29/04/2018

Comme des garçons

1969 à Reims, l'équipe locale de football masculin retourne en seconde division après une saison difficile. Les médias locaux, et en particulier Paul Coutard, n’épargnent pas le président du club. Mais ce président est membre de la fédération française de football et une véritable institution dans la ville. Le mettre en question est dangereux. Coutard est sanctionné par sa hiérarchie. Il est chargé d'organiser la kermesse du village avec Emmanuelle Bruno. Celle-ci est organisée et compétente. Coutard, lui, ne veut que s'amuser et mime la compétence. C'est sur une incompréhension que Coutard décide que le meilleur moyen d'amuser les foules est de créer une équipe de foot féminine. Mais son idée va vite le dépasser alors qu'il est forcé à prendre cette équipe au sérieux.

SPOILERS

Pour une histoire, basée sur la véritable équipe de football féminine de Reims, qui s'attache à des femmes il y a beaucoup d'hommes. Et surtout il y a beaucoup d'hommes qui gardent leur pouvoir de décision. Coutard est l'exemple parfait du sexiste qui se croit gentil. Il drague toutes les femmes qui passent car il les considère d'abord comme de futures conquêtes sexuelles et non comme des humaines. Pire encore, il vole les idées, il se moque et surtout il n'a absolument pas conscience de la tutelle juridique subie par les femmes de l'époque. C'est avec surprise qu'il apprend que le mari ou le père doit donner un accord ! Malheureusement, encore une fois, le beau-parleur stupide et sexiste réussit à être accepté malgré ses nombreuses erreurs et à gagner le cœur de la femme qu'il aime.

Outre Coutard, il y a d'autres hommes. Les policiers, les joueurs, les habitants de la ville... mais aussi les membres de la fédération qui réfute toutes possibilités de football féminin tant qu'ils ne sont pas mis au pied du mur. Il est bien montré que le fonctionnement de cette équipe ne peut fonctionner qu'en amatrice sur des terrains non-officielles. Car, n'ayant pas de licence, elles n'ont ni le droit de jouer dans des matchs officiels ni le droit de louer des stades. Le film montre tout de même leur souhait de se soutenir mutuellement, malgré leurs différences, mais aussi les dangers de leurs activités (comme l'une le dit, certaines risquent de perdre leur travail). La dernière scène est la plus intéressante puisque l'équipe choisit en commun de jouer, de garder Coutard ainsi que la tactique à utiliser contre l'équipe adverse. Après tout un film durant lequel elles subissent les choix de Coutard, elles peuvent enfin prendre leurs propres décisions !

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*** Un petit film sympathique avec plein d'imperfections. Bien que les personnages féminins soient très drôles elles sont malheureusement effacées par cette tête à claque de Coutard !
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Image : Allociné

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17/04/2018

Introduction à l'histoire de notre temps. 3 Le XXème siècle de 1914 à nos jours par René Rémond

Titre :  Introduction à l'histoire de notre temps. 3 Le XXème siècle de 1914 à nos jours
Auteur : René Rémond
Éditeur : Seuil 2002
Pages : 288

Après ce troisième tome de de l'Introduction à l'histoire de notre temps je termine une œuvre adaptée d'un cours de première année et remis à jours pour prendre en compte la fin de la guerre froide ainsi que le renouveau du terrorisme. Le livre est divisé en deux parties de 7 et 9 chapitres. La première partie concerne la période de la Première guerre mondiale et de l'entre-deux guerre. L'auteur entre immédiatement dont la guerre. Il n'en fait pas une chronologie mais il explicite les causes de celle-ci, aussi bien politiques que militaires. Il insiste surtout sur le caractère spécifique de cette guerre qui non seulement dure longtemps mais implique l'entrée en guerre d'une grande partie du globe, sous la direction de l'Europe. Dans un second temps, l'auteur s'intéresse à la suite ce qui lui permet de discuter des démocraties, du communisme mais aussi du fascisme pour, ensuite, mettre en avant les crises qui mènent à la seconde guerre mondiale.

La seconde partie s'intéresse à la Deuxième guerre mondiale et à la suite de la période jusqu'à aujourd'hui. Là encore, l'auteur débute son analyse par celle de la guerre, là aussi à la fois longue, intense et globale, pour ensuite s'intéresser aux conséquences. René Rémond montre que le monde est divisé entre deux blocs : l'ouest et l'est. La division implique deux idéologies avec leur propre vision de ce que le monde devrait être. L'auteur nous montre que le monde est dans l'obligation de choisir entre les deux blocs. Loin d'une guerre militaire on nous parle d'une guerre d'influence menée dans d'autres pays.

La fin de cet examen permet, enfin, de parler des pays qui ne sont pas européens. René Rémond parle aussi bien de l'Asie que du monde arabe et du reste du monde. C'est, à mon avis, la partie la plus problématique de ce livre. En effet, René Rémond divise le monde entre deux formes de civilisations. Il y a les anciennes civilisations qui ont connu la mise en place d'un état et d'une culture forte telle que l'Europe mais aussi des parties spécifiques de l'Asie, en particulier la Chine, le Japon et l'Inde. Ces lieux réussissent à éviter la domination européenne par une modernisation mais aussi grâce à une culture imposante. D'autre part, il met en avant un monde arabe qui perd son unité avec la fin de l'Empire Ottoman mais qui se modernise par la création d'états nationaux mais qui garderait le souhait d'une unité. Enfin, il y a le reste du monde, soit l'Afrique et l'Amérique du sud. L'Amérique du Sud est affranchie de la tutelle européenne depuis longtemps, mais sont politiquement instables et économiquement en danger.

Enfin, il y a l'Afrique. Selon l'auteur, le continent reste durablement sous le joug des européens car le monde africain manquait à la fois d'une culture commune et d'une tradition étatique. Il est, selon René Rémond, nécessaire de créer une élite politique avant de permettre une forme d'indépendance. Cette partie du livre est la plus problématique à plus d'un titre. Premièrement, l'auteur semble oublier les horreurs de la colonisation. Celle-ci semble être une simple entrée des européens dans des territoires sans peuples ni états. On ne conquière pas, on crée. L'Afrique moderne n'aurait donc pas été possible sans l'apport positif, en matière culturelle et politique, de l’Europe. En second lieu, l'auteur semble ne pas comprendre le caractère injuste de la décolonisation qui implique de garder un certain pouvoir, par exemple par le franc CFA. Enfin, je suis très troublé par l'idée que l'Afrique n'aurait pas eu d'histoire, histoire conçue comme la création d'empires ou de royaumes unifiés autours d'une culture. Je suis très loin de bien connaitre l'histoire du continent africain, mais je pense qu'il est impossible que l'Afrique n'ait pas d'histoire avant l'arrivée de l’Europe.

Pour finir, ces trois tomes sont très intéressants. Ils donnent de bonnes bases sur le fonctionnement de l'occident. L'auteur donne des informations intéressantes sur des idéologies, des mouvements et des formes d'organisation. Cependant, ces trois livres sont très européocentrés avec une attention importante sur la France, l'Angleterre et l'Allemagne. Les autres parties du monde ne sont que peu décrites tandis que l'Europe de l'ouest est considérée comme le moteur de l'histoire mondiale qui pourrait, selon la dernière partie, permettre la création d'une civilisation et d'une culture mondiale basée sur les valeurs occidentales.

Image : Éditeur

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07/04/2018

Introduction à l'histoire de notre temps 2. Le XIXe Siècle. 1815-1914 par René Rémond

Titre :  Introduction à l'histoire de notre temps 2. Le XIXe Siècle. 1815-1914
Auteur : René Rémond
Éditeur : Seuil 1974
Pages : 248

Ce tome est le second dans une série de trois intitulés Introduction à l'histoire de notre temps. Ces livres sont adaptés d'un cours de première année donné par l'auteur à l'Institut d'études politiques. Le premier tome s'intéressait à l'Ancien Régime et à la Révolution de 1789. Celui-ci prend comme décors le XIXème siècle avec comme bornes les années 1815 et 1914, deux dates particulièrement importantes pour l'histoire de l'Europe. Le tome précédent nous permettait de comprendre de quelle manière la Révolution française de 1789 impacte l'Europe. Ce tome débute lors d'une période de retour au passé, défendu par le Congrès de Vienne. Cependant, ce tome n'est pas véritablement historique et s'intéresse plutôt à des concepts, inscrit dans un contexte historique.

Ainsi, l'auteur s'intéresse à plusieurs changements et mouvements qui ont lieu durant le XIXème siècle, que ce soit le libéralisme, la démocratie, l'urbanisation, les mouvements des nations et, bien entendu, le socialiste et le syndicalisme. René Rémond s'intéresse à chacun, et plus, de ces concepts afin de nous permettre de comprendre leur importante dans le fonctionnement du XIXème siècle et de nos jours. Systématiquement, il s'intéresse aux principaux mouvements mais aussi aux idéologies. Celui lui permet de montrer une forme de changement. Ainsi, on peut difficilement comprendre son propos sur la démocratie sans s'intéresser à ses explications sur le monde rural.

Cependant, ces concepts sont centrés sur l'Europe, voire la France, alors que l'auteur annonce une histoire de notre temps qui prenne en compte ce qui est extérieur à l'Europe. Dans ce second tome, l'auteur débute une analyse du colonialisme. Il montre, tout d'abord, l'importance des Empires mais aussi, et surtout, la course à la conquête des puissances européennes. Il montre que ces colonies sont défendues par le souhait d'exporter la culture européenne, mais n'oublie pas de parler des inégalités centrales à ce type de relations. Il explicite aussi le fonctionnement de certains pays qui sont moins conquis que progressivement démantelés, comme la Chine ou l'Empire Ottoman. Bien que le propos soit intéressant, il me semble tout de même très daté avec une vision peu critique du colonialisme. Par exemple, il ne fait que mentionner le Congo sans parler des atrocités qui y ont été commises. Encore une fois, le livre est décevant si vous cherchez à en savoir plus sur le monde non-européen. En revanche, il permet d'expliciter plusieurs mouvements qui gardent une importance de nos jours.

Image : Amazon

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31/03/2018

La mort de Staline / The death of Staline

TW : meurtres, mentions de viols

1953, URSS, le pays est sous une terreur sans nom. Staline, régulièrement, met à jour une liste des ennemis de l'état. Ces ennemis sont déportés ou tués selon les souhaits du Parti. C'est un soir normal. La liste est mise à jour alors que les grands chefs du Parti mangent et font des blagues ensembles avant de regarder un western. Le seul problème est le souhait de Staline de recevoir la copie d'un concert diffusé en direct à la radio. Mais, le matin, Staline est trouvé sur le sol et, bientôt, il meurt. Immédiatement, les intrigues commencent. Quelle sera la personne la plus rusée qui prendra la place de Staline ? De nombreux prétendants sont sur la ligne de départ et tout le monde est prêt à tricher. Du moins les personnes qui savent ce qui est en train de se dérouler.

SPOILERS

La réalisation aurait pu choisir de mettre en scène une intrigue politique très dense capable de montrer les luttes de pouvoir au sein du parti à la suite de la mort de Staline. Mais il a été choisi de créer une intrigue absurde autours de la vacance du pouvoir et de l'empressement de tout le monde de se placer comme successeur. Ainsi, ce que le film montre véritablement est l'importance du symbole pour être vu comme le prochain dirigeant. Dans le même temps, la plupart des personnages craignent ce qui peut leur arriver si leurs propos ne plaisent pas à d'autres membres du parti. Il faut avouer que cela permet de donner un grand nombre de situations absurdes et le film en regorge. Que ce soit la nécessité d'être la première voiture derrière le cercueil, la course pour atteindre la fille de Staline ou encore la nécessité de ne pas contredire le parti tout en essayant d'éviter les écueils futurs qui peuvent contredire ce que pensait le parti dans le passé.

Malheureusement, le film échoue. Pour être clair, le film n'est pas mauvais. Il y a de nombreuses scènes particulièrement drôles alors que d'autres permettent de montrer la terreur qui a existé à l'époque. Le jeu des acteurs et actrices est aussi plutôt bien mené tandis que les différents plans sont expliqués dans des cadres toujours décalés. Mais, il manque quelque chose. Le film donne l'impression de ne pas oser aller jusqu'au bout de son idée, d'éviter certaines situations. Peut-être cela est-il dû à l'existence de scènes qui montrent une véritable sauvagerie de certains personnages, basés sur du réel, qu'il est inadéquat de rendre drôle ? Je ne peux pas répondre à la question. En l'état, le film est un bon divertissement qui ne souhaite pas nous apprendre quelque chose sur la période. Mais on l'oublie très rapidement.

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*** Pas mauvais, mais il manque un petit quelque chose pour que le film soit réussi.
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Image : Allociné

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23/03/2018

Introduction à l'histoire de notre temps 1. L'ancien régime et la Révolution 1750-1815 par René Rémond

Titre : Introduction à l'histoire de notre temps 1. L'ancien régime et la Révolution 1750-1815
Auteur : René Rémond
Éditeur : Seuil 1974
Pages : 215

Lorsqu'on s'intéresse à l'histoire on manque souvent de manuels ou de récits généraux sur une histoire large, voire mondiale. Il se trouve que René Rémond était chargé de cours à l'Institut d’études politique de Paris, ce qui implique d'offrir des informations générales et des concepts précis permettant une compréhension minimale d'une histoire récente. Ainsi, ce premier tome est une édition de ce cours, sans notes ni bibliographie. Le but de René Rémond n'est donc pas d'être exhaustif.

Dans ce premier tome l'auteur s'intéresse aux années 1750-1815, soit des années qui précèdent et suivent le moment de la Révolution de 1789 en France. Son but est d'expliquer ce moment et d'essayer de montrer son importance, en particulier pour le monde occidental. L'auteur débute par l'explication du monde l'ancien régime. Pour cela il s'intéresse aussi bien à la géographie qu'à la démographie. Il explique que le monde est assez peu connu et surtout que les connaissances des événements ne voyagent que lentement. Ensuite, il met en avant le fonctionnement social et politique. Ici, l'auteur crée une division entre les différents types de sociétés et de formes politiques. Cela lui permet d'expliciter les raisons des changements politiques mais surtout de conceptualiser certains termes importantes (comme la monarchie absolue).

Dans un second temps, il s'intéresse à la Révolution proprement dites. L'étude de celle-ci le conduit à mettre en avant la rupture organisée entre l'Ancien Régime et un "nouveau régime." Outre une égalité devant la loi, la Révolution permet de constituer un état fort centralisé qui peut survivre à des menaces internes comme externes. De plus, l'auteur montre l'importance du moment révolutionnaire pour le monde. En premier lieu, les pays européens sont forcés de se placer face à ce changement, ce qui conduit à des guerres qui durent jusqu'à l'époque Napoléonienne. Ensuite, les mouvements politiques européens ont un impact dans les autres continents, colonisés. Ceux-ci commencent à connaitre des mouvements de libérations plus ou moins réussis, mais qui sont surtout le fait d'hommes blancs qui veulent atteindre un certain pouvoir.

