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  • La guerre du Sonderbund. La Suisse de 1847 par Pierre du Bois

    Titre : La guerre du Sonderbund. La Suisse de 1847
    Auteur : Pierre du Bois
    Éditeur : Alphil 2018
    Pages : 160

    La Confédération Suisse a aussi connu une guerre civile. Elle a eu lieu en entre 1847 et 1848. Sa conclusion fut rapide, à peine 1 mois pour une centaine de morts, mais ses effets et ses causes furent majeurs sur la constitution de la Suisse moderne, constitution qui fut débloquée après la guerre malgré les craintes et menaces des puissances européennes. L'histoire globale est connue. On peut même l'avoir suivie à l'école. Mais qu'en est-il des raisons profondes d'une crise qui a divisé durablement le pays même après une guerre qui ne fit que peu de morts ?

    Dans ce petit livre, Pierre du Bois examine les causes, les événements et les effets d'une guerre qui déchaina les passions dans toute l'Europe. Il commence par expliquer le contexte général. Bien que la Confédération fonctionne sous un texte fondamental accepté par les puissances européennes, le pacte fédéral de 1815, celui-ci n'est pas apprécié par une partie de la population. Celle-ci, entrainée par un mouvement radical, essaie de défendre des idées provenant des Lumières et de la Révolution française. Face à eux, les cantons plus conservateurs essaient de garder en vie le fonctionnement de l'ancien régime, soutenu en cela par les puissances européennes.

    Cette division politique se double d'une division religieuse lorsque radicaux et conservateurs se heurtent face à l'arrivée des jésuites en Suisse et en ce qui concerne l'état des couvents. Là où les conservateurs invitent les jésuites les radicaux y voient un danger pour le pays, danger provenant de Rome. Loin de ne rester qu'orales, les crises deviennent tangibles alors que des corps francs sont mis en marche pour s'attaquer à certains cantons.

    Les crises sont nombreuses et l'auteur nous les explicite avant de décrire, pratiquement au jours le jours, la guerre du Sonderbund. Celle-ci, dont le nom provient du pacte de défense secret entre 7 cantons catholiques. Bien que la crise devienne de plus en plus importante, il faut un certain temps avant que les confédérés ne réussissent à demander la dissolution de l'alliance des 7 et, en l'absence d'accord, d'agir au niveau militaire. Là aussi, il faut du temps pour décider qui sera à la tête de l'armée fédérale et comment agir. Le général Dufour choisira de s'attaquer à chacun des cantons l'un après l'autre. Le général réussit à vaincre le canton de Fribourg sans combats avant de se diriger vers le centre de la Suisse. Bien qu'il soit obligé d'y combattre, il réussit à recevoir la capitulation de Lucerne puis d'Uri. Le Valais ne capitule que le 1er décembre, là aussi sans combats.

    Une guerre civile a des conséquences. Outre la capacité de créer une véritable constitution et donc la mise en place de nouvelles institutions civiles, les autorités des cantons vaincus sont renversées et leurs constitutions modifiées. Dans tous les cas, ce sont des radicaux qui prennent le pouvoir et qui décident de supprimer toutes traces de l'Ancien Régime. De plus, ces cantons doivent prendre en charge les coûts de la guerre tandis que des poursuites en justice ont lieu contre certaines personnes. Les puissances européennes tentent d'agir mais sont prises de court par la vitesse de la guerre et des mouvements révolutionnaires dans chacun de leurs pays. Malgré une guerre peu violente, des vainqueurs qui évitent de prendre revanche et une constitution équilibrée, les divisions dureront longtemps.

    En conclusion, ce petit livre intéressera toutes personnes qui souhaitent en savoir plus sur l'époque du Sonderbund. L'auteur réussit à montrer les erreurs des deux camps et à décrire la cascade d'événements qui conduit presque fatalement à une confrontation armée. Bien qu'il ne s'intéresse pas spécifiquement au reste de l'Europe, il mentionne tout de même l'intérêt des puissances européennes envers la Suisse. Le livre de Cédric Humair, La Suisse et les puissances européenne, sera un bon moyen de mieux connaitre cet aspect.

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  • Un quotidien sous contrainte De l’internement à la libération. Commission indépendante d'expert-e-s internements administratifs 8 par Loretta Seglias, Kevin Heiniger,Vanessa Bignasca, Mirjam Häsler Kristmann, Alix Heiniger, Deborah Morat et Noemi Dissler

    Titre : Un quotidien sous contrainte De l’internement à la libération. Commission indépendante d'expert-e-s internements administratifs 8
    Auteur-e-s : Loretta Seglias, Kevin Heiniger, Vanessa Bignasca, Mirjam Häsler Kristmann, Alix Heiniger, Deborah Morat et Noemi Dissler
    Éditeur : Alphil 2019
    Pages : 767

    Après plusieurs volumes consacrés aux différents aspects de l'internement administratif ce dernier volume de recherche - le prochain est une édition de sources commentées tandis que le dernier est le rapport destiné aux autorités fédérales - s'intéresse spécifiquement aux différents établissements qui ont acceptés des interné-e-s sous le régime administratif. Les auteur-e-s prennent l'exemple de 5 établissements dans les cantons de Fribourg, Berne, Zurich et le Tessin. Ce gros livre est divisé en un grand nombre de chapitres, suivis d'annexes, mais on peut le diviser en deux grosses parties, que nous allons présenter sans pour autant prétendre à l'exhaustivité.

    La première partie concerne la création des établissements. Elle est constituée d'un historique qui permet de comprendre les buts initiaux des autorités lors de la construction des différentes prisons. Bellechasse, par exemple, devait permettre la mise en valeur d'un large terrain agricole. Les auteur-e-s y examinent non seulement les idées derrière la construction mais aussi l'architecture précise. Cela permet de mettre en avant certaines caractéristiques, par exemple le fait d'être proche d'autres établissements ou de fabriques.

    Une seconde partie s'intéresse plus précisément aux conditions de vies à l'intérieur des établissements. Il faut noter que les auteur-e-s s'intéressent aussi aux gardien-ne-s. Même si les directeurs vivent assez bien les gardien-ne-s doivent longtemps accepter des conditions de vie proche de l'armée et du quotidien des personnes internées. La nourriture est de basse qualité, le travail est difficile sans vacances et la vie de famille presque impossible puisque les employé-e-s doivent vivre à l'intérieur des prisons, en tout cas en ce qui concerne Bellechasse. Ce n'est qu'après la Deuxième guerre mondiale que les conditions de travail s'améliorent quelque peu.

    Mais le gros du volume concerne les conditions connues par les personnes internées. Les auteur-e-s prennent en compte aussi bien le travail, la santé, la sexualité ou encore les violences subies. Pour ce dernier point, le volume permet de mettre en avant des actes de violences physiques qui confinent à la torture. Ces actes ont pour seuls buts de soumettre les personnes internées, sans avoir commis de crimes, à l'autorité des gardien-ne-s. Les auteur-e-s essaient d'expliquer ces actes de violences par le manque de formation concernant la gestion d'une population enfermée et l'exemple de personnes plus élevées en termes de grades.

    La nourriture est longuement examinée. C'est une revendication importante des gardien-ne-s et des interné-e-s. Elle est modeste, constituée souvent de la production interne lorsque l'établissement possède des champs. Ce sont les invendus ou les déchets. Les médecins et autorités ne considèrent pas cette nourriture comme mauvaise bien qu'elle ne soit pas adéquate pour un travail important. Cependant, ces mêmes médecins notent que les interné-e-s n'hésitent pas, parfois, à manger des animaux trouvés dans les champs. Loin de remettre en cause les portions de nourritures ces actes sont mis sur le compte de problèmes psychologiques personnels. Tandis que les portions peu ragoutantes permettent de suivre l'idée que les personnes emprisonnées doivent vivre moins bien que les personnes libres les plus pauvres.

    Le travail est aussi largement examiné puisque celui-ci est vu comme un moyen de réadaptation, de preuve de la réussite de l'internement et de préparation à la sortie. Le travail est souvent monotone car ce sont des emplois peu rémunérés et peu formateurs qui sont proposés. La rémunération n'est d'ailleurs pas un salaire mas un pécule qui permet d'éduquer à la prévoyance et qui ne donne pas forcément des droits à l'AVS. Le travail est au centre de la vie interne puisqu'une personne qui accepte de travailler est vue plus favorablement et pourrait sortir plus facilement, suivant en cela l'idée du travail comme moyen de rééducation à la vie dites normales en dehors de l'établissement. Mais celui-ci est aussi un moyen d'éviter des coûts importants pour les cantons. En effet, les directeurs utilisent les interné-e-s afin de créer des biens et de les vendre à l'extérieur, quand la production n'est pas directement utilisée à l'interne. Bien entendu, se pose la question de la concurrence avec des producteurs qui utilisent des employé-e-s libres. En effet, les personnes interné-e-s n'ont pas de véritables salaires, ne sont pas soumis aux cotisations sociales et ne sont pas protégées par le droit du travail. Cependant, cette question n'est jamais examinée sérieusement par les directeurs.

    Je n'ai fait que mettre en avant quelques aspects. Ce volume est le plus gros de ceux actuellement édités. L'examen de la vie quotidienne est très complet et permet de mieux comprendre les conditions de vie et leurs effets sur les personnes qui ont été internées et leur vie en dehors des prisons. Il faut noter le pouvoir important de la direction sur les possibilités de sortie, puisque les personnes internées sous régime administratif ne le sont pas toujours avec une date de sortie précise mais peuvent dépendre du choix des autorités.

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  • Ordre, morale et contrainte Internements administratifs et pratique des autorités. CIE internement administratif 7 par Rahel Bühler, Sara Galle, Flavia Grossmann, Matthieu Lavoyer, Michael Mülli, Emmanuel Neuhaus et Nadja Ramsauer

    Titre : Ordre, morale et contrainte Internements administratifs et pratique des autorités. Commission Indépendante d'Expert-e-s internement administratif 7
    Auteur-e-s : Rahel Bühler, Sara Galle, Flavia Grossmann, Matthieu Lavoyer, Michael Mülli, Emmanuel Neuhaus et Nadja Ramsauer
    Éditeur : Alphil 2019
    Pages : 591

    Après plusieurs tomes consacrés aux témoins, au quantitatif et aux égo-documents ce volume 7 s'intéresse au fonctionnement précis des procédures qui permettent d'interner administrativement une personne. Les auteur-e-s ne s'intéressent donc pas spécifiquement à la création des lois, déjà examinée, mais aux procédures et à l'usage plus ou moins légal de celles-ci. Cela conduit les auteur-e-s à se demander si les processus des différents cantons impliquent des procédures plus respectueuses, ou non, des droits fondamentaux des personnes. Pour répondre à cette question plusieurs exemples cantonaux sont analysés : Zurich, Schwitz, Fribourg et Vaud.

