20/06/2018

Histoire du canton de Neuchâtel 1. Aux origines médiévales d'un territoire par Jacques Bujard, Jean-Daniel Morerod, Grégoire Oguey et Christian De Reynier

Titre : Histoire du canton de Neuchâtel 1. Aux origines médiévales d'un territoire
Auteurs : Jacques Bujard, Jean-Daniel Morerod, Grégoire Oguey et Christian De Reynier
Éditeur : Alphil 2014
Pages : 160

Neuchâtel est un canton qui me fascine depuis plusieurs années. Je ne connais que peu son histoire mais lorsque j'ai su qu'il y avait eu des comtes je me suis toujours demandé ce qui leur était arrivé. D'autant que la famille a laissé derrière elle un magnifique monument funéraire que j'ai pu contempler. Il n'est donc pas étonnant que je souhaite en savoir plus et que je profite que Alphil ait édité trois livres sur l'histoire de ce canton. Ce premier tome se divise en 15 chapitres écrits par 4 personnes

Les auteurs commencent par expliquer l'origine de Neuchâtel. Ils essaient de mettre en avant les zones antiques, qui prouvent que le territoire était habité depuis longtemps. Ces chapitres sont nourris par l'archéologie qui permet de comprendre quels furent les premières zones d'habitations. Mais cette partie est aussi l'occasion, pour les auteurs, de mettre en question quelques sources sur l'histoire du canton. En effet, une partie de ces sources sont des faux conçus par un ancien notable neuchâtelois. Les auteurs essaient aussi de montrer comment le territoire s'est étendu sous la période médiévale, là aussi en se concentrant sur une analyse des bâtiments et de l'archéologie.

En seconde partie, les auteurs essaient de placer Neuchâtel dans le contexte médiéval en s'intéressant aux différents membres de la seigneurie de Neuchâtel. Cette histoire est riche, ce qui est mis en avant par les auteurs. En effet, la famille seigneuriale est très proche de certaines des familles les plus importantes des différentes époques, comme les Zähringen mais aussi les Savoies et la Bourgogne. Ces rapprochements sont démontrés par les choix des noms des héritiers, qui marquent le souhait d'un rapprochement de la part de la famille de Neuchâtel.

Cependant, ces mêmes seigneurs doivent lutter contre des branches différentes de leur propre famille. Elle se rapproche du royaume de France, se plaçant en porte-à-faux face à l'Empire mais aussi aux cantons Suisses et surtout elle perd ses héritiers mâles, forçant un passage par les femmes. Petit à petit, les comtes quittent Neuchâtel pour n'en faire qu'un moyen de justifier une position et de payer une vie de Seigneur dans les cours françaises. Ce qui permet aux confédérés de prendre le contrôle du territoire, contrôle qui sera abandonné après l'alliance avec la France.

Ce premier tome n'est pas le livre le plus intéressant que je connaisse. Le propos est souvent aride, non pas à cause des informations offertes mais parce que les auteurs s'intéressent beaucoup aux informations archéologiques et du bâti. De plus, je me demande à quel point ce livre est compréhensible sans une connaissance de base de l'époque. Les auteurs traversent une partie de la fin de l'Empire romain et toute l'époque médiévale, s'arrêtant à la Réforme. Les informations plus générales sur la société et la politique médiévale ne sont pas offertes ce qui pourrait poser problèmes pour comprendre ce livre.

Image : Éditeur

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13/06/2018

Histoire de Fribourg 1. La ville de Fribourg au Moyen Âge (XIIe-XVe siècle) par Kathrin Utz Tremp

Titre : Histoire de Fribourg 1. La ville de Fribourg au Moyen Âge (XIIe-XVe siècle)
Autrice : Kathrin Utz Tremp
Éditeur : Alphil 2018
Pages : 176

Ce petit livre fait partie d'une "trilogie" sur l'histoire du canton de Fribourg, éditée dans la collection Focus qui a déjà offert une histoire de la Suisse, de Genève et de Neuchâtel. Ces livres permettent de connaitre les points fondamentaux d'un territoire dans le cadre d'une chronologie basée sur les grandes périodes que sont le Moyen Âge, l'Ancien Régime et l'époque contemporaine. Ce premier tome est confié à une médiéviste chevronnée. Le livre est divisé en 10 chapitres que l'on peut résumer en quelques thèmes : histoire politique, histoire économique et histoire religieuse.

L'histoire politique commence avec un chapitre introductif, chronologique et un peu aride qui résume le passage de la ville sous différents seigneurs : Zähringen, Habsbourg et Savoie. Malgré ces dépendances, les autorités de la ville ont tout de même réussi à garder une forte autonomie et des alliances spécifiques qui ont permis une extension du territoire contrôlé. Ce sont surtout les relations avec la ville de Berne qui marque l'histoire de Fribourg. En effet, celles-ci sont constellées d'alliances, de guerres et de frustrations face aux difficultés d'extension de la ville. L'autrice examine aussi le fonctionnement interne, en particulier l'élection de l'avoyer et du curé, ceux-ci étant simplement accepté par les seigneurs au lieu d'être nommé.

Dans une seconde partie, l'autrice s'intéresse au fonctionnement économique. Elle montre que la ville de Fribourg prend une importance sur deux artisanats : la draperie et les faux. Cette dernière est surprenante étant donné que Fribourg ne se trouve pas près d'une source de fer. En ce qui concerne la draperie, la ville est la seule du territoire suisse actuel à fonctionner en direction de l'exportation, aussi bien Genève que l'international. Mais celle-ci baissera en activité vers la fin du Moyen Âge. Cette prospérité permet de racheter des droits de seigneuries, et donc le contrôle de territoires, mais aussi de permettre à de nouveaux habitant-e-s d'entrer dans la ville, voire d'acheter la bourgeoisie et donc la possibilité d'entrer dans le système politique de la ville.

Enfin, l'autrice s'intéresse à l'aspect religieux. Elle examine le fonctionne de la paroisse et l'élection du curé par les bourgeois. Une élection contestée par les seigneurs de la famille de Habsbourg mais rapidement acceptée. L'autrice s'intéresse aussi aux hôpitaux et à l'aide envers les pauvres. Elle démontre que les organisations religieuses d'aides aux pauvres sont particulièrement riches et deviennent pratiquement des banques en faveurs de la ville. Elle s'intéresse aussi plus spécifiquement à la chasse aux sorcières, et aux vaudois. Celles-ci ont lieu plus vite que dans le reste de l'Europe et permettent surtout à la ville, selon l'autrice, de justifier la prise de contrôle de territoire spécifique, donc une extension des droits de la ville.

Ce livre permet de synthétiser une longue histoire et montre à quel point une petite ville peut posséder un passé passionnant, parfois encore important aujourd'hui. Les relations entre la ville et Berne sont particulièrement intéressantes. Mais je note aussi la grande indépendance de Fribourg et la capacité de la ville de changer de seigneurs quand cela est considéré nécessaire, avant d'obtenir l'immédiateté impériale et l'entrée dans la confédération.

Image : Éditeur

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28/02/2018

L'imaginaire du sabbat. Edition critique des textes les plus anciens (1430 c. - 1440 c.) par Martine Ostorero, Agostino Paravicini Bagliani, Kathrin Utz Tremp et Catherine Chène

Titre : L'imaginaire du sabbat. Edition critique des textes les plus anciens (1430 c. - 1440 c.)
Auteur-e-s : Martine Ostorero, Agostino Paravicini Bagliani, Kathrin Utz Tremp et Catherine Chène
Éditeur : Cahiers Lausannois d'histoire médiévale 26 (1999)
Pages : 571

Lorsque l'on s'intéresse à l'histoire de la chasse aux sorcières on nous mentionne un certain nombre de textes qui ont permis de fonder celle-ci d'un point de vue idéologique. Mais, bien entendu, ces textes sont souvent en latin et ne sont pas toujours édités. Sachant cela, les auteur-e-s de ce volume 26 des cahiers Lausannois d'histoire médiévale ont souhaité éditer 5 textes médiévaux qui, selon elleux, fondent l'idée de sabbat. La lecture et la compréhension de ces textes doit permettre de comprendre de quelle manière le sabbat fut constitué, comme groupe sectaire d'adorateurs du diable, et quels sont les composantes de cette rencontre. On devrait donc observer une évolution et l'apparition de certaines idées.

Chacun de 5 textes sont travaillés de la même manière. Tout d'abord, l'un des auteur-e-s organisent une introduction qui lui permet de situer le texte et d'expliquer la tradition du manuscrit. Cette introduction permet aussi d'expliciter les choix éditoriaux concernant aussi bien le texte latin que sa traduction. Celle-ci suit avec, en vis-à-vis, le texte latin et sa traduction. Les deux sont soumis à une critique sous forme de notes de bas de page. Il n'y a que le dernier texte qui ne soit pas traduit, les auteur-e-s ayant gardé la forme en vieux français. Ensuite, l'un des auteur-e-s est chargé de mettre en place un commentaire du texte qui permet de le placer dans un contexte plus large mais aussi de mettre en avant son influence et les sources que l'on y trouve. Les historien-ne-s essaient aussi de valider les informations en retrouvant les auteurs des textes et les personnes mentionnées. Enfin, il peut arriver que des annexes soient ajoutées, que ce soit sous forme de textes ou d'images.

Il existe un grand nombre de travaux sur la chasse aux sorcières. L'université de Lausanne, dont les auteur-e-s sont ou furent membres, est l'un des points d'expertise du sujet puisque le territoire de ce qui est maintenant la Suisse a connu l'un des chasses les plus importantes. En tant qu'habitant, j'ai été très intéressé par les informations que ce livre m'a offertes. Cependant, sa lecture est assez particulière. En effet, c'est avant tout une édition de sources commentées. Les essais des auteur-e-s portent sur des textes précis qui découpent le livre en 5 parties. La lecture de ces sources n'est pas forcément aisée et les commentaires et introductions sont parfois très arides, même si cela est nécessaire pour un travail de ce type. En résumé, ce livre est intéressant mais la lecture est loin d'être aisée.

Image : Payot

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01/02/2018

La grande chasse aux sorcières en Europe aux débuts des temps modernes par Brian P. Levack

Titre : La grande chasse aux sorcières en Europe aux débuts des temps modernes
Auteur : Brian P. Levack
Éditeur : Champ Vallon 1991 (1987)
Pages : 281

Qu'est-ce qu'une chasse aux sorcières ? Le concept a été galvaudé par certaines personnalités qui s'estiment visées par une telle chasse, oubliant toujours les relations de pouvoir en défaveur de la victime que cela implique. Il est donc toujours une bonne idée de se lancer dans un ouvrage sérieux pour mieux comprendre de quoi on parle. Ce livre de Brian P. Levack est une traduction d'un ouvrage qui propose une synthèse de la chasse aux sorcières européenne entre le XVème et le XVIIIème siècle. Le but est donc de nous donner une somme minimum d'informations pour comprendre l'étendue mais aussi les raisons d'une telle panique face à des crimes que l'auteur qualifie d'imaginaires (se plaçant donc en contradicteurs des personnes qui pensent que sous le terme de sorcellerie il faut comprendre que d'anciens cultures de la fertilité persistaient). Pour cela, il met en place 8 chapitres dont un introductif et un conclusif, dans lequel il examine la survivance de la sorcellerie jusqu'à nos jours.

Les chapitres 2 à 5 sont autant de moyens pour l'auteur de nous expliquer pourquoi une chasse aux sorcières a eu lieu. Il y examine plusieurs causes qu'il relie sous le terme de "concept cumulatif de sorcellerie." Ces différentes causes sont nombreuses et, selon l'auteur, la perte de l'une aurait pu avoir un impact défavorable sur l'imminence d'une chasse. Comme d'autres personnes, il débute son étude sur les racines intellectuelles, soit la création de la sorcellerie comme danger social. En effet, la peur d'un tel crime ne peut pas se concevoir sans la mise en place d'une peur du diable, et du mal, dans la société. Les théologiens pensent le monde comme soumis aux assauts du diable, rendu plus puissant pour l'occasion. La sorcellerie n'est plus une simple tentative de lancer des sorts mais une preuve de l'existence d'une secte sataniste.

