, comme les Zähringen mais aussi les Savoies et la Bourgogne. Ces rapprochements sont démontrés par les choix des noms des héritiers, qui marquent le souhait d'un rapprochement de la part de la famille de Neuchâtel.

Cependant, ces mêmes seigneurs doivent lutter contre des branches différentes de leur propre famille. Elle se rapproche du royaume de France, se plaçant en porte-à-faux face à l'Empire mais aussi aux cantons Suisses et surtout elle perd ses héritiers mâles, forçant un passage par les femmes. Petit à petit, les comtes quittent Neuchâtel pour n'en faire qu'un moyen de justifier une position et de payer une vie de Seigneur dans les cours françaises. Ce qui permet aux confédérés de prendre le contrôle du territoire, contrôle qui sera abandonné après l'alliance avec la France.

Ce premier tome n'est pas le livre le plus intéressant que je connaisse. Le propos est souvent aride, non pas à cause des informations offertes mais parce que les auteurs s'intéressent beaucoup aux informations archéologiques et du bâti. De plus, je me demande à quel point ce livre est compréhensible sans une connaissance de base de l'époque. Les auteurs traversent une partie de la fin de l'Empire romain et toute l'époque médiévale, s'arrêtant à la Réforme. Les informations plus générales sur la société et la politique médiévale ne sont pas offertes ce qui pourrait poser problèmes pour comprendre ce livre.

Image : Éditeur

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18/06/2018

Histoire de Fribourg 3. Ancrages traditionnels et renouveaux (XIXe-XXe siècle) par Francis Python

Titre : Histoire de Fribourg 3. Ancrages traditionnels et renouveaux (XIXe-XXe siècle)
Auteur : Francis Python
Éditeur : Alphil 2018
Pages : 136

Ce court, du moins plus court que les deux autres, volume clôture cette histoire de Fribourg en s'intéressant à l'époque contemporaine, durant laquelle le canton essaie de résister à des changements importants. L'auteur divise son livre en 8 chapitres afin de décrire les problèmes, les changements et les résistances mis en place par les autorités cantonales durant ces deux siècles. On pourrait considérer que ce livre se divise en trois grosses parties selon le fonctionnement politique du canton.

La première partie concernerait la sortie de l'Ancien régime et les résistance face aux changements imposés par la République helvétique et la Constitution de 1848. Bien que l'on ait souvent l'impression d'une histoire traditionnelle, l'auteur nous explique que le canton est en faveurs des changements mis en place dans la Constitution de 1848. Ce n'est que dans les années 1830 que les forces conservatrices reprennent le dessus et poussent le canton à s'engager dans une alliance séparée, ce qui débouche sur un siège de 3 jours et une capitulation un peu misérable. Dès la mise en place de la Constitution de 1848, le canton est soumis aux forces radicales qui imposent des changements politiques et sociétaux importants, sans jamais demander l'avis du peuple.

La seconde partie débute vers 1857 et pourrait se terminer en 1946. C'est la période de la République chrétienne. Bien que celle-ci commence par une coalition entre modérés et conservateurs, face aux radicaux, elle devient vite une force purement conservatrice dont le but est de défendre l’église et ses acquis. Cela n'empêche pas de mettre en place des travaux importants. En particulier, les autorités cantonales s'intéressent de près à l'éducation des jeunes hommes et poussent à la construction d'une université, considérée comme chrétienne. Ce sont aussi des constructions importantes. Mais ce système est mis à mal par des changements économiques suivant les deux guerres mondiales et, petit à petit, le paysage politique se modifie permettant de penser l'entrée des socialistes au parlement et, à terme, au gouvernement.

Les deux derniers chapitres s'intéressent à cette période durant laquelle la société fribourgeoise connait des changements majeurs. Bien entendu, cela implique l'entrée des socialistes au gouvernements, Denis Clerc étant le premier. Mais ce sont aussi des tentatives de réformes et des investissements dans le milieu industriel. Le canton souffre de ne pas avoir fait attention à l'éducation des jeunes du babybooms dans des secteurs industriels mais il contrebalance ceci avec des espaces importants qui permettent de nombreuses constructions. Malheureusement, le canton est aussi impacté par les chocs pétroliers, ce qui implique le retour d'un chômage.

Ce dernier tome se termine pratiquement en 2018. Il permet de connaitre le fonctionnement d'un canton souvent considéré comme traditionnel et peu développé. Malheureusement, je déplore que l'auteur n'ait pas examiné la République helvétique dont il ne parle que très peu. C'est une période que je connais assez peu et qui est souvent considérée comme la pire de l'histoire du pays. Cependant, elle a permis de construire ce qui est considéré comme la Suisse moderne.

Image : Éditeur

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16/06/2018

Histoire de Fribourg 2. Une ville-Etat pour l'éternité (XVIe-XVIIIe siècle) par François Walter

Titre : Histoire de Fribourg 2. Une ville-État pour l'éternité
Auteur : François Walter
Éditeur : Alphil 2018
Pages : 178

Ce second tome de l'histoire de Fribourg est écrit par François Walter, auteur de l'histoire Suisse en 5 tomes chez le même éditeur. La période examinée est celle de l'Ancien Régime qui débute après l'époque médiévale et se termine par la Révolution française, en tout cas ses effets en Suisse. L'auteur divise son livre en deux parties. La première prend en compte le XVIe siècle, siècle qu'il qualifie de réformes, tandis que la seconde partie s'intéresse aux deux siècles qui suivent que l'avant-propos qualifie de plus stable. Mis à part cela, le livre est divisé en 15 chapitres, les 6 premiers étant intégrés à la première partie.

