11/12/2016

Arrival / Premier contact

Le monde vit comme à son habitude. Les tensions internationales continuent, les gens travaillent ou étudient, les chaines d'infos font du direct plutôt que de l'analyse. Bref, tout va bien et une professeure, Louise Banks, se prépare à parler de linguistiques à ses étudiant-e-s. Mais il y a un problème, il n'y a personne dans la salle. Le problème c'est que, depuis moins d'une heure, douze vaisseaux sont apparus sur Terre sur divers points du globe. L'humanité prend peur, les humain-e-s ne comprennent pas ce qui se déroule et, rapidement, c'est la fuite. Louise Banks, elle, est contactée par les militaires. Il y a un problème à résoudre : comment communiquer avec une espèce qui n'a aucuns points communs avec l’humanité ? Et Louise doit trouver la réponse.

Ce film est un film que je n'attendais pas du tout. Je ne connaissais même pas son existence. Et, il y a quelques temps, j'ai soudain vu qu'il sortait en Suisse. Intrigué, j'ai regardé le synopsis puis la bande annonce. Encore plus intrigué, je me suis dit que je ne pouvais pas rater une séance. Puis, j'ai lu ce qu'a fait le réalisateur. Entre autres, il a réalisé Sicario qui reste l'une de mes meilleures expériences au cinéma. Mais Arrival en vaut-il la peine ?

Je ne suis sûrement pas le seul à penser qu'il existe deux messages particuliers dans un film qui parle de deux histoires. La première c'est, bien entendu, l'arrivée des aliens sur Terre. La seconde est bien plus intime. Mais, les deux intrigues sont liées aussi bien thématiquement que "chronologiquement". Dans les deux cas, on parle de communication. En effet, comment l'espèce humaine peut-elle espérer comprendre, et se faire comprendre, par une race alien qui n'a aucuns points communs avec la Terre ? Comment établir une discussion entre deux peuples potentiellement tellement différents que la compréhension mutuelle pourrait être impossible ? Dans le même temps, se pose la question de la communication entre les humain-e-s. En effet, les militaires prennent les choses en main (un classique) et le secret devient une nécessité. Mais n'est-il pas nécessaire de collaborer ? Quels sont les choix fait par les autres nations et comment les comprendre ? Plus intimement, comment communiquer entre deux personnes ? Ainsi, la communication est au centre du film et la réalisation réussit parfaitement bien à mettre en scène tous ses efforts (outre une séquence au milieu du film)

La réalisation semble aussi souhaiter envoyer un message d'espoir. Un message particulièrement difficile à faire entendre dans le contexte actuel de tensions et de craintes. L'armée prend le contrôle, certes, mais il est aussi décider de prendre des mesures scientifiques et de communiquer avec les autres sites en temps réel. Ce film fait l'éloge de la capacité humaine de travailler ensemble en direction d'un but commun malgré les différences. Il annonce aussi que ce travail en commun est nécessaire pour l'avenir de l'espèce tout en étant inévitable. Là encore, plus intimement, le message s'incarne dans l'histoire de Louise Banks qui, durant le film, décide d'accepter son avenir avec ses joies et ses mauvais moments.

Quand on pense film de Science-Fiction on pense souvent à des explosions, des guerres et des termes techniques impossibles à comprendre. Le cinéma crée beaucoup de ces films mais ne prend pas vraiment le sujet au sérieux. Arrival, lui, prend son sujet au sérieux. La réalisation met en place un prémisse et tente de montrer de quelle manière on peut le résoudre. Le film est aidé par des acteurs et actrices dont j'ai trouvé le jeu particulièrement proche d'une possible réalité. La photo est aussi très bien maitrisée. La première vision du vaisseau est superbe. L'architecture intérieure est à la fois inquiétante et étrange aidé en cela par une musique bien conçue. J'apprécie aussi particulièrement les aliens qui sont aussi beaux qu'étranges. En ce qui me concerne, ce film est une réussie à tous les niveaux. Je ne m'attendais pas à la sortie d'Arrival et je suis très heureux qu'elle ait eu lieu.

*
**
***
****
*****L'un des films qui fait partie de mon top personnel de l'année.

Image : Allociné

Site officiel

387734.jpg

08:36 Écrit par Hassan dans Film, Politique, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arrival, premier contact | | | |  Facebook

07/12/2016

Les alinéas au placard. L'abrogation du délit d'homosexualité (1977-1982) par Antoine Idier

Titre : Les alinéas au placard. L'abrogation du délit d'homosexualité (1977-1982)
Auteur : Antoine Idier
Éditeur : Cartouche 2013
Pages : 201

Entre 1977 et 1982 le Code pénal français change. Il passe d'un délit d'homosexualité, hérité du régime de Vichy, à une abrogation de ce délit sous la férule socialiste de François Mitterrand. Mais un tel changement ne se déroule pas sans raisons. Pourquoi et comment est-il devenu difficile, si ce n'est impossible, d'accepter un délit spécifique à une orientation sexuelle ? Quels sont les personnes et les arguments qui permettent d'abroger cette particularité de la loi ? Antoine Idier, s'intéresse à la presse, aux hommes et femmes politiques, aux militant-e-s de l'époque et aux archives afin de mieux comprendre l'histoire et le contexte de cette abrogation. Il y répond en 7 chapitres.

Le premier, le troisième et le cinquième présentent les associations de droit et de défense des personnes homosexuelles. L'auteur y examine la mise en place de nombreuses associations de nature politique après Arcadie. Que ce soit le FHAR, le GLH ou encore le CUAR les années 70 sont l'occasion de tenter plusieurs expériences afin de se faire entendre. Certaines tentent d'atteindre le niveau politique par des appels ou des sondages tandis que d'autres sont révolutionnaires. Le CUAR, par exemple, s'intéresse d'abord à la défense des personnes interdites de travail avant de se porter sur l'abrogation du délit d'homosexualité. Ces associations agissent dans un contexte qui permet, de plus en plus, le retournement des accusations contre les tribunaux. Comme exemple, l'auteur s'intéresse à deux affaires qui font du bruit au niveau national.

Les quatre autres chapitres s'intéressent plus précisément à la mise en œuvre politique de révision du Code pénal français et, spécifiquement, à l'abrogation du délit d'homosexualité. L'auteur montre qu'il existe plusieurs phases. Tout d'abord, la présidence de Valéry Giscard d'Estaing nomme une commission chargée de la réécriture du Code pénal. Les membres entendent Michel Foucault. De plus, les débats s'inscrivent dans un contexte de remise en cause de l'ordre moral pénal avec une attention particulière à l'homosexualité et à l'enfance (un débat qui nous surprend beaucoup lorsque nous vivons dans les années 2000). Mais ce n'est qu'un début qui, rapidement, est mis en sommeil alors que la présidence souhaite agir sur la criminalité. C'est au Sénat que la seconde phase se met en place. Un sénateur propose, et réussit, à faire abroger le délit d'homosexualité. Cependant, l'Assemblée Nationale refuse cette abrogation. Ce n'est qu'après la victoire socialiste que l'abrogation est possible. L'auteur nous explique que le contexte a changé. Bien que les arguments contre, et pour, soient identiques les associations se sont largement mobilisées en faveurs des socialistes tout en montrant leur force en nombre. Rapidement, la nouvelle présidence accepte plusieurs revendications et parvient, difficilement, à convaincre les député-e-s.

Ce livre est particulièrement intéressant à lire dans le contexte actuel, suisse ou français. En effet, la France a voté le droit au mariage pour les personnes de même sexe mais refuse le débat sur la PMA et la GPA ce qui crée une insécurité juridique importante pour certains enfants au nom de leur protection (je ne dis pas que la PMA et la GPA sont une bonne idée mais je considère qu'un débat est nécessaire). En Suisse, les choses avancent en direction d'un droit au mariage mais lentement. Dans les deux cas, on retrouve des arguments proches de ceux que le livre décortique. Les personnes favorables souhaitent la fin d'une discrimination tandis que les opposants parlent de défense d'une morale et des enfants face à une orientation sexuelle qualifiée de dangereuse voir proche de la criminalité. Replacer ces arguments dans une histoire plus ancienne, bien que récente, permet de démontrer qu'il existe des précédents.

Image : Amazon

414y3i3PuEL._SX398_BO1,204,203,200_.jpg

03/12/2016

I, Daniel Blake / Moi, Daniel Blake

Daniel Blake est un ouvrier de 59 ans qui vit à Newcastle. Il a toujours travaillé. Il s'est occupé seul de sa femme, malade. Il a payé ce qu'il devait payer et a toujours évité de demander des aides. Il est l'incarnation de la dignité ouvrière. Alors qu'il se trouve sur un chantier il tombe soudain d'un échafaudage. Les médecins lui expliquent qu'il a fait une crise cardiaque et qu'il faudra un certain temps avant de pouvoir retourner au travail. Durant son incapacité, il reçoit des aides d'invalidité afin de pouvoir continuer à vivre dans son appartement. Cependant, il lui est soudain demandé de remplir un questionnaire pour qu'un décisionnaire examine son éventuelle incapacité au travail. Et le couperet tombe, il est considéré comme capable de travailler et les aides lui sont coupées. Daniel Blake ne comprend pas cette décision et essaie de trouver une porte de sortie. Mais est-ce possible ?

Je ne connais pas particulièrement bien l'état des débats politiques sur les aides sociales an Grande-Bretagne. Mais j'en sais assez pour savoir que, comme ici et ailleurs, elles sont considérées comme couteuses et symptomatique d’une soi-disant culture de l'assistance par des personnes qui fraudent. Récemment, la Grande-Bretagne a lancé un vaste programme de privatisation de l'aide sociale et de "rationalisation" de celle-ci. Les travailleurs/euses sont maintenant en concurrence et doivent être capable de productivité (est-ce seulement possible dans l'aide sociale ?). Alors que les personnes bénéficiaires doivent justifier de leur incapacité. Ce film s'inscrit dans ce contexte.

L'histoire de Daniel Blake et de Katie Morgan est l'histoire de deux personnes qui se heurtent à une administration incompréhensible. Tout au long du film, on nous montre une administration qui suit des normes de rationalisation. On numérise les documents nécessaires, on met en ligne les formulaires et les offres et demandes d'emploi, on "normalise" les compétences dont celles de créer un CV. Le but est de contrôler les personnes et de les punir si besoin est. On observe deux personnages se heurter à ces règles si précises qu'elles en deviennent inhumaines. Durant le film, on a l'impression d'observer une administration absurde face à une aide sociale privée, dans le sens d'organisée par des personnes privées et non au sens d'une privatisation, qui fonctionne humainement au cas par cas. Mais est-ce vraiment absurde ? N'est-ce pas le fonctionnement logique et normal d'une administration conçue pour analyser, contrôler et punir ? En cela, le film se rapproche des études sociologiques de Jean-Marc Weller et de Vincent Dubois (que je lirais un jours).