Ce premier volume est plutôt intéressant. Il réussit à synthétiser plusieurs évènements mais surtout il permet d'avoir une meilleure compréhension de certains concepts et du fonctionnement de l'histoire. Bien que l'auteur essaie de mettre en avant une histoire mondiale, on peut déplorer que le propos soit surtout européen et même francocentré. D'une certaine manière, ceci est compréhensible puisque le livre étudie un mouvement qui début en France et qui a eu un impact important en Europe. Mais on aurait souhaité un peu plus d'informations sur des pays plus nombreux. Les Amériques sont étudiées, mais de manière très superficielle.

Image : Éditeur

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28/02/2018

L'imaginaire du sabbat. Edition critique des textes les plus anciens (1430 c. - 1440 c.) par Martine Ostorero, Agostino Paravicini Bagliani, Kathrin Utz Tremp et Catherine Chène

Titre : L'imaginaire du sabbat. Edition critique des textes les plus anciens (1430 c. - 1440 c.)
Auteur-e-s : Martine Ostorero, Agostino Paravicini Bagliani, Kathrin Utz Tremp et Catherine Chène
Éditeur : Cahiers Lausannois d'histoire médiévale 26 (1999)
Pages : 571

Lorsque l'on s'intéresse à l'histoire de la chasse aux sorcières on nous mentionne un certain nombre de textes qui ont permis de fonder celle-ci d'un point de vue idéologique. Mais, bien entendu, ces textes sont souvent en latin et ne sont pas toujours édités. Sachant cela, les auteur-e-s de ce volume 26 des cahiers Lausannois d'histoire médiévale ont souhaité éditer 5 textes médiévaux qui, selon elleux, fondent l'idée de sabbat. La lecture et la compréhension de ces textes doit permettre de comprendre de quelle manière le sabbat fut constitué, comme groupe sectaire d'adorateurs du diable, et quels sont les composantes de cette rencontre. On devrait donc observer une évolution et l'apparition de certaines idées.

Chacun de 5 textes sont travaillés de la même manière. Tout d'abord, l'un des auteur-e-s organisent une introduction qui lui permet de situer le texte et d'expliquer la tradition du manuscrit. Cette introduction permet aussi d'expliciter les choix éditoriaux concernant aussi bien le texte latin que sa traduction. Celle-ci suit avec, en vis-à-vis, le texte latin et sa traduction. Les deux sont soumis à une critique sous forme de notes de bas de page. Il n'y a que le dernier texte qui ne soit pas traduit, les auteur-e-s ayant gardé la forme en vieux français. Ensuite, l'un des auteur-e-s est chargé de mettre en place un commentaire du texte qui permet de le placer dans un contexte plus large mais aussi de mettre en avant son influence et les sources que l'on y trouve. Les historien-ne-s essaient aussi de valider les informations en retrouvant les auteurs des textes et les personnes mentionnées. Enfin, il peut arriver que des annexes soient ajoutées, que ce soit sous forme de textes ou d'images.

Il existe un grand nombre de travaux sur la chasse aux sorcières. L'université de Lausanne, dont les auteur-e-s sont ou furent membres, est l'un des points d'expertise du sujet puisque le territoire de ce qui est maintenant la Suisse a connu l'un des chasses les plus importantes. En tant qu'habitant, j'ai été très intéressé par les informations que ce livre m'a offertes. Cependant, sa lecture est assez particulière. En effet, c'est avant tout une édition de sources commentées. Les essais des auteur-e-s portent sur des textes précis qui découpent le livre en 5 parties. La lecture de ces sources n'est pas forcément aisée et les commentaires et introductions sont parfois très arides, même si cela est nécessaire pour un travail de ce type. En résumé, ce livre est intéressant mais la lecture est loin d'être aisée.

Image : Payot

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20/02/2018

L'Empire romain d'Auguste à Domitien par Claude Briand-Ponsart et Frédéric Hurlet

Titre : L'Empire romain d'Auguste à Domitien
Auteurs : Claude Briand-Ponsart et Frédéric Hurlet
Éditeur : Armand Colin 18 mai 2016
Pages : 287

Nous avons beaucoup d'histoire de l'Antiquité romaine, certaines prennent en compte seulement la République, d'autres l'Empire, certaines tentent de comprendre la fin de l'Empire romain d'occident. Le nombre de travaux est bien trop important pour tout connaitre. Heureusement, il existe quelques manuels synthétiques qui permettent d'en savoir plus soit sur l'histoire de Rome dans sa globalité soit sur certains aspects particuliers. Ce manuel s'attache à faire la synthèse du premier siècle du Principat, forme de gouvernement institué par Auguste. Ainsi, on nous présente non seulement la création de l'Empire mais aussi sa continuité et le passage à une nouvelle dynastie, sous les flaviens.

Ce livre est constitué de 7 chapitres. Les trois premiers sont les plus chronologiques puisqu'ils s'intéressent à la mise en place du Principat, aux héritiers d'Auguste et enfin aux Flaviens après l'année des 4 Empereurs. Ces chapitres permettent d'une part de mieux comprendre de quelle manière la mise en place d'un régime "monarchique" est justifiée dans le cadre d'une société qui déteste la royauté mais aussi comment Auguste réussit à mettre en place une dynastie, malgré ses problèmes familiaux. Dans un second temps, les auteurs nous expliquent de quelle manière le pouvoir impérial est consolidé sous différents empereurs, malgré quelques noms peu appréciés. À ce sujet, les auteurs tentent de casser certaines idées reçues, provenant des écrits en faveurs des sénateurs. Enfin, les auteurs expliquent de quelle manière les Flaviens réussissent à justifier leur prise de pouvoir, en se basant sur l'idée d'une restauration augustéenne.

Les 4 autres chapitres se concentrent sur des questions de société. Durant deux chapitres, les auteurs nous expliquent le fonctionnement administratif de l'Empire. En premier lieu ils s'intéressent aux provinces et à leur gestion aussi bien civile que militaire. Dans un second temps, ils expliquent de quelle manière les villes fonctionnement, en débutant par un examen de Rome puis par les différents types de cités existantes sous l'Empire. Les deux derniers chapitres se concentrent sur l'économie et la religion. On y apprend que l'économie se base avant tout sur la possession de la terre, dans un but d'autosubsistance, avec des différences sociales importantes entre les grands possesseurs et les petits domaines. En ce qui concerne la religion, les auteurs nous parlent de la restauration mise en place par Auguste mais aussi de la création d'un culte impérial. De plus, ils explicitent l'existence de cultes orientaux, dont l'entrée ne fut pas toujours facile. Bien entendu, les auteurs s'intéressent à la religion juive dont les membres sont mis de côté par la société romaine et dont les populations se révoltent lors de l'époque examinée. La chrétienté est moins examinée tout simplement parce qu'elle débute à peine au premier siècle.

Ce manuel est donc un bon moyen de mieux connaitre le premier siècle de l'Empire et la création du Principat par Auguste. Les auteurs synthétisent de nombreux aspects et permettent aussi bien d'en savoir plus sur les événements politiques que sur le fonctionnement socio-économique de l'Empire. Il faut noter de nombreuses annexes. Les premières sont des sources publiées et commentées, permettant un usage lors des études. Les auteurs ajoutent aussi des cartes, une chronologie et surtout un glossaire. La bibliographie est organisée thématiquement, permettant de chercher des livres parlant des sujets qui intéressent le plus les personnes intéressées.

Image : Éditeur

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10/02/2018

Pentagon Papers / The post

Les années de la présidence Nixon, les États-Unis sont en pleine guerre au Vietnam alors que les opposants intérieurs sont pourchassés par cointelpro. La guerre ne semble pas aller mieux malgré les discours positifs de tous les membres de l'administration. Mais un homme connait la vérité. Il est expert auprès de la Rand corporation et l'un des auteurs d'un rapport sur la guerre. Celui-ci est explosif et met en cause toutes les administrations précédentes. Après des mois d'effort, il réussit à copier toutes les pages du rapport afin de l'apporter au New York Times. Mais lorsque le journal tente de publier le rapport il est mis en demeure par la justice des États-Unis. Mais un autre journal possède les mêmes documents. Et la personne à sa tête, Katharine Graham, doit prendre une décision alors que son entreprise vient tout juste d'entrer en bourse.

SPOILERS

Je suis mitigé face à ce film. J'ai l'impression que Spielberg essaie de faire fonctionner deux histoires en même temps sans vraiment y réussir. On peut dire que la première histoire concerne les Pentagon Papers, un rapport classé secret défense sur les mensonges et les manipulations politiques en faveurs de la guerre au Vietnam. Bien que ces informations soient au centre du film, celui-ci n'explicite que peu ce qu'on peut y trouver. On ne sait que quelques petites choses ainsi que la raison de la constitution du rapport. Pire encore, on ne sait pas de quelle manière le gouvernement Nixon essaie d'argumenter contre la liberté de la presse dans ce cas particulier. On ne sait qu'une seule chose : la presse gagne et Nixon est un président qui abuse de son pouvoir. Le film tente aussi de se placer en faveurs du journalisme d'investigation, une posture que j'apprécie. Cependant, la manière dont les journalistes travaillent pour comprendre et analyser leur source n'est pas montrée, sauf lors d'une scène. Pire encore, l'éthique du journalisme est simplement annoncée, elle n'est pas discutée. Sauf, là encore, lors d'une scène. Enfin, le film met en scène les liens entre les médias et le monde politique mais, là encore, ne discute du sujet que lors d'une seule et unique scène après l'avoir mentionné à plusieurs reprises. En fait, ce film aurait pu être un moyen d'argumenter sur la nécessité du journalisme dans une démocratie face à un gouvernement hostile mais Spielberg semble avoir renoncé.

Il y a une seconde intrigue dans ce film, elle concerne la société de Katharine ainsi que ses capacités en tant que dirigeante. Dans un grand nombre de scènes, on voit Katharine, jouée par Meryl Streep, au sein d'un monde d'hommes. Il y a des hommes dans son conseil d'administration, il y a des hommes comme principaux contributeurs et journalistes, ses collègues et concurrent sont des hommes... Bref, les femmes n'apparaissent presque pas à ses côtés. Loin d'être une mauvaise chose j'ai l'impression que cet aspect est voulu par la réalisation. En effet, des femmes apparaissent à plusieurs reprises. Que ce soit lors d'un diner qui les voit sortir lorsque les hommes commencent à parler politique ou encore la femme de Ben Bradley, jamais nommée dans le film à moins que je ne me trompe. Cette dernière permet d'expliciter la position de Katharine dans ce monde masculin. Elle dirige non parce que l'on valide ses capacités mais parce que son mari est mort, on ne l'écoute pas lors des réunions importantes, on parle comme si elle n'était pas présente. Bref, on agit sans la prendre en compte alors qu'elle est la patronne, car elle est une femme et ses conseillers sont des hommes qui "savent" être compétents. Le film se pose donc la question de la manière, pour une femme, d'entrer dans un monde masculin et de prendre des décisions difficiles qui sont constamment remises en cause. La réalisation n'hésite pas à tabler sur la fragilité et les doutes, non comme un défaut mais un acquis face aux nombreuses remises en cause que Katharine Graham subit durant sa vie. C'est la raison pour laquelle l'une des dernières scènes, en descendant les marches de la cour suprême, permet de montrer d'autres femmes, anonymes, se tourner en direction de Katharine Graham alors que les hommes observent un autre homme parler.

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*** Intéressant mais un peu en dessous en mes attentes. J'ai l'impression de ne pas mieux comprendre les Pentagone Papers ni le Washington Post, ce qui est un peu décevant.
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Image : Allociné

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09:50 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pentagon papers, the post | | | |  Facebook

07/02/2018

Les murs du silence. Abus sexuels et maltraitances d'enfants placés à l'institut Marini par Anne-Françoise Praz, Pierre Avvanzino et Rebecca Crettaz

Titre : Les murs du silence. Abus sexuels et maltraitances d'enfants placés à l'institut Marini
Auteur-e-s : Anne-Françoise Praz, Pierre Avvanzino et Rebecca Crettaz
Éditeur : Alphil / Presses universitaires suisses 2017
Pages : 232
TW : Violences, humiliations, abus émotionnels, abus sexuels

Comme l'explique le préambule, en février 2015 l'évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr Charles Morerod, confie un mandat de recherche à une petite équipe d'historien-ne-s afin de faire la lumière sur des allégations d'abus sexuelles au sein de l'institut pour orphelins Marini, dans lequel des garçons pauvres francophones et alémaniques furent placés par l'assistance sociale. Cet institut se trouvait sous le contrôle direct de l'évêché. Le rapport fut rendu lors d'une conférence de presse en présence des victimes, le 26 janvier 2016, attirant l'attention d'une partie importante des médias suisses. Suite à l'attention soutenue de la presse et du public les auteur-e-s ont décidé de publier le rapport, le livre que je viens de terminer.

Le livre est construit en 5 parties distinctes qui permettent de comprendre le fonctionnement de l'institut, les faits avérés mais aussi de mettre en lumière les raisons pour lesquelles les personnes coupables de maltraitances n'ont pas été inquiétées. Dans chaque chapitre, les témoignages oraux sont utilisés en parallèle des archives. Les deux premiers chapitres permettent de mieux comprendre comment on devient un enfant placé à Marini mais aussi le fonctionnement de l'institut. Ainsi, les auteur-e-s démontrent que les pensionnaires francophones sont placés sur une longue durée sans posséder de contacts soutenus avec leurs parents, quand des parents existent. Ces enfants ne connaissent que leur tuteur ou les assistants sociaux, qui ne passent pas régulièrement les voir. En face d'eux, des garçons germanophones sont placés un an afin de travailler tout en apprenant le français. Ceux-ci sont liés à une famille qui peut le soutenir en cas de besoin. La vie est rude et frugale. Les repas sont peu variés et servis dans de la vaisselle de fer. Outre le travail scolaire, les enfants doivent travailler dans les champs, afin de payer le coût de leur placement qui n'est pas entièrement pris en charge par la pension. Le travail est dur voir destiné à des adultes. Il existe même une catégorie d'enfants qui ne sont pas envoyés à l'école afin de travailler perpétuellement. Les punitions sont aussi monnaies courantes et les auteur-e-s décrivent une forme particulièrement humiliante et violente ayant lieu après la messe.

