03/12/2013

Black-out par Connie Willis

Titre : Black-out1208-blitz1_3.jpg
Auteure : Connie Willis
Éditeur : Bragelonne 2012
Pages : 665

Nous sommes en 2060. Dans ce futur proche la recherche historique a connu une révolution. En effet, les historiens ne se cachent plus derrière des cartons d'archives poussiéreux (bien dommage pour eux) ils voyagent dans le temps. Cette technologie permet aux historiens et aux historiennes d'Oxford d'observer de visu les événements les plus spectaculaires de notre histoire. Mais aussi de corriger les erreurs de nos archives. Nous suivons une poignée de personnes qui ont décidé d'étudier l'Angleterre selon différents aspects durant le Blitz. L'une observe l'évacuation des enfants, une autre les londoniens dans les abris, une les volontaires féminines alors que les V1 tombent et un dernier observe les héros de Dunkerque. Rien de dangereux n'est censé se dérouler mais que faire quand un petit quelque chose semble ne plus cadrer?

Le Docteur rit des historiens et des archéologues car, lui, vit l'histoire en direct. Je me demande ce qu'il ferait avec ces personnages. Bien que je sois le premier a me jeter dans une machine à voyager dans le temps si elle existait je ne serais en tout cas pas le premier à aller visiter les guerres et autres catastrophes (même si le Docteur serait déçu de mon attitude). Mais qu'ai-je aimé dans ce livre? Premièrement je trouve que la mise en place de l'époque me semble particulièrement réussie. On retrouve un contexte particulier dans une période dangereuse. Des relations entre personnes que l'on ne connaît plus mais aussi un fonctionnement des machines différent. J'ai aussi aimé les personnages qui semblent tous et toutes très enthousiastes de leur voyage (normal je le serais aussi). Je n'ai cependant pas beaucoup aimé la manière dont l'intrigue est décrite. Elle me semble être une course absurde entre les différents personnages pour se retrouver. J'ai, en fait, du mal à croire qu'il n'y ait pas de procédures prévues en cas de problèmes. Le nombre de personnages se trouvant à différents endroits et époques rend aussi difficile de trouver une continuité dans l'intrigue. On peut passer d'un mois à l'autre selon le chapitre. Mais ces points n'ont pas baissé le plaisir de ma lecture.

  • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

  • Papier toilette.

  • Roman de gare. Un livre très sympa avec une atmosphère réussie. Je rêverais presque d'être historien à Oxford en 2060.

  • À lire.

  • Tolkien.

Image: Éditeur

19/07/2013

L'hécatombe des fous. La famine dans les hôpitaux psychiatriques français sous l'occupation par Isabelle von Bueltzingsloewen

Titre : L'hécatombe des fous. La famine dans les hôpitaux psychiatriques français sous l'occupation
Auteure : Isabelle von Bueltzingsloewen
Éditeur : Flammarion 2009
Pages : 522

Ce livre naît autours d'une polémique. Cette dernière a pris force durant les années 80 pour toujours continuer. Des auteurs importants accusent l'institution psychiatrique française de s'être rendue complice d'une extermination par la faim de 40 000 aliénés internés sous la demande, cachée, du régime de Vichy. Un devoir de mémoire est affirmé autours de ces victimes d'une politique eugénique. L'auteure de la recherche ne souhaite pas répondre de manière polémique. Au contraire, elle recherche les faits pour connaître la réalité de ce qui est nommé extermination. Ceci la mène à poser de nombreuses questions aussi bien méthodologiques que factuelles pour comprendre comment 40 000 personnes ont pu mourir de faim en France.

Cet examen est organisé en trois parties regroupant trois à quatre chapitres. Les trois premiers chapitres permettent à Bueltzingsloewen d'examiner les chiffres et les faits de la faim. Elle commence donc par expliquer sa méthode d'approximation du nombre de victimes, ainsi que ses inexactitudes, qui permet de dénombrer environ 45 000 morts surnuméraires. Ce terme décrit des personnes, si on s'en tient aux années d'avant guerre, sont morts en "trop". Mais ce chiffre ne permet pas de savoir qui exactement est mort de faim et qui est mort naturellement. Il faut aussi prendre en compte l'affaiblissement de certaines personnes. Autrement dit, ce chiffre n'est qu'une approximation difficilement individualisable. L'auteure examine aussi ce qu'elle nomme le scénario de la famine ce qui lui permet de mettre en avant des explications économiques. Aussi bien la réquisition allemande que les restrictions ont impliqué une hausse importante des prix à laquelle les économistes des asiles n'était pas préparé. Dans le dernier chapitre elle analyse aussi la production scientifique des aliénistes qui est vue, par des militants de notre époque, comme le comble du cynisme. Bueltzingsloewen montre que cette production permet non seulement aux médecins de s'insérer dans le milieu médical mais aussi de comprendre le phénomène qu'ils ont sous les yeux alors que les connaissances médicales sur la famine sont très insuffisantes à l'époque en France.