Bien entendu, la pensée intellectuelle est inopérante si des personnes n'agissent pas pour créer un crime. Ainsi, Brian P. Levack examine, dans un autre chapitre, la mise en place et le fonctionnement d'une nouvelle procédure judiciaire qui permet à l'état d'accuser sans avoir besoin de trouver des victimes. Même si cette procédure, inquisitoriale, permet d'attaquer plus de personnes et abaisse les droits de la défense, cela n'implique pas qu'il n'y ait pas de limites. Ainsi, la torture est possible mais elle suit des restrictions importantes. Le but ultime de la torture est de recevoir des aveux. Mais ceux-ci doivent être répétés le lendemain, de manière libre. Par contre, le jugement peur se baser sur l'impression de culpabilité et non sur des preuves importantes. Enfin, l'auteur examine le contexte social et démontre que celui-ci peut avoir un impact. En effet, la pauvreté et les épidémies inexpliquées ont une tendance à rendre les relations sociales plus difficiles. Il devient plus facile d'accuser une autre personne de ses malheurs ou de jalouser une personne qui ne souffre pas autant.

Le "concept cumulatif de sorcellerie" est ensuite mise à l'épreuve afin d'expliquer les dynamiques des chasses aux sorcières dans différentes régions d'Europe. L'auteur y examine aussi bien les pays anglo-saxons que la France, les pays nordiques, le sud de l'Europe et, bien entendu, les pays germaniques sous influence du Saint-Empire ce qui implique le territoire helvétique. L'auteur explicite pour quelles raisons certains territoires, en particulier le sud de l'Europe et une partie des pays Anglo-saxons n'ont pas connu une chasse aux importante (bien que la colonie anglaise de Salem soit une examinée aussi). Selon l'auteur, il faut prendre en compte le droit mais surtout l'envie des élites de s'attaque au crime de sorcellerie. Il démontre que les cours de justice centrales ont tendance à minimiser les casses tandis que les cours locales peuvent être très sévères. Ainsi, l'une des explications concerne la centralisation des pouvoirs et la possibilité de faire recours. Mais les chasses dépendent aussi des croyances des élites. Et celles-ci sont en mutation durant la période. Une nouvelle philosophie sceptique met en doute la véracité des aveux tandis que des médecins commencent à en parler non comme une preuve du diable mais comme une maladie qui doit être traitée. Bref, durant la période l'arsenal intellectuel commence à se briser face à des changements idéologiques au sein des élites, ce qui permet d'empêcher de nouvelles chasses.

Image : Éditeur

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15/01/2018

L'inquisition. Enquête historique. France, XIIIe-XVe siècle par Didier le Fur

Titre : L'inquisition. Enquête historique. France, XIIIe-XVe siècle
Autrice : Didier le Fur
Éditeur : Livre de poche 14 janvier 2015
Pages : 183

L'inquisition est une institution que l'on connait par de nombreuses adaptations sur l'époque médiévale. Elle est montrée comme un milieu sans pitié, ses membres seraient des adorateurs de la torture et des mises à mort. L'inquisition aurait mis en place un climat de terreur que seul l'arrivée des Lumières a permis de stopper. En somme, c'est l'un des aspects de la légende noir du Moyen-Âge. Ce petit livre propose de condenser les informations que l'on sur le fonctionnement de l'Inquisition afin de mieux comprendre de quelle manière elle a été mise en place, les raisons de son existence et surtout d'éviter les mythes pour mieux se rapprocher d'une réalité scientifique. Cet exercice de Didier le Fur prend moins de 200 pages et 3 parties. À cela il faut ajouter une introduction qui revient en partie sur l'historiographie ainsi que des annexes dans lesquelles on trouve une chronologie ainsi que les interrogatoires proposés par Bernard Gui.

La première partie se concentre sur la mise en place de l'Inquisition. L'auteur y explique que le royaume de France, sur lequel il porte son attention, est considéré comme envahi par les hérésies. En effet, plusieurs groupements se constituent et critiques le fonctionnement de l’Église de Rome. L'auteur étudie les vaudois, il explique que ce groupe essaie de mettre en place une règle de vie mais son chef refuse les ordres du Pape ce qui conduit à une lutte contre ses fidèles. Ce qui pose problème est la possibilité des femmes et des laïcs de prêcher. Le second groupe est celui des Cathares. Il semble bien plus critique que les vaudois puisque le monde et l’Église sont qualifiés de création d'un dieu mauvais, suivant en cela une forme de manichéisme. Dans les deux cas, il a été nécessaire de mettre en place une procédure afin de lutter contre ces hérésies, bien que parfois certaines raisons politiques puissent expliquer les poursuites.

Le fonctionnement de l'Inquisition est examiné dans la seconde partie. Didier le Fur est très clair et divise la procédure en différentes étapes, tout en explicitant en quoi l'Inquisition ne fonctionne pas selon les règles du droit de l'époque. En effet, la défense et les témoins ainsi que les preuves sont acceptées tant que l'inquisiteur les considère utiles. Didier le Fur explicite aussi le fonctionnement de la torture. Loin d'être utilisée largement elle doit suivre une procédure spécifique puisque les membres du clergé n'ont pas le droit de verser le sang. Ainsi, il est nécessaire de présenter les instruments, de commencer par le moins douloureux et surtout de s'arrêter dès qu'un aveu est obtenu. L'auteur explique que le seul but de la procédure est de recevoir cet aveu qui, dans les cas de torture, peut être récusé après 24 heures. Ce qui crée des problèmes pour les personnalités de l'époque qui hésitent entre recommencer la torture ou considérer la personne comme parjure. Suite à l'aveu, il est possible de lancer le jugement et de choisir une peine, celle-ci étant double : une peine ecclésiastique qui permet la repentance et une peine laïque.

La troisième partie s'intéresse au lien entre inquisition et sorcellerie. En effet, l'auteur montre que l'Inquisition s'intéresse en grande partie aux hérésies, la sorcellerie n'est pas considérée comme un danger aussi sérieux. Cependant, le Pape Jean XXII au XIVème siècle ouvre la voie à une répression des personnes soupçonnées de sorcellerie. Le problème est lié à l'hérésie étant donné que la sorcellerie est conçue comme un pouvoir obtenu non pas de dieu mais du diable, en échange d'une adoration de ce dernier. Sans s'y intéresser d'une manière précise, l'auteur explicite les rapports entre la chrétienté et le diable. Il nous parle aussi de la mise en place du sabbat comme rituel spécifique aux sorcières. Mais il nous montre surtout de quelle manière la procédure est adaptée afin de prendre en compte cette nouvelle cible.

Ce petit livre est intéressant pour les personnes qui s'intéressent aux hérésies et à l'Inquisition durant l'époque médiévale. Il est complet et permet de mieux comprendre le fonctionnement d'une institution qui donne souvent lieu à des fantasmes, bien qu'il ne faille pas laisser de côté une forme d'érotisme aux dépens des femmes. Court et synthétique il s'y ajoute une bibliographie qui permet de se lancer dans des aspects plus précis.

Image : Éditeur

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01/12/2017

Vikings saison 4

Ragnar Lothbrok est passé de simple Viking à Earl puis roi. En tant que roi il est devenu l'homme le plus célèbre de son peuple. La découverte de l'Angleterre, la colonisation et la prise de Paris sont au centre de son charisme. Tout le monde est convaincu que personne ne peut vaincre le fameux Ragnar Lothbrok et ses ennemis l'imaginent comme un être surhumain, presque un dieu. Et Ragnar veut retourner à Paris. Il cherche de nouvelles personnes pour le suivre dans cette expédition et vaincre à nouveau les armées de l'Empereur résidant dans la ville. Cependant, il ne sait pas que son frère l'a trahi, encore une fois, et que les armées franques sont maintenant entrainées par quelqu'un qui connait Ragnar. Celui-ci pourrait bien échouer.

SPOILERS

Il est difficile de synthétiser cette saison. En effet, les trois précédentes s'intéressaient à des événements précis avec une montée dramatique durant une bonne partie de la saison. La trois montrait la préparation de l'attaque de Paris avant de nous montrer la bataille. Cette saison est bien plus diverse. En premier lieu, on suit un nombre bien plus important de personnages et d'intrigues dans des espaces variés, Paris, Angleterre et bien entendu Kattegat. Pire encore, la saison est divisée en deux moments très distincts. Il n'y a presque rien de commune entre les deux parties puisque Ragnar disparait durant plusieurs années au milieu et que ses fils sont bien plus âgés.

En fait, je pense que cette saison est un moyen de faire de la place, en détruisant plusieurs personnages. Ragnar est central dans cette intrigue puisque le mythe construit dès la saison 1 doit maintenant être détruit. La trois montrait déjà un homme diminué mais victorieux. Cette quatrième saison montre un homme de plus en plus faible, soumis à une drogue chinoise afin de ne pas souffrir. On le montre échouer à plusieurs reprises. Et la seconde partie débute par exil et son rejet par le peuple, le forçant à quémander des guerriers en leur offrant de l'or. Cette destruction du personnage se conclut sur un final flamboyant qui annonce la vengeance de ses fils.

Ce point est, à mon avis, la seconde raison de cette saison. Au lieu de garder d'ancien-ne-s personnages la série les tue. Mais il est nécessaire de remplir cette place et d'intégrer le début de nouvelles intrigues. Outre Lagertha et sa relation avec les fils de Ragnar ainsi que sa seconde femme, il faut introduire chacun des fils et leurs caractéristiques. Le début de leur intrigue est celui de leur vengeance contre les meurtriers de leur père, ce qui permet d'intégrer la Grande Armée et ses victoires dans des scènes spectaculaires. Mais cela permet aussi de débuter les tensions entre les souhaits de chacun. Je ne serais pas étonné de voir beaucoup de morts dans la prochaine saison

Par contre, la série s'éloigne de plus en plus de l'histoire telle qu'elle a existé. Les évènements sont rapides. De nombreux faits d'armes ne sont pas montrés tandis que des personnages meurent alors qu'ils ont survécu plusieurs années dans la réalité. De plus, la série se tourne de plus en plus en direction d'une dimension fantastique. Les saisons précédentes laissaient la place à la foi. Les moments spirituels pouvaient être considérés comme des hallucinations dues à une croyance. Mais, petit à petit, la frontière entre le réel et le spirituel s'est atténué jusqu'à cette saison qui inclut dans le réel des divinités nordiques et des actes de magie.

*
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**** Bien que la série s'éloigne du style historique elle reste intéressante.
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Image : Allociné

Site officiel

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20:52 Écrit par Hassan dans Fantasy, Histoire, moyen âge, série | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vikings, history | | | |  Facebook

02/07/2017

Histoire de la sorcellerie par Colette Arnould

Titre : Histoire de la sorcellerie
Autrice : Colette Arnould
Éditeur : Tallandier 1992
Pages : 494

Durant la Renaissance de nombreux bûchers, dont en Suisse, furent mis en place afin de brûler l'une des menaces les plus importantes de l’époque : les sorcières. Mais identifier les personnes ne permet pas toujours de comprendre les raisons idéologiques derrière le massacre des sorcières. Colette Arnould essaie, dans ce livre épais, de nous expliquer de quelle manière, durant plusieurs siècles, la croyance envers le pouvoir des sorcières et leur danger s'est imposé et a permis des procès, la torture et la mise à mort d'un nombre impressionnant de personnes. Pour cela, elle se base sur de nombreux textes qui courent de l'Antiquité à quasiment notre époque.

Bien que le livre soit construit en 10 chapitres on pourrait l'expliquer en créant des parties plus courtes. La première et la seconde sont, en quelques sortes, l'introduction du livre. Dans les premiers chapitres l'autrice tente de nous expliquer de quelle manière le diable a été pensé et de quelle manière la magie a été construite. Pour cela, elle décide de partir de l'époque antique pour, ensuite, écrire un essai sur l'identité du diable durant l'Antiquité tardive et l'époque médiévale. Deux de ces chapitres sont assez difficiles à lire car assez laborieux dans l'écriture et l'explication. Suit un chapitre sur l'hérésie et sa signification dans le cadre de l’Église et de la société médiévale. Ces chapitres permettent de créer un fond idéologique sur lequel le reste du livre repose afin d'expliquer les raisons des bûchers.

