03/12/2016

I, Daniel Blake / Moi, Daniel Blake

Daniel Blake est un ouvrier de 59 ans qui vit à Newcastle. Il a toujours travaillé. Il s'est occupé seul de sa femme, malade. Il a payé ce qu'il devait payer et a toujours évité de demander des aides. Il est l'incarnation de la dignité ouvrière. Alors qu'il se trouve sur un chantier il tombe soudain d'un échafaudage. Les médecins lui expliquent qu'il a fait une crise cardiaque et qu'il faudra un certain temps avant de pouvoir retourner au travail. Durant son incapacité, il reçoit des aides d'invalidité afin de pouvoir continuer à vivre dans son appartement. Cependant, il lui est soudain demandé de remplir un questionnaire pour qu'un décisionnaire examine son éventuelle incapacité au travail. Et le couperet tombe, il est considéré comme capable de travailler et les aides lui sont coupées. Daniel Blake ne comprend pas cette décision et essaie de trouver une porte de sortie. Mais est-ce possible ?

Je ne connais pas particulièrement bien l'état des débats politiques sur les aides sociales an Grande-Bretagne. Mais j'en sais assez pour savoir que, comme ici et ailleurs, elles sont considérées comme couteuses et symptomatique d’une soi-disant culture de l'assistance par des personnes qui fraudent. Récemment, la Grande-Bretagne a lancé un vaste programme de privatisation de l'aide sociale et de "rationalisation" de celle-ci. Les travailleurs/euses sont maintenant en concurrence et doivent être capable de productivité (est-ce seulement possible dans l'aide sociale ?). Alors que les personnes bénéficiaires doivent justifier de leur incapacité. Ce film s'inscrit dans ce contexte.

L'histoire de Daniel Blake et de Katie Morgan est l'histoire de deux personnes qui se heurtent à une administration incompréhensible. Tout au long du film, on nous montre une administration qui suit des normes de rationalisation. On numérise les documents nécessaires, on met en ligne les formulaires et les offres et demandes d'emploi, on "normalise" les compétences dont celles de créer un CV. Le but est de contrôler les personnes et de les punir si besoin est. On observe deux personnages se heurter à ces règles si précises qu'elles en deviennent inhumaines. Durant le film, on a l'impression d'observer une administration absurde face à une aide sociale privée, dans le sens d'organisée par des personnes privées et non au sens d'une privatisation, qui fonctionne humainement au cas par cas. Mais est-ce vraiment absurde ? N'est-ce pas le fonctionnement logique et normal d'une administration conçue pour analyser, contrôler et punir ? En cela, le film se rapproche des études sociologiques de Jean-Marc Weller et de Vincent Dubois (que je lirais un jours).

Je vois un second thème dans ce film. En effet, la réalisation nous présente deux personnes. La première est Daniel Blake, un ouvrier de 59 ans. La seconde est Katie Morgan une jeune ancienne londonienne. Pourquoi le film s'intéresse-t-il à ces deux personnages ? Ne pourrait-il pas mettre en scène qu'une seule personne ? Ce serait, en effet, possible. Aussi bien Katie Morgan que Daniel Blake se heurtent à une administration incompréhensible et à un manque de protection de la part du droit. Honnêtement, le personnage de Katie Morgan pourrait créer un film avec bien plus de Pathos qui se rapproche de la vie de femmes du passé mais aussi d'aujourd'hui. À mon avis, la différence est celle des capacités de la classe ouvrière face à la précarité. Daniel Blake a vécu dans ce monde. Il a de nombreuses connaissances qui n'hésitent pas à l'aider en cas de besoin tout comme il les aide si possible. Il privilégie la rencontre en face à face franche et honnête ce qui est montré par sa recherche d'emploi qui se porte vers les personnes qui habitent et travaillent dans le milieu. Il connait parfaitement les associations capables de fournir de l'aide et, surtout, il a une connaissance des techniques qui permettent de pallier aux manques de tous les jours et aux petits travaux nécessaires dans une maison ou un appartement. Face à lui nous avons une femme, seule avec deux enfants. Katie Morgan est isolée dans tous les sens du terme. Elle a quitté, sans que cela ne soit son choix, son milieu de vie et donc son réseau. Elle ne connait personne ni aucune association ou institution. Elle est, dans tous les sens du terme, démunie. Le film présente un transfert de ces connaissances. Petit à petit, Daniel Blake montre à Katie Morgan comment survivre tout en l'aidant sans rien attendre. D'une certaine manière, j'y ai retrouvé une partie de ce qu'écrit Richard Hoggart dans La culture du pauvre (un livre que je conseille)

Ainsi, nous avons un très bon film qui, sans trop de pathos, essaie simplement de présenter la vie de personnes qui essaient simplement de survivre alors qu'elles sont contrôlées et punies par une administration conçue pour atteindre une "rentabilité" et donc diminuer le nombre de personnes qui peuvent recourir à l'aide sociale. Alors que la rhétorique des fraudeurs et de la "culture de l'assistance" est prégnante dans les médias et le monde politique il est salutaire qu'un film décide d'en prendre le contre-pied pour mieux voir les conséquences de ces discours.

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***** Des acteurs et actrices parfait-e-s, un thème difficile mais maitrisé. Un film que je conseille.

Image : Allociné

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03/07/2016

L'échec d'une prophétie par Leon Festinger, Hank Riecken et Stanley Schachter

Titre : L'échec d'une prophétie
Auteurs : Leon Festinger, Hank Riecken et Stanley Schachter
Éditeur : PUF 1993 (1956)
Pages : 252

Que se passe-t-il lorsqu'un groupe met en place une croyance qui s'avère erronée ? La question semble simple mais sa résolution fut compliquée. Pour y répondre les auteurs, et leurs observateurs et observatrices, ont infiltré un groupe plus ou moins mystique et amateur d'OVNIs. Le récit de cette étude se déroule sur 10 chapitres. Le premier chapitre permet aux auteurs de mettre en place leur position théorique. Ils expliquent pourquoi il est difficile d'observer la réaction à l'échec d'une prophétie. Les sources manquent et les individus se sont rarement intéressé aux réactions. Selon les auteurs, l'échec devrait déboucher sur un prosélytisme plus intense.

Afin de vérifier cette hypothèse ils mettent en place l'observation secrète d'un groupe ayant récemment annoncé l'apocalypse pour un mois plus tard. Sur cinq chapitres on nous dépeint de quelle manière le groupe s'est constitué, qui en fait partie et surtout comment il fonctionne. Le but est de vérifier la croyance individuelle ainsi que l'état de l'engagement. Les auteurs montrent que certaines personnes restent à la marge tandis que d'autres s'impliquent fortement dans cette nouvelle foi. L'implication n'est pas seulement mesurée en temps mais aussi en relation avec la vie extérieure. Les plus endoctriné-e-s abandonnent études, métiers et familles tout en suivant scrupuleusement les ordres venu du plan supérieur. Mais personne ne tente réellement de créer un prosélytisme actif.

Le chapitre sept explique de quelle manière le groupe et les membres ont réagis à la défaite de leur prophétie. Les auteurs montrent que les membres du groupes présents dans le même lieu ont pu mettre en place une explication commune qui a permis de les convaincre et même de renouveler une foi vacillante. Les personnes isolées, par contre, ont perdu leur foi et se sont rapidement éloignées du groupe. Les auteurs montrent aussi que le groupe, d'un seul coup, souhaite propager son message par tous les moyens. Les journalistes sont convoqués et des séances publiques sont mises en place tandis que les écrits de la doctrine sont offerts au public après un secret quasiment intégral. Le chapitre 8 explique les conséquences de cette publicité. En effet, les voisins, les patrons et les autorités ont agi contre des personnes qui se rapprochaient des enfants et qui les inquiétaient. Plusieurs femmes se sont vues menacées d'un examen psychiatrique tandis que le second perdait emploi, statut et passait devant la justice pour être soumis à une expertise afin de juger de sa capacité à gérer ses biens et à garder ses enfants. Le groupe, à la finale, s'est dissous et s'est perdu de vue.

Les deux derniers chapitres permettent, en particulier, d'expliquer la méthodologie de l'enquête. En effet, les auteurs ont dû agir dans l'urgence dans un cadre mouvant avec des réunions longues. Les observateurs et observatrices se sont infiltré-e-s et donc les observé-e-s n'ont jamais consenti à la recherche, ce qui crée un problème éthique important. L'infiltration ainsi que l'enquête ont été difficiles et les personnes envoyées par les chercheurs ont eu un effet, certes involontaire, important sur le fonctionnement du groupe. Au final, ce livre décrit une recherche passionnante au sein d'un groupe de personnes discrètes et convaincues de la fin du monde. La manière dont ces personnes réagissent à l'échec de la prophétie est passionnant et ne peut que donner des enseignements importants pour de nombreuses personnes s'interrogeant sur l'endoctrinement, les sectes et la radicalisation (religieuse ou non).

Image : Amazon

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27/11/2015

Refuser d'être un homme. Pour en finir avec la virilité par John Stoltenberg

Titre : Refuser d'être un homme. Pour en finir avec la virilité
Auteur : John Stoltenberg
Éditeur : Syllepse et M 2013
Pages : 268

L'auteur part d'un constat simple : nous vivons dans un monde patriarcal qui implique que les hommes possèdent des privilèges. Dans ce contexte, comment faire pour lutter contre le patriarcat en tant qu’homme ? John Stoltenberg répond dans son titre pour, ensuite, développer ce que cela implique : il est nécessaire de refuser d'être un homme. L'auteur considère la masculinité comme un construit de nature politique qui implique une histoire et des pratiques. Ainsi, il est nécessaire de déconstruire la virilité si on souhaite supprimer le patriarcat. Les explications de Stoltenberg se forment dans différentes contributions, articles ou conférences, qui sont regroupées en quatre parties.

Ces quatre parties permettent à l'auteur d'expliquer son point de vue. Il commence par expliquer comment les hommes intègrent la masculinité comme un moyen de s'éloigner des femmes. Il explique que les garçons sont d'abord des propriétés des maris avant d'être des êtres humains et qu'il est nécessaire de les rendre identiques au père pour en faire des hommes citoyens. Stoltenberg passe aussi beaucoup de temps à analyser la sexualité. Il tente non seulement de la déconstruire en tant que forme politique de domination mais aussi de trouver où se trouve cette formation de la sexualité masculine. Cela le conduit à analyser la pornographie dans de nombreux chapitres. Il démontre que celle-ci, loin d'être une expression, est avant tout un moyen d'inférioriser la population féminine tout en formatant le plaisir masculin sur ce besoin d'inférioriser autrui. Il milite donc pour une sexualité qui ne soit pas celle d'un dominant mais de deux égaux consentants à tous les actes qui ont lieu entre eux en tant que couple.

Que penser de ce livre ? Le titre a été écrit pour choquer et interpeller mais il ne ment pas. Les propos de Stoltenberg sont sans concessions et convaincants. Il montre en quoi la sexualité masculine, dans un contexte patriarcal, est toxique. En particulier, ce qu'il écrit sur la pornographie est particulièrement intéressant. J'ai lu avec grand intérêt la tentative de créer une loi anti-pornographie qui prenne en compte les victimes. On sort de ce livre avec l'idée que la masculinité doit être détruire afin de mettre à bas la bipolarisation de genre et les structures de pouvoirs qui y sont spécifiquement liées.

Image : Éditeur

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21/08/2015

La culture du pauvre par Richard Hoggart

Titre : La culture du pauvrev_2707301175.jpg
Auteur : Richard Hoggart
Éditeur : Les éditions de Minuit 1970
Pages : 420

Après plusieurs années je me suis finalement décidé à lire ce grand classique de la littérature sociologique (bien que son auteur ne soit pas sociologue) présenté par Jean-Claude Passeron. J'ai souvent rencontré Hoggart durant mes études mais jamais je n'avais lu ce livre en entier. Hoggart y étudie ce que la traduction nomme la culture du pauvre. Il serait plus juste de parler, comme l'explique la préface, de l'usage de la culture par les classes populaires. Hoggart forme cette analyse à l'aide de deux parties principales.

