11/05/2014

La zone du dehors par Alain Damasio

Titre : La zone du dehorsproduct_9782070458264_195x320.jpg
Auteur : Alain Damasio
Éditeur : Gallimard  2014
Pages : 650

Bon, il est l'heure d'entrer dans quelque chose de beaucoup plus intéressant que la note précédente. J'entends parler de cet auteur depuis pas mal de temps et en bien. Mais, comme souvent, je n'avais pas pris le temps de me plonger dans un livre. Le prêt, par une amie, de La zone du dehors m'a donc permis d'entrer tout tremblant dans l'univers mental d'Alain Damasio.

Nous sommes en 2084. Après des attentats terroristes et une guerre mondiale l'humanité se cache dans les continents terriens encore habitables où part dans l'espace pour vivre dans les magnifiques cerclons réussites technologiques et démocratiques par excellence. Tout y est contrôlé et régulé pour que l'humanité ne se déchire plus jamais et que chaque individu accepte sa place calculée selon ses réussites personnelles et professionnelles. Mais une partie des habitant-e-s n'acceptent pas cette forme de gouvernement. Ils se dénomment la Volte et, en son centre, 5 personnes se dégagent par leur charisme. Le combat qu'ils mènent se trouve à un tournant qui pourrait signifier la réussite ou la mort du mouvement. La liberté où l'enfermement dans la gestion par le pouvoir des vies humaines. Bref, nous nous trouvons à un pivot historique.

Le premier constat que l'on peut faire c'est que ce livre est difficile à lire. Pourquoi? Déjà parce que les noms ne sont pas des noms. Ce sont des lettres placées les unes à côté des autres. Ensuite parce que le roman est rempli de concepts philosophiques et sociologiques compliqués (heureusement que j'ai lu Bourdieu et Foucault). Ce qui n'enlève rien, à mon avis, au génie de Damasio. En effet, il décrit une société de contrôle et de gestion qui prend ce qui existe chez nous et qui l'étend le plus loin possible. Ainsi, les caméras sont partout, les lieux ne peuvent être accédés que par certaines personnes, les comportements anormaux sont identifiés et permettent de créer un profil pour contrôler les personnes et expliquer leur déviance. Mais tout ceci va encore plus loin. En effet, tout le monde est soumis à un examen tous les deux ans qui permet de le placer sur l'échelle sociale et son nom. Ainsi, comme Damasio l'écrit, la fonction crée l'individu. Le néolibéralisme dans sa forme la plus pur. Il n'y a que le fonction qui compte le reste est accessoire. Mais Damasio nous montre aussi une société de contrôle très subtile. En effet, rien ne vaut l’autocontrôle et aussi le contrôle des autres inconnus ou amis. Ainsi, il est possible d'influer sur la vie des autres, sur la consommation, sur la culture mais cette influence commune et globale impose surtout un autocontrôle vaste, implacable et intégré. Pourquoi créer une police secrète et une justice brutale alors qu'il est plus simple de gérer les normes et les déviances? Je vous laisse tester.

  • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

  • Papier toilette.

  • Roman de gare.

  • À lire.

  • Tolkien. On a rarement montré aussi clairement ce qui peut advenir des technologies actuelles si elles sont utilisées dans une logique de contrôle, de gestion et de surveillance totale. Mais Damasio nous donne aussi une petite idée des résistances possibles et, surtout, des moyens de quitter le système.

Image: Éditeur

07/05/2014

Le vice ou la vertu. Vichy et les politiques de la sexualité par Cyril Olivier

Titre : Le vice ou la vertu. Vichy et les politiques de la sexualité
Auteur : Cyril Olivier
Éditeur : Presses Universitaires du Mirail
Pages : 311

Dans l'histoire de la France plusieurs périodes sont examinées de manière soutenues. L'une d'elle est celle de Vichy. L'auteur public ici sa thèse de doctorat sur ce qu'il nomme les politiques de la sexualité. L'auteur y examine le retour à une forme de répression des sexualités dites anormales et à l'arsenal judiciaire qui l'accompagne. Mais il propose d'aller au-delà des discours et des textes pour montrer comment ceux-ci ont été utilisé par la société. Il montre aussi, de temps en temps, le lien qui existe entre textes de Vichy et les IIIe et IVe Républiques.