Bien que la période étudiée soit moins longue que pour le premier volume (5 siècles contre 3) l'histoire est tout aussi riche. La division en deux parties permet de mettre en avant les différences entre deux périodes, une de conflits et une stable, permettant la consolidation du système de l'Ancien régime. La période du XVIe siècle est un moment de changements territoriaux mais aussi religieux. Non seulement la concurrence bernoise gagne des points en prenant le contrôle du pays de Vaud mais Luther prend de l'importance. La ville de Fribourg choisit résolument de rester proche de la religion catholique alors que l’évêque de Lausanne perd ses possessions ainsi que son siège, bien que Fribourg tente de l'attirer dans ses murs.

La seconde partie du livre s'intéresse aussi à ces sujets, mais le contexte est stabilisé si l'on en croit l'auteur. Cela lui permet d'examiner le fonctionnement politique de la ville. Il montre tout d'abord que la bourgeoisie commence à se fermer. Ce qui permet de créer des statuts divers à l'intérieur même de celle-ci entre les bourgeois qui ont des droits politiques et les familles qui peuvent régner. Ceux-ci ont de plus en plus de privilèges tandis que le système politique donne un pouvoir important à un groupe précis de personnes. Mais cela n'empêche pas des révoltes contre les seigneurs, basés sur les demandes d'accès aux archives qui pourraient posséder des exemptions.

L'auteur essaie aussi de montrer des changements économiques, parfois liés au mercenariat. Celui-ci est contrôlé par les familles les plus riches qui intègrent des personnes faisant partie des lieux sous leurs contrôles. Empêchant une possible concurrence. L'époque permet aussi de mettre en avant l'importance de la production du fromage à pâte dure. Sa production implique de posséder des bêtes mais aussi des pâturages en montagne et des routes pour les marchands. Ceux-ci sont encore soumis à de nombreuses taxes.

Le livre se termine sur l'annonce de la Révolution française et les Lumières. Bien que les événements de Paris soient vus de loin les inquiétudes sont de plus en plus importantes alors que des bannis fribourgeois sont libérés et que des exilés et soldats suisses rentrent en ville. La période est aussi celle d'une censure plus importante des idées et des textes, alors que les révoltes sont considérées comme une violation de l'ordre naturel provenant de dieu. Bien que la période ne soit de loin pas ma préférée, j'ai apprécié la lecture de ce livre qui permet de mieux comprendre les changements importants de ces trois siècles dans une ville helvétique. J'ai particulièrement apprécié comprendre de quelle manière fonctionnait politiquement l'Ancien régime dans cette ville, système qualifié de patriciat qui n'est pas universel sur le territoire de la Confédération.

Image : Éditeur

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13/06/2018

Histoire de Fribourg 1. La ville de Fribourg au Moyen Âge (XIIe-XVe siècle) par Kathrin Utz Tremp

Titre : Histoire de Fribourg 1. La ville de Fribourg au Moyen Âge (XIIe-XVe siècle)
Autrice : Kathrin Utz Tremp
Éditeur : Alphil 2018
Pages : 176

Ce petit livre fait partie d'une "trilogie" sur l'histoire du canton de Fribourg, éditée dans la collection Focus qui a déjà offert une histoire de la Suisse, de Genève et de Neuchâtel. Ces livres permettent de connaitre les points fondamentaux d'un territoire dans le cadre d'une chronologie basée sur les grandes périodes que sont le Moyen Âge, l'Ancien Régime et l'époque contemporaine. Ce premier tome est confié à une médiéviste chevronnée. Le livre est divisé en 10 chapitres que l'on peut résumer en quelques thèmes : histoire politique, histoire économique et histoire religieuse.

L'histoire politique commence avec un chapitre introductif, chronologique et un peu aride qui résume le passage de la ville sous différents seigneurs : Zähringen, Habsbourg et Savoie. Malgré ces dépendances, les autorités de la ville ont tout de même réussi à garder une forte autonomie et des alliances spécifiques qui ont permis une extension du territoire contrôlé. Ce sont surtout les relations avec la ville de Berne qui marque l'histoire de Fribourg. En effet, celles-ci sont constellées d'alliances, de guerres et de frustrations face aux difficultés d'extension de la ville. L'autrice examine aussi le fonctionnement interne, en particulier l'élection de l'avoyer et du curé, ceux-ci étant simplement accepté par les seigneurs au lieu d'être nommé.

Dans une seconde partie, l'autrice s'intéresse au fonctionnement économique. Elle montre que la ville de Fribourg prend une importance sur deux artisanats : la draperie et les faux. Cette dernière est surprenante étant donné que Fribourg ne se trouve pas près d'une source de fer. En ce qui concerne la draperie, la ville est la seule du territoire suisse actuel à fonctionner en direction de l'exportation, aussi bien Genève que l'international. Mais celle-ci baissera en activité vers la fin du Moyen Âge. Cette prospérité permet de racheter des droits de seigneuries, et donc le contrôle de territoires, mais aussi de permettre à de nouveaux habitant-e-s d'entrer dans la ville, voire d'acheter la bourgeoisie et donc la possibilité d'entrer dans le système politique de la ville.

Enfin, l'autrice s'intéresse à l'aspect religieux. Elle examine le fonctionne de la paroisse et l'élection du curé par les bourgeois. Une élection contestée par les seigneurs de la famille de Habsbourg mais rapidement acceptée. L'autrice s'intéresse aussi aux hôpitaux et à l'aide envers les pauvres. Elle démontre que les organisations religieuses d'aides aux pauvres sont particulièrement riches et deviennent pratiquement des banques en faveurs de la ville. Elle s'intéresse aussi plus spécifiquement à la chasse aux sorcières, et aux vaudois. Celles-ci ont lieu plus vite que dans le reste de l'Europe et permettent surtout à la ville, selon l'autrice, de justifier la prise de contrôle de territoire spécifique, donc une extension des droits de la ville.