La première partie est un moyen pour Richard Hoggart de contextualiser ce qu'il entend par classes populaires. Il se base en partie sur sa propre biographie qui lui permet de reprendre ses souvenirs avec ses outils intellectuels présents. Hoggart y fait une peinture vivante et pleine d'exemple de la vie des classes populaires vers les années 50 et durant son enfance. Il y montre l'importance de la communauté ainsi que des petits plaisirs. Tout en montrant en quoi la vie est vue avant tout comme des moments difficiles qu'il faut bien passer avant la mort. Il explique pourquoi les enfants sont gâtés et comment fonctionne l'économie informelle populaire. Dans une seconde partie il fait une analyse de la culture telle qu'elle est offerte et reçue par les classes populaires. Il commence par montrer que les différentes cultures sont de moins en moins intéressantes et de plus en plus médiocre. Il déplore en grande partie le fonctionnement des journaux mais aussi la musique et les romans (en particulier les romans policiers. Il faut aussi noter sa lecture du The seduction of the innocent qui a longtemps conduit à condamner les comics pour leurs prétendus effets négatifs et criminogènes sur les jeunes). Il considère que la culture qui se met en place est informe. Elle pousse aux émotions mais sans tenter une création de l'art pour l'art. Il explique ensuite que, malgré les craintes intellectuelles, cette culture est reçue de manière très cynique par les membres des classes populaires. Les hommes et les femmes savent que ces romans ou journaux ne sont pas bons mais acceptent de les lire. Il n'y a donc pas autant de problèmes qu'il pourrait y en avoir.

Que penser de ce classique ? Bien qu'il reste intéressant à lire il est indéniable que les analyses ainsi que les craintes sont à contextualiser. Bien entendu, on sait que la culture de masse a pris une importance sans précèdent. Mais, comme le dit Hoggart, on voit aussi que cette culture, qui se lançait dans les années 50, n'a pas créé les désordres sociaux et psychologiques qu'on craignait malgré des retours périodiques (voir, par exemple, les craintes autours des goths, du rock, des jeux de rôle ainsi que des jeux vidéo). On sent, dans la prose d'Hoggart, une incompréhension de la culture qui est en train de se former sous ses yeux. Il ne comprend plus la jeunesse et cette incompréhension, matinée de peurs et de désirs, sera éclatante durant les évènements de mai 68 pour la classe d'âge et sociale que représente Hoggart.

Image : Éditeur

17/07/2015

Les anormaux. Cours au Collège de France, 1974-1975 par Michel Foucault

Titre : Les anormaux. Cours au Collège de France, 1974-1975
Auteur : Michel Foucault
Éditeur : EHESS, Gallimard et Seuil mars 1999
Pages : 351

Michel Foucault, malgré les problèmes évidents que son travail pose, est l'un de mes auteurs préférés. Bien que je considère avant tout comme un boute à outil bien utile pour comprendre certains faits sociaux cela ne m'empêche pas de le lire avec plaisir (à défaut de tout comprendre). Ses livres peuvent être ardus mais ses cours au collège de France le sont un peu moins. C'est aussi un bon moyen de voir la pensée de Foucault en construction avant la rédaction d'un ouvrage (ou pas, parfois il annonce des livres qui ne sortiront jamais). Cette édition, comme d'habitude, reprend le cours proprement dit et ajoute son résumé ainsi qu'une situation écrite par Valerio Marchetti et Antonella Salomoni. Cette situation permet de placer le cours dans la pensée de Foucault, l'époque ainsi que la recherche de l'époque et la méthode de travail de Foucault.

Dans ce cours Foucault se pose la question de la construction des anormaux. En particulier, il essaie de comprendre comment la psychiatrie est devenue un moyen de tester l'anormalité dans le cadre judiciaire. Foucault définit trois types d'anormaux. Il y a le monstre qui montre une violation des lois naturelles et sociales. Ce dernier est un mélange d'attributs qu'ils soient humains et animaux ou de des sexes. Ce qui permet à Foucault d'analyser quelques procès d’hermaphrodites. Cette catégorie deviendra celle des personnes dangereuses dont la psychiatrie doit analyser le degré de dangerosité en vue d'une décision judiciaire qui prenne en compte le danger, la possible rééducation et la possibilité de libérer l'individu. La seconde catégorie est celle des onanistes. Foucault considère que cette catégorie a deux origines. Tout d'abord, il y a la mise en place de questionnements de plus en plus précis afin de permettre la repentance ecclésiastique sous la forme de la technique de l'aveu. Ensuite, il y a une croisade contre la masturbation qui se forme sous le fonds d'un changement de relations entre les familles et l'état. L'état prend en charge l'éducation mais laisse la sexualité aux mains des familles. Un grand nombre de livres et de techniques existent afin d'éviter la pratique de la masturbation chez les enfants. Que ce soit la surveillance, les liens ou des actes chirurgicaux. Enfin, il y a l'individu à corriger que Foucault ne développe que dans le dernier cours. Ce dernier est principalement un élève que l'on doit dresser aussi bien moralement que physiquement afin qu'il accepte les règles sociales (et scolaires)

Que penser de ces 11 cours donnés par Foucault ? Bien qu'ils soient moins denses et moins compliqués à lire que ses livres ils restent tout de même d'un certain niveau. On retrouve aussi plusieurs thèmes qu'il développera dans son Histoire de la sexualité. C'est, par exemple, le cas du discours sur la sexualité ainsi que la mécanique de l'aveu. Ce cours est aussi un moyen de comprendre comment se sont formés les discours psychiatriques dans le milieu judiciaire. Ceux-ci ont la tâche de devoir évaluer la dangerosité d'une personne présumée innocente (mais qu'on considère dangereuse...). Les discours que Foucault analyse sont basés sur des termes anciens et/ou peu précis qui permettent surtout de donner l'avis du psychiatre sur une personne plutôt que de créer un discours scientifique. Ces cours sont donc un bon moyen de remettre en question la manière dont on parle des personnes dites dangereuses et dont on analyse leur dangerosité. Ce travail reste, aujourd'hui encore, d'actualité.

Image : Éditeur

 

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29/06/2015

Enfants à louer. Orphelins et pauvres aux enchères par Rebecca Crettaz et Francis Python

Titre : Enfants à louer. Orphelins et pauvres aux enchères6e13ca992c79f5ab66b47ca9e2da4e60.jpg
Auteur-e-s : Rebecca Crettaz et Francis Python
Éditeur : Société d'histoire du canton de Fribourg 2015
Pages : 176

Il y a quelques années que les personnes placées durant leur enfance ou internées pour des raisons d'assistance (selon le terme officiel) ont commencé à parler et à revendiquer excuses, réparations et recherches historiques. Ce livre permet de commencer à comprendre l'histoire du placement au rabais dans un canton spécifique : Fribourg. Les auteur-e-s prennent en compte la période du début du XIXe siècle à 1928 lorsqu'une nouvelle loi sur l'assistance interdit les mises au rabais. Mais que sont ces mises au rabais ? C'est une procédure par laquelle une commune place un ou des enfants, voire d’adultes, dans les familles qui demandent les pensions les moins élevées à L'État

Les auteur-e-s mettent en place 6 chapitres. Les 5 premiers permettent de dépeindre l'histoire de l'assistance et du placement des enfants à Fribourg en s'intéressant à quelques communes en tant que cas particuliers illustrant la pratique locale. L'auteure montre la difficulté de mettre en place des lois qui fonctionnent alors que la pauvreté est vue comme un problème durant toute la période. Celle-ci est considérée comme provenant à la fois d'un manque de volonté de la part des personnes au travail et d'une mauvaise pratique des communes. Ces dernières offriraient trop et ne s'intéresseraient pas à l'éducation morale et au travail des enfants et pauvres tant que le placement est économiquement favorable. C'est une longue lutte pour mettre en place des lois successives sur l'assistance qui prennent en compte les sensibilités politiques de l'époque ainsi que le manque de moyens de l'État. Le dernier chapitre, qui fait office de conclusion, permet à son auteur de montrer à quel point il fut difficile de travailler sur la pauvreté en histoire alors que les victimes n'étaient pas entendues. Il termine sur les derniers évènements politiques de mars 2014 sur le sujet

Au final, nous avons un livre court qui s'attache à la fois à expliquer comment les lois furent pensées et mises en place et à la pratique de communes spécifiques. Ceci permet de montrer les discours successifs qui existèrent et dont les arguments sont souvent semblables. Malheureusement, les sources n'ont, semble-t-il, pas permis de montrer comment les enfants placés vivaient leurs conditions. On a ce que pensent les autorités et les personnes chez qui les personnes sont placées mais jamais le point de vue de ces dernières. Leur parole est perdue dans les papiers de l'administration. Ce qui n'enlève rien à l'intérêt de ce livre pour lever le voile sur une histoire encore trop peu connue

Image : Éditeur

16/04/2015

Taxi Teheran

Il n'est jamais une mauvaise chose d'aller voir des productions qui ne soient pas américaines (ou françaises). On observe d'autres manières de raconter une histoire dans des contextes différents d'un cinéma américain pour lequel la réussite prime sur tout. Taxi Teheran est un docufiction du réalisateur Jafar Panahi que je regrette de n'avoir pas connu avant. Il vit en Iran et, après une participation à des manifestations, est interdit d'exercer son travail pendant 20 ans. Il fait donc semblant de se reconvertir dans les taxis. Il se déplace dans les rues de la ville en prenant à son bord de nombreuses personnes aux idées et aux vies différentes. Que ce soient des professeures, des bandits, des pirates ou des avocates chaque personne à son mot à dire sur la situation du pays. Les rencontres peuvent faire peur tout en étant légère car nous n'observons pas le danger que vit réellement le réalisateur en dehors de quelques scènes très précises. Ce que ne savent pas les autorités c'est que Jafar Panahi filme tout dans sa voiture tout en sachant que jamais il ne pourra vendre son film en Iran.

Il y a de nombreux aspects dans ce film qui mêle le vrai au faux. Les acteurs sont-ils de vrais personnages ou sont-ils créés de toutes pièces ? Les discours sont-ils un reflet de ce que pensent les personnes ou des mots qu'on leur a écrit ? On ne sait rien. Sauf que les scènes sont trop parfaites pour être tout à fait des coïncidences. Lorsque la jeune nièce du réalisateur explique ce qu'on lui a appris à l'école sur le cinéma à son oncle réalisateur on s'étonne devant ce qui est demandé afin que le film puisse être distribué. Alors que les rencontres sont assez légères voir drôles on voit poindre des réalités bien plus sombres. Par exemple lorsque Panahi tente de reconnaitre la voix de son interrogateur et qu'on entre dans le fonctionnement de la justice iranienne ou la dernière scène du film. Bien que la réalisation semble laisser place au hasard tout est construit pour nous envoyer un message précis sur le fonctionnement d'une société qui croit tout contrôler mais dans laquelle les moyens de résistances sont nombreux.

Image : Allociné

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07/02/2015

Asiles étude sur la condition sociale des malades mentaux par Erving Goffman

Titre : Asiles étude sur la condition sociale des malades mentauxv_2707300837.jpg
Auteur : Erving Goffman
Éditeur : Minuit 1968
Pages : 447

Après un temps de lecture assez long (c'est le problème quand on bosse) j'ai enfin terminé les 447 pages de ce monstrueux pavé. Goffman, dans ce livre, relate son expérience de sociologue intégré dans un hôpital. Comme le résumé de l'éditeur l'explique, Erving Goffman a, pendant trois ans, récolté un grand nombre d'informations sur le fonctionnement des hôpitaux psychiatriques. Ces informations couvrent aussi bien les employé-e-s que les résident-e-s. Ce livre présenté par Robert Castel se divise en quatre chapitres qui sont autant de recherches inédites de Goffman publiées séparément.