Cet examen se fait en 4 parties. La première nous permet de comprendre comment Vichy parle des sexualités et de la nécessité d'une rénovation nationale. On y trouve un examen des discours qui permet de mettre en valeurs l'analyse des pratiques qui est faite dans les parties suivantes. La seconde partie s'intéresse aux infidélités conjugales. L'auteur y montre, en 4 chapitres, comment l'époque tente d'imposer la conjugalité hétérosexuelle dans le cadre du couple marié. Il s'intéresse à la fois au délit d'adultère, qui est utilisé principalement contre les femmes, et au délit de concubinage, qui se forme contre les hommes qui "profitent" de la guerre en détournant des femmes de leurs maris prisonniers. Bien qu'il y ait une tentative d'augmenter la pénalisation de l'infidélité en s'attaquant à d'autres personnes et en surveillant fortement les femmes l'auteur montre un résultat partiel. En effet, une plainte du mari est nécessaire et celle-ci, parfois, manque. L'auteur montre aussi la différence entre la pratique de la IIIe République, durant laquelle l'adultère est un moyen de demander le divorce, et de Vichy, qui considère l'adultère comme une faute pénale.

La troisième partie permet à l'auteur de s'intéresser à l'avortement et, dans un dernier chapitre, à l'infanticide. Il montre la progressive pensée de l'avortement comme d'un fléau qui a mis en danger la France. Il est donc nécessaire de réprimer les usages. Celle-ci va s'intéresser aux femmes qui tentent d'avorter. Mais leur détresse face à une situation qui est parfois difficile n'est pas gardée en mémoire au profit d'une vision d'anormalité. Ce sont aussi les personnes qui font métier de l'avortement qui sont visées. Aussi bien les membres des professions médicales que les faiseuses d'anges. Enfin, les complices sont aussi mis en danger. Ces complices peuvent aussi bien être les maris que des femmes qui accompagnent leur amie.  La dernière partie s'intéresse aux sexualités qui sortent du cadre marital hétérosexuel. L'auteur s'intéresse à la prostitution pour montrer un contrôle des femmes dont les activités sont considérées dangereuses. L'auteur montre aussi que les maisons de prostitution deviennent réglementées par l’État français. Ce qui permet à leur propriétaire d'échapper aux poursuites. Les proxénètes, par contre, sont considérés comme l'une des causes de la défaite. Enfin, c'est l'homosexualité féminine qui intéresse Olivier Cyril dans le dernier chapitre. Bien que ce dernier soit court il permet tout de même de montrer une origine républicaine de la répression ainsi que la vision des lesbiennes qui existait à l'époque.

Nous nous trouvons donc face un livre dense qui permet de comprendre comment un gouvernement tente de contrôler la sexualité, celle des femmes surtout, et ses réussites ou ses échecs dans la pratique. La lecture permet aussi de mettre en relief certaines positions de la IVe et de la Ve République. En effet, bien que Vichy soit considéré comme une période d'exception qui ne fait pas partie de l'histoire de l’État français on trouve un certain nombre de liens dans les positions des acteurs dominants sur les sexualités. C'est aussi un bon moyen de comprendre comment le contrôle des femmes s'inscrit dans une surveillance sociale globale. Ainsi, ce sont les voisin-e-s, les ami-e-s, les maris qui dénoncent. Au-delà des discours les sources utilisées montrent aussi une partie des pratiques de l'époque.

10/02/2014

RoboCop

RoboCop un film que date de pas mal d'années est revenu sous les écrans sous la forme d'un remake. Alors oui les remakes sont un moyen pour les industries du cinéma de se faire de l'argent quand elles n'ont pas d'idées. Heureusement, ça peut aussi permettre de remettre au goût du jour certains films cultes voir de leur donner une nouvelle gloire face à la  génération qui n'a pas connu ces films à l'époque. Nous sommes donc dans quelques dizaines d'années. Alors que la politique étrangère des USA se base sur l'usage de drones à la fois terrestre et aérien loués à une compagnie privée l'usage de ces robots est toujours interdit sur le sol national. Mais le lobby est intense et l'insécurité des villes américaines permet au plus grand constructeur du pays, Omnicorp, de vendre l'idée d'un homme transformé en robot. Le choix se porte sur un policier victime d'un attentat à la bombe. Mais ou se trouve la limite entre robot et humain?

