17/04/2012

Du papier à la biométrie. Identifier les individus sous la direction de Xavier Crettiez et Pierre Piazza

Titre: Du papier à la biométrie. Identifier les individus27246100366310M.gif
Directeurs: Xavier Crettiez et Pierre Piazza
Éditeur: Sciences po 2006
Pages: 331

Je me suis lancé dans un des thèmes qui m'intéressent le plus: la question de l'identification des citoyens par la surveillance de l'état. Pour cela je me suis plongé dans ce livre qui regroupe les communications d'un colloque de 2004 organisé par le Centre d'analyse et de régulation du politique. Le livre est divisé en trois parties de plus en plus importantes en termes de pages. La première partie concerne le coté historique des papiers d'identités. Il regroupe trois communications toutes aussi intéressantes les une que les autres. La première examine les papiers sous l'angle du pouvoir d'état. C'est Gérard Noiriel, historien connu, qui se colle à l'exercice. Le second concerne les origines modernes des papiers. Il nous montre que l'identification se construit dans la France de l'ancien régime. Cet article permet d'observer une histoire longue des pratiques d'identifications par les papiers ce qui permet de reconnaître des processus qui existent encore aujourd'hui. Le troisième est écrit par Pierre Piazza, auteur d'un livre sur la carte d'identité française, qui examine comment le régime de Vichy a réussi à imposer une carte d'identité nationale dans un but non-républicain tout en, comme souvent en ce qui concerne Vichy, s'inscrivant dans une continuité avec la troisième république.

La seconde partie prend en compte l'aspect de constructions politiques des pratiques de papiérisation. Je noterais l'intérêt de l'article de Benoît Larbiou qui démontre que le contrôle de l'identité permet aussi de défendre une profession, les médecins. Mais, dans le contexte des années 20-30 les papiers permettent aussi de faire un contrôle médical hygiéniste permettant de protéger la population non pas des indésirables mais des malades. Un concept qui implique aussi la notion de races malades. La communication d'Alexis Spire continue le précédent en examinant le contrôle de l'immigration jusque dans les années 70. Ce qui permet d'observer une transformation dans les contrôles qui de l'épuration des étrangers, ou naturalisés, collaborateurs passent au contrôle des communistes qui sont identifiés et expulsés. J'ai aussi apprécié l'analyse du passeport intérieur soviétique mais l'article de Vincent Tchen est trop juridique à mon goût.

Enfin, la troisième partie pose la question des résistances. Outre un entretien aec le directeur de la Mission Biométrie au ministère de l'intérieur, Philippe Melchior, il regroupe des communications prenant en compte aussi bien les caractères spatiaux que virtuel. J'ai trouvé les articles de Xavier Crettiez et Carlos Miguel Pimentiel très stimulant. Le premier examine les raisons de la mise en place de cartes d'identités régionalistes. Celles-ci sont des attaques directes contre l'état national mais ne sont pas forcément construite dans ce but. Xavier Crettiez montre que ces cartes permettent surtout de créer une identité locale face à l'identité nationale française. Le second article examine l'exception britannique. En effet, la carte d'identité n'y existe pas. Carlos Miguel Pimentiel tente de démontrer, avec brio, que cette exception provient d'une culture du droit non-écrit qui implique un droit d'anonymat des citoyens seul moyen d'éviter que l'état entre dans la vie privée des personnes. D’où une grande méfiance face à toute forme de papiérisation. Le chapitre 10 est particulièrement intéressant à lire dans le contexte actuel. Alors que la biométrie est de plus en plus utilisée en vue d'une défense de l'ordre public face au terrorisme les auteurs y examinent les arguments et les réalités de l'utilité de cette technologie. Les conclusions sont très sceptiques face à l'utilité de la biométrie en ce qui concerne la prévention du terrorisme. En effet, outre son coût important il est toujours possible de créer une fausse identité en se basant sur des papiers en amont de la mise en place du passeport biométrique. L'article qui suit est tout aussi intéressant puisqu'il examine les effets de l'accord de Schengen sur les frontières. En effet, a coté d'une ouverture des frontières intérieurs cet accord implique la mise en place d'un contrôle plus important des frontières extérieures. Ce qui se découvre de cet accord c'est une méfiance des étrangers provenant de certains pays qui, de part leur provenance, sont suspect a priori. L'identification permet de suivre un group considéré comme dangereux et de le tracer dans la bureaucratie dans toute l'europe. Enfin, le dernier article examine le problème de l'identité sur un espace virtuel qui détruit l'identité tout en pouvant permettre un contrôle très important des informations privées.

