07/04/2014

Cartographie de l'anarchisme révolutionnaire par Michael Schmidt

Titre : Cartographie de l'anarchisme révolutionnairecouv-cartographie-site.jpg
Auteur : Michael Schmidt
Éditeur : Lux 2012
Pages : 186

Après un gros livre sur la première guerre mondiale je me suis dit qu'il me faudrait un petit livre. Après avoir hésité je me suis lancé dans un ouvrage que j'avais vu à de nombreuses reprises et qui m'intéressant depuis longtemps. L'auteur y dépeint l'histoire de l'anarchisme en 5 vagues. Cette construction en vagues, qu'il critique, lui permet de comprendre comment l'anarchisme s'est pensé et constitué dans l'histoire plutôt que d'en faire une force politique immatérielle et éternelle de lutte contre le pouvoir. Chacune de ces vagues s'est accompagné d'auteur-e-s, de réussites et d'échecs. Mais l'auteur ne se contente pas de montrer ce que tout le monde connait. L'histoire mythique de l'anarchisme qui commence avec la première internationale pour se briser face au bolchevisme et au fascisme en Espagne. La guerre civile espagnole marquant la pierre tombale de l'anarchisme dans le réel. Au contraire, l'auteur tente de replacer l'histoire aussi bien dans le contexte mondial qu'après les années trente. Ainsi, plutôt qu'une perte de consistance l'auteur montre une force de l'anarchisme encore aujourd'hui dans le monde.

Bien que ce livre soit très intéressant et qu'il permet de connaitre un grand nombre d'auteur-e-s différents des pères et mères de l'anarchisme il pose quelques problèmes. Le premier est sa taille. En 150 pages l'auteur essaie de montrer 150 histoires dans le monde entier. Bien qu'il réussisse à montrer la grande diversité des associations anarchistes dans le temps et l'espace un résumé aussi important créer une sensation de densité du texte. Les sigles de groupes se multiplient sans qu'il soit toujours facile de savoir de quoi on parle et dans quelle partie du monde. Un second problème, d'un point de vue académique, est le ton de l'ouvrage. Celui-ci est très militant. Je n'ai rien contre le militantisme anarchiste mais l'auteur pourrait voir son livre disqualifié par certaines personnes qui refusent ses idées. Ainsi, l'auteur se place fortement contre le bolchevisme qu'il considère comme un capitalisme d’État. Certain-e-s militant-e-s pourraient se sentir attaqués dans leurs idées et croyances. Mais il serait dommage de s'empêcher de lire cet ouvrage qui permet de voir l'étendue de l'anarchisme dans le monde et ce jusqu'à nos jours.

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17/11/2012

Pourquoi sommes-nous anarchistes? par Elisée Reclus

Titre : Pourquoi sommes-nous anarchistes?
Auteur : Elisée Reclus
Éditeur : Éditions de Londres
Pages : 13

Ce texte est très court. Si on ne prend pas en compte la préface et la notice biographique il fait moins de 5 pages. Nous n'y trouverons donc pas un examen argumenté de l'anarchisme et de ses buts. Non, ce que nous offre Reclus n'est même pas un programme. C'est une réponse à une question. Cette réponse ne peut pas être considérée comme un appel à tous les anarchistes de suivre son idée. Alors pourquoi être anarchiste? Parce que nous sommes révoltés? Parce que nous sommes jeunes? Parce que nous n'aimons pas l'état? C'est plus compliqué que cela. Nous sommes anarchistes parce que nous souhaitons la justice. Nous vivons dans un monde qui n'est pas égalitaire ni juste. De nombreux arguments peuvent soutenir cette thèse. L'anarchisme c'est vouloir créer un monde égalitaire et juste dans lequel la liberté est donnée à chacun. Mais doit-on attendre? Reclus pense que la société se dirige, évolue, vers un changement de paradigme. Cependant, le changement devra se faire par une révolution et non par l'attente longue. Bref, être anarchiste c'est être en lutte pour l'humanité. Du moins si on décide de suivre Reclus.

Alors que penser de ce très court texte? On retrouve certaines idées phares de Reclus cependant ce ne sera pas le texte le plus intéressant de vos lectures. C'est surtout une profession de foi. Elisée Reclus nous annonce croire en l'anarchisme et en son programme. Il explique pourquoi il suit cette doctrine mais il n'examine ni la doctrine même ni sa faisabilité. Bref, un texte court mais intense qui ne convaincra que les convaincus. Et parfois il le faut. Mais d'autres souhaiterons peut-être avoir un texte plus substantiel pour comprendre l'anarchisme. Quel quel soit la position idéologique de cette personne.

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16/11/2012

L’évolution, la révolution et l’idéal anarchique par Elisée Reclus

Titre : L’évolution, la révolution et l’idéal anarchiquethumbnail.png
Auteur : Elisée Reclus
Éditeur : Efele
Pages : 106

Je continue avec Elisée Reclus. Cette fois je me suis intéressé à un texte un peu plus long que d'habitude puisqu'il fait 100 pages. Le livre a été originalement publié en 1902 soit peu de temps avant la mort d'Elisée Reclus. Quel est le discours de l'auteur? Le titre du livre permet déjà d'en savoir un peu puisqu'il sera développé dans le livre. Celui-ci permet à Reclus de faire une analyse des termes évolutions et révolutions mais surtout d'expliquer en quoi ceux-ci s'appliquent au mouvement de luttes des travailleurs vers un système anarchiste?

Pour Reclus l'évolution et la révolution sont deux aspects d'un même processus. La différence qui existe entre eux consiste surtout de la condamnation morale qui est faites des révolutions et du temps impliqué. L'évolution serait acceptée et plus lente que la révolution qui est, elle, particulièrement condamnée. Mais surtout, la révolution étant une forme d'évolution elle est inévitable. Tous les événements du monde amènerait une révolution nécessaire et proche. Mais quels sont les forces capables de mettre en place cette révolution? Selon Reclus on ne doit pas croire les élites ou les personnes qui souhaitent mettre en place un système politique possédant une autorité. Ceux-ci seront nécessairement corrompus. Reclus développe aussi une analyse des institutions. Selon lui, et il rejoint en cela certains sociologues plus tardifs, les institutions évoluent aussi mais vers une direction de plus en plus mauvaise. Selon l'auteur les institutions et ceux qui y travaillent deviennent rapidement des parasites qui ne peuvent structurellement pas se remettre en cause. C'est donc une force de réaction. Enfin, Reclus tente de faire le bilan des dernières luttes et de leurs réussites et échecs. Au final nous avons un livre qui développe une vision globale intéressante des luttes sociales de son époque.

