04/02/2014

L'an V de la révolution algérienne par Frantz Fanon

Titre : L'an V de la révolution algérienne9782707167637.gif
Auteurs : Frantz Fanon
Éditeur : La Découverte et Syros 2001
Pages : 174

Je ne connais pas grand-chose sur la guerre d'Algérie. Bien entendu je sais quelques petites choses que tout le monde connaît. Mais ce n'est pas vraiment important. Donc quand j'ai pu lier mon désir d'en savoir plus à la fois sur la pensée de Frantz Fanon et sur la guerre d'Algérie j'ai sauté sur l'occasion. Ce livre est publié pour la première fois en 1959. Frantz Fanon est en plein militantisme et il utilise ses connaissances pour aider les Algériens à se libérer de la tyrannie du colonialisme français. Outre cela il écrit. Ici il tente d'analyser les changements que la guerre de libération a créé dans la société algérienne aussi bien d'un point de vue social que dans l'usage des techniques.

Fanon décrit les changements sur 5 chapitres. Le premier concerne principalement les femmes ainsi que leur rapport au voile dans le cadre du colonialisme. Alors que la condamnation française du voile comme un reste de l'ancien temps sexiste ne fit rien pour dévoiler les femmes c'est, paradoxalement, selon Fanon, la guerre qui permit aux femmes de se dévoiler. Ceci se fit non pas pour se libérer d'un carcan patriarcal qui n'est qu'une tradition acceptée mais pour aider à la Révolution. Ainsi, une femme dévoilée peut plus facilement parcourir les rues pour aider les hommes à éviter la police. Inversement, l'intérêt envers les femmes dévoilées par la police a impliqué le retour du voile qui permet de cacher armes et bombes. Dans le second chapitre l'auteur analyse l'arrivée massive et l'usage de la radio. Celle-ci, malgré le brouillage, permet de donner les informations sur les réussites de la Révolution aux citoyen-ne-s alors que les médias français cachent les victoires. Plus encore, les médias de la Révolution utilisent plusieurs langues dont le français. Dans le troisième chapitre Fanon tente de montrer en quoi la guerre change la manière dont la famille fonctionne. Que ce soit le fils qui ne suit plus les conseils de son père ou la fille qui doit nécessairement s'occuper de la famille en l'absence de l'homme voir vivre avec des hommes sans être mariées. Mais c'est aussi le mariage qui change. Alors que, selon Fanon, le mariage était d'abord une alliance entre clans durant la guerre ce sont des personnes qui apprennent à se connaître qui souhaitent se marier sans avoir à demander le droit aux parents (surtout au père). Fanon analyse, dans le chapitre 4, la manière dont la médecine est utilisée par les forces colonialistes. En effet, selon Fanon, la France a tenté d'interdire la vente de médicaments ainsi que de forcer les médecins à dénoncer les blessures suspectes. Enfin, l'auteur termine sur la minorité européenne en montrant comment certains de ses membres décident de soutenir la Révolution que ce soit à l'aide d'informations ou en cachant biens et personnes dans leur propriété.

Je suis à la fois très favorable et un peu déçu par ce livre. Favorable car il donne la pensée de Fanon sur une Révolution en cours et les mutations que cela implique nécessairement dans une société. On apprend donc un certain nombre de choses sur le fonctionnement de la guerre ainsi que sur les raisons qui peuvent pousser certaines personnes à se révolter. Cependant, cette analyse pèche, et c'est normal, par le contexte durant lequel elle a été écrite. Comment peut-on créer un livre avec une méthodologie impeccable alors que l'auteur se trouve en pleine guerre et risque la prison, voir la mort, chaques jours? Il est donc parfaitement compréhensible que les exemples soient des généralités et que Fanon n'entre pas dans le détail. Mais ce qui m'a le plus déçu est la manière dont Fanon analyse le rôle des femmes. L’œil exercé se rend facilement compte qu'elles sont gardées en réserve pour des activités subalternes. Cela ne veut pas dire que ces activités ne sont pas importantes mais elles ne sont pas des luttes. Mais Fanon ne voit pas ça. Alors que son analyse du racisme et du colonialisme est très stimulante il est singulièrement aveugle envers le système patriarcal. Je souhaiterais donc en savoir un peu plus sur ce sujet mais il faudra, pour cela, m'intéresser à d'autres auteur-e-s.

Image: Éditeur

20/11/2011

L'ordre et la morale (mais de qui?)

Hier soir je suis allé voir le nouveau film de Mathieu Kassowitz. Après être sorti du cinéma j'ai voulu en savoir un peu plus sur les événements et sur la vision du film. Il semble qu'il soit critiqué par de nombreuses parties et les événements sont loin d'être particulièrement clairs. Mais que nous montre le film? Nous sommes en 1988 en Nouvelle-Calédonie un territoire d'outre-mer français. Une attaque vient d'avoir lieu contre une gendarmerie. Elle a fait 4 morts et trente gendarmes sont pris en otage. Le commandant Legorjus est immédiatement dépêché sur place à la tête d'une unité du GIGN. Mais, à peine arrivé, il se rend compte que les choses ont pris un tour très différent. En effet, 300 soldats ont débarqué sur cette petite île et ont pris le contrôle d'un village. Tandis que Legorjus essaie vainement de trouver une solution pacifique il se rendra compte que certains hommes ne souhaite pas ce type de fin. Dans le même temps il sera le témoin des nombreux sévices mis en place par l'armée contre les autochtones. Pourra-t-il vraiment faire son travail? Pourra-t-il continuer à faire son travail?

Le début du film est clair: ça va mal se terminer. La question n'est donc pas comment les négociations vont se dérouler mais pourquoi cela se termine mal. Il faut se rendre compte que cet épisode dans une histoire plus longue semble avoir été le lieu d'un certains nombres de sévices. Bien que je ne connaisse pas l'histoire de cette prise d'otage dont je n'avais même jamais entendu parler auparavant une rapide recherche m'a permis de savoir qu'un certains nombre de preneurs d'otages ont été abattus d'une balle dans la tête et que les civils ont subis un certains nombre de vexation voir d'"interrogatoires musclés" (comprenez tortures).

Quand on regarde le film on se rend rapidement compte de deux choses: c'est une apologie de la gendarmerie et du GIGN et l'armée et les politiques sont condamnés. Le message est donc assez simple. La gendarmerie, surtout locale, tente de comprendre les motivations et demandes des preneurs d'otages. Pour cela il faut créer une relation de confiance mutuel et dialoguer (ça tombe bien la culture locale semble être très ouverte au dialogue). De l'autre coté, l'armée met en place la seule chose qu'elle sait faire: une logique de guerre. Elle est soutenue en cela par le clan Chirac qui souhaite une victoire à quelque jours des élections. Mais pas une victoire pacifique une victoire électorale. Au-dessus de tout cela les médias français font dans la surenchère sur les atrocités qui auraient eu lieu dans la gendarmerie. Ces différentes volontés ne peuvent se terminer que sur une chose: un assaut qui conduisit à la mort de 19 canaques. Mais la peinture des politiques comme des hommes qui n'ont aucun intérêt pour les vies mises en danger quand leur poste peut être remis en question est-il fidèle? L'armée qui remporte tous les blâmes est-elle vraiment meilleure de la gendarmerie qui semble être l'héroïne du respect et de la tolérance? Bref, ce film est-il trop manichéen ou trop militant? Pour quelqu'un qui ne connaît que très partiellement cette histoire il est difficile d'en juger mais cet événement reste impressionnant.

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Image: Allociné

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