09/04/2018

Doctor Who. The shining man par Cavan Scott

Titre :  Doctor Who. The shining man
Auteur : Cavan Scott
Éditeur : BBC books 20 avril 2017
Pages : 256

Les problèmes ont commencé simplement. Un jour, quelqu'un a fait une vidéo d'un être aux yeux lumineux. Cette vidéo est devenue de plus en plus partagée et, bientôt, d'autres vidéos et photos sont apparues en ligne. Puis, des personnes ordinaires se sont déguisées pour faire peur tandis que les magasins ont commencé à vendre des objets dérivés. En quelques semaines le monde entier a entendu parler des Shining Men alors que tout a commencé avec une seule personne. La police ne prend pas les choses aux sérieux mais arrête les personnes qui se déguisent, avant que celles-ci ne soient accusées de kidnapping. Car même si les Shining Men ne peuvent pas exister des personnes disparaissent après les voir vu. C'est un travail parfait pour le Docteur et Bill Potts.

SPOILERS

La saison 10 de Doctor Who est l'une de mes favorites et l'apparition de l'actrice Pearl Mackie dans la série l'explique en partie. Je ne pouvais qu'être heureux à l'idée de la rencontrer à nouveau sur papier en tant que Bill Potts. Ce personnage donne un vent de fraicheur en étant "normal", à la différence d'Amy Pond et de Clara Oswald. Mieux encore, elle a une connaissance étendue de la SF ce qui permet enfin d'avoir une humaine capable de comprendre les intrigues aussi bien que le Docteur !

Ce livre fait partie de trois tomes sortis en même temps et qui s’insèrent dans la saison 10. Que l'on soit clair, les romans n'ont jamais été particulièrement bons mais ils sont acceptables, d'autant plus si vous aimez la série. Ce tome joue des ennemis qui ont déjà été rencontrés dans Torchwood. Mais là où Torchwood échoue le Docteur trouve un moyen de gagner. Réutilise ce type d'ennemis, même de manière peu imaginative, permet de leur donner un peu plus de profondeur. Le roman s'est aussi, selon moi, fortement inspiré du phénomène de la psychose des clowns : vidéos, hystérie et rumeurs basée sur un phénomène précis et unique. C'est un bon moyen de débuter une intrigue sans avoir à donner trop d'informations sur ce qui est en train de se dérouler.

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*** Un roman qui se lit assez bien sans être ni particulièrement bon ni mauvais.
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Image : Éditeur

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11/03/2018

Les femmes et le sexe dans la Rome antique par Virginie Girod

Titre : Les femmes et le sexe dans la Rome antique
Autrice : Virginie Girod
Éditeur : Tallandier 2017
Pages : 383
TW : Mentions de viols, mentions de prostitutions forcées

Récemment, j'ai souhaité en savoir plus sur le fonctionnement de la Rome antique, en particulier durant l'époque Julio-Claudienne. La lecture des manuels que j'ai mentionnés ici fait partie de cette envie. Mais un manuel n'est pas aussi précis qu'une recherche spécifique. Il manquait, en particulier, beaucoup d'informations sur la place des femmes dans cette société. Je me suis donc intéressé à ce livre, tiré d'une thèse, de Virginie Girod. L'autrice pose la question de la place des femmes dans une société d'ordre et masculine. Pour cela, elle s'intéresse aussi bien aux mythes qu'aux sources littéraires et aux graffitis. Pour son travail, Virginie Girod met en place trois parties spécifiques.

La première est une analyse de la morale imposée aux femmes dans la société romaine antique. Pour mettre en avant ses découvertes, elle se base sur les mythes et les cultes. Un premier chapitre examine plusieurs mythes fondateurs de l'époque romaine, partant aussi loin que la mère des fondateurs de Rome. L'autrice montre que ses mythes ne sont pas de simples histoires mais aussi, et surtout, des moyens de défendre une forme de moralité des femmes. Ainsi, les souillures, en particulier les viols, ne peuvent être réparés que par la mort du criminel et de la victime. Dans un second chapitre, elle s'intéresse aux différents cultes qui permettent de mettre en avant plusieurs "ordres féminins" basés sur la fécondité et la disponibilité sexuelle. Enfin, elle s'intéresse aux interdits tel que l'inceste. Ainsi, ces premiers chapitres permettent de comprendre de quelle manière la société romaine pensait la place des femmes.

Une seconde partie s'intéresse plus spécifiquement aux corps féminins. Dans un premier temps, Virginie Girod met en avant la fonction reproductrice des femmes. Elle démontre que cette fonction est au centre de la vie des jeunes filles dès la naissance, alors que leur corps est modelé à la fois pour suivre une norme de beauté et rendre plus facile l'enfantement. Dans un second chapitre, elle s'intéresse à l'apparat. Son analyse passe aussi bien par l'examen de la beauté féminine, telle qu'elle est pensée par les romain-e-s, que par l'examen de la manière de se préparer. Elle démontre que la beauté féminine est basée sur une vision de la place des femmes. Celles-ci sont censées vivre à l'intérieur et donc doivent être blanches. Alors que les hommes peuvent subir le soleil. Cependant, il est nécessaire de s'apprêter par un maquillage compliqué, et parfois dangereux, mais aussi une coiffure, les cheveux étant un attribut particulièrement érotique pour les romains. Enfin, elle examine les pratiques sexuelles ainsi que leur acceptation.

Enfin, une dernière partie s'intéresse à la division des femmes en "classes". Les premières sont les matrones. Elles portent des habits spécifiques et sont porteuse de la mission de l'enfantement des citoyens. L'autrice s'intéresse de près à la stratégie matrimoniale des julio-claudiens, et en particulier d'Auguste. Ce dernier essaie d'utiliser sa fille comme moyen de se créer une descendance capable de lui succéder mais aussi pour créer des alliances politiques. Les femmes de la dynastie ont pu, d'ailleurs, mettre en avant des hommes qui devinrent des empereurs. Dans un second chapitre, elle s'intéresse à la prostitution. Elle démontre qu'il existe une prostitution pauvre mais aussi une riche. La première est très dépendante de leurs maigres ressources tandis que les secondes peuvent devenir très riches. Enfin, l'autrice pose la question des concubines et des adultères. La seconde est un danger car son acte corrompt le sang familial. Tandis que ls concubines sont des femmes qui ne peuvent pas être épousées, mais les relations des hommes avec elles sont possibles dans une certaine mesure.

En conclusion, ce livre permet de réparer un manque important de mes connaissances sur les femmes du monde romain antique. Les propos de l'autrice sont convaincants et son écriture est très plaisante. J'ai beaucoup appris sur des sujets variés mais qui permettent tous de mettre en avant un fonctionnement patriarcal de la société romaine avec une division des femmes en différents statuts selon leur rôle : enfanter ou offrir une sexualité.

Image : Éditeur

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06/03/2018

Disonored. The corroded man par Adam Christopher

Titre : Disonored. The corroded man
Auteur : Adam Christopher
Éditeur : Titan Books 27 septembre 2016
Pages : 384
TW : Tortures, Meurtres

Il y a 15 ans, la régence tyrannique du meurtrier de l'impératrice est tombée. Depuis, son héritière, Emily Kaldwin règne sur l'Empire. Mais elle n'est pas seule. Outre de nombreuses personnes, elle est conseillée par son garde du corps, et chef du réseau d'espionnage, Corvo Attano. Bien que peu de personnes le sachent, Celui-ci est la raison principale du retour au pouvoir de la famille Kaldwin. Pire encore, il use de la magie, une pratique interdite dans l'empire. Mais sa protection semble permettre à l'Empire et à l'impératrice d'être en sécurité, d'autant qu'il a entrainé cette dernière aux arts de l'assassinat. Alors qu'Emily Kaldwin met à profit cet entrainement pour visiter sa ville de nuit, elle tombe sur des pilleurs de tombe. Elle ne sait pas encore que ces voleurs cachent une conspiration bien plus importante qui pourrait détruire sa vie et son Empire.

SPOILERS

Dishonored est d'abord un jeu vidéo, en deux volumes sans compter les contenus payants, qui offre une immersion dans un environnement steam punk en plein chaos. Outre une conspiration contre la couronne et le personnage principal, le jeu offre une grande liberté d'action avec des conséquences pour la suite de l'histoire selon les décisions prises (dont une forme de punition en cas d'usages immodérés des meurtres en plein jour). C'est un jeu que j'ai particulièrement apprécié pour la liberté qu'il laisse et les nombreux choix possibles pour atteindre un objectif singulier, malgré un fonctionnement par niveau au lieu d'un monde ouvert (comme quoi un monde ouvert n'est pas toujours une bonne chose). J'ai beaucoup aimé l'intrigue principale qui mêle désir de vengeance à politique. J'étais donc curieux de savoir ce que cela donnerait en roman.

Au moins, le roman prend place largement après le premier jeu. En fait, il donne l'impression de mettre en place les éléments pour le second, afin de justifier certaines décisions prises dans l'intrigue. De cette manière, on n'est pas surpris par les capacités de l'Impératrice en matière de meurtres. Cependant, le roman n'essaie pas assez de se détacher du jeu. On retrouve, presque sans changements, le gameplay sous forme de mots. Que ce soit les élixirs de restaurations, les conséquences des choix ou la manière de décider de ses mouvements dans un environnement donné face à des ennemis pas toujours visibles. Bien que cela prouve une connaissance de cet univers par l'auteur, j'avais l'impression de voir ce dernier me commenter sa manière de jouer en direct. Si on ajoute à cela une intrigue peu intéressante avec un vilain de seconde zone, on ne peut qu'être déçu. En effet, l'intrigue est très lente sans mériter autant développement. Là aussi, j'ai l'impression que l'auteur a voulu inclure des éléments du jeu sans réfléchir à leur réelle utilité. Le vilain, lui, est simplement Corvo Attano sous une autre forme. Un héros déchu et trahi qui souhaite se venger.

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** Bien que j'apprécie cet univers, le roman n'a que peu d'intérêts en dehors de préparer le second jeu.
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Image : Éditeur

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25/02/2018

Deux Ex: Icarus Effect par James Swallow

Titre : Deux Ex : Icarus Effect
Auteur : James Swallow
Éditeur : Random House 22 février 2011
Pages : 352
TW : Tortures, Meurtres, Attentats

Le futur proche, le monde est ravagé par les guerres de ressources et la pollution. L'économie a ressenti brutalement l'entrée en scène des robots. Les sociétés de sécurités privées et de guerres sont de plus en plus privatisées et puissantes. Dans ce contexte une nouvelle technologie entre en scène : les augmentations. N'importe qui peut, grâce à cette technologie, devenir bien plus qu'une simple personne humaine, que ce soit pour être plus productif ou pour devenir une machine de guerre presque impossible à stopper. Mais un groupe de personnes souhaitent bannir cette technologie, ce qui pourrait être en faveurs d'un groupe secret : les Illuminatis. Deux personnes se retrouvent impliquées dans cette guerre pour l'avenir de l'humanité.

SPOILERS

Deus Ex est une franchise bien connue. Elle dépeint un monde peu agréable mis à mal par une technologie omniprésente utilisée pour contrôler le fonctionnement du monde et de ses habitant-e-s. La franchise pose de nombreuses questions sur l'usage des technologies et, en particulier, sur le transhumanisme. En créant les augmentations, des moyens de modifier son corps pour devenir "meilleur", Deux Ex pouvait très bien se baser sur des idées défendues par des personnes bien réelles. Malheureusement, j'ai toujours une impression de manque. Il me semble que la série des jeux, bien qu'intéressante, n'arrive pas toujours à bien parler de son sujet. Je souhaitais que ce livre offre une perspective différente, un peu plus développée.

Malheureusement, le roman est très peu intéressant. Les questions posées par l'intrigue ne sont jamais développées. Dès le début, on nous explique que les antagonistes essaient de faire tourner l'ONU contre la technologie des augmentations. Immédiatement, les "gentils" décident de faire en sorte que l'ONU soit en faveurs. Jamais il n'est posé de questions difficiles sur cette technologie, ce que cela implique pour l'humanité et le danger posé par des personnes devenues des armes vivantes impossibles à arrêter. L'auteur préfère tenter d'adapter le jeu en nous offrant de nombreuses scènes de combats selon la perspective des personnages. On se trouve donc dans la position de suivre les personnes qui nous présentées comme héroïques sans savoir pourquoi elles sont défendues comme telles. Pire encore, de nombreux groupes nous sont présentés sans jamais expliciter leur histoire. À mon avis, seules les personnes qui connaissent la franchise peuvent comprendre l'intrigue. Cette adaptation est donc un très mauvais roman, presque sans intérêts.