Suivent trois chapitres qui permettent d'examiner la pensée de la sorcellerie comme un danger ainsi que la montée des outils qui permettent de s'y attaquer. L'autrice s'intéresse ici plutôt à la moitié de l'époque médiévale dès le XIème-XIIème siècle. Elle y met en évidence les décisions des papes mais aussi les créations de l'Inquisition et de leurs droits dans le monde médiévale. Plus important encore, elle explicite le fonctionnement des textes démonologiques qui parlent du diable et de la sorcellerie. Après ces chapitres on comprend mieux comment une frange de la société pense le monde, malheureusement l'autrice n'explique pas de quelle manière cette pensée se répand dans le peuple.

Enfin, les chapitres VII et VIII entrent dans le vif du sujet en examinant les débuts des procès de sorcellerie. L'autrice explique de quelle manière les textes et idées précédentes sont utilisés afin de s'attaquer aux personnes incriminées et justifier l'usage de la torture ainsi que de la mort. Ces chapitres décrivent une époque, qualifiée de Renaissance, durant laquelle la raison fonctionne en même temps que les croyances en des pouvoirs supérieurs (ce qui n'est pas forcément incompatible). Ces deux chapitres permettent à l'autrice de mettre en avant son hypothèse principale. Selon elle, les procès de sorcellerie sont à la fois un outil politique et un indice d'une "société malade". L'autrice explique que, pour elle, les inquisiteurs, le peuple, les religieux et religieuses sont victimes d'une forme de pathologie mentale. Ces chapitres continuent sur la fin des procès avec une ouverture sur notre époque qui marque, pour l'autrice, une continuité d'une forme de croyance en certains pouvoirs mais avec un diable qui n'a plus rien à voir avec le danger qu'il créait à l'époque médiévale.

Les premières pages de ce livre ne sont pas faciles à lire. La lecture me fut laborieuse et, semble-t-il, je ne suis pas le seul à l'avoir ressenti. Mais, les deux premiers chapitres passés, les choses deviennent de plus en plus intéressantes. Cependant, il me semble dommage que l'autrice laisse transparaitre une forme de mépris pour les personnes de l'époque. Bien que l'on puisse condamner les raisons politiques et idéologique de la mise à mort de femmes, qualifiées de sorcières, il faut aussi prendre en compte une époque, ses tensions, ses problèmes. Personnellement, je ne suis pas totalement convaincu par l'hypothèse de l'autrice. Si je dois faire une comparaison, le livre de Silvia Federici me semble bien mieux réussir à prouver son hypothèse.

Image: Éditeur

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11/06/2017

Caliban et la Sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive par Silvia Federici

Titre : Caliban et la Sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive
Autrice : Silvia Federici
Éditeur : Entremonde et Senonevero 2014
Pages : 403

Quel fut l'origine du capitalisme ? Comment la mise en place de ce mode de production impacta-t-il la société et les rapports entre classes mais aussi entre les hommes et les femmes ? Silvia Federici tente de répondre à ces questions dans un lire ambitieux. Celui-ci prend comme point de départ l'époque médiévale pour ne se terminer que plusieurs siècles plus tard. Le but est de mettre en avant des évènements clés afin de les placer dans un processus de création du capitalisme. De plus, l'autrice souhaite nous montrer que ces processus ont eu un impact fort sur les femmes, devenues largement inférieures et contrôlées. Enfin, ce processus a eu un impact mondial. L'autrice tente d'expliquer l'origine du capitalisme afin de mieux critiquer son fonctionnement actuel.

Je pense que l'on pourrait, globalement, diviser ce livre en deux parties. La première serait, pour l'autrice, un moyen de mettre en lumière le passage d'une économie féodale à une économie capitaliste. Bien que l'on ne puisse pas dire que la féodalité soit un système de liberté l'autrice essaie de nous montrer que les paysans possédaient des droits et des moyens de luttes. Ainsi, la possession de la terre n'est pas aussi régulée que de nos jours et il est parfaitement possible de fonctionner selon une communauté des biens, en particulier de la terre, qui permet d'éviter la pauvreté aux personnes les plus fragiles. Ces droits ont petit à petit disparu au profit d'une privatisation des terres qui eut comme impact de créer une forte pauvreté. De plus, les luttes sont nombreuses et peuvent mettre en danger les seigneurs locaux. Outre les hérésies qui peuvent mettre en avant une pensée égalitariste il y a eu des révoltes contre les devoirs et la fin d'un système de communauté.

La seconde partie pourrait s'intéresser aux effets sur les femmes aussi bien en Europe que dans le reste du monde. L'autrice se concentre sur la chasse aux sorcières qui eut lieu en Europe et dans les colonies amérindiennes. Elle tente de nous expliquer que celle-ci permet de briser les solidarités face à des personnes en marges de la société, justement à cause des mutations économiques présentées auparavant. Ainsi, les principales victimes sont des femmes pauvres, veuves, accusées d'user de pouvoirs magiques afin de subvertir l'ordre naturel du monde. L'autrice nous montre aussi que les sorcières sont des personnes qui possèdent des savoirs aussi bien de guérison que de gestion de la procréation. Ces savoirs sont considérés comme potentiellement dangereux puisqu'ils impliquent une contraception, considérée comme une perte pour l’État. La chasse aux sorcières n'est donc pas une simple hystérie mais un effort organisé pour briser une communauté et des savoirs anciens, considérés illégitimes dans un ordre économique et politique nouveau.

Il est difficile de présenter en quelques lignes toutes les réflexions de l'autrice, je préfère vous conseiller de lire le livre. Les réflexions de l'autrice sont nombreuses, elles se basent aussi bien sur une analyse féministe que sur la critique de Marx et de Foucault. Les notions demandées pour comprendre ce livre sont nombreuses et la lecture peut être difficile. Cependant, il est étonnant que, à mon avis, la prose de Federici soit si limpide. À aucun moment je n'ai eu l'impression de me perdre dans la réflexion de l'autrice. C'est pourquoi, malgré des questions que je me pose sur certains points historiques, je pense que ce livre est nécessaire pour comprendre le monde tel qu'il fonctionne actuellement.

Image : Éditeur

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29/10/2016

L'idéologie du glaive. Préhistoire de la chevalerie par Jean Flori

Titre : L'idéologie du glaive. Préhistoire de la chevaleriel-id%C3%A9ologie-du-glaive-pr%C3%A9histoire-de-la-chevalerie.jpg
Auteur : Jean Flori
Éditeur : Droz 1 janvier 2009
Pages : 205

Il y a longtemps j'adorais l'histoire médiévale. Je découvrais un monde à la fois proche et très différent. Une histoire qui avait été manipulée en direction d'une légende noire alors qu'il y avait énormément de beauté. Mais je me suis beaucoup plus intéressé à la période contemporaine. Pourtant, je souhaitais revenir un peu à la période médiévale. Et quoi de mieux que de lire l'ouvrage qui annonce l'histoire de la chevalerie de Jean Flori ?

Jean Flori propose d'examiner les sources ecclésiastiques afin de comprendre de quelle manière ce qu'il nomme l'idéologie chevaleresque. Il prend en compte l'histoire des IX au XI siècle. Son but est d'examiner les écrits afin de mettre en évidence la mise en place progressive d'une société d'ordre dont les chevaliers. Ceux-ci, selon Flori, s'inscrivent dans certaines valeurs défendues par l’Église. Le livre est divisé en trois parties de 9 chapitres.

La première partie, semences, permet à Flori de nous expliquer la relation entre la guerre et la chrétienté. Alors que les premiers chrétiens voyaient le meurtre et la guerre en négatif la guerre devint, progressivement, une nécessité voir une bonne chose. Pour cela, il est nécessaire de comprendre de quelle manière l’Église a fonctionné dans le cadre de l'Empire romain. Lorsque les chrétiens sont minoritaires il est possible de refuser le service. Mais que faire lorsque l'Empire devient majoritairement chrétien ? Il devient nécessaire de défendre par les armes le territoire pour éviter la perte de l’Église. Cette partie permet aussi de débuter l'histoire des ordres qui sont censés être au centre du fonctionnement médiéval. Ceux-ci n'existent pas encore mais une justification de la hiérarchie sociale commence à être débattue à l'aide de la théologie.

La seconde partie, germination, permet de mettre en évidence un lien entre les évêques et les rois. Progressivement, une forme de dualité des rôles est mise en place entre les serviteurs de l’Église et les rois. Ces derniers ont la charge de pacifier le monde aussi bien à l'intérieur des terres que face aux dangers extérieurs. Pour cela, on utilise des justifications théologiques qui permettent de théoriser les rôles de tout le monde. Ainsi, Flori nous explique que la paix est défendue par une alliance entre le pouvoir ecclésiastique et le pouvoir séculier. Cependant, le pouvoir royale devient progressivement moins fort ce qui nous mène à une multiplication des pouvoirs locaux et à la troisième partie.

Celle-ci, nommée croissance, permet en particulier de particulier des paix et des trêves divines. En effet, le pouvoir royale est devenu incapable d'imposer la paix. Il échoue à mettre en place ses devoirs. De plus, les pouvoirs locaux armés sont de plus en plus nombreux et se font la guerre. Il devient donc nécessaire de mettre en place des institutions capables d'imposer la paix. Pour cela, l'Église se porte sur le peuple. À l'aide du peuple, des trêves sont mises en place. Celles-ci sont nombreuses - preuve de leur incapacité à les imposer ? - et s'imposent sur deux points. Premièrement, certaines personnes sont protégées contre la guerre. Ce sont les paysans mais aussi les guerriers qui ne sont pas en armes et les membres de l’Église. Certains lieux sont aussi protégés. De plus, des périodes sont définies durant lesquelles toutes activités guerrières sont interdites. Mais cette entrée dans le siècle et l'ordre des militaires par les membres de l’Église et le peuple est en contradiction avec le fonctionnement théorique des ordres. Ainsi, la même période permet d'observer une défense importante de ces ordres et leur définition stricte.

 Au final, Flori écrit un livre qui peut faire office d'introduction à ses travaux ultérieurs sur la chevalerie. Bien que le propos soit intéressant j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans le livre et à m'intéresser au sujet. C'est, bien entendu, de ma propre faute et d'autres personnes pourraient trouver ce livre passionnant.

Image : Éditeur

24/06/2016

Vikings saison 3

Après un long temps d'attente (et alors que la moitié de la saison 4 est passée) j'ai enfin regardé la troisième saison de Vikings. Spoiler alert pour les personnes qui n'ont pas vu la saison 2. On quittait Ragnar alors qu'il assassinait le roi Horik qui, lui-même, essayait de tuer Ragnar et sa famille. Grâce à cette série on apprend à quel point l'amitié est une belle chose... Bien que Ragnar ait perdu un allié Lagertha, elle, le soutient toujours. Et les deux anciens amant-e-s décident de retourner au Wessex afin de parlementer avec le roi et de s'enquérir de la situation des mercenaires vikings utilisés en Mercia. Les deux peuples semblent s'entendre. Mais Ragnar a un nouveau rêve. En effet, il entend parler d'une ville magnifique mais difficile à vaincre : Paris. Et si les Vikings se lançaient dans une entreprise jamais tentée auparavant ?

Oui, je sais, la série n'a presque pas de logique historique. Des évènements et des personnages séparés par des années se retrouvent dans une même intrigue en moins d'un an ! Mais j'avais beaucoup apprécié les deux premières saisons je voulais donc regarder la troisième. J'avoue que je suis fasciné par ce peuple. Cette saison se divise en deux : une intrigue au Wessex suivie du siège de Paris. Bien que l'on apprenne ce qui se déroule au Wessex durant la seconde partie de la saison je me demande ce que les scénaristes vont faire de tout cela et de certains personnages. En ce qui concerne les mauvaises nouvelles j'ai l'impression que la série se lance dans du sexe et du sang facile sans se poser la question de l'utilité pour l'intrigue. C'est un peu dommage. Par contre, j'apprécie que les scénaristes essaient de poser la question du dialogue entre plusieurs cultures et surtout l'effet du christianisme. Certains personnages commencent à ne pas apprécier ce nouveau dieu et on commence à voir comment les chrétiens tentent d'influence les païens. J'espère que la série va continuer dans ces deux directions et il me semble que la fin de la saison pourrait être un bon départ pour cela.