Ce livre permet de synthétiser une longue histoire et montre à quel point une petite ville peut posséder un passé passionnant, parfois encore important aujourd'hui. Les relations entre la ville et Berne sont particulièrement intéressantes. Mais je note aussi la grande indépendance de Fribourg et la capacité de la ville de changer de seigneurs quand cela est considéré nécessaire, avant d'obtenir l'immédiateté impériale et l'entrée dans la confédération.

Image : Éditeur

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05/06/2018

Histoire des transsexuels en France par Maxime Foerster

Titre : Histoire des transsexuels en France
Auteur : Maxime Foerster
Éditeur : H&O 2006
Pages : 186

Pendant longtemps, et encore aujourd'hui, la transsexualité (je reprends les termes utilisés par l'auteur qui les justifie dans son introduction) est considérée comme un crime, une maladie, quelque chose qu'il faut effacer. Pourtant, les transsexuels ont une histoire, difficile à décrire mais qui existe. L'auteur essaie de démontrer la richesse de cette histoire et de poser les pistes concernant les liens entre le militantisme transsexuels et le militantisme gay et lesbien. Pour cela il décrit la France, et surtout Paris, en 7 chapitres.

Les deux premiers sont des chapitres introductifs. Ils permettent à l'auteur d'expliquer d'où provient la pensée du transsexualisme. Il ne peut donc pas passer outre l'Allemagne et Magnus Hirschfeld. Ce dernier a permis de mieux penser la variété des possibilités sexuelles de l'humanité grâce à son centre d'étude. En particulier, il s'inscrit dans la théorie du troisième sexe qui considère que les personnes homosexuelles ont une âme qui ne correspond pas à leur corps. L'arrivée des nazis au pouvoir implique la fin de son travail, ses livres sont brulés. Dans ce contexte, la France commence à connaitre des mouvements en faveurs des transsexuels par deux personnes qui commencent à être connues. Leur statut permet de poser les bases d'un mouvement.

Les chapitres 3 et 4 s’intéressent plus particulièrement aux cabarets et à leurs artistes. L'auteur s'attache à une artiste précise, Coccinelle, pour démontrer l'importance de ces lieux comme moyens de sociabilités. En effet, plusieurs cabarets proposent des numéros de travestissement qui, petit à petit, deviennent des numéros mettant en scènes des personnes transsexuelles. Ces différentes personnes commencent à se connaitre et à s'aider mutuellement, en particulier en offrant des noms de docteurs prêt à pratique une opération. L'existence de ces artistes permet aussi à de nombreuses personnes de s'accepter en sachant ne pas être isolées.

Les derniers chapitres s'intéressent à la répression et à la réaction face à celle-ci. Bien que les trente glorieuses soient une période qui permet une relative expression, et un accès facilité aux hormones, de nombreuses personnes et autorités n'acceptent pas l'existence du transsexualisme. La police contrôle fréquemment les concerné-e-s au nom de la lutte contre la prostitution et les agents n'hésitent pas à demander des actes sexuels gratuits. L'accès aux papiers est particulièrement délicat et une association offre des faux papiers, dont les doubles sont envoyés à la préfecture (permettant un fichage). Ces faux papiers sont un moyen d'accès au travail mais aussi aux services étatiques qui, sinon, sont inaccessibles. Mais ce sont aussi les psychiatres de l'école de Lacan qui répriment les personnes transsexuelles. Selon elleux, ce sont des personnes malades qu'il faut traiter psychiatriquement et non aider par l'accès à la chirurgie et aux hormones.

L'auteur termine en montrant de quelle manière les personnes concernées se sont reliées en association afin de lutter contre la police, les psychiatres de Lacan mais aussi l'état en général. Aujourd'hui, des journées sont dédiées et il existe des essais de forcer les milieux politiques à accepter la devise française de liberté et d'égalité. Cependant, le combat est loin d'être terminé et certains refus officiels, malgré des condamnations par la CEDH, sont parfois difficiles à comprendre. L'auteur décrit par exemple l'annulation du mariage d'un couple considéré comme hétéro par l’État français qui a refusé le changement d'état civil de l'un des membres au nom de l’interdiction du mariage entre personnes de même sexe.

Je ne connais pas grand-chose concernant les besoins des personnes concernées et encore moins leur histoire. Ce petit livre m'a permis d'avoir enfin des informations concernant cette histoire. Il me semble aussi que l'auteur s'inscrit résolument dans une posture militante en faveurs des personnes concernées, en essayant de décrire leur histoire en France, à Paris surtout. J'ai personnellement apprécié ma lecture et j'essaierais d'en savoir plus.

Image : Éditeur

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03/06/2018

La révolution silencieuse / Das schweigende Klassenzimmer

Stalinstad, Allemagne de l'Est, 1956. Le monde est divisé entre l'ouest et l'est. Bien que le mur n'existe pas encore les camps sont visibles et l'armée russe occupe encore l'Allemagne de l'est. Cependant, la vie fonctionne sans problèmes dans le cadre du système socialiste. Les gens travaillent, débattent et les enfants vont à l'école dans une discipline de fer. Une classe de terminale est particulièrement intéressée par les problèmes du monde. En secret, illes écoutent une radio de l'ouest afin de comprendre ce qui se déroule en Pologne. À la suite des actions de l'URSS, illes décident de donner une minute de silence dans leur classe. Bien que cette minute semble peu importante elle aura de lourdes conséquences sur leurs familles.