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** Une suite de scènes d'actions sans intérêts, pas de réflexions autours d'un enjeux pourtant présentés comme central. Un roman qui n'a pas d'intérêts.
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Image : Éditeur

9780345523594

27/01/2018

The Hunger Games 3. Mockingjay par Suzanne Collins

Titre : The Hunger games 3. Mockingjay
Autrice : Suzanne Collins
Éditeur : Scholastic 25 février 2014
Pages : 400
TW : Violences d'état, mentions de tortures, violences policières

Les 75èmes jeux, censés être un moyen de se débarrasser de Katniss et de ses semblables, se sont terminés sur la destruction de l’arène. La réaction du Capitole a été immédiate et sans pitié. Le district 12 a été rasé par des bombes incendiaires et seule une minorité a survécu. De l'arène, seule Katniss et Finnick ont été sauvé par les rebelles et le district 13. Peeta, Johanna et Annie sont capturés par les forces du Capitole. Les choix de Katniss, bien que rendus nécessaires par une conspiration dont elle ne savait rien, font d'elle le visage de la révolte contre la tyrannie du président Snow. Car les districts sont en révolte ouverte contre le Capitole. Mais la guerre est difficile, les blessés et les enfants ne sont pas à l'abris de la vengeance. Il sera nécessaire de lutter rues après rues afin de détruire le Capitole.

SPOILERS

L'écriture de cette trilogie ne donne que peu d'informations sur la première guerre. On ne sait que peu sur le fonctionnement militaire du Capitole. Ce que l'on nous dit, en particulier par la voix de Katniss et de Peeta, implique que l'humanité pourrait disparaitre en cas de guerre. On a l'impression que Panem est la dernière civilisation au monde et sa tyrannie est nécessaire pour éviter l'extinction. Le second livre nous montrait une Katniss tentant d'éviter une guerre à la fois pour éviter des morts innocentes mais surtout pour protéger sa famille. Ce dernier tome permet de débuter la guerre annoncée et de poser la question de ce que l'on peut et ne peut pas faire dans le cadre d'un conflit. Panem et Snow sont montrés comme sans pitiés. Les forces militaires n'hésitent pas à user de la torture et de l'esclavage afin de vaincre et d'empêcher toutes possibilités de considérer la révolte. Face à eux, le district 13 est-il vraiment meilleur? À plusieurs reprises, des personnages posent la question des limites et surtout de leur existence. Cette réflexion n'est pas qu'académique. Elle est mise en scène dans plusieurs parties du livre et permet aussi de se poser la question des débuts de Panem, lorsqu'il a été décidé de sacrifier des enfants afin d'éviter une prochaine guerre.

Mais ce tome prend aussi au cœur de parler d'un thème déjà présent lors du second tome, mais mis en sourdine face à la nécessité de protéger la famille de Katniss : le choc post-traumatique. Le premier tome ne parlait que de la mère de Katniss. Le second s'attache un peu plus aux réactions de Katniss et Peeta, sous la forme de cauchemars, et permet de créer une meilleure compréhension du comportement d'Haymitch pour ne prendre qu'un exemple. Mais le troisième va bien plus loin. Plusieurs personnages sont montrés brisés, à cause de Panem. Finnick a de la peine à garder sa santé d'esprit, Annie essaie à plusieurs reprises de s'échapper, Johanna a peur de l'eau après avoir été torturée. Peeta a subi un lavage de cerveau et tente d'y échapper sans savoir s'il peut croire ses souvenirs ou ses sentiments. Katniss, bien entendu, est plus proche de nous puisque le roman est écrit selon son point de vue. On observe le personnage essayer de s'en sortir mais surtout retomber dans le traumatisme a plusieurs reprises. Dans ce troisième tome, le choc post-traumatique est montré comme une composante importante de la psychologie de Katniss. Elle tente de mettre en place des moyens de continuer à vivre mais il n'est pas rare que des descriptions montrent à quel point cela est difficile pour elle, et à quel point les moyens de fuites peuvent être simples à suivre. C'est, à mon avis, le point le plus important de ce dernier tome, plus que la guerre elle-même.

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**** Une conclusion qui donne l'impression d'être dans la logique directe des deux derniers précédents tomes. Bien qu'il y ait un happy end il implique une lutte importante et l'autrice semble nous dire qu'il pourrait être mis en cause.
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Image : Site officiel

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20/01/2018

The Hunger Games 2. Catching fire par Suzanne Collins

Titre : The Hunger games 2. Catching fire
Autrice : Suzanne Colins
Éditeur : Scholastic 1 juillet 2010
Pages : 384
TW : Violences d'état, mention de torture, violences policières

Katniss et Peeta ont créé l'histoire. Illes ont réussi à faire croire au Capitol que leur amour est véritable, Avec cette arme dans leur main illes ont réussi à forcer les jeux à accepter une double victoire, pour la première fois depuis l'institution des Hunger Games. Mais le président Snow est inquiet. Les districts n'acceptent plus les décisions du Capitole et les petites révoltes individuelles commencent à se transformer en ce qui pourrait bien devenir une révolution. Snow décide que seule une personne peut empêcher les districts de se révolter. Cette personne est Katniss. Elle doit convaincre tout le monde que son geste dépendait de son amour pour Peeta et non d'un calcul pour humilier le Capitol. De sa réussite ne dépend pas seulement la paix mais aussi la survie de sa famille, de celle de Peeta et celle de Gale.

SPOILERS

Les personnes, nombreuses, qui ont vu le film savent que l'un des thèmes majeurs de cette trilogie concerne l'importance des médias. Le livre ne déroge pas à ce thème. Le premier montrait Katniss tenter de comprendre comment user des médias, et échouer. Ce second tome donne une importance plus grande encore car Katniss est un double symbole. En ce qui concerne le Capitole, et ses habitant-e-s, elle est une femme amoureuse. C'est l'image qui doit être créée et distribuée par les médias contrôlés par l’État. Ainsi, Katniss, Peeta et Snow font tout en leur pouvoir pour construire ce symbole afin d'éviter une révolte. Car Katniss est aussi un symbole de révolution. Cette partie n'est que peu montrée, étant donné les communications difficiles entre les districts dans cet univers. Mais on apprend, petit à petit, quelles sont les conséquences des gestes de Katniss. Ses paroles et ses costumes deviennent des symboles de ralliement contre un ennemi commun. On le voit lors d'une scène dans un district mais aussi dans la forêt, lorsqu'elle rencontre des personnes qui ont fui pour rejoindre le mythique district 13.

Cependant, ce livre pose aussi le problème de la révolte. Surtout, il tente de montrer de quelle manière il est possible de se révolter face à un état dictatorial. Le district 12 est montré comme peu contrôlé, face à d'autres ou les règles sont bien plus strictes. Mais l'autrice à la bonne idée de montrer un changement de direction. Celle-ci passe par le remplacement des personnes qui étaient chargées de la répression, afin de mettre en place non seulement un commandement plus dur mais aussi des soldat-e-s qui n'ont pas de liens avec la population. La répression passe aussi par les couvre-feux et la remise en ordre d'un système architectural et économique de contrôle. Il est intéressant qu'il soit mentionné qu'un tel changement ait déjà eu lieu auparavant. Mieux encore, l'autrice continue à utiliser son univers pour ne pas trop nous en dire. Ainsi, on ne sait que peu de choses sur les autres districts. Mais cela n'empêche pas les personnages de parler et de nous faire comprendre que plusieurs ont connu des révoltes qui ont eu un impact sur l'économie globale du pays. Cet aspect permet de mettre en avant l'importance des communications, et de leur contrôle, si on souhaite une révolution ou en empêcher une. Bref, un second tome à la fois proche et plus développé que le premier, ce qui permet de construire un peu plus son univers tout en laissant de côté les Hunger Games proprement dit.

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**** Avoir vu les films m'empêche de ressentir des surprises face aux intrigues, mais j'apprécie de voir comment l'autrice a construit son livre et surtout ce qu'elle a mis en place sans que le film ne le reprenne
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Image : Éditeur

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13/01/2018

The Hunger games 1 par Suzanne Colins

Titre : The Hunger games 1
Autrice : Suzanne Colins
Éditeur : Scholastic 1 juillet 2010
Pages : 384
TW : Violences d'état, torture, violences médicales

10 ans après tout le monde, et 4 films adaptés de la trilogie, je me suis enfin décidé à lire The Hunger Games. Les livres se trouvaient dans ma pile à lire depuis un bon moment mais, pour une raison ou une autre, je n'avais jamais pris le temps de m'y intéresser. Étant donné que je les ai lus après avoir vu les adaptations cinématographiques il m'est difficile de ne pas prendre les films en compte dans mon ressenti face à ce premier roman. Hunger Games se déroule dans un futur non spécifié. Il pourrait aussi bien être proche que très lointain. Tout ce que l'on sait c'est que l'intrigue se déroule sur le territoire de ce qui fut les Etats-Unis, dans 12 districts coupés les uns des autres et le Capitole. Suite à une guerre civile, 74 ans auparavant, il a été décidé que les tous les ans 2 enfants de chaque district seraient sacrifiés dans des jeux. Seule une personne peut survivre et devenir riche. Cette année, ce sont Peeta Malark et Katniss Everdeen qui sont choisis.

SPOILERS

Comme je l'ai dit, je suis nécessairement influencé par les films. Bien entendu, les romans et les films diffèrent sur plusieurs points, pour mieux expliquer l'univers. Ainsi, dans le roman le point de vue de Katniss et le seul et elle explicite ce que l'on a besoin de savoir. Dans les films les informations sont offertes par les commentateurs qui observent les jeux. De plus, il va de soi que les romans sont meilleurs, tout simplement parce que l'intrigue est construite dans le cadre d'un livre et qu'une adaptation en scénario implique nécessairement une perte de substance. Mais je vais tout de même me concentrer sur deux points majeurs sur lesquels les romans sont bien meilleurs et les films échouent à montrer, du moins selon moi.

Le premier point est l'impact psychologique. Celui-ci est peu montré dans le premier film. On ne l'observe que dans le second et le troisième, alors que Katness fait des cauchemars récurrents. Dans les romans, l'impact est immédiat. Bien entendu, on apprend que Katness est avant tout une survivante. Elle ne s’embarrasse pas des lois et des limites si cela lui permet de mettre sa famille, et sa sœur, en sécurité. Ce que les romans montrent est que, justement, cette composante de survie est la première chose qui fait fonctionner Katness. Si son personnage n'est pas amoureux de Peeta dès le début ce n'est pas par un calcul stratégique mais parce que Katness veut d'abord survivre, et l'amour ne peut que rendre cette survie plus difficile. Le roman nous montre de quelle manière ce besoin et les souhaits et incompréhensions de Katness jouent et lui permettent d'avancer ou de reculer selon les circonstances. Ils permettent aussi de montrer l'impact des tueries, et des jeux, bien avant le second roman.

Le second point qui m'a fait une impression concerne le rapport à son propre corps. On sait, dans les films, que la famille de Katness n'est pas riche et à risquer de mourir de faim. On observe aussi les efforts du Capitol pour remodeler le corps de Katness. Ces deux sujets sont bien plus mis en avant dans le livre, je pense même que c'est l'un des points les plus importants. La nécessité de se nourrir est toujours au centre des préoccupations du personnage. Quel que soit le moment, un repas ne peut pas être gâché et il est nécessaire de faire attention au futur, en tenant en compte les capacités pour se procurer de quoi manger. Il est intéressant de montrer qu'elle-même, ainsi que le district 11, sont capables de vivre sur la terre sans avoir besoin de dons.

De plus, le roman insiste sur l'usage des corps par les personnages et le Capitol. Bien entendu, les descriptions de douleurs et de blessures ne sont pas rares. Mais je parle de la manière dont le Capitole fait sien le corps des jeunes qui lui sont envoyés. Dès le début, illes sont dénudé-e-s, traité-e-s et maquillé-e-s puis des citoyen-ne-s du Capitol choisissent les habits qui seront portés. Le corps des tributs ne sont plus les leurs mais appartiennent au Capitol qui essaie d'en faire des peintures, au nom de leur propre bien être. À la fin du roman, il est révélateur que Katness se trouve enfermée et attachée à un lit d’hôpital qui permet au Capitol, et aux médecins, de traiter son corps voir de le modifier (on apprend que l'un des buts était de faire une augmentation mammaire). Il y a donc contraintes et une absence totale de consentement de la part des personnes concernées. Il est tout de même intéressant de mettre en avant que le styliste de Katness semble être une personne de confiance dont le but n'est pas de mettre en avant une idée sur le district ou lui-même mais de mettre en avant Katness (du moins je l'ai compris ainsi et je peux me tromper). Les descriptions corporelles, des efforts mis en place pour le changer dans le but de le rendre conforme aux standards du Capitol, sont donc particulièrement important et le film oublie d'en parler, mis à part dans une seule scène, très sage comparé au roman.

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**** Il m'a fallu du temps avant de finalement commencer cette trilogie. Je ne regrette pas de m'être lancé et je suis curieux d'observer les autres différences entre les romans et les films. Pour l'instant, il me semble claire, et normal, que les romans sont meilleurs que leurs adaptations.
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Image : Éditeur

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28/12/2017

Battlestar Galactica 3. Sagittarius Is Bleeding par Peter David

Titre : Battlestar Galactica 3. Sagittarius Is Bleeding
Auteur : Peter David
Éditeur : Tor Books 3 octobre 2006
Pages : 352
TW : Torture

L'humanité est détruite. Ses mondes ne sont que ruines. Seule une partie infime de la civilisation a survécu. Mais celle-ci fuit à bord de vaisseaux spatiaux sans véritable espoir de trouver un jour une terre sur laquelle recommencer à vivre. Heureusement, la présidente Roslin n'est pas seulement la dirigeante mais aussi, selon plusieurs prophéties, le lien entre les Colonies et la mythique Terre. Ce qui lui a permis de se rendre au berceau mythique de l'humanité afin de trouver des indices sur les moyens d'atteindre la Terre. Mais avoir une destination en tête ne suffit pas. Il faut aussi survivre aux attaques de Cylons et aux dissensions internes. L'effort devient particulièrement difficile lorsque trois changements ont lieu : Laura Roslin a des visions des colonies en sang, les Cylons ont trouvé un moyen d'espionner les humain-e-s et un groupe religieux minoritaire demande une reconnaissance politique officielle.