Je vois un second thème dans ce film. En effet, la réalisation nous présente deux personnes. La première est Daniel Blake, un ouvrier de 59 ans. La seconde est Katie Morgan une jeune ancienne londonienne. Pourquoi le film s'intéresse-t-il à ces deux personnages ? Ne pourrait-il pas mettre en scène qu'une seule personne ? Ce serait, en effet, possible. Aussi bien Katie Morgan que Daniel Blake se heurtent à une administration incompréhensible et à un manque de protection de la part du droit. Honnêtement, le personnage de Katie Morgan pourrait créer un film avec bien plus de Pathos qui se rapproche de la vie de femmes du passé mais aussi d'aujourd'hui. À mon avis, la différence est celle des capacités de la classe ouvrière face à la précarité. Daniel Blake a vécu dans ce monde. Il a de nombreuses connaissances qui n'hésitent pas à l'aider en cas de besoin tout comme il les aide si possible. Il privilégie la rencontre en face à face franche et honnête ce qui est montré par sa recherche d'emploi qui se porte vers les personnes qui habitent et travaillent dans le milieu. Il connait parfaitement les associations capables de fournir de l'aide et, surtout, il a une connaissance des techniques qui permettent de pallier aux manques de tous les jours et aux petits travaux nécessaires dans une maison ou un appartement. Face à lui nous avons une femme, seule avec deux enfants. Katie Morgan est isolée dans tous les sens du terme. Elle a quitté, sans que cela ne soit son choix, son milieu de vie et donc son réseau. Elle ne connait personne ni aucune association ou institution. Elle est, dans tous les sens du terme, démunie. Le film présente un transfert de ces connaissances. Petit à petit, Daniel Blake montre à Katie Morgan comment survivre tout en l'aidant sans rien attendre. D'une certaine manière, j'y ai retrouvé une partie de ce qu'écrit Richard Hoggart dans La culture du pauvre (un livre que je conseille)

Ainsi, nous avons un très bon film qui, sans trop de pathos, essaie simplement de présenter la vie de personnes qui essaient simplement de survivre alors qu'elles sont contrôlées et punies par une administration conçue pour atteindre une "rentabilité" et donc diminuer le nombre de personnes qui peuvent recourir à l'aide sociale. Alors que la rhétorique des fraudeurs et de la "culture de l'assistance" est prégnante dans les médias et le monde politique il est salutaire qu'un film décide d'en prendre le contre-pied pour mieux voir les conséquences de ces discours.

*
**
***
****
***** Des acteurs et actrices parfait-e-s, un thème difficile mais maitrisé. Un film que je conseille.

Image : Allociné

248495.jpg

26/11/2016

La ferme des animaux par George Orwell

Titre : La ferme des animauxproduct_9782070375165_195x320.jpg
Auteur : George Orwell
Éditeur : Gallimard
Pages : 160

Une petite ferme en Angleterre. Le propriétaire est un alcoolique qui ne prend pas soin de ses animaux. Ses aides font le minimum. La vie est dure pour le bétail. Illes travaillent, sont exploités et ne mangent pas toujours à leur faim. Mais l'un des cochons a eu un rêve. Ce rêve est celui d'une République des animaux libéré-e-s de la tyrannie humaine. Peu avant de mourir, il en parle à ses comparses. Personne ne pense que la révolution aura lieu mais on s'y prépare. Et soudain, sans crier gare, le propriétaire est expulsé ! Les animaux se sont libéré-e-s et les cochons prennent la direction des opérations. Cependant, petit à petit, les choses changent tout en restant pareils. La révolution a-t-elle vraiment eu lieu ?

Il y a très longtemps que je souhaite lire la Ferme des animaux. C'est un roman qui est resté tardivement dans ma liste de livres à lire (qui ne désemplit pas vraiment...). Mais j'avais toujours autre chose à faire, à voir ou à lire. Que penser de ce roman ? Tout d'abord, la lecture est très agréable. Le style est simple sans être simpliste. Les mots et les événements ont toujours un but précis et rien ne semble être placé au hasard. Le roman est court mais il est complet.

En effet, bien qu'il soit court Orwell réussit à tout mettre dans ces pages. Bien entendu, les personnes qui connaissent un peu la révolution bolchevique et ses suites comprendront beaucoup de choses. Car ce livre parle de révolution en s'attachant à un exemple précis. Dès les premières pages, on sait exactement à qui et quoi s'attaque l'auteur. Et il le fait bien. Non seulement il montre de quelle manière une élite se forme mais il illustre aussi de quelle manière celle-ci, progressivement, se pense élite et se voit comme méritant des exceptions. Petit à petit, on observe des personnages prendre le dessus et se rapprocher de ce qui était vilipendé auparavant. De plus, l'auteur nous montre de quelle manière la langue et les faits peuvent être manipulés au fil du temps (un thème que l'on retrouve dans 1984). Comment remettre en doute le discours du gouvernement quand celui-ci nous prouve qu'il a raison ? Bref, c'est un livre aussi intéressant qu'il est court. Une lecture facile et très enrichissante.

*
**
***
****
***** Court, bien écrit, intéressant et parfaitement maitrisé.

Image : Éditeur

26/09/2016

Les Helvétistes. Intellectuels et politique en Suisse romande au début du siècle par Alain Clavien

Titre : Les Helvétistes. Intellectuels et politique en Suisse romande au début du siècle
Auteur : Alain Clavien
Éditeur : Édition d'en bas 1993
Pages : 328

Au début du XXème siècle, comme le dit la quatrième de couverture, de nombreuses personnalités intellectuelles romandes s'interrogent sur ce qu'est l'identité suisse. Mais qui sont ces personnes ? Comment se rencontrent-illes et de quelle manière leurs idées, qui seront à la base des groupes de droite radicale de l'entre-deux-guerres, sont-elles communiquées ? Afin de mieux comprendre la genèse de ces intellectuels ainsi que leur évolution l'auteur s'intéresse à quelques productions particulières portées par des personnalités précises : La Voile Latine et les revues qui lui succèdent ainsi que certaines personnes dont Robert de Traz, Charles-Albert Cingria et son frère Alexandre Cingria et surtout Gonzague de Reynold.

Le livre, une thèse en histoire, est divisé en deux parties et 7 chapitres. La première partie, de quatre chapitres, permet à l'auteur d'expliquer de quelle manière les pensées politiques et artistiques de ce groupe dit des Helvétistes s'est formé. Il montre que l'art, en Suisse au début du XXème et à la fin du XIXème, est questionné. Est-il nécessaire de créer un art suisse ? Est-ce seulement possible ? Comment conjuguer demande politique, compréhension populaire et renouveau artistique ? Cette partie montre plusieurs intellectuels en mal de reconnaissances qui tentent de créer un art local qui puisse concurrencer les romans de Paris. Pour cela, il faut définir et comprendre ce qu'est l'esprit suisse. Celui-ci se concentre sur la montagne et se construit sur des prédécesseurs analysés dans la thèse de Gonzague de Reynold. Les idées sont progressivement construites dans la revue la Voile Latine. Mais celle-ci est rapidement éliminée lorsque ses fondateurs s'écharpent sur des considérations politiques et intellectuels alors que Gonzague de Reynold tente de prendre le contrôle.

La seconde partie, de trois chapitres, montre un groupe qui commence à vouloir lutter. Outre des considérations artistiques le groupe comment sérieusement à se poser des questions politiques. Cela mène certaines personnes, les Cingria et de Reynold en particulier, à se rapprocher de l'Action Française afin d'en devenir les interlocuteurs en romandie. Bien que Reynold soit très prudent il se heurte rapidement aux Cingria qui sont de plus en plus agacés par cet aristocrate venu de Fribourg. Petit à petit, de Reynold et un ami publient une nouvelle revue qui s'inquiète de la surpopulation étrangère et de l'état moral du pays. La revue permet de communiquer des conceptions anti-démocratiques malgré l'opposition de nombreux médias et politiciens.

À la sortie de ce livre on comprend mieux comment certaines idées politiques ont été défendues et pensées en Suisse. On nous montre aussi des personnes qui ont un certain capital social et intellectuel qui peinent à trouver une place à la hauteur de leurs espérances dans un univers bloqué par certains individus. Dans ces intellectuels en mal de reconnaissance il y en a un qui ressort fortement : Gonzague de Reynold. Ses idées, sa recherche de statut, ses stratégies sont impressionnantes. On nous montre quelqu'un qui essaie de jouer tous ses atouts du mieux possible tout en évitant de se fâcher trop vite avec trop de monde. Ce double jeu est dangereux et a failli couter cher mais de Reynold réussit à se faire une place au soleil dans le monde politique et intellectuel suisse.

Image : Éditeur

9782829001956-helvetistes.jpeg

11:05 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |  Facebook

05/08/2016

A bas la guerre! A bas le gouvernement! Le procès Liebknecht par Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht

Titre : À bas la guerre ! À bas le gouvernement ! Le procès LiebknechtPremCouv_Luxemburg_Libknecht.jpg?itok=YIA3B-Rb
Auteur-e-s : Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht
Éditeur : Les éditions de l'Épervier 2011
Pages : 96

Lors de la première guerre mondiale la plupart des pays engagés ont mis en place une alliance politique entre la gauche et la droite afin d'éviter toutes remises en causes de la politique de guerre. Cependant, cette alliance trahissait les résolutions de l'Internationale. En Allemagne un homme a, en particulier, lutté contre la guerre avec une comparse. Karl Liebknecht était un député déjà passé plusieurs fois en prison pour ses idées. En 1916 il participe au 1er mai et crie "À bas la guerre ! À bas le gouvernement !" Il est immédiatement emprisonné et accusé de haute trahison par un tribunal militaire. Rosa Luxemburg le soutient tout le long du procès par des tracts illégaux. Elle est aussi mise en prison mais sans jugement. Illes ne sortiront qu'à la fin de la guerre pour mourir assassinés en 1919.

La maison d'édition qui édite ce livre se revendique libertaire. Elle souhaite aussi éditer des textes oubliés ou qui risquent de l'être. Ce livre est constitué de différents documents qui constituent des éclairages sur le procès intenté contre Liebknecht. Ce sont aussi bien des tracts, des lettres, des documents officiels que de courts essais. L'appareil critique est réduit à son minimum. C'est à peine si les documents sont introduits après une courte introduction au début du livre. Bien que cela permette de lire les textes traduits cela enlève en grande partie la possibilité, pour les lecteurs et lectrices non averti-e-s, d'insérer ceux-ci dans un contexte plus large. Ainsi, on a presque l'impression de se trouver face à des textes en dehors de tout contexte ce qui est un comble pour deux personnes qui souhaitaient intégrer leur pensée à une action concrète. Malgré ce défaut ce livre mérite d'être lu surtout dans le contexte actuel.

Image : Éditeur

29/07/2016

Race / La couleur de la victoire

Cette semaine est sorti un biopic sur Jesse Owens. Le film débute alors que Jesse Owens est accepté à l'université de l'Ohio durant les années 30. Il est, semble-t-il, le premier étudiant de sa famille dans un contexte économique difficile. Bien qu'il soit heureux d'étudier il sait que son véritable but est de courir. Le coach de l'équipe de course de l'université, Larry Snyder, a entendu parler de lui et compte bien tester ses capacités mais aussi travailler à l'améliorer. Alors que Jesse Owens multiplie les victoires et les records le reste des USA se tend autours d'un débat difficile : Faut-il boycotter les JO de 1936 à Berlin ? Le comité olympique des USA envoie un observateur afin de vérifier les informations qui se propagent et permettre un vote sur la question.

Je suis toujours sceptique face aux biopics. Et ce film en exemplifie la raison. Le problème des biopics, et des biographies, est le risque de tomber dans la reconstitution d'un destin implacable. On oublie les problèmes, les choix, les rencontres et les incertitudes. Tout dans la vie d'une personne mène à un destin inoubliable, historique, impossible à éviter. Cet aspect problématique des biopics semble même revendiqué dans ce film qui, à plusieurs reprises, annonce que le destin de Jesse Owens est de courir, de gagner et d'être le meilleur athlète du monde. Face à ce "destin exceptionnel" plusieurs tentations et obstacles sont mis en avant. La plus importante des tentations est une femme. Alors qu'Owens est fiancé il sort avec cette autre femme ce qui lui pose un certain nombre de problèmes personnels. Le second obstacle est la ségrégation. Sa ville, son université, les stades, ... tout est envahi de racisme et Owens doit apprendre à faire abstraction afin de pouvoir se concentrer sur sa course.