Que penser de ce film? Selon ce que je sais la plupart des aspects de l'original sont présents. Mais on ajoute un côté moderne à l'aide de polémiques récentes sur l'usage de drones ainsi que sur les mercenaires. Ainsi, sous couvert de liberté les drones américains font régner un climat de terreur à l'étranger. Climat nié et caché par une émission de TV qui fait penser à la fox (ou il ne faut pas le dire). Dans ce cadre l'usage du robocop est de plus intéressants dans les perspectives actuelles. On se trouve en face d'un homme dans un corps robotique. L'humain est censé prendre les décisions mais l'entreprise décide de prendre le contrôle de son corps et de choisir ce qu'il peut faire ou non. L'humain devient la propriété de l'entreprise. C'est aussi un humain qui a accès à toutes les caméras de surveillance ainsi qu'aux dossiers personnels de tout le monde. Le film montre parfaitement qu'une telle puissance d'information fait de la justice non un choix mais un acte inhumain mécanique. Personne ne peut s'échapper ni choisir. Le robocop est toujours là à surveiller sans prendre en compte ni contexte ni justifications. Cependant, il est dommage que le film ne montre qu'une large acceptation plutôt qu'un débat enflammé tel qu'il est sous-entendu. De plus, les femmes n'ont encore une fois que le rôle de tapisserie.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario. Bien réadapté à mon avis, des thèmes intéressants un peu manichéen mais bien mis en scène. Très sympa.

  • Joss Whedon.

Image: Site officiel

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09/02/2014

THX 1138

Je crois que nous sommes nombreux et nombreuses à avoir entendu parler de ce film. Je n'avais, personnellement, jamais vu celui-ci. THX 1138 est le nom d'un homme dans un monde dystopique qui suit, semble-t-il, une apocalypse. Dans cet univers les noms sont imposés ainsi que les couples. Mais ceux-ci n'ont pas le droit de consommer leur union qui n'est qu'une simple colocation choisie informatiquement selon les compatibilités. Tous et toutes les citoyen-ne-s sont dans l'obligation d'ingérer un certain nombre de médicaments dans le but de se calmer et d'être au maximum de sa productivité. Mais la compagne de THX décide, en cachette, de stopper le traitement et de faire de même pour THX. Il s'ensuit un mal être de plus en plus intense qui se termine par une relation sexuelle entre les deux complices. Mais ceci est une offense majeure et THX est arrêté puis enfermé.

Je suis sorti de la salle intrigué. Je n'ai pas compris la majeure partie du film. Ce qui ne m'a pas empêché de beaucoup l'apprécier car il a de nombreux éléments très réussi. Je vais commencer par le premier qui m'a frappé: l'esthétique. Celle-ci est uniforme. Le blanc est partout et les objets semblent tous construit pour créer l'efficience la plus haute possible. Les couleurs sont très rares. Le second aspect est celui de contrôle. Celui-ci se forme aussi bien sur les gens que sur l'économie. Ainsi, tout le monde est sous surveillance vidéo et chaque déviation est analysée et intégrée aux fiches personnelles. Ce contrôle s'incarne dans le film sous la forme de plusieurs voix off qui commentent les événements ainsi que les décisions prises pour réagir. La police est partout et agit sans contrôle. Mais ce contrôle s'incarne aussi dans les médicaments qui empêchent la révolte et la réflexion dans le but de créer une économie parfaite. Enfin, un dernier aspect fort est la religion. Celle-ci s'incarne dans une image fixe aux réponses préenregistrées qui défend une consommation de masse ainsi qu'une productivité en hausse pour tout le monde.

C'est donc un film difficile mais riche. On y trouve de nombreuses choses que l'on pourrait utiliser pour comprendre notre monde actuel. La consommation et l'économie en tant que religion se rapprochent de la manière dont on considère la croissance et le néo-libéralisme de nos jours. La mise en place d'un contrôle extrêmement important se rapproche aussi de l'usage des drogues pour calmer les élèves, surtout aux USA; mais aussi de la mise en place de dispositifs de vidéosurveillance de plus en plus nombreux. Il y a sûrement d'autres points que certaines personnes verraient mieux que moi. En bref, regardez-le au moins une fois.

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario.

  • Joss Whedon. Difficile à comprendre - moi je n'ai pas compris - mais très intéressant et éclairant sur notre monde.

Image: Allociné

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17/11/2012

Power Punctuation par Cory Doctorow

Titre : Power punctuation
Auteur : Cory Doctorow
Éditeur : Site de l'auteur

Nous sommes quelques années après notre époque. Un jeune homme travaille dans une grande compagnie responsable de la gestion des déchets papiers de nombreuses entreprises. Elle doit en disposer avec sureté et confidentialité. Ce jeune homme, Jap, est un employé consciencieux. Il est l'un des meilleurs et reçoit de nombreux avis positifs sur son travail. Mais un jour il surprend son collègue en train de lire un document. Est-ce un espion? Il a tout de suite la certitude. Mais c'est pire. Cet homme est le fondateur de l'entreprise dont il garde la charge. Et après avoir vu le travail de Jap il décide de le prendre sous son aile et de lui offrir une promotion. Mais pourquoi?