SPOILERS

Le premier roman était très mauvais et sans intérêt. Celui-ci est un peu mieux sans être pour autant indispensable. Il permet de développer certains aspects tout en restant inscrit dans l'univers original, et sans remettre en question la série. Bien que la chronologie ne soit pas précisée il est rapidement clair que le roman prend place dans la seconde saison, après l'arrivée du Pegasus et peu de temps avant l'idée de montrer une expédition de secours vers les colonies. Le roman reprend les thèmes principaux de la série est l'un de ces thèmes est la religion.

En effet, la religion est centrale dans la série. Elle n'est pas seulement un décor un peu exotique afin de donner une légère impression de dépaysement. De nombreux personnages sont profondément croyants tandis que l'athéisme est vu comme de moins en moins rationnel face aux nombreux miracles et aux prophéties. Outre la religion officielle des Colonies, gréco-romain pourrait-on dire, il y a la religion des Cylons, monothéiste, qui prend une importance de plus en plus grande lors de la saison 4. Ce roman profite de ses 352 pages pour ajouter un nouveau panthéon sous la forme d'un groupe minoritaire régulièrement attaqué par le passé, selon ce que l'on nous dit. Ce sont les Midgardiens qui, comme leur nom l'annonce, se base sur un livre et un panthéon nordique. Par contre cette religion est décrite comme profondément apocalyptique. Le propos d'une partie importante du roman concerne la possibilité d'accepter une nouvelle religion dans le cadre d'une société et d'une constitution qui se définit dans une tradition religieuse précise. On a ici un problème que l'on connait dans nos propres sociétés. Il est toutefois dommage que l'auteur ne se concentre pas sur ce point, ce qui l'empêche de développer le propos de manière adéquate et le force à transformer une intrigue politique en intrigue militaire, après la transformation d'une garde à vue en prise d'otage ce qui ne m'a pas du tout convaincu.

Le second thème du roman concerne la surveillance en vue de la sécurité. Battlestar Galactica a été qualifiée de série post 11 septembre 2001. En effet, dans une atmosphère de sécurité et de paix les colonies humaines sont brutalement attaquées sans réussir à se défendre. Pire encore, l'ennemi n'est pas identifiable. Il a pris notre forme et n'importe qui peut être un agent. Ce roman se déroule alors que les humain-e-s ont une prisonnière Cylonne. La légalité de son enfermement est questionnée, ainsi que ses droits en tant qu'agent ennemi qualifié d'inhumain. Est-il possible, par exemple, d'agir sur son corps afin de la faire avorter ? Peut-on la considérer comme un objet ou faut-il lui concéder des droits ? Toutes ces questions sont posées dans la série et le roman s'y inscrit. Il est dommage que les militaires acceptent la torture alors que Adama est décrit dans la série comme quelqu'un qui refuse d'user d'actes précis, même envers des ennemis. Tout aussi importante est la réaction face à un espionnage par les Cylons qui leur permet d'organiser un piège. Face à ce problème la réaction du haut commandement est d'organiser une surveillance totale des officiers. Cette surveillance est strictement militaire, en dehors des procédures, sans contrôle civil ou judiciaire et, selon Laura Roslin, illégale. La question posée est simple : jusqu’où peut-on aller dans la surveillance afin de permettre une sécurité accrue de la population. Malgré l'illégalité du procédé, les instances les plus importantes des Colonies acceptent l'idée au nom de la sécurité mais dans un but strictement défini : trouver des Cylons. Il n'y a donc pas de possibilités de condamner des actes illégaux découvert par la surveillance. Plus important encore, celle-ci est montrée comme peu efficace. En effet, Tigh prend un temps important pour écouter les bandes et ne découvre presque rien d'important et en tout cas pas d'agents Cylons. Tout ce qu'il découvre ce sont des humain-e-s dévoués à leur travail malgré les questionnements qu'illes peuvent avoir, on est loin d'un danger intense. La surveillance de masse est donc montrée, dans ce roman, comme dangereuse et inutile en ce qui concerne la sécurité.

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*** Meilleur que le tome 2 mais tout de même très anecdotique.
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Image : Amazon

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23/12/2017

The Cylon's secret. Battlestar Galactica 2 par Craig Shaw Gardner

Titre : The Cylon's secret. Battlestar Galactica 2
Auteur : Craig Shaw Gardner
Éditeur : Tor 22 aout 2006
Pages : 304

L'humanité avait colonisé plusieurs mondes. Mais les relations ne sont pas toujours parfaites malgré une économie et une technologie florissante. Alors, pour travailler et combattre à leur place, les humain-e-s ont créé des robots humanoïdes : les Cylons. Mais, un jour, tous les Cylons ont reçu un message, se sont arrêté pour écouter puis ont tenté de quitter les Colonies, parfois en tuant des humain-e-s qui tentaient de les en empêcher. Il en est résulté une guerre entre l'humanité et les machines. Celle-ci est maintenant du passé. Un armistice a été signée il y a 20 ans et, depuis, les Cylons n'ont pas été vu sur le territoire des Colonies. L'humanité décide donc de reprendre ce qu'elle possédait et d'explorer l'espace afin de retrouver technologies, connaissances et de reprendre contact avec des personnes coupées du reste de l'univers. L'un de ces lieux est la station de recherche Omega. Le problème c'est qu'elle est remplie de Cylons. La paix pourra-t-elle être maintenue ?

SPOILERS

Le premier tome est une adaptation du pilote de la série, j'ai donc préféré ne pas le lire. Ce roman est le second tome dans le cadre de l'univers de Battlestar Galactica. Cette série est la première que j'ai vraiment suivie. Elle est aussi l'une des meilleures séries de SF que je connaisse. Après avoir beaucoup hésité j'ai souhaité entrer plus avant grâce aux romans, qui ne sont pas nombreux. J'ai commencé par le second sur la liste. Mais celui-ci se déroule bien avant la chute des Colonies alors que Tigh et Adama ne sont pas encore aussi élevé dans la hiérarchie militaire.

Ce roman me pose de gros problèmes. Premièrement, les personnages ne sont pas intéressants. L'auteur a repris trois des caractères que l'on connait bien mais ils sont monodimensionnels et ce roman n'ajoute rien à ce que l'on sait d'eux. Pire, il crée de nouveaux personnages qui ne sont que des ersatz d'autres que l'on connait, comme Athéna qui est Kara Thrace. L'intrigue est loin d'être intéressante et même si le début du livre est sympathique, il décrit le début de la guerre, cela ne sauve pas le reste. On suit deux vaisseaux mais jamais on n'a l'impression d'un réel danger. L'écriture elle-même est plate, inintéressante.

Mais le plus gros problème, pour moi, est l'incohérence. En effet, la série commence 50 ans après la première guerre sans que jamais les Colonies n'aient vu un Cylon depuis l'armistice. Ce qui permet de créer une impression de surprise et d'impréparation de la part des personnages que l'on suit. Que fait ce roman ? Il place des Cylons face aux humain-e-s ce qui détruit l'un des points majeurs de l'univers de la série moderne ! Au lieu de résoudre ce problème l'auteur termine en deux lignes sur l'idée que toutes les personnes impliquées aient décidé de garder le secret... Tout aussi problématique est l''incohérence entre l'histoire d'Adama et de Tigh dans la série est celle qui existe dans le roman, les deux sont antagonistes. On a presque l'impression que l'auteur ou les créateurs de la série ne savaient pas ce que faisaient l'autre et donc continuent sur leur lancée. Bref, ce livre n'apporte strictement rien à l'univers de la série. Il vaut mieux l'oublier.

* Pourquoi ?
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Image : Éditeur

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16/11/2017

The book of dust 1. La belle sauvage par Philip Pullman

Titre : The book of dust 1. La belle sauvage
Auteur : Philip Pullman
Éditeur : David Fickling Books et Penguin 19 octobre 2017
Pages : 546

À une époque proche une jeune fille, Lyra, et son ami, Will, se trouveront au centre d'une lutte entre les êtres capables de conscience et l'Autorité ainsi que son armée tyrannique. La destruction sera énorme mais les aventures de Lyra et Will permettront de changer a jamais le destin des personnes conscientes. Mais ceci n'est encore qu'un lointain futur. La jeune Lyra n'est qu'un bébé offert à l'attention de religieuses de la ville d'Oxford après le scandale qui a entouré sa naissance et ses deux parents. Bien que Lyra ne le sache pas, de nombreuses personnes s'intéressent à elle. Des rumeurs sur sa naissance circulent dans tout le royaume de Bretagne et plusieurs factions tentent de la contrôler. Le danger est partout à cette époque, des personnes disparaissent tous les jours alors que l'Église est de plus en plus puissance. Que peuvent donc faire deux jeunes adolescent-e-s, Malcolm et Alice, pour protéger Lyra face à des ennemis aussi impitoyables ?

SPOILERS

Outre Harry Potter ma jeunesse a été bercée par la trilogie À la croisée des mondes (dont je déplore une adaptation cinématographique peu inspirée). J'attendais avec autant d'impatience la suite des aventures de Harry Potter ainsi que celles de Lyra. Cependant, À la croisée des mondes m'a beaucoup plus ému, à cause de son dernier tome dont la résolution est triste. Lorsque j'ai su que Pullman allait écrire un autre livre dans le cadre de ce monde j'ai dû attendre avec patience de nombreuses années, avec peu d'informations sur la forme qu'il prendrait. Finalement, on sait que ce livre est une trilogie qui se déroule en dehors des aventures de la première trilogie. Le premier livre est enfin sorti en octobre et je me suis immédiatement jeté dessus, ne prenant que le temps de relire tous les autres tomes pour avoir plus de plaisir à entrer dans La belle sauvage.

Bien que ce livre se déroule 10 ans avant la trilogie À la croisée des mondes on retrouve plusieurs aspects bien connus. Bien entendu, on retrouve certains personnages secondaires ainsi que certains objets et peuples. Malcolm, par exemple, apparait dans un livre annexe. Mais ce qui m'a frappé c'est l'impression de danger que met en scène l'auteur. Lorsque nous commençons le livre on apprend rapidement que le Royaume Uni est sous le contrôle d'une forme de police secrète. Ce n'est que le début puisque d'autres institutions sont mises en scènes au fil des pages. Pullman semble nous expliquer que lorsqu'un état souhaite prendre le contrôle d'une population il s'y prend de deux façons. Premièrement, il est nécessaire de créer un sentiment de peur qui permet de détruire non seulement l'envie de se révolter mais aussi la possibilité de faire confiance à quelqu'un. Ensuite, on prend le contrôle des enfants. Les enfants étaient déjà centraux dans le premier livre d’À la croisée des mondes et si leur rôle est ici moins important leur contrôle est central.

La lutte contre cet ennemi invisible mais omniprésent est au centre de la première partie du livre. La seconde débute avec un changement spatial majeur et met en scène une quête de la part des deux personnages principaux. La politique, bien qu'au second plan puisque le livre prend le point de vue d’un jeune adolescent, est ici presque complétement abandonnée au profit de la survie au jour le jour. L'écriture est ici tout aussi réussie et permet de dessiner deux adolescent-e-s capables de réfléchir aux meilleurs moyens de survivre et d’accomplir leur mission. Les dangers sont bien plus immédiats, directement identifiables. Cependant, l'auteur ajoute des passages oniriques que je n'ai pas complétement compris. Il semble que les deux adolescent-e-s entrent dans un nouveau monde mais cela n'est jamais explicités ni expliqué. Sans être mauvais, je me demande si ces passages sont réellement utiles à l'intrigue. Personnellement, ils m'ont un peu dérouté.

Au final, j'attendais ce livre avec impatience. Je n'avais aucune idée de la forme qu'il prendrait ni de l'intrigue qui serait mise en scène. Comme le dit l'auteur, ce livre n'est pas inscrit d'une manière forte dans la trilogie À la croisée des mondes. Cependant, il se déroule dans le même monde avec des personnages, objets et institutions que l'on connait ne serait-ce que de manière secondaire. Ainsi, ce livre s'inscrit dans une continuité et permet d'expliquer certains éléments de la trilogie. Cependant, il se suffit à lui-même. L'intrigue se termine à la dernière page sans qu'il soit utile de la continuer. Ce qui donne une certaine liberté à l'auteur pour les prochains livres que je me réjouis de parcourir.

