02/07/2017

Histoire de la sorcellerie par Colette Arnould

Titre : Histoire de la sorcellerie
Autrice : Colette Arnould
Éditeur : Tallandier 1992
Pages : 494

Durant la Renaissance de nombreux bûchers, dont en Suisse, furent mis en place afin de brûler l'une des menaces les plus importantes de l’époque : les sorcières. Mais identifier les personnes ne permet pas toujours de comprendre les raisons idéologiques derrière le massacre des sorcières. Colette Arnould essaie, dans ce livre épais, de nous expliquer de quelle manière, durant plusieurs siècles, la croyance envers le pouvoir des sorcières et leur danger s'est imposé et a permis des procès, la torture et la mise à mort d'un nombre impressionnant de personnes. Pour cela, elle se base sur de nombreux textes qui courent de l'Antiquité à quasiment notre époque.

Bien que le livre soit construit en 10 chapitres on pourrait l'expliquer en créant des parties plus courtes. La première et la seconde sont, en quelques sortes, l'introduction du livre. Dans les premiers chapitres l'autrice tente de nous expliquer de quelle manière le diable a été pensé et de quelle manière la magie a été construite. Pour cela, elle décide de partir de l'époque antique pour, ensuite, écrire un essai sur l'identité du diable durant l'Antiquité tardive et l'époque médiévale. Deux de ces chapitres sont assez difficiles à lire car assez laborieux dans l'écriture et l'explication. Suit un chapitre sur l'hérésie et sa signification dans le cadre de l’Église et de la société médiévale. Ces chapitres permettent de créer un fond idéologique sur lequel le reste du livre repose afin d'expliquer les raisons des bûchers.

Suivent trois chapitres qui permettent d'examiner la pensée de la sorcellerie comme un danger ainsi que la montée des outils qui permettent de s'y attaquer. L'autrice s'intéresse ici plutôt à la moitié de l'époque médiévale dès le XIème-XIIème siècle. Elle y met en évidence les décisions des papes mais aussi les créations de l'Inquisition et de leurs droits dans le monde médiévale. Plus important encore, elle explicite le fonctionnement des textes démonologiques qui parlent du diable et de la sorcellerie. Après ces chapitres on comprend mieux comment une frange de la société pense le monde, malheureusement l'autrice n'explique pas de quelle manière cette pensée se répand dans le peuple.

Enfin, les chapitres VII et VIII entrent dans le vif du sujet en examinant les débuts des procès de sorcellerie. L'autrice explique de quelle manière les textes et idées précédentes sont utilisés afin de s'attaquer aux personnes incriminées et justifier l'usage de la torture ainsi que de la mort. Ces chapitres décrivent une époque, qualifiée de Renaissance, durant laquelle la raison fonctionne en même temps que les croyances en des pouvoirs supérieurs (ce qui n'est pas forcément incompatible). Ces deux chapitres permettent à l'autrice de mettre en avant son hypothèse principale. Selon elle, les procès de sorcellerie sont à la fois un outil politique et un indice d'une "société malade". L'autrice explique que, pour elle, les inquisiteurs, le peuple, les religieux et religieuses sont victimes d'une forme de pathologie mentale. Ces chapitres continuent sur la fin des procès avec une ouverture sur notre époque qui marque, pour l'autrice, une continuité d'une forme de croyance en certains pouvoirs mais avec un diable qui n'a plus rien à voir avec le danger qu'il créait à l'époque médiévale.

Les premières pages de ce livre ne sont pas faciles à lire. La lecture me fut laborieuse et, semble-t-il, je ne suis pas le seul à l'avoir ressenti. Mais, les deux premiers chapitres passés, les choses deviennent de plus en plus intéressantes. Cependant, il me semble dommage que l'autrice laisse transparaitre une forme de mépris pour les personnes de l'époque. Bien que l'on puisse condamner les raisons politiques et idéologique de la mise à mort de femmes, qualifiées de sorcières, il faut aussi prendre en compte une époque, ses tensions, ses problèmes. Personnellement, je ne suis pas totalement convaincu par l'hypothèse de l'autrice. Si je dois faire une comparaison, le livre de Silvia Federici me semble bien mieux réussir à prouver son hypothèse.

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17/07/2015

Les anormaux. Cours au Collège de France, 1974-1975 par Michel Foucault

Titre : Les anormaux. Cours au Collège de France, 1974-1975
Auteur : Michel Foucault
Éditeur : EHESS, Gallimard et Seuil mars 1999
Pages : 351

Michel Foucault, malgré les problèmes évidents que son travail pose, est l'un de mes auteurs préférés. Bien que je considère avant tout comme un boute à outil bien utile pour comprendre certains faits sociaux cela ne m'empêche pas de le lire avec plaisir (à défaut de tout comprendre). Ses livres peuvent être ardus mais ses cours au collège de France le sont un peu moins. C'est aussi un bon moyen de voir la pensée de Foucault en construction avant la rédaction d'un ouvrage (ou pas, parfois il annonce des livres qui ne sortiront jamais). Cette édition, comme d'habitude, reprend le cours proprement dit et ajoute son résumé ainsi qu'une situation écrite par Valerio Marchetti et Antonella Salomoni. Cette situation permet de placer le cours dans la pensée de Foucault, l'époque ainsi que la recherche de l'époque et la méthode de travail de Foucault.

Dans ce cours Foucault se pose la question de la construction des anormaux. En particulier, il essaie de comprendre comment la psychiatrie est devenue un moyen de tester l'anormalité dans le cadre judiciaire. Foucault définit trois types d'anormaux. Il y a le monstre qui montre une violation des lois naturelles et sociales. Ce dernier est un mélange d'attributs qu'ils soient humains et animaux ou de des sexes. Ce qui permet à Foucault d'analyser quelques procès d’hermaphrodites. Cette catégorie deviendra celle des personnes dangereuses dont la psychiatrie doit analyser le degré de dangerosité en vue d'une décision judiciaire qui prenne en compte le danger, la possible rééducation et la possibilité de libérer l'individu. La seconde catégorie est celle des onanistes. Foucault considère que cette catégorie a deux origines. Tout d'abord, il y a la mise en place de questionnements de plus en plus précis afin de permettre la repentance ecclésiastique sous la forme de la technique de l'aveu. Ensuite, il y a une croisade contre la masturbation qui se forme sous le fonds d'un changement de relations entre les familles et l'état. L'état prend en charge l'éducation mais laisse la sexualité aux mains des familles. Un grand nombre de livres et de techniques existent afin d'éviter la pratique de la masturbation chez les enfants. Que ce soit la surveillance, les liens ou des actes chirurgicaux. Enfin, il y a l'individu à corriger que Foucault ne développe que dans le dernier cours. Ce dernier est principalement un élève que l'on doit dresser aussi bien moralement que physiquement afin qu'il accepte les règles sociales (et scolaires)

Que penser de ces 11 cours donnés par Foucault ? Bien qu'ils soient moins denses et moins compliqués à lire que ses livres ils restent tout de même d'un certain niveau. On retrouve aussi plusieurs thèmes qu'il développera dans son Histoire de la sexualité. C'est, par exemple, le cas du discours sur la sexualité ainsi que la mécanique de l'aveu. Ce cours est aussi un moyen de comprendre comment se sont formés les discours psychiatriques dans le milieu judiciaire. Ceux-ci ont la tâche de devoir évaluer la dangerosité d'une personne présumée innocente (mais qu'on considère dangereuse...). Les discours que Foucault analyse sont basés sur des termes anciens et/ou peu précis qui permettent surtout de donner l'avis du psychiatre sur une personne plutôt que de créer un discours scientifique. Ces cours sont donc un bon moyen de remettre en question la manière dont on parle des personnes dites dangereuses et dont on analyse leur dangerosité. Ce travail reste, aujourd'hui encore, d'actualité.

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09/08/2014

Surveiller et Punir. Naissance de la prison par Michel Foucault

Titre : Surveiller et Punir. Naissance de la prisonproduct_9782070729685_195x320.jpg
Auteur : Michel Foucault
Éditeur : Gallimard 1975
Pages : 360

La prison, la justice, la gestion de la délinquance sont des thèmes qui font régulièrement l'actualité. Mais d'où viennent ces différentes formes de réponses à l'illégalité? Alors que les prisons sont en ébullition en France, tandis que le Groupe Info Prisons fait ses premiers pas, Michel Foucault décide de faire la généalogie de la prison après avoir analysé l'enfermement des fous et des malades.

Foucault analyse cette histoire en quatre parties. La première, nommée supplice, ainsi que la seconde, punition, permettent à Foucault de montrer que, avant le secret de la prison, la peine devait être subie en publique. Tout l'appareil lancé contre la délinquance visait à créer un spectacle que les gens honnêtes se devaient de voir et même, parfois, de réagir face à des décisions trop ou pas assez sévères. Les pendaisons avaient lieu en publique après une cérémonie d'aveu de la part de la personne coupable. Aveu qui pouvait permettre d'attaquer des complices.

