14/03/2014

L'antisémitisme de bureau. Enquête au coeur de la préfecture de Police de Paris et du commissariat général aux Questions juives (1940-1944) par Laurent Joly

Titre : L'antisémitisme de bureau. Enquête au coeur de la préfecture de Police de Paris et du commissariat général aux Questions juives (1940-1944)9782246736912-G.jpg
Auteur : Laurent Joly
Éditeur : Grasset 2011
Pages : 444

Vichy fait régulièrement parler. Le problème se pose entre responsabilité dû au travail de mémoire et analyse historique de l'époque. En quoi le régime de Vichy est responsable, et sous quelle forme, d'une partie de la politique antisémites et exterminatrice de l'Allemagne nazie? Dans ce livre Laurent Joly décide de répondre en examinant un point particulier: le fichier juif. Ce qui le mène à s'intéresse à la bureaucratie antisémite de Vichy et aux agent-e-s qui s'y trouvaient. Comment a fonctionné cette bureaucratie et pour quels résultats? Les agent-e-s étaient-ils et elles des antisémites convaincus ou seulement loyaux à un État quels que soient sa politique? Autant de questions difficiles et même délicates pour un période qui déchaine facilement les passions.

L'auteur développe l'histoire sur 5 chapitres. Le premier permet de comprendre les problèmes qui se sont posés au niveau des institutions. Ainsi, comment fut mis en place la bureaucratie antisémite? Quels furent les effets des autorités d'occupation? L'auteur montre que la nouvelle administration tente de se faire une place dans un paysage déjà constitué. Les différents organes peuvent se marcher sur les pieds ou tenter de prendre le contrôle les uns sur les autres. De plus, les autorités allemandes tentent de faire pression ce qui peut se traduire aussi bien par des demandes que par des arrestations. Le second chapitre permet de comprendre comment fonctionne la réception des Juifs à la préfecture de Police. Car c'est tout un personnel qui doit s'occuper d'une nouvelle population rendue illégitime. Malgré une loyauté aux normes administratives l'auteur observe l'usage d'un antisémitisme oral et l'incompréhension des effets du travail des bureaucrates sur les personnes juives. Les chapitres 3 et 4 permettent de comprendre ce qu'implique de travailler dans cette bureaucratie ainsi que de comprendre qui sont les personnes qui s'y trouvent. L'auteur observe à la fois des employé-e-s qui viennent par besoin et d'autres qui viennent par conviction. Il trouve aussi que les possibilités d'avancement sont bien plus importantes que dans le reste de l'administration. Ainsi, on peut passer en deux ans une échelle qui prendrait 20 ans normalement. Le dernier chapitre permet d'observer les luttes de mémoire qui se sont faites autours du fichier juif et qui a mis dans l’arène les historien-ne-s et les militant-e-s

Ce gros livre offre une analyse minutieuse d'une administration d'exception qui fonctionna durant la majeure partie de la deuxième guerre mondiale. On y voit autant le fonctionnement institutionnel que les choix des personnes ainsi que leurs sentiments. L'usage des sources orales et des mémoires permet, d'ailleurs, d'illustrer certains moments tout en gardant un esprit critique face à une reconstruction de la mémoire personnelle (ce que l'auteur fait d'ailleurs). Au final on découvre une institution servie aussi bien par des antisémites, des collaborateurs mais aussi, et surtout, des employé-e-s qui restent parfaitement loyaux et loyales à l’État quelle que soit la politique de celui-ci. Ces personnes intériorisent la nouvelle norme antisémite qui s'accroche à une pratique xénophobe institutionnelle que la IIIème République connaissant déjà. C'est un livre qui permet de comprendre comment une institution peu déraper sans que personne ne se sente responsable de ses actes propres reportés sur une Autorité supérieure.

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12:12 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : antisémitisme, bureaucratie, vichy | | | |  Facebook

24/11/2012

"J'accuse" par Emile Zola

Titre : "J'accuse"arton90.jpg
Auteur : Emile Zola
Éditeur : Éditions de Londres
Pages : 24

Voici, peut être, le texte politique le plus célèbre de France. La lettre ouverte qui devint le symbole d'une erreur judiciaire et d'un combat antisémite violent. L'affaire Dreyfus a pris une telle importance que personne, à ma connaissance, n'en a jamais entendu parler. Dreyfus est un capitaine de l'armée française dont le tort a été d'être juif. Alors que l'armée cherche un traitre dans ses rangs elle croit l'avoir trouvé en la personne de Dreyfus. Mais les preuves sont loin d'être convaincantes et les discours antisémites se sont multipliés. C'est aussi une affaire qui a vu les intellectuels français, de gauche comme de droite, multiplier les prises de positions en faveurs ou contre Dreyfus.

Zola, dans cette célèbre lettre, prend brutalement position pour le capitaine. Il tente de comprendre et d'illustrer comment cette erreur judiciaire s'est constituée. Il pense que la principale cause se trouve dans la personne chargée de faire l'enquête et de faire condamner Dreyfus. Cet homme aurait créé une affaire en laissant son imagination vagabonder et il aurait, par cela, laisser échapper le vrai coupable. Mais les généraux sont aussi coupables par leur inaction et leur refus d'innocenter un homme quand les preuves ne pouvaient que mener à cette conclusion. Zola y fait aussi une prophétie: l'affaire Dreyfus sera une tâche indélébile sur l'histoire de la troisième république française. Il avait raison.

Image: Éditeur