Les chapitres 3 et 4 se concentrent sur les abus sexuels commis à Marini par des ecclésiastiques. Les auteur-e-s montrent que des abus graves et répétés ont eu lieu durant la période d'étude. Abus dont les dénonciations n'ont pas permis de protéger les enfants. Les auteur-e-s construisent les chapitres en essayant d'éviter une posture de scandale ou voyeuriste afin de mettre en avant non pas les actes mais la manière dont les personnes qui ont accepté de témoigner ont perçu ces actes. L'étude montrer que les anciens enfants placés se sont trouvés piégés face à des hommes plus âgés qui possèdent un certain pouvoir et une autorité morale importante. De plus, le manque d'affection a rendu les personnes vulnérables face aux actions d'adultes abuseurs. Cependant, des dénonciations ont eu lieu. Il est donc nécessaire de comprendre pour quelles raisons les abuseurs sont restés en place et n'ont pas été déférés en justice, mis à part deux cas. Les auteur-e-s montrent que les autorités, l’Église et les médias, même de gauche, sont réticents à mettre en cause des prêtres dont le statut, au sein d'un canton fortement catholique, ne doit pas être mis à mal. De plus, les actes dénoncés sont systématiquement requalifiés soit en usant d'un qualificatif médical soit en niant la portée de ceux-ci, ce ne sont que des imprudences. Pire encore, lors du XIXème siècle l’Église catholique s'est fermée à la dénonciation publique. Les personnes ayant connaissances de cas d'abus ont l'obligation de silence, au prix d'une excommunication. L’Église règle les problèmes à l'interne par un déplacement de la personne accusée, parfois temporaire. Ce n'est que récemment que le Pape François a décidé de forcer la dénonciation aux autorités, faisant face à une résistance importante de personnes qui considèrent que les membres de l’Église ne devraient pas être soumis à une justice séculière.

Enfin, le livre se termine sur les effets des abus sur le parcours de vie des victimes. Les auteur-e-s, grâce aux témoignages consentis, montrent la difficulté de parler de cette période pour les personnes qui ont vécu ces abus. Outre les actes sexuels à proprement parler, ce sont aussi les manques affectifs et la violence qui ont pesé. Ces garçons ont été considéré comme peu importants et incapables de réussites et donc empêchés de suivre leurs capacités à tous les niveaux, bien que certaines rencontres aient été positives. Les abus ont aussi fortement péjoré le développement affectif. Il est devenu difficile de se considérer valable même avec une aide médicale. Cependant, il faut noter aussi une capacité de résilience, souvent liée à une rencontre avec une famille ou une personne, enseignante parfois, positive. Certains sont sortis avec un but spécifique pour construire leur vie tandis que d'autres ont réussis à reconstruire leur récit après avoir aidé des personnes à surmonter leurs propres problèmes. Mais c'est aussi le souhait par l’Église, via cette recherche, de demander pardon et d'accepter la vérité des faits qui peut avoir permis une reconstruction.

Enfin, le livre se terminer sur une synthèse et les souhaits des personnes qui ont témoigné. Les auteur-e-s ajoutent diverses annexes dont des versions complètes des témoignages, la méthodologie, le guide d'entretien ainsi qu'un historique de l'institut Marini. Ce livre se concentre sur un institut précis et la recherche autours de faits graves qui donnent lieu, actuellement, à des processus de réparations financières. Les questions plus larges du placement d'enfants sont mentionnées mais ne sont pas centrales, bien que les questions posées soient importantes. Les auteur-e-s mentionnent aussi les problèmes éthiques que posent une telle étude. Comment se situer face aux témoignages et comment ne pas les trahir. Mais aussi de quelle manière éviter le scandale pour mettre en avant les causes qui expliquent la survenue de tels actes et l'incapacité de les dénoncer. Les auteur-e-s placent aussi ce travail dans le cadre d'un effort au niveau international pour comprendre le traitement subis par une partie de la population mondiale au sein d'instituts de placement et face aux mesures d'assistances de différents pays. Plusieurs commissions d'enquêtes ont travaillé, voir travaillent encore, sur le sujet.

Image : Éditeur

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01/02/2018

La grande chasse aux sorcières en Europe aux débuts des temps modernes par Brian P. Levack

Titre : La grande chasse aux sorcières en Europe aux débuts des temps modernes
Auteur : Brian P. Levack
Éditeur : Champ Vallon 1991 (1987)
Pages : 281

Qu'est-ce qu'une chasse aux sorcières ? Le concept a été galvaudé par certaines personnalités qui s'estiment visées par une telle chasse, oubliant toujours les relations de pouvoir en défaveur de la victime que cela implique. Il est donc toujours une bonne idée de se lancer dans un ouvrage sérieux pour mieux comprendre de quoi on parle. Ce livre de Brian P. Levack est une traduction d'un ouvrage qui propose une synthèse de la chasse aux sorcières européenne entre le XVème et le XVIIIème siècle. Le but est donc de nous donner une somme minimum d'informations pour comprendre l'étendue mais aussi les raisons d'une telle panique face à des crimes que l'auteur qualifie d'imaginaires (se plaçant donc en contradicteurs des personnes qui pensent que sous le terme de sorcellerie il faut comprendre que d'anciens cultures de la fertilité persistaient). Pour cela, il met en place 8 chapitres dont un introductif et un conclusif, dans lequel il examine la survivance de la sorcellerie jusqu'à nos jours.

Les chapitres 2 à 5 sont autant de moyens pour l'auteur de nous expliquer pourquoi une chasse aux sorcières a eu lieu. Il y examine plusieurs causes qu'il relie sous le terme de "concept cumulatif de sorcellerie." Ces différentes causes sont nombreuses et, selon l'auteur, la perte de l'une aurait pu avoir un impact défavorable sur l'imminence d'une chasse. Comme d'autres personnes, il débute son étude sur les racines intellectuelles, soit la création de la sorcellerie comme danger social. En effet, la peur d'un tel crime ne peut pas se concevoir sans la mise en place d'une peur du diable, et du mal, dans la société. Les théologiens pensent le monde comme soumis aux assauts du diable, rendu plus puissant pour l'occasion. La sorcellerie n'est plus une simple tentative de lancer des sorts mais une preuve de l'existence d'une secte sataniste.

Bien entendu, la pensée intellectuelle est inopérante si des personnes n'agissent pas pour créer un crime. Ainsi, Brian P. Levack examine, dans un autre chapitre, la mise en place et le fonctionnement d'une nouvelle procédure judiciaire qui permet à l'état d'accuser sans avoir besoin de trouver des victimes. Même si cette procédure, inquisitoriale, permet d'attaquer plus de personnes et abaisse les droits de la défense, cela n'implique pas qu'il n'y ait pas de limites. Ainsi, la torture est possible mais elle suit des restrictions importantes. Le but ultime de la torture est de recevoir des aveux. Mais ceux-ci doivent être répétés le lendemain, de manière libre. Par contre, le jugement peur se baser sur l'impression de culpabilité et non sur des preuves importantes. Enfin, l'auteur examine le contexte social et démontre que celui-ci peut avoir un impact. En effet, la pauvreté et les épidémies inexpliquées ont une tendance à rendre les relations sociales plus difficiles. Il devient plus facile d'accuser une autre personne de ses malheurs ou de jalouser une personne qui ne souffre pas autant.

Le "concept cumulatif de sorcellerie" est ensuite mise à l'épreuve afin d'expliquer les dynamiques des chasses aux sorcières dans différentes régions d'Europe. L'auteur y examine aussi bien les pays anglo-saxons que la France, les pays nordiques, le sud de l'Europe et, bien entendu, les pays germaniques sous influence du Saint-Empire ce qui implique le territoire helvétique. L'auteur explicite pour quelles raisons certains territoires, en particulier le sud de l'Europe et une partie des pays Anglo-saxons n'ont pas connu une chasse aux importante (bien que la colonie anglaise de Salem soit une examinée aussi). Selon l'auteur, il faut prendre en compte le droit mais surtout l'envie des élites de s'attaque au crime de sorcellerie. Il démontre que les cours de justice centrales ont tendance à minimiser les casses tandis que les cours locales peuvent être très sévères. Ainsi, l'une des explications concerne la centralisation des pouvoirs et la possibilité de faire recours. Mais les chasses dépendent aussi des croyances des élites. Et celles-ci sont en mutation durant la période. Une nouvelle philosophie sceptique met en doute la véracité des aveux tandis que des médecins commencent à en parler non comme une preuve du diable mais comme une maladie qui doit être traitée. Bref, durant la période l'arsenal intellectuel commence à se briser face à des changements idéologiques au sein des élites, ce qui permet d'empêcher de nouvelles chasses.

Image : Éditeur

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26/01/2018

Black Sails 1-4

TW : viols, meurtres, esclavage, tortures

Les Bahamas, Nassau, le XVIIIème siècle : Le monde connait ce que l'on nomme l'âge d'or de la piraterie. Alors que deux Empires se combattent afin de prendre le contrôle de ce que l'on nomme encore les Indes Occidentales plusieurs petites îles échappent au contrôle des britanniques ou des espagnoles. Ces ports permettent à des personnes peu recommandables de prendre la mer afin d'attaquer des navires, vendre les biens pillés et repartir après un ravitaillement. Bien que l'on aime dépeindre ces lieux comme anarchiques, Nassau est loin d'être en dehors d'une forme de gouvernement. Une femme, Eleanor Guthrie, filles du gouverneur, a pris la tête du commerce local qu'elle contrôle fermement. Mais elle est rêve de légitimité et de grandeur pour sa ville. Face à elle, de nombreux grands noms de la piraterie combattent pour le contrôle du port, Barbe Noir, Rakham, Charles Vane, Anne Bonny, ... Mais aucune de ces personnes ne sont aussi crainte que le capitaine Flint. Car Flint possède une vision et il ne reculera devant rien, ni la mort de son équipage ni la destruction de Nassau, pour rendre ses souhaits réels.

SPOILERS

Il est très difficile de ne pas donner de spoilers sur une série à la fois ambitieuse et très restreinte. Bien que les personnages semblent nombreux on connait rapidement les plus importants. Même si une partie de l'intrigue a lieu en mer une grande partie se déroule autour de Nassau. Et même si le thème est très vaste il se concentre sur un ou deux personnages et leur relation avec celui-ci. De plus, la réalisation porte sur une histoire connue, souvent romantisée, la piraterie. Nous avons tous au moins entendu parler de Pirates des Caraïbes et certains noms de pirates célèbres sont encore connu assez largement. Cette série ne s'attache pas aux évènements. Une grande partie des morts n'ont lieu ni à l'époque ni à la manière dont on les connait. Le Capitaine Flint est une invention de Stevenson. Cependant, il me semble, du moins selon les connaissances que j'ai de l'époque, que le fonctionnement d'un navire et d'une bataille navale sont bien mis en scène. Même si elles sont rares, les batailles sont très prenantes et l'on est rapidement inquiet pour le bien être des personnages. Mieux encore, la série n'hésite pas à prendre en compte l'importance de l'esclavage, et les problèmes posé pour les personnages. Il n'est pas rare de rencontrer des esclaves et, en particulier durant les saisons 3 et 4, ce sont des personnes qui ont fui leur condition qui prennent une part importante dans le déroulement de l'intrigue. Ainsi, il n'est pas rare de côtoyer d'anciens esclaves dans des positions de pouvoir tandis que des hommes libres sont forcés à donner leur vie pour l'Empire britannique. Dans ce cadre, la série considère que leur condition, qui n'est pas identique, peut permettre un rapprochement des luttes en direction d'un idéal de liberté.

Cependant, la question principale de la série ne concerne ni l'histoire ni les personnages mais la relation que nous avons avec la civilisation. On nous montre une ville considérée comme en dehors de la civilisation. Mais celle-ci fonctionne plus ou moins bien selon les personnes en charge. Au début de la série, la personne en charge est Eleanor Guthrie. Elle est décrite comme la fille du gouverneur qui, afin de s'enrichir, a accepté la piraterie. Bien qu'elle soit fragilisée parce qu'une femme elle réussit à prendre le contrôle du commerce et donc des pirates, qu'elle n'hésite pas à confronter. Sous son auspice, la violence est au plus bas car elle est défavorable au commerce et dont à l'enrichissement de tout le monde. Cependant, elle souhaite mettre en place une forme de légitimité que celle-ci soit sous l'égide de l'un des Empires ou d'une manière autonome. Cette légitimité est un moyen pour elle de garantir le commerce mais aussi le bien être des personnes qui vivent à Nassau, et qui sont loin d'être toutes des pirates. Au fil de la série, elle sera de moins en moins violente pour se rapprocher d'un idéal lorsqu'elle se marie au nouveau gouverneur. Mais cela n'enlève rien à ses capacités de décisions. Elle est "secondée" par Max, une ancienne esclave qui se prostitue et amante d'Eleanor. Max débute avec comme seul but de se libérer afin d'éviter toute servitude. Mais, rapidement, elle deviendra la seconde personne la plus puissante de Nassau et aide aux efforts de stabilité, là aussi pour aider le commerce. Ainsi, les personnages féminins de la série ont des capacités fortes de décisions et sont très intelligentes. Plus encore, elles sont les catalyseurs de la mise en place d'un ordre voire d'un retour de ce que l'on nomme civilisation. Il est révélateur que les intrigues se concluent, lors de la saison 4, par une entente entre plusieurs femmes qui possèdent le réel pouvoir derrière leurs maris.

Face aux femmes, il y a les hommes. Et en particulier le Capitaine Flint et Woodes Roger. Bien entendu, ces deux hommes sont secondés par un grand nombre d'autres personnages, en particulier Flint qui doit lutter contre Silver et Billy Bones. Mais ce sont Flint et Roger qui tiennent la seconde partie de l'intrigue entre leurs mains. Les deux ont connu un scandale qui les a changés. Ce sont les deux des personnes en hausse dans la société militaire britannique. Flint perd son poste après avoir soutenu la mise en place de pardons pour les pirates et avoir été mêlé à un scandale sexuel. Roger est en disgrâce après une bataille navale, ruiné mais célèbre. Les deux personnages sont très proches car leurs idéaux, leurs capacités tactiques et leurs volontés sont presque identique. L'un défend une forme d'anarchie tandis que le second défend la civilisation. Dès la saison 4, mais cela est mentionné lors de la saison 3, on apprend que Roger a des tendances violentes et que sa défense de la civilisation britannique peut passer par des actes de cruauté extrême voir de rébellions contre la couronne. Flint, lui, est d'abord dépeint comme un romantique qui souhaite la mise en place d'une nation de pirates, autonomes, capable de résister aux deux Empires. Mais il atteint un point de non-retour dès la saison 3, après la mort de la dernière personne à le relier à son passé. De plus en plus, sa guerre n'est plus montrée ni défendue comme une défense contre un pays tortionnaire et autocrate mais une vengeance. Flint a perdu toutes les personnes qu'il aime et son combat est un moyen pour lui de faire payer à l'Angleterre la manière dont il a été traité. Alors qu'il souhaite une guerre totale les autres personnages qui le suivent préfèrent un retour à une forme de normalité, ce qui inclut des concessions. Flint est donc montré comme une personne endommagée, de plus en plus violente, incapable de faire son deuil. Heureusement, la série réussit à éviter sa mort et lui offre une fin bien plus intéressante. Au final, les hommes de la série sont des facteurs de guerre et de destruction tandis que les femmes sont montrées comme les personnes qui possèdent véritablement le pouvoir, que ce soit en cachette ou non.