La troisième partie, discipline, est celle que je trouve la plus intéressante. En effet, on y trouve de nombreux concepts qui peuvent nous permettre de mieux comprendre comment fonctionne, en partie, notre société. Le premier chapitre parle des corps dociles. Dans celui-ci nous trouvons les discours qui théorisent la disciplinarisation des corps des citoyens. Celle-ci se forme aussi bien dans la caserne que dans les écoles. Le moyen est de contrôler plusieurs choses dont l'espace, les activités, le temps et leur combinaison. Le second chapitre nous offre une réflexion sur le dressement. Ce qui m'y a le plus intéressé est l'analyse des examens. Ceux-ci permettent non seulement de classer mais aussi de normaliser les connaissances et les résultats de chacun en direction d'un idéal précis d'utilité pour la société. Enfin, nous avons le chapitre nommé panoptique. Ce concept est probablement l'un des plus intéressants, en tout cas selon moi, de la réflexion de Foucault. En effet, à travers une idée architecturale Foucault découvre un dispositif de pouvoir. Un dispositif qui permet de penser la surveillance totale et anonyme de toute une population. Bien que le panoptisme soit un idéal impossible à atteindre, et heureusement, il reste très intéressant à utiliser pour comprendre notre société actuelle et ses envies de surveillance. Enfin, la dernière partie s'intéresse à la prison. Foucault y analyse autant la mise en place de l'idée de prison, son architecture, que le lien entre la justice et la délinquance. Autrement dit, comment la délinquance fonctionne en relation avec la prison. Là encore, on trouve des analyses intéressantes pour la réflexion actuelle.

Au final je ressors d'un livre dont j'ai souvent lu des extraits. C'est un ouvrage qui m'a offert beaucoup pour ma réflexion bien que je le regarde d'une manière critique. Foucault fait une histoire basée sur les discours mais n'observe pas vraiment les pratiques. Ainsi, les exemples de règlements qu'il nous offre n'ont probablement jamais pu être mis en place. Ce que Foucault nous offre ce sont donc des outils que l'on peut utiliser pour comprendre notre société. Et ces outils, avec la réflexion qui y est liée, m'intéressent beaucoup.

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22/10/2013

La nudité. Pratiques et significations par Christophe Colera

Titre : La nudité. Pratiques et significations1couv_nudite.jpg
Auteur : Christophe Colera
Éditeur : Cygne 2008
Pages : 187

La nudité fait partie de ces objets que l'on n'ose pas trop étudier ni trop mentionner. C'est une forme d'être vue comme fondamentalement privée et l'observer avec un regard scientifique peut être difficile aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur de la discipline. Mais c'est aussi un sujet qui intéresse et qui fait parler de lui. C'est, en tout cas, un sujet qui m'intéresse. C'est la raison du choix de ce petit livre. Christophe Colera y étudie les pratiques et les significations de la nudité dans diverses cultures et civilisations selon un angle d'attaque qui porte sur la construction d'idéaux-types. Mais, avant de s'y lancer, il examine les aspects anatomiques et psychologiques. Ce qui lui permet de remonter à la préhistoire pour expliquer comment la nudité s'est probablement modifiée suite à la marche debout et à la perte des poils. Malheureusement ce chapitre pose aussi quelques problèmes puisque l'auteur y naturalise des comportements masculins et féminins. Ainsi, l'homme nu est vu comme dangereux alors que la femme nu est vue comme une invite qui ressent du plaisir suite à la passivité de sa dénudation par le mâle. Inutile de dire que je pense dangereux de naturaliser un comportement en ne prenant pas en compte l'histoire humaine depuis la préhistoire. De nombreuses cultures sont passées par là.

Dès le chapitre suivant l'auteur examine ses idéaux-types. Il commence par ce qu'il nomme la nudité fonctionnelle. Celle-ci, selon l'auteur, serait une nudité qui aurait lieu dans des endroits précis pour des buts précis. C'est le cas, par exemple, du bain ou du lit dans lesquels la nudité à une fonction d'aide à l'hygiène et à la sexualité. Mais il examine aussi la nudité qui a lieu lors de la mort qui peut avoir un aspect rituel en sortant du monde comme l'on est rentré. Ainsi que la nudité médicale qui est entourée de codes permettant de supprimer la composante érotique du nu. L'auteur y place aussi une nudité de classe qui aurait une fonction d'unification du groupe autours de valeurs communes.

Le second idéal-type est celui de la nudité comme affirmation. Que ce soit de manière politique ou artistique l'auteur y examine des pratiques qui permettent de créer une rupture dans l'ordre. Ces ruptures sont autant créées qu'aidées par la nudité. Par exemple, les manifestations nues des étudiant-e-s du Québec il y a quelque temps permettaient de valoriser le corps faible des étudiant-e-s face à un État fortement répressif. Ce côté politique peut se faire à côté comme être rattrapé par l'art. C'est le cas de certaines œuvres de Spencer Tunick qui peuvent fonctionner selon un idéal politique.

Le troisième idéal-type est celui de la nudité comme humiliation. Nous y trouvons une analyse de la dénudation pour reconstruire un ordre social. En effet, dénuder quelqu'un permet de punir un acte précèdent ou d'empêcher une destruction de l'ordre social (par exemple patriarcal). Ainsi, l'auteur montre le nombre important de dénudations de femmes en Inde dans un contexte de plus en plus revendicatif envers l'égalité. Il est dommage que l'aspect genré de la dénudation ne soit pas vraiment observée par Christophe Colera mais on observe que les femmes sont beaucoup plus humiliées que les hommes par la nudité. En effet, c'est un moyen de briser leur pudeur qui devrait, selon les hommes, être gardées par les femmes. Mais on y trouve aussi la nudité par la justice, que ce soit comme punition ou comme examen de la personne, et de la guerre. Est-il nécessaire de rappeler que le viol est une arme de guerre? La aussi les femmes sont les principales concernées.

Enfin, l'auteur termine sur l'idée de la nudité comme don. Que ce soit un don envers une personne connue ou un don envers un inconnu à l'instar de la pornographie le nu est vu ici comme un don des femmes envers les hommes. En effet, jamais l'auteur ne parle du nu masculin comme don. Mais les exemples cités montrent des femmes qui offrent leur nudité à dieu, aux hommes ou pour l’État.

Que peut-on dire de ce petit livre au final? J'ai apprécié l'effort important de synthèse général des cultures. Synthèse possible car l'auteur crée des idéaux-types qui, bien entendu, ne sont pas réels mais permettent de mieux comprendre le fonctionnement de la nudité. Mais je trouve que Christophe Colera mélange parfois les typologies. Ainsi, je pense que le nudisme des classes moyennes et supérieurs pourrait être considéré non comme une nudité fonctionnelle mais une nudité affirmative d'une capacité de passer outre l'animalité du sexe pour accepter le nu comme normal. L'auteur manque aussi les explications en terme de genre. Nombreux sont les exemples qui auraient mérité un examen sous cet angle qui aurait pu montrer une différenciation de la nudité masculine et de la nudité féminine. Au contraire l'auteur préfère naturaliser le nu féminin comme don et le nu masculin comme guerrier. À mon avis c'est une erreur importante. Cependant ceci n'empêche pas le reste du propos d'être intéressant si on est attentif à ces naturalisations.

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22/09/2013

La matrice de la race généalogie sexuelle et coloniale de la nation française par Elsa Dorlin

Titre : La matrice de la race généalogie sexuelle et coloniale de la nation française9782707159052.gif
Auteure : Elsa Dorlin
Éditeur : La découverte 2006
Pages : 307

Dans ce livre Elsa Dorlin tente de faire une histoire des discours qui ont entourés la formation de la race et des différences de sexe. Pour cela elle remonte au XVIIe siècle durant lequel un certains nombres de traités médicaux ont été écrit et qui régulent la vision des femmes et des races comme inférieures à l'homme blanc européen. Cette étude lui permet de nous expliquer comment les différenciations ont été théorisées et utilisées comme dispositifs de pouvoirs pour réussir à dominer très concrètement une partie importante de l'humanité. Pour ce faire elle construit trois parties.

La première partie examine la manière dont les médecins ont considérés le corps féminin et sa relation avec la maladie. Elsa Dorlin y démontre que l’infériorité considérée naturelle des femmes est construite dans leur fonctionnement face à la santé. En effet, selon Dorlin, les médecins de l'époque considèrent le corps féminin comme nécessairement malsain alors que le corps masculin est nécessairement sain. Ainsi, un homme malade est un homme qui se dévirilise alors qu'une femme saine est une femme qui se virilise. Ces considérations se basent sur la théorie des humeurs qui considère que les sexes, et les humains, sont différenciés par certaines humeurs qui impliquent aussi un mental.

La seconde partie examine la manière dont la nation est née entre le XVIIe et le XVIIIe siècle. L'auteure y montre comment les mères ont été créées mais aussi de quelle manière les médecins tentent de réguler, voir d'interdire, le travail des sages-femmes et des nourrices. Les premières sont vues comme des femmes proche de la sorcellerie qui, dans le secret, pourraient bien permettre aux femmes de perdre leurs enfants. Tandis que les secondes sont considérées comme dangereuses car le lait venant de leur corps et offert à l'enfant transmet les caractéristiques morales de la nourrice. L'auteure montre aussi de quelle manière les sages-femmes sont exclues de la profession médicale face aux hommes grâce à la mise en place de nouvelles normes. Cette partie permet aussi de comprendre comment un début de théorie raciale se met en place via les thèses de l'hybridation. Celle-ci permettrait de garder un peuple fort via l'adjonction d'un sang nouveau et l'esclavage pourrait être le moyen de la pratiquer.

Enfin, la dernière partie permet d'examiner la construction des races via l'exemple des colonies françaises. Elsa Dorlin montre comment la domination des hommes blancs sur les esclaves et les autochtones s'est construite et justifiée via le discours médical. Ainsi, par exemple, l'esclavage est théorisé comme un bien pour les populations déportées africaines car il permet de passer outre leur fainéantise et leur inconduite naturelle. Ce sont aussi des peuples capables de subir une forme de travail particulièrement rude. Dans ces thèses la fuite des esclaves est vue comme une anomalie qui peut être expliquée médicalement.