Ce qui nous mène au troisième obstacle : La politique. Toutes personnes qui s'intéresse à l'actualité politique et à ses effets sur le sport sait que le CIO, ainsi que d'autres fédérations internationales, défendent l'idée que sport et politique sont deux sphères totalement séparées. Cette idée permet de défendre l'organisation d'événements sportifs dans des lieux ou des contextes troublés. Bien que l'on puisse être d'accord sur l'idée que le sport et la politique ne sont pas identiques on ne peut que déplorer que cela débouche sur l'impression, fausse, que le sport n'a aucun effet politique. Il faut garder cela à l'esprit quand on regarder ce film. En effet, il montre une tension entre d'une part des personnes qui défendent un idéal politique et des personnes qui refusent de penser politiquement. On sait qui a gagné et ceci a permis à l'Allemagne de 1936 d'organiser une propagande massive en faveurs du régime nazi.

On y trouve le point faible du film. La réalisation tente, apparemment, de faire le lien entre le racisme des USA et celui de l'Allemagne. Bien que les USA ne soit pas l'Allemagne hitlérienne il existe un racisme profondément ancré avec une ségrégation forte. Mais celle-ci est à peine montrée. On a l'impression que le racisme se traduit par une simple nécessité d'avoir des sièges, dortoirs et entrées séparées. Face à cela, l'Allemagne est montrée comme plus tolérante. Il est vrai que les diplomates allemands ont fait des efforts pour éviter de donner mauvaises impressions. Mais le film échoue à montrer de quelle manière la propagande allemande fonctionnait. Leni Riefenstahl est montrée comme une productrice qui veut simplement faire les meilleures images des jeux possibles. Mais son travail était bien plus important et bien plus intégré à la propagande. Bref, du point de vue politique le film échoue.

*
**
***
**** Un bon film avec de bon-ne-s acteurs et actrices mais un sujet politique simplifié à l'extrême comme s'il fallait éviter de heurter des personnes.
*****

Image : Allociné

Site officiel

20204651.jpg

03/07/2016

L'échec d'une prophétie par Leon Festinger, Hank Riecken et Stanley Schachter

Titre : L'échec d'une prophétie
Auteurs : Leon Festinger, Hank Riecken et Stanley Schachter
Éditeur : PUF 1993 (1956)
Pages : 252

Que se passe-t-il lorsqu'un groupe met en place une croyance qui s'avère erronée ? La question semble simple mais sa résolution fut compliquée. Pour y répondre les auteurs, et leurs observateurs et observatrices, ont infiltré un groupe plus ou moins mystique et amateur d'OVNIs. Le récit de cette étude se déroule sur 10 chapitres. Le premier chapitre permet aux auteurs de mettre en place leur position théorique. Ils expliquent pourquoi il est difficile d'observer la réaction à l'échec d'une prophétie. Les sources manquent et les individus se sont rarement intéressé aux réactions. Selon les auteurs, l'échec devrait déboucher sur un prosélytisme plus intense.

Afin de vérifier cette hypothèse ils mettent en place l'observation secrète d'un groupe ayant récemment annoncé l'apocalypse pour un mois plus tard. Sur cinq chapitres on nous dépeint de quelle manière le groupe s'est constitué, qui en fait partie et surtout comment il fonctionne. Le but est de vérifier la croyance individuelle ainsi que l'état de l'engagement. Les auteurs montrent que certaines personnes restent à la marge tandis que d'autres s'impliquent fortement dans cette nouvelle foi. L'implication n'est pas seulement mesurée en temps mais aussi en relation avec la vie extérieure. Les plus endoctriné-e-s abandonnent études, métiers et familles tout en suivant scrupuleusement les ordres venu du plan supérieur. Mais personne ne tente réellement de créer un prosélytisme actif.

Le chapitre sept explique de quelle manière le groupe et les membres ont réagis à la défaite de leur prophétie. Les auteurs montrent que les membres du groupes présents dans le même lieu ont pu mettre en place une explication commune qui a permis de les convaincre et même de renouveler une foi vacillante. Les personnes isolées, par contre, ont perdu leur foi et se sont rapidement éloignées du groupe. Les auteurs montrent aussi que le groupe, d'un seul coup, souhaite propager son message par tous les moyens. Les journalistes sont convoqués et des séances publiques sont mises en place tandis que les écrits de la doctrine sont offerts au public après un secret quasiment intégral. Le chapitre 8 explique les conséquences de cette publicité. En effet, les voisins, les patrons et les autorités ont agi contre des personnes qui se rapprochaient des enfants et qui les inquiétaient. Plusieurs femmes se sont vues menacées d'un examen psychiatrique tandis que le second perdait emploi, statut et passait devant la justice pour être soumis à une expertise afin de juger de sa capacité à gérer ses biens et à garder ses enfants. Le groupe, à la finale, s'est dissous et s'est perdu de vue.

Les deux derniers chapitres permettent, en particulier, d'expliquer la méthodologie de l'enquête. En effet, les auteurs ont dû agir dans l'urgence dans un cadre mouvant avec des réunions longues. Les observateurs et observatrices se sont infiltré-e-s et donc les observé-e-s n'ont jamais consenti à la recherche, ce qui crée un problème éthique important. L'infiltration ainsi que l'enquête ont été difficiles et les personnes envoyées par les chercheurs ont eu un effet, certes involontaire, important sur le fonctionnement du groupe. Au final, ce livre décrit une recherche passionnante au sein d'un groupe de personnes discrètes et convaincues de la fin du monde. La manière dont ces personnes réagissent à l'échec de la prophétie est passionnant et ne peut que donner des enseignements importants pour de nombreuses personnes s'interrogeant sur l'endoctrinement, les sectes et la radicalisation (religieuse ou non).

Image : Amazon

41ajwW5%2BJHL._SX321_BO1,204,203,200_.jpg

Guibord s'en va-t-en guerre

Steve Guibord est un député indépendant d'une petite province canadienne constituée en grande partie de trois villes, une mine, de camions qui passent, de la pépinière de sa femme et d'une réserve d'amérindiens. Son local se trouve dans un petit immeuble à l'arrière-boutique d'un magasin de lingerie fine. Récemment, un jeune stagiaire est venu tout droit d'Haïti afin de le seconder : Souverain Pascal. Ce dernier est une encyclopédie vivante de philosophie politique. Bien qu'il ne connaisse pas encore le terrain il sait tout des grand-e-s philosophes. Son stage va lui permettre voir un politicien faire de la politique. Guibord, lui, n'a pas de vrais pouvoirs. Il est un indépendant en dehors de tous les partis et ne peut parler qu'un ou deux fois par années. Son quotidien est régulé par les visites entre des villes distantes de millier de kilomètres, la rencontre des maires, les problèmes de barrages routiers et les relations avec les Algonquins. Mais tout changer alors qu'un débat national s'ouvre sur l'opportunité d'entrer en guerre. Le Premier Ministre souhaite recevoir l'aval du parlement. Mais il y a un problème, l'opposition est unie contre cette décision et le parti majoritaire perd une députée qui va s'abstenir. Il ne reste que Guibord qui peut faire basculer le pays dans la guerre ou garder la paix. Ce petit député local est soudainement devenu l'homme politique le plus important du pays et tout le monde veut savoir ce qu'il va faire.

Le réalisateur de ce film avait déjà offert l'excellent Starbuck (qui eut une adaptation française désastreuse qu'il faut fuir à tous prix). Cette fois il décide de faire un film de comédie politique sur la politique. L'intrigue est particulièrement réussie, les dialogues sont savoureux et les acteurs et actrices superbes. Mais, pour en venir à la substance, on peut mettre en avant deux aspects principaux.

Premièrement, il est clair que le réalisateur considère la politique comme une forme de théâtre dont les figurant-e-s se connaissent mutuellement. C'est simple, Guibord est capable de saluer amis comme ennemis par leurs prénoms et de leur laisser des messages discrets face à la caméra. Personne n'est dupe et tout le monde sait que tout est construit. Que ce soit la journaliste, le syndicaliste, le maire ou d'autres personnes chacun-e-s sait comment l'autre (ré)agit et tout le monde est capable de se contacter en cas de besoin. Ce thème est particulièrement mis en avant lors du débat alors que les pacifistes débarquent dans une magnifique représentation parfaitement contrôlée et montrant la preuve d'une grande préparation. De plus, Souverain lui-même y participe en créant des séances Skype sous forme de conférences pour sa famille et son public à Haïti qui observent le drame politique sous un œil à la fois intéressé et surpris.

En second lieu, le film nous montre, à mon avis, que toute politique est locale et dépend du peuple. Je ne dis pas ça seulement parce que Guibord tente de créer une forme de démocratie directe mais aussi parce que la population s'empare du thème et en transforme la signification. D'une question philosophique sur la nécessité d'une guerre déclarée juste on passe à la question des effets de celle-ci pour la prospérité locale. Ainsi, le film montre particulièrement bien non seulement la difficulté de créer des discussions démocratiques lorsque la population manque d'informations ou ne souhaite pas discuter du thème choisi mais aussi l'importance de la vie quotidienne pour les décisions du peuple. Prendre une décision au niveau de la nation, voir du monde, a bel et bien des effets. Certains sont positifs tandis que d'autres sont négatifs. La question est moins philosophique que pratique.

En conclusion, j'avais beaucoup aimé Starbuck qui offrait un magnifique moment d'humour et de légèreté. J'aime tout autant, et je conseille, ce film qui sous ses abords humoristiques envoie un message important sur ce qu'est la politique et sur la manière dont le spectacle est mis en scène par les professionnel-le-s du monde politique.

*
**
***
****
***** Un film drôle et bien écrit. Une réussite.

Image : Allociné

491602.jpg

09:24 Écrit par Hassan dans Film, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : guibord s'en va-t-en guerre | | | |  Facebook

27/05/2016

Dangerous citizens. The greek left and the terror of the state par Neni Panourgiá

Titre : Dangerous citizens. The Greek left and the terror of the state9780823229673_47.jpg
Auteure : Neni Panourgiá
Éditeur : Fordham university press septembre 2009
Pages : 302

De quelle manière un état, qu'il soit démocratique ou non, crée-t-il une catégorie d'individus désignés comme dangereux pour son existence ? Cette question est la problématique principale du livre de Neni Panourgiá. L'auteure, pour y répondre, décide d'examiner la difficile et turbulente histoire de la Grèce contemporaine des années 30 à actuellement. Elle fait cet exercice en 8 chapitres qui sont autant de parties de la guerre civile connue par la Grèce. Le premier chapitre est plutôt méthodologique et pose quelques questions sur la manière de traiter un tel sujet. C'est aussi le cas du dernier chapitre qui permet d'examiner de quelle manière la mémoire des dictatures a été utilisée et écrite tout en démontrant que le passage de la Junta des colonels à la démocratie s'est fait en "oubliant" le passé violent aussi bien en ce qui concerne la gauche que les tortures pratiquées contre les citoyen-ne-s grec-ques.

D'une certaine manière, on peut diviser le livre en trois parties principales. La première partie examine la dictature de Metaxas. L'auteure explique que, selon elle, c'est dans ce cadre que la mise en place d'une division entre les citoyen-ne-s légitimes et les autres s'est faites. Elle démontre que cette division se base sur une loi du XIXe siècle dont la philosophie considère que la criminalité se répand dans "l'ADN" - je reprends son terme - de la famille. Ainsi, c'est toute une famille qui est suspecte et non seulement une personne. C'est aussi cette époque qui permet d'observer la mise en place des camps de prisonniers chargés de rééduquer les communistes qualifiés d'ennemis de la nation par le gouvernement.

Une seconde partie pourrait prendre en compte les années de la deuxième guerre mondiale jusqu'à la fin des années 50. Celles-ci commencent par une lutte contre les envahisseurs italiens et allemands. La résistance est un point commun. En effet, dans la première partie de la période de nombreux groupes politiques se constituent et résistent ou collaborent avec les envahisseurs alors que les allemands perpètrent des atrocités et que la famine menace. La seconde partie de la période permet de montrer de quelle manière les autorités anglaises, puis américaines, se retournent contre les résistants communistes en mettant au pouvoir d'anciens collaborateurs. Les anglais et les USA ont peur d'une prise de contrôle par les communistes et donc soutiennent un régime qui use de la torture et des camps d'internements dans lesquels sont exilés les communistes supposés ou non.

