21/10/2014

"Les homosexuels sont un danger absolu" homosexualité masculine en Suisse durant la seconde guerre mondiale par Thierry Delessert

Titre : « Les homosexuels sont un danger absolu » homosexualité masculine en Suisse durant la seconde guerre mondiale29402100553030M.gif
Auteure : Thierry Delessert
Éditeur : Antipodes 2012
Pages : 397

L’histoire des homosexualités – aussi bien féminines que masculines – est peu connue en Suisse. Pourtant, le pays a dépénalisé les actes consentants entre adultes alors que le reste de l’Europe les rendait plus dangereux pénalement parlant. C’est aussi ici, en Suisse, que la seule association, et son journal, du monde ont existé pendant de nombreuses années tout en se cachant derrière un respect scrupuleux de la loi. Il est donc clair que lorsque un livre sort sur le sujet il permet d’en savoir beaucoup plus. Celui-ci est la publication d’une thèse et l’auteur y examine son sujet en trois parties constitués de deux chapitres chacun.

Dans la première partie – le milieu homosexuel des années 40 – l’auteur examine deux choses. Tout d’abord, il nous montre comment fonctionnait ce milieu et, plus précisément, le Kreis. Son étude permet non seulement de mettre en évidence une théorie du bon comportement mais aussi de retrouver les lieux de rencontres en particulier à Zurich. En effet, les Cercles qui existent dans d’autres villes sont parfois très éphémères. Le second chapitre permet d’examiner la manière dont l’homosexualité est qualifiée aussi bien par les principaux intéressés que par la justice au sens large. Dans ce chapitre nous trouvons une analyse de la prostitution masculine homosexuelle et de la manière dont elle est considérée par les autorités : un danger. En effet, cette forme de prostitution crée un risque de contagion des jeunes hommes vis un « argent facile » mais c’est aussi une source de scandales à cause des chantages qu’elle pourrait impliquer.

La seconde partie – les lois sur l’homosexualité – examine les dispositifs légaux et les discussions autours de leur acceptation. Delessert commence par examiner les deux codes pénaux qui unifient le pays. Le premier est militaire tandis que le second, en vigueur en 42, est civile. Cependant, le premier est soumis au second puisque l’état de guerre est exceptionnel alors que les citoyens suisses sont tous soumis aux lois militaires durant une partie de leur vie. Leur examen permet à l’auteur de mettre en évidence les combats mais aussi les raisons d’une dépénalisation et de démontrer que l’Allemagne a un impact fort sur la législation du pays. En effet, alors que la majorité des cantons, en particulier alémaniques, pénalisaient l’homosexualité avec leur propre code ce code national dépénalise l’homosexualité entre adultes consentants tout en protégeant les mineurs de plus de 16 ans. La raison en est simple, les législateurs souhaitaient, avant tout, éviter des scandales tels ceux qui ont eu lieu en Allemagne autours du §175. Pire encore, à leurs yeux, le militantisme qui s’était développé pour l’abrogation de ce paragraphe devait être évité à tous prix. Un second chapitre permet à l’auteur d’examiner la pratique des tribunaux militaires qui doivent jongler entre un code civile qui dépénalise et un code militaire qui pénalise l’homosexualité. Ceci permet à l’auteur de mettre en évidence l’importance des expertises qui permettent de savoir exactement ce que furent les actes reprochés mais aussi de démontrer que le but des militaires est de protéger l’ordre et la virilité de l’armée et, par extension, du pays.

Une dernière partie – psychiatrie et homosexualité – permet à l’auteur de s’intéresser de plus près aux experts appelés à s’occuper des homosexuels. Le premier chapitre montre comment les psychiatres catégorisent l’homosexualité masculine et la manière dont ils la comprenne. Ainsi, il y aurait diverses formes d’homosexualités qui n’ont pas les même conséquences sur la responsabilité de la personne. Le second chapitre s’intéresse de plus près à l’examen du corps qui peut être pratiqués. Celui-ci, dans une perspective française venue de Tardieu, permet de prouver, théoriquement, l’homosexualité de la personne vie l’examen de l’anatomie. L’auteur y décrit aussi les raisons qui ont poussé à la castration d’un homme. La castration, acceptée en Allemagne nazie, est beaucoup plus compliquée en Suisse puisqu’elle implique un consentement éclairé. Bien entendu, toute la question est de savoir à quel point ce consentement est contraint face à la prison et l’internement de longue durée. Le problème de son efficacité est aussi discutée par les médecins de l’époque.

En conclusion je trouve ce livre très intéressant. Les propos sont très denses mais permettent de mettre en lumière la pratique ainsi que la théorie qui existent autours des homosexualités. Je parle aussi bien du milieu qui existait à l’époque que de la manière dont la justice, de la police aux psychiatres, s’occupaient des personnes dont ils avaient la surveillance. Dans un pays qui dépénalise il est très intéressant de voir qu’il existe une forte surveillance ainsi qu’une pratique psychiatrique développée et peu clémente. L’examen des militaires permet aussi de comprendre comment le pays, dans un contexte de défense de soi et de virilisation, traite ses marges en direction, aussi bien dans le civil que le militaire, d’une invisibilisation.

Image : Éditeur

09/11/2013

Ender's Game

Il y avait longtemps que je n'avais pas entendu parler d'Ender. La stratégie Ender était le premier livre d'Orson Scott Card que j'avais lu. C'était avant que sa fascination pour son ami imaginaire (du nom de dieu) et pour le danger de l'homosexualité ne me gonflent. Je peux passer outre beaucoup de choses mais quand elles deviennent trop centrales dans un livre ça finit par me dégoûter. Ce n'était pas le cas dans Ender qui reste l'une des histoires les plus inventives et intéressantes selon mes souvenirs (qui sont un peu vieux il est vrai). Donc une adaptation ne pouvait que m'intéresser.