Ce livre permet donc de comprendre comment la nation française, masculine, s'est constituée à la fois face aux femmes et aux autres "races". C'est la mise en place de nombreux discours qui présupposent une infériorité du corps de l'autre qui permettent de considérer l'homme blanc comme supérieur et parfait. La domination est donc légitimée via la santé à la fois morale et physique des européens. La lecture en est très intéressante. L'auteure réussit à montrer comment les discours peuvent être concrètement utilisés comme dispositifs de pouvoirs et justifier une inégalité. Le livre permet aussi d'en savoir un peu plus sur l'histoire de la médecine et son fonctionnement face aux femmes et aux africains. C'est donc un ouvrage que je recommande chaudement.

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04/02/2013

Histoire de la virilité. L'invention de la virilité. De l'antiquité aux lumières sous la direction de Georges Vigarello

Titre : Histoire de la virilité. L'invention de la virilité. De l'antiquité aux lumières
Directeur : Georges Vigarello
Éditeur : Seuil 2011
Pages : 578

J'ai reçu ce (gros) livre en cadeau. Il pose la question de la virilité et de son histoire. En effet, si on ne naît pas femme mais on le devient il semble logique d'avoir la même position sur l'homme. Alors qu'elle est l'histoire de la masculinité et de cette vertu qui serait au centre des hommes: la virilité. Voila tout le programme de ce premier tome qui passe de l'antiquité aux lumières. C'est un gros morceau!

Assez logiquement le livre est divisé selon les périodes historiques classiques. On commence donc tout naturellement par l'antiquité et, en particulier, les civilisations grecques et romaines. Les deux grandes civilisations se retrouvent sur certains points tout en s'écartant sur d'autres. Ainsi, la pratique de l'"homosexualité" (que je met entre guillemet car le terme est anachronique) se retrouve aussi bien à Athènes qu'à Rome. Mais cette pratique consiste surtout en une différenciation entre passif et actif qui est valable et possible pour une période particulière ou/et face à une personne particulière. Il est ainsi bien vu, en Grèce, d'avoir une relation passive avec un homme plus âgé mais celle-ci ne doit pas dépasser l'entrée dans l'âge d'homme. La pratique du sport est aussi très différente. Chez les deux peuples elle permet l’entraînement à la guerre mais Rome refuse catégoriquement la pratique de la nudité dans le sport alors qu'elle est vue comme le sommet de la civilisation en Grèce. La virilité porte donc surtout sur une capacité à prendre les armes et à se battre en lien avec des codes de comportements sociaux très précis.

L'époque médiéval et la période qui la précède est le lieu de profondes mutations. Les barbares sont à la fois des hommes parfaits et virils dans leur pratique de la guerre, bien que non-civilisés, et se romanisent. Mais, durant l'époque médiévale, c'est la guerre qui importe. Cette vision, un peu caricaturale, que les romains ont du barbare est corrigée par les auteurs. En effet, l'homme barbare considère la guerre comme importante mais les morts emportent aussi dans la tombe des objets ayant un lien avec la sociabilité et la force contre la nature. L'homme viril doit être capable de combattre et de mourir avec courage. Il doit être capable de frapper de toute sa force et de faire état de ses capacités par des vantardises exagérées. La sexualité et le combat sont donc brutes et directes.

S'ensuit la partie la plus importante du livre (8 chapitres) et la conclusion sur les lumières. L'époque moderne est tout autant l'occasion de mutation dans la vision de la virilité. Plutôt que la force brute les hommes modernes doivent être capables de grâce et de rhétorique. On peut expliquer ceci par une modification à la fois du rôle du noble dans la société française et de l'épée qui permet maintenant une escrime gracieuse et élaborée en direction de coup d'estoc plutôt que de taille. Le noble mâle doit être capable aussi bien de se battre que de faire la preuve d'un maintien de sois et d'une tempérance. Il doit prendre soin de lui et pouvoir combattre avec les mots dans le cadre de la société de cour. Cette période commence aussi à élaborer une construction de la virilité du roi qui doit se montrer et être montrée comme exemple (un chapitre entier y est consacré). Enfin, un dernier chapitre examine ce que les grandes découvertes et le contact avec des "sauvages" implique dans la vision de la virilité. Les sauvages sont-ils des hommes parfaits et forts épargnés par la civilisation ou de simples animaux instinctifs? La partie qui conclut le livre en parlant des Lumières est l'occasion d'examiner les mutations dans la pratique des jeux et du sport ainsi que le modèle populaire. Ce dernier montre une prégnance de la violence dans les lieux publics dont sont victimes les femmes comme possibles partenaires sexuels (de force s'il le faut). Mais créer une famille est un besoin tout aussi impérieux et implique une forme de virilité différente. Dans la famille l'homme doit dominer la femme et non le contraire.

Bien que j'ai beaucoup apprécié la lecture de ce livre je me dois de faire quelques critiques. Tout d'abord, ce premier tome permet de (dé)montrer qu'être un homme ne vient pas de sois. Cela implique de suivre des rôles et des rituels particuliers qui mutent selon la période considérée et la civilisation. Ainsi, notre vision de la virilité n'est absolument pas la même que celle de la noblesse française au XVIe siècle. Cette historisation de la virilité est nécessaire pour comprendre notre propre vision et les possibilités de changements.

Ma première critique concerne la place donnée aux époques antiques et médiévales. Celles-ci ne prennent qu'un quart du livre. Les chapitres les concernant sont très généralistes. J'aurais apprécié des chapitres plus pointus sur des points particuliers. Par exemple l'éducation, le sport et la pédérastie. Ce qui aurait permis de mieux comprendre les différences et les similitudes entre civilisations voir entre villes (Athènes et Sparte par exemple). Ensuite, les chapitres de ce premier tome se basent principalement sur les élites des différentes époques considérées. Par exemple, le chapitre sur la peinture et les portraits et très intéressant mais est-ce que le peuple les comprend? Je trouve que l'on oublie largement la population la plus importante. Mais ce point s'explique très probablement par le problème des sources. Difficile de savoir ce qu'un paysan du XVe siècle pense de sa virilité. Enfin, ce livre, comme souvent dans les livres d'histoire français. est très eurocentriste (si ce n'est franco-centré). On examine la virilité telle qu'elle a été conceptualisé dans le cadre de l'Europe et de deux grands exemples: la France et l'Angleterre (un peu). Les autres civilisations, antiques ou non, et pays sont ignorés. Mais n'y aurait-il pas des points intéressants à examiner en Égypte ou en Russie voir, pour aller plus loin, au Japon? Bref, cette histoire de la virilité oublie de dire qu'elle est une histoire de la virilité européenne. Mais ces critiques ne m'empêchent pas de considérer que ce livre est non seulement intéressant mais plaisant.

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12:20 Écrit par Hassan dans antiquité, Histoire, LGBTIQ, moderne | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : virilité, masculin, histoire | | | |  Facebook

23/11/2012

De l'horrible danger de la lecture par Voltaire

Titre : De l'horrible danger de la lecturearton221.jpg
Auteur : Voltaire
Éditeur : Éditions de Londres
Pages : 16

Voici un très court texte écrit par Voltaire en 1765. Il décrit une décision d'un fonctionnaire de l'Empire Ottoman suite à la découverte de l'imprimerie. Les décisions sont radicales. L’imprimerie est fortement condamnée à cause de sa capacité à faire circuler et à diffuser des idées qui pourraient ne pas être en accord avec les théories officielles. Comme toujours, quand un auteur du XVIIIe parle de l'Empire Ottoman il veut parler de la France.

Mais ce qui est intéressant, mis à part le texte lui-même, c'est la raison pour laquelle les Éditions de Londres ont édité, et fournissent gratuitement, un si petit texte? Cette maison d'édition publie seulement des livres numériques. Il y a de nombreux débats sur ce mode de lecture. Certains ont peur pour la culture. D'autres ont peur pour les auteurs. Et enfin on peut avoir un certain scepticisme face à ce changement de support. Le papier n'est-il pas beaucoup plus agréable? Ces critiques mènent à dénier tout caractère de lecture au support numérique quand on décide d'atteindre la plus extrême des pensées.

Mais ce que le livre numérique offre, et les Éditions de Londres le disent aussi, c'est la possibilité de diffuser de manière large et rapide des ouvrages et des idées. La connaissance peut atteindre des individus qui ne sont pas les cibles habituelles des éditeurs. C'est, d'ailleurs, aussi l'un des arguments de Doctorow.

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13:48 Écrit par Hassan dans contemporain, Livre, moderne, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lecture, diffusion | | | |  Facebook

27/09/2012

Le Prince par Nicolas Machiavel

Titre : Le Prince
Auteur : Nicolas Machiavel
Éditeur : Ebooks libres et gratuits
Pages : 116

Nous avons tous entendu parler de Machiavel. Son nom est devenu intemporel fixé dans l'adjectif machiavélique. On a tellement mal compris l’œuvre de Machiavel que cet adjectif est devenu la manière de décrire des personnes ou des actes particulièrement rusées et déloyales voir même perfide. Ce sont des termes plutôt négatif pour une œuvre bien plus riche. Le Prince n'est pas un traité qui décrit comment garder le pouvoir de manière "machiavélique". C'est un livre qui a été écrit dans le but d'analyser comment on doit prendre le pouvoir et l'exercer. Au contraire des Miroirs des Princes Machiavel ne décrit donc pas le gouvernement idéal mais un gouvernement nécessaire. Pour nous en faire la démonstration Machiavel utilise des exemples historiques et contemporains. Ceux-ci permettent d'illustrer les erreurs et réussites de chacun. Au final, ce n'est pas un livre de perfidie que l'on lit mais l'un des premier vrai traité qui analyse le pouvoir politique et son exercice.