Enfin, la troisième partie s'intéresse aux années 50 à la fin des années 70. Bien qu'elle commence dans un semblant de normalisation la période connait une forme d'instabilité politique. En effet, non seulement le roi mais les différents gouvernements ne prennent pas en compte la loi. La période change radicalement alors que quelques colonels décident de prendre le pouvoir et, en pleine nuit, arrêtent des milliers de personnes accusées d'être de gauche qui peuvent ne posséder qu'une sensibilité démocratique et dont l'âge moyen s'étend de 50 à 80 ans. Bien que les résistances existent elles sont écrasées par la police et l'armée -en particulier lors de l'épisode de Polytechnique - et la torture et les camps sont à nouveau utilisés aussi bien contre les gauchistes que les royalistes.

Il m'est difficile d'apprécier ce livre. Dans les points négatifs je dois noter une discussion théorique qui me semble parfois un peu stérile et un système de notes assez étrange. Le livre est écrit par une ethnologue ce qui permet de comprendre pourquoi la méthode historique est assez peu développée. L'auteure préfère récolter des informations via des entretiens et ne nous offre pas des sources de l'époque (bien qu'une partie de ces documents aient été détruit il reste probablement suffisamment d'écrits). En fait, la lecture donne l'impression d'une grande histoire de famille. Tous les protagonistes semblent se connaitre tandis que l'auteure s'inscrit dans l'histoire en dévoilant ses pensées de l'époque ainsi que les endroits dans lesquels elle vivait. Ce n'est pas négatif en soi mais ça donne une impression un peu étrange de familiarité entre toutes les personnes. Cependant, le propos du livre est intéressant et nécessaire. Dans une époque dites de "guerre contre le terrorisme" qui voit des lois d'urgence se normaliser et des procédures extraordinaires devenir normales il faut se poser la question de la manière dont un état constitue une population comme dangereuse et donc moins qu'humaine. Ce processus permet de justifier des mesures qui, sinon, ne seraient pas acceptables dans un cadre démocratique. Pire, ce type de procédures, en se normalisant, a un effet négatif sur toute la population dont les membres individuels peuvent rapidement devenir suspect. L'auteure pose donc des questions nécessaires en montrant de quelle manière des lois peuvent rapidement être utilisées contre tout le monde.

Image : Éditeur

30/04/2016

Trumbo

Dalton Trumbo était un scénariste d'Hollywood lors de l'âge d'or du cinéma. Il a combattu durant la Deuxième guerre mondiale. Mais il était aussi un membre du parti communiste des États-Unis. Ce fait devient un problème durant les années 50 alors que le monde occidental commence à entrer dans la Guerre Froide. Les sympathies communistes deviennent suspectes de cacher des traitres à l’État. Et le cinéma est l'une des industries qui entre dans le viseur des milieux anticommunistes qui entourent le comité des activités anti-américaines du Congrès. Après plusieurs batailles Trumbo et ses collègues terminent en prison pour un an. Lorsqu'ils en sortent ils trouvent un monde nouveau. Ils sont ostracisés et ne peuvent plus travailler car une liste noire est mise en place. Mais Trumbo décide de travailler sous pseudonyme. Et, au fil des années, la liste noire devient une couverture pour un énorme marché noire.

Trumbo est un bon film. Il contient de très bons acteurs et actrices. Il est bien écrit et plutôt bien mis en scène. Il y a bien quelques longueurs et quelques défauts. En fait, ces défauts dépendent plus du type de film choisit que de la production. Trumbo est un biopic qui tente de s'intéresser à près de 15 ans d'histoire en deux heures. Il y a donc de nombreux problèmes de rythme entre deux époques avec des personnages qui changent sans véritablement changer. Un autre problème concerne le propos même du film. Quand on doit faire tenir 15 ans d'une personne en deux heures on est obligé d'oublier tout ce qui est superflu. On se concentre sur un personnage sans prendre en compte ce qui existe autours de lui. Ainsi, on ne comprend pas forcément ce qui est en train de se dérouler sur les écrans ni qui sont toutes ces personnes. Le film échoue à expliquer comment fonctionnait la liste noire et quels furent ses effets car on ne peut pas faire autrement que de s'intéresser à la vie d'une seule personne. Cependant, on observe assez bien les effets de la liste sur la famille de Trumbo. Illes doivent déménager, accepter d'être insulté-e-s et surtout garder le secret et aider Donald Trumbo. Ce dernier est montré se tuant à la tâche et j'aurais apprécié en savoir plus sur les autres membres de la famille qui semblent tout autant intéressant.

*
**
***
**** Un bon biopic qui, comme tous les biopics, échoue à expliquer une époque et une vie dans toutes leurs complexités.
*****

Images : Site officiel

full.1322.jpg

09:32 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : trumbo | | | |  Facebook

29/02/2016

Spotlight

Boston, la fin des années 2000, un nouveau directeur est envoyé à la tête du Boston Globe. Les journalistes ne sont pas rassurés sur les intentions de ce nouveau qui ne vient même de la ville. Celui-ci rencontre les chefs de l'équipe Spotlight. Ils et elle ne communiquent par leurs sujets d'enquêtes. Leur travail est de fouiller en profondeur un sujet précis avec des articles en bétons. Et on leur demande d'étudier s'il pourrait être intéressant de parler des abus sexuels commis par un prêtre de l’église catholique. Bien que sceptique l'équipe se rend rapidement compte que le problème est extrêmement vaste et connu de toutes les autorités. Pourtant, personne ne semble avoir rien fait. Pourquoi ce manque d’actions ? Qui sont les personnes qui savent ? Comment dénoncer ces abus sans se faire écraser par la machine de l’église ?

Ce film sort en Suisse un mois après que le rapport historique sur l'institut Marini soit rendu public. C'est une coïncidence mais une coïncidence troublante pour les personnes qui ont touché le sujet que ce soit personnellement ou en tant que simple citoyen-ne. Le film tente de montrer comment une équipe de journalistes d'investigations a pu mettre en plein jour un problème systémique dans l’église catholique : les abus sexuels sur mineurs. Ces abus ont eu lieu partout mais sont longtemps restés cachés, tabous. Les acteurs et actrices ont, dans ce film, moins d'importance que le sujet. Ainsi, personne ne prend trop de place et chacun est placé face à l'enquête et à ses réactions. L'intrigue est bien menée. On observe le déroulement de l'enquête qui avance gentiment puis qui devient rapidement un problème qui dépasse toutes les prévisions. Au lieu d'une personne les journalistes découvrent que 90 prêtres sont impliqués et couverts par l’église qui fait tout pour ne pas communiquer. Il est tout de même dommage que le film n'explique pas mieux pourquoi ces abus sont possibles. L'enquête prend toute la place et empêche de démontrer en quoi l'institution en soi pose problème.

*
**
***
****
***** Un film que j'ai beaucoup apprécié sur un sujet difficile à traiter. Le choix du traitement via des journalistes cache la voix des victimes mais n'est pas mauvais.

Image : Allociné

Site officiel

118433.jpg

21/02/2016

Free Love / Freeheld

Nous sommes aux États-Unis. Deux femmes se rencontrent lors d'un tournoi de volley ball. L'une est Laurel brillante inspectrice du New Jersey. La seconde est Stacie une mécano. Leur vie est difficile car Laurel n'a rien dit à ses collègues de peur de perdre toutes possibilités de carrière. Tandis que Lacie n'apprécie pas d'être une ombre dans la vie privée de sa partenaire. Malgré tout, elles réussissent à signer un contrat d'union civile ainsi que l'achat d'une maison. Tout semble aller pour le mieux. Mais Laurel apprend avoir un cancer. Alors qu'elle souhaite que sa femme reçoive sa pension à sa mort cela lui est refusé. Elles décident donc de se battre.

Ce film tombe une petite semaine avant la votation concernant l'initiative du PDC qui aura comme effet d'interdire le mariage entre personnes de même sexe. C'est une coïncidence intéressante. Les actrices sont Julianne Moore et Ellen Page. Elles sont talentueuses et portent magnifiquement les personnes qu'elles incarnent. La réalisation ne s'intéresse pas vraiment à la relation. Celle-ci est mise à l'écart et même oubliée pendant un an entier. On ne sait pas du tout de quelle manière les deux femmes ont décidé de vivre ensemble malgré leurs différences. Dans le même ordre d'idée, l'homophobie et le sexisme dans la police, et la société, sont passés sous silence ou simplement mentionnés sans trop en parler. Le but principal du film est de parler de la lutte de Laurel en faveurs de son droit à recevoir une pension. Une grande partie du film est basée sur ce combat et le juge comme un pas en avant en direction de la justice et de l'égalité. Il manque donc beaucoup au film mais ça ne m'a pas empêché de l'apprécier.

*
**
***
**** Il aurait été possible d'aller plus au fond du sujet mais la réalisation réussit tout de même à intéresser et à faire apprécier le combat de ces deux femmes en couple.
*****

Image : Allociné

446336.jpg

11/02/2016

El Clan

La famille Puccio est une famille normale d'Argentine. Le père, la mère, trois frères et deux sœurs se partagent une grande maison. C'est une famille plutôt aisée. L'un des fils, Alejandro, est un très bon joueur de rugby tandis que le père partage la table des grands politiciens de l'Argentine. L'argent entre assez bien pour que Alejandro soit capable d'ouvrir son propre magasin de matériel de surf. De plus, le pays entre dans une réforme qui devrait lui permettre de passer de la dictature sanglante que le peuple a connu à une démocratie à l'occidentale. Les méfaits et les excès du passé ne sont pas oubliés mais ils ne sont plus défendus. Cette famille pourrait être normal. Mais le père, Arquímedes, est à la tête d'un réseau d’enlèvement. Il utilise Alejandro afin de donner confiance à ses victimes et ensuite demande une rançon en dollars américains. Ces activités sont censées punir les personnes qui profitent du pays. Mais il semble que la famille ne soit pas forcément à l'aise avec ce type d'activités.

Ce film s'inspire de faits réels. Il y a réellement une famille Puccio qui a vraiment enlevé et assassiné des personnes. Bien entendu, le film doit broder et interpréter une histoire dont on ne sait pas tout. Ainsi, la scène de fin est construite afin que l'on pense une chose précise. Mais on ne sait pas si c'est réellement le but de la personne. En ce qui concerne les acteurs, actrices ainsi que la réalisation c'est film qui réussit. Les scènes d'enlèvement sont toujours mises en parallèle avec celles de la vie de tous les jours. Ce fonctionnement donne une impression surréaliste. Voir le père amener tranquillement à manger à son détenu en saluant la famille est impressionnant. Bien que le film ne conclue pas sur ce point il donne clairement le point de vue que personne, dans la famille, ne pouvait ignorer ce qui se déroulait. Bien que les activités de tous les membres ne soient pas toujours très claires. Cependant, ce film échoue sur un point important. Durant plusieurs scènes on sent une proximité entre Arquímedes et le pouvoir. Ces relations ne sont pas questionnées et je me suis souvent demandé comme celles-ci fonctionnaient. Est-on en face d'une personne connue par le pouvoir mais que l'on laisse agir où alors un homme qui agit pour l’État ?

*
**
***
****
***** Un très bon film avec quelques points que j'aurais apprécié mieux comprendre

Image : Éditeur

afiche_el_clan.jpg

21:06 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : el clan, argentine | | | |  Facebook

06/01/2016

De l'utilité du genre par Joan W. Scott

Titre : De l'utilité du genre9782213661551-X_0.jpg?itok=vUHK_R54
Auteure : Joan W. Scott
Éditeur : Fayard 2012
Pages : 219

Joan W. Scott est connue pour son article théorique "Le genre : une catégorie utile d'analyse historique". Ce petit livre recueil plusieurs articles de l'historienne autours du genre comme concept et de la manière de l'utiliser en histoire. Le premier article est, bien entendu, celui que je viens de citer. Joan W Scott y définit le genre comme concept tout en critiquant d'autres formes de définitions. Ensuite, elle décortique le terme et explique comment on peut l'utiliser dans des travaux de recherche. Bien que l'article soit très théorique il n'en est pas moins passionnant pour les personnes intéressées malgré une difficulté de lecture plutôt importante. Dans l'article suivant l'auteure déconstruit le travail de E. P. Thompson. Elle démontre que ce dernier a totalement écarté les femmes dans son livre majeur sur la classe ouvrière anglaise.