SPOILERS

J'avais déjà vu Fritz Bauer du même réalisateur. Il y montrait de quelle manière un homme seul pouvait se battre contre un système prétendu dénazifié. J'avais beaucoup aimé la reconstitution de l'Allemagne de l'Ouest et des problèmes politiques posés par l'étude et la sanction du passé nazi du pays et de citoyen-ne-s. Dans ce film, le réalisateur s'intéresse au côté communiste de l'Allemagne. Là aussi, il essaie de reconstituer la vie de l'époque à l'aide d'habits, de meubles mais aussi d'une ambiance particulière à la fois pleine d'espoir mais aussi de craintes.

En effet, l'idée première des jeunes était une simple minute de silence. Mais aucun de ces terminales n'a imaginé les conséquences que pouvait prendre cette minute, considérée comme un défi envers l'état voire même une contre-révolution. Le film commence doucement, par une idée lancée dans une vieille ferme et soutenue par un homme âgé et politiquement intelligent. Ce n'est qu'un peu plus tard que l'on nous met en garde par les paroles du directeur de l'école. Puis, toute la force de l'état est utilisée afin d'écraser ce qui est considéré comme une révolte en s'attaquant au futur des enfants, porteurs de l'espoir de leurs parents envers un avenir meilleur. On nous montre des autorités qui n'hésitent pas à interroger, mentir et manipuler afin d'atteindre des conséquences acceptables. On nous montre aussi des autorités qui constituent de nombreux dossiers qui dorment dans des tiroirs avant de pouvoir être utilisés afin de faire pression. Bref, le film nous montre de quelle manière un état peut réagir face à un défi pourtant modeste et pacifique.

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**** Prenant, drôle et inquiétant. J'ai beaucoup aimé ce film.
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02/06/2018

L'égalité en marche. Le féminisme sous la Troisième République par Laurence Klejman et Florence Rochefort

Titre : L'égalité en marche. Le féminisme sous la Troisième République
Autrice : Laurence Klejman et Florence Rochefort
Éditeur : Presses de la fondation nationale des sciences politiques
Pages : 356

Lorsqu'on parle de féminisme on nous répond souvent en mentionnant des groupes récents dont les actions sont mises en contradiction avec celles des féministes en faveurs du droit de vote et d'élection, au XIXème siècle et début du XXème. Cela permet de créer une échelle des bonnes et mauvaises pratiques, celles qui sont les plus récentes étant considérées comme mauvaises car trop extrêmes. Mais qui sont et comment militent les féministes de ce qu'il est commun de nommer la première vague. Les autrices de ce livre essaient de nous répondre à l'aide de l'analyse d'un corpus important d'archives françaises. Il est difficile de synthétiser ce livre qui est non seulement assez épais mais qui est aussi très riches, aussi bien en personnes qu'en groupes analysés. Je vais donc tenter de mettre en avant quelques aspects qui laissent sûrement une grande partie du livre de côté.

La lutte principale des féministes décrites dans ce livre, qui s'intéresse à la période 1860-1939 avec peu d'informations pour les années postérieurs à la guerre mondiale de 1914-1918, est la possibilité de voter et d'être élue. C'est une question générale en Europe et l'avancée du droit de vote est général au début du XXème siècle avec une France un peu retardataire. L'accès au vote implique de trouver des hommes alliés. Leur rôle est décrit par les autrices. On trouve des chefs de groupe qui essaient de constituer des mouvements féministes mais aussi un certain nombre de députés qui tentent de faire avancer la cause au niveau parlementaire, malgré les difficultés. Ainsi, les féministes de la Troisième République doivent aussi penser le rôle que les hommes peuvent avoir dans leurs groupes, avec l'idée d'en faire des alliés politiques voire de les amener à s'occuper des tâches ménagères.

Lorsque l'on parle de suffragistes on pense immédiatement à des femmes bien coiffées et habillées porteuses de pancartes et organisant des débats. On oublie souvent que les britanniques ont aussi organisé des attentats à la bombe, des grèves de la faim et que l'un d'entre-elles s'est jetée sous une voiture. Il existe donc une possibilité de choisir la voie du radicalisme et des actions violentes. Les autrices se demandent si ce choix a été fait en France. Elles concluent que malgré l'existence d'un groupe féministe radical la violence ne fut que peu utilisée mais a permis une attention médiatique importante alors que les peines furent finalement assez légères. Les autrices sont forcées de se demander pour quelle raison la violence ne fut que peu utilisées. Une explication pourrait être, selon elles, l'importance moindre de la religion dans les groupes français.

Enfin, j'ai souvent eu l'impression d'un mouvement assez suranné, voire conservateur, en particulier en comparaison avec la seconde vague des années 60-70. Cependant, les autrices démontrent que cette impression est fausse. Les féministes de la Troisième République posent des questions qui sont encore d'actualité aujourd'hui, certaines allant jusqu'à refuser le mariage comme une souillure imposée par les hommes. Il faut parler, bien entendu, des mouvements néo-malthusiens qui militent en faveurs du contrôle des naissances par des procédés contraceptifs et abortifs, parfois comme un moyen d'éviter la pauvreté. La pensée de ces mouvements permet de discuter du contrôle de leur propre corps par les femmes. J'ai aussi noté des tentatives de réformes de la langue française en direction d'une langue plus neutre, par la création de mots nouveaux. Ces efforts font tout autant débats qu'aujourd'hui. Ainsi, loin de ne se concentrer que sur le vote les féministes étudiées dans ce livre posent des questions nombreuses et importantes sur le fonctionnement de la société, de la langue et de la mode qui permettent de comprendre que les débats actuels ne sont pas toujours récents.