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**** Si vous souhaitez en apprendre plus sur l'histoire de la piraterie cette série n'est pas très adéquate, malgré une bonne mise en scène du fonctionnement d'un navire selon mes connaissances. Mais si vous voulez une série qui parle de pouvoir et de civilisation sans cacher les problèmes que cela implique elle est adaptée à vos envies.
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09:19 Écrit par Hassan dans Histoire, moderne, série | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : black sails, starz | | | |  Facebook

15/01/2018

L'inquisition. Enquête historique. France, XIIIe-XVe siècle par Didier le Fur

Titre : L'inquisition. Enquête historique. France, XIIIe-XVe siècle
Autrice : Didier le Fur
Éditeur : Livre de poche 14 janvier 2015
Pages : 183

L'inquisition est une institution que l'on connait par de nombreuses adaptations sur l'époque médiévale. Elle est montrée comme un milieu sans pitié, ses membres seraient des adorateurs de la torture et des mises à mort. L'inquisition aurait mis en place un climat de terreur que seul l'arrivée des Lumières a permis de stopper. En somme, c'est l'un des aspects de la légende noir du Moyen-Âge. Ce petit livre propose de condenser les informations que l'on sur le fonctionnement de l'Inquisition afin de mieux comprendre de quelle manière elle a été mise en place, les raisons de son existence et surtout d'éviter les mythes pour mieux se rapprocher d'une réalité scientifique. Cet exercice de Didier le Fur prend moins de 200 pages et 3 parties. À cela il faut ajouter une introduction qui revient en partie sur l'historiographie ainsi que des annexes dans lesquelles on trouve une chronologie ainsi que les interrogatoires proposés par Bernard Gui.

La première partie se concentre sur la mise en place de l'Inquisition. L'auteur y explique que le royaume de France, sur lequel il porte son attention, est considéré comme envahi par les hérésies. En effet, plusieurs groupements se constituent et critiques le fonctionnement de l’Église de Rome. L'auteur étudie les vaudois, il explique que ce groupe essaie de mettre en place une règle de vie mais son chef refuse les ordres du Pape ce qui conduit à une lutte contre ses fidèles. Ce qui pose problème est la possibilité des femmes et des laïcs de prêcher. Le second groupe est celui des Cathares. Il semble bien plus critique que les vaudois puisque le monde et l’Église sont qualifiés de création d'un dieu mauvais, suivant en cela une forme de manichéisme. Dans les deux cas, il a été nécessaire de mettre en place une procédure afin de lutter contre ces hérésies, bien que parfois certaines raisons politiques puissent expliquer les poursuites.

Le fonctionnement de l'Inquisition est examiné dans la seconde partie. Didier le Fur est très clair et divise la procédure en différentes étapes, tout en explicitant en quoi l'Inquisition ne fonctionne pas selon les règles du droit de l'époque. En effet, la défense et les témoins ainsi que les preuves sont acceptées tant que l'inquisiteur les considère utiles. Didier le Fur explicite aussi le fonctionnement de la torture. Loin d'être utilisée largement elle doit suivre une procédure spécifique puisque les membres du clergé n'ont pas le droit de verser le sang. Ainsi, il est nécessaire de présenter les instruments, de commencer par le moins douloureux et surtout de s'arrêter dès qu'un aveu est obtenu. L'auteur explique que le seul but de la procédure est de recevoir cet aveu qui, dans les cas de torture, peut être récusé après 24 heures. Ce qui crée des problèmes pour les personnalités de l'époque qui hésitent entre recommencer la torture ou considérer la personne comme parjure. Suite à l'aveu, il est possible de lancer le jugement et de choisir une peine, celle-ci étant double : une peine ecclésiastique qui permet la repentance et une peine laïque.

La troisième partie s'intéresse au lien entre inquisition et sorcellerie. En effet, l'auteur montre que l'Inquisition s'intéresse en grande partie aux hérésies, la sorcellerie n'est pas considérée comme un danger aussi sérieux. Cependant, le Pape Jean XXII au XIVème siècle ouvre la voie à une répression des personnes soupçonnées de sorcellerie. Le problème est lié à l'hérésie étant donné que la sorcellerie est conçue comme un pouvoir obtenu non pas de dieu mais du diable, en échange d'une adoration de ce dernier. Sans s'y intéresser d'une manière précise, l'auteur explicite les rapports entre la chrétienté et le diable. Il nous parle aussi de la mise en place du sabbat comme rituel spécifique aux sorcières. Mais il nous montre surtout de quelle manière la procédure est adaptée afin de prendre en compte cette nouvelle cible.

Ce petit livre est intéressant pour les personnes qui s'intéressent aux hérésies et à l'Inquisition durant l'époque médiévale. Il est complet et permet de mieux comprendre le fonctionnement d'une institution qui donne souvent lieu à des fantasmes, bien qu'il ne faille pas laisser de côté une forme d'érotisme aux dépens des femmes. Court et synthétique il s'y ajoute une bibliographie qui permet de se lancer dans des aspects plus précis.

Image : Éditeur

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02/01/2018

Histoire de la Suisse 4. La création de la Suisse moderne (1830-1930) par François Walter

Titre : Histoire de la Suisse 4. La création de la Suisse moderne (1830-1930)
Auteur : François Walter
Éditeur : Alphil et Presses universitaires suisses 2016
Pages : 158

L'avant dernier tome des histoires de la Suisse de François Walter s'occupe de ce qu'il nomme "la création de la suisse moderne." Sous ces termes il examine les années 1830 à 1930 soit une période qui est entourée par deux moments de changements importants, révolutionnaires en ce qui concerne certains pays. C'est aussi la période durant laquelle le pays que nous connaissons se constitue réellement. Comme je le pensais, l'auteur débute son examen par les tensions entre les cantons centralisateurs et les cantons décentralisateurs. Ces tensions se portent sur plusieurs thèmes, dont l'accès des jésuites en Suisse, mais permet surtout la constitution d'une aile politique dites radicales. Celle-ci souhaite un changement majeur du fonctionnement du pays, malgré les volontés des princes étrangers. Suite à la guerre civile du Sonderbund, et l'incapacité des princes étrangers d'agir à cause des révoltes et révolutions de 1848, la Suisse devient une fédération, avec les institutions que l'on connait. Cependant, le pays reste sous le contrôle des radicaux qui construisent le système politique pour être majoritaires.

Suite à la création politique des années 1848 il est nécessaire de constituer une nation composée de plusieurs langues et religions. L'auteur examine de quelle manière l'identité suisse est constituée par l'usage de mythes historiques, parfois validés par des historiens de l'époque. C'est à cette époque, le XIXème siècle, que se pose la question de la fête nationale et surtout de la date qu'elle commémore. Il est nécessaire choisir une date qui ne rappelle pas les divisions politiques mais qui, au contraire, donne l'impression d'une identité basée sur la lutte commune contre des oppresseurs. C'est ainsi qu'un vieux papier que l'on date de 1291 est ressorti des cartons afin de donner une date mais aussi un lieu symbolique de l'unité de la nation Suisse, le Grütli prenant une grande importance. L'identité national est aussi défendue par un programme artistique et la mise en place d'expositions nationales. On défend de plus en plus l'idée d'une identité mythique paysanne, montagnarde, alors que le pays s'urbanise et s'unit grâce aux chemins de fer.

L'auteur examine aussi la période de 1914-1918 et ses suites. En effet, le début de la guerre est tendu pour le pays qui peut craindre une invasion. Mais aussi bien l'Allemagne que la France préfèrent avoir un pays neutre armés pour tenir les frontières. Cependant, les volontés germanophiles de l’État-major, autours du général Wille, posent problème en ce qui concerne la diplomatie. L'auteur montre bien que cette germanophilie crée des tensions au niveau civil et militaire mais aussi au niveau international, une partie des belligérants se sentant floué par certaines décisions. La diplomatie Suisse semble bien naïve lorsqu'elle tente d’accueillir la conférence de paix alors que le pays est considéré comme un foyer de dissensions révolutionnaires. Cependant, elle réussit tout de même à accueillir la SDN.

Au final, ce livre permet de replacer la constitution de la nation helvétique à sa véritable époque. L'auteur examine aussi la manière dont a été constitué le système politique ainsi que les changements sociaux et industriels du XIXème siècle. Le livre donne l'impression d'un pays qui se croit plus important qu'il ne l'est mais qui réussit tout de même à éviter une guerre mondiale, alors que les tensions politiques entre la gauche et la droite sont de plus en plus importantes au fil des années 1914-1918, débouchant sur une grève générale. Cette suite de 5 livres est intéressante pour toutes personnes qui souhaitent en savoir plus sur l'histoire Suisse et remettre en cause mythes et clichés.

Image : Éditeur

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31/12/2017

Histoire de la Suisse 3. Le temps des révolutions (1750-1830) par François Walter

Titre : Histoire de la Suisse 3. Le temps des révolutions (1750-1830)
Auteur : François Walter
Éditeur : Alphil et Presses universitaires suisses 2015
Pages : 155

Pendant longtemps la Suisse fonctionne sous ce que l'on nomme l'Ancien Régime. Cette période est examinée dans le tome précédent. L'auteur montrait de quelle manière les charges politiques et militaires étaient prises en charge par une minorité qualifiée de patricienne. La bourgeoisie est le moyen par lequel les familles qui se pensent nobles réussissent à garder le pouvoir face aux dissensions. Cependant, la période du XVIIIème siècle est aussi celle de changements importants qui éclatèrent lors de la Révolution française de 1789. La question posée par ce tome concerne l'impact de ce changement sur le fonctionnement du pays ainsi que les tentatives de restaurations.

Une partie importante du tome s'intéresse à une période courte, quelques décennies. L'une de ces périodes est celle de la République helvétique. En effet, sous la pression de la France, ainsi que son occupation armée, la Suisse se voit imposer une constitution basée sur celle de la Révolution. Le pays ne possède plus des cantons avec des pays sujets mais une organisation centralisée basée sur le Directoire. Cependant, le régime est très instable et de nombreux changements de gouvernement ont lieu durant la brève période de l'Helvétique. Finalement, le régime tome lorsque les troupes françaises de Napoléon quittent le territoire, ce qui permet à ce dernier de convoquer les représentants des cantons afin de remodeler le fonctionnement politique et territorial du pays.

La période qui suit voit la restauration des cantons dans leurs prérogatives avec la mise en place d'une Diète fédérale. Cependant, les pays sujets ne sont pas recréés tandis que le pays doit accepter une forme de démocratie. L'auteur montre que la Suisse est soumise à la France, à qui elle fournit des troupes "volontaires." De plus, les familles dites patriciennes gardent la main mise sur le pouvoir politique. Ce qui permet, lors de la chute de Napoléon, aux cantons de restaurer les anciennes formes politiques. Mais les princes étrangers, comme le montre l'auteur, souhaitent stabiliser le territoire et imposent une nouvelle forme de gouvernement qui devrait être capable de fonctionner pour plus longtemps, tout en offrant des compensations territoriales comme, par exemple, le Jura à Berne qui a perdu le territoire vaudois. Bien que les rédacteurs du projet aient imaginé que celui-ci puisse ne pas être remis en cause avant longtemps, les exemples des Etats-Unis ainsi que les troubles en France créent des tensions entre les villes et les territoires ruraux, tandis que des milieux Libéraux commencent à diffuser leurs idées. Ceci aboutira sur un changement majeur qui sera probablement étudié dans le prochain tome.

Au final, ce tome s'attaque à une période méconnue et surtout peu appréciée. En effet, j'entends régulièrement que la République helvétique est le régime le plus détesté de l'histoire Suisse. Mais celui-ci est suivi d'une période mieux appréciée, bien que pensée comme une forme de décadence. L'auteur tente de passer outre ces préconceptions pour mieux mettre en avant les conséquences. En effet, la République a permis de débuter la constitution d'une pensée de la nation suisse, mais aussi de défendre des concepts révolutionnaires comme la liberté et l'égalité, dans un sens large. L'auteur montre aussi à quel point le territoire est soumis aux besoins et souhaits des princes étrangers. Au lieu d'un pays unit qui se soulève dans son intérêt le territoire dépend des accords avec d'autres pays tandis que la neutralité est imposée de l'extérieur. Pire encore, les armées ont régulièrement envahi le pays alors que la Suisse se voit obligée de fournir des contingents à plusieurs groupes, parfois antagonistes. L'auteur montre aussi de quelle manière les mythes commencent à être mobilisés pour justifier les révoltes mais aussi constitution une identité partagée dans un territoire qui n'est pas encore une nation.

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23/12/2017

Histoire de la Suisse 2. L'âge classique (1600-1750) par François Walter

Titre : Histoire de la Suisse 2. L'âge classique (1600-1750)
Auteur : François Walter
Éditeur : Alphil et Presses universitaires suisses 2015
Pages : 131

Après avoir étudié les premiers moments d'existence de la Suisse, et mis fin à plusieurs mythes pourtant encore souvent utilisé dans les milieux politiques, l'auteur se lance dans une seconde période qu'il nomme l'âge classique, 1600-1750. Ce second tome est lié au prochain. En effet, l'auteur nous prévient qu'il étend un peu la chronologie dans certains cas tandis que des événements révolutionnaires seront mieux décrits dans le prochain. Ce tome est donc surtout un moyen de connaitre la Suisse de l'Ancien régime en ce qui concerne son fonctionnement politique comme économique.

En effet, de nombreux chapitres s'intéressent à l'économie du territoire suisse. L'auteur y explicite plusieurs thèmes. Il s'intéresse en particulier au mercenariat. Selon l'auteur, le service à l'étranger est de plus en plus critiqué. Cependant, il existe toujours et permet à des fils de grandes familles d'accomplir une forme d'apprentissage des responsabilités à l'étranger, tout en permettant une ascension sociale. Les soldats sont souvent originaires de parties précises du pays, selon une forme de nécessité économique et de devoirs au seigneur. Cependant, l'argent provenant du service à l'étranger est de moins en moins important face à d'autres activités économiques. Car l'auteur essaie aussi de comprendre de quelle manière le territoire fonctionnement dans le cadre d'un marché qu'il divise en trois "zones". Premièrement, il existe un marché local transparent qui permet la subsistance des villages, ensuite il existe un marché régional et enfin un marché international. L'analyse de ces trois marchés permet à l'auteur de mettre en question l'idée que le monde rural se trouve en dehors des échanges continentaux. Au contraire, de nombreux marchands itinérants permettent de faire circuler des biens et des idées, parfois des livres interdits.