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**** Une série que j'apprécie toujours autant. J'espère que la saison 4 reste dans la même veine.
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Image : Site officiel

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16:22 Écrit par Hassan dans Histoire, moyen âge | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vikings | | | |  Facebook

17/07/2015

Les anormaux. Cours au Collège de France, 1974-1975 par Michel Foucault

Titre : Les anormaux. Cours au Collège de France, 1974-1975
Auteur : Michel Foucault
Éditeur : EHESS, Gallimard et Seuil mars 1999
Pages : 351

Michel Foucault, malgré les problèmes évidents que son travail pose, est l'un de mes auteurs préférés. Bien que je considère avant tout comme un boute à outil bien utile pour comprendre certains faits sociaux cela ne m'empêche pas de le lire avec plaisir (à défaut de tout comprendre). Ses livres peuvent être ardus mais ses cours au collège de France le sont un peu moins. C'est aussi un bon moyen de voir la pensée de Foucault en construction avant la rédaction d'un ouvrage (ou pas, parfois il annonce des livres qui ne sortiront jamais). Cette édition, comme d'habitude, reprend le cours proprement dit et ajoute son résumé ainsi qu'une situation écrite par Valerio Marchetti et Antonella Salomoni. Cette situation permet de placer le cours dans la pensée de Foucault, l'époque ainsi que la recherche de l'époque et la méthode de travail de Foucault.

Dans ce cours Foucault se pose la question de la construction des anormaux. En particulier, il essaie de comprendre comment la psychiatrie est devenue un moyen de tester l'anormalité dans le cadre judiciaire. Foucault définit trois types d'anormaux. Il y a le monstre qui montre une violation des lois naturelles et sociales. Ce dernier est un mélange d'attributs qu'ils soient humains et animaux ou de des sexes. Ce qui permet à Foucault d'analyser quelques procès d’hermaphrodites. Cette catégorie deviendra celle des personnes dangereuses dont la psychiatrie doit analyser le degré de dangerosité en vue d'une décision judiciaire qui prenne en compte le danger, la possible rééducation et la possibilité de libérer l'individu. La seconde catégorie est celle des onanistes. Foucault considère que cette catégorie a deux origines. Tout d'abord, il y a la mise en place de questionnements de plus en plus précis afin de permettre la repentance ecclésiastique sous la forme de la technique de l'aveu. Ensuite, il y a une croisade contre la masturbation qui se forme sous le fonds d'un changement de relations entre les familles et l'état. L'état prend en charge l'éducation mais laisse la sexualité aux mains des familles. Un grand nombre de livres et de techniques existent afin d'éviter la pratique de la masturbation chez les enfants. Que ce soit la surveillance, les liens ou des actes chirurgicaux. Enfin, il y a l'individu à corriger que Foucault ne développe que dans le dernier cours. Ce dernier est principalement un élève que l'on doit dresser aussi bien moralement que physiquement afin qu'il accepte les règles sociales (et scolaires)

Que penser de ces 11 cours donnés par Foucault ? Bien qu'ils soient moins denses et moins compliqués à lire que ses livres ils restent tout de même d'un certain niveau. On retrouve aussi plusieurs thèmes qu'il développera dans son Histoire de la sexualité. C'est, par exemple, le cas du discours sur la sexualité ainsi que la mécanique de l'aveu. Ce cours est aussi un moyen de comprendre comment se sont formés les discours psychiatriques dans le milieu judiciaire. Ceux-ci ont la tâche de devoir évaluer la dangerosité d'une personne présumée innocente (mais qu'on considère dangereuse...). Les discours que Foucault analyse sont basés sur des termes anciens et/ou peu précis qui permettent surtout de donner l'avis du psychiatre sur une personne plutôt que de créer un discours scientifique. Ces cours sont donc un bon moyen de remettre en question la manière dont on parle des personnes dites dangereuses et dont on analyse leur dangerosité. Ce travail reste, aujourd'hui encore, d'actualité.

Image : Éditeur

 

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02/06/2015

Vikings saison 1-2

Lorsque j'ai su qu'une série serait produite autours de l'âge Viking je fus aux anges. Puis je l'ai vue sur la RTS et je ne me suis pas remis du générique magnifique interprété par Fever Ray. Je ne pouvais donc qu'acheter la série et faire un petit marathon ! La série commence vers la fin du VIIIe siècle. On nous présente Ragnar Lothbrok. Cet homme est légendaire. On ne sait pas s'il a vraiment existé. La série le place dans une cité Viking sous les ordres d'un Earl qui n'apprécie pas vraiment les changements. Et Ragnar souhaite du changement. Il a entendu parler de terres particulièrement riches à l'Ouest. Ce serait un lieu parfait pour les raids de l'été. Il viole les ordres de son supérieur, construit un bateau et, avec quelques compagnons, organise le premier raid Viking sur le monastère de Lindisfarne. Cette attaque est un énorme succès. Mais ce n'est que le début de l'histoire de Ragnar, de sa famille et de sa nombreuse descendance.

Je l'ai déjà souvent dit : j'aime les Vikings. Leur civilisation est particulièrement fascinante. Bien entendu, une série destinée à récolter un public nombreux ne peut pas suivre la réalité historique dans tous ses détails. Je ne suis pas en expert sur le sujet mais j'ai lu un certain nombre d'articles qui expliquent quels sont les erreurs de la série. Par exemple, on ne montre pas le fonctionnement démocratique de la société Viking et les punitions ne sont pas représentées dans leur réalité au profit d'exécutions. Mis à part cela j'ai eu l'impression de me retrouver à l'âge des Vikings lorsque je me plongeais dans l'histoire. Les paysages sont magnifiques et le jeu d'acteur convaincant. Les personnages, d'ailleurs, sont intéressants. J'ai mes favoris que sont Lagertha une shield maiden et la première femme de Ragnar, Floki et Helga. J'apprécie aussi que la production ait décidé de montrer le problème des langues. Je sais que certaines personnes n'aiment pas ce procédé mais je le trouve plus logique que de faire parler anglais tout le monde. J'attendrais donc la saison 3 avec impatience.*
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***** Ce doit être mon côté fan des Vikings qui parle mais, en l'état, j'ai du mal à voir des points négatifs trop importants pour baisser mon intérêt et mon plaisir. Et vive Lagertha!

Image : Site officiel

 

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08:37 Écrit par Hassan dans Histoire, moyen âge | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vikings, ragnar, lagertha | | | |  Facebook

05/03/2015

Northlanders 1 et 2 par Brian Woods

Titre : Northlanders 1 et 2
Auteur : Brian Woods
Éditeur : Urban Comics 21 mars 2014 et 19 septembre 2014
Pages : 480 et 312

Ces deux tomes regroupent les épisodes 8-9, 18-19, 1-8, 41 et 11-16 pour le premier et 29, 20, 35-36 et 42-50 pour le second. L'édition par Urban se fait géographiquement (soit le monde anglo-saxon pour le tome 1 et l'Islande pour le tome 2) puis chronologiquement. Ahhhh les Vikings. J'en suis tombé amoureux lors de ma première année en histoire. Cette civilisation me fascine toujours autant après plusieurs années. Comment aurais-je pu résister à des comics qui tentent de repeindre le monde Viking ? Ces deux tomes sont remplis d'histoire. Certaines sont tristes d'autre non mais je les ai toutes appréciées. Le premier, par exemple, nous fait suivre un garçon qui croit encore aux anciens dieux dans un monde chrétien. Mais, dans ce tome, mes histoires préférées sont celles de Sven, un homme qui revient trouver l'héritage de son père et qui se heurte à la colonie Viking contrôlée par son oncle, et celle de la fille de Thor qui dépeint la tentative pour une jeune fille de garder le contrôle du village de son père alors que ce dernier est mort après une trahison. Dans le second je note surtout la Trilogie Islandaise qui permet à l'auteur de montrer comment une famille, à travers 6 générations, prend le pouvoir sur l'île puis subit les assauts des chrétiens pour enfin être oubliée.

Les deux tomes sont accompagnée de courts textes d'un auteur archéologue et historien de l'art. Ceci permet, très rapidement, de situer les Vikings et d'expliquer en résumé la force de leur civilisation. Mis à part cela j'ai énormément apprécié les scénarios des différentes histoires. On trouve la difficulté de la vie dans le Nord, la force du monde Viking et ses changements à travers le temps. Le découpage géographique puis chronologique permet de donner une cohérence au tout en permettant au lecteur de savoir où et quand on se situe. Mais je pense qu'il aurait été intéressant de mettre en place de petites introductions devant chaque partie afin d'expliquer l'époque des histoires. Sans juger du respect historique des histoires j'ai beaucoup aimé ces deux comics que je recommande.

  • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.
  • Papier toilette.
  • Roman de gare.
  • À lire.
  • Tolkien. Deux magnifiques tomes remplis de violence, oui, (après tout ce sont des Vikings) mais qui permettent surtout d'entrer dans un univers que j'aime profondément.

Image : Éditeur, tome un et deux

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22/10/2013

La nudité. Pratiques et significations par Christophe Colera

Titre : La nudité. Pratiques et significations1couv_nudite.jpg
Auteur : Christophe Colera
Éditeur : Cygne 2008
Pages : 187

La nudité fait partie de ces objets que l'on n'ose pas trop étudier ni trop mentionner. C'est une forme d'être vue comme fondamentalement privée et l'observer avec un regard scientifique peut être difficile aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur de la discipline. Mais c'est aussi un sujet qui intéresse et qui fait parler de lui. C'est, en tout cas, un sujet qui m'intéresse. C'est la raison du choix de ce petit livre. Christophe Colera y étudie les pratiques et les significations de la nudité dans diverses cultures et civilisations selon un angle d'attaque qui porte sur la construction d'idéaux-types. Mais, avant de s'y lancer, il examine les aspects anatomiques et psychologiques. Ce qui lui permet de remonter à la préhistoire pour expliquer comment la nudité s'est probablement modifiée suite à la marche debout et à la perte des poils. Malheureusement ce chapitre pose aussi quelques problèmes puisque l'auteur y naturalise des comportements masculins et féminins. Ainsi, l'homme nu est vu comme dangereux alors que la femme nu est vue comme une invite qui ressent du plaisir suite à la passivité de sa dénudation par le mâle. Inutile de dire que je pense dangereux de naturaliser un comportement en ne prenant pas en compte l'histoire humaine depuis la préhistoire. De nombreuses cultures sont passées par là.

Dès le chapitre suivant l'auteur examine ses idéaux-types. Il commence par ce qu'il nomme la nudité fonctionnelle. Celle-ci, selon l'auteur, serait une nudité qui aurait lieu dans des endroits précis pour des buts précis. C'est le cas, par exemple, du bain ou du lit dans lesquels la nudité à une fonction d'aide à l'hygiène et à la sexualité. Mais il examine aussi la nudité qui a lieu lors de la mort qui peut avoir un aspect rituel en sortant du monde comme l'on est rentré. Ainsi que la nudité médicale qui est entourée de codes permettant de supprimer la composante érotique du nu. L'auteur y place aussi une nudité de classe qui aurait une fonction d'unification du groupe autours de valeurs communes.

Le second idéal-type est celui de la nudité comme affirmation. Que ce soit de manière politique ou artistique l'auteur y examine des pratiques qui permettent de créer une rupture dans l'ordre. Ces ruptures sont autant créées qu'aidées par la nudité. Par exemple, les manifestations nues des étudiant-e-s du Québec il y a quelque temps permettaient de valoriser le corps faible des étudiant-e-s face à un État fortement répressif. Ce côté politique peut se faire à côté comme être rattrapé par l'art. C'est le cas de certaines œuvres de Spencer Tunick qui peuvent fonctionner selon un idéal politique.