Ender est un jeune écolier. Il fait partie d'un programme d’entraînement militaire. Ce dernier a été conçu pour découvrir et élever des stratèges d'exceptions après qu'une invasion alien ait failli détruire notre race. Ce programme est difficile mais Ender l'a réussit. Il est donc envoyé à l'école de guerre en orbite autours de la Terre. Dans un environnement militaire extrêmement rude des enfants y sont habitués à tuer de sang froid et de la manière la plus efficace possible. Ender fera tout pour y prouver ses capacités hors du commun en matière de stratégie et devenir celui qui sauvera la race humaine.

Comme je l'ai dit mes souvenirs concernant le livre sont un peu anciens. Cependant je pense que l'adaptation est particulièrement fidèle. Les principaux événements sont décrits avec exactitudes ainsi que l'environnement qui entoure les enfants. On y découvre une société basée sur la violence et le culte martial. Un culte rendu nécessaire par le danger d'une invasion mais qui broie ses nouvelles générations. Ce culte est rendu plus fort encore par l'usage important des jeux de guerre à l'aide d'ordinateurs. Ces jeux font partie de l’entraînement principal à l'armée. On découvre des environnements réalistes qui permettent aux enfants de réfléchir à des tactiques de plus en plus inventives. Les problèmes concernent surtout les rôles féminins. Ceux-ci, même dans l'école, sont cantonnés à un rôle d'amour et de compassion maternelle envers le héros du film. Sur les quatre femmes importantes deux font parties de la famille d'Ender. Une est une soldate chargée du contrôle psychologique des enfants et la dernière une jeune ado qui sert d'oreiller émotionnel à Ender. Vraiment dommage.

PS: Un gros malus à la propagande contre le soi-disant "piratage" payé, entre autres, par swissmedic et les pharmas. Vous croyez vraiment qu'on ne sait pas ce que vous tentez de faire?

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario. Bon j'ai toujours aimé ce livre. Le film étant, à mon avis, réussit sans être flamboyant je lui offre une bonne note.

  • Joss Whedon.

Image: Site officiel

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11:24 Écrit par Hassan dans Film, science-fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ender, invasion, aliens, armée | | | |  Facebook

17/01/2011

La guerre censurée. Une histoire des combattants européens de 14-18 par Frédéric Rousseau

Titre: La guerre censurée. Une histoire des combattants européens de 14-1841EBTGF5APL._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Frédéric Rousseau
Traducteur: François Schmitt
Éditeur: Seuil 1999
Pages: 412

La première guerre mondiale fait partie de ces événements que nous connaissons tous. Ou plutôt que nous croyons tous connaître. Depuis l'école les idées reçues sont acceptées et transmises sans vraiment les remettre en question. Toutes ces idées reçues ne sont, bien entendu, pas forcément fausses mais certaines oui. Par exemple, une idée que l'on lit régulièrement est que les soldats combattaient par amour de la nation. Mais est-ce vrai? Frédéric Rousseau essaie, dans ce livre, d'oublier les théories des généraux ou des historiens militaires classiques. Il essaie de se rapprocher du vrai combattant, de celui qui vit en première ligne dans la boue et les poux. Mr Rousseau essaie de comprendre comment la première guerre mondiale fut ressentie par les simples soldats. Et il tente de comprendre ceci en se concentrant sur la question du moral des troupes. En effet, comment est-il possible que des millions d'êtres humains aient acceptés de combattre pour un objectif qui ne semble pas clair? Pour comprendre ce moral et ses limites l'auteur va examiner plusieurs explications possibles qui transparaissent au travers des sources. Alors? le sentiment nationaliste joue-t-il un rôle? L'auteur répond en minimisant ce rôle. Les amis de la section sont plus importants puisqu'ils font partie de la famille du soldat. C'est pour eux que le soldat se bat et non pour un concept. L'auteur montre aussi l'importance d'un chef exemplaire qui respecte ses soldats et qui agissent en vrai combattant et non en restant cloîtré dans un bunker à l'arrière. Mais ce livre nous permet aussi de connaître ce qui détruit le moral d'un soldat. L'absence d'amour et de sexe bien entendu. Mais aussi la mort omniprésente, les cris des blessés, le manque de repos et d'initiative. Comment passer outre? Les permissions sont une solution mais, souvent, le soldat tombe dans l'alcool voir la folie.

Que penser de ce livre? Je suis assez mitigé. Tout d'abord je suis content de trouver un livre qui tente de comprendre comment le simple soldat ressent la guerre. Je trouve aussi très intéressant d'essayer de savoir comment le moral des soldats peut être renforcé ou amenuisé. Il est intéressant de voir que certaines idées qui sont encore utilisées dans l'armée ont un effet très négatif sur le soldat et sa façon de combattre. J'ai aussi apprécié cette impression, que j'ai ressentie lors de la lecture, d'entre véritablement dans le quotidien des soldats quelque sois le camps. Ceci est possible grâce à la large utilisation des sources par Rousseau. Celles-ci sont souvent et largement citées ce qui nous permet d'entrer dans les pensées intimes des soldats. Cependant, bien que certains passages m'aient donné l'impression de lire un roman, il m'est arrivé de m'ennuyer dans ma lecture. Je me pose aussi la question des sources. Est-ce que les personnes qui ont écrits des témoignages de guerre ont un profil sociologique particulier? Si oui, sont-ils vraiment représentatifs des millions de soldats qui ont combattus? Cependant il faut tout de même noter que Rousseau utilise aussi la correspondance des soldats ce qui lui permet de passer outre cette question de méthode.

Image: amazon