Alors que livre se nomme asile Goffman généralise immédiatement ses études en définissant le concept d'"institution totalitaire". Loin d'être politique ce concept s'attache à mettre en évidence un fonctionnement particulier de certaines institutions. Ainsi, aussi bien la prison, les hôpitaux, la caserne militaire que la vie monastique ont des points communs. Ceux-ci concernent la fermeture d'un lieu envers le reste de la société. Dans ce lieu on trouve ce que l'auteur nomme des reclus. Alors qu'ils vivent dans un environnement fermé qui prend en charge une grande partie de leurs besoins et qui régule leur vie ils tentent de s'y faire une place en jouant avec les règles et les autres individus.

Goffman, dans son texte, explique l'utilité d'un grand nombre de pratiques qu'il généralise depuis son observation de l'hôpital. Il explique, par exemple, la nécessité de faire entrer la personne dans son rôle via un rituel de dépouillement puis de don. Ce rituel peut avoir des fonctions sécuritaires mais son premier effet est de créer une différence entre l'avant et l'après. Celui-ci s'accompagne d'autres formes de relations qui Goffman considère comme des moyens de briser la personne afin d'en faire un individu intégré dans un nouveau rôle quels que soient ses expériences antérieures.

Ce livre est ancien. De nombreuses observations que Goffman avait faites à l'époque ne sont plus forcément d'actualité. Mais ceci n'enlève rien à l’intérêt de cette recherche pour comprendre la réalité de nombreuses institutions actuelles. De plus, sa lecture est intéressante et plutôt facile.

Image : Éditeur

14:36 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique, sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : goffman, asile | | | |  Facebook

27/01/2015

Broken land

Entre le Mexique et les USA il y a un mur. Deux genevois sont allés à sa rencontre. C'est une balafre au milieu du désert qui divise à la fois le territoire et les personnes. Pour mieux comprendre l'effet de ce mur sur les citoyens américains - la réalisation a fait exprès de ne pas rencontrer de migrants - 7 couples sont interrogés sur leur relation avec le mur et ce qu'il implique pour leur vie et leur vision de l'existence. Ce sont aussi bien des personnes qui luttent contre la division qu'il implique que des gens qui luttent contre l'immigration clandestine de manière officielle ou non. À l'aide de ces témoignages on comprend un peu mieux l'effet que peut avoir un mur sur les personnes qu'il est censé protégé.

Il est difficile de parler de ce film sans perdre une partie de sa substance. Le mur est omniprésent. Bien qu'il soit constitué de poteaux plantés à égales distances il projette une ombre impressionnante sur le désert. Et ce n'est que la partie visible de ce dispositif. Car, outre le mur, il y a toute la panoplie électronique qui permet de surveiller non la frontière mais le côté américain de celle-ci. Comme le dit l'une des protagonistes : nous sommes toujours surveillés, jamais seuls et le moindre faux pas fait réagir les "protecteurs". Alors que de nombreuses personnes se sont habituées cette femme se demande si ceci est une bonne chose. Est-ce bien de s'habituer, dans une démocratie, à être constamment sous surveillance au nom de la sécurité ?

Ce n'est, bien entendu, pas le seul choc que j'ai eu. Il serait fastidieux de les dénombrer. Le plus grand est probablement celui de ce couple qui, régulièrement, vérifie l'i9ntégrité du mur en face de chez eux et qui a peur que sa destruction implique l'importation d'armes nucléaires sur le territoire. Ce même couple vit dans une maison bardée de dispositifs de surveillance. Ils ont une dizaine de caméras qu'ils observent chaque nuit observant des ombres inquiétantes tandis que les humains, en infrarouge, deviennent des fantômes, presque des monstres aux yeux vifs. Ils ne sortent qu'armées en vérifiant ce qui les entoure. Selon eux ce n'est pas de la paranoïa mais une philosophie de vie. Dans cette même scène le mari explique de qu'elle manière il peut identifier les migrants par leur odeur. Un autre homme surveille le mur par avion. Il explique que, selon lui, les USA sont le meilleur pays du monde, le plus avancé. Accepter l'immigration c'est donc courir le risque de perdre tout ce qui fait le pays et, pour cet homme, un danger pour l'humanité dont il est le gardien car, sans le mur, des millions de personnes déferleraient sur le pays. Le film se termine sur une équipe qui tente d'identifier les restes de personnes qui sont mortes en tentant de traverser.

Je n'ai donné que quelques chocs que j'ai eus. Ce ne sont pas les seuls. En tout cas ce documentaire est très bon. Il ne dénonce pas ni ne vérifie les discours sur la nécessité de protéger les frontières. Il montre comment un mur agit sur les populations qu'il est censé protéger. À l'ombre de ce dispositif l'autre n'est plus un voisin, un ami possible, mais un Alien. Quelqu'un qui fait peur, un envahisseur dont les raisons de venir ne sont pas claires et, probablement, criminels. Le mur ne s'impose pas seulement sur le paysage. Il s'imprime dans les esprits. Il faut être méfiant, il faut vérifier, il est nécessaire de perdre ses droits si la sécurité en ressort plus importante. Le mur crée une mentalité d'assiégés. À l’extérieur il y a des monstres, des barbares, l'inconnu. L'intérieur est en danger. Suite à ce film que penser du mur, virtuel en grande partie, que l'UE construit autour du continent ? Quels effets sur nous et sur les êtres humains qui tentent de trouver une meilleure vie ?

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario.

  • Joss Whedon. Un très bon documentaire que je conseille fortement.

Image : Site officiel

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21/10/2014

"Les homosexuels sont un danger absolu" homosexualité masculine en Suisse durant la seconde guerre mondiale par Thierry Delessert

Titre : « Les homosexuels sont un danger absolu » homosexualité masculine en Suisse durant la seconde guerre mondiale29402100553030M.gif
Auteure : Thierry Delessert
Éditeur : Antipodes 2012
Pages : 397

L’histoire des homosexualités – aussi bien féminines que masculines – est peu connue en Suisse. Pourtant, le pays a dépénalisé les actes consentants entre adultes alors que le reste de l’Europe les rendait plus dangereux pénalement parlant. C’est aussi ici, en Suisse, que la seule association, et son journal, du monde ont existé pendant de nombreuses années tout en se cachant derrière un respect scrupuleux de la loi. Il est donc clair que lorsque un livre sort sur le sujet il permet d’en savoir beaucoup plus. Celui-ci est la publication d’une thèse et l’auteur y examine son sujet en trois parties constitués de deux chapitres chacun.

Dans la première partie – le milieu homosexuel des années 40 – l’auteur examine deux choses. Tout d’abord, il nous montre comment fonctionnait ce milieu et, plus précisément, le Kreis. Son étude permet non seulement de mettre en évidence une théorie du bon comportement mais aussi de retrouver les lieux de rencontres en particulier à Zurich. En effet, les Cercles qui existent dans d’autres villes sont parfois très éphémères. Le second chapitre permet d’examiner la manière dont l’homosexualité est qualifiée aussi bien par les principaux intéressés que par la justice au sens large. Dans ce chapitre nous trouvons une analyse de la prostitution masculine homosexuelle et de la manière dont elle est considérée par les autorités : un danger. En effet, cette forme de prostitution crée un risque de contagion des jeunes hommes vis un « argent facile » mais c’est aussi une source de scandales à cause des chantages qu’elle pourrait impliquer.

La seconde partie – les lois sur l’homosexualité – examine les dispositifs légaux et les discussions autours de leur acceptation. Delessert commence par examiner les deux codes pénaux qui unifient le pays. Le premier est militaire tandis que le second, en vigueur en 42, est civile. Cependant, le premier est soumis au second puisque l’état de guerre est exceptionnel alors que les citoyens suisses sont tous soumis aux lois militaires durant une partie de leur vie. Leur examen permet à l’auteur de mettre en évidence les combats mais aussi les raisons d’une dépénalisation et de démontrer que l’Allemagne a un impact fort sur la législation du pays. En effet, alors que la majorité des cantons, en particulier alémaniques, pénalisaient l’homosexualité avec leur propre code ce code national dépénalise l’homosexualité entre adultes consentants tout en protégeant les mineurs de plus de 16 ans. La raison en est simple, les législateurs souhaitaient, avant tout, éviter des scandales tels ceux qui ont eu lieu en Allemagne autours du §175. Pire encore, à leurs yeux, le militantisme qui s’était développé pour l’abrogation de ce paragraphe devait être évité à tous prix. Un second chapitre permet à l’auteur d’examiner la pratique des tribunaux militaires qui doivent jongler entre un code civile qui dépénalise et un code militaire qui pénalise l’homosexualité. Ceci permet à l’auteur de mettre en évidence l’importance des expertises qui permettent de savoir exactement ce que furent les actes reprochés mais aussi de démontrer que le but des militaires est de protéger l’ordre et la virilité de l’armée et, par extension, du pays.

Une dernière partie – psychiatrie et homosexualité – permet à l’auteur de s’intéresser de plus près aux experts appelés à s’occuper des homosexuels. Le premier chapitre montre comment les psychiatres catégorisent l’homosexualité masculine et la manière dont ils la comprenne. Ainsi, il y aurait diverses formes d’homosexualités qui n’ont pas les même conséquences sur la responsabilité de la personne. Le second chapitre s’intéresse de plus près à l’examen du corps qui peut être pratiqués. Celui-ci, dans une perspective française venue de Tardieu, permet de prouver, théoriquement, l’homosexualité de la personne vie l’examen de l’anatomie. L’auteur y décrit aussi les raisons qui ont poussé à la castration d’un homme. La castration, acceptée en Allemagne nazie, est beaucoup plus compliquée en Suisse puisqu’elle implique un consentement éclairé. Bien entendu, toute la question est de savoir à quel point ce consentement est contraint face à la prison et l’internement de longue durée. Le problème de son efficacité est aussi discutée par les médecins de l’époque.

En conclusion je trouve ce livre très intéressant. Les propos sont très denses mais permettent de mettre en lumière la pratique ainsi que la théorie qui existent autours des homosexualités. Je parle aussi bien du milieu qui existait à l’époque que de la manière dont la justice, de la police aux psychiatres, s’occupaient des personnes dont ils avaient la surveillance. Dans un pays qui dépénalise il est très intéressant de voir qu’il existe une forte surveillance ainsi qu’une pratique psychiatrique développée et peu clémente. L’examen des militaires permet aussi de comprendre comment le pays, dans un contexte de défense de soi et de virilisation, traite ses marges en direction, aussi bien dans le civil que le militaire, d’une invisibilisation.

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20/09/2014

Stigmate les usages sociaux des handicaps par Erving Goffman

Titre : Stigmate les usages sociaux des handicapsv_2707300799.jpg
Auteur : Erving Goffman
Éditeur : Les éditions de minuit 1975
Pages : 175

 Goffman fait partie des mes sociologues fétiches avec mon préféré: Howard S. Becker. D'ailleurs, ces deux chercheurs sont de la même école. J'ai souvent utilisé les travaux de Goffman pour mes propres problèmes. Mais, comme souvent, je ne l'ai jamais lu pour moi (ou trop rarement). Après un petit livre dont je me souviens assez peu je me suis donc lancé dans un autre petit livre: Stigmate. Ce livre de moins de 200 pages se propose de comprendre comment on marque la différence dans les relations sociales.

Pour cela Goffman utilise 5 chapitres dont le dernier peut être considéré comme une conclusion. Dans le premier chapitre Goffman tente de comprendre comment le stigmate, qui couvre autant les accidents, le physique que les stigmates sociaux, forme une identité pour la personne qui en est porteuse. Cette identité se forme aussi bien face aux autres qu'à sois-même. Goffman y montre aussi bien la manière dont on apprend à suivre son identité que la manière dont la société des "normaux", pour reprendre les termes de l'auteur, réagit. Le second chapitre, tout aussi dense, examine la manière dont une personne porteuse d'un stigmate peut contrôler l'information qu'elle donne. Ce contrôle peut aussi bien se faire en affichant qu'en cachant. Goffman, avec de nombreux exemples, montre que ce contrôle est nécessaire pour éviter certaines situations mais qu'il crée aussi un danger dans les relations avec d'autres personnes. Car on ne sait pas forcément qui sait quoi et si la personne va dévoiler le secret. Dans les deux autres chapitres l'auteur analyse comment les "stigmatisés" réagissent dans leurs relations avec des membres de leur groupe et avec des personnes extérieures "normales".