Ce livre est injustement méconnu. Il est aussi injustement incompris. Machiavel a donné son nom à l'un des mots les plus défavorables de la langue française pour avoir écrit ce qu'il observait. Et pourtant ce qu'il écrit, bien que ce soit daté, est encore en partie valable. Certaines théories politiques trouvent leurs fondements dans ce traité qui parle aussi bien des relations internationales que du gouvernement interne au pays. Sa lecture permet donc de mieux comprendre certaines décisions prisent par certains gouvernements. Cependant, ce livre a été écrit en direction d'un prince et non d'une démocratie. Il ne faut donc pas oublier cette limitation bien que Machiavel parle aussi du cas démocratique de manière moins développée. En conclusion je conseille la lecture de ce traité qui est non seulement intéressant mais qui est aussi disponible gratuitement sur le site de l'éditeur (et sans DRM le livre vous appartient donc vraiment!).

10:10 Écrit par Hassan dans Livre, moderne, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : machiavel, le prince, traité politique | | | |  Facebook

18/08/2012

Discours de la servitude volontaire par Etienne de la Boétie

Titre : Discours de la servitude volontairearton68-a7855.jpg
Auteur : Étienne de la Boétie
Éditeur : Éditions de Londres
Pages : 40

Un classique que je n'avais jamais lu mais dont j'ai beaucoup entendu parler lors de différents cours. Le projet de ce discours écrit au XVIe siècle est de comprendre pourquoi on obéit. Pourquoi on accepte d'être les sujets d'un prince, d'un état ? La première idée qui vient à l'esprit concerne la puissance policière et militaire du prince. Mais, comme le dit de la Boétie, cette puissance est moindre face au nombre bien plus importants de sujets. D'ailleurs, les servants de cette puissance sont eux-même des sujets et on devrait expliquer leur accord avec l'état. Est-ce donc la lâcheté qui fait que nous acceptons les ordres de l'état sans nous rebeller ? Peut-être que c'est un début d'explication. Mais, à mon avis, de la Boétie donne deux autres explications bien plus intéressantes. Tout d'abord, ce qui permet à l'état de gouverner des masses c'est l'habitude. Celle-ci vient d'une histoire. On a toujours eu un état et nous sommes nés à l'intérieur de celui-ci. On nous apprend qu'il est nécessaire et qu'il faut le respecter et suivre ses ordres. On a là un début d'explication presque sociologique qui voit l'obéissance comme une domination. Nous ne sommes pas très éloignés du pouvoir symbolique de Bourdieu qui explique la domination non par les armes mais pas un nombre élevé de discours, d'institutions et de personnes qui servent l'état. D'ailleurs, de la Boétie explique aussi l'obéissance par les serviteurs. Ces derniers ont gagné à servir l'état. Ils ont eux-même aidé d'autres serviteurs qui gagnent à ce poste et ainsi de suite. Au final nous avons une gigantesque chaîne d'obligations et gains mutuels qui tiennent la société dans le giron du prince. Une chaîne incassable puisqu'elle tient tout le monde aussi bien les puissants que les modestes.

La préface considère qu'on parle beaucoup de ce livre mais qu'il est rare de l'avoir lu. Ce serait donc un de ces classiques de la pensée politique que personne ne connaît vraiment. Je suis donc fier d'avoir enfin pris le temps de le consulter. Mais que peut-on retirer d'un livre du XVIe siècle ? On peut, en tout cas, observer le génie d'un homme qui réussit à trouver des explications assez convaincantes pour être mentionnée encore de nos jours. En effet, les idées de la Boétie concernant le caractère non-violent de la domination de l'état sont plutôt convaincantes. Je ne dis pas que l'état ne peut pas s'appuyer sur des forces armées. Mais il suffit d'observer un peu pour se rendre compte que ces dernières n'expliquent pas pourquoi on obéit. En effet, pourquoi, par exemple, utilise-t-on l'heure d'été alors que personne ne vient nous punir si on s'y refuse ? Pourquoi accepte-t-on le pouvoir d'un professeur quand on est étudiant ? Pourquoi obéit-t-on à un policier dans la rue (outre l'arme) ? Ces questions, légitimes, ne peuvent être répondues que si l'on prend en compte les explications en termes de pouvoirs symboliques dont la Boétie est, à mon avis, un lointain précurseur.

Image : Éditeur

21/04/2012

Les adieux à la Reine

Le film qui m'intéressait le plus cette semaine revient sur l'un des épisodes les plus connus de l'histoire: la révolution française de 1789. Le film nous place à Versailles durant 4 jours depuis le 14 juillet. Nous y suivons une servante de la reine: Sidonie. Cette dernière est la lectrice de la Reine. Elle lui est profondément dévouée et on peut dire sans trop s'avancer qu'elle est prête à tout pour lui faire plaisir. Malheureusement, les jours de Marie-Antoinette sont comptés. En effet, non seulement les révolutionnaires sont très défavorables envers la Reine mais sa lubie de nommer comtesse madame de Polignac. Derrière cette amitié certains se demandent s'il ne se cache pas une relation plus inavouable... Sidonie tentera d'être présenter pour sa maîtresse alors que les événements se précipitent et que Versailles s'agite comme une fourmilière. Tandis que certains fuient d'autres décident de croire en la capacité du roi de défendre la noblesse.

Le film ne fait pas une histoire de la Révolution. Nous n'avons que quelques informations éparses et rarement la caméra quitte Versailles. Au mieux, elle se déplacera sur le pas de la porte du palais. Ce que le réalisateur nous montre c'est la manière dont les aristocrates qui vivent au palais subissent, comprennent et réagissent face à la prise de la Bastille et aux revendications de la population. Nous n'avons pas non plus beaucoup de visions du roi. La seule personne que nous pouvons connaître c'est Sidonie. Mais je ne crois pas que l'intérêt de ce film soit dans les personnages. À mon avis ce qui est intéressant c'est la manière dont on parle de Versailles. Elias montrait que le palais fonctionne autours du roi. Plusieurs phrases vont dans le sens de cette affirmation. Quand, par exemple, le bibliothécaire explique que tel riche aristocrate vit dans une petite chambre froide simplement pour avoir la chance de voir le roi de temps en temps. Ou encore, plus ouvertement, quand Sidonie explique que si elle quitte la cours elle ne sera plus personne. En effet, son identité c'est d'être la servante de la reine. Sans la reine qui est-elle? Nous avons aussi quelques scènes qui montrent le roi et son gouvernement se représenter devant les nobles qui accourent pour le voir. Tout fonctionne selon le roi centre de l'univers de Versailles. Ce sont aussi les réactions des nobles et servants qu'il est intéressant d'observer. De l'incrédulité on passe par la peur et la fuite à tous prix même celui du suicide. A mon avis, ce que nous offre ce film c'est une interprétation des derniers jours de Versailles à travers les yeux de Sidonie et de la reine plus que l'histoire d'une personne. Cependant, je ne considère pas avoir été conquis. Je ne suis pas certain de pouvoir en expliciter la raison mais le film m'a donné l'impression d'être poussif si ce n'est un peu arrogant. Je n'ai pas vraiment eu de plaisir à le regarder. Ce manque ne peut que jouer en sa défaveur. Ce n'est pas un mauvais film raté mais je pense qu'il est loin d'être bon.

Image: Allociné

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30/03/2012

Ecrits féministes de Christine de Pizan à Simone de Beauvoir sous la présentation de Nicole Pellegrin

Titre: Ecrits féministes de Christine de Pizan à Simone de Beauvoir41r7bt5jWvL._SL500_AA300_.jpg
Présentation: Nicole Pellegrin
Éditeur: Flammarion 2010
Pages: 254

Nicole Pellegrin nous présente, dans ce petit livre, les principaux auteurs féministes de l'histoire française. Elle commence par Christine de Pizan, une femme dont je n'avais jamais entendu parler jusqu'à maintenant, pour terminer avec Simone De Beauvoir l'auteure du Deuxième Sexe. Bien que les textes présentés dans cette anthologie soient majoritairement écrits par des femmes nous y trouvons aussi quelques hommes. Ces derniers sont au nombre de trois et permettent de démontrer que la lutte pour les droits des femmes n'est pas revendiquée que par ces dernières. Les différents textes qui ont été choisi dans le cadre de cette anthologie sont intéressants et permettent d’observer non seulement la variété des arguments et des luttes mais aussi de comprendre que les droits des femmes ont été revendiqués depuis le Moyen-Âge. Chacun des auteur-e-s sont précédés par une présentation écrite par Nicole Pellegrin. Bien que courte et synthétiques elles sont bienvenues puisqu'elles permettent à des lecteurs qui ne connaissent pas forcément les auteur-e-s de se faire une idée du contexte, de la vie et des idées qui les ont guidé-e-s.

Quand on présente une anthologie la première critique que l'on peut faire concerne le choix des textes édités. En effet, comme le dit Nicole Pellegrin, une anthologie est, par définition, arbitraire. Je suis très heureux d'avoir découvert des auteur-e-s que je ne connaissais pas mais la question que je me pose concerne surtout la fin du livre. En effet, pourquoi terminer avec Simone de Beauvoir? Je pense que cette anthologie aurait pu intégrer des textes plus récents comme, pour ne prendre qu'un exemple, des textes de Christine Delphy. Cependant, mis à part cette critique attendue et comprise par Nicole Pellegrin je n'ai pas grand-chose à déplorer. Cette anthologie permet de lire des textes célèbres que je n'avais jamais rencontré en entier comme la fameuse Déclaration des droits de la Femme d'Olympe de Gouges écrite en réaction à la Déclaration des droits de l'Homme. La lecture de ce livre est donc une belle opportunité de se frotter aux classiques du féminisme français et ces lectures m'ont donné envie d'aller plus loin.