Mais cet aspect scientifique n'implique pas que ces hommes n'avaient pas conscience d'un malheur qui demandait une action. Dans une seconde partie l'auteur examine donc comment la société a pris conscience du problème et a réagit. Elle montre que les médecins, dès le début, se sont mobilisés localement pour contrer la mort certaine de leurs patients. Mais ces actions étaient limitées par l'incompréhension du phénomène et par leur caractère local. Heureusement, les médecins aliénistes sont regroupés dans une association nationale qui, rapidement, lance des cris d'alarme au gouvernement pour demander une action. Ce dernier n'est d'ailleurs pas inactif et, malgré une ambiance eugénique, met en place une politique de rationnement en faveurs des interné-e-s qui permet de nourrir à nouveau ces derniers. Bueltzingsloewen démontre donc que, loin d'une volonté d'extermination, les acteurs de l'époque ont réagit dans les limites de leur pouvoir et ont réussi à gagner le soutient officiel de Vichy.

Dans une dernière partie l'auteure tente de comprendre les raisons de l'abandon des interné-e-s. Elle montre que ces derniers sont insérés dans une institution qui implique le délitement des liens sociaux et l'oubli des personnes internées. Comme elle le dit si bien: l'internement est une mort social avant que la mort physique n'ait lieu. Non seulement, avant-guerre, l'institution est bloquée par le nombre important d'interné-e-s qui empêche une prise en charge individuelle. Mais en plus les médecins ne considèrent pas les possibilités de guérisons ce qui implique que les patients peuvent passer des années, si ce n'est leur vie entière, enfermés. Ceci joue aussi sur les relations sociales extérieures qui, progressivement perdent de leur intensité ou sont non-existantes. L'auteure montre que pour les interné-e-s qui possèdent encore des relations avec leur famille la mort par inanition est bien moins importante grâce à l'apport offert via les visites. Mais il existe aussi une coupure avec la société - dans laquelle les thèses eugénistes ont une certaine audience - qui considère les interné-e-s comme des inadaptés sociaux inutiles dont la mort serait un soulagement aussi bien pour les familles que pour les institutions sociales. Ces aspects ont contribué à une invisibilité des personnes internées dans les asiles même si les thèses eugénistes n'ont pas été concrétisée par une extermination contrôlée et voulue par l’État. Elle termine cette partie en montrant que les années de guerre ont permis une remise en cause du système qui a permis de penser l'idée de libération et d'institutions ouvertes. Mais aussi de mettre en place des organisations de travail et de loisirs pour les interné-e-s qui permet de recréer une utilité sociale tout en reliant les patients à la société grâce à l'aide qu'ils peuvent offrir. Paradoxalement, la guerre a permis ceci en haussant la tolérance à ce que l'on nomme la folie dans les entreprises à cause du manque de main d’œuvre dû à l'emprisonnement et à la mobilisation de français. Cette remise en cause continuera après la guerre malgré les difficultés politiques.

En conclusion, j'ai trouvé ce livre très documenté et très dense. L'auteure montre une érudition importante sur un sujet difficile. En parallèle d'une recherche dans les archives qui lui permet de valider un certain nombre d'hypothèses tout en contextualisant les événements et en corrigeant des inexactitudes historiques elle met en place une réflexion importante sur le rôle de l'historien face au devoir de mémoire. En effet, la polémique l'oblige à prendre position sur son activité d'historienne face à des personnes qui peuvent être très hostiles à la méthode historique accusée d'euphémiser un crime voir de culpabiliser des victimes. Mais le rôle de l'historien n'est ni de juger ni d'entrer dans une polémique. Son rôle est d'analyser les faits dans leur contexte pour comprendre comment quelque chose s'est produit et pour quelles raisons. Isabelle von Bueltzingsloewen y arrive parfaitement sur un thème rendu difficile par sa médiatisation même.