Le troisième idéal-type est celui de la nudité comme humiliation. Nous y trouvons une analyse de la dénudation pour reconstruire un ordre social. En effet, dénuder quelqu'un permet de punir un acte précèdent ou d'empêcher une destruction de l'ordre social (par exemple patriarcal). Ainsi, l'auteur montre le nombre important de dénudations de femmes en Inde dans un contexte de plus en plus revendicatif envers l'égalité. Il est dommage que l'aspect genré de la dénudation ne soit pas vraiment observée par Christophe Colera mais on observe que les femmes sont beaucoup plus humiliées que les hommes par la nudité. En effet, c'est un moyen de briser leur pudeur qui devrait, selon les hommes, être gardées par les femmes. Mais on y trouve aussi la nudité par la justice, que ce soit comme punition ou comme examen de la personne, et de la guerre. Est-il nécessaire de rappeler que le viol est une arme de guerre? La aussi les femmes sont les principales concernées.

Enfin, l'auteur termine sur l'idée de la nudité comme don. Que ce soit un don envers une personne connue ou un don envers un inconnu à l'instar de la pornographie le nu est vu ici comme un don des femmes envers les hommes. En effet, jamais l'auteur ne parle du nu masculin comme don. Mais les exemples cités montrent des femmes qui offrent leur nudité à dieu, aux hommes ou pour l’État.

Que peut-on dire de ce petit livre au final? J'ai apprécié l'effort important de synthèse général des cultures. Synthèse possible car l'auteur crée des idéaux-types qui, bien entendu, ne sont pas réels mais permettent de mieux comprendre le fonctionnement de la nudité. Mais je trouve que Christophe Colera mélange parfois les typologies. Ainsi, je pense que le nudisme des classes moyennes et supérieurs pourrait être considéré non comme une nudité fonctionnelle mais une nudité affirmative d'une capacité de passer outre l'animalité du sexe pour accepter le nu comme normal. L'auteur manque aussi les explications en terme de genre. Nombreux sont les exemples qui auraient mérité un examen sous cet angle qui aurait pu montrer une différenciation de la nudité masculine et de la nudité féminine. Au contraire l'auteur préfère naturaliser le nu féminin comme don et le nu masculin comme guerrier. À mon avis c'est une erreur importante. Cependant ceci n'empêche pas le reste du propos d'être intéressant si on est attentif à ces naturalisations.

Image: Éditeur

25/08/2012

L'état, son rôle historique par Kropotkine

Titre : L'état, son rôle historiquearton203.jpg
Auteur : Kropotkine
Éditeur : Les éditions de Londres
Pages : 79

Nous avons déjà pu lire plusieurs textes qui analysent le rôle de l'état et son influence néfaste selon la philosophie politique anarchiste. Dans ce texte, cette conférence, Kropotkine ne fait pas que dénoncer l'état mais il crée une philosophie de l'histoire. Dans le cadre de cette philosophie il examine aussi la puissance des communes dans un système anarchiste.

Qu'est ce qu'une commune ? Selon les anarchistes la commune est la partie fondamentale du système politique. C'est depuis elle et par elle que se construit le système. Kropotkine tente de démontrer que la Commune, en prenant le XIIe siècle en exemple, est le point fondamental de toutes les activités et de tous les progrès humains. En effet, selon Kropotkine, le XIIe siècle a connu une poussée des communes qui se sont reliées, alliées, qui ont créé leurs propres milices et juges ceci en indépendance face aux pouvoirs princiers et ecclésiastiques. Ces communes se sont développées jusqu'à devenir les centres philosophiques et scientifiques du monde.

Mais Kropotkine y développe surtout une vision de l'histoire. Je pense que nous sommes tous familiers avec la vision marxiste de l'histoire qui considère que l'explication majeure est la lutte des classes jusqu'à la destruction de ces dernières. Beaucoup considèrent que l'histoire a un sens en direction du progrès. Kropotkine utilise une philosophie différente. Pour lui, dans cette conférence, l'histoire se construit depuis les tribus jusqu'à l'état. Il considère qu'il y a une évolution quasiment biologique des tribus en commune, des communes en villes puis des villes en état. C'est une évolution en partie positive puisque les villes sont les avatars les plus puissants des communes. Mais les états sont la mort de ces dernières. Les états impliqueraient la corruption et la décadence et ces derniers sont destinés à mourir pour redonner naissance à un nouveau cycle.

Il est dommage que les deux points les plus importants de ce texte soient aussi les deux points qui me paraissent le plus problématique. Tout d'abord, je trouve que Kropotkine a une vision enchantée de l'histoire. Une vision en blanc et noir qui voit les communes comme les championnes de la liberté et la naissance de l'état primitif comme le mal absolu. Je ne dis pas que je renie mes croyances anarchistes. Mais je pense que l'histoire du XIIe siècle est légèrement plus compliquée que ne le pense Kropotkine. Malheureusement je ne suis pas un expert. Mais je peux au moins dire que les pactes qu'il utilise pour prouver l'existence des alliances entre communes mentionnent aussi, si mes souvenirs sont bons, la loyauté envers un noble plus ou moins important. On est loin de la vision des communes comme ultime rempart de liberté face aux nobles. Le second point qui me pose problème est cette philosophie de l'histoire. Suite à mes études je trouve difficilement acceptable de donner un sens rationnel à l'histoire. Cette dernière est avant tout le résultat du hasard dans un cadre socio-économique et culturel. On ne peut pas donner un sens arbitraire à ce que l'on observe sans être subjectif et sans perdre de vue des explications alternatives. L'histoire ne doit pas se voir comme un fleuve qui se dirige vers une direction connue à l'avance mais comme un arbre dont les racines et branches forment des possibilités. Ces deux critiques sont les principales raisons pour lesquelles ne trouve ce livre très peu convainquant.

Image : Site de l'éditeur

18/08/2012

Discours de la servitude volontaire par Etienne de la Boétie

Titre : Discours de la servitude volontairearton68-a7855.jpg
Auteur : Étienne de la Boétie
Éditeur : Éditions de Londres
Pages : 40

Un classique que je n'avais jamais lu mais dont j'ai beaucoup entendu parler lors de différents cours. Le projet de ce discours écrit au XVIe siècle est de comprendre pourquoi on obéit. Pourquoi on accepte d'être les sujets d'un prince, d'un état ? La première idée qui vient à l'esprit concerne la puissance policière et militaire du prince. Mais, comme le dit de la Boétie, cette puissance est moindre face au nombre bien plus importants de sujets. D'ailleurs, les servants de cette puissance sont eux-même des sujets et on devrait expliquer leur accord avec l'état. Est-ce donc la lâcheté qui fait que nous acceptons les ordres de l'état sans nous rebeller ? Peut-être que c'est un début d'explication. Mais, à mon avis, de la Boétie donne deux autres explications bien plus intéressantes. Tout d'abord, ce qui permet à l'état de gouverner des masses c'est l'habitude. Celle-ci vient d'une histoire. On a toujours eu un état et nous sommes nés à l'intérieur de celui-ci. On nous apprend qu'il est nécessaire et qu'il faut le respecter et suivre ses ordres. On a là un début d'explication presque sociologique qui voit l'obéissance comme une domination. Nous ne sommes pas très éloignés du pouvoir symbolique de Bourdieu qui explique la domination non par les armes mais pas un nombre élevé de discours, d'institutions et de personnes qui servent l'état. D'ailleurs, de la Boétie explique aussi l'obéissance par les serviteurs. Ces derniers ont gagné à servir l'état. Ils ont eux-même aidé d'autres serviteurs qui gagnent à ce poste et ainsi de suite. Au final nous avons une gigantesque chaîne d'obligations et gains mutuels qui tiennent la société dans le giron du prince. Une chaîne incassable puisqu'elle tient tout le monde aussi bien les puissants que les modestes.

La préface considère qu'on parle beaucoup de ce livre mais qu'il est rare de l'avoir lu. Ce serait donc un de ces classiques de la pensée politique que personne ne connaît vraiment. Je suis donc fier d'avoir enfin pris le temps de le consulter. Mais que peut-on retirer d'un livre du XVIe siècle ? On peut, en tout cas, observer le génie d'un homme qui réussit à trouver des explications assez convaincantes pour être mentionnée encore de nos jours. En effet, les idées de la Boétie concernant le caractère non-violent de la domination de l'état sont plutôt convaincantes. Je ne dis pas que l'état ne peut pas s'appuyer sur des forces armées. Mais il suffit d'observer un peu pour se rendre compte que ces dernières n'expliquent pas pourquoi on obéit. En effet, pourquoi, par exemple, utilise-t-on l'heure d'été alors que personne ne vient nous punir si on s'y refuse ? Pourquoi accepte-t-on le pouvoir d'un professeur quand on est étudiant ? Pourquoi obéit-t-on à un policier dans la rue (outre l'arme) ? Ces questions, légitimes, ne peuvent être répondues que si l'on prend en compte les explications en termes de pouvoirs symboliques dont la Boétie est, à mon avis, un lointain précurseur.

Image : Éditeur

06/08/2012

Brave

J'ai lu beaucoup de critiques mitigées voir mauvaises de ce film. Certains journalistes annonçaient la fin des inventions de pixar qui se serait normalisé depuis son intégration dans disney. Mais j'ai voulu me faire ma propre idée et je suis donc allé voir la version 3D de ce film en français (je préfère les VO mais les sous-titres sont très désagréables quand on a la 3D en même temps). Pixar nous emmène dans un jeune royaume construit sur les ruines des anciens rois. L'héroïne est la jeune princesse Mérida fille du roi Fergus et de la reine Elinor. Elle aime les armes et l'équitation cependant sa mère tente de l'empêcher de suivre ses passions et tente de la marier à un jeune homme fils aîné de l'un des clans alliés. Mérida ne souhaite pas se laisser faire et brise la tradition pour tenter de modifier son destin. Mais ces actes irréfléchis risquent de mener le royaume à la guerre civile.

Je suis plutôt surpris des critiques négatives car, même si ce n'est pas le meilleur pixar, j'ai apprécié ce film. J'ai beaucoup aimé les paysages qui tentent d'intégrer une histoire devenue légende. J'apprécie aussi beaucoup les différents personnages. Les chefs de clans et le roi Fergus sont de grosses brutes sympathiques qui aiment se battre ce qui permet d'ajouter des scènes de combat aussi impressionnantes que drôles. Mais mes deux personnages préférés sont, bien entendu, les héroïnes de ce film. La reine Elinor incarne la mère proche de sa fille mais qui la perd progressivement alors que cette dernière se révolte. Mérida est donc l'archétype de l'adolescente en rébellion qui doit apprendre à suivre ses devoirs pour devenir une femme. La confrontation de ces deux femmes devrait sonner de manière familière à plusieurs personnes. Mais quel est ce devoir que doit accepter Mérida ? J'avais peur que ce film soit un retour à une vision de la femme derrière son mari pour s'occuper de lui. Que la révolte de Mérida soit contre le mariage lançait dans cette direction. Cependant, dans ce film, j'ai l'impression que les femmes sont vues comme les piliers du royaume. Mérida et Elinor ont de grandes connaissances en politiques, en histoire et en géographie. Bien que Fergus soit le roi c'est Elinor qui gouverne. Cependant, cette vision positive des femmes laisse la place à l'idée que ces dernières doivent se sacrifier dans le bien du royaume. Les femmes y sont les piliers mais sont aussi des victimes d'échanges matrimoniaux. Mais, encore une fois, Pixar montre que ces échanges sont aussi subis par les hommes. Les jeunes fils de clan ne sont peut-être pas d'accord d'être marié à une femme qu'ils ne connaissent pas ? Je pense donc que Brave mérite est meilleur que ce que la presse nous en dit.