    Les exemples permettent de mettre en avant plusieurs types de cantons (langues et urbanisation) ce qui permet de faire une analyse comparative entre eux. La lecture du volume permet de comprendre qu'il existe une différence importante dans la pratique. Les cantons plus pauvres, comme Fribourg, ont tendant à user d'agents peu nombreux. Fribourg, par exemple, donne les pouvoirs d'enquête et de décision aux préfets. Bien que cela soit défendu par la connaissance du terrain et la nécessité d'éviter une attente trop longue au sein de la justice normale, ces procédures sont régulièrement dénoncées. Il ne faut pas oublier la place qu'avait la préfecture au sein de la République chrétienne. Les préfets reçoivent leur poste en remerciement de leur soutien au parti majoritaire et sont donc soumis au Conseil d'état. En ce qui concerne Zurich et Vaud les deux cantons utilisent des procédures plus professionnelles. Vaud, en particulier, offre le seul exemple de commissions annexes chargées de statuer sur les cas. Cependant, il ne faut pas sous-estimer les liens avec le pouvoir politique ni surestimer la volonté de contrôle du Conseil d'état, parfois instance de recours.

    Cependant, ces différences ne sont pas suffisantes pour impacter la capacité de défense de la part des personnes internées. Certes, Zurich et Vaud ont des procédures de défense. Contrairement à Fribourg et Schwitz. Mais les recours sont très compliqués. Les gouvernements cantonaux jouent de la différence entre procédures judiciaires et administratives afin de bloquer l'accès aux moyens de défenses. Ainsi, les personnes internées ne sont pas forcément mises au courant de leurs droits de recours. Si elles tentent un recours, les dossiers constitués sur elleux ne sont pas forcément communiqués, ou communiqués seulement en partie. Un exemple précis, sur Vaud, montre que les tentatives de recours et d'usage du droit sont utilisés par les experts psychiatriques pour justifier les besoins de soins de la personne. Étrange procédure dans laquelle demander l'accès à ses droits fondamentaux et jugés comme une maladie à soigner !

    Ce volume est très riche, en grande partie écrit en allemand ce qui a joué sur ma compréhension de certains faits. Malgré sa densité je ne peux que le conseiller aux personnes qui souhaitent comprendre le fonctionnement d'une procédure très particulière. En effet, les auteur-e-s ont réussis à présenter de manière fine le fonctionnement des processus de décisions et l'impact des personnes chargées de prendre ces décisions. Par les exemples mis en avant, les auteur-e-s démontrent aussi l'aspect classiste de cette procédure qui s'attaquent en premier lieu aux personnes les plus marginales. L'examen très précis de ces processus nous permet de mieux comprendre à quel point l'internement administratif fut scandaleux puisque les droits fondamentaux furent déniés à un grand nombre de personnes.

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  • «… je vous fais une lettre» Retrouver dans les archives la parole et le vécu des personnes internées. Commission indépendante d'expert-e-s internement administratif4 par Anne-Françoise Praz, Lorraine Odier, Thomas Huonker, Laura Schneider et Marco Nardone

    Titre : « … je vous fais une lettre » Retrouver dans les archives la parole et le vécu des personnes internées. Commission indépendante d'expert-e-s internement administratif 4
    Auteur-e-s : Anne-Françoise Praz, Lorraine Odier, Thomas Huonker, Laura Schneider et Marco Nardone
    Éditeur : Alphil 2019
    Pages : 448

    Sur les 6 tomes actuellement disponibles (3 autres devraient être rendus publics en juillet puis le dernier tome en septembre) celui-ci est le quatrième. Son but est d'analyser les égo-documents, en particuliers les lettres, afin de comprendre la pratique et les effets de l'internement administratif sur la population visée. Pour cela, les auteur-e-s se sont intéressé-e-s aux archives de l'établissement fribourgeois de Bellechasse. En effet, de nombreux confédérés furent envoyés d'autres cantons dans cette grande prison agricole, aussi bien des prostituées que des alcooliques ou encore des jeunes enfants placés. Bien que cela ne soit pas au centre de ce volume, il est nécessaire de prendre en compte le but de l'établissement de Bellechasse : l'apprentissage par le travail agricole. Ce travail est aussi un moyen de baisser les coûts de fonctionnement par l'usage d'une main d’œuvre bon-marché : les prisonniers et internés. Enfin, les auteur-e-s expliquent que les lettres sont particulièrement nombreuses dans les archives de Bellechasse tout simplement à cause de la censure importante appliquée par les différents directeurs. Le volume est divisé en trois parties qui portent sur différentes époques de l'internement. De plus, les chapitres sont parfois suivis d'encarts sur des sujets précis.

    La première partie s'intéresse à l'enquête et à la décision d'internement prononcée par différentes autorités cantonales. Le premier chapitre compare deux cantons romands : Vaud et Valais. Le premier interne pour une période précise à la suite d’une procédure stricte qui permet une défense. Les auteur-e-s notent dans ce volume que la connaissance du temps d'internement et de ses capacités de défenses jouent fortement dans les capacités d'adaptation et de survie des personnes en prison. Le Valais, en revanche, permet l'internement sur demande des communes. Celles-ci n'ont pas besoin d'entendre la personne ni de lui donner sa décision. Quelqu'un peut simplement se retrouver embarqué par la police et envoyé en prison. Le temps d'internement n'est pas non plus défini et il est parfois nécessaire d'attendre plusieurs mois pour qu'une décision légale soit transmise à la direction de Bellechasse, créant de la colère chez les personnes internées.

    Les auteur-e-s démontrent dans cette partie que les personnes qui tentent de se défendre face à un internement essaient d'éviter les catégorisation négatives mises en place par les autorités, quand elles y ont accès. Ces personnes sont aussi parfois surprises de leur envoi en prison, en particulier lorsqu'elles n'ont pas été entendues ni prévenues en avance. Selon les auteur-e-s, le fonctionnement particulier de l'internement administratif en fait une cause de mal être. Les interné-e-s sont enfermé-e-s avec des personnes emprisonnées selon le système pénal. Ce qui implique procédure de défense et connaissance du jours de sortie. Les interné-e-s n'ont pas forcément accès à ces deux points précis mais sont soumis au même régime et le subissent de manière exacerbée puisque leur destin leur est inconnu.

    La seconde partie s'intéresse à l'expérience de l'internement, encore une fois en commun avec les personnes emprisonnées selon le droit pénal. Les auteur-e-s s'intéressent à plusieurs aspects particuliers. La santé est l'un des points importants. En effet, l'expérience d'internement implique une santé défaillante pour plusieurs raisons. Premièrement, le travail difficile peut impliquer des risques. Les auteur-e-s intègrent ce risque pour la santé dans l'idée que la prison doit être plus dure que la vie des personnes les plus pauvres. Donc le travail doit être particulièrement difficile voire dangereux. De plus, la santé n'est pas la préoccupation principale des autorités. Vérifier l'état corporel des personnes internées et les soigner implique un coût que ni les communes, ni les états et encore moins Bellechasse ne souhaite. Régulièrement, le directeur de Bellechasse nie les ennuis de santé, les transformant en des simulations afin de se rendre dans un lieu plus facile à vivre

    Le second point concerne le travail. Celui accompli en prison est souvent difficile et rarement utile à l'extérieur, encore moins professionnalisant. Ce sont des travaux d'agriculture pour les hommes et des soins de ménage pour les femmes (défendant ici un ordre genré du travail). Les hommes craignent de perdre leur savoir-faire professionnel tandis que les femmes se plaignent d'un travail difficile et peu ragoutant. Dans les deux cas, il est possible de changer d'affectation mais cela dépend de la direction, qui possède ici un pouvoir important sur les interné-e-s.

    Enfin, un dernier point concerne les liens familiaux et amoureux des personnes interné-e-s. Les recherches de la Commission ont permis de comprendre que la direction de Bellechasse, et les autorités des communes et cantons, s'arrogent le droit de juger des relations connues par les personnes interné-e-s. Ces jugements concernent aussi bien la famille que de possibles mariages. Par exemple, il est possible que la direction de Bellechasse fasse pression sur les femmes afin d'accepter un abandon volontaire de leurs enfants, permettant une adoption légale. Ces pressions, bien entendu, remettent en question à la fois le caractère volontaire et le caractère légal de ces adoptions. De plus, les demandes en mariage et les liens affectifs avec des personnes extérieures peuvent être détruites par une censure des lettres, acte souvent mis en place pour attaquer une relation considérée comme dangereuse. Ainsi, les autorités essaient de défendre leur vision de ce qu'est une famille. Les femmes internées sont censées se marier afin d'éviter des enfants en dehors du mariage mais aussi de vivre comme femmes d'intérieurs. Cela implique un mariage avec un homme capable de subvenir à ses besoins et à ceux d'une famille, donc qui possède un travail salarié et n'est pas alcoolique. Bien entendu, les femmes internées jouent avec cela, acceptant des demandes en mariage qui permettent leur libération puis refusant le mariage. Ce qui pousse les communes à demander un mariage en prison avant toute libération.

    La dernière partie s'attache à comprendre la fin des internements et la vie qui suit, là aussi à partir des lettres conservées dans les archives (les interviews de personnes anciennement internées sont utilisées dans un autre volume). L'expérience de la sortie de prison dépend beaucoup de la procédure cantonale impliquée. Vaud, par exemple, offre une date précise avec une procédure de sortie anticipée en cas de bon comportement. D'autres cantons internent pour un temps indéterminé. La sortie dépend donc de la direction de la prison, des autorités cantonales et des autorités communales. Ce qui pousse la personne internée à chercher des aides internes et externes. Les lettres sont un moyen de prouver leur conformité avec les demandes des autorités. Cependant, dans les cas d'internements pour des temps indéterminés. Ces mêmes lettres peuvent être utilisées afin de contester l'internement et sa légalité. Celles-ci permettent aussi d'appeler à la pitié, souvent par l'usage des liens familiaux. De plus, les auteur-e-s démontrent que l'expérience d'internement a un impact sur la vie ultérieur des personnes qui l'ont connue. Avoir vécu un internement implique la constitution d'un dossier administratif qui peut être réutilisé par justifier un nouvel internement. Ne pas suivre les normes et les ordres, donnés dans le cadre d'un patronage, peuvent aussi implique un nouvel internement, parfois plus long. Les anciennes personnes internées en conscience de ce danger et essaient d'éviter les autorités, par les refus des aides sociales ou en déménageant (certaines vont jusqu'à s'inscrire à la légion étrangère). Loin de permettre une réinsertion l'internement crée un danger pour les personnes qui le subissent de ne pas pouvoir s'échapper d'une logique étatique de contrôle et d'enfermement des personnes considérées comme marginales pour des raisons économiques (chômage) ou morales (l'alcoolisme n'étant pas traité de manière médicale pendant longtemps mais selon son danger pour la vie familiale).