Image : Amazon

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24/05/2018

Le massacre des italiens. Aigues-Mortes, 17 août 1893 par Gérard Noiriel

Titre : Le massacre des italiens. Aigues-Mortes, 17 août 1893
Auteur : Gérard Noiriel
Éditeur : Fayard 6 janvier 2010
Pages : 294

Le 17 août 1893 a eu lieu, dans la ville d'Aigues-Morts, un massacre qui fit 8 morts et 50 blessés italiens au moins. Ce massacre eu des conséquences au niveau international puisque les relations entre la France et l'Italie devinrent tendues et que la presse lance des rumeurs d'une possible guerre entre les deux pays. Finalement, personne ne sera jugé coupable tandis que les morts sont oubliés petit à petit dans la mémoire aussi bien française qu'italienne.

L'auteur ne se contente pas de faire le récit des événements. Il essaie de l'inscrire dans le fonctionnement de la société locale et de la presse française de l'époque. Noiriel le fait en 4 chapitres. La première partie, outre les évènements, s'attache à comprendre de quelle manière fonctionne la ville d'Aigues-Mortes. L'auteur nous montre que cette ville est très attachée à ses particularités, remontant parfois à Saint Louis. Cependant, les changements socio-économiques modifient la richesse des habitant-e-s qui, pourtant, n'ont toujours pas l'eau courante. L'auteur explique aussi le fonctionnement de la récolte du sel, un travail difficile qui implique de faire entrer deux populations temporaires dans la ville : les français vagabonds et les italiens saisonniers. Le massacre débute par des problèmes entre ces deux populations concernant le travail, payé à la tâche, et l'accès à l'eau.

Le second et troisième chapitre se concentrent sur la manière dont les événements sont expliqués par la presse de l'époque. Noiriel montre que la presse de gauche et celle de droite voient les choses différemment. La gauche s'attaque à la compagnie de production de sel qui jouerait sur les salaires, évitant une solidarité entre ouvriers au lieu d'une solidarité nationale. La droite utilise des clichés sur les italiens pour parler de la trahison du pays, et donc du peuple italien, contre la France puisque l'Italie fait partie de la Triplice avec l'Allemagne. Enfin, une presse moins politique essaie de considérer ces événements comme une preuve de la sauvagerie des personnes pauvres. Dans tous les cas, les italiens sont considérés comme les agresseurs et non comme des victimes. Noiriel essaie d'aller plus loin et explique qu'il est nécessaire de comprendre le fonctionnement de la société pour comprendre pourquoi le massacre a eu lieu. Ainsi, il met en avant les tensions entre ouvriers. L'auteur essaie aussi de comprendre de quelle manière les accusés ont pu être acquittés. Il démontre que l'affaire était devenue une question d'honneur nationale et qu'il devint difficile d'accuser des français face à des italiens.

Enfin, le dernier chapitre s'attache à la mémoire. Celle-ci commence à revenir dans l'après-guerre par des historiens amateurs, souvent membres de la société qui récole le sel. Actuellement, de nombreuses personnes ont fait des recherches ou écrits des romans sur le sujet. La mémoire est devenue plus facile alors que les témoins sont morts depuis longtemps. Mais il reste difficile d'en parler avec leurs descendant-e-s. J'ai bien aimé ce livre qui, depuis un événement précis, met en place une analyse du nationalisme français et de la gestion des immigrations. Un fait divers, tragique, devient un symbole pour l'honneur français et italien mais aussi un moyen de justifier une vision très négative des migrants italiens, considérés comme des traitres qui usent facilement du couteau.

Image : Éditeur

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29/04/2018

Comme des garçons

1969 à Reims, l'équipe locale de football masculin retourne en seconde division après une saison difficile. Les médias locaux, et en particulier Paul Coutard, n’épargnent pas le président du club. Mais ce président est membre de la fédération française de football et une véritable institution dans la ville. Le mettre en question est dangereux. Coutard est sanctionné par sa hiérarchie. Il est chargé d'organiser la kermesse du village avec Emmanuelle Bruno. Celle-ci est organisée et compétente. Coutard, lui, ne veut que s'amuser et mime la compétence. C'est sur une incompréhension que Coutard décide que le meilleur moyen d'amuser les foules est de créer une équipe de foot féminine. Mais son idée va vite le dépasser alors qu'il est forcé à prendre cette équipe au sérieux.

SPOILERS

Pour une histoire, basée sur la véritable équipe de football féminine de Reims, qui s'attache à des femmes il y a beaucoup d'hommes. Et surtout il y a beaucoup d'hommes qui gardent leur pouvoir de décision. Coutard est l'exemple parfait du sexiste qui se croit gentil. Il drague toutes les femmes qui passent car il les considère d'abord comme de futures conquêtes sexuelles et non comme des humaines. Pire encore, il vole les idées, il se moque et surtout il n'a absolument pas conscience de la tutelle juridique subie par les femmes de l'époque. C'est avec surprise qu'il apprend que le mari ou le père doit donner un accord ! Malheureusement, encore une fois, le beau-parleur stupide et sexiste réussit à être accepté malgré ses nombreuses erreurs et à gagner le cœur de la femme qu'il aime.

Outre Coutard, il y a d'autres hommes. Les policiers, les joueurs, les habitants de la ville... mais aussi les membres de la fédération qui réfute toutes possibilités de football féminin tant qu'ils ne sont pas mis au pied du mur. Il est bien montré que le fonctionnement de cette équipe ne peut fonctionner qu'en amatrice sur des terrains non-officielles. Car, n'ayant pas de licence, elles n'ont ni le droit de jouer dans des matchs officiels ni le droit de louer des stades. Le film montre tout de même leur souhait de se soutenir mutuellement, malgré leurs différences, mais aussi les dangers de leurs activités (comme l'une le dit, certaines risquent de perdre leur travail). La dernière scène est la plus intéressante puisque l'équipe choisit en commun de jouer, de garder Coutard ainsi que la tactique à utiliser contre l'équipe adverse. Après tout un film durant lequel elles subissent les choix de Coutard, elles peuvent enfin prendre leurs propres décisions !