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17:15 Écrit par Hassan dans anarchisme, contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : anarchisme, reclus | | | |  Facebook

10/11/2012

La peine de mort par Elisée Reclus

Titre : La peine de mortarton80-f9695.jpg
Auteur : Elisée Reclus
Éditeur : Éditions de Londres
Pages : 17

Un petit texte gratuit qui a été prononcé à Genève devant le parlement en 1879. Il semblerait que Genève se posait la question de rétablir la peine de mort alors qu'elle avait été abolie. Je ne sais pas comment Elisée Reclus a été invité mais il a pu donner ses impressions devant les députés. Comment Reclus considère la peine de mort? Il pense que celle-ci est une vengeance sur les pauvres. En effet, qui met en place cette mesure? Principalement des princes tyranniques qui refusent le droit à la parole libre et qui haïssent les crimes portés contre leur personne. Les crimes privés, eux, seraient punis bien moins sévèrement. Mais se poser la question de la punition du crime demande nécessairement de se poser la question de l'origine du crime. Ici Reclus répond comme l'homme de gauche qu'il est. Avant de vouloir punir un homme ou une femme pour leurs crimes il faut aussi examiner la manière dont la société les a traité. Est-ce que chacun a eu une chance égale au début de sa vie? Ou est-ce que la misère les as poussé au crime? Reclus pense que la criminalité n'existera pas dans un monde anarchiste. Ou, du moins, que ceux que nous nommons criminels seront soit soignés soit employés comme héros dans des lieux difficiles.

La peine de mort est un sujet qui revient souvent sur la table. De nombreux pays continuent de la pratiquer et, de temps en temps, un projet plus ou moins avancé vise à son retour. On a tous entendu parler de personnes dont les crimes particulièrement atroces peuvent justifier la mort. Mais est-ce le rôle de la société via ses organes de justice de donner la mort? Personnellement je pense que non car je considère que la justice n'a pas comme mission de venger. Mais je sais aussi comment je réagirais si je me trouvais face à certaines personnes... La réponse de Reclus envers le crime est plus difficile à accepter. L'auteur a une vision très utopiste de la criminalité. Bien que je soies tout a fait d'accord qu'il existe des facteurs socio-économiques qui expliquent la criminalité et qu'il est légitime d'agir sur eux je sais qu'il y a une autre composante importante. Au final nous sommes des êtres humains. Même si le contexte socio-économique a une influence sur nous il ne faut pas oublier qu'en dernier lieu il y a un choix. Celui-ci peut être plus ou moins contraint mais reste un choix. Considérer que c'est la société qui crée le crime est à la fois vrai et utopiste. Oui certains crimes sont nés par un choix social (je pense par exemple aux lourdes peines qui attendent les "pirates" dans certains pays) mais d'autres sont une violation des droits fondamentaux des êtres humains concernant leur intégrité psychologique et corporelle.

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L'anarchisme et l'église par Elisée Reclus

Titre : L'anarchisme et l'église
Auteur : Elisée Reclus
Éditeur : Éditions de Londres
Pages : 24

Je continue à liure Elisée Reclus pour encore un petit moment. Dans ce petit texte Reclus examine les besoins de la lutte contre l'église. Attention, Reclus commence par dire que même si il souhaite une lutte contre l'influence de l'église et qu'il considère qu'un système anarchiste ne peut exister avec une religion il n'appelle ni à la destruction des biens de l'église ni à la haine face aux croyants. Non, il demande deux choses. Tout d'abord, il est nécessaire de baisser drastiquement l'influence de la religion dans la vie des citoyens. Car la religion produit le principe d'autorité. Mais aussi parce que la religion amasse des sommes considérables d'argent qui pourraient être rendus au bien commun. Reclus demande aussi d'éduquer les personnes dans une forme d'esprit critique. Il ne faut pas mettre en place une société construite par une minorité face à une majorité. Au contraire, l'anarchisme implique que tous suivent le mouvement de manière égalitaire. Mais pourquoi est-il nécessaire de supprimer la religion? Selon Reclus celle-ci, est en particulier l’église catholique, seraient enfermés dans une logique de négation du progrès humain. Les églises ne pourraient que demander un retour en arrière vers un système politique déchu. L'église serait incapable de construction.

Les anarchistes classiques ont souvent une réputation d'anti-cléricalisme extrême. Il est vrai que l'anarchisme ne fonctionne pas vraiment bien avec l'idée de religion. Car la religion a tendance à mettre en place un ordre du monde particulier basé sur des considérations morales construitent durant l'histoire. Cependant, cela ne veut pas dire qu'être anarchiste implique de haïr les hommes d'église. Reclus montre bien qu'il est contre tout idée de haine et de vengeance. Il souhaite une éducation. Et l'effet est très différent. Reclus n'est donc pas l'un de ces anarchistes fondamentalement opposés à toute idée de croyance. Ce qui ne l'empêche pas de pointer du doigt les inadéquations de l'église officielle et son manque de capacités à se réformer et à accepter les changements de la société. Reclus aurait presque pu écrire un essai sur la décadence inévitable de la croyance. Mais aurait-il eu raison? Croire est-il véritablement mauvais?

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L'anarchie par Elisée Reclus

Titre : L'anarchiearton79-f005e.jpg
Auteur : Elisée Reclus
Éditeur : Éditions de Londres
Pages : 25

Après l'énorme déception que fut Proudhon j’espérais apprécier Elisée Reclus. Ce dernier est un anarchiste français du XIXe siècle mort en 1905. Il voyagea énormément et participa à la Commune. La préface des éditions de Londres nous apprend que ce discours a été prononcé en 1984 devant la loge maçonnique de Bruxelles. Reclus y développe son idée de la mission de l'anarchisme. La première chose que dit Reclus c'est que l'idée d'anarchisme est ancienne. Elle n'est théorisée que depuis peu mais des groupes et des sociétés plus ou moins anarchistes se sont constitués depuis toujours. Même dans la société industrielle de l'époque de Reclus il existait des groupes plus ou moins bien constitué en fonctionnement anarchiste. Mais quel est le but de cette doctrine? Réussir à trouver la liberté pour l'être humain. Reclus accepte et comprend que ce but n'est pas uniquement dans l'anarchisme. De nombreux autres groupes politiques ou non tentent d'offrir la liberté à l'être humain. Quelle est donc la différence? Elle est simple, l'anarchisme cherche la liberté par l'absence d'une autorité alors que ces autres groupes tentent de mettre en place une autre autorité. Voici, en peu de mots, un résumé de ce discours.

