16/12/2013

Les manuels à l'usage des gardiens de camps nazis

Titre : Les manuels à l'usage des gardiens de camps nazis
Éditeur : Berg International 2013
Pages : 64

Je n'ai rien lu sur la période nazie en Allemagne depuis un certain temps. Bien que cette période intéresse un grand nombre de personnes, dont moi, j'ai aussi un sentiment mitigé face à mon propre intérêt. J'hésite donc souvent à lire et présenter de tels livres. Je n'hésite pas parce que j'ai peur de la période mais parce que je crains de ne pas être capable de présenter de manière adéquate ce que je lis. Récemment, j'ai donc emprunté ce petit ouvrage. Celui-ci, entre une présentation et une postface, nous offre trois textes non-commentés. Ces textes sont des manuels édités pour les gardien-ne-s des camps nazis. Il y a un règlement disciplinaire, des instructions et des consignes de service.

Pour quelles raisons lire ces trois textes? Parce qu'ils permettent de comprendre un peu mieux l'idéologie qui se place derrière les gardiens. Bien qu'on ne puisse comprendre les camps de concentration seulement par ces textes ils permettent d'illustrer comment l’Allemagne nazie considérait ses prisonniers/ères et les gardien-ne-s. Car ce qu'on trouve ce sont des phrases courtes mais qui illustrent une idéologie. Le manuel d'instruction est particulièrement intéressant ici. Il est constitué de séances de questions-réponses. Celles-ci montrent que le/la gardien-ne est à la fois placé-e en position supérieure et éloigné-e des prisonniers/ères. Ce qui permet à la personne qui garde les camps de se considérer comme un exemple parfait face à des ennemis intérieurs déshumanisés.

Je suis un peu plus sceptique face aux textes d'introduction et de postface. Le choix, revendiqué, est de ne pas commenter les sources éditées. Ce choix se comprend mais j'aurais tout de même apprécié un commentaire, même court, de ce que je lisais. Par exemple, quelles furent les détournements des règlements? Comment furent-ils rédigés? Sont-ils appliqués rigoureusement? Des questions qui restent sans réponses dans ce livre. J'ai aussi eu quelques réactions de surprises face à certaines formules et considérations des personnes qui ont écrit l'introduction et la postface. Sans être choquantes je me demande si elles étaient nécessaires. Ce qui n'enlève rien à l'intérêt du travail de ces deux personnes ainsi que du traducteur.

Image: Éditeur

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24/07/2011

Bent

Bent est une adaptation d'une pièce de Broadway. L'histoire qui est développée dans ce film est celle d'un couple d'homosexuels de Berlin sous le gouvernement des nazis en 1934. Nous y suivons donc Max et Rudy un couple d'hommes qui écume les nuits et les bars de Berlin. Max y fait la connaissance d'un officier SA homosexuel. Les deux hommes commencent une relation de couple qui sera brutalement détruite lors de l'assassinat de l'amant de Max. Suite à cet évènement Rudy et Max fuient et se cachent des autorités en tentant de sortir de l'Allemagne. Mais comment peut-on fuir un gouvernement aussi total? Malheureusement, le couple sera rattrapé et envoyé à Dachau. Max fera tout pour survivre dans l'enfer gris du camps de concentration en essayant d'éviter l'étiquette homosexuel et en organisant des combines avec les gardiens. Mais le monde des camps est sans pitié ce qu'il apprendra très rapidement.

C'est un film dur mais aussi un bon film. Outre la vision de la Berlin homosexuel qu'il offre, il faut savoir que l'Allemagne semble si je ne me trompe pas avoir été très avancée dans la tolérance durant l'entre deux guerre, que je peux vérifier on y découvre une peinture que je trouve très adéquate des comportements durant le gouvernement nazi. En est témoin le rôle de Grita cet homme qui se travestit. Alors qu'il explique à Max et Rudy comment fuir il leur dit aussi qu'il n'hésitera pas à les dénoncer à la police montrant comment la société civile devint l'adjointe de la police par la dénonciation. Mais on y perçoit aussi un peu comment fonctionnaient les camps. Je ne parle pas de scènes de tortures, bien qu'il y ait tout de même des scènes difficiles, mais des scènes qui montrent l'absurdité des tâches que l'on obligeait les détenus à accomplir. Max doit déplacer des pierres d'un point à un autre puis les ramener et ceci toute la journée. On y voit aussi le sadisme des gardes par exemple au travers des dernières scènes. Celles-ci, si j'en crois les témoignages que j'ai lu, sont très proches de la vérité. C'est un film triste, gris, sans espoir sauf lors des moments ou Max trouve un amour inattendu. Mais un amour qui ne peut pas durer dans un camps de concentration nazi. La dernière scène est particulièrement émouvante puisque Max y accomplit un acte d'amour et d'acceptation en revendiquant son homosexualité.

Image: Allociné

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