02/10/2014

Familles, institutions et déviances. Une histoire de l'enfance difficile. 1880-fin des années trente par Pascale Quincy-Lefebvre

Titre : Familles, institutions et déviances. Une histoire de l’enfance difficile. 1880-fin des années trente410C1RXC5AL.jpg
Auteure : Pascale Quincy-Lefebvre
Éditeur : Economica 1997
Pages : 437

Ce gros livre est tiré d’une thèse de Pascale Quincy-Lefebvre. L’auteure y fait l’histoire de l’enfance difficile en 3 parties et 7 chapitres. La première partie, constituée de deux chapitres, permet d’examiner comment la famille prend en charge la déviance des enfants. Ceci commence par une analyse des termes utilisés qui permettent de comprendre ce qui pose problème chez les enfants. Dans un second temps, l’auteure utilise les même sources pour comprendre comment les familles comprennent cette déviance. Elle montre que celle-ci a plusieurs origines possibles dont lui-même, des causes externes comme la guerre où l’hérédité et l’âge. Dans le second chapitre de cette partie elle tente de nous montrer quels sont les moyens utilisés pour punir les enfants. Ces moyens passent d’abord par les coups qui sont largement acceptés dans les milieux populaires. Mais ce sont aussi des violences non physiques qui sont utilisées. Celles-ci sont de trois formes : humiliation, peur et privations.

La seconde partie, qui forme le cœur du livre, met en lien les familles et les institutions jusque dans les années 1920. Le premier chapitre de cette partie permet de faire l’histoire du droit de correction paternel. L’auteure montre que ce procédé est de plus en plus critiqué et de moins en moins accepté par les magistrats. La justice tente de contrôler ce qui est vu comme un droit du père qui risque de donner lieu à des abus. Dans le second chapitre elle nous montre quels sont les institutions d’assistance qui peuvent aider les familles à traiter leurs enfants déviants. Elle analyse, en particulier, l’école Théophile Roussel ainsi que d’autres œuvres privées. Enfin, le dernier chapitre lui permet de nous montrer comment il est possible de garder un lien entre enfants placés et familles via la correspondance, les visites et les droits de sortie. Cependant, ces liens ne sont pas toujours voulus par la famille et, souvent, ils sont combattus par les œuvres qui se méfient de l’influence du milieu familial. Il peut devenir difficile de garder un lien entre les membres de la famille à cause de ces restrictions.

La dernière partie part des années 1920 pour montrer les changements qui se sont déroulés jusqu’à la fin des années trente. Le premier chapitre analyse l’apport de plus en plus important à la fois des médecins et des assistantes sociales. Les premiers gagnent en légitimité alors qu’un savoir médical sur l’enfant se constitue. De plus en plus, un problème implique de consulter l’avis d’un médecine. Les assistantes sociales, elles, se constituent en profession de plus en plus acceptée. Leur but est de comprendre l’environnement de la famille ce qui implique un lourd travail d’enquête parfois mal accepté. De plus, leur travail devient utile pour les juges lorsqu’une décision doit être prise. Dans le dernier chapitre ce sont les institutions qui sont examinées. Tout d’abord, l’auteure montre la formation d’une nouvelle institution dont le but est d’observer la psychologie des enfants pour bien le placer. Ce sont aussi les anciennes maisons qui sont de plus en plus critiquées malgré les changements qui s’y font. Il est de moins en moins admis qu’une maison utilise ses pensionnaires comme ouvrier à bas prix sans prendre en compte leur futur. Un contrôle est exigé par les familles et par l’État.

En conclusion, ce livre permet aux personnes intéressées de comprendre comment ont fonctionné les diverses institutions autours de l’enfance qualifiée de déviante. L’auteure, en utilisant un grand nombre de sources, montre une époque de changements qui se concrétisera après la deuxième guerre mondiale. Ces changements se déroulent petit à petit et ne sont pas identiques selon la classe sociale ni selon le lieu. L’auteure montre aussi une époque qui considère comme normale de traiter durement des enfants considérés comme pouvant être dangereux. Ce livre est très intéressant si l’histoire de l’enfance est un sujet qui vous fait envie.

Image : Amazon

17/08/2009

Normes, déviances, insertions

Titre: Normes, déviances, insertions
Auteur: sous la direction de Gérard Mauger, José Luis Moreno Pestaña et Marta Roca i Escoda
Éditeur: Seismo 2008
Pages: 216

Ce livre n'est pas un récit historique des normes, des déviances et de leur insertions dans la société. Ce livre se propose d'analyser ces termes et surtout la façon dont la société, politique et savante, les construit pour étiqueter des personnes. C'est pourquoi les coordinateurs ont décidés de le diviser en trois parties. La première parle du discours politique. Celui-ci, par l'étiquette déviance, est capable de déligitimer des actions politiques et de les rendre sans fondements par ce même biais. Nous avons aussi un article très éclairant sur la différence entre le social et le répressif. Si j'en crois cet article les arguments et visions des partisans des deux termes ne sont pas si différents que l'on penserait. La seconde partie parle, elle, du coté scientifique. Elle essaie de reconnaitre la façon dont les scientifiques, surtout les psychothérapeutes, écrivent ce qu'est une déviance pour la rendre compatible avec leur métier. C'est pourquoi on peut y lire un article plutôt intéressant sur la psychologisation de l'école et la façon dont elle se crée. Enfin, la troisième partie parle de l'insertion. Insertion des jeunes de banlieues dont il est important de créer une avenir et de suivre ses promesses. Insertion par la prison dont les socialisations par les condamnés peuvent être différentes selon la vision qu'ils ont de la prison. Sans oublier les thérapies contre les troubles alimentaires. L'important dans ces chapitres est de voir que les normes intériorisées doivent être modifiées pour une insertion réussie.

C'est un livre intéressant et dont la lecture m'a appris plusieurs choses dont je n'avais pas toujours conscience. L'article sur les jeunes de la cité par Isabelle Coutant devrait être lu par toutes les personnes qui souhaitent régler ce qu'ils voient comme un problème mais ce n'est pas le seul intérêt de ce livre. J'ai apprécié les contributions assez larges avec des exemples, parfois déroutants mais j'ai l'impression qu'il y a deux problèmes. Premièrement, et c'est normal vu la taille du livre, les contributions ne sont pas toujours totalement développée et pourraient demander plus de pages pour expliquer les mécanismes à l'œuvre. Secondement, j'ai l'impression d'un manque de perspective historique. En effet, je pense qu'utiliser l'histoire, avec les précautions normales, est très utile pour comprendre les évènements actuels. Ce manque d'historicité est, je trouve, un manque important. Sinon je pense que c'est un bon livre même si je n'ai pas encore les compétences nécessaires ni les connaissances me permettant de véritablement critiquer les articles.


Image: tirée du site des éditions

09:58 Écrit par Hassan dans Histoire, Livre, Politique, sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : normes, déviances, insertions | | | |  Facebook