Bon, nous ne sommes pas en face du même type de discours (Proudhon avait écrit un livre très austère et Reclus fait ici un discours) mais j'ai bien plus apprécié de texte que Qu'est-ce que la propriété. Car ce dernier était surtout une critique économiste sous forme négative. Reclus a écrit un texte oral qui tente de montrer le but fondamental et l'histoire de l'anarchisme. Il tente aussi de montrer sa faisabilité qui, aujourd'hui aussi, est mis en doute. Moi même je doute de la mise en place concrète d'une société anarchiste. Je ne suis pas fortement convaincu par Reclus. Mais il permet au moins de lancer des débuts de réponses pour mettre en place un anarchisme fonctionnel. Il permet aussi de comprendre la différence entre cette doctrine politique et les autres. C'est donc un texte intéressant pour entrer dans les idées anarchistes.

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02/09/2012

La Commune de Paris par Kropotkine

Titre : La Commune de Parisarton245.jpg
Auteur : Kropotkine
Éditeur : Les éditions de Londres
Pages : 31

La Commune de Paris instaurée en 1871 n'est pas l'épisode le plus connu de l'histoire de France. Elle est laissée en arrière à coté de la Révolution de 1789. Pourtant, l'épisode de la Commune peut nous en apprendre beaucoup. Comme le dit Kropotkine au début de ce texte les habitants de Paris n'ont pas versé une seule goutte de sang. La révolution s'est faites de manière pacifique et spontanée. Mais cette même spontanéité qui aurait pu échouer est devenu l'une des révolutions les plus intéressantes de l'histoire. Non seulement parce que durant son existence de nombreuses réformes concernant le travail et les droits des femmes ont été faites (réformes très modernes dans leur essence par exemple l'égalité salariale) mais aussi à cause de la manière dont elle a pris fin: un gigantesque massacre.

Mais Kropotkine ne souhaite pas seulement célébrer un épisode et ses martyrs. Non, son but est d'expliquer pourquoi la Commune a échoué et comment les prochaines révolutions devraient se comporter. L'auteur nous explique que Paris est devenue révolutionnaire grâce à la population et non grâce aux théoriciens. C'est, à son avis, devenu un exemple sur lequel les théories peuvent maintenant se greffer. Un exemple concret a enfin eu lieu. Mais la Commune a échoué sur trois points. Premièrement, elle a accepté la mise en place d'un gouvernement. Selon Kropotkine les représentants ne peuvent que devenir des forces passives dangereuses pour la révolution. Le second point c'est que la Commune n'a pas fait de réformes économiques radicales. Elle aurait oublié de mettre en place un communisme qui peut non seulement augmenter la production mais aussi offrir un minimum à tout le monde. Enfin, et c'est un problème partagé par tout le monde, les villages, le monde rural, ont été oublié. Hors, Kropotkine considère qu'il est nécessaire de comprendre les besoins et aspirations des paysans et paysannes dans le cadre des théories révolutionnaires pour généraliser l'anarchisme au pays dans son entier puis au monde.

Ce texte a donc comme principal mérite d'expliquer comment l'exemple de la Commune de 1871 peut être utilisé par les théoriciens et les révolutionnaires. Ses propos permettent de comprendre les échecs qu'il observe dans cet épisode mais aussi ses réussites. Plutôt qu'un simple éloge c'est une réflexion.

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30/08/2012

La Commune par Kropotkine

Titre : La Communearton222.jpg
Auteur : Kropotkine
Éditeur : Les éditions de Londres
Pages : 23

Comme j'en ai pris l'habitude après un livre de Doctorow je lis un peu d'anarchisme. Le hasard fait que ce texte de Kropotkine est une réponse directe aux critiques qui ont été faites à L'état, son rôle historique ! J'avais moi-même fait quelques critiques. Mais celles auxquelles répond Kropotkine concernent surtout ses exemples. En effet, l'auteur prenait comme exemple les Communes médiévales au XIIe siècle. Ses contradicteurs l'accusent donc de vouloir à l'époque médiévale vue, encore aujourd'hui, comme l'âge de l'obscurantisme. Comment voudrait-on retourner dans cette époque de maladies, de guerres et d'ignorances ?

Eh bien justement, Kropotkine ne veut pas retourner à l'époque médiévale qui n'est, d'ailleurs, pas aussi atroce qu'on ne le croit. Ce que l'auteur souhaite ce sont des communes modernes. Celles-ci ne se révolteraient pas contre les nobles en oubliant de prendre en compte les inégalités économiques. Elles se porteraient contre l'état et mettraient en place le communisme qui supprimerait les inégalités économiques. Plus important encore, plutôt que de rester dans le cadre de la ville les communes briseraient les remparts pour dépasser leur territoire et s'universaliser par l'exemple. Ces entités se relieraient aussi entre elles dans le cadre de différents réseaux de plus en plus compliqués et qui permettraient de pacifier les relations tout en créant l'échange de biens nécessaire pour le bien commun. C'est une vue en matière internationale assez proche de la vision libérale qui considère l'échange comme moyen majeur de pacification.

Que peut-on tirer de ce texte ? Son grand avantage est de passer outre le texte précédent pour développer l'idée du concept de commune. Ce concept est commun dans l'anarchisme puisque ce système implique la mise en place du pouvoir depuis le niveau le plus bas possible. Mais que se passe-t-il entre ces entités ? Si on suit Kropotkine il y a la mise en place de réseaux de connaissances et d'échanges qui permettent d'éviter le chaos tout en développant librement chacune des entités. C'est une vision intéressante qui permet de comprendre comme le système anarchiste souhaite fonctionner. C'est, en tout cas, le texte de Kropotkine que je critique le moins.

Image : Éditeur

25/08/2012

L'état, son rôle historique par Kropotkine

Titre : L'état, son rôle historiquearton203.jpg
Auteur : Kropotkine
Éditeur : Les éditions de Londres
Pages : 79

Nous avons déjà pu lire plusieurs textes qui analysent le rôle de l'état et son influence néfaste selon la philosophie politique anarchiste. Dans ce texte, cette conférence, Kropotkine ne fait pas que dénoncer l'état mais il crée une philosophie de l'histoire. Dans le cadre de cette philosophie il examine aussi la puissance des communes dans un système anarchiste.

Qu'est ce qu'une commune ? Selon les anarchistes la commune est la partie fondamentale du système politique. C'est depuis elle et par elle que se construit le système. Kropotkine tente de démontrer que la Commune, en prenant le XIIe siècle en exemple, est le point fondamental de toutes les activités et de tous les progrès humains. En effet, selon Kropotkine, le XIIe siècle a connu une poussée des communes qui se sont reliées, alliées, qui ont créé leurs propres milices et juges ceci en indépendance face aux pouvoirs princiers et ecclésiastiques. Ces communes se sont développées jusqu'à devenir les centres philosophiques et scientifiques du monde.