    Après un volume trois qui s'intéresse spécifiquement à l'aspect légal ce quatrième volume permet de mieux comprendre l'internement selon les personnes impliquées. Comme le disent les expert-e-s, les lettres analysées ne sont pas forcément représentatives de toutes les personnes interné-e-s. En particulier, les expert-e-s ont en accès aux lettres censurées et ne savent pas toujours ce qui a conduit à garder ces lettres. Seule l'accès à des lettres délivrées pourrait permettre de mieux comprendre les raisons d'en censurer certaines. Mais cela n'implique pas que leur lecture permet de mieux comprendre la vie à l'intérieur de la prison de Bellechasse et les effets d'un internement administratif aussi bien du point de vue professionnel que sur la santé ou encore les liens sociaux et familiaux.

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  • Des lois d’exception ? Légitimation et délégitimation de l’internement administratif. CIE Internement administratif volume 3 par Christel Gumy, Sybille Knecht, Ludovic Maugué, Noemi Dissler et Nicole Gönitzer

    Titre : Des lois d’exception ? Légitimation et délégitimation de l’internement administratif. CIE Internement administratif volume 3

    Auteur-e-s : Christel Gumy, Sybille Knecht, Ludovic Maugué, Noemi Dissler et Nicole Gönitzer

    Éditeur : Alphil 2019

    Pages : 448

    Ce livre est le troisième volume, sur 10, des rapports de la Commission Indépendante d'Expert-e-s chargé-e-s d'examiner l'histoire des placements à fin d'assistances avant 1981 en Suisse. Le premier volume se concentrait sur des histoires de vie. Le second résumait la recherche. Ce troisième volume entre dans le vif du sujet en s'intéressant, spécifiquement, à l'histoire du droit de l'internement administratif. Cette histoire implique de remonter au XIXème afin de bien comprendre la mise en place des différentes lois cantonales, la manière dont les oppositions argumentent et la progressive délégitimation de l'internement administratif comme forme de prophylaxie sociale. Le livre est divisé en 5 parties.

    La première partie ainsi que la dernière forment l'introduction et la conclusion des réflexions du livre. Le premier chapitre est une longue explication de l'histoire juridique de l'internement administratif à Fribourg. Il permet d'exemplifier la conceptualisation de l'internement comme moyen de prophylaxie sociale. En effet, loin d'être un moyen d'assistance, l'internement administratif fribourgeois est pensé comme un moyen d'éviter les coûts importants de l'aide sociale pour les communes. De plus, un internement permet la mise au travail dans la prison de Bellechasse de catégories sociales qui remettent en cause le fonctionnement de la société chrétienne fribourgeoise (l'importante du travail et de la famille mais aussi d'une division des rôles selon le genre). La fin du livre permet d'ouvrir les réflexions sur le présent. En particulier, le dernier court chapitre nous parle de l'internement des populations dites requérantes d'asiles ou sans-papiers en vue de leur expulsion. L'autrice nous demande si nous ne nous trouvons pas dans un fonctionnement comparable aux lois examinées dans le livre et dans le cadre de la CIE.

    La seconde se concentre sur la question de l'alcoolisme. Entre le XIXème et le XXème siècle l'alcoolisme, en particulier la consommation des classes populaires, est problématisées par différentes associations laïques comme religieuses. La consommation abusive d'alcool est vue comme un danger pour la famille, les hommes buvant leur salaire au lieu de prendre soin de leur ménage. À Fribourg, et dans d'autres cantons, les législateurs ont donc décidé de prévoir des formes d'internement administratif en cas d'alcoolisme. Bien que, durant le XXème siècle, l'internement soit de plus en plus pensé comme moyen de cure les personnes impliquées étaient envoyées en prison, mis au travail. Le chapitre qui s'intéresse au canton de Fribourg démontre d'ailleurs les tensions entre logique médicale et logique policière, les préfets refusant de perdre le droit d'interner des personnes considérées comme socialement dangereuses et les médecins exigeant des certificats médicaux pour un internement.

    La troisième partie examine l'internement administratif comme moyen de contrôle social de comportements jugés déviants, en particulier les vagabonds et les femmes qui se prostituent (bien qu'il existe des hommes qui se prostituent ils ne sont que peu examinés par les instances d'internement, je ne serais pas étonné que l'usage du Code pénal soit prégnant ici). Les vagabonds sont considérés dangereux car ils mettent en question l'ordre social basé sur le travail salarié et l'habitat stable. Selon les autorités de l'époque, ces personnes coutent chers et sont dangereuses. Il est donc nécessaire de les interner afin de leurs apprendre à travailler. En ce qui concerne la prostitution, il faut insérer la Suisse dans les tentatives internationales de supprimer la prostitution. En Suisse les codes pénaux cantonaux ne s'intéressent pas toujours aux actes de prostitution, sauf dans les cas de racolages. Le Code pénal Suisse de 1942 ne pénalise que le racolage. Face à ce changement légal, et un contexte de prise de pouvoir socialiste, le canton de Vaud examine l'opportunité, durant les années trente, de créer une procédure d'internement administratif dédié aux femmes qui se prostituent. Celle-ci sera mise en place sous les pleins pouvoirs en 1939, sous la forme d'un arrêté, puis légalisé en 1942 et 1945 avant sa suppression dans les années 60. La recherche montre que cet internement s'intéresse spécifiquement aux femmes de Lausanne. Plutôt qu'une aide à la sortie de la prostitution, un travail qui peut être lié à une forme de précarité salariale, l'internement administratif est un moyen d'éviter les scandales publics. La police communale même avoue que la prostitution n'a pas disparu mais qu'elle est bien plus discrète. La fin de la guerre implique, d'ailleurs, une baisse spectaculaire des internements. Ainsi, dans les deux cas, le but officiel est l'éducation au travail mais le but tacite est de protéger un ordre sociale basé sur la division sexuelle du travail et l'ordre public.

    La quatrième partie se concentre sur l'internement en maison d'éducation des enfants et la justice des mineur-e-s. Celle-ci est progressivement mise en place à la fin du XIXème siècle en occident en se basant sur une pratique de Chicago. Le but est de s'intéresser à l'individu et non à l'acte. La justice ne pratique plus des peines mais donne des décisions en vue d'une modification du comportement de l'enfant, à l'aide d'expert-e-s en psychologie et en travail social. L'un des exemples examinés est celui du tribunal du canton de Vaud, déjà bien connu grâce à la thèse de Numa Graa. Le premier juge, connu dans toute l’Europe, est Maurice Veillard. L'examen de ses décisions et de ses idées permet de comprendre que l'internement des enfants répond à une logique de défense de l'ordre social. En particulier, l'action du juge dépend du sexe biologique des enfants. Les garçons sont en danger d'être violents et voleurs. Les filles sont examinées selon le danger de la prostitution et d'une sexualité considérée comme dangereuse et illégitime. Les actions sont différentes selon cette division duale. Alors que les garçons doivent devenir des hommes travailleurs capable de gagner assez d'argent pour s'occuper d'un ménage les filles sont entrainées à la maternité et à la tenue du ménage. Comme le démontre le chapitre, ce n'est que tardivement que cela est mis en question ainsi que la logique d'un internement fermé.

    Ce troisième tome permet de comprendre non seulement l'histoire du droit de l'internement administratif via quelques exemples mais aussi les raisons derrière les lois et leurs suppressions. Bien que l'internement administratif soit défendu comme moyen d'assistance et d'éducation la CIE a démontré que le but est de défendre un ordre social précis. En résumé : les hommes travaillent régulièrement et reçoivent un salaire tandis que les femmes vivent dans le cadre de la maternité. Les personnes qui ne s'inscrivent pas dans cet ordre sont emprisonnées afin d'être normalisées.

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  • La Suisse et les puissances européennes. Aux sources de l'indépendance (1813-1857) par Cédric Humair

    Titre : La Suisse et les puissances européennes. Aux sources de l'indépendance (1813-1857)
    Auteur : Cédric Humair
    Éditeur : Alphil 2018
    Pages : 140

    Cédric Humair est un historien reconnu spécialisé en histoire suisse, et particulièrement l'histoire économique et les relations étrangères. J'ai déjà lu son livre sur l'année 1848, ce qui a mené à la guerre et la manière de résoudre les tensions impliquées. Ce petit livre de la collection Focus revient sur cette époque mais prend une perspective différente puisque l'auteur s'y intéresse aux relations entre la Suisse et les 5 puissances européennes conservatrices du XIXème siècle : la France, l'Autriche, la Prusse, la Russie et la Grande-Bretagne. Ce petit livre est divisé en quatre parties qui permettent d'analyser le pays sous protection française, selon les volontés des puissances conservatrices, la réforme et enfin les tensions dues à la création de la constitution de 1848.

    C'est connu, mais souvent oublié, la Suisse n'existe pas depuis 1291. Cette date est en grande partie mythique et ne concerne que quelques cantons sur ceux existant actuellement. Ce n'est que progressivement que le territoire s'est constitué, tout en restant membre du Saint Empire romain germanique (Neuchâtel étant possession prussienne jusqu'à la moitié du XIXème siècle). Plus intéressant encore, pendant longtemps la confédération n'est qu'une faible alliance entre des états souverains jaloux de leurs prérogatives. Ce n'est que sous la protection de la France que la Suisse fut constituée en République unie, mais ce régime fut aussi particulièrement instable.

    Lorsque la France de Napoléon fut vaincue, une conférence fut réunie pour reconstituer l'Europe selon une logique conservatrice. Dans ce cadre, la question helvétique eut une certaine importance. Au point de vue interne, la confédération fut restaurée tout en supprimant les bailliages, acceptant la création de nouveaux cantons. Au point de vue externe la question concerne l'équilibre européen. Aucune des grandes puissances ne souhaite que la Confédération ne soit intégrée dans un autre pays. Dans ce contexte, les 5 puissances proposent de faire de la Suisse un état souverain mais surtout neutre. Un état qui doit rester conservateur. Les 5 puissances se considèrent comme les garantes du Pacte de 1815 qui réglemente le pays, et que les suisses ne doivent pas modifier sans leur accord. Cependant, des réfugiés libéraux se rendent en Suisse tandis qu'une partie des citoyens helvétiques souhaitent des réformes libérales et démocratiques, créant des tensions avec le reste de l'Europe.