Les deux articles suivant sont ceux qui m'ont le plus intéressé. La raison en est le lien avec des débats et affaires récentes durant lesquelles les arguments déconstruits par Scott ont été utilisé par des politiciens, des journalistes et des experts. Le premier concerne le voile. Elle montre que ce dernier est pensé comme fondamentalement incompatible avec la laïcité alors que celle-ci n'a jamais été construite comme moyen de créer une égalité entre les hommes et les femmes. Plus important, elle déconstruit les arguments qui considèrent que les femmes qui se voilent sont opprimées ou aveugles. En effet, elle explique que ces femmes s'inscrivent dans une religion et une culture et que cette inscription identitaire, communautaire, permet une capacité d'agir et donc de choisir. Le dernier article concerne la séduction française. À plusieurs reprises, le terme a été utilité afin d'expliquer, ou d'innocenter, des actes sur des femmes. Au lieu d'une agression ce n'était qu'un élan séducteur bien français incompris. Joan W Scott commence par présenter les arguments. Elle montre que cette séduction est basée sur une société particulière et une vision spécifique. Cette dernière considère que les femmes sont ouvertes à la séduction de manière passive tandis que les hommes sont actifs (prédateurs). Les femmes, par l'amour, doivent contrôler et abaisser la prédation masculine en utilisant l'amour. Dans cette vision des relations entre les sexes il faut que tout le monde soit bien identifiable comme homme ou femme. Par conséquence, Scott montre en quoi cette forme de séduction se doit de lutter contre le féminisme et les luttes pour les droits des gays et lesbiennes. Non seulement les sexes sont brouillés mais, en plus, l'acte de séduction est dénaturé. La cible principale est le féminisme américain accusé d'être la cause des guerres des mâles impérialistes américain.

Ce petit livre se termine sur une conclusion qui permet non seulement de faire le bilan du féminisme universitaire mais aussi de tenter de repousser les frontières. Joan W. Scott apprécie les remises en causes des acquis et pousse à passer outre les chemins débroussaillés même, et surtout, si cela rend certaines personnes et institutions inconfortables. Au final, la lecture est stimulante. Le propos n'est pas toujours très facile à comprendre. Les concepts sont nombreux et ne me sont pas toujours connus. Mais il est fascinant de voir la pensée de Scott se modifier et s'étendre vers d'autres horizons.

Image : Éditeur

12/10/2015

Le plus bel âge? Jeunes et jeunesse en France de l'aube des "Trente Glorieuses" à la guerre d'Algérie par Ludivine Bantigny

Titre : Le plus bel âge ? Jeunes et jeunesse en France de l'aube des "Trente Glorieuses" à la guerre d'Algérie9782213628707-T_0.jpg?itok=XqTlXKUF
Auteure : Ludivine Bantigny
Éditeur : Fayard 2007
Pages : 498

Ce gros livre, en effet il est massif, est l'adaptation d'une thèse de la part de Ludivine Bantigny sur l'histoire de la jeunesse française depuis l'après-guerre jusqu'à la fin de la guerre d’Algérie. L'auteure s'y pose la question de ce qui constitue la jeunesse. Est-ce un simple mot ou est-ce plus compliqué. Pour cela elle tente de comprendre ce qui a constitué la jeunesse, comment on en a parlé et quelles sont les expériences communes qui permettent de former une génération. Elle construit son travail en quatre parties de trois chapitres chacune ce qui lui permet de passer sur tous les aspects de la jeunesse. Elle début tout de même avec une introduction et un prologue afin de poser les bases méthodologiques de sa recherche.

La première partie, nommée "Les travaux et les jours", permet à Bantigny de placer la jeunesse sur le marché du travail et de l'éducation. Le premier chapitre permet de montrer comment les relations entre les générations et entre les jeunes se forment. Quels sont les moyens économiques que les jeunes possèdent ? Mais aussi comment font-ils pour avoir des loisirs ? Le chapitre suivant permet d'étudier le fonctionnement de l'école alors que de plus en plus de personnes s'y rendent. L'auteure dépeint une école encore ancienne, rigide, basée dans des locaux exigus et inadaptés à tels point que certaines personnes les considéraient comme insalubres. Elle montre aussi les nombreux débats qui se sont formés autours de l'école et de sa mission. En effet, l'école était pensée comme trop livresque et trop peu basée sur les besoins économiques. Enfin, Ludivine Bantigny se pose la question du marché du travail. Elle montre un oubli des agriculteurs dont le travail est presque gratuit. Cependant, les autres jeunes ne sont pas en reste. Les relations avec les collègues et les patrons sont souvent difficiles voir humiliantes. Les jeunes peuvent être soumis à un régime illégal sans être bien payé. Mais il n'y a pas de révoltes devant ces conditions considérées comme passagères.

La seconde partie concerne le danger social des jeunes. En effet, il y a eu, et il y a encore, une peur de la jeunesse. Le premier chapitre examine à quoi ressemble le jeune dangereux. Bantigny y décortique la délinquance mais aussi la manière dont celle-ci est pensée par les acteurs de la société. Elle montre comment, presque du jour au lendemain, on voit apparaitre les blousons noirs et la peur des gangs de jeunes à la violence irrationnelle. Tandis que la majorité des jeunes garçons et jeunes filles ne portent le blouson que pour se détacher. Elle explique aussi, dans un second et troisième chapitre, de quelle manière les jeunes dangereux (ou en danger de le devenir) passent sous la loupe de nombreux observateurs. Ces derniers sont chargés de comprendre le jeune délinquant et de trouver un bon moyen de le "guérir". Malgré que les centre d'observations ne soient pas des prisons Bantigny montre que les jeunes qui y sont enfermés se pensent en prison. Ils sont derrière des murs et n'ont pas de libertés. Pire encore, ils ne savent pas quand ils sortiront.

Une troisième partie permet d'examiner les politiques de la jeunesse mises en place par les différents gouvernements. Ludivine Bantigny montre la difficulté de créer ces politiques bien que la jeunesse soit pensée comme un avenir dont il faut prendre soin. Elle montre quels sont les politiciens les plus appréciés et comment les jeunes entrent en politique que ce soit à droite ou à gauche. Cette partie s'articule bien avec la suivante qui concerne la guerre d'Algérie. En effet, Bantigny commence par montrer comment la politique de la jeunesse fut mise à mal par la une guerre qui n'en portait pas le nom. Elle continue sur la critique de l'école formée par l'armée qui considère que les jeunes ne sont pas assez éduqués à la nation française. Elle montre aussi quel fut l'expérience de la guerre pour cette génération. Au début il y a revendications, craintes et peurs car on envoie pour 28 mois des personnes se battre au nom de la pacification. À la fin, il y a le silence et l'habitude de l'horreur. Alors que sont ces jeunes qui reviennent ? De nombreux journaux se posent la question et ne peuvent pas toujours y répondre.

J'ai lu cette thèse avec un très grand intérêt. L'auteure y fait une peinture très complète de la jeunesse et, surtout, des différentes institutions qui s'occupent d'elle. Elle montre comment les jeunes sont pensés mais aussi ce qui forme une génération. Ainsi, quelques années suffisent pour tout changer entre les jeunes nés durant la guerre et ceux du baby-boom. De nombreux point développés par Ludivine Bantigny pourraient être utilisés pour mieux comprendre ce que l'on dit actuellement sur, en particulier, la mode, la moralité, l'école et la délinquance des jeunes.

Image : Editeur

21/08/2015

La culture du pauvre par Richard Hoggart

Titre : La culture du pauvrev_2707301175.jpg
Auteur : Richard Hoggart
Éditeur : Les éditions de Minuit 1970
Pages : 420

Après plusieurs années je me suis finalement décidé à lire ce grand classique de la littérature sociologique (bien que son auteur ne soit pas sociologue) présenté par Jean-Claude Passeron. J'ai souvent rencontré Hoggart durant mes études mais jamais je n'avais lu ce livre en entier. Hoggart y étudie ce que la traduction nomme la culture du pauvre. Il serait plus juste de parler, comme l'explique la préface, de l'usage de la culture par les classes populaires. Hoggart forme cette analyse à l'aide de deux parties principales.

La première partie est un moyen pour Richard Hoggart de contextualiser ce qu'il entend par classes populaires. Il se base en partie sur sa propre biographie qui lui permet de reprendre ses souvenirs avec ses outils intellectuels présents. Hoggart y fait une peinture vivante et pleine d'exemple de la vie des classes populaires vers les années 50 et durant son enfance. Il y montre l'importance de la communauté ainsi que des petits plaisirs. Tout en montrant en quoi la vie est vue avant tout comme des moments difficiles qu'il faut bien passer avant la mort. Il explique pourquoi les enfants sont gâtés et comment fonctionne l'économie informelle populaire. Dans une seconde partie il fait une analyse de la culture telle qu'elle est offerte et reçue par les classes populaires. Il commence par montrer que les différentes cultures sont de moins en moins intéressantes et de plus en plus médiocre. Il déplore en grande partie le fonctionnement des journaux mais aussi la musique et les romans (en particulier les romans policiers. Il faut aussi noter sa lecture du The seduction of the innocent qui a longtemps conduit à condamner les comics pour leurs prétendus effets négatifs et criminogènes sur les jeunes). Il considère que la culture qui se met en place est informe. Elle pousse aux émotions mais sans tenter une création de l'art pour l'art. Il explique ensuite que, malgré les craintes intellectuelles, cette culture est reçue de manière très cynique par les membres des classes populaires. Les hommes et les femmes savent que ces romans ou journaux ne sont pas bons mais acceptent de les lire. Il n'y a donc pas autant de problèmes qu'il pourrait y en avoir.

Que penser de ce classique ? Bien qu'il reste intéressant à lire il est indéniable que les analyses ainsi que les craintes sont à contextualiser. Bien entendu, on sait que la culture de masse a pris une importance sans précèdent. Mais, comme le dit Hoggart, on voit aussi que cette culture, qui se lançait dans les années 50, n'a pas créé les désordres sociaux et psychologiques qu'on craignait malgré des retours périodiques (voir, par exemple, les craintes autours des goths, du rock, des jeux de rôle ainsi que des jeux vidéo). On sent, dans la prose d'Hoggart, une incompréhension de la culture qui est en train de se former sous ses yeux. Il ne comprend plus la jeunesse et cette incompréhension, matinée de peurs et de désirs, sera éclatante durant les évènements de mai 68 pour la classe d'âge et sociale que représente Hoggart.

Image : Éditeur

La belle saison

Comme beaucoup de monde je suis allé voir, hier soir, le dernier film français sorti dans les salles : La belle saison. Nous sommes dans le début des années 70. La France connait un regain d'activisme féministe autours du MLF alors que la politique reste encore largement rétrograde. Delphine est une jeune femme qui a vécu toute sa vie à la campagne cachant ses amours. Lorsqu'elle part à Paris elle entre dans la puissance jouissive du MLF et de ses actions militantes ainsi que de la construction de sa pensée. Autours de plusieurs moments clés elle s'attachera de plus en plus avec une jeune professeure d'espagnol parisienne, Carole. Petit à petit, Delphine se rend compte qu'elle va devoir choisir entre vivre sa vie, aider sa famille et la ferme familiale et suivre son cœur.

