27/05/2016

Dangerous citizens. The greek left and the terror of the state par Neni Panourgiá

Titre : Dangerous citizens. The Greek left and the terror of the state9780823229673_47.jpg
Auteure : Neni Panourgiá
Éditeur : Fordham university press septembre 2009
Pages : 302

De quelle manière un état, qu'il soit démocratique ou non, crée-t-il une catégorie d'individus désignés comme dangereux pour son existence ? Cette question est la problématique principale du livre de Neni Panourgiá. L'auteure, pour y répondre, décide d'examiner la difficile et turbulente histoire de la Grèce contemporaine des années 30 à actuellement. Elle fait cet exercice en 8 chapitres qui sont autant de parties de la guerre civile connue par la Grèce. Le premier chapitre est plutôt méthodologique et pose quelques questions sur la manière de traiter un tel sujet. C'est aussi le cas du dernier chapitre qui permet d'examiner de quelle manière la mémoire des dictatures a été utilisée et écrite tout en démontrant que le passage de la Junta des colonels à la démocratie s'est fait en "oubliant" le passé violent aussi bien en ce qui concerne la gauche que les tortures pratiquées contre les citoyen-ne-s grec-ques.

D'une certaine manière, on peut diviser le livre en trois parties principales. La première partie examine la dictature de Metaxas. L'auteure explique que, selon elle, c'est dans ce cadre que la mise en place d'une division entre les citoyen-ne-s légitimes et les autres s'est faites. Elle démontre que cette division se base sur une loi du XIXe siècle dont la philosophie considère que la criminalité se répand dans "l'ADN" - je reprends son terme - de la famille. Ainsi, c'est toute une famille qui est suspecte et non seulement une personne. C'est aussi cette époque qui permet d'observer la mise en place des camps de prisonniers chargés de rééduquer les communistes qualifiés d'ennemis de la nation par le gouvernement.

Une seconde partie pourrait prendre en compte les années de la deuxième guerre mondiale jusqu'à la fin des années 50. Celles-ci commencent par une lutte contre les envahisseurs italiens et allemands. La résistance est un point commun. En effet, dans la première partie de la période de nombreux groupes politiques se constituent et résistent ou collaborent avec les envahisseurs alors que les allemands perpètrent des atrocités et que la famine menace. La seconde partie de la période permet de montrer de quelle manière les autorités anglaises, puis américaines, se retournent contre les résistants communistes en mettant au pouvoir d'anciens collaborateurs. Les anglais et les USA ont peur d'une prise de contrôle par les communistes et donc soutiennent un régime qui use de la torture et des camps d'internements dans lesquels sont exilés les communistes supposés ou non.

Enfin, la troisième partie s'intéresse aux années 50 à la fin des années 70. Bien qu'elle commence dans un semblant de normalisation la période connait une forme d'instabilité politique. En effet, non seulement le roi mais les différents gouvernements ne prennent pas en compte la loi. La période change radicalement alors que quelques colonels décident de prendre le pouvoir et, en pleine nuit, arrêtent des milliers de personnes accusées d'être de gauche qui peuvent ne posséder qu'une sensibilité démocratique et dont l'âge moyen s'étend de 50 à 80 ans. Bien que les résistances existent elles sont écrasées par la police et l'armée -en particulier lors de l'épisode de Polytechnique - et la torture et les camps sont à nouveau utilisés aussi bien contre les gauchistes que les royalistes.

Il m'est difficile d'apprécier ce livre. Dans les points négatifs je dois noter une discussion théorique qui me semble parfois un peu stérile et un système de notes assez étrange. Le livre est écrit par une ethnologue ce qui permet de comprendre pourquoi la méthode historique est assez peu développée. L'auteure préfère récolter des informations via des entretiens et ne nous offre pas des sources de l'époque (bien qu'une partie de ces documents aient été détruit il reste probablement suffisamment d'écrits). En fait, la lecture donne l'impression d'une grande histoire de famille. Tous les protagonistes semblent se connaitre tandis que l'auteure s'inscrit dans l'histoire en dévoilant ses pensées de l'époque ainsi que les endroits dans lesquels elle vivait. Ce n'est pas négatif en soi mais ça donne une impression un peu étrange de familiarité entre toutes les personnes. Cependant, le propos du livre est intéressant et nécessaire. Dans une époque dites de "guerre contre le terrorisme" qui voit des lois d'urgence se normaliser et des procédures extraordinaires devenir normales il faut se poser la question de la manière dont un état constitue une population comme dangereuse et donc moins qu'humaine. Ce processus permet de justifier des mesures qui, sinon, ne seraient pas acceptables dans un cadre démocratique. Pire, ce type de procédures, en se normalisant, a un effet négatif sur toute la population dont les membres individuels peuvent rapidement devenir suspect. L'auteure pose donc des questions nécessaires en montrant de quelle manière des lois peuvent rapidement être utilisées contre tout le monde.

Image : Éditeur