*
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*** Un petit film sympathique avec plein d'imperfections. Bien que les personnages féminins soient très drôles elles sont malheureusement effacées par cette tête à claque de Coutard !
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Image : Allociné

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17/04/2018

Introduction à l'histoire de notre temps. 3 Le XXème siècle de 1914 à nos jours par René Rémond

Titre :  Introduction à l'histoire de notre temps. 3 Le XXème siècle de 1914 à nos jours
Auteur : René Rémond
Éditeur : Seuil 2002
Pages : 288

Après ce troisième tome de de l'Introduction à l'histoire de notre temps je termine une œuvre adaptée d'un cours de première année et remis à jours pour prendre en compte la fin de la guerre froide ainsi que le renouveau du terrorisme. Le livre est divisé en deux parties de 7 et 9 chapitres. La première partie concerne la période de la Première guerre mondiale et de l'entre-deux guerre. L'auteur entre immédiatement dont la guerre. Il n'en fait pas une chronologie mais il explicite les causes de celle-ci, aussi bien politiques que militaires. Il insiste surtout sur le caractère spécifique de cette guerre qui non seulement dure longtemps mais implique l'entrée en guerre d'une grande partie du globe, sous la direction de l'Europe. Dans un second temps, l'auteur s'intéresse à la suite ce qui lui permet de discuter des démocraties, du communisme mais aussi du fascisme pour, ensuite, mettre en avant les crises qui mènent à la seconde guerre mondiale.

La seconde partie s'intéresse à la Deuxième guerre mondiale et à la suite de la période jusqu'à aujourd'hui. Là encore, l'auteur débute son analyse par celle de la guerre, là aussi à la fois longue, intense et globale, pour ensuite s'intéresser aux conséquences. René Rémond montre que le monde est divisé entre deux blocs : l'ouest et l'est. La division implique deux idéologies avec leur propre vision de ce que le monde devrait être. L'auteur nous montre que le monde est dans l'obligation de choisir entre les deux blocs. Loin d'une guerre militaire on nous parle d'une guerre d'influence menée dans d'autres pays.

La fin de cet examen permet, enfin, de parler des pays qui ne sont pas européens. René Rémond parle aussi bien de l'Asie que du monde arabe et du reste du monde. C'est, à mon avis, la partie la plus problématique de ce livre. En effet, René Rémond divise le monde entre deux formes de civilisations. Il y a les anciennes civilisations qui ont connu la mise en place d'un état et d'une culture forte telle que l'Europe mais aussi des parties spécifiques de l'Asie, en particulier la Chine, le Japon et l'Inde. Ces lieux réussissent à éviter la domination européenne par une modernisation mais aussi grâce à une culture imposante. D'autre part, il met en avant un monde arabe qui perd son unité avec la fin de l'Empire Ottoman mais qui se modernise par la création d'états nationaux mais qui garderait le souhait d'une unité. Enfin, il y a le reste du monde, soit l'Afrique et l'Amérique du sud. L'Amérique du Sud est affranchie de la tutelle européenne depuis longtemps, mais sont politiquement instables et économiquement en danger.

Enfin, il y a l'Afrique. Selon l'auteur, le continent reste durablement sous le joug des européens car le monde africain manquait à la fois d'une culture commune et d'une tradition étatique. Il est, selon René Rémond, nécessaire de créer une élite politique avant de permettre une forme d'indépendance. Cette partie du livre est la plus problématique à plus d'un titre. Premièrement, l'auteur semble oublier les horreurs de la colonisation. Celle-ci semble être une simple entrée des européens dans des territoires sans peuples ni états. On ne conquière pas, on crée. L'Afrique moderne n'aurait donc pas été possible sans l'apport positif, en matière culturelle et politique, de l’Europe. En second lieu, l'auteur semble ne pas comprendre le caractère injuste de la décolonisation qui implique de garder un certain pouvoir, par exemple par le franc CFA. Enfin, je suis très troublé par l'idée que l'Afrique n'aurait pas eu d'histoire, histoire conçue comme la création d'empires ou de royaumes unifiés autours d'une culture. Je suis très loin de bien connaitre l'histoire du continent africain, mais je pense qu'il est impossible que l'Afrique n'ait pas d'histoire avant l'arrivée de l’Europe.

Pour finir, ces trois tomes sont très intéressants. Ils donnent de bonnes bases sur le fonctionnement de l'occident. L'auteur donne des informations intéressantes sur des idéologies, des mouvements et des formes d'organisation. Cependant, ces trois livres sont très européocentrés avec une attention importante sur la France, l'Angleterre et l'Allemagne. Les autres parties du monde ne sont que peu décrites tandis que l'Europe de l'ouest est considérée comme le moteur de l'histoire mondiale qui pourrait, selon la dernière partie, permettre la création d'une civilisation et d'une culture mondiale basée sur les valeurs occidentales.