Je connaissais déjà Goffman donc je savais que sa lecture me plairait. Bien qu'elle ne soit pas aisée c'est, en effet, un moyen d'apprendre beaucoup de chose sur les relations entre personnes. Bien entendu, ce livre de Goffman, qui date des années 60, est un peu ancien. On sent dans les propose des observations qui ne pourraient plus être faites aujourd'hui. Cependant, ce livre nous permet de comprendre un grand nombre de situations qui touchent des personnes hospitalisées aux personnes célèbres. Sa lecture est particulièrement stimulante quand on s'intéresse à ce sujet et à ses dérivés qui concernent, par exemple, la déviance.

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13:20 Écrit par Hassan dans contemporain, sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stigmate, erving goffman | | | |  Facebook

09/08/2014

Surveiller et Punir. Naissance de la prison par Michel Foucault

Titre : Surveiller et Punir. Naissance de la prisonproduct_9782070729685_195x320.jpg
Auteur : Michel Foucault
Éditeur : Gallimard 1975
Pages : 360

La prison, la justice, la gestion de la délinquance sont des thèmes qui font régulièrement l'actualité. Mais d'où viennent ces différentes formes de réponses à l'illégalité? Alors que les prisons sont en ébullition en France, tandis que le Groupe Info Prisons fait ses premiers pas, Michel Foucault décide de faire la généalogie de la prison après avoir analysé l'enfermement des fous et des malades.

Foucault analyse cette histoire en quatre parties. La première, nommée supplice, ainsi que la seconde, punition, permettent à Foucault de montrer que, avant le secret de la prison, la peine devait être subie en publique. Tout l'appareil lancé contre la délinquance visait à créer un spectacle que les gens honnêtes se devaient de voir et même, parfois, de réagir face à des décisions trop ou pas assez sévères. Les pendaisons avaient lieu en publique après une cérémonie d'aveu de la part de la personne coupable. Aveu qui pouvait permettre d'attaquer des complices.

La troisième partie, discipline, est celle que je trouve la plus intéressante. En effet, on y trouve de nombreux concepts qui peuvent nous permettre de mieux comprendre comment fonctionne, en partie, notre société. Le premier chapitre parle des corps dociles. Dans celui-ci nous trouvons les discours qui théorisent la disciplinarisation des corps des citoyens. Celle-ci se forme aussi bien dans la caserne que dans les écoles. Le moyen est de contrôler plusieurs choses dont l'espace, les activités, le temps et leur combinaison. Le second chapitre nous offre une réflexion sur le dressement. Ce qui m'y a le plus intéressé est l'analyse des examens. Ceux-ci permettent non seulement de classer mais aussi de normaliser les connaissances et les résultats de chacun en direction d'un idéal précis d'utilité pour la société. Enfin, nous avons le chapitre nommé panoptique. Ce concept est probablement l'un des plus intéressants, en tout cas selon moi, de la réflexion de Foucault. En effet, à travers une idée architecturale Foucault découvre un dispositif de pouvoir. Un dispositif qui permet de penser la surveillance totale et anonyme de toute une population. Bien que le panoptisme soit un idéal impossible à atteindre, et heureusement, il reste très intéressant à utiliser pour comprendre notre société actuelle et ses envies de surveillance. Enfin, la dernière partie s'intéresse à la prison. Foucault y analyse autant la mise en place de l'idée de prison, son architecture, que le lien entre la justice et la délinquance. Autrement dit, comment la délinquance fonctionne en relation avec la prison. Là encore, on trouve des analyses intéressantes pour la réflexion actuelle.

Au final je ressors d'un livre dont j'ai souvent lu des extraits. C'est un ouvrage qui m'a offert beaucoup pour ma réflexion bien que je le regarde d'une manière critique. Foucault fait une histoire basée sur les discours mais n'observe pas vraiment les pratiques. Ainsi, les exemples de règlements qu'il nous offre n'ont probablement jamais pu être mis en place. Ce que Foucault nous offre ce sont donc des outils que l'on peut utiliser pour comprendre notre société. Et ces outils, avec la réflexion qui y est liée, m'intéressent beaucoup.

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20/04/2014

Femmes publiques. Les féminismes à l'épreuve de la prostitution par Catherine Deschamps et Anne Souryis

Titre : Femmes publiques. Les féminismes à l'épreuve de la prostitution

Auteures : Catherine Deschamps et Anne Souryis

Éditeur : Amsterdam 2008

Pages : 187

La dernière fois que je me suis inscrit sur une mailing list féministe française j'ai reçu des centaines de messages concernant la prostitution. Les débats étaient vifs et même violents dans certains cas. Ne connaissant pas vraiment l'état de ce dernier en France je me suis lancé dans ce petit livre qui, bien que daté de quelques années, semblait promettre un bilan et des solutions. Je voulais aussi voir s'il m'était possible de faire des liens avec la situation suisse au débat beaucoup plus endormi actuellement. Les auteures font ce bilan en trois chapitres.

Le premier chapitre, écrit par Catherine Deschamps, permet de poser les termes du débat. L'auteure commence par définir ce que veulent dire le réglementarisme, l'abolitionnisme et le prohibitionnisme. Elle montre que ces positions peuvent aussi bien permettre de mettre en place des politiques publiques en faveurs ou contre les prostitué-e-s. Cependant, elle se porte résolument contre toute pénalisation de la prostitution. Elle explique aussi que l'abolitionnisme a été dévoyé, selon elle, puisque les personnes qui s'en réclament l'utilise pour créer un droit spécifique alors que ce dernier est, historiquement, un refus des droits spécifiques aux prostitué-e-s et de l'action policière. Elle continue en observant l'état des lois à l'époque ainsi que le danger d'un projet de loi pour la sécurité intérieure qui menace fortement les prostitué-e-s. Ces chapitres sont datés puisqu'ils se portent sur une époque politique spécifique et que, depuis, le parti socialiste a décidé de pénaliser les clients.

Un second chapitre s'occupe de présenter les forces en présence. Après une unification durant la lutte en faveurs de la contraception et de l'avortement qui se base sur l'idée de créer un moindre risque il y a eu une division, surtout aux USA, entre féministes pro-sexe et anti-sexe. Les unes considèrent que les choix doivent être étendus aux femmes et aux membres des communautés LGBTs tandis que les secondes considèrent la sexualité comme socialement en faveurs des dominants masculins et donc suspecte. Les auteures observent cette division et les personnes qui font partie d'un camp ou de l'autre. Dans le dernier chapitre c'est le discours sur des points problématiques qui est analysé. Ainsi, les auteures observent des problèmes dans la manière de considérer l'argent mais aussi la sexualité et le consentement. Les prostitué-e-s sont vues comme des personnes qui ne peuvent jamais donner un consentement et leur expérience est effacée.

En conclusion les auteures nous offrent une possibilité pour recréer une alliance entre les féminismes et les prostitué-e-s. Au lieu de se baser sur de grandes doctrines elles proposent de se baser sur un besoin concret des personnes concernées en vue du moindre danger. Le but est de permettre aux concerné-e-s de choisir par elles-mêmes et non de décider de leurs possibilités à leur place. Ainsi, la parole des prostitué-e-s est ici centrale pour comprendre les besoins. Bien que la Suisse n'ait pas un débat important sur le sujet il me semble nécessaire de garder en tête les réflexions de ce livre. Car les décisions qui sont prises en Suisse, et dans les cantons, ont des effets qui ne sont pas forcément en faveurs personnes qui se prostituent. Une révision des législations actuelles devrait pouvoir être envisagée dans le sens des propos des auteures autrement dit pour donner des droits et non des devoirs.

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26/02/2014

Violences et insécurité. Fantasmes et réalités dans le débat français par Laurent Mucchielli

Titre : Violences et insécurité. Fantasmes et réalités dans le débat françaisInsecurite.jpg
Auteur : Laurent Mucchielli
Éditeur : La découverte et Syros 2001
Pages : 141

J'aime bien lire Laurent Mucchielli. Ses livres ont une posture critique indispensable dans le contexte actuel. Celui-ci s'intéresse au débat français sur la violence et le sentiment d'insécurité mais la plupart des arguments de l'auteur peuvent être mis en parallèle avec le débat suisse sur le sujet. En effet, depuis plusieurs années le sentiment d'insécurité est au centre des politiques publiques et des médias. Dans le même temps le coupable est identifié sous la forme des jeunes de plus en plus violents et de plus en plus incapables de s'insérer dans les règles sociales. Mais est-ce vrai? N'y a-t-il pas quelque chose d'un peu plus compliqué? L'immigration est-elle la source de la délinquance? L'auteur tente de répondre en 5 chapitres.

Les trois premiers chapitres permettent à Mucchielli d'analyser les discours de trois institutions. Tout d'abord, l'auteur observe comment fonctionne la presse. Il observe que celle-ci ne prend pas en compte l'aspect politique des violences et qu'elle se contente, souvent, de montrer les événements sans les expliques. De plus, de nombreux chiffres sont utilisés sans vérifications ni critiques. Ensuite, l'auteur observe les experts de la sécurité. Ceux-ci sont de plus en plus importants sur le sujet et tente de se faire voir comme des universitaires. Mucchielli montre qu'il n'en est rien et que ces experts ont des intérêts importants dans l'industrie de la sécurité. Enfin, il observe le discours politique et, plus spécifiquement, celui d'une part bureaucratique et particulière de la police. Celle-ci analyse la délinquance en termes d'échelles du moins important au plus dangereux sur laquelle se grefferait la carrière délinquante. De plus, c'est l'idée d'une fin de la civilisation face à un ennemi intérieur puissante et numériquement important qui est utilisé dans la rhétorique.

Dans le quatrième chapitre l'auteur examine les statistiques de la délinquance. Il montre comment celles-ci sont formées et l'utilité qu'elles peuvent avoir ainsi que leurs biais et limites. L'auteur y fait un autre constat que ceux publiés par la presse. Ainsi, la plupart des actes de délinquances sont en baisses. Seuls les violences augmentent mais peu et pour des actes qui ne sont pas graves. L'apparition des violences sexuelles de manière de plus en plus importante s'explique à la fois par la fin d'un tabou et par l'entrée de ces catégories dans les plaintes acceptées. Enfin, l'immigration n'est pas criminelle. Les seuls étrangers surnuméraires le sont à cause de la violation des lois sur l'immigration ou par un ciblage spécifique par les polices. Enfin, dans un dernier chapitre, l'auteur tente de montrer comment a changé la délinquance juvénile depuis les années 50. Il montre que celle-ci existe depuis de nombreuses années sous des formes proches. Ainsi, il montre l'importance que prit le danger des "blousons noirs". Nous ne sommes donc pas dans une époque particulière.

En conclusion ce livre, salutaire, permet de contester voir de simplement relativiser un grand nombres de discours politiques et médiatiques. Plutôt que de ne vouloir qu'une simple répression il faut comprendre la raison de l'entrée en délinquance. Ici, l'auteur est en faveurs de supprimer certaines choses comme la prohibition du cannabis. Ce livre est donc utile à la fois aux journalistes, aux politiciens et aux policiers qui peuvent l'utiliser pour guider leur action mais aussi pour comprendre, un peu, le contexte. Celui-ci se veut aussi un moyen de débat pour lancer de nouvelles solutions inventives.