    C'est à ce point que l'on peut parler de la perspective de l'auteur qui rend son livre des plus intéressants. Au lieu de se baser sur une histoire interne Cédric Humair décide de s'intéresse aux sources britanniques sur la Confédération helvétique. Cette perspective permet de mettre en lumière les idées et l'impact de la diplomatie britannique sur la Confédération helvétique. Bien entendu, cela implique d'oublier d'autres pays ainsi que les points de vue interne, mais cela implique aussi de mieux comprendre de quelle manière le pays devint souverain et resta neutre. L'auteur met en avant une activité diplomatique considérable dans le but de garder un équilibre. Les britanniques fonctionnent comme des facilitateurs pour la Suisse via des pressions aussi bien sur les autorités helvétiques que sur les autorités des autres grandes puissances. Ainsi, les anglais ont un intérêt à garder une Suisse stable et indépendante. Ce qui implique de lutter contre les menaces d'attaques militaires, par exemple de la Prusse lorsque le canton de Neuchâtel devint officiellement et uniquement Suisse. Cette perspective rend ce livre particulièrement intéressant et donnant des informations différentes sur la construction de la Suisse moderne. Je le conseille aux personnes qui souhaitent mieux connaitre l'histoire de la Confédération.

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  • Une histoire politique de la démocratie directe en Suisse par Olivier Meuwly

    Titre : Une histoire politique de la démocratie directe en Suisse
    Auteur : Olivier Meuwly
    Éditeur : Alphil 2018
    Pages : 132

    Discuter de la démocratie directe est un exercice périlleux, en particulier en Suisse. Nombreuses sont les personnes qui s'inquiètent d'une force trop importante des mécanismes de démocratie directe, qui pourraient mettre en question des droits fondamentaux. Tout aussi nombreuses sont les personnes qui s'inquiètent d'un irrespect des décisions du peuple. Mais nous ne connaissons que peu les processus qui ont mené aux instruments que sont le référendum et l'initiative utilisés actuellement. Olivier Meuwly essaie, dans cet essai historique, de résumer les idées philosophiques et les changements qui ont présidés à la mise en place de la démocratie directe suisse.

    Avec raison, l'auteur explicite le lien important de la démocratie directe avec l'ancien régime et, en particulier, la landsgemeinde. Cet outil, encore utilisé dans certains lieux, fonctionne dans le cadre d'une pensée médiévale mais n'est pas l'expression du peuple tel qu'on la conçoit aujourd'hui. La landsgemeinde, comme beaucoup d'auteur-e-s l'ont montré, est soumis au pouvoir de certaines familles. Elle est aussi critiquée lors de la Révolution française, et de la mise en place de la République helvétique, car contraire à l'idée de rationalité, tout comme l'usage du sort pour choisir les dirigeants.

    Ce n'est qu'après la restauration puis la guerre du Sonderbund que la démocratie directe a commencé à véritablement ressembler à ce que l'on connait aujourd'hui. Mais ce n'est que progressivement que ces instruments furent imaginés et acceptés par un pouvoir radical puissant. En particulier, ce sont les oppositions face à des politiques de création de lignes de train qui commence à permettre de défendre une volonté populaire face à une centralisation et une homogénéisation du droit en Suisse. Bien que ces droits populaires ne fussent pas encore beaucoup utilisés, ils ont permis d'obliger la confédération à accepter certaines idées. Mais l'essor n'a lieu que bien plus tard.

    En effet, après les deux guerres, et l'usage des pleins pouvoirs par les autorités de la confédération, la Suisse est devenue plus social avec la création de l'AVS. Mais les années 60 sont l'occasion de comprendre que de nombreuses parties de la population ont des idées que ne sont pas défendues par les partis traditionnels. Dans ce cadre, l'initiative et le référendum permettent d'imposer des débats sur des sujets de plus en plus nombreux, marquant un accroissement important des votations. Ceci implique une critique des décisions du peuple et le souhait de réformes, mais qui n'ont jamais pu être mises en œuvre par peur de briser une mécanique délicate.

    Ce petit livre donne un grand nombre d'informations qui permettent de mieux comprendre le fonctionnement politique de la Suisse. L'auteur n'hésite pas à questionner les débats et les idées philosophiques et idéologiques derrière certains souhaits de réformes. Le dernier chapitre est particulièrement délicat de ce point de vue puisque Oliver Meuwly discute initiatives récentes dont l'application fut délicate, si ce n'est abandonnée. Bien qu'il parle des réformes proposées, je trouve frustrant que le message de l'auteur soit d'éviter tout changements. Ceci me donne l'impression de mettre sur un piédestal des instruments certes nécessaires mais dont les réformes devraient pouvoir être discutées afin de défendre certains droits fondamentaux ou de s'adapter à la période.

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  • Histoire de Genève 3. De la création du canton en 1814 à nos jours par Olivier Perroux

    Titre : Histoire de Genève 3. De la création du canton en 1814 à nos jours
    Auteur : Olivier Perroux
    Éditeur : Alphil 2017
    Pages : 151

    Ce dernier tome s'intéresse à la vie de la Commune, et du canton, de Genève du XIXème à pratiquement aujourd'hui puisque l'auteur mentionne aussi bien le CEVA que la révision constitutionnelle ou encore l'arrivée du MCG. Cette entrée dans l'histoire contemporaine de Genève a lieu après l'époque française alors que les diplomates genevois font pressions au congrès de Vienne pour recevoir une indépendance dans le cadre de la Confédération Helvétique, elle aussi restaurée après l'épisode de la République Helvétique. L'auteur examine cette longue histoire en 15 chapitres.

    Sans vouloir présenter tous les chapitres de cette synthèse, il me semble que l'un des thèmes importants de ce tome concerne la révolution et particulièrement l'histoire du radicalisme. Ce parti, qui est d'abord à la gauche des Conservateurs, inaugure une véritable révolution dans le canton lorsque les autorités traditionnelles sont renversées au profit des radicaux, dont Fazy. Bien que cette révolution ait eu lieu en deux étapes, la Confédération ayant réagi, Fazy a eu un impact majeur sur l'histoire de la ville puisqu'il décida de nombreuses révisions et changements, par exemple la destruction des murailles ce qui ouvrit de nouveaux terrains de constructions. Malgré sa puissance, le radicalisme perdra, petit à petit, de sa splendeur face au parti socialiste et à Léon Nicole lors de l'entre-deux-guerres. Cette hégémonie sera définitivement perdue après les années 60.

    Un second thème pourrait être celui de l'urbanisme, en lien avec le rôle de la ville en Suisse et à l'international. Genève s'est construit face à un pays considéré comme ennemi, en particulier lors de l'arrivée du protestantisme. Longtemps, la ville fut coupée du reste du monde par une muraille qui ne fut détruite que durant le XIXème siècle. Lors de son indépendance, le canton ne possédait qu'une ville et un territoire rural. Mais l'expansion économique et démographique implique une hausse importante du développement de ces villages qui deviennent des villes importantes, tandis que Genève perd des habitant-e-s à cause d'un manque d'appartements. De plus, la ville étant choisie comme siège de la SDN, de nombreuses organisations internationales puis de l'ONU elle attire de nombreux fonctionnaires internationaux. Il faut leur fournir de quoi se loger mais aussi des moyens de transports adéquats, comme l'avion. Les autorités sont forcées à s'intéresser à l'urbanisme et cherchent des moyens de gérer le développement de la ville. Mais les problèmes politiques empêchent un choix nécessaire concernant le réseau de routes et de transports publics, sujet encore controversé. La série se termine sur ce dernier tome qui s'arrête au début du XXIème siècle.

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  • Histoire de Genève 1. La cité des évêques (IVe-XVIe siècle) par Mathieu Caesar

    Titre : Histoire de Genève 1. La cité des évêques (IVe-XVIe siècle)
    Auteur : Mathieu Caesar
    Éditeur : Alphil 2014
    Pages : 156

    La collection Focus de la maison d'édition Alphil s'est intéressée non seulement à Neuchâtel, à la Suisse ou à Fribourg mais aussi au canton de Genève, donnant un panorama intéressant de l'histoire régionale suisse romande (bien qu'il manque encore quelques cantons). Ce premier tome est écrit par un maître-assistant de l'université de Genève, spécialisé dans les questions des société urbaines comme le présente la quatrième de couverture. Sa présentation s'intéresse à 12 siècles d'histoire en 13 chapitres mais il explique qu'une partie importante de la période médiévale est peu connue, car les documents sont peu nombreux.

    Les 5 premiers chapitres sont les plus chronologiques. Chacun de ces chapitres s'intéressent à une période précise : création de la ville, royaume Burgonde, période franque par exemple. L'auteur nous présente l'importance de la ville dans le cadre du premier royaume Burgonde, dont Genève est l'une des capitales. Cependant, les royaumes Burgondes ne durent pas longtemps et se sont rapidement les Seigneurs locaux qui prennent de l'importance politique. Ce sont les Savoies qui essaieront longtemps de prendre le contrôle de la ville. En effet, celle-ci est sous le pouvoir temporel de l’Évêque qui doit la protéger tout en poursuivant ses devoirs épiscopaux.

    Cet aspect de conflit entre la Savoie, comtes puis ducs, et l’évêché, est fondamental pour la ville de Genève dont les habitant-e-s essaient tout de même de rester sous la protection de l’Église. Après la perte d'importance des Savoies, ce sont les relations avec les confédérés qui deviennent sources de tensions. Au point de créer des factions différentes au sein de la ville qui n'hésitent pas à s'attaquer en justice en cas de besoin.

    L'auteur présente aussi la vie de tous les jours de la Genève médiévale. Comme le livre concernant Fribourg au Moyen Âge le montre, Genève est une ville de commerce importante, au niveau international. Plusieurs marchands possèdent des magasins en ville ou se rendent aux foires. En ce qui concerne Fribourg, ce sont les ventes d'étoffes qui sont importantes. Cependant, la ville souffre de la concurrence de Lyon, voulue par le roi de France. L'auteur nous parle aussi de la vie religieuse, et démontre que les habitant-e-s sont particulièrement soucieux de leur piété, ce qui fonctionne en lien avec les Confréries qui permettent de conserver l'attention de la communauté après la mort. L'auteur réussit donc à offrir l'image d'une ville particulièrement vivante qui connait des moments de grâce et des périodes d'oublis. Une ville enserrée dans des relations d'influences, l'Évêque, la Savoie, l'Empire, le royaume de France mais aussi les Confédérés.