L'auteur s'intéresse aussi au fonctionnement politique. Dans le tome précèdent il expliquait que les cantons ont tenté de recevoir des privilèges dans le cadre de l'Empire. La question de l'appartenance à l'Empire est aussi examinée ici. En effet, les cantons sont toujours soumis aux tribunaux impériaux et aux privilèges offerts par l'Empereur, bien que cela n'empêche pas des alliances avec des ennemis de l'Empire. Ce n'est que tardivement, vers la moitié du XVIème siècle, que la confédération est considérée comme souveraine, bien que cela me donne l'impression d'une incompréhension du terme sous l'instigation des français. Cependant, ce n'est qu'au XIXème siècle que l'indépendance du pays existe vraiment, avec Neuchâtel comme cas particulier puisque le canton appartient à la Prusse dès 1814.

L'auteur s'intéresse aussi au fonctionnement politique intérieur du pays. Il montre que celui-ci fonctionne toujours sous la forme d'une Diète à l'intérieur de laquelle les représentants des cantons ne peuvent que suivre les ordres écrits qui leur ont été donné, créant une rigidité importante. À l'interne, le pays est divisé entre des tentatives de centralisation, en particulier pour des nécessités de défense du territoire lors de la guerre de 30 ans, et des campagnes militaires internes dues à des tensions confessionnelles entre cantons réformés et catholiques. Plus important encore, les villes se ferment à tout ce qui est étranger, donc ne provenant pas de la commune. Les bourgeoisies sont de plus en plus réglementées et seule une minorité gouverne formant plusieurs républiques aristocratiques. Fonctionnant sous une idée seigneuriale, les personnes les plus importantes possèdent des privilèges tout en acceptant la nécessité culturelle de simplicité, qui disparait petit à petit. Ainsi, ce second tome permet de mieux comprendre de quelle manière la Suisse commence à se constituer en territoire indépendant, bien qu'elle s'enorgueillisse de l'appartenance à l'Empire jusqu'au XIXème siècle, mais aussi les tensions qui existent et qui mettent à mal l'idée d'un territoire pacifié dans une Europe en guerre.

Image : Éditeur

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18/12/2017

Histoire de la Suisse 1. L'invention d'une confédération (XVe-XVIe siècles) par François Walter

Titre : Histoire de la Suisse 1. L'invention d'une confédération (XVe-XVIe siècles)
Auteur : François Walter
Éditeur : Alphil et Presses universitaires suisses
Pages : 136

Qu'est-ce que la Suisse ? Quand est-ce que le pays est-il né ? Comment fonctionne-t-il durant l’histoire ? Dans ce petit livre, partie d'un tout de 5 tomes, François Walter essaie de comprendre de quelle manière une confédération s'est constituée autour de territoires alpins, tiraillés entre plusieurs influences dont celle de l'Empire germanique. Car la connaissance de l'histoire suisse est enveloppée de mythes, une partie ayant été mis en place au XIXème siècle. Il est donc nécessaire de revenir sur les connaissances scientifiques afin d'affirmer que si la Suisse n'est pas née en 1291, ni au XVème siècle, sa genèse en tant que nation provient de la mise en place progressive d'une forme d'identité commune.

Ce livre est divisé en plusieurs petits chapitres que l'auteur a souhaité concevoir comme autant de points d'entrées dans son livre, selon les intérêts des personnes qui le lisent. Bien que le titre du livre annonce une étude des XVème et XVIème siècle l'auteur débute par 4 chapitres qui résument l'histoire du pays depuis les Helvètes jusqu'à 1476. Ces chapitres permettent de casser le mythe de 1291, qui serait la date de fondation d'un pacte contre les envahisseurs étrangers. Au contraire, ce pacte est non seulement antidaté mais il s'inscrit dans un mouvement global qui permet de se placer sous l'autorité directe de l'Empereur, ce qui implique certains privilèges. La fondation mythique du pays n'est donc qu'un épisode parmi de nombreux autres.

Cependant, l'auteur montre que durant le XVème et XVIème siècle le territoire est distinct des autres. Bien qu'il soit toujours sous influence impériale les cantons et les pays alliés vendent leurs troupes à plusieurs forces étrangères, permettant de récolter une fortune. Selon les circonstances politiques, le soutien militaire du pays peut changer, moyennant finances de la part des diplomates extérieurs. Cependant, le territoire n'est pas uni. Les frictions sont nombreuses aussi bien envers le voisinage immédiat qu'à l'intérieur.

L'une des causes de frictions est, bien entendu, la réforme. En Suisse, le réformiste le plus important est tout d'abord Zwingli, dont les thèses ne sont pas compatibles avec celles de Luther. Il réussit à modifier la religion officielle du canton de Zurich qui prêche la réforme dans le reste du pays. Cependant, celle-ci se heurte à deux problèmes. Premièrement, le soutien extérieur peut influer sur le fonctionnement religieux des territoires sous contrôle de la Diète suisse. Ensuite, tous les cantons ne sont pas réformés mais une partie des territoires sont gérés à la fois par des cantons catholiques et des cantons réformés. Il y a donc une tension envers la politique religieuse dans ces territoires, celle-ci pouvant être modifiée selon les années et le canton en charge. Les nécessités de compromis sont donc nombreuses si la confédération ne veut pas entrer en guerre contre elle-même. De plus, François Walter n'oublie pas de mettre en avant les conséquences morales de la Réforme et de la Contre-Réforme qui aboutissent à un refus de plus en plus important de certains comportements non seulement de la part des membres du clergé mais aussi de la jeunesse et des femmes.

Selon moi, ce petit livre réussit son exercice. Il présente rapidement deux siècles dans leurs conséquences sociales et culturelles pour un pays qui n'existe pas encore. Ce qui deviendra la Suisse n'est, pour l'instant, qu'un réseau d'alliance dont l'origine est le souhait de conserver des privilèges garantis par l'Empereur et non de développer une défense contre l'extérieur. Cette thèse explique le titre du livre qui ne souhaite pas mettre en avant un mythe encore important actuellement, la date de 1291.

Image : Éditeur

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03/12/2017

La politique fribourgeoise au 20e siècle par Jean-Pierre Dorand

Titre : La politique fribourgeoise au 20e siècle
Auteur : Jean-Pierre Dorand
Éditeur : Presses polytechniques et universitaires romandes 18 octobre 2017
Pages : 128

Fribourg est un canton un peu particulier. Entouré par des cantons protestants, échec lors du Sonderbund, industrialisation tardive, ... Le canton se pense comme une citadelle du catholicisme durant une bonne partie du vingtième siècle. Pour le défendre, un parti, un journal et l'Église se lient et combattent les personnes et organismes qui mettent en cause le fonctionnement du canton. Car les conservateurs se pensent comme les représentants de tous les fribourgeois. Et un fribourgeois est principalement un paysan catholique près à défendre la patrie. Pourtant, les dissensions et les mises en causes se multiplient et, progressivement, le parti conservateur perd de son importance et du contrôle sur l’État ainsi que sur les médias.

Afin de comprendre le fonctionnement politique du parti l'auteur construit 9 chapitres qui débutent en 1881 et se terminent en 2000. Cependant, le plus gros du livre s'intéresse au vingtième siècle et non à la période 1881-1914. Bien que l'intérêt soit d'abord politique, les forces des divers partis et le fonctionnement de la machine conservatrice sont décrites, on apprend beaucoup sur les changements socio-économiques parfois subits par les élites politiques fribourgeoises.

Ce que montre l'auteur est la force du catholicisme dans un canton fortement rural tardivement, l'industrialisation n'est acceptée qu'après la Deuxième guerre mondiale. Le lien entre ruralité et religion n'est pas anodin. Il permet de défendre une vision "naturelle" du fonctionnement politique. Vision qui s'attaque directement à la philosophie des Lumières et aux droits humains, considérés comme des dangers. Ainsi, le canton est fortement anti-communiste alors que celleux-ci n'existent pas au niveau local. Plus dangereux encore, certaines élites du canton n'hésitent pas à soutenir des personnalités fascistes voir nazie. Ces soutiens justifieront une surveillance policière alors que des criminels de guerre en profiteront pour s'échapper. Les personnalités impliquées pourront regretter de s'être allié à des personnalités nazies lorsque le grand public s'en émouvra, créant des scandales politiques importants.

Ce que le livre montre est aussi une perte de pouvoir. D'une certaine manière, on pourrait comparer le canton de Fribourg au canton de Vaud qui voit une perte d'influence des radicaux au fil du temps (voir Oliver Meuwly). Cependant, le canton de Fribourg se porte d'abord contre l'état fédéral, considéré comme un danger pour le fédéralisme. Ce qui implique des refus importants de la part de la population face à des objets fondamentaux pour la Suisse, tel que le code pénal fédéral de 1942. L'auteur montre que, au fil du temps, la politique du canton devient de moins en moins une exception et se rapproche de la moyenne fédérale. Ce qui n'empêche pas une défense d'intérêts spécifiques, comme l'agriculture. Ce livre est intéressant et permet de se faire une idée en peu de pages, tout en ouvrant sur de nombreux thèmes que je souhaiterais mieux connaitre.

Image : Éditeur

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01/12/2017

Vikings saison 4

Ragnar Lothbrok est passé de simple Viking à Earl puis roi. En tant que roi il est devenu l'homme le plus célèbre de son peuple. La découverte de l'Angleterre, la colonisation et la prise de Paris sont au centre de son charisme. Tout le monde est convaincu que personne ne peut vaincre le fameux Ragnar Lothbrok et ses ennemis l'imaginent comme un être surhumain, presque un dieu. Et Ragnar veut retourner à Paris. Il cherche de nouvelles personnes pour le suivre dans cette expédition et vaincre à nouveau les armées de l'Empereur résidant dans la ville. Cependant, il ne sait pas que son frère l'a trahi, encore une fois, et que les armées franques sont maintenant entrainées par quelqu'un qui connait Ragnar. Celui-ci pourrait bien échouer.

SPOILERS

Il est difficile de synthétiser cette saison. En effet, les trois précédentes s'intéressaient à des événements précis avec une montée dramatique durant une bonne partie de la saison. La trois montrait la préparation de l'attaque de Paris avant de nous montrer la bataille. Cette saison est bien plus diverse. En premier lieu, on suit un nombre bien plus important de personnages et d'intrigues dans des espaces variés, Paris, Angleterre et bien entendu Kattegat. Pire encore, la saison est divisée en deux moments très distincts. Il n'y a presque rien de commune entre les deux parties puisque Ragnar disparait durant plusieurs années au milieu et que ses fils sont bien plus âgés.

En fait, je pense que cette saison est un moyen de faire de la place, en détruisant plusieurs personnages. Ragnar est central dans cette intrigue puisque le mythe construit dès la saison 1 doit maintenant être détruit. La trois montrait déjà un homme diminué mais victorieux. Cette quatrième saison montre un homme de plus en plus faible, soumis à une drogue chinoise afin de ne pas souffrir. On le montre échouer à plusieurs reprises. Et la seconde partie débute par exil et son rejet par le peuple, le forçant à quémander des guerriers en leur offrant de l'or. Cette destruction du personnage se conclut sur un final flamboyant qui annonce la vengeance de ses fils.

Ce point est, à mon avis, la seconde raison de cette saison. Au lieu de garder d'ancien-ne-s personnages la série les tue. Mais il est nécessaire de remplir cette place et d'intégrer le début de nouvelles intrigues. Outre Lagertha et sa relation avec les fils de Ragnar ainsi que sa seconde femme, il faut introduire chacun des fils et leurs caractéristiques. Le début de leur intrigue est celui de leur vengeance contre les meurtriers de leur père, ce qui permet d'intégrer la Grande Armée et ses victoires dans des scènes spectaculaires. Mais cela permet aussi de débuter les tensions entre les souhaits de chacun. Je ne serais pas étonné de voir beaucoup de morts dans la prochaine saison

Par contre, la série s'éloigne de plus en plus de l'histoire telle qu'elle a existé. Les évènements sont rapides. De nombreux faits d'armes ne sont pas montrés tandis que des personnages meurent alors qu'ils ont survécu plusieurs années dans la réalité. De plus, la série se tourne de plus en plus en direction d'une dimension fantastique. Les saisons précédentes laissaient la place à la foi. Les moments spirituels pouvaient être considérés comme des hallucinations dues à une croyance. Mais, petit à petit, la frontière entre le réel et le spirituel s'est atténué jusqu'à cette saison qui inclut dans le réel des divinités nordiques et des actes de magie.

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**** Bien que la série s'éloigne du style historique elle reste intéressante.
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Image : Allociné

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20:52 Écrit par Hassan dans Fantasy, Histoire, moyen âge, série | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vikings, history | | | |  Facebook

26/11/2017

Heydrich et la solution finale par Edouard Husson

Titre : Heydrich et la solution finale
Auteur : Edouard Husson
Éditeur : Perrin 2008
Pages : 484
TW : racisme, antisémitisme, génocide

Edouard Husson, dans ce livre, se propose d'étudier l'un des quatre hommes qui, selon lui, sont responsable de la mise en place du judéocide au niveau européen. Si l'auteur s'intéresse à Heydrich ce n'est pas pour en faire un héros ni pour baisser la responsabilité d'autres personnes, aussi bien à l'intérieur du régime nazi qu'à l'extérieur, mais parce que l'auteur penser que Heydrich est l'un des architectes les plus importants de la solution finale. Il serait la personne qui aurait rendu possible la mort de 6 millions de juifs selon la volonté exprimée par Hitler.

Ainsi, ce livre n'est pas une biographie. La figure d'Heydrich est centrale dans ce livre. Mais l'auteur la place à plusieurs intersections. En effet, Husson explique que Heydrich est au centre d'un réseau de pouvoir, qualifié de féodal, interne à l'appareil nazi. La volonté d'Heydrich est de renforcer son propre pouvoir face à d'autres personnalités et de s'affirmer comme loyal face aux personnes qui lui sont supérieures hiérarchiquement. Ainsi, la mise en place du judéocide est aussi un moyen pour Heydrich de renforcer et rendre inattaquable sa position au sein du gouvernement nazi.

De plus, l'auteur fait la distinction entre dynamique génocidaire. Il explique que la première volonté n'était pas l'assassinat, sur place, des Juifs. Mais leur expulsion vers des territoires éloignés après que la guerre fut gagnée. L'un de ces territoires était l'île de Madagascar mais d'autres étaient possibles à l'instar du nord de la Russie soviétique. Bien que l'expulsion soit favorisée cela n'exclut pas de nombreuses morts que ce soit par le travail ou à cause du contexte de vie difficile infligé aux Juifs. Ce génocide lent et donc tout aussi meurtrier que celui qui aura lieu. Celui-ci, si j'ai bien compris l'auteur, a lieu alors que la guerre devient plus difficile. Selon Husson, à chaque problème rencontré dans la guerre par l'armée allemande équivaut une hausse de la radicalité contre les Juifs soumis aux nazis. En effet, selon les penseur nazis et Hitler, la guerre et ses difficultés sont la conséquence directe des Juifs. Il est donc nécessaire de les réprimer afin d'éviter la capitulation et la révolution, telle que cela eut lieu en 1918. Ainsi, l'incapacité de vaincre en Russie soviétique implique que la mise à mort immédiate devient pensable comme moyen de détruire la résistance et bloquer les capacités de guerre des ennemis de l'Allemagne, selon Hitler.