Image: Amazon

27/11/2011

"vive la Commune!" de Louise Michel, "la Commune est proclamée" de Jules Vallès et "La guerre civile en France" de Karl Marx trois discours pour une révolution

Titre: "vive la Commune!", "la Commune est proclamée" et "La guerre civile en France"9782757822012.jpg
Auteurs: Louise Michel, Jules Vallès et Karl Marx
Éditeur: Points 2011
Pages: 62

La Commune est un événement révolutionnaire de l'année 1871. Alors que le Second Empire était en train de disparaître face à la Troisième République et que Paris était assiégée les citoyens de la Capitale agissaient seuls. Mais lorsque l'armée régulière tente de désarmer, en cachette, les citoyens parisiens ces derniers se soulèvent suivi, immédiatement, par les recrues qui étaient censées tirer dans la foule. La matinée a à peine montré le bout de son nez que la Commune était née! Ces trois discours ont donc cet événement particulier comme cadre. Le premier se déroule après la Commune. Il nous montre une partie du procès de Louise Michel. Cette dernière est une enseignante révolutionnaire qui aurait non seulement combattu dans un habit d'homme (un crime à l'époque) mais aussi demandé la mort des otages. Elle finira exilée au bagne. Mais son procès nous permet surtout de voir une femme possédant un fort caractère qui garde intact ses convictions appelant même le juge à la tuer! Le second discours est celui d'un journaliste, Jules Vallès, il devient un élu dans le cadre de la Commune mais il est aussi connu pour ses convictions révolutionnaires et sa défense farouche de la liberté d'expression. Enfin, nous avons le discours de Karl Marx. Il a été écrit très rapidement pour les travailleurs de Paris. Mais il s'est surtout transformée en une défense de la Commune qui venait d'être réprimée dans le sang. Il semblerait surtout que ce texte, en expliquant pourquoi la Commune a échoué, soit important pour comprendre la "nécessité" de la dictature du prolétariat. En effet, les communards n'ont pas organisé la classe ouvrière ni tenté de prendre le pouvoir sur la République. Ils se sont "contenté" de construire une démocratie que l'anarchisme ne renierait pas forcément.

Il est tout de même assez difficile de présenter un livre constitué de trois textes très différents. On passe d'un procès à un pamphlet tout en lisant un article de journal. Ces textes permettent surtout de comprendre les pensées de trois acteurs de cette révolution. Des personnes qui condamnent le fonctionnement de classe de la société et qui essaient de construire, intellectuellement ou non, une alternative. La Commune a échoué. Mais son histoire est-elle, pour autant, une simple annexe dans les livres? Au contraire, bien que je n'en sache que peu sur elle je sais qu'elle a été le lieu de nombreuses innovations. Par exemple, l'égalité des salaires entre les sexes y a été proclamée. Bien que les femmes n'avaient pas le droit de vote elles ont eu une forte influence sur l'activité politique de la Commune. De plus, de nombreuses lois de protections des travailleurs ont été proclamées avant même que l'idée ait germé dans la troisième république. Bref, c'est une histoire intense, riche et pleine d'enseignement!

Image: Éditeur

11:47 Écrit par Hassan dans Histoire, Livre, moderne | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : commune, paris | | | |  Facebook

11/05/2011

Histoire de l'identification des personnes par Ilsen About et Vincent Denis

Titre: Histoire de l'identification des personnes51FnAuN1I2L._SL500_AA300_.jpg
Auteurs: Ilsen About et Vincent Denis
Éditeur: La Découverte 2010
Pages: 125

Je l'ai déjà dit, je suis très intéressé par les thématiques concernant la surveillance surtout quand celles-ci sont en lien avec les nouvelles technologies de l'information et de la communication. C'est une littérature de plus en plus abondante, en est témoin la bibliographie à la fin de ce livre, mais semble qu'il manque un ouvrage synthétique sur le sujet. Ce tome de la collection Repère des édition de La Découverte a le but de créer cet ouvrage synthétique. Ici cette synthèse se fait d'une manière historique en analysant les différents usages et objets de l'identification des personnes depuis l'an mil jusqu'à nos jours.

Il y a donc cinq chapitres principaux qui sont autant de phases différentes dans le processus d'identification. Le moyen âge, ainsi, est connu pour l’inter-connaissance qui implique l'identification. Mais c'est oublier qu'il existe aussi de nombreux autres moyens de savoir qui se trouve en face de nous. Ceux-ci sont les sceaux mais aussi, et surtout, l'héraldique qui est devenu un véritable langage symbolique que des experts analysaient. Mais il existait aussi des papiers qui impliquaient un droit de traverser un territoire. Moins qu'une identification c'est surtout un prestige qui supporte le pouvoir d'un personnage le porteur n'étant qu'accessoire. Nous y trouvons aussi une volonté d'identifier les criminels selon leurs crimes en les marquant physiquement. L'époque qui suit voit l'arrivée de nombreux papiers qui permettent de contrôler les déplacements de certaines catégories de population. Dans une époque qui a connu de grandes épidémies il est parfois nécessaire de certifier son état de santé pour pouvoir voyager. Les registres se multiplient en permettent d'identifier les individus sans qu'il ne soit présent. Dans le même temps se développe les techniques de descriptions du corps qui devaient permettre d'assurer l'identification d'une personne.

L'arrivée de l'état-nation voit se confirmer la tendance à contrôler les personnes présentent sur le sol national. Il devient nécessaire de savoir qui est présent et quel est son statut. Non seulement pour savoir qui paie les taxes mais aussi pour contrôler l'entrée dans l'armée. Le contrôle de certaines "classes dangereuses" (ouvriers et étrangers) s'intensifient dans le même temps. Ce contrôle sera de plus en plus avancé dans la période qui précède la seconde guerre mondiale et qui a conduit aux abus que nous connaissons. Ce que nous pouvons voir se dessiner c'est, non seulement, une identification permanente et intégrée de tous les citoyens mais aussi, et surtout, un contrôle de qui a le droit de voyager dans les limites de l'état national. C'est pourquoi les étrangers commencent à être contrôlé en tout temps. Le début du XXIe siècle voit arriver une société dans laquelle seules les personnes identifiables peuvent accéder aux droits civils, politiques et de voyages excluant irrémédiablement ceux qui sont sans papiers ou qui refusent d'intégrer le système de surveillance. Mais, même en refusant, il est de moins en moins possible de sortir d'un système capable d’observer et d'identifier n'importe qui à l'aide de dispositifs de surveillances et de registres tentaculaires. Ce que cette démarche montre c'est que les moyens sont différents selon l'époque mais les outils visent trois points qui sont historiquement stables: les moyens d'identifications sont les même (corps, signature), les discours de légitimations qui visent à faire accepter la surveillance au nom de la prévention du crime et le contrôle des déplacements.

Il me reste à dire ce que j'ai pensé de ce livre. Tout d'abord, il ne faut pas oublier que nous nous trouvons face à un livre de synthèse. De nombreux points auraient pu faire l’objet de recherches et de développements plus poussé. C'est pourquoi il est nécessaire de se référer à la bibliographie qui permettra aux intéressés d'entrer plus profondément dans le sujet. Ensuite, ce livre n'a pour objet de créer un débat citoyen actif. Il souhaite poser des points que la recherche tient pour sur. Mais il ne prend pas véritablement parti pour l'une ou l'autre des parties bien que les auteurs s’inquiètent du manque de débat démocratique sur le sujet. Personnellement, j'aurais apprécié un livre plus critique mais ce n'est pas l'objet d'un ouvrage de synthèse. Il est aussi normal que ce livre ne soit pas passionnant. On passe très rapidement sur de nombreux sujets sans avoir le temps de les développer et permettre un intérêt. Les auteurs sont obligés de rester à la surface du sujet ce qui n'est jamais bon pour l'intérêt d'un livre. Cependant, je trouve qu'il est louable d'avoir écrit cet ouvrage et si on accepte son but les différentes informations qu'il donne permettent de comprendre comment l'identification a muté ou s'est pérennisée dans différentes périodes historiques. C'est, donc, un très bon ouvrage pour entrer dans le sujet et pour avoir des informations de base sur celui-ci. A noter, ce livre existe aussi en version numérique.

Site La Découverte et Widget de présentation

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07/11/2010

L'enfant et la vie familiale sous l'Ancien régime par Philippe Ariès

Titre: L'enfant et la vie familiale sous l'Ancien régime41NDASXTJML._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Philippe Ariès
Éditeur: Seuil 1973
Pages: 316

Philippe Ariès est l'un des historiens français les plus connu pour ses nombreuses œuvres. Ce livre a, d'ailleurs, eu l'utilité d'ouvrir une vision différente de la famille et de l'enfance. C'est donc un livre sur le sentiment familial et le sentiment de l'enfance. Il nous permet de nous rendre compte de la manière dont ce sentiment et l'enfance se sont développés au fil du temps jusqu'à devenir notre famille et notre enfance. Car cette manière de voir les liens dans une fratrie a une histoire courte. Alors que le moyen âge ne voyait pas l'enfant et qu'il l'envoyait tout de suite au travail la renaissance et l'époque moderne ont conçu, progressivement, une vision de l'enfance liée à une mise en place de la famille privée. Ariès nous accompagne dans ce voyage a l'aide de trois parties principales.