Que penser de ce nouveau film lesbien ? Contrairement à la vie d'Adèle il n'adapte pas un roman graphique au cinéma. La réalisatrice a eu la bonne idée de le placer dans une période d’effervescence alors qu'autant les femmes que les gays et lesbiennes tentaient de penser leur condition et de s'en défaire. Elle montre que les actions du MLF n'ont pas forcément de compréhension dans le petit monde paysan sans que, pour autant, elles ne soient vues plus négativement qu'ailleurs. C'est dans un second temps que l'histoire d'amour est dépeinte. Elle montre une Carole qui lutte entre ses désirs pour Delphine et sa relation avec un homme tout aussi militant qu'elle. Tandis que Delphine lutte pour garder son lien avec ses parents, sa ferme et la communauté tout en souhaitant rester avec Carole. Un grand écart de plus en plus difficile au fil du temps. Au final, un film plein d'émotions et un peu fleur bleu.

*
**
***
**** Un film sympathique, bien mis en scène avec des actrices très convaincantes.
*****

14:49 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, LGBTIQ, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la belle saison | | | |  Facebook

08/08/2015

Intimités amoureuses. France 1920-1975 par Anne-Claire Rebreyend

Titre : Intimités amoureuses. France 1920-197541BPsvDHV1L._SX304_BO1,204,203,200_.jpg
Auteure : Anne-Claire Rebreyend
Éditeur : Presses Universitaires du Mirail 2008
Pages : 340

Ce livre de 340 pages est l'adaptation d'une thèse de l'auteure. Dans sa thèse, et son livre, elle se propose d'étudier l'histoire de la sexualité des français-e-s durant 55 ans. Nous avons donc une peinture de la sexualité durant la presque totalité du XXe siècle. Pour étudier ce sujet intime l'auteure utilise, justement, des sources intimes. Celles-ci ne sont pas des sources judiciaires ou policières mais des journaux intimes, des autobiographies et des lettres le tout assorti de quelques entretiens. C'est donc une histoire "par le bas" qui prend en compte la parole même des personnes pour comprendre leur lien à la sexualité. Le livre est divisé en trois chapitres qui commencent par l'interdiction de la publicité des moyens de contraception, 1920, et se termine par la loi Veil sur l'IVG en 1975.

La première partie s'occupe des années 1920 à 1939 et se nomme L'intime feutré. L'auteur y écrit deux chapitres. Le premier lui permet de mettre en lumière la norme sexuelle. Elle montre l'importance de la conjugalité pour les couples. La rencontre et la sexualité se forment dans le cadre du mariage. Cependant, il existe de personnes qui ne suivent pas les normes. L'auteure y étudie une femme bisexuelle qui explique, dans son journal, son attrait pour les femmes et les hommes. Un second chapitre se concentre sur l'éducation sexuelle. On y découvre que la sexualité et le fonctionnement du corps humain n'est que peu connu. Bien qu'il existe des ouvrages d'éducation sexuelle ceux-ci sont moralisateurs et construit selon le genre de la personne qui le lira. Les informations ne sont donc pas les même pour un homme ou pour une femme.

Une seconde partie parle des années 1939-1965 sous le titre de L'intime questionné. On y trouve trois chapitres. Le premier se concentre exclusivement sur la période de Vichy. Il montre les difficultés de l'amour et de la sexualité alors qu'une partie des soldats sont au front puis prisonniers. Les rôles sont clairement marqués puisque les femmes doivent rester chastes et attendre le mari tandis que ce dernier peut profiter d'une sexualité avec des allemandes ou des camarades. Le flirt, tel qu'il était possible auparavant, devient contrôlé alors que le gouvernement impose son idée du couple parfait. Le second chapitre parle de l'après-guerre. On y trouve deux points particuliers. Tout d'abord, le retour important du flirt qui est tout de même pensé différemment selon le genre. Alors que pour les femmes le flirt doit s'arrêter avant la sexualité les garçons considèrent que le flirt doit se terminer par la sexualité. Dans tous les cas, les filles flirtent mais ce sont les garçons qui créent la possibilité et qui lancent les actes. Le second point concerne la possibilité pour les filles d'avoir une sexualité avant le mariage. Alors que les garçons ont cette possibilité depuis longtemps les filles la découvrent tandis qu'une nouvelle catégorie se forme. La fille sérieuse, qui décrit celle qui résiste, et la fille facile, celle qui ne résiste pas, sont accompagnées de la fille amoureuse qui peut accepter une sexualité s'il y a amour. Mais les divisions entre les catégories sont floues et il est facile de passer de l'une à l'autre. Enfin, l'auteure termine cette partie en montrant la perte de force de l'amour conjugal. Celui-ci est remis en question alors que des femmes expriment leur mal-être. Dans le même temps, le contrôle des naissances est un problème de plus en plus important pour les femmes qui peuvent se sentir fatiguées et envahies.

La dernière partie prend en compte les années 1965-1975 sous le titre L'intime exhibé. On y trouve deux chapitres. Le premier pose la question de la libération sexuelle. Elle montre non seulement les changements qui ont cours pour les personnes adultes qui voient leurs possibilités étendues mais aussi pour les jeunes qui, malgré tout, restent dans le cadre d'une conjugalité. Bien que le flirt soit bien plus poussé et que les corps soient plus montrés. Un second chapitre nous parle de l'aspect médical. Celui-ci prend tout d'abord la forme de la sexologie qui, sous couvert de bonne sexualité, recrée une norme qui doit être suivie et que les individus tentent de suivre tout en se posant des questions sur leurs propres pratiques. Tandis qu'un second point nous parle de la réception de la contraception et de l'IVG. Celles-ci sont maintenant bien plus accessibles mais combattues (et le sont toujours) avec des termes que l'on retrouve encore maintenant

Au final, nous avons un livre très intéressant. L'usage de sources écrites par les personnes même permet de passer outre un discours médical, théorique ou judiciaire pour observer ce que font et pensent les français. Bien entendu, ces sources ne sont pas sans problèmes puisque les personnes se censurent, recréent leur passé ou tentent de se montre sous un beau jour. Mais cela n'enlève rien à l'intérêt de leur usage et de leur analyse et permet à l'auteure de montrer des changements qui se préparent avant même le temps de la révolution sexuelle.

Image : Amazon

29/06/2015

Enfants à louer. Orphelins et pauvres aux enchères par Rebecca Crettaz et Francis Python

Titre : Enfants à louer. Orphelins et pauvres aux enchères6e13ca992c79f5ab66b47ca9e2da4e60.jpg
Auteur-e-s : Rebecca Crettaz et Francis Python
Éditeur : Société d'histoire du canton de Fribourg 2015
Pages : 176

Il y a quelques années que les personnes placées durant leur enfance ou internées pour des raisons d'assistance (selon le terme officiel) ont commencé à parler et à revendiquer excuses, réparations et recherches historiques. Ce livre permet de commencer à comprendre l'histoire du placement au rabais dans un canton spécifique : Fribourg. Les auteur-e-s prennent en compte la période du début du XIXe siècle à 1928 lorsqu'une nouvelle loi sur l'assistance interdit les mises au rabais. Mais que sont ces mises au rabais ? C'est une procédure par laquelle une commune place un ou des enfants, voire d’adultes, dans les familles qui demandent les pensions les moins élevées à L'État

Les auteur-e-s mettent en place 6 chapitres. Les 5 premiers permettent de dépeindre l'histoire de l'assistance et du placement des enfants à Fribourg en s'intéressant à quelques communes en tant que cas particuliers illustrant la pratique locale. L'auteure montre la difficulté de mettre en place des lois qui fonctionnent alors que la pauvreté est vue comme un problème durant toute la période. Celle-ci est considérée comme provenant à la fois d'un manque de volonté de la part des personnes au travail et d'une mauvaise pratique des communes. Ces dernières offriraient trop et ne s'intéresseraient pas à l'éducation morale et au travail des enfants et pauvres tant que le placement est économiquement favorable. C'est une longue lutte pour mettre en place des lois successives sur l'assistance qui prennent en compte les sensibilités politiques de l'époque ainsi que le manque de moyens de l'État. Le dernier chapitre, qui fait office de conclusion, permet à son auteur de montrer à quel point il fut difficile de travailler sur la pauvreté en histoire alors que les victimes n'étaient pas entendues. Il termine sur les derniers évènements politiques de mars 2014 sur le sujet

Au final, nous avons un livre court qui s'attache à la fois à expliquer comment les lois furent pensées et mises en place et à la pratique de communes spécifiques. Ceci permet de montrer les discours successifs qui existèrent et dont les arguments sont souvent semblables. Malheureusement, les sources n'ont, semble-t-il, pas permis de montrer comment les enfants placés vivaient leurs conditions. On a ce que pensent les autorités et les personnes chez qui les personnes sont placées mais jamais le point de vue de ces dernières. Leur parole est perdue dans les papiers de l'administration. Ce qui n'enlève rien à l'intérêt de ce livre pour lever le voile sur une histoire encore trop peu connue

Image : Éditeur

05/06/2015

Dirty Gold War

Dirty Gold War est le nouveau documentaire de Daniel Schweizer qui a déjà travaillé sur la droite radicale dans une trilogie. Le documentaire nous mène sur la trace d'un métal qui n'est pas contrôlé : l'or. Car il est presque impossible de savoir d'où provient l'or que nous achetons dans nos bijoux et si celui-ci a été produit d'une manière respectueuse, écologique et responsable. Dès que l'or passe dans les raffineries, suisses par exemple, il perd toutes traces d'impuretés aussi bien matérielles que sociales. Pourtant, le commerce de l'or est l'un des plus inégalitaires au monde. Pour le récolter on vole et on détruit des populations locales ainsi que leur environnement de vie sans que les états ne fassent grand-chose. Que ce soient de gigantesques mines à ciel ouvert sur le territoire communal où des mineurs privés qui déversent des produits toxiques dans les eaux c'est une énorme catastrophe écologique. Daniel Schweizer essaie de nous montrer comment fonctionne ce marché et comment certaines personnes tentent de le modifier par la marge sans, pour autant, remettre en cause le système.

Que penser de ce documentaire qui vient de sortir ? Il s'inscrit dans un nombre de plus en plus importants de films qui s'interrogent sur l'éthique de production des sociétés occidentales dans les pays en développement. Plutôt que de ne donner la parole qu’aux blancs européens ils essaient de fournir une parole aux populations locales, vivant en Amazonie dans le cadre de ce film. On peut dire, de ce point de vue, que c'est plutôt réussit. Les discours des entreprises européennes sont bien faibles face aux discours des souffrances locales. Les images même sont plus que parlantes. Dans une scène très précise la recherche de l'or peut s'apparenter à un cancer destructeur. Alors qu'en Suisse, par exemple, le commerce de l'or se fait dans le luxe sans aucunes interrogations quant aux problèmes impliqués. Le film nous montre que ces problèmes sont nombreux : ils sont sociaux, territoriaux, écologiques mais aussi humain car les résistant-e-s peuvent être tués aussi bien par la police, des mineurs privés que par les milices des mines. C'est en ce qui concerne la résistance qu'une image très forte m'est restée. Celle d'un membre du gouvernement du Pérou qui explique quelles sont les réformes nécessaires. Suite à cela il passe sur les résistant-e-s qu'il qualifie d’écologistes fondamentalistes. Nous ne sommes pas loin du terme terroriste et, dans le cadre d'un monde de plus en plus conscient de l'écologie et des luttes nécessaires contre les grandes entreprises, c'est un terme qui commence à faire surface. Malheureusement, le film ne nous offre pas d'informations sur les coordonnées des ONG qui tentent une réforme ni sur les moyens d'aider où de lutter ici même. Par exemple, une initiative est en cours en Suisse et peut être un moyen de lutter dans notre pays.