Mais Kropotkine y développe surtout une vision de l'histoire. Je pense que nous sommes tous familiers avec la vision marxiste de l'histoire qui considère que l'explication majeure est la lutte des classes jusqu'à la destruction de ces dernières. Beaucoup considèrent que l'histoire a un sens en direction du progrès. Kropotkine utilise une philosophie différente. Pour lui, dans cette conférence, l'histoire se construit depuis les tribus jusqu'à l'état. Il considère qu'il y a une évolution quasiment biologique des tribus en commune, des communes en villes puis des villes en état. C'est une évolution en partie positive puisque les villes sont les avatars les plus puissants des communes. Mais les états sont la mort de ces dernières. Les états impliqueraient la corruption et la décadence et ces derniers sont destinés à mourir pour redonner naissance à un nouveau cycle.

Il est dommage que les deux points les plus importants de ce texte soient aussi les deux points qui me paraissent le plus problématique. Tout d'abord, je trouve que Kropotkine a une vision enchantée de l'histoire. Une vision en blanc et noir qui voit les communes comme les championnes de la liberté et la naissance de l'état primitif comme le mal absolu. Je ne dis pas que je renie mes croyances anarchistes. Mais je pense que l'histoire du XIIe siècle est légèrement plus compliquée que ne le pense Kropotkine. Malheureusement je ne suis pas un expert. Mais je peux au moins dire que les pactes qu'il utilise pour prouver l'existence des alliances entre communes mentionnent aussi, si mes souvenirs sont bons, la loyauté envers un noble plus ou moins important. On est loin de la vision des communes comme ultime rempart de liberté face aux nobles. Le second point qui me pose problème est cette philosophie de l'histoire. Suite à mes études je trouve difficilement acceptable de donner un sens rationnel à l'histoire. Cette dernière est avant tout le résultat du hasard dans un cadre socio-économique et culturel. On ne peut pas donner un sens arbitraire à ce que l'on observe sans être subjectif et sans perdre de vue des explications alternatives. L'histoire ne doit pas se voir comme un fleuve qui se dirige vers une direction connue à l'avance mais comme un arbre dont les racines et branches forment des possibilités. Ces deux critiques sont les principales raisons pour lesquelles ne trouve ce livre très peu convainquant.

Image : Site de l'éditeur

21/08/2012

L'esprit de révolte par Kropotkine

Titre : L'esprit de révoltearton78-79036.jpg
Auteur : Kropotkine
Éditeur : Les éditions de Londres
Pages : 32

Je reste toujours dans la philosophie libertaire avec ce nouveau texte de Kropotkine. La question qui est à la source de ce texte concerne la révolution. Comment et pourquoi une révolution s'enclenche-t-elle ? Selon l'auteur il y a des points communs entre les révolutions et ceux-ci se trouvent dans leurs déclencheurs. On peut observer une situation révolutionnaire par le contexte qui l'entoure. Les hommes politiques perdraient tous crédits alors que les réformes sont de plus en plus demandée par des personnes qui sont de plus en plus convaincues qu'il est nécessaire d'impulser non une réforme mais une recréation du système. Mais comment peut-on faire en sorte que la population passe à l'acte ? Selon Kropotkine il n'est pas inutile mais peu utile d'élaborer un appareil théorique. Il est bien plus utile de mettre en place des actions contestataires même quand la situation ne se prête pas à une révolution. L'intérêt est d'être la pour que la population se souvienne des luttes engagées par ces individus et les suivent au besoin. La propagande, bien qu'il n'utilise pas ce terme, est aussi un moyen. Les pamphlets, les affiches corrosives, l'humour sont des armes puissantes quand on souhaite décrédibiliser les gouvernements. Pour nous prouver ce qu'il avance il est intéressant de voir que Kropotkine utilise des exemples lié à la Révolution française.

Que penser de ce petit texte ? Je trouve que l'intérêt affiché par Kropotkine pour l'action directe (et non pas le terrorisme) est justifié. Agir concrètement dans les rues ou en essayant de mettre en place des formes alternatives permet de montrer que ce que l'on professe est possible et peut fonctionner. Cependant, je pense que l'attaque vive de l'auteur contre les théories sont malheureuses. À mon avis, et bien que je sois aussi en faveurs des actions concrètes, une théorie bien pensée permet d'éviter les flottements et de comprendre ce que l'on souhaite construire. Alors qu'une théorie mal construire ou floue sera rapidement mise à mal par les actions concrètes et les opposants. Puisque j'ai fait un peu de sociologie des mouvements sociaux et des révolutions les passages ou l'auteur utilise la Révolution française pour exemplifier ses propos m'ont permis de vérifier l’acuité du propos. Je peux donc dire, sans trop rentrer dans les détails car je suis loin d'être un expert, que Kropotkine est loin d'avoir raison. La manière dont il considère les membres de la future constituante, par exemple, oublie que ces mêmes membres sont passés de bourgeois à révolutionnaires. Les paysans ne sont pas les seuls à avoir réagi et je doute qu'ils aient été les moteurs de la Révolution. Les descriptions que l'auteur fait des résistances paysannes sont intéressantes mais, ceci devait bien entendu être validé, je pense qu'il vaudrait mieux les apparenter à une résistance dans le cadre d'un système que comme des mouvements révolutionnaires. Bref, même si ce texte est intéressant il souffre de nombreuses erreurs et lacunes pour un lecteur contemporain.

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17:29 Écrit par Hassan dans anarchisme, contemporain, Livre, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : anarchisme, kropotkine | | | |  Facebook

18/08/2012

L'anarchie, sa philosophie, son idéal par Kropotkine

Titre : L'anarchie, sa philosophie, son idéal
Auteur : Kropotkine
Éditeur : Les éditions de Londres
Pages : 50

Voici le second texte de Kropotkine que je lis. Le premier tentait de définir la philosophie de l'anarchisme et c'est aussi le cas de ce second texte. Il était destiné à une conférence à la fin du XIXe siècle. Kropotkine essaie donc d'y définir la philosophie de l'anarchisme. Il commence par un constat. De nombreuses personnes considèrent que l'anarchisme est la simple destruction de toute civilisation et les anarchistes des terroristes ou des doux-rêveurs. C'est une conception encore largement partagée de nos jours. Mais l'anarchisme ce n'est pas la destruction, c'est surtout la reconstruction d'une société dans une direction plus juste, plus libre et plus égalitaire. Celle-ci serait, selon Kropotkine, un processus inéluctable qui aurait déjà commencé dans les différentes sciences. En effet, de l'étude du centre on est passé à l'étude des petites choses (ou des personnes). L'anarchisme de Kropotkine a donc quatre principes qui sont résumés par la préface. Tout d'abord la fin de l'exploitation et de la domination des masses par une minorité, ensuite la mise en place de la liberté dans l'action et la solidarité par la dissolution de l'état, bien entendu un individualisme important et enfin la fin des lois défendues et mises en place par l'état pour des contrats libres.