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18:31 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique, sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : france, sécurité, déviance | | | |  Facebook

15/02/2014

Le héros était une femme... le genre de l'aventure par Loïse Bilat et Gianni Haver

Titre : Le héros était une femme... le genre de l'aventure
Directeur/trice : Loïse Bilat et Gianni Haver
Éditeur : Antipodes 2011
Pages : 268

Les femmes héros ne sont pas nombreuses dans la culture populaire. Les dernières productions le montrent parfaitement. Les rares femmes sont de simples faire valoir quand elles ne pourraient pas être remplacées par des chaises. Et les choses ne risquent pas de changer si l'on en croit le programme de la phase 3 de Marvel. Cependant, il existe un certain nombre de femmes qui ont accédé au statut d'héroïnes. Sont-elles pour autant différente des hommes ou des femmes normales? Peuvent-elles briser la norme patriarcale? Ce livre souhaite répondre à ces questions sur plusieurs chapitres qui étudient chacun un personnage particulier.

Alors que le premier chapitre crée ce que l'on pourrait nommer une théorie de l'héroïne - conçue comme un personnage qui agit sur l'intrigue plutôt que de la subir - les autres s'intéressent à quelques personnages qui peuvent venir du monde des romans ou des comics. Ceci rend une présentation complète difficile. Je vais donc parler de quelques exemples que j'ai apprécié. Et comme je suis logique on va commencer par le dernier chapitre concernant Wonder Woman. Ceux et celles qui suivent ce blog savent que ma connaissance des comics est récente et parcellaire. Je me suis rapidement intéressé à Wonder Woman dont j'ai lu avec intérêt les aventures dans le DC Comics Anthologie. Alors un article sur elle n'allait pas me rendre indifférent! Celui-ci permet de déconstruire le caractére féministe de Wonder Woman. Oui, elle se bat pour les femmes. Mais ce combat a lieu dans un contexte particulier et dans une direction particulière. Les femmes peuvent être aussi forte que les hommes pour les remplacer lors de la WWII. Mais leur combat pour la liberté doit se faire en direction de leur charme, amour et l'acceptation de la soumission. C'est donc un message de soumission plus que d'empowerment qui est lancé. Un autre article que j'ai apprécié concerne Yoko Tsuno. Je lisais ses aventures avec passion lors de mon enfance. L'article montre bien l'intérêt de son personnage, une femme japonaise technicienne, dans un monde masculin hostile. Les tenues sont aussi analysées avec attention. On y trouve aussi une analyse de Catwoman qui conclut sur l'aspect beaucoup plus novateur face à Batman (pas celui de Nolan) que dans le film centré sur elle. Nous avons donc un livre à la fois intéressant mais un peu décousu. Il permet de créer des liens et l'analyse de personnages précis est un bon moyen de montrer comment utiliser la théorie face à un objet particulier. Un livre que je recommande.

Image: Éditeur

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09/02/2014

Beauté fatale. Les nouveaux visages d'une aliénation féminine par Mona Chollet

Titre : Beauté fatale. Les nouveaux visages d'une aliénation féminine9782355220395.gif
Auteure : Mona Chollet
Éditeur : La Découverte 2012
Pages : 237

Je sais, je sais. Honte à moi de n'avoir jamais lu Mona Chollet avant aujourd'hui. J'avais entendu parler d'elle, et en bien, mais je n'avais pas pris le temps de m'y intéresser. Cette erreur est maintenant réparée avec un livre qui m'intéressait particulièrement (et qui peut fâcher certaines personnes). Celui-ci permet à l'auteure d'analyser la manière dont l'industrie de la mode agit sur la perception de la beauté autant sur soi que sur les autres. Cet essai polémique, plus qu'une étude, place de nombreux points sur les I et on se demande comment une industrie aussi déviante peut encore exister.

Pour cette étude Mona Chollet écrit 7 chapitres qui s'intéressent chacun à certains points de la mode et de la beauté. Alors que les deux premier permettent à l'auteure de noter un certain retour en arrière, backlash, elle note aussi que ces retours se forment souvent lors de certains contextes particuliers. Pour analyser celui-ci elle décide de s'intéresser au milieu de la mode. Les chapitres suivant seront l'occasion d'expliquer pourquoi analyser ce milieu particulier. Il faut bien avouer que la prose de l'auteure et à la fois jouissive et inquiétante. Je ne vous dis pas les rires qui m'ont soudainement pris lors de pique sarcastique. Par exemple, les passages sur Gossip Girl sont magnifiques. Mais elle montre aussi un milieu qui s'observe lui-même tout en se considérant comme supérieur. Un milieu qui impose aux femmes un certain standard et qui, en cas de dérives, rejette toute responsabilité. Ainsi, le fait que les modèles soient majoritairement des femmes blondes et blanches extrêmement mince est considéré comme une demande de consommateur et naturalisé comme la forme de beauté parfaite. On oublie totalement les aspects structurels du racisme et l'historicité de la beauté. J'ai aussi trouvé très intéressant de considérer les maladies que sont la boulimie et l'anorexie non comme de simples désordres psychologiques individuels mais de les placer dans un fonctionnement social qui pousse les femmes à suivre un idéal dangereux et à se priver continuellement. Ce ne sont que quelques exemples d'un livre très intéressant qui frappe là ou ça fait mal et que je considère comme une lecture nécessaire pour tout le monde, femmes comme hommes.

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04/02/2014

L'an V de la révolution algérienne par Frantz Fanon

Titre : L'an V de la révolution algérienne9782707167637.gif
Auteurs : Frantz Fanon
Éditeur : La Découverte et Syros 2001
Pages : 174

Je ne connais pas grand-chose sur la guerre d'Algérie. Bien entendu je sais quelques petites choses que tout le monde connaît. Mais ce n'est pas vraiment important. Donc quand j'ai pu lier mon désir d'en savoir plus à la fois sur la pensée de Frantz Fanon et sur la guerre d'Algérie j'ai sauté sur l'occasion. Ce livre est publié pour la première fois en 1959. Frantz Fanon est en plein militantisme et il utilise ses connaissances pour aider les Algériens à se libérer de la tyrannie du colonialisme français. Outre cela il écrit. Ici il tente d'analyser les changements que la guerre de libération a créé dans la société algérienne aussi bien d'un point de vue social que dans l'usage des techniques.

Fanon décrit les changements sur 5 chapitres. Le premier concerne principalement les femmes ainsi que leur rapport au voile dans le cadre du colonialisme. Alors que la condamnation française du voile comme un reste de l'ancien temps sexiste ne fit rien pour dévoiler les femmes c'est, paradoxalement, selon Fanon, la guerre qui permit aux femmes de se dévoiler. Ceci se fit non pas pour se libérer d'un carcan patriarcal qui n'est qu'une tradition acceptée mais pour aider à la Révolution. Ainsi, une femme dévoilée peut plus facilement parcourir les rues pour aider les hommes à éviter la police. Inversement, l'intérêt envers les femmes dévoilées par la police a impliqué le retour du voile qui permet de cacher armes et bombes. Dans le second chapitre l'auteur analyse l'arrivée massive et l'usage de la radio. Celle-ci, malgré le brouillage, permet de donner les informations sur les réussites de la Révolution aux citoyen-ne-s alors que les médias français cachent les victoires. Plus encore, les médias de la Révolution utilisent plusieurs langues dont le français. Dans le troisième chapitre Fanon tente de montrer en quoi la guerre change la manière dont la famille fonctionne. Que ce soit le fils qui ne suit plus les conseils de son père ou la fille qui doit nécessairement s'occuper de la famille en l'absence de l'homme voir vivre avec des hommes sans être mariées. Mais c'est aussi le mariage qui change. Alors que, selon Fanon, le mariage était d'abord une alliance entre clans durant la guerre ce sont des personnes qui apprennent à se connaître qui souhaitent se marier sans avoir à demander le droit aux parents (surtout au père). Fanon analyse, dans le chapitre 4, la manière dont la médecine est utilisée par les forces colonialistes. En effet, selon Fanon, la France a tenté d'interdire la vente de médicaments ainsi que de forcer les médecins à dénoncer les blessures suspectes. Enfin, l'auteur termine sur la minorité européenne en montrant comment certains de ses membres décident de soutenir la Révolution que ce soit à l'aide d'informations ou en cachant biens et personnes dans leur propriété.

Je suis à la fois très favorable et un peu déçu par ce livre. Favorable car il donne la pensée de Fanon sur une Révolution en cours et les mutations que cela implique nécessairement dans une société. On apprend donc un certain nombre de choses sur le fonctionnement de la guerre ainsi que sur les raisons qui peuvent pousser certaines personnes à se révolter. Cependant, cette analyse pèche, et c'est normal, par le contexte durant lequel elle a été écrite. Comment peut-on créer un livre avec une méthodologie impeccable alors que l'auteur se trouve en pleine guerre et risque la prison, voir la mort, chaques jours? Il est donc parfaitement compréhensible que les exemples soient des généralités et que Fanon n'entre pas dans le détail. Mais ce qui m'a le plus déçu est la manière dont Fanon analyse le rôle des femmes. L’œil exercé se rend facilement compte qu'elles sont gardées en réserve pour des activités subalternes. Cela ne veut pas dire que ces activités ne sont pas importantes mais elles ne sont pas des luttes. Mais Fanon ne voit pas ça. Alors que son analyse du racisme et du colonialisme est très stimulante il est singulièrement aveugle envers le système patriarcal. Je souhaiterais donc en savoir un peu plus sur ce sujet mais il faudra, pour cela, m'intéresser à d'autres auteur-e-s.

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11/12/2013

Black feminism. Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000

Titre : Black feminism. Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-20009782296051041j.jpg
Auteures : Multiples
Éditeur : L'Harmattan 2008
Pages : 260

Bon, il ne va pas être facile de parler de ce livre mais je vais essayer le présenter sans trop d'erreurs. Il est constitué de nombreux textes (11 en comptant l'introduction) qui datent de différentes époques. Leurs points communs est de tenter de faire le lien entre la lutte féministe et la lutte contre le racisme. Cette position est résumé sous le sigle, si je l'ai bien compris, de black feminism. Soit un féminisme qui parle aussi des problèmes de dominations raciales. Ces textes sont écrits par des femmes africaines-américaines aux USA. Ce pays a une tradition importante de lutte antiraciste basée, en particulier, sur les africain-e-s américain-e-s. Ce type de mouvements est peu connu en France et encore moins en Suisse d'où l'intérêt de comprendre le black feminism pour se rendre compte des manques de nos propres pays face au sujet.

Le livre commence, heureusement, par une introduction rédigée par Elsa Dorlin. Ce texte permet non seulement d'expliquer quelques choix de traductions mais surtout de place le contexte du black feminism. Ce qui permet au lecteur ou à la lectrice de mieux comprendre les textes choisis. Ceux-ci, nombreux, permettent de montrer à la fois une envie et un manque. En effet, les femmes qui écrivent ces textes se déclarent féministes mais ne peuvent pas entrer dans les groupes militants féministes. Pourtant l'envie ne manque pas de se retrouver dans le féminisme. En effet, le féminisme américain (pour ne parler que de lui) oublie de mettre en place une réflexion sur la racisme interne des femmes blanches féministes. De plus, rares sont les femmes noires à être mises au panthéon féministe. Il est donc nécessaire de mettre en place une réflexion à la fois sur le racisme et sur le sexisme.

La question qui se pose est comment intégrer ces textes au féminisme européen. Nous n'avons pas la même histoire que les États-Unis. En Suisse nous n'avons pas, de plus, d'expérience coloniale alors que la France en possède une. Cela implique-t-il que le black feminism ne peut rien nous apporter? J'en doute fortement. Non seulement celui-ci permet d'apporter une réflexion sur les liens entre racisme et sexisme. Plusieurs textes montrent que la manière dont on considère la femme et l'homme noir comme naturellement forte et dévirilisé créent des problèmes à la fois de sexisme et de militantisme. Mais ils permettent surtout de mettre en question des pratiques et pensées dans le féminisme actuel. Étant donné que nous n'avons pas la même expérience historique de lutte en faveurs des droits des personnes noires nous n'avons pas non plus connu de remises en questions frontales d'un fonctionnement raciste de la société et du militantisme. Ce n'est pas qu'il n'y en a pas eu mais nous n'avons pas connu de nationalisme noir ou de black panther party. Pour se remettre en question il est donc nécessaire de lire ces textes et de réfléchir sur nos propres fonctionnements.