Image : Site officiel

IMG_6359-copie-21.jpg

16/05/2015

La tête haute

Suite au film précédent je passe dans du totalement différent puisque je me suis intéressé au film La tête haute. Celui-ci se déroule en France, à Dunkerque. Dès la première scène nous sommes dans le cabinet d'une juge. Une femme de 25 ans et ses deux enfants, dont l'un de 6 ans, sont interrogés. Car le petit Malony pose de nombreux problèmes à l'Éducation Nationale. C'est la vie de Malony que l'on suit jusqu'à ses 17 ans. On l'observe alors qu'il se trouve sur une pente de plus en plus difficile et qu'il a déjà multiplié les placements tout en ayant perdu une grande partie de sa scolarité. Sa mère accepte difficilement les jugements sur ses capacités, le père est absent et Malony en veut à tout le monde. Comment le système de protection des mineurs va-t-il pouvoir s'occuper de ce jeune adulte afin de le sauver ?

Je suis très partagé envers ce film. Il est à la fois réussit et particulièrement conservateur. Il est réussi car les personnages sont plus que convaincants et très bien joués. Que ce soient la juge, l'éducateur / figure paternelle, la mère perdue / indigne / aimante où encore tous les acteurs et actrices du système de protection de l'enfance. L'acteur qui joue Malony réussit parfaitement bien à créer cet adolescent en colère et incapable de se réguler. En ce qui concerne le système il est parfaitement mis en scène aussi bien dans son fonctionnement que dans les idéologies qui se trouvent derrière. Que ce soit les juges où les maisons de placement on sent fortement la puissance de la psychologie pour comprendre et gérer un mineur. On observe aussi les parents et les enfants qui refusent ou ne comprennent pas l'action ainsi que les enquêtes qui leur sont imposées. De ce point de vue le film me semble réussit et fidèle à la réalité.

Donc, pourquoi suis-je partagé ? Comme je l'ai dit plus haut ce film est très conservateur. En effet, la réalisation ne pose jamais de questions critiques au système. Celui-ci est posé et les échecs sont systématiquement portés sur Malony sans que jamais on ne réfléchisse à la dimension sociologique. Seul l’individu pose problème et son intégration à la société normale est une obligation si ce dernier souhaite prouver la réussite des mesures. Celles-ci sont particulièrement violentes et peuvent être mal reçues. Une scène me vient en tête. Après une fugue, pour une raison valable, Malony est réintégré dans son placement malgré la menace d'un emprisonnement. Les autres jeunes ne comprennent pas cela et les membres du personnel tentent d'expliquer que la justice des mineurs est individuelle. C'est en effet le cas, mais pourquoi ne pose-t-on pas la question de ce que l'on peut ressentir face à une justice qui traite tout le monde de manière différente ? Ne pourrait-il pas y avoir un sentiment d’injustice ? Plus important encore, toutes les mesures sont montrées comme obligatoires. Pour s'en sortir Malony doit prouver son envie d'accepter les mesures et de créer un plan de vie qui implique relations amoureuses et travail salarié. Autrement dit le but est de normaliser un jeune déviant sans réellement se questionner sur ce que l'on demande. D'ailleurs, le film se termine sur un jeune homme qui réussit dans un travail, a fait son permis et a commencé une relation amoureuse avec un enfant (la jeune femme qui accouche passe de garçon manqué un peu rebelle à la jupe à fleur du jour au lendemain). On nous présente donc la famille hétérosexuelle bourgeoise presque parfaite comme preuve ultime de la réussite de la justice des mineurs et de l'intégration dans la société.

*
**
***
**** Très bien joué le film nous montre plutôt bien comment fonctionne le système de protection des mineurs. Mais il est aussi porté par une idéologie conservatrice qui implique de ne pas oublier son esprit critique au placard.
*****

Image : Site officiel

 

350778.jpg


09/05/2015

The farewell party (Fin de partie)

L'aventure prend place dans une petite maison de retraite à Jérusalem. Une femme prend son téléphone qui sonne. Dieu lui parle. Il lui conseille de continuer son traitement car, bien qu'il sera très heureux de la rencontrer au paradis, il n'y pas encore de place pour elle. C'est ainsi que le film débute : par un appel à la confiance envers la médecine. Dans cette même maison vit une femme, Yana, dont le mais souffre toute la journée. Il est en fin de vie et les médecins refusent de lui donner un traitement antidouleur plus fort. Ils ne peuvent pas non plus, juridiquement, le laisser mourir. Sa vie n'est donc plus que souffrances. C'est à ce moment qu'il demande à sa femme ainsi qu'à ses amis de l'aider à mourir. Après de nombreuses tergiversations un petit groupe se réunit afin de construire une machine à suicide. Alors que seule une personne devait en bénéficier la rumeur enfle et les demandes affluent tout en restant discrètes. En effet, la prison attend les personnes qui pourraient être accusées de meurtre.

C'est un thème difficile et douloureux auquel s'attaque ce film. La question de l'aide au suicide est très controversée. Peu de pays l'acceptent véritablement. En Suisse on refuse de légiférer pour contrôler tout en ne l'interdisant pas (à l'exception du canton de Vaud qui force tous les établissements médicaux, maisons de retraites comprises, à suivre la volonté des patient-e-s). Le film ne laisse pas de côté les problèmes moraux et personnels impliqués. Il place, de manière rigoureuse, la décision dans les mains des personnes demandeuses. Mais même ainsi le personnage de Levana considère l'aide au suicide comme un meurtre. Face à ce point de vue nous avons celui des proches et de la personne considérée qui se voient dans une vie de souffrance où dans un état d'épuisement. Ces personnes ne demandent que la possibilité de choisir leur fin.

Face à cela nous avons la question de la relation de Yehezkel avec sa femme Levana. Cette dernière à Alzheimer. Son identité, comme elle le dit elle-même, lui échappe de plus en plus. Et plus celle-ci disparait plus son mari s'attache à elle et refuse de la laisser partir. Le thème du film n'est donc pas seulement l'aide au suicide mais aussi la manière dont un proche gère le départ d'une personne aimée. En effet, alors même que Yehezkel aide des personnes à mourir accompagnées des personnes qu'elles aiment il commence à se rendre compte qu'il ne peut pas forcer sa femme à rester près de lui sans lui faire du mal. Il doit la laisser partir. Inversement, Levana qui était rigoureusement contre l'aide au suicide en vient, au fur et à mesure du développement de sa maladie, à accepter la possibilité de faire ce même choix pour elle-même.

Ces deux aspects sont entourés par quelques bouts de comédies qui permettent de faire passer la pilule d'un film joyeux mais aussi très triste. Que ce soient les relations avec un pauvre policier, une scène dans une serre (et la convocation devant une directrice qui fait peur) ou encore ce couple gay qui se trouve dans me placard voir les petites blagues sur leur propre vie. Voici donc un très bon film, particulièrement bien joué et qui prend un thème difficile dans tous les sens du terme. On aimerait voir plus d’œuvres de ce style.

*
**
***
****
***** Très bien joué, des personnages que l'on apprécie, des moments comiques qui fonctionnent pour un film qui traite d'un thème difficile avec brio et sans manichéisme mais de manière humaine.

Image : Allociné

 

483948.jpg


09:58 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fin de vie, euthanasie, suicide, comédie | | | |  Facebook

25/04/2015

La société punitive. Cours au collège de France. 1972-1973 par Michel Foucault

Titre : La société punitive. Cours au collège de France. 1972-1973d036339b16.gif
Auteur : Michel Foucault
Éditeur : Seuil / Gallimard décembre 2013
Pages : 349

J'apprécie beaucoup ce qu'a écrit Michel Foucault. Non seulement ses recherches sont intéressantes et mettent en cause de nombreuses choses que l'on tient pour normales mais, en plus, il a travaillé en lien avec l'époque et des luttes dont il a été un acteur. Ce livre fait partie des cours qu'il a donné au Collège de France et qui sont édités. Ces cours permettent aux personnes intéressées de mieux comprendre la pensée de Foucault ainsi que sa construction. En effet, les cours au Collège de France sont des recherches inédites qui peuvent inaugurer l'idée d'un livre. Dans le cas présent le livre est Surveiller et Punir. Ce livre contient la troisième année de cours de la part de Michel Foucault, un résumé écrit par Foucault et une situation qui permet de contextualiser les propos aussi bien selon l'époque, la recherche que la pensée de Foucault.

Ce cours s'intéresse à la société punitive. Derrière ce terme se cache une forme spécifique de société que Foucault présentera en 13 semaines. Je ne prétends pas avoir tous compris. Mais l'analyse de Foucault permet d'expliquer comment on est passé d'une forme spectacle de la punition à une forme d'exclusion avec la prison. Plus loin encore, Foucault nous montre en quoi cette forme prison a pris racine dans la société. En effet, derrière la prison, le pénitencier, on trouve la nécessité de protéger le capital de la bourgeoisie contre une population pauvre. Cette protection se forme contre deux problèmes : le vol, la déprédation donc ce qui est construit comme illégal et l'immoralité soit l'alcoolisme et la fainéantise. Dans le premier cas on s'attaque à ce qui est possédé tandis que dans le second cas on s'attaque à ce qui pourrait être possédé. Il y a donc un effort de moralisation et de contrôle de la population afin de permettre la mise en place du travail régulé et salarié. Ceci a pu aller jusqu'à la création d'usines-couvents qui permettaient de contrôler tous les aspects de la vie des travailleurs. Ce cours est donc particulièrement intéressant quand on essaie de comprendre le fonctionnement de la société libéral de travail et son pendant pénal.

Image : Éditeur

16/04/2015

Taxi Teheran

Il n'est jamais une mauvaise chose d'aller voir des productions qui ne soient pas américaines (ou françaises). On observe d'autres manières de raconter une histoire dans des contextes différents d'un cinéma américain pour lequel la réussite prime sur tout. Taxi Teheran est un docufiction du réalisateur Jafar Panahi que je regrette de n'avoir pas connu avant. Il vit en Iran et, après une participation à des manifestations, est interdit d'exercer son travail pendant 20 ans. Il fait donc semblant de se reconvertir dans les taxis. Il se déplace dans les rues de la ville en prenant à son bord de nombreuses personnes aux idées et aux vies différentes. Que ce soient des professeures, des bandits, des pirates ou des avocates chaque personne à son mot à dire sur la situation du pays. Les rencontres peuvent faire peur tout en étant légère car nous n'observons pas le danger que vit réellement le réalisateur en dehors de quelques scènes très précises. Ce que ne savent pas les autorités c'est que Jafar Panahi filme tout dans sa voiture tout en sachant que jamais il ne pourra vendre son film en Iran.

Il y a de nombreux aspects dans ce film qui mêle le vrai au faux. Les acteurs sont-ils de vrais personnages ou sont-ils créés de toutes pièces ? Les discours sont-ils un reflet de ce que pensent les personnes ou des mots qu'on leur a écrit ? On ne sait rien. Sauf que les scènes sont trop parfaites pour être tout à fait des coïncidences. Lorsque la jeune nièce du réalisateur explique ce qu'on lui a appris à l'école sur le cinéma à son oncle réalisateur on s'étonne devant ce qui est demandé afin que le film puisse être distribué. Alors que les rencontres sont assez légères voir drôles on voit poindre des réalités bien plus sombres. Par exemple lorsque Panahi tente de reconnaitre la voix de son interrogateur et qu'on entre dans le fonctionnement de la justice iranienne ou la dernière scène du film. Bien que la réalisation semble laisser place au hasard tout est construit pour nous envoyer un message précis sur le fonctionnement d'une société qui croit tout contrôler mais dans laquelle les moyens de résistances sont nombreux.

Image : Allociné

546075.jpg

09/02/2015

Difret

Après la (très) grosse déception que fut Jupiter Ascending je suis allé me plonger dans le film Difret. Imaginez, vous avez eu une très bonne matinée à l'école. Vos notes sont hautes et les autorités scolaires souhaitent vous voir progresser. Vous courez chez vous afin de donner la bonne nouvelle à vos parents. Sur le chemin, 5 personnes à cheval vous suivent. Ils vous prennent et vous forcent à monter puis vous enferment dans une cabane. Le soir venu vous êtes frappée puis violée pour apprendre, le lendemain, que vous êtes mariées à votre voleur. Vous venez d'être victime de la tradition de l’enlèvement marital. Hirut décide de s'enfuir avec une arme laissée de côté. Mais, durant sa fuite, elle est poursuivie et, afin de se défendre, elle tue son ravisseur. Elle est immédiatement emmenée à la police. S'ensuit une longue bataille judiciaire qui confronte les droits des femmes à la tradition afin de sauver la vie d'Hirut.