Image : Éditeur

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07/04/2018

Introduction à l'histoire de notre temps 2. Le XIXe Siècle. 1815-1914 par René Rémond

Titre :  Introduction à l'histoire de notre temps 2. Le XIXe Siècle. 1815-1914
Auteur : René Rémond
Éditeur : Seuil 1974
Pages : 248

Ce tome est le second dans une série de trois intitulés Introduction à l'histoire de notre temps. Ces livres sont adaptés d'un cours de première année donné par l'auteur à l'Institut d'études politiques. Le premier tome s'intéressait à l'Ancien Régime et à la Révolution de 1789. Celui-ci prend comme décors le XIXème siècle avec comme bornes les années 1815 et 1914, deux dates particulièrement importantes pour l'histoire de l'Europe. Le tome précédent nous permettait de comprendre de quelle manière la Révolution française de 1789 impacte l'Europe. Ce tome débute lors d'une période de retour au passé, défendu par le Congrès de Vienne. Cependant, ce tome n'est pas véritablement historique et s'intéresse plutôt à des concepts, inscrit dans un contexte historique.

Ainsi, l'auteur s'intéresse à plusieurs changements et mouvements qui ont lieu durant le XIXème siècle, que ce soit le libéralisme, la démocratie, l'urbanisation, les mouvements des nations et, bien entendu, le socialiste et le syndicalisme. René Rémond s'intéresse à chacun, et plus, de ces concepts afin de nous permettre de comprendre leur importante dans le fonctionnement du XIXème siècle et de nos jours. Systématiquement, il s'intéresse aux principaux mouvements mais aussi aux idéologies. Celui lui permet de montrer une forme de changement. Ainsi, on peut difficilement comprendre son propos sur la démocratie sans s'intéresser à ses explications sur le monde rural.

Cependant, ces concepts sont centrés sur l'Europe, voire la France, alors que l'auteur annonce une histoire de notre temps qui prenne en compte ce qui est extérieur à l'Europe. Dans ce second tome, l'auteur débute une analyse du colonialisme. Il montre, tout d'abord, l'importance des Empires mais aussi, et surtout, la course à la conquête des puissances européennes. Il montre que ces colonies sont défendues par le souhait d'exporter la culture européenne, mais n'oublie pas de parler des inégalités centrales à ce type de relations. Il explicite aussi le fonctionnement de certains pays qui sont moins conquis que progressivement démantelés, comme la Chine ou l'Empire Ottoman. Bien que le propos soit intéressant, il me semble tout de même très daté avec une vision peu critique du colonialisme. Par exemple, il ne fait que mentionner le Congo sans parler des atrocités qui y ont été commises. Encore une fois, le livre est décevant si vous cherchez à en savoir plus sur le monde non-européen. En revanche, il permet d'expliciter plusieurs mouvements qui gardent une importance de nos jours.

Image : Amazon

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31/03/2018

La mort de Staline / The death of Staline

TW : meurtres, mentions de viols

1953, URSS, le pays est sous une terreur sans nom. Staline, régulièrement, met à jour une liste des ennemis de l'état. Ces ennemis sont déportés ou tués selon les souhaits du Parti. C'est un soir normal. La liste est mise à jour alors que les grands chefs du Parti mangent et font des blagues ensembles avant de regarder un western. Le seul problème est le souhait de Staline de recevoir la copie d'un concert diffusé en direct à la radio. Mais, le matin, Staline est trouvé sur le sol et, bientôt, il meurt. Immédiatement, les intrigues commencent. Quelle sera la personne la plus rusée qui prendra la place de Staline ? De nombreux prétendants sont sur la ligne de départ et tout le monde est prêt à tricher. Du moins les personnes qui savent ce qui est en train de se dérouler.

SPOILERS

La réalisation aurait pu choisir de mettre en scène une intrigue politique très dense capable de montrer les luttes de pouvoir au sein du parti à la suite de la mort de Staline. Mais il a été choisi de créer une intrigue absurde autours de la vacance du pouvoir et de l'empressement de tout le monde de se placer comme successeur. Ainsi, ce que le film montre véritablement est l'importance du symbole pour être vu comme le prochain dirigeant. Dans le même temps, la plupart des personnages craignent ce qui peut leur arriver si leurs propos ne plaisent pas à d'autres membres du parti. Il faut avouer que cela permet de donner un grand nombre de situations absurdes et le film en regorge. Que ce soit la nécessité d'être la première voiture derrière le cercueil, la course pour atteindre la fille de Staline ou encore la nécessité de ne pas contredire le parti tout en essayant d'éviter les écueils futurs qui peuvent contredire ce que pensait le parti dans le passé.

Malheureusement, le film échoue. Pour être clair, le film n'est pas mauvais. Il y a de nombreuses scènes particulièrement drôles alors que d'autres permettent de montrer la terreur qui a existé à l'époque. Le jeu des acteurs et actrices est aussi plutôt bien mené tandis que les différents plans sont expliqués dans des cadres toujours décalés. Mais, il manque quelque chose. Le film donne l'impression de ne pas oser aller jusqu'au bout de son idée, d'éviter certaines situations. Peut-être cela est-il dû à l'existence de scènes qui montrent une véritable sauvagerie de certains personnages, basés sur du réel, qu'il est inadéquat de rendre drôle ? Je ne peux pas répondre à la question. En l'état, le film est un bon divertissement qui ne souhaite pas nous apprendre quelque chose sur la période. Mais on l'oublie très rapidement.

*
**
*** Pas mauvais, mais il manque un petit quelque chose pour que le film soit réussi.
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Image : Allociné

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23/03/2018

Introduction à l'histoire de notre temps 1. L'ancien régime et la Révolution 1750-1815 par René Rémond

Titre : Introduction à l'histoire de notre temps 1. L'ancien régime et la Révolution 1750-1815
Auteur : René Rémond
Éditeur : Seuil 1974
Pages : 215

Lorsqu'on s'intéresse à l'histoire on manque souvent de manuels ou de récits généraux sur une histoire large, voire mondiale. Il se trouve que René Rémond était chargé de cours à l'Institut d’études politique de Paris, ce qui implique d'offrir des informations générales et des concepts précis permettant une compréhension minimale d'une histoire récente. Ainsi, ce premier tome est une édition de ce cours, sans notes ni bibliographie. Le but de René Rémond n'est donc pas d'être exhaustif.

