école

  • Después de Lucía

    J'ai vu deux films au cinéma hier soir. J'avais peur que les deux ne disparaissent des écrans aujourd'hui je n'ai donc rien voulu manquer. Je vais commencer par parler du premier et du plus déprimant, de loin, des deux. Ce qui veut dire que ma promesse de regarder un film un peu plus guilleret après le dernier Tarantino a été trahie...

    Después de Lucía se passe après la mort de Lucía mère de l'adolescente,  Alejandra, dont le film parle. Le père, Roberto, semble avoir beaucoup moins résisté à la mort de sa femme. Pour éviter la douleur des souvenirs il décide de déménager et de tout abandonner derrière lui. C'est donc un nouveau lycée et une nouvelle pour sa fille ainsi qu'un nouveau restaurant pour le père. Tout semble plutôt bien aller malgré la tristesse du père qui n'arrive même pas à soutenir une conversation sur le mariage prochain d'un couple. Mais pour la fille tout va vraiment bien. Le lycée ne pose aucun problèmes et des amitiés se forment très rapidement. Mais un séjour entre amis durant un week-end va tout changer. Bourrée et attirée par un garçon du groupe elle décide d'aller jusqu'au bout. Mais ces ébats sont filmés par le portable du garçon et les images se retrouvent, on ne sait trop comment, sur internet. Alejandra connaît ensuite une descente aux enfers qu'elle n'arrive pas à stopper, qu'elle n'ose pas stopper, et personne ne s'en rend compte...

    Depuis quelques années les médias font comme si le harcèlement scolaire était une nouveauté née avec internet. C'est faux, la seule différence avec le passé c'est que les images circulent plus facilement et plus rapidement. Mais le harcèlement scolaire existe depuis que l'école existe. Peut-être que d'autres pratiques et d'autres noms ont été donné. Ce n'est en tout cas pas neuf seulement différent car les technologies sont différentes. Ce film essaie de montrer une descente aux enfers. Il a fallu peu de choses pour que cela arrive. La peur d'Alejandra après avoir agi en suivant son cœur. Mais la honte n'est que sienne car elle est une femme. Alors que le garçon, tout aussi filmé, est probablement mis sur un piédestal Alejandra devient une pute. Le double standard du sexe a encore frappé... On peut se poser une question: pourquoi Alejandra ne parle pas? Pourquoi personne ne voit-il rien? La honte, et l'envie de protéger son père, peuvent répondre. Il est rare que des adultes se rendent compte du harcèlement scolaire. La plupart du temps tout reste caché jusqu'à un événement particulier comme dans ce film. Mais pour ces rares cas connus il y en a encore beaucoup d'autres qui n'auront jamais été identifié. Ce film a le mérite de parler de ce phénomène ancien mais est-ce assez?

    Image: Allociné

    Site officiel

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  • le Panoptique par Jeremy Bentham: Une vision d'horreur

    Titre: le Panoptique9782842056872-G.jpg
    Auteurs: Jeremy Bentham
    Éditeur: Belfond 1977
    Pages: 221

    Je souhaitais lire cet ouvrage depuis longtemps. En effet, je suis tombé sur le concept de panoptique a plusieurs reprise mais je n'ai jamais lu le livre qui a décrit en premier ce qui était un modèle d'architecture et qui est devenu un modèle de société. C'est donc avec un grand intérêt que je me suis attelé à cette lecture. Mais tout d'abord il serait bon de décrire, exactement, ce qu'est cet ouvrage. Le Panoptique a été écrit par Jeremy Bentham en 1786. Il est composé de trois parties. La première est une série de lettres fictives écrites depuis la Russie. La seconde et la troisième sont des postfaces qui réexaminent ou qui précisent certains points. La première version française a été commandé par l'Assemblée Nationale en 1791. Elle est plus un résumé qu'une traduction de l'ouvrage original. Le livre que j'ai consulté contient cette version française suivie de la première partie du Panoptique traduite pour la première fois. On peut les lire en parallèle puisque les textes ne sont pas semblables. Ce livre est aussi précédé d'un entretien particulièrement intéressant avec Michel Foucault qui nous permet de mieux comprendre le texte de Bentham et ses conséquences sociales. Il est aussi suivi d'une postface de Michelle Perrot qui nous offre une remise en perspective historique de la vie de Bentham ainsi que de la vie de l'idée de panoptique.

