22/02/2011

Les usages sociaux de la science. Pour une sociologie clinique du champs scientifique par Pierre Bourdieu

Titre: Les usages sociaux de la science. Pour une sociologie clinique du champs scientifique27380100258880M.gif
Auteur: Pierre Bourdieu
Éditeur: INRA éditions 1997
Pages: 79

Après tous ces petits romans il devenait nécessaire que je redevienne un peu sérieux et que je lise un ouvrage plus adapté à mes études. J'ai donc choisis ce petit livre d'une conférence donnée par Pierre Bourdieu à l'INRA. Très petit livre puisqu'il ne fait que 79 pages en comptant la préface qui introduit le conférencier, la conférence et les questions et réponses qui prennent place, traditionnellement, à la fin de celle-ci. 79 pages peuvent même paraître très courts quand on annonce vouloir faire un peu sérieux. Mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit de Pierre Bourdieu. Un des sociologues français les plus connu du XXe siècle il est aussi l'un des auteurs les plus difficiles à lire puisqu'il utilise des termes très techniques dans des phrases encore plus absconses. Mais cet auteur reste très intéressant à lire et la lecture d'un ouvrage de cette taille ne devrait pas poser trop de problèmes de mal de tête. D'autant que l'auteur est bien plus compréhensibles dans ses conférences que dans ses œuvres plus massives.

Cette conférence a pris place à l'INRA, Institut national de la recherche agronomique, dans le cadre d'un programme nommé Science en Question qui a donné lieu à de nombreuses publications. Ce programme souhaite poser la question des usages de la science à l'INRA mais aussi dans la société et des interactions entre ces deux champs. Bourdieu a donc été invité a parler de la manière dont la société utilise la recherche sans, forcément, l'utiliser scientifiquement. Cette question l'a conduit à poser le problème de l'autonomie du champs scientifique (un champs, pour Bourdieu, est un univers relativement autonome par rapport aux autres champs prenant place dans le macrocosme social il possède ses propres règles et rémunérations symboliques ou non). Bourdieu considère que le champs scientifique, surtout dans le cadre des sciences humaines, n'est que peu autonome par rapport à la société. Il est donc nécessaire, si on souhaite posséder une recherche forte et inventive, de s'autonomiser pour que les acteurs prenant la paroles soient ceux qui aient le plus de capital selon le règles du champs scientifique. Cette autonomisation devrait se faire, selon Bourdieu, en se posant la question non pas des besoins de la société mais des besoins de la science. Les scientifiques devraient revendiquer leurs besoins et non tenter d'accepter ce que la société leur impose. De plus, Bourdieu considère qu'un champs scientifique autonome devrait être capable de répondre aux réels besoins sociaux en les identifiant, en les annonçant mais, surtout, en combattant les faux problèmes induit par l’interaction des champs politico-médiatiques.

Heureusement pour moi, et pour d'autres lecteurs, ce livre est court. Mais ça n'empêche pas Bourdieu de mettre en place de nombreux concepts qui ne seront pas forcément évident aux profanes (moi même ais-je réellement compris ces concepts?). Mais cette conférence pose, probablement, des questions que les scientifiques devraient s'approprier et débattre. L'une des principales questions que j'en ai sorti est de savoir quels sont les réelles attentes de la société face à la recherche? Est-ce que ce sont les questions des journalistes? Les demandes politiques? Ou alors les questions soulevées par des sondages plus ou moins (et plutôt moins d'ailleurs) sérieux? Ou alors ces questions sont-elles, parfois, peu ou pas exprimée pas incapacité de relayer l'information au niveau politique? Bref, c'est aussi un petit livre qui ne devrait pas être lu que par des scientifiques et qui pose des questions non seulement intelligentes mais aussi légitimes.

Image: INRA

25/01/2010

La domination masculine par Pierre Bourdieu

Titre: La domination masculine41DCBX80D4L._SL500_AA240_.jpg
Auteur: Pierre Bourdieu
Éditeur: Seuil 1998
Pages: 177

D'après ce que je sais ce livre est l'un des plus connu que Pierre Bourdieu ait écrit. Son but est, ici, de démontrer les mécanismes sociaux et structurels de la domination des hommes sur les femmes. Il postule que ces mécanismes fonctionnent par un travail de déshistoricisation ce qui permet de les penser comme éternels et naturels. Bourdieu essaie, donc, de faire un travail de déshistoricisation pour déconstruire ce travail et montrer que ce que les femmes sont naturellement est, en fait, socialement construit. Si l'on suit l'analyse de Bourdieu, on découvre des mécanismes puissants qui touchent les femmes et les hommes. Qui les enferment dans des rôles qu'ils ne peuvent que difficilement abandonner. Ces mécanismes étant, selon Bourdieu, intériorisés par les individus à cause de la famille et de l'école.

C'est un livre de Bourdieu: dense, difficile à lire et riche. Je ne peux pas affirmer avoir compris dans sa totalité les thèses de Bourdieu mais, après être sorti de ce livre, j'ai eu l'impression d'être un peu plus riche. De comprendre un peu mieux comme le genre féminin est dominé quotidiennement. Je vois d'un œil nouveau des choses aussi triviales que les conversations avec une femme, les jupes ou les talons. Surtout, je pense comprendre un tout petit mieux - est ce possible en tant qu'homme? - ce que veut dire être une femme. Un "objet" de capital symbolique qui se définit principalement par la perception qu'en ont les hommes. J'ai aussi longuement réfléchi sur un exemple que donne, rapidement, Bourdieu aux pages 38-39. Il y explique que certains prisonniers, en Amérique du sud, ont été féminisé par humiliations, moqueries et attitudes féminines. Ceci considéré comme une torture. Bourdieu ne développe pas cet exemple mais je trouve révélateur que traiter un homme comme on traite une femme soit nommé torture...