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**** J'ai beaucoup aimé retourner dans le monde de Lyra et je me réjouis de connaitre les autres livres. Cependant, j'avoue avoir eu des étoiles dans les yeux dès que l'annonce de la sortie a été connue.
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Image : Éditeur

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23/09/2017

Histoire romaine par Jean-Pierre Martin, Alain Chauvot et Mireille Cébeillac-Gervasoni

Titre : Histoire romaine
Auteur-e-s : Jean-Pierre Martin, Alain Chauvot et Mireille Cébeillac-Gervasoni
Éditeur : Armand Colin juin 2016
Pages : 479

L'histoire de Rome, aussi bien la République que l'Empire, continue de m'intéresser avec ce nouveau manuel écrit par trois auteur-e-s, spécialisé-e-s dans des périodes particulières. Leur but, comme pour tous les manuels, est de proposer une synthèse à la fois complète, en prenant en compte les dernières découvertes et débats historiographiques, et utiles aux étudiant-e-s. Afin de mieux atteindre leur souhait le livre est divisé en trois parties, suivant en cela une division classique de l'histoire romain, chacune prise en charge par l'un-e des auteur-e-s.

La première partie se charge de dépeindre l'origine de Rome, depuis les étrusques, puis la période républicaine avant de mettre en avant la fin de celle-ci. L'auteure est chargée d'expliquer aussi bien les problèmes posés par l'étude historique de la fondation de la ville de Rome que son extension rapide et impressionnante d'abord dans le Latium, puis en Italie et enfin autours de la méditerranée. Cette partie décrit aussi le fonctionnement de la République, avec ses magistratures et sa religion. Plus important encore, l'auteure y explique de quelle manière, et pourquoi, les institutions républicaines ont débouché sur une crise qui a permis la prise de contrôle par des hommes forts puis la mise en place du principat augustéen.

Une seconde partie s'occupe du haut-empire jusqu'en 284. Afin de nous permettre de comprendre cette période l'auteur s'occupe d'expliquer de quelle manière l'Empire est constitué, idéologiquement et légalement parlant. Pour cela, il met aussi en scène les successeurs d'Auguste et la manière dont ils sont arrivés au pouvoir. Ce qui permet de mettre en avant la nécessité d'une dynastie qui se justifie par le lien avec une famille choisie par les divinités. C'est aussi une période qui connait son lot de crises, d'usurpations, et de changements culturels. L'auteur nous montre de quelle manière les Empereurs ont tenté de défendre Rome contre les périls aussi bien externes qu'internes à l'aide de réformes.

La dernière partie s'occupe de l'antiquité tardive jusqu'au VIème siècle. Ce dernier auteur a la dure mission de nous expliquer non seulement les changements culturels et politiques importants de l'époque, par exemple avec l’avènement de la chrétienté, mais aussi de différencier, tout en n'oubliant pas les similarités, la partie occidentale et la partie orientale de l'Empire, coupé et dirigé chacun par un Empereur. L'auteur y met en question un certain nombre d'idées reçues. Par exemple, il récuse le passage de l'esclavage à la féodalité. Il s'attaque aussi à l'idée des invasion barbares, qu'il peint comme une entrée pacifique permettant un apport de soldats mais aussi de ressources économiques.

Ce gros manuel permet de mieux comprendre l'histoire longue de l'Empire romain dans sa complexité mais aussi ses changements au fil des siècles. Les auteur-e-s semblent s'appuyer, pour ce que j'en connais, sur une littérature récente. Chaque partie s'accompagne d'une large bibliographique thématique qui permet aux personnes intéressées d'entrer plus avant dans un point ou un autre, nécessairement survolé dans le cadre d'un manuel. Au final, ce livre est un bon outil de travail qui permet de se retrouver dans l'histoire de l'Empire romain. La personne qui le lit pourra mieux comprendre aussi bien le cadre strictement chronologique des évènements que les changements sociaux et culturels que connait l'espace romain.

Image : Éditeur

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14/08/2017

The dark tower / La tour sombre

L'univers n'est pas tel qu'on le croit. Outre notre monde, la Terre, il existe une multitude de terres plus ou moins différentes. Ces terres sont protégées par une tour qui empêche le chaos extérieur d'atteindre les êtres vivants. Mais la tour est attaquée. Sur monde différent du nôtre une guerre a lieu entre un homme en noir qui utilise des enfants afin de détruire la tour et le dernier pistolero dont le devoir sacré est de la défendre. Mais cette guerre est aussi devenue une histoire de revanche entre deux êtres que la mort rejoint. Sur notre terre, à New York, un enfant voit ces évènements lors de son sommeil. Bien que nous n'en ayons pas conscience il fait partie des rares êtres qui possèdent un don, le sien est tellement fort qu'il pourrait bien détruire la tour à lui tout seul.

Je vais d'abord parler des bons points. Les acteurs et actrices sont convaincantes. Les rôles semblent avoir été bien distribués et on apprécie beaucoup les relations entre les différents personnages, en particulier entre l'homme en noir et le pistolero. L'univers de Stephen King me semble bien mis en scène. Le passage d'un monde à l'autre est réussi et permet avec brio de donner une impression de familiarité étrange. Mieux encore, le fonctionnement d'une société alternative à la nôtre me semble réussi.

Malheureusement, le film a un gros problème : son univers. Celui-ci n'est pratiquement pas expliqué. Bien que certaines références pourraient donner l'impression que l'on ouvre la voie à des suites, ce qui serait possible, j'ai eu l'impression de manquer d'informations pour réellement comprendre les enjeux de l'intrigue. Le fonctionnement de cet univers n'est presque pas expliqué et l'on ne comprend pas pourquoi la tour est si importance ni pour quelle raison certaines personnes souhaitent la détruire. Pire encore, on ne comprend pas les pouvoirs de Jack Chambers. Dès le début, on nous explique que ces pouvoirs sont importants et parmi les plus puissants ce cet univers. Mais jamais ceux-ci ne sont expliqués ni montrés. Ce qui rend la fin du film un peu difficile à accepter puisque jamais on ne nous montre ces pouvoirs et leurs limites.

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*** Il me manque beaucoup d'informations sur le contexte de l'intrigue pour pouvoir réellement juger de l'adaptation.
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Image : Site officiel

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31/07/2017

Raising Steam (Discworld 40, Moist von Lipwig 3) par Terry Pratchett

Titre : Raising Steam (Discworld 40, Moist von Lipwig 3)
Auteur : Terry Pratchett
Éditeur : Corgi books 2013
Pages : 474

Moist Von Lipwig est un escroc. Mais un escroc utile à la société depuis que Vetinari lui a mis la main dessus afin de le condamner à mort, puis de lui expliquer que sa survie ne dépend que de ses capacités à suivre les ordres. Mais Moist von Lipwig découvre qu'il apprécie son nouveau travail. Non seulement il peut user de toutes ses capacités peu légales mais, en plus, il est apprécié et aide l'État à fonctionner. Ses plus grandes réussites, la poste et la banque, ne sont maintenant guère plus que des formulaires à signer tandis que Moist tente de se faire apprécié par les employé-e-s. Mais quelqu'un se prépare à tout changer. Après plusieurs siècles un ingénieur a finalement réussi à utiliser la vapeur comme moyen de propulsion. Ce n'est, pour l'instant, qu'un jouet. Cependant Vetinari, Harry King, Moist von Lipwig et Simnel ont des plans importants. Bientôt le train couvrira le territoire entier et va permettre des relations diplomatiques simplifiées et rapides. Du moins si un groupe de traditionalistes ne tentent pas de tout détruire.

Je pense que ce tome est parfait pour illustrer ce qui était en train d'arriver à Pratchett. Bien entendu, les quelques tomes précèdent en sont aussi des exemples. Mais j'ai l'impression que celui-ci montre particulièrement bien les symptômes d'un grand écrivain malheureusement malade (Terry Pratchett meurt deux ans plus tard). Tout d'abord, l'intrigue est étrange. On se trouve dans une forme de mélange entre une intrigue d'avancée scientifique et sociale, telle que le cycle Moist von Lipwig en traite, et une intrigue politique sur fond de culture telle qu'on en retrouve dans le cycle de la garde. Le lien n'est pas, bien entendu, innocent et les bonnes idées sont nombreuses. Ainsi, les traditionalistes fonctionnement parfaitement dans l'univers créé par Pratchett. Ils s'insèrent dans un contexte connu dont on connait les changements. Mieux encore, Pratchett essaie de montrer ce que la "modernité" implique pour certains peuples et factions qui perdent en pouvoir et en statut et qui luttent pour garder un pied dans le monde. Cette perte de pouvoir et de statut ne peut, comme le monde l'auteur, déboucher que sur une forme de violence et de replis sur les traditions ou sur un changement majeur du fonctionnement de la société. Mais cette intrigue est doublée de celle du train qui me semble bien moins intéressante malgré les nombreuses références et bonnes idées. Pratchett donne l'impression de coller une idée sur le Disque-Monde sans vraiment se poser de questions puis de dessiner quelque chose autours.

Pire, les personnages sont de moins en moins fidèles à ce que Pratchett a créé. Je ne dis pas qu'il y a une évolution qui pose problème. Les personnages du Disque-Monde ont changé et fonctionnent très bien pour autant. Car ce changement était logique et en accord avec leur fonctionnement. Tout comme le tome précèdent, le symptôme est particulièrement fort chez Vetinari et Vimes, mais Moist von Lipwig n'est pas en reste. Ces trois personnages, et les secondaires ainsi que celleux plus importants, sont extrêmement bavards et explicitent toutes leurs actions. Pratchett a réussi a créé des personnages qui savent ce qu'illes font et n'ont pas besoin d'en parler, c'est une part de leur identité. Dans ce tome, et le précèdent, illes expliquent tout. Il n'est pas rare de lire Moist décrire son fonctionnement pour expliquer ses idées et ses réussites en tant qu'escroc. Vetinari est passé d'un tyran de génie à une sorte d'enfant qui refuse les explications et se vexe lorsque des mots-croisés lui résistent. Vimes n'est plus un policier qui cache son côté sombre et doute de l'existence d'un être de vengeance pour l'utiliser explicitement face aux nain-e-s, un problème déjà vu dans le tome 39. Les personnages perdent en subtilité et en identité. Ce qui faisait leur charme, la capacité à reconnaitre les règles non écrites de leur univers de fiction, disparait et se change en un explicite beaucoup moins intéressant.

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*** ceci était l'avant-dernier tome de la série. De nombreux problèmes vu précédemment sont exacerbés et cela me donne des craintes pour le tome final que Pratchett n'a pas réellement pu terminer comme il le souhaitait.
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Image : Site officiel

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20/07/2017

L'empire romain par Patrick le Roux

Titre : L'empire romain
Auteur : Patrick le Roux
Éditeur : PUF janvier 2015
Pages : 127

Nous connaissons probablement tous et toutes l'Empire Romain. Un territoire gigantesque dirigé par la ville de Rome sous les Césars. Il est probable que certaines personnes connaissent aussi le destin de l'Empire tel qu'il est simplifié : le retour de la grandeur après la corruption de la République ; une lente désagrégation face à la corruption et aux invasions barbares. Certaines autres personnes font le lien direct entre ces idées et le fonctionnement actuel du monde. Nous serions les nouveaux romains, phare de la civilisation, en danger d'invasions barbares et seule la connaissance du passé permet de le comprendre et de préparer la lutte. L'histoire de l'Empire romain est très mal comprise. Pire, cette incompréhension est utilisée pour justifier des idéologies spécifiques. Ce petit livre, de la question que sais-je, ne répond pas à toutes les questions. L'auteur ne livre ni toute l'histoire ni toutes les données. Mais il synthétise les connaissances actuelles en quelques thèmes.

Ainsi, le premier chapitre est plutôt chronologique. Il permet d'expliciter les évènements qui ont permis la mise en place de l'Empire, en particulier en se concentrant sur les guerres civiles de la République. L'auteur nous montre une construction spécifique destinée à répondre à des problèmes précis. Plutôt qu'une création ex nihilo l'Empire et ses institutions ont été mis en place progressivement et fonctionnent en parallèle des institutions républicaines, encore en place. Ce qui permet à l'auteur de mieux expliquer de quelle manière fonctionne le gouvernement de Rome. Il explicite non seulement les pouvoirs de l'Empereur mais aussi ses relations avec la ville de Rome, les provinces et les populations locales. Ce qui permet de mettre en avant la figure de l'Empereur et des magistrats en tant que symbole de l'Empire.

Le chapitre suivant permet à l'auteur de rebondir pour parler des populations. Après un court exercice comptable, et critique au ce sujet, l'auteur s'intéresse de manière plus importante au fonctionnement des Cités et au fonctionnement de la société. Ainsi, il nous montre que la société romaine est fortement hiérarchisée mais qu'il est possible pour les descendant-e-s de monter en grade. Il termine sur un chapitre qui pose la question des résistances et des révoltes. Bien entendu, il nous parle des révoltes militaires, des Empereurs qui ont volé leur titre (surtout parce qu'ils ont perdu). Mais il nous parle aussi des relations avec les Juifs et les Chrétiens, teintées d'incompréhensions sur le fonctionnement des religions monothéistes. Il explicite aussi les relations avec les peuples qui sont externes à l'Empire. Loin d'une invasion l'auteur démontre que ces relations sont basées sur une longue histoire rarement révisée. L'Empire ne comprend pas ce qui se déroule en dehors de ses frontières et, peu à peu, perd de son influence et de sa capacité un tenir un territoire aussi grand.