J'avoue que j'ai un peu plus de mal avec Kropotkine qu'avec Bakounine. Peut-être que le style de l'auteur ne me convient pas ? Ou alors il y a une subtilité dans les idées de Kropotkine que je n'ai pas encore consciemment identifiée mais qui ne me convient pas. Ce qui n'implique pas que je ne sois pas, au niveau général, d'accord avec l'auteur. Je mettrais tout de même un bémol à l'individualisme que prône Kropotkine. J'ai toujours considéré que l'anarchisme était plus proche du libéralisme, dans ses idées principales, que beaucoup ne le croient. L'anarchisme, comme le libéralisme, fait preuve d'une grande méfiance face à l'état et considère que l'individu est capable de beaucoup. Cependant, le libéralisme laisse la main libre au marché (du moins en théorie) alors que l'anarchisme tente de changer radicalement le système économique et social. Je ne suis pas certain d'avoir déjà une réflexion mûre sur le sujet mais je suis tenté de dire que l'individualisme de Kropotkine est peut-être trop prononcé. Je pense que le système décrit par Bakounine serait plus réaliste et plus fonctionnel.

Image : Site de l'éditeur

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17/08/2012

Le principe de l'état par Michel Bakounine

Titre : Le principe de l'étatarton178.jpg
Auteur : Michel Bakounine
Éditeur : Les éditions de Londres
Pages : 32

Je reviens à Bakounine pour un dernier petit livre. Celui-ci est inachevé et a été publié après la mort de l'auteur. Il devait analyser l'état. Bakounine commence fort. En effet, il explique dans les premières pages que la paix est impossible tant qu'il existe des états. Car ces derniers seraient produits par la concentration de pouvoir et n'auraient, comme fin, que la concentration de plus de pouvoirs. Ce qui n'est possible que via la violence de la guerre. L'état est donc inhumain car amoral. Mais ce début est suivi par une analyse de la religion. J'avoue avoir été un peu surpris. Les idées professées par l'auteur ne sont pas très différentes de celles que j'ai déjà présentées dans d'autres écrits sur la religion. Bakounine y analyse les religions selon leur caractère social ou individualiste. Selon lui, les religions sont toutes plus ou moins fortement individualistes mais la religion chrétienne est la pire de tout. Mais pourquoi ceci serait condamnable. Si j'ai bien compris, l'individualisme implique une perte importante du sentiment d'appartenance et de solidarité des êtres humains face à un dieu omniscient et parfait. Cette perfection ne peut que rabaisser l'être humain au néant. Mais d’où vient dieu? C'est le troisième point analysé par Bakounine. Selon lui, les humains ont créé des dieux d'abord dans le monde matériel. Mais les dieux des religions monothéistes sont des abstractions. Les humains auraient tenté d'observer l'abstraction divine. Celle-ci n'existant pas il se retrouva face au néant dans lequel seul l'observateur était visible. L'humain a donc créé dieu à son image en s'adorant lui-même. Et cette adoration venue du néant crée le néant dans le monde matériel. Le néant des humains.

J'avoue que je ne suis pas certain d'avoir compris cette dernière argumentation. L'analyse de la religion par Bakounine est, en tout cas, très défavorable envers celles-ci. Mais je ne suis pas certain que les arguments anthropologiques soient valables. Il y a probablement de profonds manques de ce coté du texte. Mais il est dommage que ce texte soit inachevé. Je pense qu'il aurait offert une réflexion sur le lien entre état et religion qui aurait pu être très intéressant. Mais on peut très bien se contenter du texte en l'état. Il offre des positions qui ne sont pas très éloignées d'analyses scientifiques sur les relations internationales. L'idée que les états tentent d'augmenter leur pouvoir par tous les moyens, dont la guerre, est assez proche de l'école réaliste. Mais les conclusions auraient probablement été très différentes.

Image : Les éditions de Londres qui fournissent la version numérique du livre

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15/08/2012

Le principe anarchiste par Kropotkine

Titre : Le principe anarchiste
Auteur : Kropotkine
Éditeur : Les éditions de Londres
Pages : 16

Qu'est ce que l'anarchisme ? Est-ce la simple destruction de l'ordre ? Est-ce l'absence d'organisation sociale ? Pour Kropotkine l'anarchisme commence par être une négation. Une parole qui dit non à l'autorité et à l'état. Mais est-ce simplement ça ? Non, pour Kropotkine l'anarchisme est un principe philosophique qui se heurte à un principe opposé. L'anarchisme c'est le principe de la liberté contre le principe du contrôle, de l'autorité coercitive. Quand on défend le principe anarchiste on défend donc une idée de liberté. Outre cette liberté l'anarchisme est aussi un espoir. La possibilité- la nécessité ? - d'une reconstruction de la société en profondeur en direction d'un ordre plus juste, plus humain. L'anarchisme est donc autant un acte qu'une pensée philosophique.

Difficile d'écrire plus sur un texte aussi court. En effet, sur les 16 pages de ce livre il y en a la moitié qui sont consacrées à une préface et à une biographie succincte de l'auteur. Loin de moi de critiquer ces deux aspects. La préface donne des idées intéressantes et la biographie permet de situer l'auteur dans une époque même si elle est courte et très descriptive. Ce livre permet surtout de donner une idée précise de ce qu'est l'anarchisme. D'une simple négation on passe à l'idée d'une pensée philosophique qui considère la nécessaire réforme de la société. Plutôt qu'une thèse destructrice on découvre donc que l'anarchisme est aussi un principe philosophique de construction sociale. Car la négation d'une certaine forme d'état n'implique pas forcément la négation de toute forme de société. On pense simplement que certaines caractéristiques des sociétés actuelles sont dangereuses pour la liberté humaine.

Livre disponible sur le site des éditions de Londres

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Politique de l'Internationale par Michel Bakounine

Titre : Politique de l'Internationale
Auteur : Michel Bakounine
Éditeur : In libro veritas
Pages : 24

Il est rare que j'écrive deux notes de suite mais je suis un peu en retard et je tente d'éviter de l'être encore plus. L'Internationale est l'organisation qui regroupe les travailleurs et travailleuses et opposants de tous les pays. Mais quel est son but ? Et, surtout, comment doit-elle réagir face aux autres partis. Pour Bakounine le but est pur et simple : la libération économique des travailleurs et travailleuses. Cependant, certains partis qualifiés de bourgeois par Bakounine tentent d’imiter, à un moindre niveau, une partie des buts de l'Internationale. L'auteur nous met en garde contre ce piège qui n'aboutirait qu'à continuer l'esclavage des masses ouvrières tout en leur offrant un petit peu d'espoir qui, finalement, ne coûte pas grand-chose. Selon Michel Bakounine ces partis et ses défenseurs, les bourgeois, doivent être exclus de l'Internationale et celle-ci doit lutter de toutes ses forces contre ses projets au bénéfice de la libération économique intégrale.