Cette nouvelle est bien plus intéressante que la précédente. Elle offre de nombreux thèmes à une analyse possible. Je me contenterais de les présenter. Le premier thème est Big Brother. Jap vit dans une entreprise qui contrôle sa vie du début à la fin. Il possède une montre qui lui offre des feedbacks sur son comportement au travail et dans sa vie personnelle. Cette montre contrôle donc tous les aspects de sa vie en lui ordonnant quoi faire à quel moment. Ce contrôle s'inscrit dans le comportement de Jap qui cherche l'approbation de cette machine. Accepterait-on si facilement un tel envahissement de notre espace privé? Je pense qu'il ne faudrait pas longtemps pour que cela soit le cas. Pour que l'on perde le contrôle de la technologie et qu'elle nous contrôle. Le second thème concerne le pouvoir. Dans cette histoire certains hommes ont énormément de pouvoir. Ils peuvent tout savoir sur vos activités et votre histoire intime. Ils peuvent influer sur vos salaires et bonus ainsi que votre carrière. Que cela fait-il de se trouver avec autant de pouvoir dans les mains? Une sensation de puissance probablement. Mais quand vos décisions peuvent tuer est-ce si facile d'avoir ce pouvoir? C'est une question intéressante que développe Doctorow ici.

04/04/2010

A qui appartient la culture?

Tous les médiévistes vous le diront: la culture n'appartient pas à l'être humain. En effet, durant la période médiévale, la culture n'était pas un bien que l'homme possédait. Les arts faisaient partie du monde de Dieu et, Dieu en étant le créateur, ne pouvaient pas être revendiqué par une seule personne. Bien sur, cela n'empêcha pas une production prolifique et le patronage de ce que nous nommons aujourd'hui des artistes. Bien au contraire, le moyen âge nous a offert de grandes œuvres qui restent encore aujourd'hui dans notre imaginaire collectif. En ne citant que les plus connus il est facile de parler de l'histoire de Tristan et Iseult et des légendes du roi Arthur. Mais le moyen âge ne nous pas légué que des écrits. Nous gardons aussi une philosophie et des monuments.

Tout ceci ne répond pas à la question que j'ai posé et, surtout, n'explique pas pourquoi j'ai décidé d'écrire cette note. Qu'on le sache ou non plusieurs pays occidentaux sont en train de négocier le cadre d'un accord secret, nommé ACTA, restreignant fortement le droit des consommateurs. Je passe sur le caractère non-démocratique de cet accord: le secret lui-même dans un cadre institutionnel (et je souligne) n'est pas démocratique. Pourquoi donc les consommateurs sont ils toujours attaqués?

On pourrait me rétorquer qu'on ne l'est pas: c'est faux. Depuis plusieurs années le consommateur de culture a été considéré, de plus en plus, non comme un citoyen mais comme un voleur en puissance. A tel point que, maintenant, n'importe quel acheteur de matériel d'écoute doit payer, en plus du prix, une taxe reversée ensuite comme droits d'auteur. En tant que consommateur nous sommes donc des pirates a priori. En plus, chaque achats de matériels d'écoute implique le paiement de cette taxe même si la majorité des personnes acquièrent leurs biens culturels de manière légale. Les consommateurs sont non seulement considéré comme voleurs a priori mais, en plus, surtaxés. Et je ne parle pas ici des autres dangers qui peuvent concerner le prêt de biens culturels. En effet, de plus en plus, il devient difficile de vouloir prêter à un ami des CD ou DVD. Les bibliothèques ont bien compris le danger puisque leur fonctionnement se base sur le prêt. C'est à tel point que je me demande si je ne suis pas hors du cadre légal lorsque je regarde un DVD avec une amie! Un ami n'est, en effet, pas inclus dans le cadre privé de la famille.

Bref, à qui appartient la culture? Tout artiste devrait le savoir et tous les scientifiques aussi. La culture est, par définition, un bien de l'humanité. Le seul moyen pour un homme de garder le contrôle d'un bien culturel qu'il a créé est de ne pas le communiquer. Car, dès que vous communiquez vos œuvres, vous l'offrez à des personnes qui vont l'observer et le considérer avec leurs propres yeux. Ils vont le ressentir d'une façon ou d'une autre que vous n'aurez, peut être, pas attendus. Votre bien peut même devenir constitutif d'une identité collective comme la tour Eiffel l'est pour la France. Un bien culturel, par définition, ne peut pas être restreint par les droits de la propriété sans détruire, en grande partie, la force symbolique de ce même bien. Les voleurs ne sont donc pas ceux que l'on croit.

10:02 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : culture, contrôle, acta | | | |  Facebook