Ce petit livre a le mérite de toute la collection : synthétiser un sujet. Il est donc normale qu'une grande partie de la complexité du monde romain est laissée de côté face à la nécessité de faire court. Mais l'auteur réussit tout de même à garder notre attention tout en mettant en avant les sujets de controverses. La lecture de ce livre est adéquate si vous souhaitez rapidement comprendre le sujet sans entrer dans les détails.

Image : Éditeur

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08:59 Écrit par Hassan dans antiquité, Histoire, Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : empire, rome, puf, que sais-je, patrick le roux | | | |  Facebook

18/06/2017

I shall wear midnight (Discworld 38, Tiffany Aching 4) par Terry Pratchett

Titre : I shall wear midnight (Discworld 38, Tiffany Aching 4)
Auteur : Terry Pratchett
Éditeur : Corgi 7 juin 2012
Pages : 432

Tiffany a maintenant 16 ans. Elle est reconnue comme la première sorcière officielle des environs. Sa famille est fière et un peu effrayée. Les voisin-e-s ressentent exactement la même chose. Personne n'aime les sorcières dans le village de Tiffany, mais cette dernière n'est pas une étrangère. Alors Tiffany travaille et aide autant qu'elle le peut. En particulier, elle tente d'aider le vieux Baron à ne pas trop souffrir. Mais sa mort est inévitable. Malheureusement, Roland a engagé une infirmière pour prendre soin du Baron. Celle-ci aiment autant Tiffany Aching que le travail. Et lorsque le Baron meurt enfin Tiffany est accusée de vol, de meurtre et de pactiser avec le démon. Soudainement, des ami-e-s se souviennent que les sorcières ça se brûle.

Le fait que j'apprécie le cycle des Sorcières joue grandement dans mon impression pour ce 38ème tome. Le 37ème m'avait beaucoup déplu. Il y avait des problèmes d'écriture et je n'appréciais pas du tout l'intrigue. Ce retour dans le cycle de Tiffany Aching est, par contre, une réussite. Cela n'implique pas que tout soit parfait. Il y a des longueurs inutiles. Les scènes avec Eskarina sont sympathiques mais peu utiles. Il aurait été possible de laisser Tiffany trouver les réponses plus tard dans l'intrigue. Même chose pour l'Observatrice. Je pense qu'il aurait été plus fort, du point de vue de l'intrigue, que celle-ci soit Granny Weatherwax. Cela aurait pu donner l'impression d'un enjeu bien plus important. L'idée que la sorcière la plus puissante s’inquiète réellement et se prépare à agir au bon moment tout en laissant sa chance à Tiffany. De plus, il y a des incohérences dans l'intrigue. Bien que j'en ai apprécié le traitement, dans une certaine mesure, l'intrigue autours d'un abus domestique (la peur de quitter son mari, la raison des abus mais aussi la réaction, ou son absence, par les voisin-e-s) je ne comprends pas son intérêt dans le cadre de l'intrigue générale. Il n'y a presque pas de conséquences et cela ne devient qu'un objet passé qui apparait de temps en temps dans le décor.

La question principale de ce tome, particulièrement sombre, est la haine. L'intrigue met en place une progressive défiance envers les sorcières. Celle-ci est générale avec quelques exceptions. Les anciennes histoires reviennent et les accusations murmurées deviennent de plus en plus fortes. Ainsi, Tiffany souffre deux incarcérations. La second est particulièrement intéressante puisqu'elle suit des accusations sans fondements ni preuves. Bien que, fantastique oblige, la haine soit incarnée dans un être précis, sa description est tout simplement magnifique. Elle est ressentie par les personnages secondaires et principaux de l'univers pratchettien. Les personnages secondaires en sont autant les victimes que les vecteurs et seuls les personnages principaux sont capables de réfléchir sur la raison de leurs sentiments. La haine est décrite comme une infection qui se propage de personnes en personnes et, en particulier, à l'aide d'individus capables de haine. Raisonner est inutile, il faut décider de s'attaquer résolument à toutes personnes qui propage l'infection.

Bien que j'aie beaucoup apprécié le traitement de ce thème j'ai tout de même un point négatif à ajouter. Lors de la phase conclusive de l'intrigue la haine s'incarne dans un être qui représente le mal. C'est un meurtrier aux actes ignobles. Personnellement, je trouve dommage d'avoir choisi ce type de personnages. D'autres auraient pu être mieux utilisé pour traiter du thème du tome et lui donner plus de profondeur. Le livre ne manque pas de personnages qui se pensent justifiée dans leur haine de choses et d'autres et il aurait été possible de les utiliser directement comme propagateur de haine plutôt que d'user d'un être si mauvais qu'il en semble à peine réel. Impression justifiée par son apparition soudaine alors que d'autres personnages étaient déjà bien mieux décrits.

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**** Un tome 38 qui confirme certains défauts du tome 37 mais qui me semble bien plus intéressant et mieux écrit.
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Image : Site officiel

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05/06/2017

Unseen academicals (Discworld 37, Rincewind 8) par Terry Pratchett

Titre : Unseen academicals (Discworld 37, Rincewind 8)
Auteur : Terry Pratchett
Éditeur : Corgi 13 février 2014
Pages : 544

Les magiciens de l'Université Invisible vivent particulièrement bien. Ils ont plus de 6 repas par jours, ne donnent jamais cours et possèdent un nombre important d'étudiants pour tenter quelques petites expériences. Après tout, le but principal de l'Université est d'empêcher les magiciens de faire quelque chose. Mais l'Université doit changer. En effet, non seulement certains magiciens sont partis vers d'autres universités concurrentes qui viennent de se construire mais, en plus, l'un des magiciens vient d'être nommé à un poste dont le titulaire était mort depuis longtemps. C'est ainsi qu'une découverte importante est faites : si l'Université Invisible veut garder une importante rente elle doit concourir dans un jeu de football. Mais le jeu est un simple sport de brutes sans règles ni arbitres. Comment les magiciens pourraient-ils accepter de se lancer dans la plèbe et perdre leur statut. Donc, lorsque Vetinari demande de réviser les règles du jeu les magiciens acceptent immédiatement. Après tout, le plateau de fromage est en jeu si l'Université perd sa rente !

Je n'ai pas aimé ce tome. Malheureusement, celui-ci est écrit alors que Terry Pratchett est diagnostiqué depuis deux ans comme victime d’Alzheimer. Ce qui n'apparaissait pas encore beaucoup dans le livre précèdent est ici beaucoup plus important. L'écriture semble avoir été plus difficile, les dialogues moins bons et les personnages semblent être moins proche de leur identité de base. Je dois avouer que l'intrigue principale n'a pas aidé, le football n'est vraiment pas une passion pour moi. En fait, il y a plusieurs intrigues : l'une concerne Jewell, la seconde Nutt et la troisième est celle qui est censé être au cœur du livre. Mais il y a trop de directions différentes et les intrigues ne sont pas assez bien mises en scènes pour créer un tout qui fonctionne. On se perd dans les différentes intrigues et personnages alors que, personnellement, je n'ai pas compris toutes les références à un sport qui ne m'intéresse pas. Dans ce livre, Pratchett échoue à accomplir sa marque de fabrique : poser des questions importantes tout en se moquant gentiment de notre monde.

Heureusement, le livre est presque sauvé par un seul personnage : Nutt. Ce dernier reste une énigme pendant une grande partie du livre bien que l'on se doute qu'il y a une histoire tragique derrière lui. Celle-ci est révélée petit à petit sans que cela ne semble forcé. Son inscription dans l'histoire du Disque-Monde est assez réussie et donne un peu plus de profondeur tandis que son environnement permet de mieux connaitre les classes inférieures d'Ankh-Morpork, assez peu décrites auparavant. Ce n'est pas un livre de la garde donc les questions sociales existent mais ne sont pas au centre du questionnement. Celui-ci pose plutôt la question de l'inné et de l'acquis. En effet, Nutt (spoiler alert) est censé être une machine à tuer, une légende noire venue d'un âge ancien. Cependant, ce personnage a été éduqué puis s'est éduqué lui-même jusqu'à devenir un véritable génie capable de prouesses et de construire une philosophie individuelle de son existence. Nutt nous permet de nous demander si ce qui est le plus importante est la provenance, l'inné, ou la manière dont on se construit à l'aide d'autres personnes et de soi-même.

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*** Un tome 37 qui échoue après une série de très bons tomes. On sent, à la lecture, que Pratchett n'écrit plus aussi bien mais il y a du génie derrière une écriture moins maitrisée.
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Image : Site officiel

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17/05/2017

Making Money (Discworld 36, Moist Von Lipwig 2) par Terry Pratchett

Titre : Making Money (Discworld 36, Moist Von Lipwig 2)
Auteur : Terry Pratchett
Éditeur : Corgi 13 février 2014
Pages : 480

Pour la première fois depuis des années la poste d'Ankh-Morpork fonctionne à la perfection. Non seulement elle est rapide et efficiente mais elle a à cœur les besoins des client-e-s ainsi que la sécurité des colis et des lettres. Même le bâtiment a retrouvé sa gloire d'antan alors que les employé-e-s sont en nombre de plus en plus important. Moist Von Lipwig peut être fier de son œuvre. Mais il s'ennuie. Et il trompe son ennui en revenant à de vieilles habitudes dangereuses. Mais la poste crée un problème. Elle fonctionne tellement bien que les banques ont perdu la confiance que les citoyen-ne-s avaient en elles au profit des timbres, devenus la monnaie non-officielle de la ville. Vetinari a donc une idée. Pourquoi ne pas faire nommer Moist Von Lipwig à la tête de l'une des plus grandes banques privées de la ville ? Piégé, Moist n'a pas le choix. Et, rapidement, il comprend que devenir banquier peut être mortel... mais pas à cause des chiffres... à cause de la possibilité d'une mort rapide.

Ce tome 36 pose une question importante : qu'est-ce que l’argent ? Comment peut-on croire en l’argent ? L'argent, pour Pratchett et beaucoup de personnes, est un mensonge. Un mensonge auquel tout le monde croit ce qui lui permet de fonctionner. Ainsi, dans ce livre Moist essaie d'écrire une nouvelle histoire. Au lieu de la valeur d'un "simple accident géologique" Moist Von Lipwig essaie de placer la valeur de l'argent sur la ville même. Dit comme cela on pourrait croire que l'histoire est un peu naïve. Après tout, il y a une raison derrière l'usage de l'or comme référence (même si on l'a abandonné). Mais l'histoire est un peu plus subtile. En effet, derrière ce changement de paradigme Pratchett essaie de penser l'économie. Selon lui, si je l'ai bien compris, ce qui compte pour donner de la valeur à de l'argent est la force de travail que le montant garanti. Ainsi, derrière l'idée de garantir la monnaie par la ville se cache l'idée de garantir la monnaie derrière la capacité de travail de la ville entière. D'une certaine manière, on pourrait parler d'une économie réelle, basée sur les industries et services ainsi que les personnes qui travaillent.

De manière obligatoire, ce livre nous parle aussi de capitalisme. En effet, derrière la création de monnaie il y a tout un système économique qui fonctionne plus ou moins bien (durant l'un des chapitres un économiste un peu fou explique pourquoi un événement particulier peut avoir des conséquences catastrophiques pour la ville). Il y a une logique, en effet, depuis le début de la série, Ankh-Mopork s'est beaucoup développée. Elle a un nombre de plus en plus important de citoyen-ne-s et de services. Les organismes de l’État sont eux-mêmes de plus en plus importants (comme la poste ou la garde). De plus, Vetinari a des projets ambitieux. Il y a un besoin d'argent. Il y a donc besoin d'une économie qui fonctionne et de banques en pleine santé. La réforme mise en place par Lipwig s'inscrit donc dans le développement de la série qui, elle-même, montre une ville en développement dans le cadre d'une économie libre. Pratchett nous montre donc de quelle manière fonctionne une société de capitalisme à la fois libre et fermée, par l'existence de guildes qui contrôlent fortement les activités des professions. Sans aller dans les détails, Pratchett décrit aussi les conséquences de l'argent sur une famille. Celle-ci possède une origine de piraterie et de vols mais s'est convertie dans la banque (une autre forme de piraterie). Mais les membres de la famille ne sont plus capables de gérer leur banque ni de prendre des risques. Ils sont décrits comme arrogants, prétentieux et surtout intéressés uniquement par leur propre richesse. Ce n'est pas un hasard si, à quelques reprises, les membres de cette famille regrettent les anciens temps de la garde lorsqu'elle était corrompue. Pratchett nous montre une famille qui est toujours aussi riche mais qui a perdu en pouvoir au fur et à mesure du développement de la puissance de l’État. Pour cette famille, la loi leur appartient et il est exclu que l’État s'intéresse à la gestion des banques au prix d'une perte plus importante encore de leur pouvoir.