Il m'est difficile de bien parler de ce livre. Il demande des connaissances approfondies non seulement de l'Allemagne nazie mais aussi de l'historiographie sur le sujet. Il est évident que Edouard Husson navigue dans une littérature immense dont il connait bien les différentes thèses. Il essaie de passer outre les conflits d'école afin de tenter de comprendre le fonctionnement du judéocide et sa genèse. Cela lui permet de dépasser certains auteur-e-s mais aussi de faire des hypothèses en utilisant des sources connues ou moins connues mais aussi en résumant les positions des auteur-e-s dans une annexe que je trouve très utile. Un livre difficile à lire, qui demande beaucoup mais qui permet aussi de mieux comprendre de quelle manière le judéocide fut construit.

Image : Site officiel

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12/11/2017

Effusion et tourment le récit des corps. Histoire du peuple au XVIIIème siècle par Arlette Farge

Titre : Effusion et tourment le récit des corps. Histoire du peuple au XVIIIème siècle
Autrice : Arlette Farge
Éditeur : Odile Jacob mars 2007
Pages : 248
TW : Harcèlement sexuel

Qu'est-ce que le peuple ? Comment peut-on le décrire ? Comment faire l'histoire du corps et du rapport au corps ? Est-ce que ceci a changé durant l’histoire ? Ce sont autant de questions que posent et auxquelles Arlette Farge tente de répondre en utilisant des archives de police du XVIIIème siècle, peu de temps avant la Révolution Française. Ce livre permet aux personnes intéressées non seulement de comprendre de quelle manière on pense le peuple mais aussi ce qui forme le corps du peuple. Que ce soit la justice, le voyage ou la maladie et surtout le travail.

Arlette Farge examine son objet, le peuple et les corps, en 6 chapitres. Le premier permet à l'autrice de définir ce qu'elle entend par le terme de peuple. Pour cela, elle décrit trois sources qu'elle utilise comme moyen de comprendre ce qu'est le peuple parisien au XVIIIème siècle. Ces sources sont policières mais aussi plus prosaïques voir des peintures. Les documents utilisés permettent non seulement de comprendre ce qu'est le peuple mais aussi de quelle manière le corps est pensé, vu. Que ce soit celui des pauvres ou des enfants. Les auteurs qu'elle utilise semblent fascinés par la description des aventures du peuple et des conséquences corporelles. Ce qui permet à l'autrice de nous faire comprendre comment on pense le corps au XVIIIème siècle. Elle se base aussi fortement, et ce n'est pas étonnant, sur Foucault. Une personne avec laquelle elle a collaboré par le passé.

Les chapitres mis en place par Arlette Farge sont à la fois larges et précis. Elle débute par le bruit, l'omniprésence des sons et des paroles dans un espace précis. Puis, elle continue sur le voisinage. Qu'est-ce que cela implique de vivre ensemble dans un lieu donné. Elle explique que Paris est divisé en quartiers qui fonctionnent selon des logiques de pays, les habitant-e-s ayant leurs propres coutumes et patois. Mais le voisinage est aussi un moyen de valider l'existence et l’honnêteté des personnes face à la justice. Parfois, il agit dans le cadre du ménage en aidant la police de l'époque. Ce qui permet à l'autrice de porter son regard sur les foules. Elle nous explique que celles-ci font peurs aux autorités, qui craignent que les foules ne se transforment en émeutes après s'être réunies pour examiner le prix du grain par exemple. Mais elles sont aussi impossibles à stopper. La ville est remplie de personnes et les dames de l'aristocratie doivent accepter d'être suivies par la foules, malgré les tentatives de contrôle de personnes chargées de tenir les lieux et les personnes.

L'autrice s'intéresse aussi à des cas plus individuels. En premier lieu, elle tente de comprendre de quelle manière la violence, qu'elle soit étatique ou non, s'inscrit dans les corps. Comment les conflits se créent et se résolvent. Elle met en avant l'importance de lieux de rencontres qui permettent non seulement de trouver du travail, de créer des contacts mais aussi de se réchauffer lors de l'hiver. Ces conflits peuvent être justifiés par les personnes qui en sont coupables à l'aide d'arguments invoquant la défense de l'honneur. Mais ils peuvent aussi être stoppé et puni par les personnes les plus proches qui refusent certaines attaques, ou décident de s'en amuser dans des cas que nous qualifierions de harcèlement sexuel de nos jours. L'autrice s'intéresse aussi à l'abandon des enfants. Elle essaie de montrer que les abandons peuvent être temporaires. Mais elle montre aussi que le traitement des enfants abandonnés peut être tragiques. Les voyage entre la province et Paris impliquent la possibilité de la mort, ou l'incompréhension de la part d'enfants jeunes. Dans ce dernier cas, l'abandon provient de la mort des parents et du refus par une nourrice de continuer à s'occuper de l'enfant sans recevoir d'argent, nécessaire pour survivre. Car les enfants coutent cher et l'abandon peut être un moyen d'éviter de mal s'en occuper alors que les institutions de l’État sont considérées comme capables de permettre aux enfants de survivre.

Ce livre essaie de ne s’intéresser ni aux rois et reines ni à l'aristocratie mais au peuple à l'aide de sources qui décrivent le fonctionnement de ce peuple et les coûts du travail, de la pauvreté et de la maladie pour ce même peuple. Bien que le livre soit intéressant, je trouve dommage de ne pas y trouver plus de citations, commentées bien entendu. J'ai eu l'impression, à la lecture, de rester un peu en dehors des sources, de ne pas réellement savoir ce qu'elles disent mais de suivre un récit d'Arlette Farge, certes constitué autour de ses recherches. Cependant, elle réussit à rendre vivant une époque, un peuple autrement désincarné et oublié et c'est la principale raison pour laquelle j'aurais aimé entrer de manière plus importante dans des documents qu'elle semble beaucoup apprécier.

Image : Éditeur

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08/11/2017

Amours égales? Le Pacs, les homosexuels et la gauche par Daniel Borrillo et Pierre Lascoumes

Titre : Amours égales ? Le Pacs, les homosexuels et la gauche
Auteurs : Daniel Borrillo et Pierre Lascoumes
Éditeur : la Découverte janvier 2002
Pages : 144
TW : Homophobie

La France n'a pas connu que le débat sur le mariage sans discriminations. Avant cela, elle a connu un lourd débat sur l'opportunité du Pacs. Débat que la Suisse a aussi mis en place, alors que nous nous préparons à la possibilité d'ouvrir le mariage aux couples de même sexe. Il m'a semblé intéressant de m'intéresser au processus qui a porté le Pacs pour deux raisons. Premièrement, je souhaitais mettre en perspective le fonctionnement du débat sur l'ouverture du mariage aux couples de même sexe en France. Est-ce que les obstructions et la parole homophobes ont aussi été une tactique dans le cadre du Pacs ? En second lieu, il me semble important, en Suisse, d'observer les expériences d'autres pays afin de savoir de quelle manière défendre l'égalité. En ce qui concerne le processus politique français nous avons l'exemple à ne pas suivre.

Selon moi, l'information la plus importante de ce livre concerne le parallèle entre le Pacs et l'ouverture du mariage aux couples de même sexe. Bien que les auteurs ne puissent pas faire cet effort, le livre ayant été écrit en 2002 soit 11 ans avant le débat sur le mariage, je pense qu'ils ont probablement identifié ce processus d'homophobie. En effet, les auteurs décrivent un débat que les opposants tentent de détruire en deux phases. Premièrement, les parlementaires font de l'obstruction forçant le débat sur de longues années. En second lieu, les opposants non parlementaires tentent de relier l'homosexualité à un danger social majeur pour la civilisation, se basant sur des recherches scientifiques parfois peu neutres. La gauche, elle, ne défend que timidement l'accès à une forme d'égalité en vidant de sa substance politique le Pacs. Les auteurs, ici, considèrent que la gauche défend une forme de hiérarchie des sexualités avec l'hétérosexualité comme pinacle et l'homosexualité toujours inférieure.

Les auteurs vont plus loin que simplement démonter les mécanismes qui ont permis la mise en place du Pacs après de nombreuses années de débats. Ils tentent aussi de démontrer que la défense de l'égalité pour les couples de même sexe implique non pas des débats moraux mais des débats de justices. Ainsi, selon les auteurs et certaines personnes citées, l'inégalité doit toujours être justifiée dans une démocratie. Ces justifications doivent se baser sur des expertises mais aussi la justice et non sur une moralité qui défend un point de vue comme bon et un autre comme mauvais. Ainsi, le travail des auteurs consiste à observer les arguments aussi bien des opposants que de la gauche afin de montrer deux choses. D'une part, la droit et les tribunaux justifient une inégalité de traitement qui se base sur des arguments moraux contre une opinion publique en grande partie favorable à l'égalité. D'autre part, le travail de la gauche qui vise à vider de conséquences politiques le Pacs et sa nécessaire mutation en mariage aboutit à l'abandon des valeurs de la gauche et de la démocratie face aux opposants. Bien que certains arguments en faveurs du Pacs, en particulier l'argumentation visant à résoudre un problème concret, soient acceptables il reste nécessaire de poser la question de la subsistance d'une sous-citoyenneté dans une démocratie se présentant comme universelle. À tel point que la gauche peut se baser sur une argumentation critique de l'égalité et des droits humains. Enfin, l'accès à l'égalité par le mariage ne doit pas empêcher une réflexion critique sur cette institution, et la possibilité future de la dépasser voir de la supprimer.

Au final, après le débat français sur l'ouverture du mariage il me semble intéressant et nécessaire de lire ce petit livre. Bien que sa construction m'ait parfois frustré, j'aurais aimé plus d'ouverture vers d'autres pays ainsi qu'un historique de certains groupes. Il permet d'inscrire les opposants au mariage dans une logique qui débute lors du Pacs. Pire encore, il permet de comprendre l'incapacité de la gauche française à défendre les valeurs d'égalité et donc ses atermoiements face à la PMA. De plus, alors que la Suisse se prépare lentement à ce même débat, ce livre permet aux défenseurs de la démocratie et de l'égalité de tous et toutes de préparer le processus de défense face à des opposants féroces et homophobes. Ce livre met en scène ce qu'il ne faut pas faire et permet d'observer des pistes non seulement pour l'accès au mariage mais aussi une critique d'une institution qui n'a rien de naturel.

Image : Éditeur

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29/09/2017

American Made / Barry Seal: American Traffic

Barry Seal est un conducteur de bus. Certes, ces bus sont d'énormes engins capables de voler sur des centaines de Km avec une puissance sans égal. Cependant, ça reste un bu avec des procédures longues et fastidieuses ainsi qu'un manque total de surprises. Mais Barry Seal est aussi un trafiquant. Il fait venir des cigares cubains aux USA. Malheureusement pour lui, il est observé et la CIA décide de lui mettre un peu la pression. Le but est de lui proposer de construire sa propre entreprise de transport en avion. Celle-ci fonctionnerait légalement mais, en sous-main, il prendrait des photos de groupes de combattants communistes. Petit à petit, Barry Seal est impliqué dans un trafic de plus en plus important impliquant aussi bien des armes, des personnes que de la drogue.

Il faut le dire tout de suite, ce film me semble très romancé. Bien entendu, la réalisation annonce s'être inspirée de faits réels et, donc, il est fortement possible que certaines choses aient été lissées afin de donner une bonne scène. Par exemple, la scène de démission de Barry Seal n'est pas en adéquation avec son licenciement pour trafic d'explosif lors d'un faux congé maladie. En fait, il me semble que tout a été fait pour que Barry Seal ressemble à un héros américain. Ce n'est pas un tueur. Son crime est d'être une personne capable d'exploits que d'autres pilotes ne peuvent pas égaler et d'offrir ses talents à tout le monde. Barry Seal, tel qu'il a été écrit, me semble être l'incarnation du self made man américain. La CIA lui offre des choses mais il est uniquement responsable de ce qu'il en fait et devient l'homme le plus riche de sa région, ce qui lui permet d'aider un peu ses compatriotes.

Cette romance se retrouve dans le cadre de l'agent de la CIA tel qu'il est dépeint. De l'extérieur, il nous donne l'impression d'un doux dingue qui adore monter des opérations compliquées (tout en dansant devant des avions). J'ai tendance à y mettre une forme de romance des années de la Guerre Froide. Oui il y avait des risques et des problèmes. Mais les USA savaient être le plus grand pays du monde, celui qui défendait la liberté. Ses actions ne peuvent qu'être légitimes. On se trouve aussi avant les grands scandales concernant les activités de la CIA en matière de soutien à es groupes armés mais aussi de trafics d'armes et de drogues. Cependant, ce même agent est aussi dépeint comme particulièrement intelligent et faisant partie d'une agence au fonctionnement sans failles. Dès que Barry est abandonné tout est détruit et rien ne permet plus de lier les deux.

Bref, ce film est agréable, assez drôle et fonctionne assez bien. L'idée de le découper comme si on suivait le récit filmé de Barry sur cassettes vidéo est bien trouvé. Mais c'est aussi un film fasciné par son personnage qu'il ne peut pas dépeindre en nuance de gris. Barry Seal est nécessairement un héros et sa vie doit être reconstruire pour le montrer. On ne peut pas non plus trop critiquer les activités des USA. Un communiste est un criminel et il faut le montrer, même s'il semble que ces preuves soient moins convaincantes que le film ne le laisse croire. Bref, c'est un film qui défend un point de vue sur son héros : un homme exceptionnel pris dans des évènements exceptionnels.

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**** Une fin que j'accepte pour une série qui promet beaucoup, tout en ne donnant que peu de réponses.
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Image : Allociné

Site officiel

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28/09/2017

Le jeune Karl Marx

Le XIXème siècle, une troupe de policiers se massent devant un bâtiment à l'aspect peu amène. À l'intérieur on trouve plusieurs intellectuels allemands qui éditent, et écrivent, une revue maintenant interdite. Ils vont être arrêté, parmi eux se trouve Karl Marx. En Angleterre, une usine de filature est sabotée. Le patron décide de licencier les meneuses ainsi que les personnes qui ne souhaitent pas travailler, à la grande colère des ouvrières. Son fils est présent, un certain Friedrich Engels. Une bonne partie de l'Europe sépare ces deux personnages, ainsi que d'autres grands théoriciens de la lutte ouvrière. Mais ces personnes se lisent mutuellement, se critiquent et, parfois se rencontrent et tentent d'organiser la lutte ouvrière. La rencontre entre Karl Marx et Friedrich Engels est explosive, elle débouche sur une action sans fin ainsi que la création d'un texte fondateur : le manifeste du parti communiste.