Tout d'abord, il tente de nous montrer comment le sentiment de l'enfance est né au-travers de la théorie des âges de la vie mais aussi par les jeux et les habits. On découvre une ancienne société qui portait plus d'importance aux jeux et à la vie commune qu'au travail mais aussi une société qui ne différenciait pas l'enfance des autres âges de la vie. Néanmoins, petit à petit, on verra que l'enfant n'est pas simplement un adulte miniature mais un état particulier auquel il faut faire attention. Petit à petit, on fera attention au langage et aux jeux tandis que l'on affublera l'enfant d'habits spécifiques. Dans un second temps Ariès nous montre comment l'école s'est développée depuis le moyen âge. Malheureusement cette partie, dans cette édition, a été coupé de la majeure partie de son développement. Enfin, l'auteur nous emmène dans la vie familial. Il nous montre comment celle-ci fut vue mais aussi comment elle se développa à partir d'une famille large et quasiment publique du moyen âge jusqu'à la vie familiale privée et centrée sur le groupe des parents et des enfants.

La famille et l'enfance ne sont pas mes thèmes préférés. Néanmoins, la lecture de ce petit livre a été très intéressante voir passionnante. L'écriture d'Ariès est simple à suivre et son analyse se double d'une utilisation très riche des sources et de l'iconographie de l'époque. Il est d'ailleurs dommage que nous ne puissions pas voir ces images puisque Ariès utilise souvent les tableaux pour illustrer ses propos. Si une critique doit être faites ce n'est pas vraiment envers l'auteur, bien que le livre soit ancien et donc dépassé par la recherche, mais envers l'éditeur. Ce dernier a décidé, en effet, de couper toute la seconde partie du livre pour ne garder que les parties conclusives des chapitres. Il nous est donc impossible de comprendre le cheminement intellectuel d'Ariès et nous perdons toute son utilisation des sources. Je pense pouvoir dire, sans exagérer, que ce découpage rend cette seconde partie inutile puisque incompréhensible. De plus, je considère que cette manière de faire est injustifiée de la part d'un éditeur connu dans une collection censée être sérieuse.

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11:30 Écrit par Hassan dans Histoire, moderne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : enfant, ancien régime, ariès | | | |  Facebook

05/08/2010

Les relations amoureuses entre les femmes par Marie-Jo Bonnet

Titre: Les relations amoureuses entre les femmes41N48RGM7RL._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Marie-Jo Bonnet
Éditeur: odile jacob 2001 (1995)
Pages: 413

Il y a longtemps que je n'ai pas lu de livres sur le féminisme ou féministes en voici donc un nouveau que je viens de terminer. Mais ce livre féministe et sur le féminisme voit les choses différemment des autres que j'ai lu. Celui-ci souhaite montrer l'importance des lesbiennes (anciennement dites tribades) dans le mouvement de libération de la femme. Un sujet sensible mais ce sont toujours les sujets sensibles qui impliquent les contestations les plus fortes. L'auteure souhaite donc y faire non seulement l'histoire des lesbiennes et de la vision qu'on en eut les hommes et femmes mais aussi l'histoire des apports des lesbiennes à la libération des femmes. Il faut bien l'avouer, c'est ambitieux.

Pour cela l'auteure nous convie à traverser plusieurs siècles de l'histoire des lesbiennes. En commençant au XVIe siècle lorsque les intellectuels de la Renaissance redécouvrent les écrits grecs dont les poèmes de Sappho. C'est à ce moment que l'on commence nommer les femmes qui aiment les femmes. Ces femmes qui cassent la vision patriarcale du monde en prenant habits d'hommes et en refusant le corps de l'homme. C'est aussi le siècle ou la répression fut la plus forte puisque la mort était un épilogue souvent invoqué.

Cependant le XVIIe siècle changea tout cela. En effet, les libertins étaient des hommes mais aussi des femmes dont certaines aimaient d'autres femmes. Bien que cette relation soit toujours pensée comme une dépravation morale la plupart de ses adeptes ne furent pas inquiétées. Le "saphisme" semblait si répandu que certains auteurs parlaient même de l'existence d'une secte de femmes qui s'y adonnaient. Mais rien ne prouve qu'elle ait existé bien au contraire. Cependant, sous cet apparente acceptation on découvre un voile d'incompréhension mais surtout les fantasmes des hommes libertins qui jouent à faire revenir les femmes saphiques dans le "droit chemin". La Révolution mettra un terme à cette expérience en enfermant les femmes dans un rôle d'éternels mineures.

Les XIXe et XXe siècles découvrent une répression sociale forte sur les lesbiennes. Mais surtout, ces siècles mettent en place un discours médical sur l'amour des femmes qui devient une maladie. Lorsque les médecins perdent leur crédibilité la psychiatrie intervient avec un discours qui a encore cours aujourd’hui. Les lesbiennes sont non seulement malade mais aussi infantiles dans leur désir d'avoir un pénis. Encore une fois, on rabaisse la femme et on lui impose le désir de l'homme et des hommes même lorsqu'elle désire une autre femme. Cependant le XXe siècle est aussi celui de la lutte féministe et de ses victoires. L'auteure essaie donc de nous montrer les liens que les groupes féministes font avec les lesbiennes et ce que ces dernières doivent et ont offert au féminisme.

En tant que lecteur je dois bien avouer avoir été conquis par ce livre. Le propos est parfaitement clair, très structuré et logique. De plus, l'auteure utilise un grand nombre de sources différentes ce qui est très appréciables dans un livre d'histoire. Certains historiens se contentent de la littérature secondaire. Néanmoins, il y a quelques imperfections. Outre l'aspect revendicatif du propos qui peut être vu négativement ou positivement selon le point de vue idéologique (les lesbiennes y sont dépeintes comme les avants-gardistes de la lutte féministe) on peut déplorer un certains franco-centrisme. En effet, la livre parle surtout des lesbiennes en France ainsi que des luttes féministes et des contre-attaques patriarcales françaises. Le reste du monde est quasiment oublié. Un second point de critique est que l'auteure nous offre les discours des élites qu'elles soient intellectuelles ou artistiques. En tant qu'étudiant en histoire je ne peux que me poser la question de la vision et de la vie du reste de la population. Enfin, je trouve que la dernière partie sur le XXe siècle n'est pas assez développée ce qui donne une impression frustrante d'inachevé. Mis à part ces quelques points je ne puis que recommander chaudement la lecture de ce livre aux intéressés et intéressées.

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Le livre sur le site de l'éditeur

29/07/2010

Quand les nations refont l'histoire. L'invention des origines médiévales de l'Europe par Patrick J. Geary

Titre: Quand les nations refont l'histoire. L'invention des origines médiévales de l'Europe51G9C0CkZRL._SL500_AA300_.jpg
Titre original: The myth of nations. The medieval origins of europe
Auteur: Patrick J. Geary
Traducteur: Jean-Pierre Ricard
Éditeur: Flammarion 2004 (2002 édition originale)
Pages: 242

Tout observateur du monde politique et international verra facilement que la question nationale est un sujet récurrent et émotif. Fréquemment, des politiciens utilisent l'histoire nationale pour justifier une différence culturelle et historique. Et encore, l'histoire peut même servir à justifier la création d'un nouvel état-nation. L'auteur de ce livre a donc souhaité mettre à plat les mythes nationalistes et montrer comment l'histoire a été utilisée pour les justifier. Ainsi, l'auteur nous montre comment le XIXe siècle crée l'idée actuelle de peuple. Une idée qui n'avait rien d'historique mais qui a été construite par des contextes et par des personnes précises. Plus encore, l'auteur nous montre que notre façon d'imaginer les peuples et les divisions entre eux n'ont pas été toujours utilisé. C'est pourquoi il nous envoie dans l'antiquité et le moyen âge. Nous y observons que les identités pouvaient coexister mais, surtout, qu'une personne pouvait "posséder" plusieurs identités. Ainsi, un romain pouvait aussi garder son identité culturelle "barbare".

Ce livre a le grand mérite de nous montrer à quel point le nationalisme est une construction récente. Mais il a surtout le mérite de ne pas oublier la force actuelle du nationalisme. Même récente cette idéologie explique et fonctionne pour notre époque. De plus, la manière de développer les façons différentes de se penser nous permettent de comprendre que nous notre identité n'est pas an-historique. Il est probable, un jours, que cette manière change radicalement. J'ai aussi beaucoup apprécié l'exemple des zoulous qui nous offre une illustration pertinente de la création d'un imaginaire nationaliste. Néanmoins, l'auteur semble vouloir s'ériger et porteur de leçon. En effet, l'auteur, américain, n'envoie ce livre que pour les Européens et leur lance un avertissement. Malgré les mérites du livre cette attitude pourrait être mal ressentie.

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08/07/2010

Géographie de la nudité. Être nu quelque part par Francine Barthe-Deloizy

Titre: Géographie de la nudité. Être nu quelque part51KFMAJCJML._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Francine Barthe-Deloizy
Éditeur: Bréal 2003 collectiond'autre part
Pages: 239

La nudité est fréquemment évoquée dans les médias. Que ce soit par des nouvelles intrigantes et drôles, par la publicité ou par des débats. Il est, en tout cas, clair que nous ne pouvons pas passer à coté de la nudité dans nos société occidentales. C'est pourquoi de nombreux travaux ce sont portés sur son histoire et sur sa signification dans différentes sociétés en plus de la notre. Ce livre reprend ces questions mais essaie d'en parler d'un point de vue géographique. Autrement dit, l'auteure se pose la question de la nudité selon les lieux où elle se pratique. Ce qui l'a mène tout d'abord à définir ce qu'est la nudité. Elle découvre que de nombreux peuples ont eu des visions différentes de celles-ci. Ces corps nus tatoués ne sont, justement, pas nus. Mais l'homme occidental, lui, connaît une vision de la nudité comme un moyen de circoncire les civilisés des sauvages. Les nus sont encore à l'état de nature, naïf ou animal, alors que l'homme civilisé est vêtu convenablement.

