18/08/2012

Discours de la servitude volontaire par Etienne de la Boétie

Titre : Discours de la servitude volontairearton68-a7855.jpg
Auteur : Étienne de la Boétie
Éditeur : Éditions de Londres
Pages : 40

Un classique que je n'avais jamais lu mais dont j'ai beaucoup entendu parler lors de différents cours. Le projet de ce discours écrit au XVIe siècle est de comprendre pourquoi on obéit. Pourquoi on accepte d'être les sujets d'un prince, d'un état ? La première idée qui vient à l'esprit concerne la puissance policière et militaire du prince. Mais, comme le dit de la Boétie, cette puissance est moindre face au nombre bien plus importants de sujets. D'ailleurs, les servants de cette puissance sont eux-même des sujets et on devrait expliquer leur accord avec l'état. Est-ce donc la lâcheté qui fait que nous acceptons les ordres de l'état sans nous rebeller ? Peut-être que c'est un début d'explication. Mais, à mon avis, de la Boétie donne deux autres explications bien plus intéressantes. Tout d'abord, ce qui permet à l'état de gouverner des masses c'est l'habitude. Celle-ci vient d'une histoire. On a toujours eu un état et nous sommes nés à l'intérieur de celui-ci. On nous apprend qu'il est nécessaire et qu'il faut le respecter et suivre ses ordres. On a là un début d'explication presque sociologique qui voit l'obéissance comme une domination. Nous ne sommes pas très éloignés du pouvoir symbolique de Bourdieu qui explique la domination non par les armes mais pas un nombre élevé de discours, d'institutions et de personnes qui servent l'état. D'ailleurs, de la Boétie explique aussi l'obéissance par les serviteurs. Ces derniers ont gagné à servir l'état. Ils ont eux-même aidé d'autres serviteurs qui gagnent à ce poste et ainsi de suite. Au final nous avons une gigantesque chaîne d'obligations et gains mutuels qui tiennent la société dans le giron du prince. Une chaîne incassable puisqu'elle tient tout le monde aussi bien les puissants que les modestes.

La préface considère qu'on parle beaucoup de ce livre mais qu'il est rare de l'avoir lu. Ce serait donc un de ces classiques de la pensée politique que personne ne connaît vraiment. Je suis donc fier d'avoir enfin pris le temps de le consulter. Mais que peut-on retirer d'un livre du XVIe siècle ? On peut, en tout cas, observer le génie d'un homme qui réussit à trouver des explications assez convaincantes pour être mentionnée encore de nos jours. En effet, les idées de la Boétie concernant le caractère non-violent de la domination de l'état sont plutôt convaincantes. Je ne dis pas que l'état ne peut pas s'appuyer sur des forces armées. Mais il suffit d'observer un peu pour se rendre compte que ces dernières n'expliquent pas pourquoi on obéit. En effet, pourquoi, par exemple, utilise-t-on l'heure d'été alors que personne ne vient nous punir si on s'y refuse ? Pourquoi accepte-t-on le pouvoir d'un professeur quand on est étudiant ? Pourquoi obéit-t-on à un policier dans la rue (outre l'arme) ? Ces questions, légitimes, ne peuvent être répondues que si l'on prend en compte les explications en termes de pouvoirs symboliques dont la Boétie est, à mon avis, un lointain précurseur.

Image : Éditeur