04/04/2010

A qui appartient la culture?

Tous les médiévistes vous le diront: la culture n'appartient pas à l'être humain. En effet, durant la période médiévale, la culture n'était pas un bien que l'homme possédait. Les arts faisaient partie du monde de Dieu et, Dieu en étant le créateur, ne pouvaient pas être revendiqué par une seule personne. Bien sur, cela n'empêcha pas une production prolifique et le patronage de ce que nous nommons aujourd'hui des artistes. Bien au contraire, le moyen âge nous a offert de grandes œuvres qui restent encore aujourd'hui dans notre imaginaire collectif. En ne citant que les plus connus il est facile de parler de l'histoire de Tristan et Iseult et des légendes du roi Arthur. Mais le moyen âge ne nous pas légué que des écrits. Nous gardons aussi une philosophie et des monuments.

Tout ceci ne répond pas à la question que j'ai posé et, surtout, n'explique pas pourquoi j'ai décidé d'écrire cette note. Qu'on le sache ou non plusieurs pays occidentaux sont en train de négocier le cadre d'un accord secret, nommé ACTA, restreignant fortement le droit des consommateurs. Je passe sur le caractère non-démocratique de cet accord: le secret lui-même dans un cadre institutionnel (et je souligne) n'est pas démocratique. Pourquoi donc les consommateurs sont ils toujours attaqués?

On pourrait me rétorquer qu'on ne l'est pas: c'est faux. Depuis plusieurs années le consommateur de culture a été considéré, de plus en plus, non comme un citoyen mais comme un voleur en puissance. A tel point que, maintenant, n'importe quel acheteur de matériel d'écoute doit payer, en plus du prix, une taxe reversée ensuite comme droits d'auteur. En tant que consommateur nous sommes donc des pirates a priori. En plus, chaque achats de matériels d'écoute implique le paiement de cette taxe même si la majorité des personnes acquièrent leurs biens culturels de manière légale. Les consommateurs sont non seulement considéré comme voleurs a priori mais, en plus, surtaxés. Et je ne parle pas ici des autres dangers qui peuvent concerner le prêt de biens culturels. En effet, de plus en plus, il devient difficile de vouloir prêter à un ami des CD ou DVD. Les bibliothèques ont bien compris le danger puisque leur fonctionnement se base sur le prêt. C'est à tel point que je me demande si je ne suis pas hors du cadre légal lorsque je regarde un DVD avec une amie! Un ami n'est, en effet, pas inclus dans le cadre privé de la famille.

Bref, à qui appartient la culture? Tout artiste devrait le savoir et tous les scientifiques aussi. La culture est, par définition, un bien de l'humanité. Le seul moyen pour un homme de garder le contrôle d'un bien culturel qu'il a créé est de ne pas le communiquer. Car, dès que vous communiquez vos œuvres, vous l'offrez à des personnes qui vont l'observer et le considérer avec leurs propres yeux. Ils vont le ressentir d'une façon ou d'une autre que vous n'aurez, peut être, pas attendus. Votre bien peut même devenir constitutif d'une identité collective comme la tour Eiffel l'est pour la France. Un bien culturel, par définition, ne peut pas être restreint par les droits de la propriété sans détruire, en grande partie, la force symbolique de ce même bien. Les voleurs ne sont donc pas ceux que l'on croit.

10:02 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : culture, contrôle, acta | | | |  Facebook