Adapter la vie de Karl Marx, ou ses écrits, est difficile. Marx lui-même n'est pas facile à lire. La réalisation a eu la bonne idée de ne pas adapter sa vie ou ses écrits, mais de mettre en scène une époque. Une époque durant laquelle Karl Marx rencontre de nombreuses personnes et écrit beaucoup, mais n'est pas lu par tout le monde. La réalisation nous montre une personne en colère qui essaie d'écrire afin d'offrir non des concepts mais une théorie pratique qui devrait permettre de fonder un programme, une lutte. Ce que l'on nous montre, d'une certaine manière, c'est le début de la pensée du Capitale, alors que Marx est pauvre, expulsé et souvent seul car il se fâche avec beaucoup de monde.

Cependant, j'ai un problème avec ce film. Ce n'est ni les acteurs ni la réalisation. J'ai bien apprécié les différents personnages et la manière dont illes sont joué-e-s. Bien qu'il soit dommage que les différences entre les droits des femmes et des hommes ne soient pas explicitées. J'ai aussi apprécié l'aspect très "sale" mis en place. On se croirait à l'époque, alors que les villes grouillent de personnes pauvres, enfermées dans ce que l'on nomme les bas-fonds. J'ai apprécié que l'on insiste sur la répression exercée contre ces penseurs. Et surtout, tout aussi important, le problème posé par la propagande en faveurs de la lutte ouvrière alors que l'on est, soi-même, un bourgeois voir un fabriquant qui gagne sa richesse sur le travail d'ouvriers et d'ouvrières sous payé-e-s.

Le problème n'est pas là, ce qui m'a ennuyé dans ce film c'est qu'il ne nous donne presque aucune idée de la raison des différences théoriques et des souhaits de Marx et Engels. À plusieurs reprises, on rencontre d'autres penseurs qui sont souvent critiqués derrière leur dos. Mais pour quelles raisons ces critiques existent-elles ? Pourquoi Marx et Engels sont-ils contre telle ou telle personne ? Le film ne nous donne aucune réponse car il ne prend pas le risque d'exprimer la pensée de Marx et Engels. Pire encore, il semble que le film essaie de nous montrer les deux jeunes hommes tenter une prise de contrôle. Mais, là encore, rien ne nous est expliqué. On se contente de ridiculiser l'adversaire sans expliquer les raisons du désaccord. Le film n’approfondit pas assez et cela nous empêche de comprendre ce que l'on regarde.

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*** Bien que l'un des points de l'intrigue soit résolu celle-ci ne m'a pas convaincu. Cependant, j'apprécie tout de même encore les personnages et leur développement.
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Image : Site officiel

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08:59 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : le jeune karl marx | | | |  Facebook

23/09/2017

Histoire romaine par Jean-Pierre Martin, Alain Chauvot et Mireille Cébeillac-Gervasoni

Titre : Histoire romaine
Auteur-e-s : Jean-Pierre Martin, Alain Chauvot et Mireille Cébeillac-Gervasoni
Éditeur : Armand Colin juin 2016
Pages : 479

L'histoire de Rome, aussi bien la République que l'Empire, continue de m'intéresser avec ce nouveau manuel écrit par trois auteur-e-s, spécialisé-e-s dans des périodes particulières. Leur but, comme pour tous les manuels, est de proposer une synthèse à la fois complète, en prenant en compte les dernières découvertes et débats historiographiques, et utiles aux étudiant-e-s. Afin de mieux atteindre leur souhait le livre est divisé en trois parties, suivant en cela une division classique de l'histoire romain, chacune prise en charge par l'un-e des auteur-e-s.

La première partie se charge de dépeindre l'origine de Rome, depuis les étrusques, puis la période républicaine avant de mettre en avant la fin de celle-ci. L'auteure est chargée d'expliquer aussi bien les problèmes posés par l'étude historique de la fondation de la ville de Rome que son extension rapide et impressionnante d'abord dans le Latium, puis en Italie et enfin autours de la méditerranée. Cette partie décrit aussi le fonctionnement de la République, avec ses magistratures et sa religion. Plus important encore, l'auteure y explique de quelle manière, et pourquoi, les institutions républicaines ont débouché sur une crise qui a permis la prise de contrôle par des hommes forts puis la mise en place du principat augustéen.

Une seconde partie s'occupe du haut-empire jusqu'en 284. Afin de nous permettre de comprendre cette période l'auteur s'occupe d'expliquer de quelle manière l'Empire est constitué, idéologiquement et légalement parlant. Pour cela, il met aussi en scène les successeurs d'Auguste et la manière dont ils sont arrivés au pouvoir. Ce qui permet de mettre en avant la nécessité d'une dynastie qui se justifie par le lien avec une famille choisie par les divinités. C'est aussi une période qui connait son lot de crises, d'usurpations, et de changements culturels. L'auteur nous montre de quelle manière les Empereurs ont tenté de défendre Rome contre les périls aussi bien externes qu'internes à l'aide de réformes.

La dernière partie s'occupe de l'antiquité tardive jusqu'au VIème siècle. Ce dernier auteur a la dure mission de nous expliquer non seulement les changements culturels et politiques importants de l'époque, par exemple avec l’avènement de la chrétienté, mais aussi de différencier, tout en n'oubliant pas les similarités, la partie occidentale et la partie orientale de l'Empire, coupé et dirigé chacun par un Empereur. L'auteur y met en question un certain nombre d'idées reçues. Par exemple, il récuse le passage de l'esclavage à la féodalité. Il s'attaque aussi à l'idée des invasion barbares, qu'il peint comme une entrée pacifique permettant un apport de soldats mais aussi de ressources économiques.

Ce gros manuel permet de mieux comprendre l'histoire longue de l'Empire romain dans sa complexité mais aussi ses changements au fil des siècles. Les auteur-e-s semblent s'appuyer, pour ce que j'en connais, sur une littérature récente. Chaque partie s'accompagne d'une large bibliographique thématique qui permet aux personnes intéressées d'entrer plus avant dans un point ou un autre, nécessairement survolé dans le cadre d'un manuel. Au final, ce livre est un bon outil de travail qui permet de se retrouver dans l'histoire de l'Empire romain. La personne qui le lit pourra mieux comprendre aussi bien le cadre strictement chronologique des évènements que les changements sociaux et culturels que connait l'espace romain.

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17/08/2017

Rome et son empire par Michel Christol, Daniel Nony, Clara Berrendonner et Pierre Cosme

Titre : Rome et son empire
Auteur-e-s : Michel Christol, Daniel Nony, Clara Berrendonner et Pierre Cosme
Éditeur : hachette supérieur 2014
Pages : 304

Les livres d'histoire sont souvent très spécialisés, se portant sur un thème ou évènement précis. Les manuels ont un autre but : donner les informations les plus modernes de manière concise sur un thème ou une époque large. Ce manuel entre dans cette catégorie puisque les auteur-e-s examinent l'histoire de la Rome depuis sa fondation mythologique jusqu'à la chute de la ville de Rome, qui marque le début de la période médiévale. La période est très large et couvre des moments très différents ainsi que des évènements de crise rapides. C'est pour cette raison que les auteur-e-s ont divisé leur manuel en quatre parties.

La première partie se concentre sur les origines de l'Empire romain. En cinq chapitres les auteur-e-s s'intéressent aussi bien à la mythologie qu'à la Rome de rois. C'est une histoire un peu difficile car les origines mythologiques se mêlent à des histoires postérieures et aux traces archéologiques. On nous montre une ville qui n'avait rien de ce qu'elle devint plus tard. En effet, elle est d'abord une cité monarchique sous la coupe des étrusques avant de bannir les rois et de créer une forme de République, basée sur deux peuples. C'est aussi une époque durant laquelle la ville de Rome commence à prendre le contrôle de l'Italie pour, ensuite, s'attaquer à sa concurrente : Carthage.

La seconde partie part de la mise en place de la République à la création de l'Empire. En effet, bien que la ville ait banni les rois cela n'implique pas que les structures politiques dont on nous parle en cours d'histoire sont déjà en place. D'une partie il faut prendre en compte un contrôle des institutions politiques par une élite, la noblesse, d'autre part il faut s'intéresser au fonctionnement de la plèbe qui force des réformes afin d'être prise en compte. Malgré tout, cette République connait plusieurs crises, en particulier économique, avec des tentatives de réformes qui se terminent dans le sang. Les auteur-e-s nous décrivent les premiers débuts des guerres civiles qui se termineront par la bataille d'Actium, et le triomphe d'Auguste.

Dans une troisième partie, qui débute après la crise de la fin de la dynastie des Julii, les auteur-e-s s'intéressent au fonctionnement de l'Empire après qu'il ait été définitivement accepté. Ces quatre chapitres permettent de décrire un fonctionnement politique, administratif et militaire bien rôdé malgré des problèmes internes et externes. Cette partie se termine sur une crise, au IIIème siècle, qui début la dernière partie du livre. Celle-ci tente d'expliquer les causes des problèmes de l'Empire romain ainsi que les tentatives de solutions. Ainsi, on nous montre des empereurs mis en place par l'armée, ce qui débouche fréquemment sur des usurpateurs. Mais aussi des réformes économiques et religieuses qui font de l'Empire un État chrétien sous le contrôle d'un Empereur chrétien. Les causes de la chute de Rome sont aussi explicitées et prennent en compte aussi bien l'incompréhension envers les peuples dit barbares que les problèmes internes qui ont dévasté l'armée romaine.

Ce manuel est court si l'on prend en compte l'importance de la période ainsi que le nombre important de thèmes étudiés. Outre ceux-ci, les auteur-e-s ont la bonne idée de joindre plusieurs cartes, un index, des extraits de sources mais aussi des bibliographies thématiques, faisant de ce manuel un outil indispensable pour les étudiant-e-s. De plus, certains chapitres sont assortis d'un état de la recherche sur un thème précis qui permet de mieux comprendre l'historiographique actuelle.

Éditeur

Image : Amazon

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05/08/2017

La Révolution française 1789-1799 par Michel Vovelle

Titre : La Révolution française 1789-1799
Auteur : Michel Vovelle
Éditeur : Armand Colin 2015
Pages : 220

La Révolution française est l'un de ces grands moments de l'histoire que nous sommes censés connaitre. On en parle un peu partout et, selon le pays, c'est une référence majeure. Pourtant, la Révolution n'est qu'un évènement court qui s'est terminé par un coup d'état et un Empire. Alors pourquoi s'y intéresser ? Parce que la Révolution française a pensé des textes qui se trouvent au centre de la pensée démocratique occidentale. Il est donc nécessaire de les replacer dans le contexte de production afin de mieux comprendre ce qui se cache derrière mais aussi de passer outre.

L'auteur est un spécialiste qui, ici, écrit un manuel destiné principalement à un public étudiant. Ainsi, le but principal est le synthétisme d'un évènement et non son analyse complète ou l'entrée dans une école précise. L'auteur, Michel Vovelle, tente donc de construire son livre selon plusieurs points d'analyses qui devraient permettre de mieux comprendre la décennie 1789-1799 mais aussi de donner un minimum de connaissances sur le sujet, ce qui implique 6 chapitres. Le dernier étant un retour sur l'historiographie pour cette troisième édition.

Le premier chapitre est le plus évènementiel. L'auteur y décrit chronologiquement ce qui se déroule pendant la Révolution ce qui permet de construire les autres chapitres à la suite. Ce chapitre permet aussi de mieux comprendre les causes non seulement de la Révolution mais aussi de la fin du régime du Directoire. Il est suivi d'un chapitre qui examine les constructions institutionnelles et le fonctionnement du système politique. Les informations sont nombreuses sur des sujets qui, parfois, n'ont pas été mis en applications. Ces deux chapitres sont suivis de trois chapitres plus "humains". En effet, l'auteur y examine des sujets aussi divers que l'armée, la culture ou la violence. Ces trois chapitres sont ceux qui donnent le plus de substances au livre mais ce sont aussi ceux qui s'intéressent le plus à des thèmes précis. On voit ici la nécessité de parler d'un sujet vaste tout en mettant en avant des idées précises, examinées par des historien-ne-s.

En conclusion, ce livre réussit parfaitement à atteindre son but. Il donne une chronologie des évènements, examine le fonctionnement de l’État et s'intéresse aux aspects plus culturels tout en s'ouvrant aux conséquences pour le reste du monde, aussi bien en ce qui concerne les colonies que l'Europe. Mieux encore, l'auteur joint de nombreux extraits de sources qui permettent d'illuminer certains points précis du propos. Une grande partie de ces sources sont déjà connues mais les avoir à disposition n'est jamais inutile. Enfin, le grand nombre de sujets étudiés permet de choisir ceux que l'on souhaiterait mieux connaitre, en suivant la bibliographie que l'auteur met en place.

Image : Éditeur

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21/07/2017

Dunkirk / Dunkerque

Comme beaucoup de monde, j'ai commencé à m'intéresser à ce film lorsque la bande annonce est sortie. J'apprécie Nolan et ses œuvres que je trouve plutôt, en règle générale, maitrisées. Je me demandais ce que ferait Nolan face à un événement tel que l'évacuation de Dunkerque lors de la Seconde guerre mondiale. Le film commence dans les rues de la ville. On suit un jeune soldat qui ne fait que chercher à aller aux toilettes et à fumer. Mais Dunkerque est pratiquement complétement sous le contrôle des forces allemandes. Sur la plage, près de 400 000 soldats attentent l'évacuation des troupes. Mais les navires sont peu nombreux, les quais encore moins présents et la Royal air force presque invisible. Pendant ce temps, l'aviation allemande et l’artillerie pilonnent la plage tandis que des u-boat patrouillent. L'évacuation semble impossible.

Ce dont je vais parler peut être considéré comme un point faible, mais je ne suis pas d'accord. Le film ne crée pas de héros flamboyant dont on suit les aventures. La réalisation, à la place, a décidé de suivre plusieurs personnages dont on connait à peine les noms. Ces différentes personnes permettent de parler aussi bien de la place, de la mer que de l'air en suivant, sur une chronologie commune, leurs aventures pour évacuer Dunkerque. Il n'y a pas une seule personne, il y a une multitude de personnes qui essaient simplement de survivre. Les combats, face à face, sont très rares et, la plupart du temps, l'ennemi ainsi que l'ami ne sont que des anonymes que l'on rencontre au hasard de la journée. D'ailleurs, jamais on ne voit un seul visage allemand. Ce sont soit des tirs, soit de l’artillerie soit des avions de chasse ou des bombardiers. Cette dépersonnalisation permet de peindre une guerre loin d'être glorieuse. Une guerre durant laquelle la vie n'a que peu de valeurs. En suivant les différents personnages anonymes ont ne peut que penser aux nombreux autres soldats morts, sans que jamais l'on ne connaisse leurs noms. Tout le monde est en danger.