Dans ce premier tome l'auteur s'intéresse aux années 1750-1815, soit des années qui précèdent et suivent le moment de la Révolution de 1789 en France. Son but est d'expliquer ce moment et d'essayer de montrer son importance, en particulier pour le monde occidental. L'auteur débute par l'explication du monde l'ancien régime. Pour cela il s'intéresse aussi bien à la géographie qu'à la démographie. Il explique que le monde est assez peu connu et surtout que les connaissances des événements ne voyagent que lentement. Ensuite, il met en avant le fonctionnement social et politique. Ici, l'auteur crée une division entre les différents types de sociétés et de formes politiques. Cela lui permet d'expliciter les raisons des changements politiques mais surtout de conceptualiser certains termes importantes (comme la monarchie absolue).

Dans un second temps, il s'intéresse à la Révolution proprement dites. L'étude de celle-ci le conduit à mettre en avant la rupture organisée entre l'Ancien Régime et un "nouveau régime." Outre une égalité devant la loi, la Révolution permet de constituer un état fort centralisé qui peut survivre à des menaces internes comme externes. De plus, l'auteur montre l'importance du moment révolutionnaire pour le monde. En premier lieu, les pays européens sont forcés de se placer face à ce changement, ce qui conduit à des guerres qui durent jusqu'à l'époque Napoléonienne. Ensuite, les mouvements politiques européens ont un impact dans les autres continents, colonisés. Ceux-ci commencent à connaitre des mouvements de libérations plus ou moins réussis, mais qui sont surtout le fait d'hommes blancs qui veulent atteindre un certain pouvoir.

Ce premier volume est plutôt intéressant. Il réussit à synthétiser plusieurs évènements mais surtout il permet d'avoir une meilleure compréhension de certains concepts et du fonctionnement de l'histoire. Bien que l'auteur essaie de mettre en avant une histoire mondiale, on peut déplorer que le propos soit surtout européen et même francocentré. D'une certaine manière, ceci est compréhensible puisque le livre étudie un mouvement qui début en France et qui a eu un impact important en Europe. Mais on aurait souhaité un peu plus d'informations sur des pays plus nombreux. Les Amériques sont étudiées, mais de manière très superficielle.

Image : Éditeur

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28/02/2018

L'imaginaire du sabbat. Edition critique des textes les plus anciens (1430 c. - 1440 c.) par Martine Ostorero, Agostino Paravicini Bagliani, Kathrin Utz Tremp et Catherine Chène

Titre : L'imaginaire du sabbat. Edition critique des textes les plus anciens (1430 c. - 1440 c.)
Auteur-e-s : Martine Ostorero, Agostino Paravicini Bagliani, Kathrin Utz Tremp et Catherine Chène
Éditeur : Cahiers Lausannois d'histoire médiévale 26 (1999)
Pages : 571

Lorsque l'on s'intéresse à l'histoire de la chasse aux sorcières on nous mentionne un certain nombre de textes qui ont permis de fonder celle-ci d'un point de vue idéologique. Mais, bien entendu, ces textes sont souvent en latin et ne sont pas toujours édités. Sachant cela, les auteur-e-s de ce volume 26 des cahiers Lausannois d'histoire médiévale ont souhaité éditer 5 textes médiévaux qui, selon elleux, fondent l'idée de sabbat. La lecture et la compréhension de ces textes doit permettre de comprendre de quelle manière le sabbat fut constitué, comme groupe sectaire d'adorateurs du diable, et quels sont les composantes de cette rencontre. On devrait donc observer une évolution et l'apparition de certaines idées.

Chacun de 5 textes sont travaillés de la même manière. Tout d'abord, l'un des auteur-e-s organisent une introduction qui lui permet de situer le texte et d'expliquer la tradition du manuscrit. Cette introduction permet aussi d'expliciter les choix éditoriaux concernant aussi bien le texte latin que sa traduction. Celle-ci suit avec, en vis-à-vis, le texte latin et sa traduction. Les deux sont soumis à une critique sous forme de notes de bas de page. Il n'y a que le dernier texte qui ne soit pas traduit, les auteur-e-s ayant gardé la forme en vieux français. Ensuite, l'un des auteur-e-s est chargé de mettre en place un commentaire du texte qui permet de le placer dans un contexte plus large mais aussi de mettre en avant son influence et les sources que l'on y trouve. Les historien-ne-s essaient aussi de valider les informations en retrouvant les auteurs des textes et les personnes mentionnées. Enfin, il peut arriver que des annexes soient ajoutées, que ce soit sous forme de textes ou d'images.

Il existe un grand nombre de travaux sur la chasse aux sorcières. L'université de Lausanne, dont les auteur-e-s sont ou furent membres, est l'un des points d'expertise du sujet puisque le territoire de ce qui est maintenant la Suisse a connu l'un des chasses les plus importantes. En tant qu'habitant, j'ai été très intéressé par les informations que ce livre m'a offertes. Cependant, sa lecture est assez particulière. En effet, c'est avant tout une édition de sources commentées. Les essais des auteur-e-s portent sur des textes précis qui découpent le livre en 5 parties. La lecture de ces sources n'est pas forcément aisée et les commentaires et introductions sont parfois très arides, même si cela est nécessaire pour un travail de ce type. En résumé, ce livre est intéressant mais la lecture est loin d'être aisée.

Image : Payot

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