    Jeremy Bentham voulait, en premier lieu, offrir un mode architectural permettant de construire une prison parfaite. Pour éviter les problèmes des prisons classiques (immoralité, maladies, oisivetés, écoles du crime) Bentham proposait plusieurs mesures. Celles-ci découlent toutes de son principe architectural. En effet, l'idée de Bentham est de construire une prison circulaire avec des cellules transparentes. Un second cercle intérieur trouverait, en son centre, une tour dans laquelle logerait l'administrateur de la prison. Celui-ci, depuis ses appartements, serait capable de surveiller tous les détenus. Une telle capacité de surveillance due à la transparence des actes ne pouvait, selon Bentham et j'incline à être d'accord, qu'empêcher l'idée même d'accomplir des délits à l'intérieur de la prison. Mais l'architecture ne suffit pas et Bentham a d'autres idées sur les prisons. Par exemple, il considère que les prisonniers ne doivent manger que très frugalement des aliments peu ragoûtant pour éviter d'être mieux traités que les plus pauvres. Il pense, surtout et c'est cohérent avec son libéralisme, que les prisons doivent être administrée par des privés qui auraient le droit d'utiliser la force de travail des prisonniers - d'ailleurs le travail est un moyen de redressement moral pour Bentham et d'autres - pour faire du profit. Son idée est que les privés, ayant un intérêt dans l'administration, seront plus compétent que le pouvoir public.

    Mais que penser exactement de ce programme? Personnellement il m'effraie. Il suffit d'imaginer les conséquences d'un tel modèle que, d'ailleurs, Bentham voulait généraliser à d'autres institutions que la prison. En effet, le caractère principal du panoptique est de créer un ordre basé sur la transparence des individus face au pouvoir. Cette transparence implique, selon les propres mots de Bentham, que les individus n'oseraient même pas penser à commettre des actes illégaux et/ou immoraux. Autrement dit, l'intégration d'une surveillance constante et d'une vie éternellement soumise à la vision supérieure de l'autorité mènerait l'humanité à ne plus pouvoir mettre en cause l'ordre établi. Nous sommes donc dans un monde tyrannique dans lequel personne n'oserait remettre en cause les inégalités ou les illogismes de la loi. Nous serions devant l'une des plus puissantes tyrannies: celle de la transparence totale de l'individu que nous pouvons lire dans ce magnifique livre qu'est 1984 écrit par Orwell.

    Mais vous pourriez me demander la raison pour laquelle on fait tant de cas de ce livre? Il se trouve que le concept de panoptique est particulièrement bien adapté pour comprendre une partie du fonctionnement de notre société. En effet, nous nous trouvons dans une société qui met de plus en plus en exergue la nécessité de surveillance. Celle-ci est justifiée par le besoin de sécurité des citoyens. Depuis quelques années, mais le processus est plus profond historiquement parlant, des lois et des technologies ont été développées pour sécuriser les citoyens. Mais celles-ci impliquent une transparence de plus en plus importantes des individus face à l'autorité. Dans le même temps, nous avons connu un développement tout aussi important sur Internet. En effet, quand on écoute les discours des possesseurs de Facebook, Google ou d'autres grandes entreprises on se rend compte que ces personnes ne croient pas en la vie privée. Pour eux, l'individu qui décide d'entrer sur Internet doit être identifiable, identifié et suivi. Nous ne nous trouvons pas dans une prison. Mais il est indéniable que le concept de panoptique permet de mieux comprendre et de décrire la société dans laquelle nous nous enfonçons. Une société dans laquelle il devient de plus en plus difficile d'avoir droit à une vie privée face à l'état et aux entreprises. Mais il faut nous souvenir de ce que Bentham disait: la transparence des individus implique l'incapacité de mettre en cause les lois ou d'agir contre elles. La question que je pose est donc la suivante: la démocratie peut-elle survivre quand ses citoyens ne peuvent plus contester l'ordre établi?

    Image: Édition Mille et une nuit de 2002