Image : Site officiel

 

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11:27 Écrit par Hassan dans Fantasy, Film, moyen âge | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : brave | | | |  Facebook

30/03/2012

Ecrits féministes de Christine de Pizan à Simone de Beauvoir sous la présentation de Nicole Pellegrin

Titre: Ecrits féministes de Christine de Pizan à Simone de Beauvoir41r7bt5jWvL._SL500_AA300_.jpg
Présentation: Nicole Pellegrin
Éditeur: Flammarion 2010
Pages: 254

Nicole Pellegrin nous présente, dans ce petit livre, les principaux auteurs féministes de l'histoire française. Elle commence par Christine de Pizan, une femme dont je n'avais jamais entendu parler jusqu'à maintenant, pour terminer avec Simone De Beauvoir l'auteure du Deuxième Sexe. Bien que les textes présentés dans cette anthologie soient majoritairement écrits par des femmes nous y trouvons aussi quelques hommes. Ces derniers sont au nombre de trois et permettent de démontrer que la lutte pour les droits des femmes n'est pas revendiquée que par ces dernières. Les différents textes qui ont été choisi dans le cadre de cette anthologie sont intéressants et permettent d’observer non seulement la variété des arguments et des luttes mais aussi de comprendre que les droits des femmes ont été revendiqués depuis le Moyen-Âge. Chacun des auteur-e-s sont précédés par une présentation écrite par Nicole Pellegrin. Bien que courte et synthétiques elles sont bienvenues puisqu'elles permettent à des lecteurs qui ne connaissent pas forcément les auteur-e-s de se faire une idée du contexte, de la vie et des idées qui les ont guidé-e-s.

Quand on présente une anthologie la première critique que l'on peut faire concerne le choix des textes édités. En effet, comme le dit Nicole Pellegrin, une anthologie est, par définition, arbitraire. Je suis très heureux d'avoir découvert des auteur-e-s que je ne connaissais pas mais la question que je me pose concerne surtout la fin du livre. En effet, pourquoi terminer avec Simone de Beauvoir? Je pense que cette anthologie aurait pu intégrer des textes plus récents comme, pour ne prendre qu'un exemple, des textes de Christine Delphy. Cependant, mis à part cette critique attendue et comprise par Nicole Pellegrin je n'ai pas grand-chose à déplorer. Cette anthologie permet de lire des textes célèbres que je n'avais jamais rencontré en entier comme la fameuse Déclaration des droits de la Femme d'Olympe de Gouges écrite en réaction à la Déclaration des droits de l'Homme. La lecture de ce livre est donc une belle opportunité de se frotter aux classiques du féminisme français et ces lectures m'ont donné envie d'aller plus loin.

Image: Amazon

11/05/2011

Histoire de l'identification des personnes par Ilsen About et Vincent Denis

Titre: Histoire de l'identification des personnes51FnAuN1I2L._SL500_AA300_.jpg
Auteurs: Ilsen About et Vincent Denis
Éditeur: La Découverte 2010
Pages: 125

Je l'ai déjà dit, je suis très intéressé par les thématiques concernant la surveillance surtout quand celles-ci sont en lien avec les nouvelles technologies de l'information et de la communication. C'est une littérature de plus en plus abondante, en est témoin la bibliographie à la fin de ce livre, mais semble qu'il manque un ouvrage synthétique sur le sujet. Ce tome de la collection Repère des édition de La Découverte a le but de créer cet ouvrage synthétique. Ici cette synthèse se fait d'une manière historique en analysant les différents usages et objets de l'identification des personnes depuis l'an mil jusqu'à nos jours.

Il y a donc cinq chapitres principaux qui sont autant de phases différentes dans le processus d'identification. Le moyen âge, ainsi, est connu pour l’inter-connaissance qui implique l'identification. Mais c'est oublier qu'il existe aussi de nombreux autres moyens de savoir qui se trouve en face de nous. Ceux-ci sont les sceaux mais aussi, et surtout, l'héraldique qui est devenu un véritable langage symbolique que des experts analysaient. Mais il existait aussi des papiers qui impliquaient un droit de traverser un territoire. Moins qu'une identification c'est surtout un prestige qui supporte le pouvoir d'un personnage le porteur n'étant qu'accessoire. Nous y trouvons aussi une volonté d'identifier les criminels selon leurs crimes en les marquant physiquement. L'époque qui suit voit l'arrivée de nombreux papiers qui permettent de contrôler les déplacements de certaines catégories de population. Dans une époque qui a connu de grandes épidémies il est parfois nécessaire de certifier son état de santé pour pouvoir voyager. Les registres se multiplient en permettent d'identifier les individus sans qu'il ne soit présent. Dans le même temps se développe les techniques de descriptions du corps qui devaient permettre d'assurer l'identification d'une personne.

L'arrivée de l'état-nation voit se confirmer la tendance à contrôler les personnes présentent sur le sol national. Il devient nécessaire de savoir qui est présent et quel est son statut. Non seulement pour savoir qui paie les taxes mais aussi pour contrôler l'entrée dans l'armée. Le contrôle de certaines "classes dangereuses" (ouvriers et étrangers) s'intensifient dans le même temps. Ce contrôle sera de plus en plus avancé dans la période qui précède la seconde guerre mondiale et qui a conduit aux abus que nous connaissons. Ce que nous pouvons voir se dessiner c'est, non seulement, une identification permanente et intégrée de tous les citoyens mais aussi, et surtout, un contrôle de qui a le droit de voyager dans les limites de l'état national. C'est pourquoi les étrangers commencent à être contrôlé en tout temps. Le début du XXIe siècle voit arriver une société dans laquelle seules les personnes identifiables peuvent accéder aux droits civils, politiques et de voyages excluant irrémédiablement ceux qui sont sans papiers ou qui refusent d'intégrer le système de surveillance. Mais, même en refusant, il est de moins en moins possible de sortir d'un système capable d’observer et d'identifier n'importe qui à l'aide de dispositifs de surveillances et de registres tentaculaires. Ce que cette démarche montre c'est que les moyens sont différents selon l'époque mais les outils visent trois points qui sont historiquement stables: les moyens d'identifications sont les même (corps, signature), les discours de légitimations qui visent à faire accepter la surveillance au nom de la prévention du crime et le contrôle des déplacements.

Il me reste à dire ce que j'ai pensé de ce livre. Tout d'abord, il ne faut pas oublier que nous nous trouvons face à un livre de synthèse. De nombreux points auraient pu faire l’objet de recherches et de développements plus poussé. C'est pourquoi il est nécessaire de se référer à la bibliographie qui permettra aux intéressés d'entrer plus profondément dans le sujet. Ensuite, ce livre n'a pour objet de créer un débat citoyen actif. Il souhaite poser des points que la recherche tient pour sur. Mais il ne prend pas véritablement parti pour l'une ou l'autre des parties bien que les auteurs s’inquiètent du manque de débat démocratique sur le sujet. Personnellement, j'aurais apprécié un livre plus critique mais ce n'est pas l'objet d'un ouvrage de synthèse. Il est aussi normal que ce livre ne soit pas passionnant. On passe très rapidement sur de nombreux sujets sans avoir le temps de les développer et permettre un intérêt. Les auteurs sont obligés de rester à la surface du sujet ce qui n'est jamais bon pour l'intérêt d'un livre. Cependant, je trouve qu'il est louable d'avoir écrit cet ouvrage et si on accepte son but les différentes informations qu'il donne permettent de comprendre comment l'identification a muté ou s'est pérennisée dans différentes périodes historiques. C'est, donc, un très bon ouvrage pour entrer dans le sujet et pour avoir des informations de base sur celui-ci. A noter, ce livre existe aussi en version numérique.

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10/04/2011

Une histoire du corps au moyen âge par Jacques le Goff et Nicolas Truong

Titre: Une histoire du corps au moyen âgev_book_170.jpg
Auteurs: Jacques le Goff et Nicolas Truong
Éditeur: Liana Levi 2003
Pages: 196

J'ai emprunté ce livre par curiosité car je ne savais pas vraiment si il me plairait. Cependant les recherches sur le corps donc la manière d'être en société m'intéressent tout de même un peu. Comme le disent les auteurs, l'histoire n'est pas désincarnée elle se fait à travers le corps humain qui est le réceptacle de différentes pratiques sociales aussi diverse que manger, dormir ou encore procréer. Le corps est civilisé par la société. Civilisé dans le sens ou les pratiques sociales d'utilisation du corps sont apprises et codifiées. Ainsi, il ne va pas de sois que l'on utilise une cuillère, que l'on marche avec des chaussures ou que l'on fasse du sport. Au contraire, ces pratiques sont les témoins d'une certaine société et de normes que l'on peut analyser de manière historique. Dans ce cas les auteurs, dont l'un est largement connu, s'intéressent au corps dans le cadre de la société du moyen âge.

Les auteurs analysent donc les pratiques des hommes et femmes du moyen âge selon différents thèmes. Ceux-ci concernent aussi bien la médecine, la vie et la mort que la nourriture, la beauté  et le sport et même les utilisations métaphoriques de celui-ci. Les différentes analyses et synthèses que les auteurs nous offrent dans ce petit livre nous mène à comprendre le corps médiéval comme tiraillé par deux tendances antagonistes. D'un coté le corps humain est avili, considéré comme source de pêché, et doit être rigoureusement contrôlé voir nié. C'est dans ce cadre de pensées que le carême et les flagellations naissent. Il convient de réfléchir avant tout à son âme dont le corps n'est que le porteur temporaire. Mais il y a aussi la pensée du carnaval, pour reprendre les propos des auteurs, qui implique une certaine jouissance du corps. En effet, le moyen âge connaît aussi le début de la gastronomie et de la mode. Les individus sont, donc, tiraillés entre ces deux conceptions antagonistes dont l'une est portée par l’Église.

Mais quel est mon avis après avoir terminé ce livre? Il est légèrement mitigé. Je salue l'effort qui est fait d'analyser un objet qu'il n'est pas forcément facile de retrouver dans les sources. J'apprécie aussi que ce livre nous offre une analyse globale du corps médiéval. Mais je trouve que de nombreux points auraient pu être développés. J'ai eu l'impression, en effet, de n'avoir que les débuts de la réflexion et de devoir m'arrêter sur un chemin prometteur et intéressant. Ce qui m'a énormément frustré. En fait, ce livre donne l'impression, peut être injuste, d'être surtout une synthèse des travaux scientifiques récents en direction d'un plus large public. Ce qui est, bien entendu, louable mais qui implique un certains manque dans l'analyse. Bref, je cherche un peu plus.

Image: Éditeur

12/12/2010

Juger les vers. Exorcismes et procès d'animaux dans le diocèse de Lausanne (XVee - XVIe s.) par Catherine Chène

Titre: Juger les vers. Exorcismes et procès d'animaux dans le diocèse de Lausanne (XVee - XVIe s.)
Auteurs: Catherine Chène
Éditeur: Cahiers lausannois d'histoire médiévale 14, 1995
Pages: 194

J'ai choisi ce livre un peu au hasard. C'est que le titre est assez spécial et pose beaucoup de questions. Comment peut-on juger des vers? Pourquoi les jugerait-on? J'ai donc emprunté ce livre par intérêt mais aussi par simple chance. Comme le titre le dit très bien. Il considère l'histoire des procès intentés aux animaux dans les XVe et XVI siècle au diocèse de Lausanne. L'auteure explicite donc et montre précisément la manière dont ces procès sont intentés. On trouve deux caractéristiques. Premièrement ces procès suivent un cadre juridique très précis avec des défenseurs, des accusateurs mais aussi des convocations écrites en langage judiciaire. Un second point est l'aspect religieux de ces procès. En effet, les plaignants devaient aussi agir d'une manière chrétienne en faisant pénitence par des prières. Il ne faut pas oublier que les insectes pouvaient être des punitions de Dieu envoyés à cause de l'impiété de la population. Ce n'est probablement pas le point le plus intéressant. En effet, l'auteure développe une thèse surprenante du moins à première vue. Elle considère que la mise en place de ces procès durant ces deux siècles sont les témoins d'un changement d'attitude envers la nature. D'une pensée, biblique, que les insectes sont une punition de Dieu on passe à une pensée aristotélicienne qui justifie une pensée utilitariste de la nature. Autrement dit, l'homme est en droit de se considérer comme possesseur de toute la terre ainsi que sa production. L'infestation des insectes est donc une destruction des biens de l'être humain. Il est donc nécessaire de les en empêcher.