Je n'ai pas présenté ce texte de manière tout a fait complète. Je me suis contenté des parties qui me semblent les plus importantes pour notre époque. En effet, l'Internationale, la quatrième du nom, est quasiment oubliée. Les partis de gauche ont presque tous abandonnés l'idée de la révolutions après avoir longtemps collaboré avec les parties du centre ou de droite libérale. La chute de l'URSS et la réalité de la Chine n'ont pas été tendres non plus pour l'utopie communiste. Mais ce que beaucoup oublient c'est qu'une révolution n'est pas forcément violente. Bien entendu, les choses vont plus vite quand on fait preuve de violence. Mais il y a deux dangers quand on utilise cet outil. Premièrement, un groupe d'individus se forme qui prend le pouvoir en main au nom de la révolution. Qu'est-ce qui garantit qu'ils l'abandonneront ? Ensuite, je considère, tout comme Sartre, que la violence à a la désagréable capacité de se retourner contre son auteur. Une tentative de révolution violente ne peut donc aboutir que sur une réaction tout aussi violente. La révolution, à mon avis, doit être pacifique et continue. C'est la raison pour laquelle il est nécessaire que des partis révolutionnaires, dans le sens que je viens de définir, puissent s'exprimer et préparer non seulement les esprits à une société différentes mais aussi de manière concrète des essais qui peuvent montrer que le système anarchiste peut réellement fonctionner. Ce n'est pas facile et ça prend du temps mais je pense que c'est une voie qui peut fonctionner et permettre eun réforme en profondeur de la société par l'exemple.

Texte disponible sur In Libro Veritas sous licence art libre 1.3

Le patriotisme physiologique ou naturel par Michel Bakounine

Titre : Le patriotisme physiologique ou naturel
Auteur : Michel Bakounine
Éditeur : In libro veritas
Pages : 10

Qu'est ce que le patriotisme ? Pour la plupart des personnes c'est un sentiment naturel d'appartenance à une communauté nationale. Les preuves que ces communautés sont artificielles abondent dans la littérature historique et sociologique. Cependant, cela n'enlève point la réalité des nations et des sentiments qui nationaux. On pourrait se demander ce qu'est une nation et beaucoup ont tenté de répondre à cette question. Ce que Bakounine tente de nous expliquer c'est le patriotisme. Alors qu'est ce que le patriotisme pour cet auteur ? Il ne conteste pas la qualité naturelle de cette dernière. Au contraire, il explique le patriotisme comme la résurgence d'un sentiment animal et non comme d'un sentiment civilisé. Le sentiment patriotique serait donc un aspect de l'animalité de l'être humain et il tente de prouver cette thèse par l'observation des chiens (un argument que j'ai un peu de mal à avaler). Mais Bakounine va plus loin que ça. Selon lui, ce sentiment ne peut exister que dans des communautés restreintes comme les communes ou les villages. Plus encore, le patriotisme n'existerait que dans des communautés primitives qui ne connaissent pas encore, que ce soit voulu ou non, les progrès de l'humanité.

Voila un texte dur pour les patriotes. Ceux-ci sont rabaissés au rang de primitifs manipulés par des élites. Bien que je ne considère pas le patriotisme comme la plus importante des valeurs je ne suis pas tout a fait d'accord avec Bakounine. Il oublie que des hommes et femmes peuvent être patriotes sans, pour autant, être sans éducation. Et d'ailleurs, être si mauvais que cela de vivre dans un village traditionnel ? Là aussi, je trouve que Bakounine fait une erreur. De plus, je pense que les sentiments d'identifications à une communauté sont plus compliqués qu'un simple patriotisme national ou local. À mon avis - et je pense qu'il en existe des preuves mais je n'ai pas de références sur le moment - l'identification peut très bien se porter sur plusieurs communautés. Que je sois fier d'être suisse ne doit pas m'empêcher d'être fier d'un être humain membre d'une communauté mondiale ce qui ne m'empêche pas non plus de me sentir membre de ma ville ou de mon village. Je pense donc que ce texte de Bakounine est beaucoup trop simpliste.

Texte disponible sur In Libro Veritas sous licence art libre 1.3

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13/08/2012

L'instruction intégrale par Michel Bakounine

Titre : L'instruction intégrale
Auteur : Michel Bakounine
Éditeur : In libro veritas
Pages : 30

Doit-on instruire d'abord et libérer économiquement ensuite ou libérer économiquement puis instruire ? C'est la question principale posée par Bakounine dans les premières pages de ce texte. Sa réponse est simple. Vouloir éduquer sans libérer économiquement le prolétariat est inutile. En effet, les travailleurs et travailleuses ont besoin de temps pour étudier mais aussi de volontés. Or, dans le cadre du capitalisme le temps manque et la volonté est entièrement dans la survie et le travail. Comment pourrait-on demander à un-e ouvrier-ère de se concentrer sur des cours après une journée de travail ? Cependant, quand on pourra instruire tout le monde de la même manière, il faut prévoir un projet. Bakounine tente de construire une instruction en deux phases. La première permet de poser des connaissances générales sur un grand nombre de thèmes tandis que la seconde permet de se spécialiser. L'instruction se fait aussi dans deux directions. Il y a une instruction intellectuelle, scientifique, et une instruction industrielle. Autrement dit, plutôt que d'avoir le gymnase et l'université d'un coté et l'apprentissage de l'autre chaque étudiant devrait à la fois apprendre au gymnase et dans un apprentissage. Ce qui devrait permettre, selon l'auteur, d'offrir des conditions de départs identiques mais aussi de permettre à chacun de choisir sa voie tout en se nourrissant de ses deux instructions.

L'école et la formation sont des sujets difficile qui créent souvent la polémique. Je ne me souviens pas d'une année dans qu'un journal se fasse la voix d'un débat sur un aspect ou un autre de la politique scolaire et de formation. Les partis de gauche ou de droite font aussi particulièrement attention à la formation et il n'est pas rare, dans l'histoire, de voir des partis proposer des cours. Bakounine nous propose une nouvelle manière de voir l'école. Plutôt que de diviser les étudiants selon qu'ils font des études ou un apprentissage il souhaite que tous soient formés dans les deux. Que peut-on en penser ? Il est difficile d'imaginer ce qui adviendrait d'un tel système de formation qui demanderait une refonte profonde de notre vision de l'école. Bakounine a aussi une vision quasiment utopique de la formation. Par un mécanisme étrange le lien entre l'industrie et l'étude devrait permettre d'augmenter la productivité dans les deux domaines. Serais-ce vrai ? J'ai un peu de mal à le croire. Je ne suis pas non plus d'accord avec l'auteur quand il dénonce les formations avant que la population ne soit économiquement libérée. Je pense que l'on peut très bien proposer des cours et que ceux-ci peuvent avoir du succès.