Image: Amazon.fr

16/01/2010

Contre-Feux: propos pour servir à la résistance contre l'invasion néo-libérale de Pierre Bourdieu

Titre: Contre-Feux: propos pour servir à la résistance contre l'invasion néo-libérale41RZWVT5THL._SL500_AA240_.jpg
Auteur: Pierre Bourdieu
Éditeur: Raisons d'agir 1998
Pages: 125

Voici le second livre de Bourdieu que je lis. Du moins, que je lis vraiment en n'en prenant pas des extraits. Contre-Feux est un livre en peu de pages divisé en deux tomes consacré à la lutte contre le néo-libéralisme. Bourdieu y a inclut des textes qu'il a écrit ou déclamé durant sa carrière et qui ont tous en commun cette préoccupation: comment arrêter la néo-libéralisme? Ce n'est pas que Bourdieu soit contre le progrés. Il souhaite démontrer, travaux à l'appui, pourquoi cette doctrine est irréaliste, tautologique et dangereuse. Au fil de la lecture on découvre sa thèse qui est que le néo-libéralisme, sous couvert de baisser les couts et les contraintes, crée des contraintes et des couts sociaux dont le prix est encore inconnu. Il souhaite montrer que la fin des protections sociales et la volonté de flexibiliser le travail crée des situations de précarité. Non seulement pour le chômeur qui doit vite trouver de quoi subsister. Mais aussi pour le travailleur qui est constamment sous la menace et le stress de la perte d'emploi. C'est pourquoi il souhaite une lutte européenne, voir mondiale, contre cette doctrine.

Le propos est convainquant. Mais j'avoue que j'étais un lecteur déjà gagné au combat. Bien que Bourdieu se base sur son travail et les recherches d'autres savants ce livre, qui regroupe des discours et articles de journaux, perd nécessairement les références scientifiques qui ne sont que sous-entendue. Ce livre est donc aussi un appel à faire des recherches sur les couts sociaux, qui sont aussi économiques, de la libéralisation. Bien qu'aucune preuve n'existe encore on voit que Bourdieu pense que ces couts sont supérieurs aux bénéfices. Si cela est vrai il faudra repenser la libéralisation. Bref, ce n'est pas un texte scientifique. ce qui implique une bonne lisibilité, alors que Bourdieu peut souvent être très opaque, bien qu'il faille un petit effort du lecteur. Ce n'est pas non plus une excuse pour le dédaigner. Alors que la crise est passée par la avec son cortège de précarisés et alors que nous avons vu des salariés de plus en plus nombreux se suicider on devrait légitimement se poser la question des couts de la libéralisation et de la flexibilisation des travailleurs.

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05/01/2010

Sur la télévision par Pierre Bourdieu

Titre: Sur la télévision319PYJ5GX6L._SL500_AA240_.jpg
Auteur: Pierre Bourdieu
Éditeur: Raison d'agir 1996
Pages: 95

Voici, peut être, le livre le plus facile à lire de Bourdieu sur un sujet qui pourrait intéresser tout le monde. Il se compose de deux cours qui ont eu l'intérêt d'être retransmis à la télévision sans que l'on est obligé Bourdieu à suivre un thème prédéfinis et d'un article des Actes de la recherche en sciences sociales. Comme vous le savez, ou pas, Bourdieu est un sociologue français important connu, entre autre, pour sa théorie de la domination. Il a conceptualisé, par exemple, les termes d'Habitus et de Champ. C'est ici une sociologie des médias qu'il souhaite faire.

Pour cela le livre est divisé en trois parties. Lors de son essai il essaie d'expliquer comment le champ journalistique fonctionne. On découvre que les médias, obligés de se faire la course entre eux, en viennent à chercher ce qui n'est pas ordinaire dans un moment des plus ordinaires. Poussés par la concurence entre eux les médias sont structurellement obligés de tous faire la même chose. De plus, la télévision même ne peut plus créer de l'info par sa grandeur même. Comme tout le monde regarde la même émission au même moment, et comme l'audience est un couperet fatal, cette même émission ne peut que faire ce que tout le monde accepte. Parler de ce qui ne crée pas vraiment de débats ou sur quoi tout le monde est d'accord. Les faits divers ou les histoires personnelles. Bourdieu essaie aussi de montrer comment le champs journalistique agit sur les autres champs de la société. Selon lui, la logique économique des médias crée une sélection des acteurs à interviewer ou des livres best seller. Cette sélection met dans l'ombre les recherches ou les personnes peut être meilleurs ou plus légitimes à parler de tel ou tel sujet.

C'est un livre dense et je sais bien qu'il est illusoire d'en parler de manière pertinente en si peu de lignes. Je sais aussi qu'il existe bien d'autres ouvrages plus complet, plus récent et plus scientifiques sur le sujet. Néanmoins, je pense que lire ce petit ouvrage pourrait être une bonne idée pour toutes personnes intéressées. Bien sur, tout n'est pas facilement compréhensible mais ce livre reste largement lisible. Il suffit de faire un petit effort.

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