Autant le film ne crée pas de héros autant il ne parle pas d'héroïsme au sens classique des films de guerre. Une dernière charge glorieuse durant laquelle les ennemis tombent sous les balles n'existe pas. Au contraire, le seul héroïsme, dans ce film, est celui qui consiste à sauver d'autres personnes. Alors que les militaires sont pratiquement inactifs, passant leur temps à attendre ou boire du thé. La RAF est montrée comme une force qui tente de protéger le plus de personnes en abattant les chasseurs et bombardiers allemands. Mieux encore, ce sont les civils qui sont les plus héroïques. Ces nombreux bateaux qui se sont rendus à Dunkerque afin d'aider l'évacuation des soldats. Ainsi, le film semble nous expliquer que tuer n'est pas héroïque, sauver au prix possible de sa vie, par contre, est la quintessence de l'héroïsme.

Le film est beau, la musique est parfaite et accompagne les évènements au lieu de les forcer, la réalisation est maitrisée. Mais les critiques français-e-s et des historien-ne-s de la guerre ont mis en avant deux manques importants. Premièrement, on ne comprend rien à l'évènement. On ne sait pas pour quelle raison l'évacuation a lieu ne la raison pour laquelle les forces allemandes n'attaquent que peu. On peut expliquer cela par la nécessité de rester au niveau des simples soldats qui ne savent pas pour quelles raisons les batailles se déroulent, devant faire confiance aux officiers. Un manque plus important concerne les français. On ne les voit pratiquement jamais sauf lors d'une barricade et un jeune soldat qui essaie de fuir. Bien que l'évacuation, selon mes lectures de novice en ce qui concerne l'histoire de la guerre, ait été rendue possible par la résistance acharnée des français, ceux-ci ne sont jamais présent. Tout se passe comme si les anglais sont les seuls à sa battre. Ce manquement est probablement le plus gros problème du film puisque l'effacement de la résistance française, et de leur destin tragique puisque ces troupes seront emprisonnées et maltraitées, efface une grande partie de l'histoire de la bataille et de sa complexité ainsi que des conséquences.

*
**
***
**** Un film maitrisé, une image et une musique qui fonctionnent parfaitement, de très bonnes idées. Il est dommage de n'avoir pris en compte que les troupes britanniques.
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Image : Allociné

Site officiel

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08:46 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dunkerque, dunkirk, nolan | | | |  Facebook

20/07/2017

L'empire romain par Patrick le Roux

Titre : L'empire romain
Auteur : Patrick le Roux
Éditeur : PUF janvier 2015
Pages : 127

Nous connaissons probablement tous et toutes l'Empire Romain. Un territoire gigantesque dirigé par la ville de Rome sous les Césars. Il est probable que certaines personnes connaissent aussi le destin de l'Empire tel qu'il est simplifié : le retour de la grandeur après la corruption de la République ; une lente désagrégation face à la corruption et aux invasions barbares. Certaines autres personnes font le lien direct entre ces idées et le fonctionnement actuel du monde. Nous serions les nouveaux romains, phare de la civilisation, en danger d'invasions barbares et seule la connaissance du passé permet de le comprendre et de préparer la lutte. L'histoire de l'Empire romain est très mal comprise. Pire, cette incompréhension est utilisée pour justifier des idéologies spécifiques. Ce petit livre, de la question que sais-je, ne répond pas à toutes les questions. L'auteur ne livre ni toute l'histoire ni toutes les données. Mais il synthétise les connaissances actuelles en quelques thèmes.

Ainsi, le premier chapitre est plutôt chronologique. Il permet d'expliciter les évènements qui ont permis la mise en place de l'Empire, en particulier en se concentrant sur les guerres civiles de la République. L'auteur nous montre une construction spécifique destinée à répondre à des problèmes précis. Plutôt qu'une création ex nihilo l'Empire et ses institutions ont été mis en place progressivement et fonctionnent en parallèle des institutions républicaines, encore en place. Ce qui permet à l'auteur de mieux expliquer de quelle manière fonctionne le gouvernement de Rome. Il explicite non seulement les pouvoirs de l'Empereur mais aussi ses relations avec la ville de Rome, les provinces et les populations locales. Ce qui permet de mettre en avant la figure de l'Empereur et des magistrats en tant que symbole de l'Empire.

Le chapitre suivant permet à l'auteur de rebondir pour parler des populations. Après un court exercice comptable, et critique au ce sujet, l'auteur s'intéresse de manière plus importante au fonctionnement des Cités et au fonctionnement de la société. Ainsi, il nous montre que la société romaine est fortement hiérarchisée mais qu'il est possible pour les descendant-e-s de monter en grade. Il termine sur un chapitre qui pose la question des résistances et des révoltes. Bien entendu, il nous parle des révoltes militaires, des Empereurs qui ont volé leur titre (surtout parce qu'ils ont perdu). Mais il nous parle aussi des relations avec les Juifs et les Chrétiens, teintées d'incompréhensions sur le fonctionnement des religions monothéistes. Il explicite aussi les relations avec les peuples qui sont externes à l'Empire. Loin d'une invasion l'auteur démontre que ces relations sont basées sur une longue histoire rarement révisée. L'Empire ne comprend pas ce qui se déroule en dehors de ses frontières et, peu à peu, perd de son influence et de sa capacité un tenir un territoire aussi grand.

Ce petit livre a le mérite de toute la collection : synthétiser un sujet. Il est donc normale qu'une grande partie de la complexité du monde romain est laissée de côté face à la nécessité de faire court. Mais l'auteur réussit tout de même à garder notre attention tout en mettant en avant les sujets de controverses. La lecture de ce livre est adéquate si vous souhaitez rapidement comprendre le sujet sans entrer dans les détails.

Image : Éditeur

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08:59 Écrit par Hassan dans antiquité, Histoire, Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : empire, rome, puf, que sais-je, patrick le roux | | | |  Facebook

06/07/2017

Le dernier Vice-Roi des Indes

Mars 1947, après des siècles de colonialisme et de luttes le Royaume-Uni a enfin pris la décision, une promesse faites il y a longtemps, de rendre son Indépendance aux Indes et de donner le pouvoir aux leaders de l'opposition. Pour mettre en place une Indépendance fonctionnelle une chronologie est décidée et un dernier Vice-Roi est nommé. Son seul devoir est de permettre aux Indes de vivre en liberté. Son but est de créer la transition la plus pacifique possible en prenant en compte les problèmes créés par le Royaume-Uni durant son occupation du pays. Mais la réalité de l'Indépendance implique aussi des tensions entre les différentes religions dont les musulmans minoritaires. Alors que certaines personnes souhaitent une Inde unie d'autres, sous le leadership de Jinnah, souhaitent la création d'un nouvel état : le Pakistan.

Je suis ennuyé. Bien que j’aie aimé les personnages et les situations je suis ressorti du film avec l'impression d'avoir vu quelque chose d'inachevé, un film bien trop gentil pour parler d'une période de tourment qui conclut une colonisation meurtrière et des luttes sanglantes. J'ai aussi, au début, eu du mal à comprendre l'intérêt de l'histoire d'amour mais j'ai rapidement changé d'avis, au contraire j'ai l'impression que la réalisatrice y réussit quelque chose de plutôt intéressant. Je vais tenter de m'expliquer.

Le début du film est très frappant. On commence à suivre les personnages qui nettoient le palais du Vice-Roi. On suit ce même Vice-Roi dans l'avion, s'entrainant pour son apparence en public. Tous les personnages semblent être empli d'un grand optimisme, d'une joie difficile à contenir. Durant une bonne moitié du film cet optimisme est validé par le fonctionnement de la famille du Vice-Roi qui décide d'accomplir sa mission en tentant de comprendre les Indes et sa population. Ce qui implique de se mêler aux personnalités locales et de se débarrasser du personnel anglo-saxon le plus raciste. Vers le milieu de l'intrigue le film réussit à opérer une transition vers la nécessité de trouver une solution rapide, brisant la chronologie initiale, après des violences de plus en plus importantes. Petit à petit, est mis en scène la nécessité d'une partition qui part des cartes pour se terminer par l’absurde lorsque les biens du palais sont arbitrairement divisés. Une scène, qui m'a frappée, se déroule dans la bibliothèque. On y observe des bibliothécaires tenter de diviser une encyclopédie en deux pour que les deux pays possèdent leur dû.

Cette division mise en scène en même temps que les violences et les réfugiés impacte aussi le personnel du palais. Celui-ci débute le film uni, avec quelques blagues innocentes. Au film du film, les tensions se font de plus en plus importantes avec, parfois, des actes de violences (dont une scène durant laquelle les gardes refusent les ordres d'un Anglais après une bagarre entre les domestiques). La division est mise en scène alors que des ancien-ne-s ami-e-s comprennent qu'illes ne vont pas donner leur allégeance au même pays. Et surtout dans le cadre de l'histoire d'amour qui, ajoutant problème religieux, doit prendre en compte la division entre deux nations.

Ce sont, à mon avis, les bons points de ce film. Si l'on ne prenait que cela en compte on pourrait dire que la réalisatrice réussit à atteindre son but. Mais j'ai été très dérangé par la construction de la famille du Vice-Roi et, par extension, des anglais. Dès le début du film, les anglais se trouvent au centre de la question de la décolonisation. Le Vice-Roi ne fait que recevoir les visiteurs pour être conseillé et leur fournir son avis. Ce dernier est dépeint très positivement, ainsi que sa famille. Je ne sais pas comment elle fonctionnait en réalité mais on les montre comme des aristocrates anglais un peu plus conscient que les autres de leur chance. Ce qui ne les empêche pas d'incarner l'idée qu'en tant que blanc, occidentaux, illes ont l'obligation d'offrir la civilisation au reste du monde, c'est en particulier le cas d'Edwina Mountbatten. L'importance des intérêts stratégiques, qui poussent le gouvernement anglais à accepter le Pakistan, est à peine effleuré. Face à cela, les intérêts des Indiens sont mis en scène par une domesticité qui se contente d'écouter aux portes des "grands" sans ne pouvoir jamais agir. Ainsi, la lutte pour l'Indépendance est à peine mentionnée mais on parle beaucoup de la gentillesse des anglais qui acceptent gracieusement de partir et de gérer la décolonisation.

*
**
*** Je ne peux pas dire que c'est un mauvais film. Il y a de bonnes idées avec une mise en scène, bien que parfois un peu fade, qui ne souffre pas la comparaison avec de grandes productions des États-Unis. Mais je suis très sceptique face au propos général. En fait, je suis incapable de réellement dire ce que je pense du film.
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Image : Allociné

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02/07/2017

Histoire de la sorcellerie par Colette Arnould

Titre : Histoire de la sorcellerie
Autrice : Colette Arnould
Éditeur : Tallandier 1992
Pages : 494

Durant la Renaissance de nombreux bûchers, dont en Suisse, furent mis en place afin de brûler l'une des menaces les plus importantes de l’époque : les sorcières. Mais identifier les personnes ne permet pas toujours de comprendre les raisons idéologiques derrière le massacre des sorcières. Colette Arnould essaie, dans ce livre épais, de nous expliquer de quelle manière, durant plusieurs siècles, la croyance envers le pouvoir des sorcières et leur danger s'est imposé et a permis des procès, la torture et la mise à mort d'un nombre impressionnant de personnes. Pour cela, elle se base sur de nombreux textes qui courent de l'Antiquité à quasiment notre époque.

Bien que le livre soit construit en 10 chapitres on pourrait l'expliquer en créant des parties plus courtes. La première et la seconde sont, en quelques sortes, l'introduction du livre. Dans les premiers chapitres l'autrice tente de nous expliquer de quelle manière le diable a été pensé et de quelle manière la magie a été construite. Pour cela, elle décide de partir de l'époque antique pour, ensuite, écrire un essai sur l'identité du diable durant l'Antiquité tardive et l'époque médiévale. Deux de ces chapitres sont assez difficiles à lire car assez laborieux dans l'écriture et l'explication. Suit un chapitre sur l'hérésie et sa signification dans le cadre de l’Église et de la société médiévale. Ces chapitres permettent de créer un fond idéologique sur lequel le reste du livre repose afin d'expliquer les raisons des bûchers.

Suivent trois chapitres qui permettent d'examiner la pensée de la sorcellerie comme un danger ainsi que la montée des outils qui permettent de s'y attaquer. L'autrice s'intéresse ici plutôt à la moitié de l'époque médiévale dès le XIème-XIIème siècle. Elle y met en évidence les décisions des papes mais aussi les créations de l'Inquisition et de leurs droits dans le monde médiévale. Plus important encore, elle explicite le fonctionnement des textes démonologiques qui parlent du diable et de la sorcellerie. Après ces chapitres on comprend mieux comment une frange de la société pense le monde, malheureusement l'autrice n'explique pas de quelle manière cette pensée se répand dans le peuple.

Enfin, les chapitres VII et VIII entrent dans le vif du sujet en examinant les débuts des procès de sorcellerie. L'autrice explique de quelle manière les textes et idées précédentes sont utilisés afin de s'attaquer aux personnes incriminées et justifier l'usage de la torture ainsi que de la mort. Ces chapitres décrivent une époque, qualifiée de Renaissance, durant laquelle la raison fonctionne en même temps que les croyances en des pouvoirs supérieurs (ce qui n'est pas forcément incompatible). Ces deux chapitres permettent à l'autrice de mettre en avant son hypothèse principale. Selon elle, les procès de sorcellerie sont à la fois un outil politique et un indice d'une "société malade". L'autrice explique que, pour elle, les inquisiteurs, le peuple, les religieux et religieuses sont victimes d'une forme de pathologie mentale. Ces chapitres continuent sur la fin des procès avec une ouverture sur notre époque qui marque, pour l'autrice, une continuité d'une forme de croyance en certains pouvoirs mais avec un diable qui n'a plus rien à voir avec le danger qu'il créait à l'époque médiévale.

Les premières pages de ce livre ne sont pas faciles à lire. La lecture me fut laborieuse et, semble-t-il, je ne suis pas le seul à l'avoir ressenti. Mais, les deux premiers chapitres passés, les choses deviennent de plus en plus intéressantes. Cependant, il me semble dommage que l'autrice laisse transparaitre une forme de mépris pour les personnes de l'époque. Bien que l'on puisse condamner les raisons politiques et idéologique de la mise à mort de femmes, qualifiées de sorcières, il faut aussi prendre en compte une époque, ses tensions, ses problèmes. Personnellement, je ne suis pas totalement convaincu par l'hypothèse de l'autrice. Si je dois faire une comparaison, le livre de Silvia Federici me semble bien mieux réussir à prouver son hypothèse.

Image: Éditeur

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