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26/11/2013

Les origines républicaines de Vichy par Gérard Noiriel

Titre : Les origines républicaines de Vichy9782213678399-X.jpg?itok=TJ42ChQQ
Auteur : Gérard Noiriel
Éditeur : Hachette Littératures 1999
Pages : 335

Cette fois c'est Vichy qui m'intéresse. Je ne suis de loin pas le seul. L'histoire de Vichy est un problème encore largement discuté en France. Est-ce que Pétain peut être considéré comme un dirigeant français ou est-il un usurpateur du pouvoir? Qui a collaboré et qui a résisté? Mais, surtout, quels sont les liens entre Vichy et la République. Dans ce livre Noiriel tente d'examiner la manière dont on peut relier la IIIème République et le gouvernement de Vichy. Pour cela il examine le "compromis républicain", les discriminations envers les étrangers, l'identification et enfin la science.

Cependant, avant d'entrer dans le vif du sujet l'auteur a décidé d'écrire un chapitre introductif qui examine le fonctionnement de l'histoire du temps présent. Sans condamner la vision d'expertise de l'historien Noiriel souhaite que celle-ci ne soit pas soumise à la construction des problématiques par d'autres que les historiens. Car l'historien ne doit pas juger il doit comprendre comment et pourquoi telle ou telle chose a fonctionné. C'est la raison pour laquelle Noiriel tente ici de comprendre comment les décisions de Vichy ont été si facilement accepté en essayant de trouver un lien précèdent avec des décisions de la Troisième République.

Cette recherche lui permet de démontrer que la Troisième République a mis en place un certain nombre de lois et de processus qui ont permis à Vichy d'aller plus loin. Ainsi, la gestion des personnes de nationalité étrangère a permis non seulement de créer un discours sur le danger de certains peuples (en se basant sur un discours de darwinisme social) mais aussi de mettre en place une surveillance de certains groupes grâce aux cartes d'identités. Noiriel nous permet donc de comprendre comment des décisions discutées démocratiquement peuvent préfigurer ou annoncer un fonctionnement contraire à la démocratie. Ainsi, la mise en place des fiches permet, ensuite, d'identifier les juifs pour mieux les expulser. Les livres de médecins sur le danger des races "inférieures" permet de justifier une politique eugéniste de choix d'une immigration. Bref, le gouvernement de Vichy se place dans un contexte historique républicain.

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06/11/2013

Bavures policières? La force publique et ses usages par Fabien Jobard

Titre : Bavures policières? La force publique et ses usages9782707135025.gif
Auteur : Fabien Jobard
Éditeur : la découverte 2002
Pages : 295

Nous entendons tous, de temps en temps, parler de bavures. Des policiers qui ont agit en dehors du cadre de leur fonction. Une violence d’État qui est suivie immédiatement par la colère des associations de défense des droits de l'homme et des victimes. Mais aussi par la défense de l'usage de la force policière face à des individus qui peuvent être dangereux. Mais personne ne tente de comprendre comment et pourquoi la violence policière a lieu. C'est ce que se propose de faire l'auteur dans ce livre.

Cette analyse est divisée en trois parties de deux chapitres chacun. La première partie permet à Fabin Jobard d'examiner les récits qu'il a récolté. Il y trouve de nombreux exemples de violences policières. Avant de considérer leur réalité il essaie de comprendre dans quelles circonstances cette violence se crée. Il apparaît que celles-ci sont relativement restreintes. En effet, les policiers établissent un calcul concernant les personnes, les lieux et l'utilité de la violence. Le contexte a donc une grande importance et se comprend aussi bien comme contexte social que comme contexte territorial. Ainsi ce sont surtout des personnes en état d'anomie qui sont visées par une violence qui a lieu dans un environnement particulier en dehors du regard public. La seconde partie permet à l'auteur d'examiner ce qui se déroule quand des faits allégués sont dénoncés à la presse. Il y montre une confrontation de deux histoires entre la victime qui se crée une virginité et la police qui noircit la personne ainsi que les circonstances. Ainsi, la confrontation permet soit à la police de montrer que son usage de la violence était légitime soit à la victime de démontrer une violence illégitime. La troisième partie permet d'examiner comment les policiers sont jugés et sanctionnés en cas de violence. L'auteur montre que la justice française crée une forme de protection du fonctionnaire dont les décisions sont légitimes a priori. Mais il y existe aussi la possibilité de parler de la victime pour la disqualifier par exemple en parlant de rébellion. L'auteur y montrer que les victimes les plus probables sont justement celles qui pourront le moins dénoncer la violence dont ils peuvent être les sujets.

Pour conclure sur cette courte présentation je ne peux que dire que j'ai trouvé le livre intéressant mais difficile à lire. Le propos est parfois ardu et utilise des références juridiques qui me sont souvent inconnues. Cependant il permet de comprendre les logiques d'apparition de la violence policière et créant des moyens de savoir quels sont ses possibilités. Malheureusement il est aussi basé sur l'exemple français et une grande partie de l'ouvrage ne peut donc pas être utilisé pour d'autres pays sans travail en amont.

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16:45 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique, sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : police, violence, démocratie | | | |  Facebook

04/11/2013

Le capital tome 2 par Karl Marx

Titre : Le capital 2580_big.jpg
Auteur : Karl Marx
Éditeur : Soleil manga 2011
Pages : 192

L'histoire de Robin et son entreprise de fromage continue dans ce second tome qui sera l'occasion d'expliquer les effets pervers du capitalisme. Car Robin est maintenant un patron qui a réussit. Son usine s'est agrandie et fonctionne à une cadence de plus en plus forte. Mieux encore, Robin est capable de créer ses propres produits et d'engloutir d'autres usines. Mais il se rendra compte que ses agissements en tant que patron ont des conséquences importantes sur la vie de ses employés. Pire encore, ce qu'il fait va se retourner contre lui avec une puissance dévastatrice.

Ce livre est à la fois plus et moins intéressant que le tome précédent. Plus intéressant car Engels vient directement nous expliquer le fonctionnement du monde capitaliste ce qui permet de résumer, en simplifiant, les apports théoriques du marxisme. Mais moins intéressant car ces points théoriques sont mauvais pour l'intérêt de l'histoire de base. En effet, celle-ci est souvent mise de côté pour de petites excursions théoriques. Pire encore, l'histoire ne devient qu'un support d'exemples pour la théorie au lieu de laisser celle-ci se révéler durant les intrigues. Ceci est, à mon avis, vraiment dommage.

  • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

  • Papier toilette.

  • Roman de gare. Simpliste mais intéressant. C'est une introduction utile pour les personnes qui ne connaissent rien au marxisme mais du déjà-vu pour les autres. Il reste à saluer l'effort qui a été mis pour traduire en images un livre dense et compliqué.

  • À lire.

  • Tolkien.

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Le capital par Karl Marx

Titre : Le capital579_big.jpg
Auteur : Karl Marx
Éditeur : Soleil manga 2011
Pages : 192

Le capital de Karl Marx fait partie de ces livres que l'on est censé connaître mais que l'on n'ose pas ouvrir. Donc quand j'ai appris qu'il existait une version manga je me suis lancé dedans ce qui me permettra de connaître un peu mieux l’œuvre majeure de Karl Marx. Cependant je n'y connais absolument rien en manga et ce sera probablement mon dernier. L'histoire est basée sur les thèses de Karl Marx mais elles apparaissent en suivant un jeune homme prit en pleine révolution industrielle. Le jeune Robin travaille avec son père dans la petite fabrique de fromage artisanale familiale. Il souhaite épouser la fille du banquier local mais n'est pas assez riche pour cela. Alors quand un investisseur lui propose d'ouvrir une usine il ne réfléchit pas deux fois. C'est ainsi qu'il apprendra à devenir un capitaliste et à considérer ses semblables comme des marchandises qu'il utilise pour leur propre bien.

Ce petit manga, le premier pour moi, est intéressant. Ce qui me semble le plus réussit est d'avoir montré comment fonctionne le capitalisme sans utiliser textuellement les théories marxistes. Bien entendu on nous explique comment l'économie fonctionne mais ce sont les personnes qui se révoltent qui expliquent en quoi le système est à la fois injuste et non-fonctionnel. Ainsi, à force de considérer ses employés comme des marchandises Robin se prend à les brutaliser de plus en plus sans état d'âme pour réussir à atteindre un chiffre d'affaires élevé. Il commence aussi à se rendre compte du problème que pose sa manière de réfléchir quand il apprend ce que signifient les investissements dans son usine. En bref c'est une introduction intéressante sans être complète.

  • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

  • Papier toilette.

  • Roman de gare. On apprend beaucoup de choses mais rien de bien compliqués. Le propos est un peu simpliste mais permet tout de même de comprendre le marxisme dans ses bases. Quelqu'un d'intéressé voudra aller plus loin.

  • À lire.

  • Tolkien.

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22/10/2013

La nudité. Pratiques et significations par Christophe Colera

Titre : La nudité. Pratiques et significations1couv_nudite.jpg
Auteur : Christophe Colera
Éditeur : Cygne 2008
Pages : 187

La nudité fait partie de ces objets que l'on n'ose pas trop étudier ni trop mentionner. C'est une forme d'être vue comme fondamentalement privée et l'observer avec un regard scientifique peut être difficile aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur de la discipline. Mais c'est aussi un sujet qui intéresse et qui fait parler de lui. C'est, en tout cas, un sujet qui m'intéresse. C'est la raison du choix de ce petit livre. Christophe Colera y étudie les pratiques et les significations de la nudité dans diverses cultures et civilisations selon un angle d'attaque qui porte sur la construction d'idéaux-types. Mais, avant de s'y lancer, il examine les aspects anatomiques et psychologiques. Ce qui lui permet de remonter à la préhistoire pour expliquer comment la nudité s'est probablement modifiée suite à la marche debout et à la perte des poils. Malheureusement ce chapitre pose aussi quelques problèmes puisque l'auteur y naturalise des comportements masculins et féminins. Ainsi, l'homme nu est vu comme dangereux alors que la femme nu est vue comme une invite qui ressent du plaisir suite à la passivité de sa dénudation par le mâle. Inutile de dire que je pense dangereux de naturaliser un comportement en ne prenant pas en compte l'histoire humaine depuis la préhistoire. De nombreuses cultures sont passées par là.

Dès le chapitre suivant l'auteur examine ses idéaux-types. Il commence par ce qu'il nomme la nudité fonctionnelle. Celle-ci, selon l'auteur, serait une nudité qui aurait lieu dans des endroits précis pour des buts précis. C'est le cas, par exemple, du bain ou du lit dans lesquels la nudité à une fonction d'aide à l'hygiène et à la sexualité. Mais il examine aussi la nudité qui a lieu lors de la mort qui peut avoir un aspect rituel en sortant du monde comme l'on est rentré. Ainsi que la nudité médicale qui est entourée de codes permettant de supprimer la composante érotique du nu. L'auteur y place aussi une nudité de classe qui aurait une fonction d'unification du groupe autours de valeurs communes.

Le second idéal-type est celui de la nudité comme affirmation. Que ce soit de manière politique ou artistique l'auteur y examine des pratiques qui permettent de créer une rupture dans l'ordre. Ces ruptures sont autant créées qu'aidées par la nudité. Par exemple, les manifestations nues des étudiant-e-s du Québec il y a quelque temps permettaient de valoriser le corps faible des étudiant-e-s face à un État fortement répressif. Ce côté politique peut se faire à côté comme être rattrapé par l'art. C'est le cas de certaines œuvres de Spencer Tunick qui peuvent fonctionner selon un idéal politique.