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  • Histoire du canton de Neuchâtel 3. La création d'une République. De la Révolution de 1848 à nos jours par Jean-Marc Barrelet

    Titre : Histoire du canton de Neuchâtel 3. La création d'une République. De la Révolution de 1848
    Auteurs : Jean-Marc Barrelet
    Éditeur : Alphil 2011
    Pages : 139

    Ce troisième, et dernier, tome s'intéresse à la période de 1848 à 2011. L'auteur débute sur une Révolution en mars 1848 qui prend les tenants de l'ancien régime par surprise. En peu de temps, le pays est aux mains des insurgés, soutenus par la jeune confédération et les vainqueurs du Sonderbund. Cependant, l'auteur démontre que la République n'est pas sans faiblesses. Tout d'abord, il explique quelles sont les problèmes des radicaux. En effet, ceux-ci essaient de réformer en vitesse un pays tenus pendant longtemps par des systèmes archaïques et donc une partie de la population ne veut pas. De plus, les révolutionnaires sont eux-mêmes divisés et cela aboutis à la chute du gouvernement. Dans ce contexte, les royalistes essaient de prendre le pouvoir à l'aide d'un putsch. Leur échec est dû aussi bien à un manque de soutien que par l'action rapide des radicaux. Mais il est aussi le début de problèmes diplomatiques pour la Confédération, qui a failli tourner en une guerre avec l'Allemagne.

    L'auteur offre aussi un tableau économique du pays. Après les soubresauts de la Révolution et du Putsch, il est nécessaire de réformer les industries du pays. Ces réformes impliquent la mise en place de voies de communication entre le canton et le reste de l'Europe. Les particularismes régionaux débouchent sur le choix de deux voies qui se concurrencent et coutent chers. Les autorités essaient aussi de développer l'industrie horlogère en abandonnant le travail à domicile. Bien que certains patrons tentent de garder un lien entre eux et les ouvriers, les changements impliqués permettent l'essor du syndicalisme et du socialisme.

    Enfin, l'auteur essaie aussi de nous montrer les évolutions culturelles et scolaires. Celles-ci sont mises en place en lien avec l'industrie horlogère qui demande un apprentissage professionnel, avec des écoles qui lient art, commerce et mécanique. Neuchâtel devient un vivier de compétences pour la création de montres de luxe mais aussi de leur développement technologique, bien que les changements dans l'industrie poussent certains corps de métier à disparaitre. Le canton possède aussi la plus petite université de Suisse qui a un lien important avec le Front national suisse de la recherche et se spécialise dans certains domaines précis.

    La lecture de ces trois tomes donne une image intéressante, complète mais aussi très synthétique du canton. Les auteurs nous permettent de comprendre d'où proviennent des particularités qui existent encore aujourd'hui, et qui peuvent parfois créer des problèmes pour le fonctionnement du canton. Il ressort de la conclusion de ce dernier tome que Neuchâtel, selon l'auteur, doit choisir entre vivre seule à l'aide de ses propres forces ou se réformer, s'unir et se lier à d'autres cantons. Une conclusion que l'auteur semble généraliser à l'ensemble de la Suisse.

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  • Histoire du canton de Neuchâtel 2. Le temps de la monarchie, politique, religion et société de la Réforme à la Révolution de 1848 par Philippe Henry

    Titre : Histoire du canton de Neuchâtel 2. Le temps de la monarchie, politique, religion et société de la Réforme à la Révolution de 1848
    Auteurs : Philippe Henry
    Éditeur : Alphil 2011
    Pages : 160

    L'auteur, en 8 chapitres, essaient de nous montrer de quelle manière Neuchâtel fonctionne dans le cadre de ce que l'on nomme l'Ancien Régime (terme qui ne peut se comprendre sans faire référence à la Révolution française). Pour cela, il s'intéresse aussi bien à la politique, l'économie qu'aux relations de la principauté avec les têtes couronnées de France et de Prusse. En effet, Neuchâtel n'entre que tardivement dans la Confédération et reste un pays soumis à un souverain étranger jusque dans le XIXe siècle.

    L'auteur nous démontre que le fonctionne de la principauté est particulièrement traditionnel, les élites au pouvoir ne souhaitent pas modifier le fonctionnement du pays et préfèrent se référer à une coutume considérée comme la raison du destin favorable du peuple neuchâtelois et de son territoire. Le pouvoir contrôle la presse et le politique tout en refusant tout changements concernant le fonctionnement pénal du pays. Ce n'est que tardivement que la peine de mort, les peines corporelles et la torture seront abandonnées ou réformées, sous la pression de l'étranger. Sur place, les volontés de réformes sont qualifiées de sédition et rapidement surveillées et réprimées. Seule la presse du reste de la Confédération ainsi que l'exemple de cette dernière permet de penser un potentiel changement.

    Mais l'auteur analyse aussi une époque de changements économiques. Face aux contrôles étroits de l'industrie dans les villes, des entrepreneurs décident de fonctionner en lien avec des habitant-e-s de la campagne afin de créer de nouvelles industries. Ces entrepreneurs contrôlent la vente et l'achat de matière première, la transformation dépendant d'un travail personnel à domicile. Les ouvriers et ouvrières sont soumis au bon vouloir de l'entrepreneur. L'indiennage profite de ces changements mais aussi l'industrie de la montre, malgré quelques problèmes conjoncturels.

    L'Ancien régime est aussi une époque de changements importants pour la principauté en matière de souveraineté. Les bourgeois réussissent à défendre l'idée que Neuchâtel ne peut pas être divisé et, plus important encore, d'être capable de choisir leur propre souverain. À plusieurs reprises, un tribunal doit décider quel prétendant reçoit la souveraineté sur la principauté. Bien que la France souhaite contrôler le territoire c'est le roi de Prusse qui est choisi, moyen de défendre les acquis de la Réforme. Face aux royalistes, une partie des habitant-e-s souhaitent rejoindre la Confédération et abandonner l'idée d'une double appartenance et donc les particularités que cela implique, particularités de moins en moins acceptées par Berlin. L'auteur écrit un second tome riche qui réussit, selon moi, à mettre en avant le fonctionnement du pays tout en l'inscrivant dans le contexte de l'Ancien régime. Bien que les informations décrites ne soient pas des surprises pour les personnes qui connaissent la période, l'examen de Neuchâtel permet d'observer plus précisément ce que cela implique au niveau régional.

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  • Histoire du canton de Neuchâtel 1. Aux origines médiévales d'un territoire par Jacques Bujard, Jean-Daniel Morerod, Grégoire Oguey et Christian De Reynier

    Titre : Histoire du canton de Neuchâtel 1. Aux origines médiévales d'un territoire
    Auteurs : Jacques Bujard, Jean-Daniel Morerod, Grégoire Oguey et Christian De Reynier
    Éditeur : Alphil 2014
    Pages : 160

    Neuchâtel est un canton qui me fascine depuis plusieurs années. Je ne connais que peu son histoire mais lorsque j'ai su qu'il y avait eu des comtes je me suis toujours demandé ce qui leur était arrivé. D'autant que la famille a laissé derrière elle un magnifique monument funéraire que j'ai pu contempler. Il n'est donc pas étonnant que je souhaite en savoir plus et que je profite que Alphil ait édité trois livres sur l'histoire de ce canton. Ce premier tome se divise en 15 chapitres écrits par 4 personnes

    Les auteurs commencent par expliquer l'origine de Neuchâtel. Ils essaient de mettre en avant les zones antiques, qui prouvent que le territoire était habité depuis longtemps. Ces chapitres sont nourris par l'archéologie qui permet de comprendre quels furent les premières zones d'habitations. Mais cette partie est aussi l'occasion, pour les auteurs, de mettre en question quelques sources sur l'histoire du canton. En effet, une partie de ces sources sont des faux conçus par un ancien notable neuchâtelois. Les auteurs essaient aussi de montrer comment le territoire s'est étendu sous la période médiévale, là aussi en se concentrant sur une analyse des bâtiments et de l'archéologie.

    En seconde partie, les auteurs essaient de placer Neuchâtel dans le contexte médiéval en s'intéressant aux différents membres de la seigneurie de Neuchâtel. Cette histoire est riche, ce qui est mis en avant par les auteurs. En effet, la famille seigneuriale est très proche de certaines des familles les plus importantes des différentes époques, comme les Zähringen mais aussi les Savoies et la Bourgogne. Ces rapprochements sont démontrés par les choix des noms des héritiers, qui marquent le souhait d'un rapprochement de la part de la famille de Neuchâtel.

    Cependant, ces mêmes seigneurs doivent lutter contre des branches différentes de leur propre famille. Elle se rapproche du royaume de France, se plaçant en porte-à-faux face à l'Empire mais aussi aux cantons Suisses et surtout elle perd ses héritiers mâles, forçant un passage par les femmes. Petit à petit, les comtes quittent Neuchâtel pour n'en faire qu'un moyen de justifier une position et de payer une vie de Seigneur dans les cours françaises. Ce qui permet aux confédérés de prendre le contrôle du territoire, contrôle qui sera abandonné après l'alliance avec la France.

    Ce premier tome n'est pas le livre le plus intéressant que je connaisse. Le propos est souvent aride, non pas à cause des informations offertes mais parce que les auteurs s'intéressent beaucoup aux informations archéologiques et du bâti. De plus, je me demande à quel point ce livre est compréhensible sans une connaissance de base de l'époque. Les auteurs traversent une partie de la fin de l'Empire romain et toute l'époque médiévale, s'arrêtant à la Réforme. Les informations plus générales sur la société et la politique médiévale ne sont pas offertes ce qui pourrait poser problèmes pour comprendre ce livre.

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  • Histoire de Fribourg 3. Ancrages traditionnels et renouveaux (XIXe-XXe siècle) par Francis Python

    Titre : Histoire de Fribourg 3. Ancrages traditionnels et renouveaux (XIXe-XXe siècle)
    Auteur : Francis Python
    Éditeur : Alphil 2018
    Pages : 136

    Ce court, du moins plus court que les deux autres, volume clôture cette histoire de Fribourg en s'intéressant à l'époque contemporaine, durant laquelle le canton essaie de résister à des changements importants. L'auteur divise son livre en 8 chapitres afin de décrire les problèmes, les changements et les résistances mis en place par les autorités cantonales durant ces deux siècles. On pourrait considérer que ce livre se divise en trois grosses parties selon le fonctionnement politique du canton.