Encore une fois, Pratchett est ambitieux. En un seul livre il essaie d'analyser le fonctionnement de l'économie et de la monnaie tout en nous faisant rire. Il est dommage que ce livre démarre un peu laborieusement. Le début du livre n'est pas très bon mais, heureusement, cela s'améliore au fil des pages. Cependant, Pratchett réutilise un bon nombre de ficelles utilisées auparavant. Ainsi, Moist Von Lipwig est mis en danger de mort après une nomination volontaire qu'il ne peut refuser, il doit réformer une institution qui ne fonctionne plus et, pour cela, se heurte à des personnes riches qui ne souhaitent pas le voir réussir pour éviter que leur corruption ne soit connue de tout le monde. Heureusement, l'intrigue fonctionne assez bien et les personnages sont toujours aussi savoureux. J'aime beaucoup Moist Von Lipwig ainsi qu'Adora Belle Dearheart. Mr. Bent, à l'histoire tragique, donne une atmosphère étrangement légère.  C'est aussi un livre très sombre. En particulier pour un personnage qui perd de plus en plus au fur et à mesure du développement de l'intrigue. Son histoire et le dénouement sont tragiques.

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**** Un peu laborieux mais, au final, ça fonctionne très bien.
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Image : Site officiel

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27/12/2016

The light fantastic par Terry Pratchett

Titre : The light fantastic
Auteur : Terry Pratchett
Éditeur : Corgi books 1986
Pages : 284

Twoflower, le bagage et Rincewind sont tombé du disque. Ils sont morts. Cependant la Mort ne vient pas les chercher. Et ce parce qu'elle est un tout petit peu vexée par l'inaptitude de Rincewind à accepter de mourir à l'heure dite. Mais nous parlons du Disque-Monde. À Ankh-Morpork, à l'Université invisible, dans la librairie, au fond d'un cachot, entouré par de nombreuses chaines le livre le plus puissant de la création n'est pas d'accord. Non, Rincewind ne doit pas mourir. Après tout il possède l'un des 8 sortilèges et, en famille, on s'entre-aide. Alors le livre change la nature de la réalité et sauve tout ce petit monde en les envoyant dans une forêt enchantée remplie d'arbres qui parlent. En effet, il est plus que nécessaire que Rincewind survive et puisse réciter les 8 sortilèges. Car le Disque-Monde sera détruit dans exactement deux mois.

Ce livre est le second par ordre d'écriture et de lecture dans l'univers du Disque-Monde. Il suit immédiatement le premier et, donc, on retrouve notre magicien préféré, notre bagage préféré et l'espèce la plus dangereux de tout le multiverse : un touriste. Le premier livre pourrait être résumé tout simplement en en parlant comme de la tentative d'amis bourrés de créer une histoire qui inclue absolument tous les clichés de la fantasy afin de s'en moquer. Pour ce second tome, l'auteur est un peu plus sobre. Contrairement au premier livre, il y a, cette fois, une véritable intrigue avec une fin, un milieu et un début. L'histoire suit donc une suite logique qui passe d'un point A à un point Z via tout le reste de l'alphabet. En effet, ce livre reste aussi, et surtout, l'occasion d'ajouter quelques blagues sur des poncifs récurrents comme les elfes, les maisons de pain d'épice et les druides (qui préfèrent le terme de programmeurs informatiques). Je dois bien avouer... que ça marche assez bien sur moi. Bien que l'intrigue soit souvent tirée par les cheveux j'ai beaucoup rigolé et on sent que le Disque-Monde commence véritablement à prendre vie. Longue vie à A’Tuin !

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*** Un second tome dans la même veine que le premier mais moins chaotique.
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Image : Site de l'auteur

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26/11/2016

La ferme des animaux par George Orwell

Titre : La ferme des animauxproduct_9782070375165_195x320.jpg
Auteur : George Orwell
Éditeur : Gallimard
Pages : 160

Une petite ferme en Angleterre. Le propriétaire est un alcoolique qui ne prend pas soin de ses animaux. Ses aides font le minimum. La vie est dure pour le bétail. Illes travaillent, sont exploités et ne mangent pas toujours à leur faim. Mais l'un des cochons a eu un rêve. Ce rêve est celui d'une République des animaux libéré-e-s de la tyrannie humaine. Peu avant de mourir, il en parle à ses comparses. Personne ne pense que la révolution aura lieu mais on s'y prépare. Et soudain, sans crier gare, le propriétaire est expulsé ! Les animaux se sont libéré-e-s et les cochons prennent la direction des opérations. Cependant, petit à petit, les choses changent tout en restant pareils. La révolution a-t-elle vraiment eu lieu ?

Il y a très longtemps que je souhaite lire la Ferme des animaux. C'est un roman qui est resté tardivement dans ma liste de livres à lire (qui ne désemplit pas vraiment...). Mais j'avais toujours autre chose à faire, à voir ou à lire. Que penser de ce roman ? Tout d'abord, la lecture est très agréable. Le style est simple sans être simpliste. Les mots et les événements ont toujours un but précis et rien ne semble être placé au hasard. Le roman est court mais il est complet.

En effet, bien qu'il soit court Orwell réussit à tout mettre dans ces pages. Bien entendu, les personnes qui connaissent un peu la révolution bolchevique et ses suites comprendront beaucoup de choses. Car ce livre parle de révolution en s'attachant à un exemple précis. Dès les premières pages, on sait exactement à qui et quoi s'attaque l'auteur. Et il le fait bien. Non seulement il montre de quelle manière une élite se forme mais il illustre aussi de quelle manière celle-ci, progressivement, se pense élite et se voit comme méritant des exceptions. Petit à petit, on observe des personnages prendre le dessus et se rapprocher de ce qui était vilipendé auparavant. De plus, l'auteur nous montre de quelle manière la langue et les faits peuvent être manipulés au fil du temps (un thème que l'on retrouve dans 1984). Comment remettre en doute le discours du gouvernement quand celui-ci nous prouve qu'il a raison ? Bref, c'est un livre aussi intéressant qu'il est court. Une lecture facile et très enrichissante.

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***** Court, bien écrit, intéressant et parfaitement maitrisé.

Image : Éditeur

19/11/2016

Only ever yours par Louise O'Neill

Titre : Only ever yoursisbn9781848664159-detail.jpg
Auteure : Louise O'Neill
Éditeur : Quercus books 3 juillet 2014
Pages : 400

Le futur, la Terre est morte. Une grande partie des continents sont maintenant sous l'eau. La vie animale comme végétale n'est qu'un lointain souvenir. Personne ne sait vraiment à quoi ressemble le monde car l'humanité, mourante, s'est réfugiée sous-terre. L'extérieur n'est plus qu'un vague souvenir. Dans ce monde la population a drastiquement chuté. C'est la raison pour laquelle les ancêtres ont décidé qu'il était couteux d'avoir des bébés féminins. Il est bien mieux de les créer en éprouvettes. Et puisqu'on peut les créer pourquoi ne pas en profiter pour les rendre "parfaites » ? Ces femmes sont ensuite éduquées. Elles doivent apprendre à être féminines et à accepter leur rôle dans une société masculine. Elles n'ont que trois choix : être une compagne chargée de faire des enfants mâles pour un héritier précis, devenir des concubines qui prennent en charge le bien-être physique des hommes ou encore devenir des "chastes" chargée de l'éducation des jeunes filles. L'une de ces filles est Freida. Nous la suivons dans son quotidien de dernière année et ses efforts pour être la parfaite compagne d'un homme.

Tout d'abord, j'ai décidé de lire ce roman après la présentation que Tête de Litote en a fait. Je l'en remercie et je vous invite à vous rendre sur sa chaine. Only ever yours pourrait être classifié dans les Young Adults post-apocalyptiques. L'intrigue nous permet de suivre une jeune personne, une femme, qui vit dans un contexte futuriste dictatorial. De nombreux romans de ce genre ont réussi à capter l'attention et même à être adaptés au cinéma avec plus ou moins de réussites. Cependant, Only ever yours me semble différent. En effet, il n'y a pas un gramme d'espoir dans ce livre. Sa lecture est peut-être particulièrement difficile. Alors que vous pensez que le pire est passé vous découvrez, par une simple mention, que les choses sont au-delà de l'horrible. Bref, ce n'est pas un livre que l'on apprécie lire mais c'est un roman qui tente de nous faire réfléchir sérieusement au monde contemporain.

Comment fonctionne le monde créé par Louise O’Neill ? Les femmes sont qualifiées d'inférieures (d'ailleurs les prénoms féminins sont écrits sans majuscules au contraire des prénoms masculins). Leurs buts sont soit la procréation, soit la sexualité soit l'éducation. Il n'y a aucun espoir d'échapper à ces trois choix. On pourrait penser que ce n'est qu'une simple société de classe sexiste mais les choses sont bien pires que cela et le talent de l'auteure est de nous en montrer juste assez pour nous laisser peindre ce que cela implique.

Premièrement, tout est écrit selon le point de vue de Freida. Bien que cela nous empêche d'avoir un point de vue global on entre véritablement dans le corps et l'esprit du personnage. Et c'est ici que se trouve, à mon avis, le génie de l'auteure. Louise O'Neill décrit parfaitement bien une atmosphère étouffante, aliénante, dans laquelle Freida tente difficilement de survivre. Tout est construit pour créer cette atmosphère. L'auteure décrit extrêmement bien ce qui permet cette atmosphère. Les miroirs omniprésents, le jugement constant, l'importance de l'apparence sur tout le reste, l'importance de faire des enfants, l'incapacité à se retrouver seule. Et les choses sont pires quand on apprend, vaguement, comment fonctionne l'extérieur. Il en ressort une société sexualisée, remplies d'abus physiques et psychologiques contre les femmes, raciste, patriarcal, grossophobe, homophobe et tout cela au nom de la survie et de la nature. Mais surtout, ça parle de nous.

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**** Je ne crois pas que l'on puisse apprécier une lecture aussi déprimante. Mais on peut louer le talent de l'auteure et sa capacité à décrire le fonctionnement d'un monde pour mieux parler du notre.
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Image : Éditeur

06/09/2016

Deep time (Doctor Who). The glamour chronicles 3 par Trevor Baxendale

Titre : Deep time (Doctor Who). The glamour chronicles 3
Auteur : Trevor Baxendale
Éditeur : Penguin 8 septembre 2015
Pages : 256

Le Docteur et Clara se rendent dans un lointain futur. Un homme extrêmement riche capable de s'acheter des systèmes solaires pour son week-end prépare une expédition avec l'aide des plus grands expert-e-s en archéologie, histoire, ingénierie et navigation. Dans ce groupe de personnes très intelligentes les rôles de Clara et du Docteur ne sont pas faciles à comprendre. Le Docteur, lui, sait exactement ce qu'il fait. Il sait que ce groupe essaie d'explorer le dernier trou de ver du mythique empire des Phareon. Cette race a soudainement disparu après avoir été l'une des plus puissantes de l'histoire. Bien que les raisons de cette disparation soient inconnues le Docteur soupçonne que le Glamour pourrait y être lié. Et il n'y a rien de plus dangereux que cet objet dans l'univers.

En ce qui concerne cette trilogie je suis partagé. J'ai bien aimé le premier tome. Le second était trop mauvais. Ce troisième me réconcilie avec l'histoire. En peu de pages l'auteur a réussi à m'impliquer dans le destin des personnages. Bien que j’aie eu mes préférés ce qui leur arrive a pu me toucher. Les décors sont assez vastes et variés. En effet, on aurait pu croire à huis clos angoissant (ou raté) mais l'auteur décide d'aller dans une autre direction. Bien que l'on se doute de la solution le voyage reste sympathique à lire. Ce tome conclut assez bien la trilogie et est assez plaisant à lire.

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**** Un troisième tome assez réussit avec un Docteur bien plus proche de celui que je connais sous les traits de Capaldi.
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Image : Éditeur

9781101905791

12/08/2016

Harry Potter and the cursed child par J. K. Rowling, John Tiffany et Jack Thorne

Titre : Harry Potter and the cursed childisbn9780751565355-detail.jpg
Auteur-e-s : J. K. Rowling, John Tiffany et Jack Thorne
Éditeur : Little, Brown 2016
Pages : 343

Après des années nous avons une suite pour Harry Potter. Je me souviens encore des files d'attente dans les librairies, de mes lectures passionnées des tomes, ... Ce fut la première fois que j'ai lu en langue originale. Retrouver ce monde après tant d'années est un peu comme retrouver sa jeunesse, retrouver un univers qui, finalement, n'a pas vraiment disparu. Bref, il y a une grosse pression sur ce script. Car ce n'est pas un livre mais le texte de la pièce jouée actuellement à Londres.

Nous reprenons les choses exactement au point où nous les avions laissé dans l'épilogue ridicule du dernier livre. 19 ans ont passé depuis la bataille d'Hogwarts. Harry est marié à Ginny, Hermione avec Ron. Leurs enfants sont enfin en âge de se rendre à Hogwarts. Mais il est loin d'être facile pour les enfants de porter sur eux le poids de leurs noms. Que ce soit Potter, Weasley ou Malefoy ces noms sont chargés d'histoires. Alors les choses ne se passent pas forcément bien. Et lorsqu'une possibilité existe de changer les choses pourquoi hésiter ?