Le troisième idéal-type est celui de la nudité comme humiliation. Nous y trouvons une analyse de la dénudation pour reconstruire un ordre social. En effet, dénuder quelqu'un permet de punir un acte précèdent ou d'empêcher une destruction de l'ordre social (par exemple patriarcal). Ainsi, l'auteur montre le nombre important de dénudations de femmes en Inde dans un contexte de plus en plus revendicatif envers l'égalité. Il est dommage que l'aspect genré de la dénudation ne soit pas vraiment observée par Christophe Colera mais on observe que les femmes sont beaucoup plus humiliées que les hommes par la nudité. En effet, c'est un moyen de briser leur pudeur qui devrait, selon les hommes, être gardées par les femmes. Mais on y trouve aussi la nudité par la justice, que ce soit comme punition ou comme examen de la personne, et de la guerre. Est-il nécessaire de rappeler que le viol est une arme de guerre? La aussi les femmes sont les principales concernées.

Enfin, l'auteur termine sur l'idée de la nudité comme don. Que ce soit un don envers une personne connue ou un don envers un inconnu à l'instar de la pornographie le nu est vu ici comme un don des femmes envers les hommes. En effet, jamais l'auteur ne parle du nu masculin comme don. Mais les exemples cités montrent des femmes qui offrent leur nudité à dieu, aux hommes ou pour l’État.

Que peut-on dire de ce petit livre au final? J'ai apprécié l'effort important de synthèse général des cultures. Synthèse possible car l'auteur crée des idéaux-types qui, bien entendu, ne sont pas réels mais permettent de mieux comprendre le fonctionnement de la nudité. Mais je trouve que Christophe Colera mélange parfois les typologies. Ainsi, je pense que le nudisme des classes moyennes et supérieurs pourrait être considéré non comme une nudité fonctionnelle mais une nudité affirmative d'une capacité de passer outre l'animalité du sexe pour accepter le nu comme normal. L'auteur manque aussi les explications en terme de genre. Nombreux sont les exemples qui auraient mérité un examen sous cet angle qui aurait pu montrer une différenciation de la nudité masculine et de la nudité féminine. Au contraire l'auteur préfère naturaliser le nu féminin comme don et le nu masculin comme guerrier. À mon avis c'est une erreur importante. Cependant ceci n'empêche pas le reste du propos d'être intéressant si on est attentif à ces naturalisations.

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13/09/2013

La distinction entre sexe et genre. Une histoire entre biologie et culture coordonné par Ilana Löwy et Hélène Rouch

Titre : La distinction entre sexe et genre. Une histoire entre biologie et culture2747546012j.jpg
Coordinatrices : Ilana Löwy et Hélène Rouch
Éditeur : L'Harmattan 2003
Pages : 258

Le genre est de plus en plus décrié dans certains milieux. Des personnes pensent que le genre est une théorie qui détruit ce qui serait la nature. Or, la théorie du genre n'existe pas. Le genre est un concept qui décrit la construction culturelle de la signification des sexes et non les sexes biologiques eux-mêmes. Cependant, il est utile de se demander si le sexe précède ou non le genre. Ou, pour mieux le dire, si la manière de considérer le sexe biologique est influencé par la culture.

C'est ce dernier point qui est le thème rassembleur de cette édition des Cahiers du Genre. On y trouve 9 contributions (dont l'introduction) qui concernent aussi bien la sexologie que l'intersexualité. Les différentes contributions montrent de quelle manière le sexe a été défini que ce soit dans son acceptation biologique et culturelle. Par exemple, la recherche sur les hormones a impliqué la mise en place de divisions sexuelles entre elles alors que les différences sont moins importantes qu'on ne le croit. Le cahier permet donc de mettre en place une réflexion importante sur la relation entre sexe et genre que ce soit philosophiquement où dans le cadre de l'histoire des sciences.

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05/09/2013

L'arrangement des sexes par Erving Goffman

Titre : L'arrangement des sexes41GW99Z3Q7L._.jpg
Auteur : Erving Goffman
Éditeur : La Dispute et Cahier du Cedref 2002
Pages : 115

Erving Goffman est l'un de mes sociologues fétiches. J'apprécie sa méthode ainsi que ses terrains d'observations. J'aime aussi les concepts qu'il développe que je trouve très stimulant. Quand j'ai appris qu'il avait écrit un article, traduit en français, sur le genre j'ai tout de suite voulu le lire. Goffman y utilise le concept de genre pour décrire la société qui l'entoure soit bourgeoise et blanche. Il utilise sa méthode de microsociologie pour montrer comment les relations entre personnes permettent de (re)créer des relations différenciées entre les personnes des deux sexes. Ainsi il décrit plusieurs moments de la vie de tout le monde comme les actes de galanterie qu'il décrit comme un moyen pour l'homme de renouveler son caractère de genre mâle face à une femme qui renouvelle son genre féminin. Il montre aussi comment fonctionne la relation de séduction qui permet à une femme d'accepter ou de refuser un homme qui se sent avoir le droit à l'attention des femmes dès qu'elles se trouvent en dehors du foyer.

Bref, cet article est daté. La plupart des relations que Goffman analyse sont maintenant largement connues et décrites dans une littérature abondante. Celle-ci est allée plus loin que le sociologue depuis de nombreuses années et s'est intéressées aux relations entre les phénomènes de dominations. Cependant, faut-il pour autant jeter aux oubliettes les analyses de Goffman? Je ne le pense pas. En effet, l'auteur applique une méthode extrêmement intéressante pour trouver une forme de domination entre des personnes. Plutôt que des enquêtes statistiques l'observation d'un groupe particulier permet de décrire des mécanismes subtils et, parfois, inconnus. Cette méthode est, à mon avis, toujours utile et peut donner des résultats très intéressants.

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12/08/2013

Défaire le genre par Judith Butler

Titre : Défaire le genre
Auteure : Judith Butler
Éditeur : Amsterdam 2012
Pages : 331

Depuis que je connais les études genre j'ai voulu lire du Butler. Après tout son livre Trouble dans le genre est l'une des références de ce champ d'étude. Mais j'ai aussi toujours eu peur d'elle. Ses propos ont la réputation d'être particulièrement obscure et difficile à lire. C'est aussi une auteure particulièrement décriée dans les mouvements masculinistes et antiféministes. Il fallait tout de même que je me lance un jour où l'autre et j'ai décidé de commencer à rebours. En effet, ce livre est, à ma connaissance, l'un des derniers qu'elle ait écrit à ce jour. Selon la quatrième de couverture, ce livre permet d'aller plus loin que Trouble dans le genre dans la pensée de Butler. En effet, depuis que Butler a publié ce dernier un certain nombre d'années ont passé. Défaire le genre permet donc de connaitre les dernières recherches de Butler. Il permet aussi de penser l'altérité du genre en particulier quand on parle de la transsexualité. Qu'est-ce que le genre et comment peut-on le déconstruire pour le recréer et permettre de nouvelles possibilités de vies humaines? C'est, je crois, le principal propos de ce livre.

Qu'est-ce qu'un être humain et qu'est-ce qu'une vie vivable? Ces questions reviennent souvent dans le livre de Butler. Selon elle, le genre permet de catégoriser les personnes entre humains et non-humains. Le non-humain est une personne qui n'est pas incluse dans la catégorie humaine car son genre n'est pas compréhensible. Cette catégorie n'a pas inclut que des lesbiennes, des gays ou des personnes transsexuelles mais, dans l'histoire et actuellement, des migrants, des noirs, des musulmans. L'humain serait inclut dans un certain nombre de droits universels qui dépendent du lieu historique et culturel. Mais les marges existent et mettent en danger ces valeurs universelles en montrant que, justement, l'universel n'inclut pas tout le monde. Selon cette constatation on peut commencer une lutte politique pour être inclut dans la définition d'humain. Mais cette lutte, qui actuellement concerne le mariage pour les gays et lesbiennes en occident, implique une normalisation. Dans le cas de la France, par exemple, le droit au mariage dit pour tous implique que les autres formes de partenariats sont encore plus marginalisées. Butler fait donc le constat qu'une lutte légitime peut très bien marginaliser des individus. Elle fait le même constat en ce qui concerne la transsexualité. Bien que la lutte contre la psychiatrisation de la transsexualité soit légitime elle implique, comme backlash, un non-remboursement des opérations et, donc, une marginalisation des personnes pauvres.

Comme on peut le voir il est difficile pour moi de parler de ce livre et de présenter sa richesse théorique. En effet, celui inclut de nombreux chapitres qui concernent aussi bien la philosophie du féminisme que l'intersexualité. De plus, l'auteure écrit d'une manière particulièrement compliquée et je suis loin d'être certain d'avoir compris tous les propos. S'ajoute à ce constat ma méconnaissance des écrits antérieurs de Butler qui auraient pu me permettre de faire des liens entre ses différents travaux. Quoi qu'il en soit, ce livre m'a beaucoup stimulé et m'a permit de comprendre un grand nombre de choses auxquelles je n'avais pas forcément réfléchit auparavant. Malgré la difficulté la lecture vaut largement la peine.

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09/07/2013

Outsiders. Etudes de sociologie de la déviance par Howard S. Becker

Titre : Outsiders. Etudes de sociologie de la déviancecouv-172.jpg
Auteur : Howard S. Becker
Éditeur : Métailié 1985
Pages : 247

La sociologie de la déviance a pris une importance considérable dans mes études ces deux dernières années et atteint un niveau d'intérêt de ma part comparable aux études genre. J'ai lu pas mal d'ouvrages et d'articles sur le sujet dont ce livre. Mais je l'ai lu comme un étudiant qui prépare un travail à rendre dans deux semaines et qui n'a le temps que de sélectionner. Ce que j'en avais tiré m'a énormément intéressé et m'a ouvert de nouvelles perspectives de compréhension. J'ai donc décidé d'acheter le livre et de le lire tranquillement cet été sans échéances.

Il est tout d'abord nécessaire d'annoncer que ce livre est écrit en 1963. Il analyse donc des situations qui peuvent avoir changé profondément. Ce qui ne veut pas dire que la méthode engagée n'est pas valable bien au contraire. Becker, sociologue américain encore vivant à ce jour, y examine la déviance selon une approche radicalement différente de celle qui était courante dans la sociologie américaine de l'époque. Au lieu de postuler d'une spécificité des déviants ou d'une naturalité des normes il tente de comprendre l'entier du processus qui conduit à considérer une activité comme déviante et à la punir. Ce qui implique que Becker tente non seulement de comprendre les déviances illégales, l'usage du cannabis, que les déviances légales, les musiciens de jazz, ou encore la manière dont on construit et met en place des normes. Le livre est donc construit selon ce schéma et permet de mettre en place une analyse que Becker nomme interactionniste car elle prend en compte les interactions sociales entre tous les acteurs sociaux.

Ce livre fut l'un des symboles de ce qui a été nommé le labeling. Ceci concernait des études qui tentaient de comprendre la mise en place d'une déviance et d'une identité déviante dans le monde social. Ce qui permet d'étudier aussi bien les fumeurs de cannabis que les gardiens de prisons ou les lobbys de moralité. Il a eu une importance considérable car non seulement il ouvrait, avec d'autres, de nouvelles perspectives mais il est aussi écrit de manière claire et simple. Cette caractéristique est rafraîchissante quand on est habitué à lire Bourdieu qui, lui, écrivait de manière particulièrement compliquée. Comme je m'y attendais j'ai beaucoup apprécié ce livre dont le sujet est non seulement intéressant mais toujours d'actualité. Un nombre considérable de politiciens et de journalistes gagneraient à sa lecture que, de toute manière, je conseille chaudement.