Livre disponible sur In Libro Veritas sous licence art libre 1.3

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Dieu et l'état par Michel Bakounine

Titre : Dieu et l'état
Auteur : Michel Bakounine
Éditeur : In libro veritas
Pages : 102

Il y a très longtemps que je souhaite lire ce livre de Bakounine. Mais je n'ai jamais eu le temps ou l'envie et, au final, je ne le faisais pas. Depuis que j'ai une liseuse j'ai pu avoir l'opportunité de consulter des livres tombés dans le domaine public. J'ai donc sauté sur l'occasion et je me suis procuré quelques écrits de Bakounine dont un exemple a été présenté hier. C'est donc la seconde œuvre de Bakounine que je présente ici et, probablement, l'une de ses plus connues. J'ai trouvé le livre plus compliqué mais il faut dire que je suis passé d'un programme à une réflexion philosophique. Et je dois bien avouer que la philosophie n'est pas mon point fort.

Bakounine fait la distinction entre deux concepts : l'idéalisme et le matérialisme. Le premier est au cœur de la religion. Il permet de penser dieu. Mais l'idéalisme est si élevé qu'à coté de lui nous, être humains, ne sommes rien. Selon Bakounine nous perdons nécessairement toute liberté puisqu'il existe un dieu capable de tout et qui a tout prévu. À ses cotés il existe quelque chose d'autre. C'est le matérialisme. Celui-ci permet une ascension progressive de l'humanité qui part de la barbarie jusqu'à la civilisation la plus élevée. Si je puis faire cette analogie, plutôt qu'être une chute depuis le paradis l'humain est en constante ascension depuis l'enfer. Mais alors devrions-nous abandonner la morale religieuse pour mettre au pinacle la science ? On pourrait le penser si on se contentait de critiquer la religion. Mais Bakounine ne croit pas que ce soit une solution il pense même que ce serait un nouvel esclavage. En effet, selon Bakounine, les scientifiques forment une caste qui n'observent pas les êtres vivant mais des abstractions. Ce qui les conduit à prendre des décisions défavorables à la liberté si on leur offre le pouvoir. Bakounine ne condamne pas la science, il condamne la caste scientifique. Il pense que la science devrait être possédée par tout le monde même si cela se fait au prix d'un léger retard durant les premières années. Mais ce sujet concerne un autre texte que je présenterais prochainement.

Comme je l'ai dit dans mon introduction j'ai trouvé ce livre plus compliqué que le texte précédent. Comme je l'ai aussi dit c'est probablement parce que ce texte est plus philosophique. Cependant, il est, à mon avis, intéressant à lire. En effet, on y trouve une réflexion sur la nature de la religion et de l'humanité que l'on peut critiquer mais qui ne se contente pas simplement d'attaquer la religion. En effet, ce que Bakounine développe c'est une manière de considérer l'humanité selon que l'on croit ou non. Mais je pense que cette division très manichéenne. La religion y est décrite comme profondément anti-humaine alors que le matérialisme permet le développement sans limites de l'humanité. Mais on y trouve aussi une réflexion sur la science et ses capacités. Pourrait-on faire un lien avec les technocrates, des scientifiques payés pour offrir des politiques publiques rationnelles au pouvoir public, de plus en plus écoutés ?

Livre disponible sur In Libro Veritas sous licence art libre 1.3

11:33 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : anarchisme, bakounine | | | |  Facebook

05/09/2011

Anarchistes par Irène Pereira

Titre: Anarchistesv_c1_web_anarchistes_40.jpg
Auteur: Irène Pereira
Éditeur: La ville brûle 2009
Pages: 143

Depuis un certains temps je me définis comme anarchiste. Mais se définir comme étant quelque chose ne veut pas dire que l’on connaît tout sur le sujet. J’ai donc voulu en apprendre plus en lisant des classiques de l'anarchisme et des livres synthétiques. L’ouvrage d'Irène Pereira fait partie de ces dernier. En effet, l’auteure y développe l'anarchisme dans son histoire et ses penseurs pour nous permettre de mieux connaître ses concepts et ses branches. Celles-ci sont au nombre de trois et considèrent chacune un acteur différent pour la mise en place de la révolution. Cet acteur peut être le prolétariat, l'humanité ou encore chacun d'entre nous comme individus. Mais ce que l'on apprend c'est surtout le but de l'anarchisme. Loin d'être un mouvement prônant le chaos et la destruction de l'état c'est un mouvement prônant un changement dans l'ordre du pouvoir. En effet, l'anarchisme souhaite passer d’un pouvoir qui part du haut vers le bas pour un pouvoir qui va du bas vers le haut. Les individus, en commun, seraient donc plus puissant que toutes les autres strates du pouvoir. L'anarchisme souhaite aussi réformer l'économie pour passer du capitalisme a une économie plus humaine et respectueuse de la nature.

J'ai beaucoup aimé ce livre qui m'a permis de mieux comprendre certains concepts clés de l'anarchisme. En effet, bien que je me déclare anarchiste, je n'avais pas une grande connaissance des concepts ni de l'histoire de ce mouvement. Mais la lecture de ce livre permet de corriger rapidement cela. Néanmoins, il faut noter que l'auteure passe très rapidement sur les points qu'elle traite. Ainsi, les relations entre Marx et les anarchistes dans la Première Internationale mériteraient un livre entier. Cet ouvrage est donc principalement une vulgarisation de concepts compliqués et développés dans des œuvres classiques de l'anarchisme. Ce qui ne m'empêche pas de terminer en affirmant que ma lecture m'a donnée encore plus envie de faire flotter le drapeau noir sur le monde et d'atteindre une véritable démocratie.

Image: Site officiel

11:45 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : anarchisme | | | |  Facebook

13/06/2010

Ni Dieu ni Maître. Anthologie de l'anarchisme tome 2 par Daniel Guérin

Titre: Ni Dieu ni Maître. Anthologie de l’anarchisme tome 2419TJEVB69L._BO2,204,203,200_PIsitb-sticker-arrow-click,TopRight,35,-76_AA300_SH20_OU08_.jpg
Auteur: Daniel Guérin
Éditeur: La Découverte 1999
Pages: 361

le second tome de cette anthologie de l'anarchisme nous permet de nous replonger dans la philosophie anarchiste. Ce second tome s'occupe surtout de la première partie du XXe siècle. Nous y trouvons donc des noms comme Malatesta, Voline et Durruti. Cependant, ce qui est le plus intéressant ne sont pas forcément les textes mais la manière dont l'anarchisme réagit face aux évènements de l'époque que sont la Révolution d'Octobre et la montée du fascisme.