Je vais être honnête. Bien que ce sujet soit intéressant je ne pense pas m'y plonger plus avant dans un proche avenir. Ces procès sont, bien entendu, passionnant d'un point de vue de l'histoire des mentalités, comme le souligne l'auteure, et j'ai apprécié en savoir un peu plus. La thèse du livre est aussi éclairante mais je ne connais pas assez bien le sujet pour critiquer ce point. En ce qui concerne le livre je peux déjà dire que j'apprécie l'utilisation précise des sources par l'auteure. Source qui sont, en plus, entièrement traduite et publiées en annexes. Le développement est aussi intéressant mais souffre d'une lourdeur due à l'analyse précise d'exemples précis de procès. La manière de juger les animaux sont proches entre les exemples et leur analyse plutôt précise peut rendre la lecture un peu fastidieuse. Mis à part ces quelques points le sujet est intéressant bien que, semble-t-il, peu étudié par les historiens.

18:24 Écrit par Hassan dans Histoire, moyen âge | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : exorcisme, animaux | | | |  Facebook

17/09/2010

Naissance du cimetière. Lieux sacrés et terres des morts dans l'occident médiéval par Michel Lauwers

Titre: Naissance du cimetière. Lieux sacrés et terres des morts dans l'occident médiéval41N7BNZQ3JL._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Michel Lauwers
Éditeur: Flammarion 2005
Pages: 393

Nous connaissons tous les cimetières. Nous y allons pour commémorer la mort d'un membre de la famille, pour un enterrement voir même pour visiter des tombes illustres. Mais nous ne savons pas d'où ces lieux viennent. C'est pourquoi Lauwers, médiéviste connu et reconnu en ce qui concerne l'histoire de la mort, s'est penché sur le problème. Ce livre est entièrement dédié à l'histoire d'un lieu réservé aux tombes des morts. En effet, il n'est pas compréhensible, a priori, que les cimetières soient construit dans les villes. L'antiquité avait coutume d'enterrer ses morts hors de la ville et en famille. Le moyen âge commence par "ramener" les morts dans les villes et dans l'anonymat. A moins que ce soient les vivants qui rejoignent les morts? En effet, l'étude de l'auteur conduit à observer un mouvement de conjonction entre les lieux de cultes, les tombes et les habitats.

Ce n'est, néanmoins, pas le seul apport de ce livre. En effet, la construction du cimetière s'adjoint à la construction d'un lieu consacré. Il faut donc se poser la question de la mise en place de cette consécration mais aussi de la réflexion médiévale. Mais aussi de se demander comment la consécration s'inscrit physiquement dans le paysage. Les enclos, dans cette optique, prennent tout leur sens puisqu'ils permettent de diviser le monde entre la partie consacrée et la partie profane. Pour termine, l'auteur développe un commentaire sur la Genèse. Particulièrement sur l'épisode menant Ephron à vendre une terre à Abraham pour qu'il puisse y enterrer sa femme. En effet, cet épisode fut souvent commenté durant le moyen âge car il permet de réfléchir sur les problèmes de possessions d'une tombe. Est-il licite de vendre une terre où se trouvent des tombes? Les tombes doivent-elles être payées ou alors la famille peut-elle offrir des dons après la mort?

Ce livre dense est particulièrement intéressant à lire pour les intéressés car Michel Lauwers tente de synthétiser des recherches archéologiques monographiques dans un sens général. L'auteur observe les situations particulières et tente d'en comprendre une situation générale. Aux cotés de l'archéologie Lauwers utilise aussi les dernières recherches historiques et nous donne un nombre importante de sources d'époques. Je l'ai déjà souvent dit, l'utilisation directe des sources est un point que j'apprécie. De plus, l'auteur nous offre une vaste bibliographie qui permet à tous les intéressés de retrouver non seulement les livres d'autres auteurs mais aussi les sources utilisées. Sans oublier que la manière d'écrire de Michel Lauwers n'est de loin pas désagréable.

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18:37 Écrit par Hassan dans moyen âge | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cimetière, michel lauwers | | | |  Facebook

29/07/2010

Quand les nations refont l'histoire. L'invention des origines médiévales de l'Europe par Patrick J. Geary

Titre: Quand les nations refont l'histoire. L'invention des origines médiévales de l'Europe51G9C0CkZRL._SL500_AA300_.jpg
Titre original: The myth of nations. The medieval origins of europe
Auteur: Patrick J. Geary
Traducteur: Jean-Pierre Ricard
Éditeur: Flammarion 2004 (2002 édition originale)
Pages: 242

Tout observateur du monde politique et international verra facilement que la question nationale est un sujet récurrent et émotif. Fréquemment, des politiciens utilisent l'histoire nationale pour justifier une différence culturelle et historique. Et encore, l'histoire peut même servir à justifier la création d'un nouvel état-nation. L'auteur de ce livre a donc souhaité mettre à plat les mythes nationalistes et montrer comment l'histoire a été utilisée pour les justifier. Ainsi, l'auteur nous montre comment le XIXe siècle crée l'idée actuelle de peuple. Une idée qui n'avait rien d'historique mais qui a été construite par des contextes et par des personnes précises. Plus encore, l'auteur nous montre que notre façon d'imaginer les peuples et les divisions entre eux n'ont pas été toujours utilisé. C'est pourquoi il nous envoie dans l'antiquité et le moyen âge. Nous y observons que les identités pouvaient coexister mais, surtout, qu'une personne pouvait "posséder" plusieurs identités. Ainsi, un romain pouvait aussi garder son identité culturelle "barbare".

Ce livre a le grand mérite de nous montrer à quel point le nationalisme est une construction récente. Mais il a surtout le mérite de ne pas oublier la force actuelle du nationalisme. Même récente cette idéologie explique et fonctionne pour notre époque. De plus, la manière de développer les façons différentes de se penser nous permettent de comprendre que nous notre identité n'est pas an-historique. Il est probable, un jours, que cette manière change radicalement. J'ai aussi beaucoup apprécié l'exemple des zoulous qui nous offre une illustration pertinente de la création d'un imaginaire nationaliste. Néanmoins, l'auteur semble vouloir s'ériger et porteur de leçon. En effet, l'auteur, américain, n'envoie ce livre que pour les Européens et leur lance un avertissement. Malgré les mérites du livre cette attitude pourrait être mal ressentie.

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08/07/2010

Géographie de la nudité. Être nu quelque part par Francine Barthe-Deloizy

Titre: Géographie de la nudité. Être nu quelque part51KFMAJCJML._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Francine Barthe-Deloizy
Éditeur: Bréal 2003 collectiond'autre part
Pages: 239

La nudité est fréquemment évoquée dans les médias. Que ce soit par des nouvelles intrigantes et drôles, par la publicité ou par des débats. Il est, en tout cas, clair que nous ne pouvons pas passer à coté de la nudité dans nos société occidentales. C'est pourquoi de nombreux travaux ce sont portés sur son histoire et sur sa signification dans différentes sociétés en plus de la notre. Ce livre reprend ces questions mais essaie d'en parler d'un point de vue géographique. Autrement dit, l'auteure se pose la question de la nudité selon les lieux où elle se pratique. Ce qui l'a mène tout d'abord à définir ce qu'est la nudité. Elle découvre que de nombreux peuples ont eu des visions différentes de celles-ci. Ces corps nus tatoués ne sont, justement, pas nus. Mais l'homme occidental, lui, connaît une vision de la nudité comme un moyen de circoncire les civilisés des sauvages. Les nus sont encore à l'état de nature, naïf ou animal, alors que l'homme civilisé est vêtu convenablement.

Dans un second temps l'auteure va poser, dans deux parties, la question du nu dans l'espace privé et dans l'espace public. L'espace privé est, actuellement, le lieu privilégié de la nudité solitaire. Mais cela ne fut pas toujours le cas et, au moyen âge, la chambre se vivait en commun alors que tout le monde allaient aux bains publics dans le plus simple appareil. Ce n'est que progressivement que le "rhabillage" se fit suivi d'un retour à l’hygiène des bains mais dans un cadre fermé et privé. Par contre, l'espace public est fondamentalement fermé à la nudité et celle-ci est fondamentalement transgressive. Que ce soit sous forme de fêtes avec les processions ou les streakers ou sous forme de manifestations. Ces dernières se multiplient et les campagnes de PETA en sont un exemple connus. La raison en est simple, les médias sont friands de ce genre d'actions et ne manquent pas d'en parler.

Une quatrième partie pose la question du naturisme et du nudisme. D'où ces doctrines sont originaires et quels sont les idéologies qui les sous-tendent. Mais, surtout, l'auteure analyse les endroits dans lesquels ces pratiques se font. On observe que ces lieux sont fermés au public, difficile d’accès et protégés. La spatialité forme, elle-même, un collectif qui rend le contrôle encore plus fort alors que les grands centres de tourismes naturismes montrent une individualisation croissante de la pratique.

Enfin, l'auteure se pose la question de la publicité. Elle observe que la forme du message peut avoir plusieurs composantes et se modifie selon le public visé et selon le but de la communication. Mais surtout, la publicité rend le nu visible dans la sphère publique alors que le nu est réprimé dans ce même espace public. Plus important encore, lorsqu'on observe ces publicités on y trouve une vision de la société. Loin d'être innocente la nudité publicitaire offre une idéologie du corps et des pratiques corporelles ainsi qu'une différence de genre. Les hommes sont "virils" et combatifs alors que les femmes sont apprêtées à la séduction.

Il reste à savoir si ce livre est intéressant. Indéniablement il l'est. Il est aussi très facile à lire et le propos est souvent plaisant. Durant sa lecture on se pose des questions sur les normes qui entourent la nudité et que nous avons incorporées. De plus, l'analyse sur le plan du territoire permet de développer un discours différent du discours historique ou sociologique. Néanmoins, j'ai souvent eu l'impression frustrante que l'auteure aurait pu aller plus loin sur de nombreux points. L'histoire est souvent tracée à grands traits généraux et la signification sociale des pratiques est très peu développées. Mis à part ces critiques l'ouvrage reste stimulant.

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15:31 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, moderne, moyen âge, sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nudité | | | |  Facebook

18/06/2010

La civilisation des moeurs par Norbert Elias

Titre: La civilisation des mœurs41Z8GQVH8SL._SL500_AA300_.jpg
Titre original: Über den prozess der zivilisation
Auteur: Norbert Elias
Éditeur: Calman-Lévy 1973 collection Pocket (1969 seconde édition originale)
Pages: 509

Difficile pour un simple étudiant de s'attaquer à l'une des œuvres de sociologie les plus connues et les plus appréciées. Difficile de parler d'un sociologue parmi les plus apprécié. En effet, bien que la reconnaissance fut tardive, l'apport de la pensée d'Elias à la sociologie a été plus d'une fois souligné. Et l'objet principal de cet apport fut le livre La civilisation des mœurs. Dans ce livre Norbert Elias essaie de comprendre comment l'occident fut pris dans un processus continu de civilisation. Comment l'occident put se considérer comme civilisé au terme d'un processus séculaire qui mena les hommes et femmes occidentaux à considérer être le summum de la civilisation à cause d'objets et de formes particulières. Tout d'abord le sociologue va définir le concept de civilisation et le confronter au concept de culture. Ceci en posant l'a priori que la culture est plus importante pour les allemands que la civilisation. Cette dernière étant plus importante pour les français et les anglais.

Ceci fait nous entrons dans la partie la plus intéressante du livre. Une partie surprenante car Elias prend de petits objets de la vie quotidienne, des rituels connus, et essaie de comprendre comment leur utilisation et leur forme a évolué durant le temps ainsi que pourquoi. Donc, Elias s'interroge tout autant sur l'usage du mouchoir et de la fourchette que sur la manière de se baigner, de manger, dormir et sur la sexualité. Au fil du texte Elias nous démontre que la renaissance et la période moderne sont une période charnière entre une civilisation "naïve" médiévale très ouverte et peu formelle et une civilisation beaucoup plus taboue et formelle. Par exemple, alors que l'on pouvait dormir à plusieurs dans le même lit au moyen âge la chambre devient un lieux privé et fermé aux étrangers.