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16/04/2013

Boys don't cry! Les coûts de la domination masculine sous la direction de Delphine Dulong, Christine Guionnet et Erik Neveu

Titre : Boys don't cry! Les coûts de la domination masculine1332768665.jpg
Directeur : Delphine Dulong, Christine Guionnet et Erik Neveu
Éditeur : Presses Universitaires de Rennes 2012
Pages : 330

Les livres qui examinent la question de la domination masculine sont nombreux sur des cas très divers. Nous avons une bonne vision de la manière dont la domination patriarcale fonctionne et continue de fonctionner malgré les réussites des luttes féministes. Nous en savons beaucoup moins sur la force de la domination des hommes sur les hommes eux-même et ce pour diverses raisons politiques et institutionnelles. Ce livre tente de faire un bilan des connaissances actuelles et de proposer une piste possible de recherche pour examiner de manière scientifique les problèmes que pose le patriarcat pour les hommes même grâce aux contributions de nombreux chercheurs. Le livre est divisé en trois parties dont chacune se concentrent sur un aspect particulier du problème.

La première partie regroupe quatre contributions. Trois de ses contributions examinent l'usage militant du concept de coûts de la masculinité pour les mouvements masculinistes. Ces mouvements, comme il est écrit dans les diverses contributions, forment une réaction importante contre les féministes qu'ils accusent d'avoir renversé le patriarcat et d'avoir mis en place un matriarcat. Alors qu'Anne Verjus démontre les différences entre les discours féministes et masculinistes sur les coûts de la masculinité Franci Dupuis-Déri parle des problèmes de crises de la masculinité. Les hommes seraient, en effet, en manque de repères masculins et perdraient, de ce fait, leurs caractéristiques et leurs chances. Cependant, Francis Depuis-Déri démontre que ces crises ont toujours existé dès qu’un mouvement mettait en cause les privilèges des mâles. La contribution de Béatrice Damian-Gaillard est différente puisqu'elle examine la manière dont une collection de roman décrit le mâle idéal pour séduire une femme. Cette analyse se base sur de nombreux romans de la même collection et permet de mettre en lumière une vision très particulière des hommes qui peuvent séduire des femmes (blanc souvent plus vieux et de classe sociale plus élevée).

La seconde partie m'a semblé moins intéressante. Les directrices et le directeur y publient des article squi ont fait date dans les recherches anglo-saxonne. Ces articles permettent de poser les concepts et appareils théoriques utilisés dans le cadre de ce livre et de montrer leur pertinence pour la recherche sur les masculinités. Le travail de Caroline New est particulièrement utilisé.

La dernière partie utilise les concepts présentés auparavant dans le cadre de recherches spécifiques qui permettent d'illustrer leur usage scientifique tout en montrant certains caractères particulier de la domination masculine sur les hommes eux-même. La première contribution illustre l'importance de faire homme aux Antilles française en multipliant le nombre de maîtresses tout en acceptant les conséquences que cela implique. La seconde contribution examine l'importance de faire homme pour des homosexuels venant de milieux ruraux. L'auteur y examine deux contextes différents en mettant en parallèle les États-Unis et la France. Cependant, l'importance de la virilité, même si elle n'est pas facilement définissable, est présente dans les deux pays. La troisième contribution examine l'importance de l'alcool dans les identités de genre masculine et féminine. L'auteur y montre qu'il existe une relation différente à l'alcool selon qu'on soit homme ou femme. Au début du siècle la femme doit être abstinent, pure, l'homme doit pouvoir résister à l'ivresse. Mais ces injonctions se sont inversées. a consommation est devenue preuve d'émancipation pour les femmes alors que l'homme doit démontrer une consommation mesurée et maîtrisée. La dernière contribution examine la différence d'usage de la médecine dans le cadre du travail par les hommes et les femmes. On y observe que les hommes se médicalisent beaucoup moins que les femmes même en cas d'accident du travail.

En conclusion j'ai trouvé ce livre très intéressant. Il examine un problème qui est souvent invoqué par des groupes anti-féministes parfois violents. La tentative de scientifiser les coûts de la masculinité et donc la bienvenue et permet d'observer de manière concrète la domination des hommes par les hommes. Cependant, il est nécessaire, et les auteur-e-s en sont conscient-e-s, de ne pas oublier un aspect fondamental de la domination masculine. Cette dernière peut, en effet, être considérée comme un coût sur les hommes par les injonctions à suivre un rôle parfois difficile à assumer. Mais la domination masculine se porte d'abord sur les femmes. Il faut donc être conscient que les coûts ne sont ni symétrique ni équivalents entre les hommes et les femmes. C'est justement parce que certains hommes considèrent être dominés de manière symétrique et équivalente qu'ils sont passés d'une vision pro-féministe à une vision masculiniste. Au contraire de ce qu'annoncent les masculinistes les féministes n'ont pas vaincus le patriarcat. La domination masculine est encore forte et très prégnante. Dans ce cadre il peut être utile pour des anti-sexistes d'examiner les coûts de la masculinités pour les hommes. Mais celui-ci doit s'accompagner de précautions méthodologiques équivalentes aux autres recherches.

Image: Site de l'éditeur

27/12/2012

Les damnées de la caisse. Grève dans un hypermarché par Marlène Benquet

Titre : Les damnées de la caisse. Grève dans un hypermarchécouv_2461.jpg
Auteur : Marlène Benquet
Éditeur : Éditions du croquant 2011
Pages : 238

J'ai terminé ce livre il y a une semaine mais les fêtes m'ont empêché d'en parler avant. Ce livre est issu d'un travail de recherche en observation participante de Marlène Benquet. Ceci implique que outre des observations et des entretiens l'auteure a été engagée comme caissière durant sa recherche. Ce qui permet de comprendre de manière intime le fonctionnement de ce qui est observé. Je pense que l'on peut diviser le livre est en trois parties.

La première partie, la plus courte, concerne principalement l'introduction du sujet de recherche. L'auteure y développe les théories qu'elle a utilisé ainsi que l'état de la littérature sur les emplois précaires et les possibilités militantes dans ce type d'emploi. Elle montre que la grève qui a eu lieu dans cet hypermarché était pour le moins inattendue. Alors comment a-t-elle pu se former? Cette grève s'est développée suite à une journée nationale d'arrêt du travail qui avait deux buts. Premièrement il fallait que les syndicats montrent leur force et leur capacité de mobilisation ensuite les syndicats devaient montrer leur capacité d'action coordonnée aux employé-e-s. Mais un hypermarché a décidé de continuer malgré l'avis des principaux syndicats.

La seconde partie reprend, en gros, les chapitres 1 et 2. Ces deux chapitres permettent de mieux comprendre le métier de caissière. L'observation participante y est précieuse puisqu'il existe un certain nombre de règle non écrites et de difficultés. La caisse est un poste particulièrement visible. Les employées sont soumises à l'observation de leurs collèges, des clients et des chef-e-s. Cette visibilité empêche les employées de s'accorder quelques moments de détentes cachées. Mais c'est aussi un poste qui ne mène à aucune reconnaissance de capacités professionnelles. Les employées n'ont aucune possibilité d'avancement ni de reconnaissances. C'est aussi un poste particulièrement stressant et soumis à l'arbitraire. En effet, les épisodes de clients mécontents d'une procédure réglementée mais qui sont systématiquement défendus par la direction sont nombreux. Il est donc quasiment impossible de bien faire puisque suivre le règlement mène a autant de risques que de ne pas le suivre.

La dernière partie essaie de comprendre et de décrire la grève qui a eu lieu dans cet hypermarché. Pourquoi une seule succursale a-t-elle continué la grève et pourquoi celle-ci? L'auteure observe différents facteurs. Tout d'abord l'hypermarché a changé de propriétaire et donc de statut. Ce qui a permit l'éclosion d'un discours sur une époque dorée de respect et de possibilité de carrière. Ensuite les employé-e-s dénoncent l'attitude d'un gérant très distant et froid face à un gérant précédent beaucoup plus proche de ses employé-e-s. Mais il y a aussi l'aide, d'abord, des syndicats qui ont décidé de soutenir l'action malgré ses faibles chances de succès. Ces syndicats abandonneront les grévistes vers la moitié de la grève.

J'ai apprécié lire ce livre et comprendre cette grève. L'auteur réussit à nous mettre dans la peau d'une caissière tout en n'abandonnant aucun standards scientifiques. Bien que cette recherche ne soit pas forcément directement transposable à un autre cas elle permet de mieux comprendre le fonctionnement du militantisme dans les emplois précaires. L'auteure montre que ce dernier est tout a fait possible et qu'il pourrait même se développer malgré les dangers pour les employé-e-s. L'auteure semble aussi montrer un début de changement dans les relations professionnelles de l'hypermarché gréviste. Il serait intéressant, à mon avis, d'y retourner après un certains temps pour voir si ces changements ont perduré.

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16/12/2012

Le scandale des "tournantes". Dérives médiatiques, contre-enquête sociologique par Laurent Mucchielli

Titre : Le scandale des "tournantes". Dérives médiatiques, contre-enquête sociologique9782707145420.gif
Auteur : Laurent Mucchielli
Éditeur : La Découverte 2005
Pages : 124

Ceci est le second livre de combat de la part de cet auteur que je lis. Pourquoi je parle de livre de combat? Parce qu'ils ont comme but de critiquer et de mettre à mal un certain nombre de discours médiatiques et politiques à l'aide de la sociologie et, plus précisément, la sociologie du pénal. Le premier parlait des banlieues suite à des émeutes celui-ci parle d'un scandale qui pris une force considérable dans les médias en 2001: les tournantes.

Laurent Mucchielli construit son livre en quatre temps. Le premier est l'occasion de revenir sur les événements en analysant leur force médiatique et l'origine. L'un des premiers constat est que le scandale s'accroche à l'époque de 2001 tout en se basant sur un livre biographique qui parle d’événements des années 1980. Le second constat montre que les médias ont parlé de manière forte des viols en réunions alors que ce sujet était, auparavant, peu développé dans les pages faits-divers. En une période courte de temps les journalistes et les politiciens mettent en place un discours massif sur les viols dans les banlieues considérés comme un avatar de la jeunesse masculine maghrébine violente en France.

Les deux autres chapitres sont considérés comme des contre-enquêtes. Laurent Mucchielli y développe une enquête historique et sociologique sur les viols en groupes. Cette enquête lui permet de démontrer plusieurs faits. Tout d'abord, ce type de crimes n'est pas nouveau. Lors des années 60 il y avait déjà eu un scandale médiatique mais concernant, cette fois, des français blancs et chrétiens en bande. Ensuite, les viols en groupes ne semblent pas avoir augmenté et même semblent avoir baissé depuis les années 60. Ce qui mène l'auteur à tenter de comprendre le viol en réunion non dans une perspective culturaliste mais socio-économique qui permettrait de relier le scandale des années 60 à celui de 2001. Laurent Mucchielli démontre que les caractéristiques socio-économiques des violeurs sont très proches et donc considère que l'origine n'est pas explicative.

Le dernier chapitre permet à l'auteur d'expliquer la raison du succès d'un discours contre les jeunes maghrébins des banlieues. Il montre un lien entre une nouvelle forme de racisme et un rejet de plus en plus fort des enfants des immigrants. Dans un contexte ou les banlieues sont de plus en plus abandonnées ces enfants tentent de trouver une définition de soi positive. A coté d'une pénalisation de ces actes particulièrement graves l'auteur propose donc la mise en place de politiques publiques sociales.

J'ai apprécié lire ce très court livre par un auteur que j'aime consulter et suivre. Cependant, les arguments de l'auteur souffrent d'un développement très résumé. Une grande partie de ce que dit Laurent Mucchielli est un résumé de recherches antérieures de sa part ou de la part d'autres auteurs. Ce point s'explique par le but du livre. Ce n'est pas une recherche en sociologie mais un une enquête sur un scandale qui utilise un état de la recherche à l'époque dans ses arguments. Le livre est donc utile pour mettre en doute un certain discours mais peut frustrer certaines personnes qui souhaitaient en savoir plus.

Image: Éditeur

12:20 Écrit par Hassan dans contemporain, sociologie | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : banlieue, viol, maghrébin, france, islam | | | |  Facebook