Dans un second temps l'auteure va poser, dans deux parties, la question du nu dans l'espace privé et dans l'espace public. L'espace privé est, actuellement, le lieu privilégié de la nudité solitaire. Mais cela ne fut pas toujours le cas et, au moyen âge, la chambre se vivait en commun alors que tout le monde allaient aux bains publics dans le plus simple appareil. Ce n'est que progressivement que le "rhabillage" se fit suivi d'un retour à l’hygiène des bains mais dans un cadre fermé et privé. Par contre, l'espace public est fondamentalement fermé à la nudité et celle-ci est fondamentalement transgressive. Que ce soit sous forme de fêtes avec les processions ou les streakers ou sous forme de manifestations. Ces dernières se multiplient et les campagnes de PETA en sont un exemple connus. La raison en est simple, les médias sont friands de ce genre d'actions et ne manquent pas d'en parler.

Une quatrième partie pose la question du naturisme et du nudisme. D'où ces doctrines sont originaires et quels sont les idéologies qui les sous-tendent. Mais, surtout, l'auteure analyse les endroits dans lesquels ces pratiques se font. On observe que ces lieux sont fermés au public, difficile d’accès et protégés. La spatialité forme, elle-même, un collectif qui rend le contrôle encore plus fort alors que les grands centres de tourismes naturismes montrent une individualisation croissante de la pratique.

Enfin, l'auteure se pose la question de la publicité. Elle observe que la forme du message peut avoir plusieurs composantes et se modifie selon le public visé et selon le but de la communication. Mais surtout, la publicité rend le nu visible dans la sphère publique alors que le nu est réprimé dans ce même espace public. Plus important encore, lorsqu'on observe ces publicités on y trouve une vision de la société. Loin d'être innocente la nudité publicitaire offre une idéologie du corps et des pratiques corporelles ainsi qu'une différence de genre. Les hommes sont "virils" et combatifs alors que les femmes sont apprêtées à la séduction.

Il reste à savoir si ce livre est intéressant. Indéniablement il l'est. Il est aussi très facile à lire et le propos est souvent plaisant. Durant sa lecture on se pose des questions sur les normes qui entourent la nudité et que nous avons incorporées. De plus, l'analyse sur le plan du territoire permet de développer un discours différent du discours historique ou sociologique. Néanmoins, j'ai souvent eu l'impression frustrante que l'auteure aurait pu aller plus loin sur de nombreux points. L'histoire est souvent tracée à grands traits généraux et la signification sociale des pratiques est très peu développées. Mis à part ces critiques l'ouvrage reste stimulant.

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15:31 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, moderne, moyen âge, sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nudité | | | |  Facebook

18/06/2010

La civilisation des moeurs par Norbert Elias

Titre: La civilisation des mœurs41Z8GQVH8SL._SL500_AA300_.jpg
Titre original: Über den prozess der zivilisation
Auteur: Norbert Elias
Éditeur: Calman-Lévy 1973 collection Pocket (1969 seconde édition originale)
Pages: 509

Difficile pour un simple étudiant de s'attaquer à l'une des œuvres de sociologie les plus connues et les plus appréciées. Difficile de parler d'un sociologue parmi les plus apprécié. En effet, bien que la reconnaissance fut tardive, l'apport de la pensée d'Elias à la sociologie a été plus d'une fois souligné. Et l'objet principal de cet apport fut le livre La civilisation des mœurs. Dans ce livre Norbert Elias essaie de comprendre comment l'occident fut pris dans un processus continu de civilisation. Comment l'occident put se considérer comme civilisé au terme d'un processus séculaire qui mena les hommes et femmes occidentaux à considérer être le summum de la civilisation à cause d'objets et de formes particulières. Tout d'abord le sociologue va définir le concept de civilisation et le confronter au concept de culture. Ceci en posant l'a priori que la culture est plus importante pour les allemands que la civilisation. Cette dernière étant plus importante pour les français et les anglais.

Ceci fait nous entrons dans la partie la plus intéressante du livre. Une partie surprenante car Elias prend de petits objets de la vie quotidienne, des rituels connus, et essaie de comprendre comment leur utilisation et leur forme a évolué durant le temps ainsi que pourquoi. Donc, Elias s'interroge tout autant sur l'usage du mouchoir et de la fourchette que sur la manière de se baigner, de manger, dormir et sur la sexualité. Au fil du texte Elias nous démontre que la renaissance et la période moderne sont une période charnière entre une civilisation "naïve" médiévale très ouverte et peu formelle et une civilisation beaucoup plus taboue et formelle. Par exemple, alors que l'on pouvait dormir à plusieurs dans le même lit au moyen âge la chambre devient un lieux privé et fermé aux étrangers.

Ce livre n'est pas seulement surprenant à cause des objets analysés par Elias mais aussi plutôt plaisant à lire surtout lorsqu'on a passé la première partie qui est beaucoup plus théorique. Elias nous donne de nombreux exemples de textes de bienséances ce qui nous permet de nous rendre compte par nous-même des changements temporels. C'est après ces textes que nous pouvons trouver les analyses d'Elias. Les conclusions de ce dernier semblent logiques et très éclairantes. Grâce à lui nous comprenons mieux comment notre civilisation occidentale a évolué et s'est développée. Néanmoins, il serait intéressant de connaître les critiques qui ont été faites contre Elias. Je pense, par exemple, que le livre Norbert Elias et la théorie de la civilisation. Lectures et critiques dirigé par Yves Bonny pourrait nous y aider.

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14/01/2010

L'histoire contre l'extrême droite: les grands textes d'un combat français (Vincent Duclert directeur)

Titre: L'histoire contre l'extrême droite: les grands textes d'un combat français51V7KJ6ZFVL._SL500_AA240_.jpg
Auteur: Vincent Duclert directeur
Éditeur: Mille et une nuits 2002
Pages: 121

Encore une fois je vais parler d'une collection de texte. Mais cette fois cette anthologie est, je trouve, mieux construite que celle sur le Communisme. Car la nous avons un livre construit d'une manière plus rationnel. L'histoire contre l'extrême droite a un but facile à trouver: montrer que l'extrême droite est hors de toutes traditions démocratiques ceci e utilisant de grands textes liés à des contextes historiques connus. Nous avons donc la lutte contre le Poujadisme, l'affaire Dreyfuss, tous les textes concernant l'avant et l'après seconde guerre mondiale sans oublier l'Algérie et ce qui est nommé "le retour des extrêmes". En tout ce sont 80 textes écrits par des noms encore connus, d'autres moins, mais tous concernant un minimum l'extrême droite.

Néanmoins on peut se demander si ce livre est vraiment bien construit. Premièrement, et les évènements que j'ai cité le prouvent largement ainsi que l'introduction qui l'avoue, il oublie totalement les autres pays. Seule la France est concernée et utilisée. Pas d'Allemagne, pas d'Italie, d'Angleterre ou que sais-je encore? A mon avis, c'est un oubli difficile à justifier car l'extrême droite n'est pas que française et la lutte contre non plus. En second lieu, j'ai beaucoup aimé lire ces différents textes mais j'ai été frustré. Déjà je trouve souvent que les extraits sont trop courts. Ceci pourrait être oublié si Duclert avait écrit une introduction plus grande aux différents textes. En effet, ma seconde critique sur ce point est que je trouve la contextualisation trop sommaire. On ne comprend pas toujours le pourquoi du comment des propos des différents auteurs. Bref, un livre intéressant mais il sera encore plus intéressant de lire directement les textes cités.

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07/01/2010

Le communisme textes choisis

Titre: Le communisme textes choisis3ba9017b42a0f5f7e26b1210.L._AA240_.jpg
Auteur: le Collectif Entremonde
Éditeur: Entremonde 2008
Pages: 106

Encore un livre sur une idéologies. Celui-ci nous donnes quelques extraits de textes écrits par de grands auteurs du communisme et de l'anarchie (leurs noms sont sur la couverture). Ces dernier couvrent une large chronologie du XIX au XX siécle. Le collectif qui a choisis ses textes ne semble pas avoir voulu créer un choix représentatif mais un choix propagandiste (si je puis dire ainsi). La plupart de ces textes ont pour point commun de parler de révolution. Hors, nous le savons, la révolution est une doctrine abandonnée dans le socialisme actuel. est il possible que le collectif Entremonde souhaite retrouver ce but dans les idées socialistes? En tout cas ils disent vouloir passer outre les erreurs du passé, l'URSS qui n'était communiste que par son nom, pour retrouver une véritable idéologie pure du communisme.

Par la lecture de ces textes le Collectif souhaite, en fait, offrir une base de réflexion pour un nouveau socialisme. Un socialisme qui ne déboucherait pas, en cas de victoire, sur l'URSS mais sur la liberté en détruisant immédiatement et l'état et la propriété privée. Ce sont donc des textes intéressants. Des textes malheureusement tronqués, non-contextualisés ni commentés et donc qui ne permettent pas de comprendre les pensées des auteurs. C'est malheureusement la compréhension que j'aurais apprécié avoir. Mais il semble que ces textes, par leur choix, nous en apprennent plus sur le collectif Entremonde que sur Marx, Kropotkine ou tout autre.