Ce livre n'est pas seulement surprenant à cause des objets analysés par Elias mais aussi plutôt plaisant à lire surtout lorsqu'on a passé la première partie qui est beaucoup plus théorique. Elias nous donne de nombreux exemples de textes de bienséances ce qui nous permet de nous rendre compte par nous-même des changements temporels. C'est après ces textes que nous pouvons trouver les analyses d'Elias. Les conclusions de ce dernier semblent logiques et très éclairantes. Grâce à lui nous comprenons mieux comment notre civilisation occidentale a évolué et s'est développée. Néanmoins, il serait intéressant de connaître les critiques qui ont été faites contre Elias. Je pense, par exemple, que le livre Norbert Elias et la théorie de la civilisation. Lectures et critiques dirigé par Yves Bonny pourrait nous y aider.

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18/05/2010

Robin des Bois

J'ai été voir, ce dimanche, le film Robin des Bois. Je ne m'attendais pas à autre chose qu'un film d'action ce qui peut expliquer que je n'aie pas été déçu. Au contraire j'ai apprécié ce film dans lequel je me suis facilement plongé. L'histoire prend place au XIIIe siècle alors que le roi Richard Cœur de Lion rentre chez lui après sa Croisade tout en dévastant quelque châteaux français. Mais le roi meurt prématurément lors d'une bataille et celui qui deviendra Robin des Bois fuit pour retrouver son pays. Très rapidement il devra mentir et voler pour pouvoir traverser la Manche après avoir promis à un chevalier de ramener son épée à son père. Alors qu'il se retrouve dans les terres de ce chevalier il acceptera encore d'aider cette famille. Mais, dans le même temps, le nouveau roi, Jean, se fait manipuler et risque de perdre ses barons en même temps que son royaume.

L'histoire n'est pas celle de Robin des Bois qui n'apparaîtra en tant que tel qu'à la fin du film. C'est celle de sa genèse. Comment un homme ordinaire commence-t-il à lutter en faveur de la liberté et de droits pour le peuple (enfin, surtout les nobles mais bon...). Le thème principal du film est bien celui-la: le droit pour tous de pouvoir vivre par son propre travail ou sa propre terre. Un droit que le souverain se doit se reconnaître si il souhaite garder la confiance, la loyauté et le respect de ses citoyens. Les connaisseurs en histoire médiévale feront rapidement le lien avec la Magna Carta bien que cette dernière, selon mes souvenirs, ne devrait pas être vue comme une protection des citoyens mais de certains privilégiées.

D'ailleurs, j'ai personnellement apprécié l'atmosphère du film. Loin du moyen âge romancé ou de la légende noire de l'époque médiévale j'ai eu l'impression de retrouver, dans les images, une époque médiévale telle qu'elle devait être. Bien entendu, je me base sur mes propres impressions puisque je ne possède pas assez de connaissances pour savoir si l'époque médiévale a été réellement dépeinte de manière plus ou moins véridique. Néanmoins, je pense que j'apprécie tout de même plus le Robin des Bois qui existait dans le film de 1991 (Robin des bois: Prince des Voleurs) plus léger et plus proche d'un Robin des Bois espiègle.

Image: Allociné.fr

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18:50 Écrit par Hassan dans Film, moyen âge | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : robin des bois | | | |  Facebook

29/04/2010

La légende de Sigurd et Gudrún par J.R.R. Tolkien

Titre: La légende de Sigurd et Gudrún par J.R.R. Tolkien61OtCKYwkkL._SL500_AA300_.jpg
Titre original: The legend of Sigurd and Gudrún
Auteur: J.R.R. Tolkien
Traducteur: Christine Laferrière
Éditeur: Christian Bourgeois 2010, The Tolkien trust 2009
Pages: 295

Ce livre est dans la même optique que Les monstres et les critiques et autres essais, c'est un livre qui ne souhaite pas nous donner les écrits de fictions de Tolkien mais montrer la pensée de l'auteur. Christopher Tolkien nous offre donc une synthèse de quelques conférences de Tolkien concernant les légendes du nord et, particulièrement, celle auquel le titre du livre est emprunté. Mais ce n'est pas la seule chose que nous découvrons dans ce livre. Christopher Tolkien nous donne aussi une publication d'une réécriture de cette légende par Tolkien lui-même. Dans cette édition nous pouvons, d'ailleurs, lire le poème en français et en anglais. Cette révision ne nous permet pas de comprendre les légendes nordiques sans l'aide des commentaires mais nous pouvons très facilement observer en quoi Tolkien fut influencé.

En effet, la lecture du poème montre des parentés évidentes entre les événements de la légende nordique et certaines fictions que Tolkien a écrite. Je pense, particulièrement, à l'histoire de Turin Turambar. En effet, nous retrouvons beaucoup de thèmes communs non seulement en ce qui concerne le dragon mais aussi l'or et même le heaume. Ce livre a, donc, deux points forts. Premièrement, grâce à lui on peut mieux comprendre ce qui attirait Tolkien et comment il l'inséra dans sa propre mythologie. Secondement, nous pouvons découvrir, mais non dans sa pureté, l'une des légendes nordiques. Ces légendes qui, aujourd'hui encore, peuvent fasciner les lecteurs ou les auditeurs.

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08/02/2010

Héros et merveilles du moyen âge par Jacques Le Goff

Titre: Héros et merveilles du moyen âge41pueX9-NrL._SL500_AA240_.jpg
Auteurs: Jacques Le Goff
Éditeur: Seuil 2005 et 2008
Pages: 312

Depuis l'année passée le moyen âge me fascine. C'était une époque fondamentalement différente et pourtant créatrice de notre civilisation. Un monde que l'on a vu noir et chaotique alors qu'elle créa de magnifiques œuvres et une philosophie unique. Une époque non de transition mais de création alors qu'elle se pensait comme précédant la fin des temps et déclinante. Lorsqu'on veut s'instruire sur cette période magnifique on touche, forcément, a quelques grands médiévistes dont Jacques Le Goff fait partie.

Ce livre en poche est écrit pour parler d'une forme d'histoire particulière: l'histoire de l'imaginaire. A l'intérieur du texte Jacques Le Goff nous parle de rois, de chevaliers, de femmes et d'objets symboliques du moyen âge et qui ont, parfois, gardé toute leur force jusqu'à nos jours jusqu'à, parfois, incarner une partie de ce que l'on pense être la période médiévale. C'est ainsi que Le Goff nous offre des informations autant sur Charlemagne et Arthur que sur le cloître et les cathédrales en passant pas des métiers comme celui des jongleurs. Mais Le Goff ne se contente pas de nous donner la signification et l'origine médiévale de ces symboles. Il nous offre leurs changements et perpétuations tout au long de l'histoire jusqu'à nous.

Néanmoins, pour celui qui souhaitait un essai, ce sera une déception. Ce livre, en fait, n'est pas fait pour être construit en poche. C'est un livre court et synthétique dans le but d'entourer de belles images en couleurs alors que ce livre en poche nous les montre en noir et blanc. Si on souhaite vraiment jouir de ce livre il faudra dont prendre son alter ego en grand format que, malheureusement, je n'ai pas entre les mains. L'édition en poche ne peut pas donner autant de plaisir même si il donne des informations intéressantes.

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09:55 Écrit par Hassan dans Histoire, Livre, moyen âge | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : héros, merveilles, jacques le goff | | | |  Facebook

30/12/2009

L'invention de la culture hétérosexuelle par Louis-Georges Tin

Titre: L'invention de la culture hétérosexuelle612ExdOT8JL._SL500_AA240_.jpg
Auteur: Louis-Georges Tin
Éditeur: Les éditions Autrement 2008
Pages: 201

Voila un petit livre qui pourrait choquer certaines personnes car ce livre a un but: prouver que l'hétérosexualité n'est pas originaire de la nature mais d'un programme culturel. Pour cela l'auteur s'est consacré à trois thèmes précis: la culture des chevaliers, celle de l'église et celle de la médecine. Ceci depuis le moyen âge jusqu'à maintenant. En lisant ce livre on découvre que la culture hétérosexuelle comment à exister depuis le XII ème siècle. Auparavant, l'homosocialité règne avec son culte de l'amitié virile et son mépris de la femme. Mais il ne faudrait pas croire que la femme soit mieux traitée après l'arrivée des troubadours. Elle reste un objet.

On découvre une résistance sur deux points. Les chevaliers résistent car la virtus de l'homme est en danger de molitia à cause de l'amour. L'église résiste car l'attirance pour la femme crée un problème de sexe. Les deux essaient de bloquer cette nouvelle hétérosexualité et traitent avec elle (par traiter j'entends bien sur un dynamisme culturel et social inconscient). L'église, par exemple, essaie de substituer le culte de la femme par le culte de la Vierge, mère de Dieu et donc possible receveuse de l'amour destiné à Dieu. On trouve aussi l'idée médicale selon laquelle l'amour est une maladie qu'il faut traiter. Cette idée restera longtemps.

Néanmoins, le champs médical deviendra bientôt un ami des hétérosexuels en créant un individu vraiment malade: l'homosexuel. Ce dernier regroupe les tares de l'amour. Il est molitia, efféminé, et est fauteur de péché sexuel. C'est donc le bouc émissaire tout désigné de la nouvelle culture. Cette dernière étant, au XX ème siècle, victorieuse. Tellement victorieuse que l'existence d'anciens artistes ou grands hommes probablement coupables d'homosocialité ou d'homosexualité créent un problème: comment les faire découvrir aux enfants tout en leur évitant de voir leurs tendances? C'est ici que j'ai eu ma plus grosse surprise. J'ai découvert que certains livres offerts durant le cursus scolaire sont expurgés de leur contenu et même modifiés.

C'est donc un livre très intéressant que nous offre Louis-George Tin. Néanmoins, c'est un livre inachevé. Il réussit à prouver la création de la culture hétérosexuelle mais il passe trop rapidement sur des points importants. Cependant, l'auteur a l'honnêteté intellectuelle de reconnaitre ce manque. Il considère son livre non comme une synthèse mais comme une ouverture pour des recherches futures. Espérant qu'elles existeront.

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02/12/2009

Yggdrasil. La religion des anciens scandinaves par Régis Boyer

Titre: Yggdrasil. La religion des anciens scandinaves51Sc-zEhV3L._SL500_AA240_.jpg
Auteur: Régis Boyer
Éditeur: Payot 1981
Pages: 249

C'est par hasard, dans un autre livre de Régis Boyer, que j'ai rencontré les Vikings. J'ai découvert une civilisation fascinante. Une civilisation basée sur la vitalité, l'ordre et la fatalité acceptée. Alors que je connaissais les Vikings par les préconçus: des brutes sanguinaires quasiment invincibles. J'ai découvert une civilisation qui a permis à un peuple de survivre dans un environnement dangereux. Une civilisation non pas de guerriers mais de navigateurs commerçants qui savent que, parfois, menacer d'une arme est plus efficace que négocier. C'est pourquoi j'ai souhaité mieux les connaitre en lisant cet autre livre de Régis Boyer.

Le livre, comme Boyer semble souvent le faire, nous donne la façon dont l'auteur a travaillé, ses hypothèses et son découpage chronologique. Je vois rarement ce genre de chapitres qui doivent être pensés comme peu intéressants. Au contraire, ils permettent de mieux comprendre le propos du livre et sa structure. L'auteur, ensuite, se base sur la structure qu'il nous a présenté pour présenter la religion scandinave dans un ordre chronologique. Ce qui nous permet de sentir, en partie, le changement temporel qui affecte toutes choses humaines. L'auteur termine par deux synthèses cosmogoniques: l'une est horizontale et parle de l'histoire mythique, la seconde nous parle de la verticalité d'Yggdrasil. En conclusion, Boyer tente d'expliquer pourquoi les scandinaves se sont convertis au Christianisme si facilement.

Bien que très intéressant ce livre est tout de même assez compliqué. Bien entendu il faut s'attendre a ce qu'un livre sur les scandinaves comprenne des termes de scandinaves. Mais cela ne gêne pas trop la lecture. régis Boyer nous permet d'avoir une bonne connaissance de ce qu'est la religion viking avec ses changements successifs et ses caractéristiques. Néanmoins, on peut se demander si la vieillesse du livre implique que celui-ci soit dépassé? Pour répondre à cette question il serait nécessaire connaitre les propos des autres chercheurs. En attendant, je pense que cette synthèse est tout a fait valable et intéressante.


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09:57 Écrit par Hassan dans Histoire, moyen âge | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vikings, régis boyer, religion | | | |  Facebook