Tout d'abord nous pouvons observer comment la Russie Bolchévique a réagit face aux anarchistes et comment ces dernier réagirent face à la "dictature du prolétariat". Les premier essaient de discréditer les anarchistes et de trouver un moyen de s'en débarrasser alors que les second se demandent si il faut soutenir la Révolution ou lutter contre la dictature? Lors de la montée du fascisme les différents auteurs nous montrent comment les bolchéviques auraient tenté de prendre le contrôle de la lutte parfois au détriment de cette dernière.

Mais ce qui m'a le plus intéressé dans ces différents textes sont ceux qui parlent de l'application concrète de la philosophie anarchiste. Comment les Communes se mettent en place et s'organisent en fédérations libres. Comment l'économie réagit face à ce contrôle par les travailleurs. Lors de la lecture de ces textes nous avons l'impression de découvrir une philosophie qui fonctionne particulièrement bien. Une philosophie qui semble convaincre lors de son application et qui semble n'avoir des défauts qu'à cause de la guerre. En bref tout ceci semble trop beau pour être vrai. Car, même si j'apprécie les théorie anarchiste, j'ai du mal à croire que l'application concrète ait vraiment fonctionné aussi bien. Il faudrait se tourner vers des sources annexes si elles existent.

Néanmoins, ce tome garde les défauts du premier tome. Des défauts dû principalement à ce que nous nous trouvons face à une anthologie. Comme je l'ai dit précédemment, il aurait été intéressant de pouvoir lire plus que ce qui est donné. De plus, malheureusement, les textes anarchistes s'arrêtent à l'entre-deux guerres. Nous ne pouvons donc pas savoir comment la philosophie s'est développée ensuite. Pour cela, il faudra se tourner vers d'autres livres.

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18:28 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : anarchisme, daniel guérin | | | |  Facebook

05/06/2010

Ni Dieu ni Maître. Anthologie de l'anarchisme tome 1 par Daniel Guérin

Titre: Ni Dieu ni Maître. Anthologie de l’anarchisme tome 1412JMJ1TAVL._BO2,204,203,200_PIsitb-sticker-arrow-click,TopRight,35,-76_AA300_SH20_OU08_.jpg
Auteur: Daniel Guérin
Éditeur: La Découverte 1999
Pages: 413

Depuis quelque temps je me considère très proche des idées anarchistes même si je ne crois pas en leur applicabilité pratique. Néanmoins, je ne connais que très peu les écrits des penseurs anarchistes. C'est pourquoi j'ai décidé de lire cette anthologie. Ce premier tome nous fait voyager parmi les intellectuels anarchistes les plus connu du XIXe siècle. C'est ainsi que Guérin nous offre un choix de textes parmi les plus célèbres ou les moins connu nous permettant de nous faire une idée plus précise des idées anarchistes. Par la même occasion Guérin nous offre quelques informations biographiques et factuels. Ces dernières étant souvent donnée par l'intermédiaire d'auteurs eux-même anarchistes parfois même de l'époque des événements. Nous avons donc quelque textes de Stirner, suivi par Proudhon et Bakounine et se terminant par Kropotkine.

J'apprécie de livre tout simplement parce qu'il m'a permis de me plonger plus avant dans les thèses anarchistes. J'y ai découvert une richesse de pensée que j'attendais et que j'apprécie. De plus, les informations bibliographiques nous permettent de mieux comprendre le contexte dans lequel s'inscrivent les auteurs. C'est ainsi que nous découvrons l'importance de la Suisse pour les révolutionnaires. Néanmoins, j'ai quelque critiques à faire. Premièrement, Guérin a tendance à couper les passages. Je comprends que l'on puisse vouloir aller à l'essentiel mais j'apprécie de pouvoir lire un passage en entier. En second lieu les informations contextuelles et bibliographiques, intéressantes, peuvent être contestées. Pourquoi? Parce que les auteurs de ces passages sont eux-même anarchistes avec leurs idées et préjugés. Par exemple, Marx est souvent attaqué. Mais ce qui est dit est-il vrai? Enfin, j'aurais apprécié avoir d'autres œuvres. Mais, dans une anthologie, il est nécessaire de faire un choix.

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18:38 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : anarchisme, daniel guerin | | | |  Facebook

04/01/2010

La morale anarchiste de Kropotkine

Titre: La morale anarchiste41dWnh71sRL._SL500_AA240_.jpg
Auteur: Kropotkine
Éditeur: Editions de l'aube 2006 (Kropotkine 1889)
Pages: 75

Pourquoi avoir lu un livre sur l'anarchisme? C'est en fait assez simple. Lorsqu'on souhaite critiquer ou connaitre un mouvement il est nécessaire de lire ses textes. Bien sur je ne peux pas critiquer l'anarchisme après n'avoir lu que ce petit livre. Mais c'est un début. Kropotkine est un anarchiste russe du XIX siècle. Il a donc connu les multiples attentat sur le Tsar et a vécu dans une époque ou les anarchistes étaient capable de frapper presque partout. Comme beaucoup de penseurs de l'époque il vient de l'aristocratie ce qui lui a permis de réfléchir sur le système et de s'indigner. D'ou ses croyances idéologiques.

Ce livre se base principalement sur le problème de la morale traditionnelle venant de la religion et de l'état. A cette morale qu'il pense non pertinente et avilissante pour l'être humain il veut en substituer une autre. Celle "nouvelle morale" est basée sur la solidarité entre membres de l'humanité. Un sentiment de solidarité qu'il postule naturelle ce dont il cherche les preuves dans la nature même. C'est pourquoi on le voit utiliser des exemples comme les fourmis ou les oiseaux. Bien que ceci puisse faire sourire (on n'argumente plus de cette manière) l'idée de solidarité comme moyen de vivre ensemble reste une belle idée. Selon Kropotkine celle-ci est plus puissante comme force d'évolution que la concurence entre les espèces et dans l'espèce. Cette solidarité naturelle, logiquement, rendrait caduque le système dit coercitif de l'état puisque les humains sont tout a fait capable de vivre ensemble sans avoir besoin du concours des lois. Donc, oui c'est un livre idéologiques mais son idée principale, si on ne prend pas en compte l'argumentation, est intéressante bien qu'elle ne m'ait pas vraiment convaincu. Je pense encore que l'anarchisme est une utopie et que l'homme aura toujours besoin d'institutions au dessus de lui.

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09:51 Écrit par Hassan dans contemporain, Livre, Politique | Lien permanent | Commentaires (26) | Tags : anarchisme, kropotkine | | | |  Facebook