    La première partie concernerait la sortie de l'Ancien régime et les résistance face aux changements imposés par la République helvétique et la Constitution de 1848. Bien que l'on ait souvent l'impression d'une histoire traditionnelle, l'auteur nous explique que le canton est en faveurs des changements mis en place dans la Constitution de 1848. Ce n'est que dans les années 1830 que les forces conservatrices reprennent le dessus et poussent le canton à s'engager dans une alliance séparée, ce qui débouche sur un siège de 3 jours et une capitulation un peu misérable. Dès la mise en place de la Constitution de 1848, le canton est soumis aux forces radicales qui imposent des changements politiques et sociétaux importants, sans jamais demander l'avis du peuple.

    La seconde partie débute vers 1857 et pourrait se terminer en 1946. C'est la période de la République chrétienne. Bien que celle-ci commence par une coalition entre modérés et conservateurs, face aux radicaux, elle devient vite une force purement conservatrice dont le but est de défendre l’église et ses acquis. Cela n'empêche pas de mettre en place des travaux importants. En particulier, les autorités cantonales s'intéressent de près à l'éducation des jeunes hommes et poussent à la construction d'une université, considérée comme chrétienne. Ce sont aussi des constructions importantes. Mais ce système est mis à mal par des changements économiques suivant les deux guerres mondiales et, petit à petit, le paysage politique se modifie permettant de penser l'entrée des socialistes au parlement et, à terme, au gouvernement.

    Les deux derniers chapitres s'intéressent à cette période durant laquelle la société fribourgeoise connait des changements majeurs. Bien entendu, cela implique l'entrée des socialistes au gouvernements, Denis Clerc étant le premier. Mais ce sont aussi des tentatives de réformes et des investissements dans le milieu industriel. Le canton souffre de ne pas avoir fait attention à l'éducation des jeunes du babybooms dans des secteurs industriels mais il contrebalance ceci avec des espaces importants qui permettent de nombreuses constructions. Malheureusement, le canton est aussi impacté par les chocs pétroliers, ce qui implique le retour d'un chômage.

    Ce dernier tome se termine pratiquement en 2018. Il permet de connaitre le fonctionnement d'un canton souvent considéré comme traditionnel et peu développé. Malheureusement, je déplore que l'auteur n'ait pas examiné la République helvétique dont il ne parle que très peu. C'est une période que je connais assez peu et qui est souvent considérée comme la pire de l'histoire du pays. Cependant, elle a permis de construire ce qui est considéré comme la Suisse moderne.

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  • Histoire de Fribourg 2. Une ville-Etat pour l'éternité (XVIe-XVIIIe siècle) par François Walter

    Titre : Histoire de Fribourg 2. Une ville-État pour l'éternité
    Auteur : François Walter
    Éditeur : Alphil 2018
    Pages : 178

    Ce second tome de l'histoire de Fribourg est écrit par François Walter, auteur de l'histoire Suisse en 5 tomes chez le même éditeur. La période examinée est celle de l'Ancien Régime qui débute après l'époque médiévale et se termine par la Révolution française, en tout cas ses effets en Suisse. L'auteur divise son livre en deux parties. La première prend en compte le XVIe siècle, siècle qu'il qualifie de réformes, tandis que la seconde partie s'intéresse aux deux siècles qui suivent que l'avant-propos qualifie de plus stable. Mis à part cela, le livre est divisé en 15 chapitres, les 6 premiers étant intégrés à la première partie.

    Bien que la période étudiée soit moins longue que pour le premier volume (5 siècles contre 3) l'histoire est tout aussi riche. La division en deux parties permet de mettre en avant les différences entre deux périodes, une de conflits et une stable, permettant la consolidation du système de l'Ancien régime. La période du XVIe siècle est un moment de changements territoriaux mais aussi religieux. Non seulement la concurrence bernoise gagne des points en prenant le contrôle du pays de Vaud mais Luther prend de l'importance. La ville de Fribourg choisit résolument de rester proche de la religion catholique alors que l’évêque de Lausanne perd ses possessions ainsi que son siège, bien que Fribourg tente de l'attirer dans ses murs.

    La seconde partie du livre s'intéresse aussi à ces sujets, mais le contexte est stabilisé si l'on en croit l'auteur. Cela lui permet d'examiner le fonctionnement politique de la ville. Il montre tout d'abord que la bourgeoisie commence à se fermer. Ce qui permet de créer des statuts divers à l'intérieur même de celle-ci entre les bourgeois qui ont des droits politiques et les familles qui peuvent régner. Ceux-ci ont de plus en plus de privilèges tandis que le système politique donne un pouvoir important à un groupe précis de personnes. Mais cela n'empêche pas des révoltes contre les seigneurs, basés sur les demandes d'accès aux archives qui pourraient posséder des exemptions.

    L'auteur essaie aussi de montrer des changements économiques, parfois liés au mercenariat. Celui-ci est contrôlé par les familles les plus riches qui intègrent des personnes faisant partie des lieux sous leurs contrôles. Empêchant une possible concurrence. L'époque permet aussi de mettre en avant l'importance de la production du fromage à pâte dure. Sa production implique de posséder des bêtes mais aussi des pâturages en montagne et des routes pour les marchands. Ceux-ci sont encore soumis à de nombreuses taxes.

    Le livre se termine sur l'annonce de la Révolution française et les Lumières. Bien que les événements de Paris soient vus de loin les inquiétudes sont de plus en plus importantes alors que des bannis fribourgeois sont libérés et que des exilés et soldats suisses rentrent en ville. La période est aussi celle d'une censure plus importante des idées et des textes, alors que les révoltes sont considérées comme une violation de l'ordre naturel provenant de dieu. Bien que la période ne soit de loin pas ma préférée, j'ai apprécié la lecture de ce livre qui permet de mieux comprendre les changements importants de ces trois siècles dans une ville helvétique. J'ai particulièrement apprécié comprendre de quelle manière fonctionnait politiquement l'Ancien régime dans cette ville, système qualifié de patriciat qui n'est pas universel sur le territoire de la Confédération.

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  • Histoire de Fribourg 1. La ville de Fribourg au Moyen Âge (XIIe-XVe siècle) par Kathrin Utz Tremp

    Titre : Histoire de Fribourg 1. La ville de Fribourg au Moyen Âge (XIIe-XVe siècle)
    Autrice : Kathrin Utz Tremp
    Éditeur : Alphil 2018
    Pages : 176

    Ce petit livre fait partie d'une "trilogie" sur l'histoire du canton de Fribourg, éditée dans la collection Focus qui a déjà offert une histoire de la Suisse, de Genève et de Neuchâtel. Ces livres permettent de connaitre les points fondamentaux d'un territoire dans le cadre d'une chronologie basée sur les grandes périodes que sont le Moyen Âge, l'Ancien Régime et l'époque contemporaine. Ce premier tome est confié à une médiéviste chevronnée. Le livre est divisé en 10 chapitres que l'on peut résumer en quelques thèmes : histoire politique, histoire économique et histoire religieuse.

    L'histoire politique commence avec un chapitre introductif, chronologique et un peu aride qui résume le passage de la ville sous différents seigneurs : Zähringen, Habsbourg et Savoie. Malgré ces dépendances, les autorités de la ville ont tout de même réussi à garder une forte autonomie et des alliances spécifiques qui ont permis une extension du territoire contrôlé. Ce sont surtout les relations avec la ville de Berne qui marque l'histoire de Fribourg. En effet, celles-ci sont constellées d'alliances, de guerres et de frustrations face aux difficultés d'extension de la ville. L'autrice examine aussi le fonctionnement interne, en particulier l'élection de l'avoyer et du curé, ceux-ci étant simplement accepté par les seigneurs au lieu d'être nommé.

    Dans une seconde partie, l'autrice s'intéresse au fonctionnement économique. Elle montre que la ville de Fribourg prend une importance sur deux artisanats : la draperie et les faux. Cette dernière est surprenante étant donné que Fribourg ne se trouve pas près d'une source de fer. En ce qui concerne la draperie, la ville est la seule du territoire suisse actuel à fonctionner en direction de l'exportation, aussi bien Genève que l'international. Mais celle-ci baissera en activité vers la fin du Moyen Âge. Cette prospérité permet de racheter des droits de seigneuries, et donc le contrôle de territoires, mais aussi de permettre à de nouveaux habitant-e-s d'entrer dans la ville, voire d'acheter la bourgeoisie et donc la possibilité d'entrer dans le système politique de la ville.

    Enfin, l'autrice s'intéresse à l'aspect religieux. Elle examine le fonctionne de la paroisse et l'élection du curé par les bourgeois. Une élection contestée par les seigneurs de la famille de Habsbourg mais rapidement acceptée. L'autrice s'intéresse aussi aux hôpitaux et à l'aide envers les pauvres. Elle démontre que les organisations religieuses d'aides aux pauvres sont particulièrement riches et deviennent pratiquement des banques en faveurs de la ville. Elle s'intéresse aussi plus spécifiquement à la chasse aux sorcières, et aux vaudois. Celles-ci ont lieu plus vite que dans le reste de l'Europe et permettent surtout à la ville, selon l'autrice, de justifier la prise de contrôle de territoire spécifique, donc une extension des droits de la ville.

    Ce livre permet de synthétiser une longue histoire et montre à quel point une petite ville peut posséder un passé passionnant, parfois encore important aujourd'hui. Les relations entre la ville et Berne sont particulièrement intéressantes. Mais je note aussi la grande indépendance de Fribourg et la capacité de la ville de changer de seigneurs quand cela est considéré nécessaire, avant d'obtenir l'immédiateté impériale et l'entrée dans la confédération.

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  • Les murs du silence. Abus sexuels et maltraitances d'enfants placés à l'institut Marini par Anne-Françoise Praz, Pierre Avvanzino et Rebecca Crettaz

    Titre : Les murs du silence. Abus sexuels et maltraitances d'enfants placés à l'institut Marini
    Auteur-e-s : Anne-Françoise Praz, Pierre Avvanzino et Rebecca Crettaz
    Éditeur : Alphil / Presses universitaires suisses 2017
    Pages : 232
    TW : Violences, humiliations, abus émotionnels, abus sexuels

    Comme l'explique le préambule, en février 2015 l'évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr Charles Morerod, confie un mandat de recherche à une petite équipe d'historien-ne-s afin de faire la lumière sur des allégations d'abus sexuelles au sein de l'institut pour orphelins Marini, dans lequel des garçons pauvres francophones et alémaniques furent placés par l'assistance sociale. Cet institut se trouvait sous le contrôle direct de l'évêché. Le rapport fut rendu lors d'une conférence de presse en présence des victimes, le 26 janvier 2016, attirant l'attention d'une partie importante des médias suisses. Suite à l'attention soutenue de la presse et du public les auteur-e-s ont décidé de publier le rapport, le livre que je viens de terminer.