J'ai trouvé ce livre très stimulant. Outre le fait qu'il offre des informations nécessaires pour les citoyens dans le contexte actuel, l'examen scientifique de Schengen et de la biométrie est nécessaire, il permet de mieux comprendre comment fonctionne l'identité dans le cadre des papiers. Ce livre permet de comprendre que l'identité est avant tout une affaire de pouvoir. Un état impose une certaine forme d'identité à ses citoyens et aux étrangers qui lui permet de contrôler, de surveiller mais qui implique aussi une destruction des identités réelles. En effet, entre ce que l'on dit être et les quelques informations qui se trouvent sur une carte d'identité les différences peuvent être très importantes. J'ai surtout découvert le concept de banoptique qui permet de dépasser le concept foucaldien de panoptique. En effet, le banoptique permet de comprendre que la surveillance totale est une dystopie très difficile à atteindre à cause des coûts en personnels et en technologies. Le banoptique se concentre sur un groupe précis et recherche les informations dans les diverses bases de données. Le danger qui apparat n'est plus la surveillance généralisée par caméras ou policiers mais le lien entre les diverses bases de données étatiques et privées. Ce livre ouvre un grand nombre de questions importantes pour tous ceux qui réfléchissent au processus de papiérisation et à sa légitimité. Plus qu'un livre scientifique destiné à un public restreint c'est un livre dont les conclusions devraient être largement communiquées car elles sont nécessaires pour des décisions politiques importantes.

Image: Éditeur

20/02/2010

La vie privée face à l'imposition de transparence

Monsieur Mabut a, hier, donné son point de vue sur l'anonymat dans un billet écrit en réponse à une question d'un internaute. Monsieur Mabut, avec bonne fois j'en suis convaincu, pense que l'anonymat devra disparaitre des blogs hébergés par la tribune de Genève sauf exceptions. Je ne suis pas en charge de décider des conditions relatives à l'hébergement mais je souhaite tout de même faire quelques remarques. Des remarques qui dépasseront le cadre de la réponse de monsieur Mabut.

Depuis quelques mois nous entendons des sigles étonnants et obscurs: hadopi, Lopssi, Acta,... Derrière ces sigles se cache une nouvelle appréhension de l'internaute. Derrière ces sigles se cache une guerre qui est en train de se déclarer entre les tenant du contrôle de l'état, aidé en cela par les réseaux sociaux qui souhaitent détruire la vie privée à leur propre profit, et des citoyens refusant d'être espionné. Les tentatives de contrôle de l'internet par l'état viennent, tout d'abord, d'une idée louable. Il fallait protéger le citoyen de dérives, racisme, arnaques diverses et variées et autres vols d'identités. Il y avait aussi la volonté, tout aussi louable, de lutte contre les pédocriminels qui peuvent très facilement agir par et grâce à internet.

Mais ces derniers temps il semble que les décideurs aient compris à quel point internet est difficilement contrôlable. Ils ont donc décidé de mettre en place des procédures de plus en plus puissantes pour surveiller Internet. Du moins ils essaient. Alors que, dans le même temps, la réussite rapide et inattendue des réseaux sociaux a durement attaqué la vie privée. Nous savons tous qu'il est maintenant très facile de trouver des informations sur n'importe qui via les réseaux sociaux. Informations qui deviennent immédiatement incontrôlables une fois qu'elles sont mises sur Internet. Ces même réseaux sociaux commençant à se croire détenteur légitime de ces informations. En d'autres termes, un vol massif des identités se met en place alors que certaines états essaient laborieusement de mettre en place un véritable espionnage massif des citoyens allant jusqu'à imaginer la création de spyware!

Mais tout acte de ce genre, profondément destructeur, est forcément accompagné par une réplique plus ou moins forte. C'est ainsi que, le même jours quasiment que le début de cette guerre, j'ai vu arriver des logiciels de défenses du citoyen. On cherche a espionner? Et bien on crypte les données de l'ordinateur, on cache son IP, on l'intègre dans un réseau d'ordinateurs permettant l'anonymat de la navigation sur internet, on rend les anti-spyware de plus en plus performants. Oui, c'est une véritable guerre qui se dessine et dont le vainqueur pourra créer l'avenir d'internet. Ceux qui répliquent ne sont pas des anarchistes, des voleurs ou des criminels. Ce sont des citoyens qui ont compris une chose. Ils ont compris que la transparence pure exigée est la plus forte et la plus insidieuse des dictatures. Arrivez vous à imaginer sereinement un monde ou un état, même démocratique, est capable de contrôler toutes vos activités? Ou une entreprise peut savoir tout ce que vous faites à n'importe quel moment? Déjà aujourd'hui les prémices de ce monde effrayant peuvent être reconnus. Par exemple cette école qui a utilisé l'ordinateur portable offert aux élèves pour les espionner a leur domicile! N'est ce pas profondément immoral?

Oui c'est une guerre qui commence. Mais cette guerre peut mener a d'autres dangers. Malheureusement les répliques organisées par les citoyens internautes pourront parfaitement être utilisées par les vrais criminels qui y verront une opportunité pour se cacher de l'espionnage. Alors comment vont réagir les états? Vont ils interdire le cryptage? Exiger aux internautes que les spyware officiels soient acceptés par l'ordinateur? Il y a donc deux risques: d'abord permettre aux criminels, particulièrement les pédocriminels, de pouvoir mieux se protéger et ensuite fragiliser les citoyens innocents qui risquent de ne pas pouvoir se protéger suffisamment face aux dangers existant sur la toile.

Je me range donc résolument dans le camps de l'utopie à laquelle ne croit pas Monsieur Mabut car l'autre alternative est trop effrayante.

13:22 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vie privée, anonymat | | | |  Facebook