Je suis... mitigé... D'une part j'ai beaucoup aimé retrouver un univers familier mais un peu modifié. Les évolutions des personnages me semblent assez logiques sans aller trop loin. Le fils d'Harry et Ginny, Albus, est bien le fils de son père et ce n'est pas une bonne chose ! J'ai souvent ri tout seul devant le livre tandis que je me demandais de quelle manière les scènes pourront être construites dans un théâtre. Mais, je suis aussi ennuyé par plusieurs aspects de l'intrigue. Premièrement, elle est extrêmement facile à comprendre. Dès que tous les éléments sont en place on sait pourquoi, comment et ce qui va se dérouler. Ainsi, la seconde partie est pratiquement inutile tant elle se répète sans raison. Ensuite, l'intrigue me semble surtout être un moyen de revisiter des lieux et des moments connus. Il n'y a pas vraiment de nouveautés. L'intrigue joue sur le sentiment de nostalgie des personnes sans vraiment ajouter quelque chose. Si vous aimez cette série vous apprécierez probablement revenir dans l'univers de Rowling. Sinon, vous ne comprendrez pas l'intérêt.

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**** Vive Hermione !
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Image : Éditeur

07/08/2016

The crawling terror (Doctor Who) par Mike Tucker

Titre : The crawling terror (Doctor Who)9781849907736.jpg
Auteur : Mike Tucker
Éditeur : Random House 2014
Pages : 251

Le Docteur et Clara se retrouvent dans un petit village de la campagne anglaise. Celui-ci est comme tous les villages. De nombreux voisin-e-s, un local de poste, une école, ... Il n'y a rien qui ne sorte de l'ordinaire mis à part un cercle de pierre. Le Docteur et Clara se demandent pourquoi le TARDIS décide de passer du temps dans ce village. Mais, dans un petit tunnel, un homme est enfermé dans un cocon. Ailleurs, un enfant est attaqué par un moustique. Dans une maison récemment achetée une femme tente de protéger sa fille contre une araignée. Il y a quelque chose qui se déroule dans ce village et qui modifie les insectes. Et le mystère pourrait bien être lié à un projet secret durant la seconde guerre mondiale et un bombardement allemand.

Deux choses : premièrement je déteste la couvertures - qui a pu penser que mettre une araignée en couverture était une bonne idée - ensuite tous mes pires cauchemars se sont déroulés dans les 16 premières pages. En clair, je me suis plongé dans ce livre et j'ai eu du mal à en ressortir. Durant la première moitié l'auteur réussit à jouer sur nos peurs des insectes (en tout cas sur la mienne). Les pages sont horribles et on se demande comment les personnages peuvent survivre. Malheureusement, dès la moitié on commence à comprendre les règles de l'intrigue. Cela m'a empêché d'être effrayé pour les personnages. Étant donné qu'il y a des règles il y a une manière de les utiliser et, donc, le danger devient moins important. Ce qui n'en fait pas moins un très bon tome pour cette série de livre.

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**** Une très bonne première moitié gâchée par une seconde moitié beaucoup trop facile à comprendre.
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Image : Éditeur

01/08/2016

La garçonne et l'assassin. Histoire de Louise et de Paul, déserteur travesti, dans le Paris des années folles par Fabrice Virgili et Danièle Voldman

Titre : La garçonne et l'assassin. Histoire de Louise et de Paul, déserteur travesti, dans le Paris des années folles9782228906500.jpg
Auteur-e-s : Fabrice Virgili et Danièle Voldman
Éditeur : Payot mai 2011
Pages : 173

En 1925 une femme quitte son domicile afin d'aller voir la police parisienne. Elle se nomme Louise et elle vient de tuer son mari. Ce drame clôt plusieurs années de vie de couple, de parenté et de fuite durant la guerre. Ce ne pourrait être qu'un assassinat "ordinaire." Une femme ne peut plus supporter les coups d'un homme violent. Prise de peur pour sa sécurité et celle de son enfant elle décide de tuer le monstre. Mais ce n'est pas un crime ordinaire. Car Paul, durant la guerre, a déserté. Afin de ne pas être reconnu il s'est travesti. Le procès n'est plus celui d'une assassin mais celui d'un homme coupable d'avoir traversé les frontières de genre afin de ne pas accomplir ses devoirs masculins envers la patrie.

Les auteur-e-s nous décrivent longuement la vie du couple. Les deux partenaires sont originaires d'un milieu ouvrir plutôt modeste. Les deux familles se sont rendues à Paris pour trouver du travail. Mais le père de Paul quitte la famille et Paul n'aime pas sa mère. Depuis son enfance il est décrit comme difficile et peu travailleur à l'école. Ce qui ne l'empêche pas de terminer avec succès un apprentissage qualifié qui lui permet de vivre un peu mieux que ses collègues. Un succès bloqué par ses classes puis la guerre durant laquelle il déserte, se travesti, découvre l'amour libre et sa bisexualité. Après la guerre, il essaie de continuer son mode de vie dans un Paris tolérant mais dans une certaine limite. Car Paul double ses transgressions sexuelles de transgressions de son rôle d'homme. Il est alcoolique et paresseux et menace et bat sa femme ainsi que la mère de Louise. Cette dernière provient du même milieu. Mais là où Paul est mal considéré Louise est décrite comme sérieuse, intelligente, pleine de ressources mais aussi une femme consciente de son rôle. Elle aide son mari mais pas comme militante, selon les descriptions de l'époque, mais comme une femme dévouée. C'est après cette peinture que les auteur-e-s vont décrire le procès et essayer de comprendre pour quelle raison Louise fut acquittée à l'aide de l'analyse des journaux, de l'enquête de police et des archives du procès et des avocats.

Selon les auteur-e-s, il aurait été possible d'analyser ce cas selon de nombreux thèmes. Les auteur-e-s ont choisi de prendre en compte le genre. En effet, les deux époux transgressent de nombreuses manières l'ordre genré. Et le procès met en lumière ces transgressions afin d'alourdir la charge contre l'un ou l'autre membre du couple. Louise est décrite comme une mère et une femme parfaite. Face aux frasques de son maris elle aide sa famille, elle se dévoue à lui, elle aide ses parents et elle travaille. Bien qu'elle ait aidé son mari à se travestir et l'ait accompagné aux vois de Boulogne, dans lequel elle trouva un amant, ces transgressions sont oubliées face à ce qui est qualifié d'un acte maternel de protection face à un homme dangereux et violent.

Car Paul, parallèlement, est très mal considéré. Sa vie est faite de transgressions. Sa désertion aurait dû aboutir à sa mort mais il a réussi à se cacher ce qui lui permit de profiter des lois d'amnistie. Pire encore, cet homme décide de se faire passer pour une femme. Celui lui permet de ne pas travailler, aidé financièrement par sa femme, de créer une relation monétaire avec des hommes et de femmes rencontrées dans les bois et de préparer, lors de l'amnistie, une carrière dans le spectacle qui n'aboutira jamais. Suite à cet échec Paul s'enfonce de plus en plus. Les auteur-e-s essaient d'expliquer, sans toujours avoir les éléments, la raison de cette perte de soi. Paul est un ancien soldat et il est possible que son alcoolisme et ses colères aient été influencée par cette expérience traumatisante. Ensuite, Paul ne veut plus travailler comme ouvrier. Bien que son intelligence et ses capacités professionnelles lui permettent de meilleurs salaires que la plupart des personnes il souhaite se détacher de son environnement afin d'entrer entièrement dans un milieu artistique d'amour libre. Ainsi, le procès a permis de créer deux personnes. Louise, une femme et mère parfaite, et Paul, un homme transgresseur. Le procès a été le lieu de l'inversion de l'accusation. Louise est devenue une victime tandis que Paul devenait un agresseur. Par ce renversement de l'accusation les auteur-e-s expliquent que le tribunal protégeait l'ordre social.

Image : Éditeur

30/07/2016

The blood cell par James Goss

Titre : The blood cell9781785941153.jpg
Auteur : James Goss
Éditeur : BBC books 2014
Pages : 252

Le futur lointain, mais une galaxie très proche, l'univers humain a décidé de construire une prison parfaite afin de prendre en charge les pires criminel-le-s possibles. Cette prison est construite dans un astéroïde. Les systèmes de sécurité empêchent toutes les entrées non autorisées et s'en échapper est impossible. Le Gouverneur de la prison essaie de faire en sorte que la vie de ses prisonniers/ères soit agréable. Mais, dans le même temps, des petites touches sont mises en place afin d'éviter que les prisonniers/ères ne se sentent à l'aise. Il est aidé par des gardiens et par une troupe de robots menaçants. Le gouverneur reçoit un nouveau prisonnier : 422 mieux connu sous le nom de Docteur. Bien que le gouverneur pense avoir compris qui est son prisonnier il se trompe lourdement. Car le Docteur, à peine arrivé, commence par s'échapper sans que personne ne comprenne comment. Pire, la prison semble de moins en moins bien fonctionner. Est-ce une coïncidence que le Docteur apparaisse justement à ce moment précis ? Et qui est la jeune femme, Clara, qui vient aux portes de la prison chaque jour sans que personne ne trouve son vaisseau ?

Le thème de ce livre est facile à trouver : la prison. Plutôt que de nous montrer ce que pense le Docteur l'auteur a préféré nous mettre dans la tête du Gouverneur. Celui-ci n'est jamais nommé. Bien que l'on sente que son identité ait une certaine importance on ne l'apprend qu'à la fin du livre. L'ouvrage nous décrit une prison et ses effets sur une population. Tout y est construit afin d'écraser les personnes. On n'en sort pas. On ne peut pas être contacté et sa famille ne peut pas venir visiter. Les couleurs, le mobilier (ou son absence) et les règlements sont tous fait pour atteindre deux objectifs. Le premier est de déshumaniser les prisonniers/ères. Le second est de permettre aux gardiens de justifier leur choix. Ce livre montre que l'on peut facilement détourner le regarde dès que les règles nous permettent de justifier cela. Malgré ce thème peu sympathique le livre réussit à être drôle. On s'amuse beaucoup devant la perplexité du gouverneur qui ne comprend pas de quelle manière le Docteur s'enfuit. J'aime aussi les apparitions de Clara qui suit un schéma de revendications simples tout en gardant une posture critique face à ses capacités à réussir. Au final, c'est un livre plutôt sympathique.

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*** Assez drôle et intéressant.
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Image : Éditeur

24/04/2016

The politics of german child welafre from the Empire to the Federal Republic par Edward Ross Dickinson

Titre : The politics of German child welfare from the Empire to the Federal Republic
Auteur : Edward Ross Dickinson
Éditeur : Harvard University Press
Pages : 365

L'histoire de l'enfance délinquante et en danger (voir en danger de devenir dangereuse) est assez longue. Elle débute durant le XIXe siècle alors que de nombreux réseaux et pays réforment leurs pratiques afin d'atteindre un idéal d'individualisation et de spécialisation. Ce livre s'intéresse à étudier un cas particulier : l'Allemagne. Pour cela, l'auteur dépeint le pays depuis 1840 jusqu'en 1961 (en laissant de côté l'Allemagne de l'Est). Le livre est constitué de 9 chapitres que l'on pourrait diviser en trois parties.

Les chapitres 1-5 prennent en compte la période 1840 à 1918. Cette période prend en compte l'Empire ainsi que la première guerre mondiale. L'auteur y montre de quelle manière la protection de l'enfance est conçue dans un contexte fortement christianisé et politiquement conservateur. La peur de la modernité et des actions des jeunes permet de mettre en place un réseau qui relie les acteurs privés et publics. Les acteurs privés sont majoritairement des mouvements catholiques et protestants. Les tensions entre les milieux religieux et avec les milieux publics sont fortes et aboutissent à la mise en place de garanties quant au fonctionnent des charités privées face à ce qui est vu comme un étatisme dangereux

La seconde période pourrait prendre en compte les années 1918-1945 soit les chapitres 6-8. L'auteur s'y intéresse à la République de Weimar et au nazisme. Il tente de montrer de quelle manière les crises de l'entre-deux-guerres impactent sur les réformes qui tentent d'être mises en place dans les milieux de la protection de l'enfance. Ces crises, en particulier économiques, ont un effet sur la pensée de l'aide sociale. Les théoricien-ne-s commencent à penser plus sérieusement l'eugénisme mais aussi la nécessité de choisir qui mérite d'être aidé. Ce mouvement est progressivement détourné par le régime nazi qui prend le contrôle de la protection des mineur-e-s et met en place des politiques criminalisantes et meurtrières.

Enfin, la dernière partie est dépeinte dans le dernier chapitre. L'auteur essaie d'y montrer de quelle manière les milieux intéressés par l'enfance essaient de dépasser le sinistre régime qui l'a dépassé. Bien que les acteurs étatiques soient réformées en partie les acteurs privés, eux, restent les même. De plus, les inquiétudes sont semblables à celles du XIXe siècle. Ce qui explique pourquoi les milieux catholiques réussissent à garder le contrôle de la protection de l'enfance. De plus, les craintes sont identiques puisque la modernité est pointée du doigt pour expliquer les problèmes de l'époque. Cependant, les réformes sont plus simples car les milieux anti-démocratiques ont disparu et les communistes aussi.