    Le livre est construit en 5 parties distinctes qui permettent de comprendre le fonctionnement de l'institut, les faits avérés mais aussi de mettre en lumière les raisons pour lesquelles les personnes coupables de maltraitances n'ont pas été inquiétées. Dans chaque chapitre, les témoignages oraux sont utilisés en parallèle des archives. Les deux premiers chapitres permettent de mieux comprendre comment on devient un enfant placé à Marini mais aussi le fonctionnement de l'institut. Ainsi, les auteur-e-s démontrent que les pensionnaires francophones sont placés sur une longue durée sans posséder de contacts soutenus avec leurs parents, quand des parents existent. Ces enfants ne connaissent que leur tuteur ou les assistants sociaux, qui ne passent pas régulièrement les voir. En face d'eux, des garçons germanophones sont placés un an afin de travailler tout en apprenant le français. Ceux-ci sont liés à une famille qui peut le soutenir en cas de besoin. La vie est rude et frugale. Les repas sont peu variés et servis dans de la vaisselle de fer. Outre le travail scolaire, les enfants doivent travailler dans les champs, afin de payer le coût de leur placement qui n'est pas entièrement pris en charge par la pension. Le travail est dur voir destiné à des adultes. Il existe même une catégorie d'enfants qui ne sont pas envoyés à l'école afin de travailler perpétuellement. Les punitions sont aussi monnaies courantes et les auteur-e-s décrivent une forme particulièrement humiliante et violente ayant lieu après la messe.

    Les chapitres 3 et 4 se concentrent sur les abus sexuels commis à Marini par des ecclésiastiques. Les auteur-e-s montrent que des abus graves et répétés ont eu lieu durant la période d'étude. Abus dont les dénonciations n'ont pas permis de protéger les enfants. Les auteur-e-s construisent les chapitres en essayant d'éviter une posture de scandale ou voyeuriste afin de mettre en avant non pas les actes mais la manière dont les personnes qui ont accepté de témoigner ont perçu ces actes. L'étude montrer que les anciens enfants placés se sont trouvés piégés face à des hommes plus âgés qui possèdent un certain pouvoir et une autorité morale importante. De plus, le manque d'affection a rendu les personnes vulnérables face aux actions d'adultes abuseurs. Cependant, des dénonciations ont eu lieu. Il est donc nécessaire de comprendre pour quelles raisons les abuseurs sont restés en place et n'ont pas été déférés en justice, mis à part deux cas. Les auteur-e-s montrent que les autorités, l’Église et les médias, même de gauche, sont réticents à mettre en cause des prêtres dont le statut, au sein d'un canton fortement catholique, ne doit pas être mis à mal. De plus, les actes dénoncés sont systématiquement requalifiés soit en usant d'un qualificatif médical soit en niant la portée de ceux-ci, ce ne sont que des imprudences. Pire encore, lors du XIXème siècle l’Église catholique s'est fermée à la dénonciation publique. Les personnes ayant connaissances de cas d'abus ont l'obligation de silence, au prix d'une excommunication. L’Église règle les problèmes à l'interne par un déplacement de la personne accusée, parfois temporaire. Ce n'est que récemment que le Pape François a décidé de forcer la dénonciation aux autorités, faisant face à une résistance importante de personnes qui considèrent que les membres de l’Église ne devraient pas être soumis à une justice séculière.

    Enfin, le livre se termine sur les effets des abus sur le parcours de vie des victimes. Les auteur-e-s, grâce aux témoignages consentis, montrent la difficulté de parler de cette période pour les personnes qui ont vécu ces abus. Outre les actes sexuels à proprement parler, ce sont aussi les manques affectifs et la violence qui ont pesé. Ces garçons ont été considéré comme peu importants et incapables de réussites et donc empêchés de suivre leurs capacités à tous les niveaux, bien que certaines rencontres aient été positives. Les abus ont aussi fortement péjoré le développement affectif. Il est devenu difficile de se considérer valable même avec une aide médicale. Cependant, il faut noter aussi une capacité de résilience, souvent liée à une rencontre avec une famille ou une personne, enseignante parfois, positive. Certains sont sortis avec un but spécifique pour construire leur vie tandis que d'autres ont réussis à reconstruire leur récit après avoir aidé des personnes à surmonter leurs propres problèmes. Mais c'est aussi le souhait par l’Église, via cette recherche, de demander pardon et d'accepter la vérité des faits qui peut avoir permis une reconstruction.

    Enfin, le livre se terminer sur une synthèse et les souhaits des personnes qui ont témoigné. Les auteur-e-s ajoutent diverses annexes dont des versions complètes des témoignages, la méthodologie, le guide d'entretien ainsi qu'un historique de l'institut Marini. Ce livre se concentre sur un institut précis et la recherche autours de faits graves qui donnent lieu, actuellement, à des processus de réparations financières. Les questions plus larges du placement d'enfants sont mentionnées mais ne sont pas centrales, bien que les questions posées soient importantes. Les auteur-e-s mentionnent aussi les problèmes éthiques que posent une telle étude. Comment se situer face aux témoignages et comment ne pas les trahir. Mais aussi de quelle manière éviter le scandale pour mettre en avant les causes qui expliquent la survenue de tels actes et l'incapacité de les dénoncer. Les auteur-e-s placent aussi ce travail dans le cadre d'un effort au niveau international pour comprendre le traitement subis par une partie de la population mondiale au sein d'instituts de placement et face aux mesures d'assistances de différents pays. Plusieurs commissions d'enquêtes ont travaillé, voir travaillent encore, sur le sujet.

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  • Histoire de la Suisse 4. La création de la Suisse moderne (1830-1930) par François Walter

    Titre : Histoire de la Suisse 4. La création de la Suisse moderne (1830-1930)
    Auteur : François Walter
    Éditeur : Alphil et Presses universitaires suisses 2016
    Pages : 158

    L'avant dernier tome des histoires de la Suisse de François Walter s'occupe de ce qu'il nomme "la création de la suisse moderne." Sous ces termes il examine les années 1830 à 1930 soit une période qui est entourée par deux moments de changements importants, révolutionnaires en ce qui concerne certains pays. C'est aussi la période durant laquelle le pays que nous connaissons se constitue réellement. Comme je le pensais, l'auteur débute son examen par les tensions entre les cantons centralisateurs et les cantons décentralisateurs. Ces tensions se portent sur plusieurs thèmes, dont l'accès des jésuites en Suisse, mais permet surtout la constitution d'une aile politique dites radicales. Celle-ci souhaite un changement majeur du fonctionnement du pays, malgré les volontés des princes étrangers. Suite à la guerre civile du Sonderbund, et l'incapacité des princes étrangers d'agir à cause des révoltes et révolutions de 1848, la Suisse devient une fédération, avec les institutions que l'on connait. Cependant, le pays reste sous le contrôle des radicaux qui construisent le système politique pour être majoritaires.

    Suite à la création politique des années 1848 il est nécessaire de constituer une nation composée de plusieurs langues et religions. L'auteur examine de quelle manière l'identité suisse est constituée par l'usage de mythes historiques, parfois validés par des historiens de l'époque. C'est à cette époque, le XIXème siècle, que se pose la question de la fête nationale et surtout de la date qu'elle commémore. Il est nécessaire choisir une date qui ne rappelle pas les divisions politiques mais qui, au contraire, donne l'impression d'une identité basée sur la lutte commune contre des oppresseurs. C'est ainsi qu'un vieux papier que l'on date de 1291 est ressorti des cartons afin de donner une date mais aussi un lieu symbolique de l'unité de la nation Suisse, le Grütli prenant une grande importance. L'identité national est aussi défendue par un programme artistique et la mise en place d'expositions nationales. On défend de plus en plus l'idée d'une identité mythique paysanne, montagnarde, alors que le pays s'urbanise et s'unit grâce aux chemins de fer.

    L'auteur examine aussi la période de 1914-1918 et ses suites. En effet, le début de la guerre est tendu pour le pays qui peut craindre une invasion. Mais aussi bien l'Allemagne que la France préfèrent avoir un pays neutre armés pour tenir les frontières. Cependant, les volontés germanophiles de l’État-major, autours du général Wille, posent problème en ce qui concerne la diplomatie. L'auteur montre bien que cette germanophilie crée des tensions au niveau civil et militaire mais aussi au niveau international, une partie des belligérants se sentant floué par certaines décisions. La diplomatie Suisse semble bien naïve lorsqu'elle tente d’accueillir la conférence de paix alors que le pays est considéré comme un foyer de dissensions révolutionnaires. Cependant, elle réussit tout de même à accueillir la SDN.

    Au final, ce livre permet de replacer la constitution de la nation helvétique à sa véritable époque. L'auteur examine aussi la manière dont a été constitué le système politique ainsi que les changements sociaux et industriels du XIXème siècle. Le livre donne l'impression d'un pays qui se croit plus important qu'il ne l'est mais qui réussit tout de même à éviter une guerre mondiale, alors que les tensions politiques entre la gauche et la droite sont de plus en plus importantes au fil des années 1914-1918, débouchant sur une grève générale. Cette suite de 5 livres est intéressante pour toutes personnes qui souhaitent en savoir plus sur l'histoire Suisse et remettre en cause mythes et clichés.

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  • Histoire de la Suisse 3. Le temps des révolutions (1750-1830) par François Walter

    Titre : Histoire de la Suisse 3. Le temps des révolutions (1750-1830)
    Auteur : François Walter
    Éditeur : Alphil et Presses universitaires suisses 2015
    Pages : 155

    Pendant longtemps la Suisse fonctionne sous ce que l'on nomme l'Ancien Régime. Cette période est examinée dans le tome précédent. L'auteur montrait de quelle manière les charges politiques et militaires étaient prises en charge par une minorité qualifiée de patricienne. La bourgeoisie est le moyen par lequel les familles qui se pensent nobles réussissent à garder le pouvoir face aux dissensions. Cependant, la période du XVIIIème siècle est aussi celle de changements importants qui éclatèrent lors de la Révolution française de 1789. La question posée par ce tome concerne l'impact de ce changement sur le fonctionnement du pays ainsi que les tentatives de restaurations.

    Une partie importante du tome s'intéresse à une période courte, quelques décennies. L'une de ces périodes est celle de la République helvétique. En effet, sous la pression de la France, ainsi que son occupation armée, la Suisse se voit imposer une constitution basée sur celle de la Révolution. Le pays ne possède plus des cantons avec des pays sujets mais une organisation centralisée basée sur le Directoire. Cependant, le régime est très instable et de nombreux changements de gouvernement ont lieu durant la brève période de l'Helvétique. Finalement, le régime tome lorsque les troupes françaises de Napoléon quittent le territoire, ce qui permet à ce dernier de convoquer les représentants des cantons afin de remodeler le fonctionnement politique et territorial du pays.