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09:55 Écrit par Hassan dans contemporain, Livre, moderne, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : communisme | | | |  Facebook

30/12/2009

L'invention de la culture hétérosexuelle par Louis-Georges Tin

Titre: L'invention de la culture hétérosexuelle612ExdOT8JL._SL500_AA240_.jpg
Auteur: Louis-Georges Tin
Éditeur: Les éditions Autrement 2008
Pages: 201

Voila un petit livre qui pourrait choquer certaines personnes car ce livre a un but: prouver que l'hétérosexualité n'est pas originaire de la nature mais d'un programme culturel. Pour cela l'auteur s'est consacré à trois thèmes précis: la culture des chevaliers, celle de l'église et celle de la médecine. Ceci depuis le moyen âge jusqu'à maintenant. En lisant ce livre on découvre que la culture hétérosexuelle comment à exister depuis le XII ème siècle. Auparavant, l'homosocialité règne avec son culte de l'amitié virile et son mépris de la femme. Mais il ne faudrait pas croire que la femme soit mieux traitée après l'arrivée des troubadours. Elle reste un objet.

On découvre une résistance sur deux points. Les chevaliers résistent car la virtus de l'homme est en danger de molitia à cause de l'amour. L'église résiste car l'attirance pour la femme crée un problème de sexe. Les deux essaient de bloquer cette nouvelle hétérosexualité et traitent avec elle (par traiter j'entends bien sur un dynamisme culturel et social inconscient). L'église, par exemple, essaie de substituer le culte de la femme par le culte de la Vierge, mère de Dieu et donc possible receveuse de l'amour destiné à Dieu. On trouve aussi l'idée médicale selon laquelle l'amour est une maladie qu'il faut traiter. Cette idée restera longtemps.

Néanmoins, le champs médical deviendra bientôt un ami des hétérosexuels en créant un individu vraiment malade: l'homosexuel. Ce dernier regroupe les tares de l'amour. Il est molitia, efféminé, et est fauteur de péché sexuel. C'est donc le bouc émissaire tout désigné de la nouvelle culture. Cette dernière étant, au XX ème siècle, victorieuse. Tellement victorieuse que l'existence d'anciens artistes ou grands hommes probablement coupables d'homosocialité ou d'homosexualité créent un problème: comment les faire découvrir aux enfants tout en leur évitant de voir leurs tendances? C'est ici que j'ai eu ma plus grosse surprise. J'ai découvert que certains livres offerts durant le cursus scolaire sont expurgés de leur contenu et même modifiés.

C'est donc un livre très intéressant que nous offre Louis-George Tin. Néanmoins, c'est un livre inachevé. Il réussit à prouver la création de la culture hétérosexuelle mais il passe trop rapidement sur des points importants. Cependant, l'auteur a l'honnêteté intellectuelle de reconnaitre ce manque. Il considère son livre non comme une synthèse mais comme une ouverture pour des recherches futures. Espérant qu'elles existeront.

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14/09/2009

Jeunes, déviances et identités -XVIIIe-XXe siècle

Titre: Jeunes, déviances et identités -XVIIIe-XXe siècleimg_1139845213707.jpg
Auteur: sous la direction de Jean-Claude Vimont
Éditeur: Publication des Universités de Rouen et du Havre 2005
Collection: les cahiers du GRHis numéro 15
Pages: 157

Encore une fois, j'ai décidé de prendre un livre sur la jeunesse. Celui-ci a été mis en place après les évènements des Banlieues en France et dans le but d'expliquer, en partie, ce qu'est la déviance chez les jeunes. Pour cela, il utilise les contributions de plusieurs chercheurs dont une partie, et cela doit être souligné, sont encore étudiants. Ce que ce livre montre c'est que la déviance des jeunes est, principalement, une affaire d'étiquette. On découvre, par exemple, que la violence en bande ne date pas de ces dernières années mais a une histoire plus locale dans les groupes de jeunes des villages qui se battaient pour leur identité locale et pour les filles du village. Alors que les notables condamnaient cette violence les membres de la communauté villageoise l'acceptaient ou l'aidaient au nom de l'honneur du village et de la vigueur de la jeunesse. Y apparaissent aussi, dans ces étiquetté déviants, beaucoup de jeunes ayant souffert d'un environnement mauvais pour leur éducation et qui sont envoyés dans des colonies ou des maisons de corrections qui les mettent en contact avec des jeunes dont la déviance est de forme plus violente.

Plus près de nous, on découvre que la peur des jeunes, au XXe siècle, ne date pas, encore une fois, de ces dernières années. La France de l'après guerre en 1950 craignait ces jeunes qui volaient, se battaient ou avaient perdus leur parents à cause de la guerre et dont l'attitude, durant celle-ci, était valorisée. Alors qu'ils avaient le droit de se battre et de se débrouiller pour trouver de quoi subsister durant la guerre, la société leur refuse ce droit qu'ils ont toujours eu lorsque la guerre se termine. Cette peur, logiquement, continue avec les blousons noirs des années 60 et 70 pour reprendre en ce moment avec les casseurs. C'est ici que prend place la dernière contribution qui détruit l'idée des banlieues et des jeunes casseurs que nous avons à travers les médias. L'auteur nous décrit des jeunes qui refusent la culture française mais qui ne connaissent pas leur propre culture, des jeunes qui se battent pour être virile mais aussi des jeunes qui souhaitent un ordre et qui se sentent abandonnés par la société française. Un livre large, bien que court, qui a le mérite d'utiliser les contributions de jeunes étudiants et d'essayer de comprendre ce que sont vraiment ceux que l'on nomme les "jeunes à problèmes" grâce à l'histoire.


Image: site de l'université de Rouen.

09:48 Écrit par Hassan dans contemporain, Livre, moderne | Lien permanent | Commentaires (9) | | | |  Facebook

13/08/2009

Jeunesse oblige. Histoire des jeunes en France XIXe - XXIe siècle

Titre: Jeunesse oblige. Histoire des jeunes en France XIXe - XXIe siècle 9782130566922.jpg
Auteur: sous la direction de Ludivine Bantigny et Ivan Jablonka
Éditeur: Presses universitaires de France 2009
Collection: Le Nœud Gordien
Pages: 307

L'histoire de la jeunesse est une histoire difficile à raconter et analyser pour plusieurs raisons: nous avons été ou sommes tous jeunes, les discours sur la jeunesse sont le plus souvent déclamé par des personnes ne faisant pas partie de cette catégorie et la jeunesse, comme le dit Bourdieu, n'est qu'un mot. Autrement dit, la jeunesse est une catégorie sociale fluctuante puisqu'elle dépend de nombreux facteurs particuliers aux contextes ou on la définit. C'est donc un recueil difficile dans lequel se sont lancés Ludivine Bantigny et Ivan Jablonka puisque la définition de l'objet change selon la période ainsi que le nombre de sources disponibles (comme le souligne Jean-François Sirinelli dans la préface). Honnêtement, après l'avoir lu, je pense que c'est un paris réussi.

Divisé en trois parties le livre nous fait naviguer du XIXe au XXIe siècle. La première partie parle du XIXe siècle et nous informe sur les étudiants et la façon dont on les voit. La jeunesse rurale dont les espoirs permettent d'empêcher leur révolte ainsi que du sentiment de jeunesse de la France face à la vieillesse de l'ancien régime. La seconde partie, elle, nous transporte dans la première moitié du XXe siècle lors des quatre guerres que connu la France. Elle démontre le besoin de reconstruction du pays par un discours sur la jeunesse mais aussi le sentiment de dégénérescence des "vieux" qui ont échoué lors de la seconde guerre mondiale. Cette partie de l'histoire est une sorte de recherche de revitalisation de la France par les Jeunes mais aussi leur sacrifices par les blessures de la seconde guerre mondiale et de la guerre d'Algérie. Pour terminer, la troisième partie prend en compte l'histoire des jeunes jusqu'à nos jours. Nous passons donc à travers le rock, la culture jeune, etc. Mais surtout les collaborateurs nous expliquent les sentiments de rejet de la jeunesse dites immigrées qui ont aboutis à différentes émeutes dont la dernière est celle de 2005. Nous recevons aussi les explications de la perte d'importance de l'armée qui de passage de l'âge adolescent à l'age adulte est devenu une simple perte de temps et d'argent. Enfin, une contribution nous montre les changements de l'attitude sexuelle tout en démontrant que les femmes restent les gardiennes de la prévoyance sexuelle et du passage de l'état célibataire à l'état maritale.

Cette énumération non exhaustive montre un livre dense. Néanmoins la taille du livre et des contributions empêche d'analyser en détail chacune des thèmes soulevés. Bien que je n'ai que peu d'intérêt pour l'histoire du cinéma, de l'économie ou encore de la musique les contributions sur la création politique du groupe jeunes, la vision qu'en a la société sans oublier les mutations de la jeunesse féminine et les différentes révoltes de jeunes ou encore la sexualité m'ont énormément appris. C'est un livre facile à consulter, rapide à lire et qui nous permet de comprendre une grande partie du champ historique des jeunes tout en gardant une ouverture avec la sociologie, ce que je ne peux qu'apprécier. Si nous souhaitez vous documenter sur les jeunes je pense que ce livre est une bonne occasion. Mais il nous apprend plus que ça. Il nous montre que les discours sur la jeunesse, encore dominée par les personnes au pouvoir que ce soit la famille ou les politiques, ont toujours montré à la fois la peur et les désirs de la société. Alors que, selon certains, les jeunes sont en perte de repaires ce livre a le mérite de nous montrer, qu'au contraire, les jeunes ont seulement leur propres repères pas toujours en adéquation avec ceux de la société. Une idée plus importante que celles qui ne demandent que répression face à une prétendue jeunesse dangereuse et barbare.


Image: tirée du site des éditions PUF

10:00 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Livre, moderne, Politique, sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jeunesse | | | |  Facebook