Ce livre, assez ancien, permet d'exemplifier un milieu particulier de l'aide sociale : la protection des mineurs. À l'aide de l'étude d'un cas particulier, l'Allemagne, sur un siècle il permet de montrer comment une politique publique est mise en place et réformée en traversant plusieurs crises et régimes. L'auteur montre aussi les continuités entre les époques tout en considérant le régime nazi comme une discontinuité dans l'évolution de l'aide sociale. Ainsi, ce livre permet de comprendre comme l'état providence a pu se mettre en place en même temps qu'une progressive démocratisation.

Éditeur

29/12/2015

Histoire des femmes en occident 5. Le XXe siècle sous la direction de Françoise Thébaud

Titre : Histoire des femmes en occident 5. Le XXᵉ siècle

Direction : Françoise Thébaud

Éditeur : Perrin 2002

Pages : 891

Il est difficile de présenter un tel monument. Et encore, je ne parle que du dernier tome, qui fait tout de même près de 900 pages, alors qu’il en existe quatre autres de l’antiquité à nos jours. Ce tome ne prend en compte “que” le XXᵉ siècle en occident soit l’Europe et les Amériques du Nord. C’est déjà beaucoup mais il est dommage de ne pas avoir pu avoir une perspective plus large. Encore une fois, l’Afrique, l’Asie et les Amériques du Sud sont totalement oubliés par un livre qui se prétendait universel mais qui reste très euro-centré quand il n’est pas franco-centré. Le livre est divisé en 19 chapitre et 4 parties. Le tout est précédé d’une introduction qui permet de remettre à jour les propos tenus dans le livre via un état de la recherche qui se veut complet et qui prend un tout petit moins que 60 pages.

La première partie, constituée de 8 chapitres, est intitulée La nationalisation des femmes. Derrière ces termes nous avons un certain nombre de contributions classées de manière chronologique puis thématiquement. En effet, ou nous peint le fonctionnement de la condition féminine entre la Première Guerre Mondiale et les années trente. Ceci permet aussi bien de montrer les premières revendications féministes du XXᵉ siècle que de nous montrer les modifications et résistances que connurent les sociétés européennes. Dans un second temps, on nous explique comment les femmes et les féminités furent pensés par les autorités de régimes fascistes, dictatoriaux et le nazisme. Nous avons donc une peinture complète qui part de l’Italie et de l’Allemagne en passant par Vichy et l’Espagne de Franco. Ceci se termine sur un examen des femmes en URSS.

La seconde partie, femmes, création et représentation, est constituée de 4 chapitres. Le premier est celui que j’ai le moins apprécié. L’autrice y décrit les manières dont les femmes sont pensées et représentées dans les productions philosophiques aussi bien féministes que non-féministes. J’ai trouvé la lecture difficile et peu intéressante. Par la suite, on trouve un chapitre sur la place des femmes dans la culture qui permet non seulement de créer un bilan sur l’entrée des femmes dans le milieu mais aussi d’expliquer pourquoi il est si difficile de réussir en tant que femme dans la culture. On continue sur un examen de la consommation de masse qui débute en s’adressant aux femmes en tant que maîtresses du foyer et, donc, premières concernées par les chats. La partie se termine sur un chapitre que j’ai beaucoup apprécié concernant l’image des femmes. Il est parsemé d’exemples que le noir et blanc et le format poche rendent moins facile à lire. Cependant, la lecture est très intéressante.

La troisième partie contient trois chapitres et se nomme les grandes mutations du siècle. Le but est de faire l’histoire de la seconde partie du XXᵉ siècle jusque dans les années 80-90. Le propos se concentre sur l’état social et ses effets non seulement sur la pauvreté mais aussi sur la maternité. Le dernier chapitre permet de poser la question de l’histoire du travail féminin, qui a toujours existé, et de sa transformation en salariat mais aussi des milieux dans lesquels les femmes se trouvent. L’autrice montre que bien qu’il y ait mutation dans la condition féminine celle-ci est toujours subordonnée aux hommes qui gardent la main sur les travaux et études considérés comme supérieurs.

Enfin, la dernière partie, en quatre chapitre, se nomme enjeux. Le premier chapitre pose la question de l’ascension à la majorité aussi bien civile que politique des femmes. L’autrice dépeint les premières tentatives d’accéder au droit de vote mais aussi d’être considérées comme civilement majeure. Elle montre des différences en Europe selon des lignes de fractures religieuses et géographiques. Un second chapitre montre l’histoire du féminisme dans les années 60 et 80. Ce chapitre permet de comprendre comment les mouvements féministes se sont reconstruits en abandonnant le droit de vote au profit d’autres luttes en faveurs du droit sur son propre corps. L’avant-dernier chapitre est une étude de cas sur le Québec qui permet de faire le lien entre différents mouvements féminins entre différentes époques et leurs impacts sur la société. Enfin, le livre se termine sur un chapitre qui examine les problèmes de la filiation posés par les nouvelles sciences de la procréation. L’autrice présente les arguments en faveurs ou contre ces droits ainsi que les problèmes qui peuvent exister. Dans une dernière partie, on nous offre des extraits d’écrits de deux femmes.

Ce livre est un monument qui fait partie d’un monument. L’histoire des femmes en occident fut une tentative non seulement de justifier d’une recherche mais aussi de créer un livre qui pose les bases de la connaissance à un moment particulier. Son âge implique que de nombreuses recherches plus récentes existent actuellement. Je me pose aussi la question de la légitimité d’un livre qui ne prend en compte que l’occident et, surtout, la France et une partie de l’Europe (la Suisse, encore une fois, est pensée comme un tout lorsqu’elle est mentionnée). De plus, cette histoire des femmes, et c’est l’époque qui le veut, ne prend pas en compte les problèmes concernant les sexualités ni les racismes. C’est à peine si les tensions entre féministes blanches et noirs aux USA sont mentionnées. Il est difficile de passer outre ce livre lorsqu’on s’intéresse au sujet mais il est nécessaire d’aller plus loin.

Image : Amazon

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01/12/2015

Tuf Voyaging par George R. R. Martin

Titre : Tuf Voyagingisbn9780575118676-detail.jpg
Auteur : George R. R. Martin
Éditeur : Gollancz 2014
Pages : 435

Haviland Tuf est un simple marchant. Il voyage de planètes en planètes au sens de l'ancien empire humain. Il est un amoureux des chats et un végétarien. Les affaires ne sont malheureusement pas florissantes. Depuis de longs mois il est bloqué sur une seule planète. Il décide donc de prendre, en dernier recours, un équipage. Celui-ci est constitué de mercenaires ainsi que de scientifiques. La mission confiée à Tuf est de se rendre à certaines coordonnées. Celles-ci sont proches d'un système qui serait maudit. Toutes les trois générations des épidémies s'abattent sur la population entière détruisant tout effort de sortir de l'âge de pierre. Mais les scientifiques pensent que ce n'est pas une simple légende. Ils pensent avoir trouvé les coordonnées du dernier vaisseau écologiste de l'empire terrien capable de détruire, ou de reconstruire, des planètes entières. Tuf, lui, n'est qu'un simple marchand mais il pourrait bien surprendre tout le monde.

Ce roman est constitué de plusieurs nouvelles reconstruites afin de les faire fonctionner ensemble. La structure est toujours la même : Tuf se rend sur une planète et un humain lui explique les problèmes rencontrés, après de nombreuses recherches Tuf propose une solution qui est acceptée et enfin celle-ci contient des effets inattendus et que les clients ne souhaitent pas mais Tuf part à la recherche de nouveaux clients. Chaque histoire est l'occasion d'observer comment Tuf va se rendre plus intelligent que les protagonistes et quelles sont les solutions qu'il offre. Mais, les nouvelles vont plus loin que ça. En effet, Martin commence par nous décrire un homme qui abhorre la violence, et le contact humain, amoureux de ses chats. C'est aussi un homme profondément honnête qui fait tout pour aller au bout de ses contrats. Mais, au fil des nouvelles, le personnage change. Il passe de marchand honnête à quelque chose de bien plus inquiétant. Les trois dernières histoires montrent un Tuf qui prend la capacité de juger et condamner certaines personnes et planètes. Bien entendu, Martin permet à tous les lecteurs et lectrices de justifier les décisions de Tuf. Néanmoins, certaines sont éthiquement difficiles à défendre. Haviland Tuf est donc un personnage à la Martin : ni un héros ni un vilain mais un être humain avec ses défauts. Personnellement, j'aimerais beaucoup savoir ce qu'il advient de Tuf dans le futur.

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***** Des histoires intéressantes et variées malgré un schéma identique et un personnage que j'ai beaucoup apprécié.

Image : Éditeur

22/11/2015

Dreamsongs: a rretrospective livre 1 et 2 par George R. R. Martin

Titre : Dreamsongs: a rretrospective livre 1 et 2isbn9780752890098-detail.jpg
Auteur : George R. R. Martin
Éditeur : Goliancz 15 mai 2008
Pages : 656 et 717

Avant de me relance dans Game oh thrones afin de coller à la saison j'ai voulu en savoir plus sur le travail précédent de George R. R. Martin. Quoi de mieux, pour cela, que de commencer par un recueil de nouvelles ? Ces deux tomes regroupent un certain nombre de nouvelles depuis sa jeunesse jusqu'à maintenant. Elles sont classées chronologiquement et thématiquement. Une présentation écrite par George R. R. Martin précède. Celle-ci lui permet d'expliquer la vie des nouvelles (parfois difficile) mais aussi ce qui se déroulait dans sa vie au même moment. Ainsi, on apprend quelles sont les premières histoires qu'il a réussi à vendre et avec quelles difficultés mais aussi les prix qui commencent à tomber malgré la difficulté d'écrire de manière professionnelle. Le dernier tome ajouter une bibliographie.

Il est difficile de présenter ces deux livres. D'une part je n'ai pas lu certaines nouvelles car je les possède déjà ou parce qu'elles font parties de livres que je compte lire plus tard. D'autre part les nouvelles sont diverses aussi bien en qualité qu'en genre. Alors que certaines, la première par exemple, sont loin d'être bonnes (bien que supérieure à tout ce que je suis capable d'écrire) d'autres sont tout simplement magistrales (Pear Shaped Man par exemple). Martin écrit aussi bien dans le registre de l'horreur, de la SF que de la fantasy voir du fantastique sans se soucier des frontières. En fait, il aime mêler les genres afin de raconter une histoire. Il y a donc du bon, du moins bon et du très bon. On peut aussi saluer le courage de publier ses premiers travaux nécessairement imparfaits. Ce sont donc deux livres parfaitement adaptés aux personnes qui souhaitent lire le travail de Martin depuis le début sans avoir à chercher toutes les différentes éditions des nouvelles.

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**** Un livre intéressant pour les fans qui souhaitent en savoir plus sur le travail de Martin.
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Image : Éditeur

07/09/2015

La naissance du tribunal pour enfants. Une comparaison France-Québec (1912-1945) par David Niget

Titre : La naissance du tribunal pour enfants. Une comparaison France-Québec (1912-1945) 1256740121.jpg
Auteurs : David Niget
Éditeur : Presses universitaires de Rennes 2009
Pages : 417

Comment l'enfance passe-t-elle de l'inconnu à la mise en place d'institutions de protections et de punitions ? Comme justifie-t-on la création de juridictions pénales spécialisées dans l’enfance ? Comment fonctionnent ces juridictions ? Ce sont quelques-unes des questions auxquelles le livre de David Niget permet de répondre. Au début du XXe et à la fin du XIXe un mouvement international de création de juridictions pénales séparées pour les enfants se met en place. Celui-ci aboutit à la création de la loi de 1912 en France, inchangée jusqu'en 1945, et celle de 1920 au Québec. Ces lois permettent la mise en place de cours spécialisées dans le jugement des enfants.

David Niget construit son livre en 7 chapitres. Les deux premiers permettent de nous expliquer comment la justice des mineurs pu être mise en place dans deux villes : Montréal et Angers. On y observe aussi le fonctionnement, sur le temps complet du livre, de la justice des mineurs. Un fonctionnement qui dépend aussi bien du contexte historique, des personnalités, de l'état de la philanthropie que de l'argent disponible. Les trois chapitres suivant s'intéressent à la manière dont trois comportements précis sont perçus et pénalisés : la violence, le vol et la sexualité. On observe, dans les trois cas, l'existence d'une économie informelle qui permet des arrangements entre les personnes. Mais aussi l'entrée en force de l'État qui souhaite contrôler et moraliser le fonctionnement des classes populaires. Ainsi, à Angers les plaintes pour viol n'ont lieu que si un arrangement est impossible. La sexualité, d'ailleurs, implique que la victime peut rapidement devenir coupable par le danger qu'elle fait porter sur la société et ses proches aussi bien du point de vue sanitaire que moral. Les deux derniers chapitres permettent à l'auteur d'examiner la mise en place, d'une part, du terme de l'incorrigibilité et de l'observation des maltraitances et, d'autre part, de nous montrer comment fonctionnaient les différentes mesures de la justice des mineurs. Nous avons, en conclusion, un livre très complet qui permet de comprendre dans le détail le fonctionnement local de la justice des mineurs.

Image : Éditeur