    La période qui suit voit la restauration des cantons dans leurs prérogatives avec la mise en place d'une Diète fédérale. Cependant, les pays sujets ne sont pas recréés tandis que le pays doit accepter une forme de démocratie. L'auteur montre que la Suisse est soumise à la France, à qui elle fournit des troupes "volontaires." De plus, les familles dites patriciennes gardent la main mise sur le pouvoir politique. Ce qui permet, lors de la chute de Napoléon, aux cantons de restaurer les anciennes formes politiques. Mais les princes étrangers, comme le montre l'auteur, souhaitent stabiliser le territoire et imposent une nouvelle forme de gouvernement qui devrait être capable de fonctionner pour plus longtemps, tout en offrant des compensations territoriales comme, par exemple, le Jura à Berne qui a perdu le territoire vaudois. Bien que les rédacteurs du projet aient imaginé que celui-ci puisse ne pas être remis en cause avant longtemps, les exemples des Etats-Unis ainsi que les troubles en France créent des tensions entre les villes et les territoires ruraux, tandis que des milieux Libéraux commencent à diffuser leurs idées. Ceci aboutira sur un changement majeur qui sera probablement étudié dans le prochain tome.

    Au final, ce tome s'attaque à une période méconnue et surtout peu appréciée. En effet, j'entends régulièrement que la République helvétique est le régime le plus détesté de l'histoire Suisse. Mais celui-ci est suivi d'une période mieux appréciée, bien que pensée comme une forme de décadence. L'auteur tente de passer outre ces préconceptions pour mieux mettre en avant les conséquences. En effet, la République a permis de débuter la constitution d'une pensée de la nation suisse, mais aussi de défendre des concepts révolutionnaires comme la liberté et l'égalité, dans un sens large. L'auteur montre aussi à quel point le territoire est soumis aux besoins et souhaits des princes étrangers. Au lieu d'un pays unit qui se soulève dans son intérêt le territoire dépend des accords avec d'autres pays tandis que la neutralité est imposée de l'extérieur. Pire encore, les armées ont régulièrement envahi le pays alors que la Suisse se voit obligée de fournir des contingents à plusieurs groupes, parfois antagonistes. L'auteur montre aussi de quelle manière les mythes commencent à être mobilisés pour justifier les révoltes mais aussi constitution une identité partagée dans un territoire qui n'est pas encore une nation.

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  • Histoire de la Suisse 2. L'âge classique (1600-1750) par François Walter

    Titre : Histoire de la Suisse 2. L'âge classique (1600-1750)
    Auteur : François Walter
    Éditeur : Alphil et Presses universitaires suisses 2015
    Pages : 131

    Après avoir étudié les premiers moments d'existence de la Suisse, et mis fin à plusieurs mythes pourtant encore souvent utilisé dans les milieux politiques, l'auteur se lance dans une seconde période qu'il nomme l'âge classique, 1600-1750. Ce second tome est lié au prochain. En effet, l'auteur nous prévient qu'il étend un peu la chronologie dans certains cas tandis que des événements révolutionnaires seront mieux décrits dans le prochain. Ce tome est donc surtout un moyen de connaitre la Suisse de l'Ancien régime en ce qui concerne son fonctionnement politique comme économique.

    En effet, de nombreux chapitres s'intéressent à l'économie du territoire suisse. L'auteur y explicite plusieurs thèmes. Il s'intéresse en particulier au mercenariat. Selon l'auteur, le service à l'étranger est de plus en plus critiqué. Cependant, il existe toujours et permet à des fils de grandes familles d'accomplir une forme d'apprentissage des responsabilités à l'étranger, tout en permettant une ascension sociale. Les soldats sont souvent originaires de parties précises du pays, selon une forme de nécessité économique et de devoirs au seigneur. Cependant, l'argent provenant du service à l'étranger est de moins en moins important face à d'autres activités économiques. Car l'auteur essaie aussi de comprendre de quelle manière le territoire fonctionnement dans le cadre d'un marché qu'il divise en trois "zones". Premièrement, il existe un marché local transparent qui permet la subsistance des villages, ensuite il existe un marché régional et enfin un marché international. L'analyse de ces trois marchés permet à l'auteur de mettre en question l'idée que le monde rural se trouve en dehors des échanges continentaux. Au contraire, de nombreux marchands itinérants permettent de faire circuler des biens et des idées, parfois des livres interdits.

    L'auteur s'intéresse aussi au fonctionnement politique. Dans le tome précèdent il expliquait que les cantons ont tenté de recevoir des privilèges dans le cadre de l'Empire. La question de l'appartenance à l'Empire est aussi examinée ici. En effet, les cantons sont toujours soumis aux tribunaux impériaux et aux privilèges offerts par l'Empereur, bien que cela n'empêche pas des alliances avec des ennemis de l'Empire. Ce n'est que tardivement, vers la moitié du XVIème siècle, que la confédération est considérée comme souveraine, bien que cela me donne l'impression d'une incompréhension du terme sous l'instigation des français. Cependant, ce n'est qu'au XIXème siècle que l'indépendance du pays existe vraiment, avec Neuchâtel comme cas particulier puisque le canton appartient à la Prusse dès 1814.

    L'auteur s'intéresse aussi au fonctionnement politique intérieur du pays. Il montre que celui-ci fonctionne toujours sous la forme d'une Diète à l'intérieur de laquelle les représentants des cantons ne peuvent que suivre les ordres écrits qui leur ont été donné, créant une rigidité importante. À l'interne, le pays est divisé entre des tentatives de centralisation, en particulier pour des nécessités de défense du territoire lors de la guerre de 30 ans, et des campagnes militaires internes dues à des tensions confessionnelles entre cantons réformés et catholiques. Plus important encore, les villes se ferment à tout ce qui est étranger, donc ne provenant pas de la commune. Les bourgeoisies sont de plus en plus réglementées et seule une minorité gouverne formant plusieurs républiques aristocratiques. Fonctionnant sous une idée seigneuriale, les personnes les plus importantes possèdent des privilèges tout en acceptant la nécessité culturelle de simplicité, qui disparait petit à petit. Ainsi, ce second tome permet de mieux comprendre de quelle manière la Suisse commence à se constituer en territoire indépendant, bien qu'elle s'enorgueillisse de l'appartenance à l'Empire jusqu'au XIXème siècle, mais aussi les tensions qui existent et qui mettent à mal l'idée d'un territoire pacifié dans une Europe en guerre.

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  • Histoire de la Suisse 1. L'invention d'une confédération (XVe-XVIe siècles) par François Walter

    Titre : Histoire de la Suisse 1. L'invention d'une confédération (XVe-XVIe siècles)
    Auteur : François Walter
    Éditeur : Alphil et Presses universitaires suisses
    Pages : 136

    Qu'est-ce que la Suisse ? Quand est-ce que le pays est-il né ? Comment fonctionne-t-il durant l’histoire ? Dans ce petit livre, partie d'un tout de 5 tomes, François Walter essaie de comprendre de quelle manière une confédération s'est constituée autour de territoires alpins, tiraillés entre plusieurs influences dont celle de l'Empire germanique. Car la connaissance de l'histoire suisse est enveloppée de mythes, une partie ayant été mis en place au XIXème siècle. Il est donc nécessaire de revenir sur les connaissances scientifiques afin d'affirmer que si la Suisse n'est pas née en 1291, ni au XVème siècle, sa genèse en tant que nation provient de la mise en place progressive d'une forme d'identité commune.

    Ce livre est divisé en plusieurs petits chapitres que l'auteur a souhaité concevoir comme autant de points d'entrées dans son livre, selon les intérêts des personnes qui le lisent. Bien que le titre du livre annonce une étude des XVème et XVIème siècle l'auteur débute par 4 chapitres qui résument l'histoire du pays depuis les Helvètes jusqu'à 1476. Ces chapitres permettent de casser le mythe de 1291, qui serait la date de fondation d'un pacte contre les envahisseurs étrangers. Au contraire, ce pacte est non seulement antidaté mais il s'inscrit dans un mouvement global qui permet de se placer sous l'autorité directe de l'Empereur, ce qui implique certains privilèges. La fondation mythique du pays n'est donc qu'un épisode parmi de nombreux autres.

    Cependant, l'auteur montre que durant le XVème et XVIème siècle le territoire est distinct des autres. Bien qu'il soit toujours sous influence impériale les cantons et les pays alliés vendent leurs troupes à plusieurs forces étrangères, permettant de récolter une fortune. Selon les circonstances politiques, le soutien militaire du pays peut changer, moyennant finances de la part des diplomates extérieurs. Cependant, le territoire n'est pas uni. Les frictions sont nombreuses aussi bien envers le voisinage immédiat qu'à l'intérieur.

    L'une des causes de frictions est, bien entendu, la réforme. En Suisse, le réformiste le plus important est tout d'abord Zwingli, dont les thèses ne sont pas compatibles avec celles de Luther. Il réussit à modifier la religion officielle du canton de Zurich qui prêche la réforme dans le reste du pays. Cependant, celle-ci se heurte à deux problèmes. Premièrement, le soutien extérieur peut influer sur le fonctionnement religieux des territoires sous contrôle de la Diète suisse. Ensuite, tous les cantons ne sont pas réformés mais une partie des territoires sont gérés à la fois par des cantons catholiques et des cantons réformés. Il y a donc une tension envers la politique religieuse dans ces territoires, celle-ci pouvant être modifiée selon les années et le canton en charge. Les nécessités de compromis sont donc nombreuses si la confédération ne veut pas entrer en guerre contre elle-même. De plus, François Walter n'oublie pas de mettre en avant les conséquences morales de la Réforme et de la Contre-Réforme qui aboutissent à un refus de plus en plus important de certains comportements non seulement de la part des membres du clergé mais aussi de la jeunesse et des femmes.

    Selon moi, ce petit livre réussit son exercice. Il présente rapidement deux siècles dans leurs conséquences sociales et culturelles pour un pays qui n'existe pas encore. Ce qui deviendra la Suisse n'est, pour l'instant, qu'un réseau d'alliance dont l'origine est le souhait de conserver des privilèges garantis par l'Empereur et non de développer une défense contre l'extérieur. Cette thèse explique le titre du livre qui ne souhaite pas mettre en avant un mythe encore important actuellement, la date de 1291.

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