Ce film possède un certain nombre de problèmes techniques. Mais ce n'est rien d'important face au message qui est au cœur de l'histoire. En effet, la réalisation a pris l'histoire vraie d'une femme pour nous faire comprendre comment fonctionnait la tradition et comment il a été possible, pour un groupe d'avocates qui défendent les femmes, de briser celle-ci. Ainsi, l'intrigue montre deux traditions en conflit. La première est celle des hommes des communautés villageoise qui possède sa propre justice et qui considère les femmes comme un bien d'échange comme un autre. La seconde est la justice basée sur le droit qui considère les citoyen-ne-s à égalité. Ce conflit entre la tradition, considérée comme villageoise, et le droit, est au centre de l'intrigue. Car, alors que le procès n'a pas encore lieu la justice du village a déjà mis en place des mesures qui peuvent aboutir à la mort de la jeune femme. Ce que l'on observe aussi c'est le manque d'entrain de tout un système pour protéger les femmes en danger. Que ce soit l’État, la police ou le procureur tout le monde se fiche de la savoir en danger et blessée. Elle est déjà considérée coupable et une défense est inutile tout en étant difficile à monter. J'ai aussi été frappé par certains discours. En particulier celui d'un médecin qui est censé expertiser l'âge de la jeune femme et qui se base non sur la science mais sur ses impressions pour la considérer "bien formée" et donc adulte. C'est un point que l'on retrouve dans de nombreux cas en occident. Je dois dire que le film est positif bien que dur. On sent que la vie d'Hirut est en danger et que d'autres femmes risquent d'être dans le même cas. On sent la frustration de ses avocates face à un système qui fait tout pour les arrêter. Mais aussi le plaisir quand il y a une victoire même symbolique.

Site officiel

Image : Allociné

123055.jpg

07/02/2015

Asiles étude sur la condition sociale des malades mentaux par Erving Goffman

Titre : Asiles étude sur la condition sociale des malades mentauxv_2707300837.jpg
Auteur : Erving Goffman
Éditeur : Minuit 1968
Pages : 447

Après un temps de lecture assez long (c'est le problème quand on bosse) j'ai enfin terminé les 447 pages de ce monstrueux pavé. Goffman, dans ce livre, relate son expérience de sociologue intégré dans un hôpital. Comme le résumé de l'éditeur l'explique, Erving Goffman a, pendant trois ans, récolté un grand nombre d'informations sur le fonctionnement des hôpitaux psychiatriques. Ces informations couvrent aussi bien les employé-e-s que les résident-e-s. Ce livre présenté par Robert Castel se divise en quatre chapitres qui sont autant de recherches inédites de Goffman publiées séparément.

Alors que livre se nomme asile Goffman généralise immédiatement ses études en définissant le concept d'"institution totalitaire". Loin d'être politique ce concept s'attache à mettre en évidence un fonctionnement particulier de certaines institutions. Ainsi, aussi bien la prison, les hôpitaux, la caserne militaire que la vie monastique ont des points communs. Ceux-ci concernent la fermeture d'un lieu envers le reste de la société. Dans ce lieu on trouve ce que l'auteur nomme des reclus. Alors qu'ils vivent dans un environnement fermé qui prend en charge une grande partie de leurs besoins et qui régule leur vie ils tentent de s'y faire une place en jouant avec les règles et les autres individus.

Goffman, dans son texte, explique l'utilité d'un grand nombre de pratiques qu'il généralise depuis son observation de l'hôpital. Il explique, par exemple, la nécessité de faire entrer la personne dans son rôle via un rituel de dépouillement puis de don. Ce rituel peut avoir des fonctions sécuritaires mais son premier effet est de créer une différence entre l'avant et l'après. Celui-ci s'accompagne d'autres formes de relations qui Goffman considère comme des moyens de briser la personne afin d'en faire un individu intégré dans un nouveau rôle quels que soient ses expériences antérieures.

Ce livre est ancien. De nombreuses observations que Goffman avait faites à l'époque ne sont plus forcément d'actualité. Mais ceci n'enlève rien à l’intérêt de cette recherche pour comprendre la réalité de nombreuses institutions actuelles. De plus, sa lecture est intéressante et plutôt facile.

Image : Éditeur

14:36 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique, sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : goffman, asile | | | |  Facebook

27/01/2015

Broken land

Entre le Mexique et les USA il y a un mur. Deux genevois sont allés à sa rencontre. C'est une balafre au milieu du désert qui divise à la fois le territoire et les personnes. Pour mieux comprendre l'effet de ce mur sur les citoyens américains - la réalisation a fait exprès de ne pas rencontrer de migrants - 7 couples sont interrogés sur leur relation avec le mur et ce qu'il implique pour leur vie et leur vision de l'existence. Ce sont aussi bien des personnes qui luttent contre la division qu'il implique que des gens qui luttent contre l'immigration clandestine de manière officielle ou non. À l'aide de ces témoignages on comprend un peu mieux l'effet que peut avoir un mur sur les personnes qu'il est censé protégé.

Il est difficile de parler de ce film sans perdre une partie de sa substance. Le mur est omniprésent. Bien qu'il soit constitué de poteaux plantés à égales distances il projette une ombre impressionnante sur le désert. Et ce n'est que la partie visible de ce dispositif. Car, outre le mur, il y a toute la panoplie électronique qui permet de surveiller non la frontière mais le côté américain de celle-ci. Comme le dit l'une des protagonistes : nous sommes toujours surveillés, jamais seuls et le moindre faux pas fait réagir les "protecteurs". Alors que de nombreuses personnes se sont habituées cette femme se demande si ceci est une bonne chose. Est-ce bien de s'habituer, dans une démocratie, à être constamment sous surveillance au nom de la sécurité ?

Ce n'est, bien entendu, pas le seul choc que j'ai eu. Il serait fastidieux de les dénombrer. Le plus grand est probablement celui de ce couple qui, régulièrement, vérifie l'i9ntégrité du mur en face de chez eux et qui a peur que sa destruction implique l'importation d'armes nucléaires sur le territoire. Ce même couple vit dans une maison bardée de dispositifs de surveillance. Ils ont une dizaine de caméras qu'ils observent chaque nuit observant des ombres inquiétantes tandis que les humains, en infrarouge, deviennent des fantômes, presque des monstres aux yeux vifs. Ils ne sortent qu'armées en vérifiant ce qui les entoure. Selon eux ce n'est pas de la paranoïa mais une philosophie de vie. Dans cette même scène le mari explique de qu'elle manière il peut identifier les migrants par leur odeur. Un autre homme surveille le mur par avion. Il explique que, selon lui, les USA sont le meilleur pays du monde, le plus avancé. Accepter l'immigration c'est donc courir le risque de perdre tout ce qui fait le pays et, pour cet homme, un danger pour l'humanité dont il est le gardien car, sans le mur, des millions de personnes déferleraient sur le pays. Le film se termine sur une équipe qui tente d'identifier les restes de personnes qui sont mortes en tentant de traverser.

Je n'ai donné que quelques chocs que j'ai eus. Ce ne sont pas les seuls. En tout cas ce documentaire est très bon. Il ne dénonce pas ni ne vérifie les discours sur la nécessité de protéger les frontières. Il montre comment un mur agit sur les populations qu'il est censé protéger. À l'ombre de ce dispositif l'autre n'est plus un voisin, un ami possible, mais un Alien. Quelqu'un qui fait peur, un envahisseur dont les raisons de venir ne sont pas claires et, probablement, criminels. Le mur ne s'impose pas seulement sur le paysage. Il s'imprime dans les esprits. Il faut être méfiant, il faut vérifier, il est nécessaire de perdre ses droits si la sécurité en ressort plus importante. Le mur crée une mentalité d'assiégés. À l’extérieur il y a des monstres, des barbares, l'inconnu. L'intérieur est en danger. Suite à ce film que penser du mur, virtuel en grande partie, que l'UE construit autour du continent ? Quels effets sur nous et sur les êtres humains qui tentent de trouver une meilleure vie ?

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario.

  • Joss Whedon. Un très bon documentaire que je conseille fortement.

Image : Site officiel

movie_image_5_52448.jpg

26/01/2015

Les héritiers

La classe de seconde du lycée Léon Blum est la pire de toutes. Un grand nombre d'incivilités et d'irrespect lié à un retard scolaire grandissant. Les élèves de cette classe n'ont pratiquement aucune chance de réussit leur scolarité. Mais c'est sans compter leur professeure principale qui décide de se battre pour eux et contre eux afin de leur prouver leurs capacités. Pour réussir elle leur propose de participer à un concours national : Le Concours National de la Résistance et de la Déportation. Pour le passer ils doivent répondre à un sujet. Celui-ci concerne les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi. Un sujet aussi difficile à traiter qu'à apprendre.

Ce film est inspiré de l'histoire vraie d'une classe qui a gagné ce concours. Elle est adaptée par l'un des anciens élèves. Cette classe était perdue d'avance. De nombreuses scènes nous font ressentir ce désespoir et ce désintérêt. Quand ce n'est pas l'un des professeurs ce sont les élèves même qui se disent incapables de réussir. Et si personne ne peut réussir pourquoi faire l'effort d'être attentif et studieux ? Ce que montre ce film est non seulement la constitution d'un groupe uni dans un effort commun mais aussi, et surtout, la découverte de ses propres capacités à travers un sujet difficile pour de nombreuses raisons. Ceci est très bien mis en scène. En revanche, il est dommage de ne pas s'être attardé plus fortement sur la vie de chacun-e-s afin de comprendre pourquoi il peut être difficile de réussir l'école. Nous recevons, en allant voir ce spectacle, un message positif sur l'école et les capacités des individus. Un message positif qui n'a pas forcément été reçu par la presse.

Image: allociné

Site officiel

425864.jpg

14:27 Écrit par Hassan dans contemporain, Film, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : héritiers | | | |  Facebook

31/12/2014

Les crocodiles

Titre : Les crocodiles
Auteures :
Éditeur : Le Lombard 2014
Pages : 174

Puisqu'il faut bien terminer l'année je le ferais en présentant cette BD qui m'a été offerte par une amie. e ne crois pas qu'il soit utile de présenter le projet Crocodiles ce tumblr qui illustre des témoignages de harcèlements et de viols. Cette BD publie les différentes illustrations de Thomas Mathieu qui se trouvent sur le site du projet. Celles et ceux qui suivent le tumblr connaissent donc déjà ce que la BD donne en format papier. Il y a de nombreux événements qui sont illustrés mais qui se ressemblent beaucoup. Certains sont plus horribles que d'autres et, c'est en tout cas mon cas, on a de la peine à croire que des personnes puissent être aussi irrespectueuses et violentes. Malheureusement, ça existe et c'est même banal.

La BD est fournie avec plusieurs postface qui permettent à des associations et féministes connues de donner leur avis sur le projet et de le placer dans un militantisme plus large sans devenir purement conceptuel. Le but est d'expliquer simplement ce qu'est le harcèlement. On y trouve aussi des éléments de réponses à la fois sur comment réagir en tant que témoin et/ou en tant que victime. Ces pages renvoient à d'autres projets, associations et livres plus complets si on souhaite de plus amples informations. C'est donc une BD qui permet, comme d'autres actions, d'interpeller, de montrer et, surtout, de donner la parole aux femmes. Aussi bien les histoires que la manière dont la BD est dessinée pousse, et c'est le but, à s'identifier aux victimes et non aux agresseurs. J'ai, personnellement, beaucoup appris.

Image : Éditeur

crocodiles.jpg