Image: Éditeur

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27/03/2013

Casablanca

Nous sommes en pleine seconde guerre mondiale, l'Europe est sous la coupe de l'Allemagne nazie. Des milliers de personnes font tout pour quitter le continent et partir aux États-Unis. Mais les voies sont difficiles quand elles ne sont tout simplement pas fermées. Casablanca sous contrôle de Vichy est l'une des villes de transitions. Mais il est bien plus difficile d'en sortir que d'y rentrer. Entre le marché noir et la corruption des magistrats personne n'est à l’abri. Dans cette ville un américain, Rik, tient un café dans lequel une bonne partie de la criminalité se déroule. Que ce soient les jeux de casinos ou les ventes de visas. Mais quand le célèbre dissident Victor Laszlo et sa femme Ilsa débarquent la tranquillité relative du café pourrait bien être compromise. Car Laszlo ne doit pas quitter Casablanca et Ilsa et Rik ont un passé chargé.

Du romantisme, du suspens et de la comédie parfaitement dosés dans ce film vieux et un peu étrange. Étrange car il est souvent ridicule. Bien que les acteurs me semblent des plus convaincants les dialogues m'ont parus très ridicules. C'est probablement voulu dans certains cas. J'ai bien aimé, par exemple, la manière dont le policier français et le policier italien se chamaillent constamment. L'italien est d'ailleurs superbement ignoré par le représentant de l'Allemagne. Je doute que Mussolini ait apprécié. Outre ceci il y a les dialogues romantiques qui sont dégoulinant de mièvrerie. Mais aussi les scènes que je trouve des plus irréalistes. Imaginez, vous êtes un leader de la résistance en fuite. Est-ce que vous réservez une table à votre nom dans un café? Je ne pense pas! Eh bien Laszlo le fait et continue sa soirée avec une dialogue poli entre lui et le dignitaire nazi! Je ne trouve pas ça très réaliste... Et pourtant le film fonctionne!

  • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

  • Twilight.

  • Film de vacances.

  • Bon scénario. Intéressant, écrit et réalisé en 1942 il y a probablement des aspects de propagandes qui m'ont échappé (après tout je ne suis pas un expert), il est bien joué. Bref, j'ai gagné quelques points d'expérience en culture cinématographique.

  • Joss Whedon

Image: Allociné

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18/03/2013

De la résistance à la guerre civile en Grèce 1941-1946 par Joëlle Fontaine

Titre : De la résistance à la guerre civile en Grèce 1941-1946arton680.jpg
Directeur : Joëlle Fontaine
Éditeur : La Fabrique 2012
Pages : 377

Ces derniers temps on parle souvent de la Grèce. Le pays est en train de sombrer dans les dettes et se fait contrôler par des instances étrangères non-démocratiques. L'extrême droite néonazie a une importance de plus en plus grande dans la vie politique du pays et les mouvements sociaux sont de plus en plus importants. Mais ce que l'on ne sait pas c'est d’où viennent ces problèmes? Car la Grèce a une histoire qui explique comment elle en est arrivée à ce point. Cette histoire est en partie racontée dans le livre de Joëlle Fontaine.

L'auteure a écrit son livre de manière chronologique en 12 chapitres. Ces 12 chapitres permettent d'abord de dépeindre la manière dont la résistance commence à s'organiser sous l'égide du KKE le parti communiste grec. L'auteure montre que la résistance grecque est l'une des meilleure d'europe et qu'elle a empêché l'occupant allemand de contrôler la majeure partie du pays. Comme dans la plupart des pays d'Europe la résistance est fortement communiste. Mais le parti communiste grec essaie toujours d'adjoindre un maximum de forces à son organisation et acceptant les compromis. Son but pendant et après la guerre est de créer une union nationale jusqu'à ce que le peuple puisse décider de la forme du gouvernement. Ce qui ne l'empêche pas de mettre en place des programmes communistes autours de réformes agraires ou de gouvernements auto-constitués dans les villages. Cette réussite de la résistance fortement communiste ne peut qu'inquiéter Churchill qui a peur pour les intérêts de l'Empire en Grèce. Churchill, malgré les résistances de ses proches collaborateurs et de son allié américain, fera donc tout pour que le roi de Grèce retourne à Athènes et pour que le gouvernement précédent soit remis en place. Et quand je dis tout je dis bien tout car cela implique de mentir à la résistance, d'occuper Athènes et de soutenir les anciens groupes para-militaires qui ont collaboré avec les allemands. On se trouve donc dans une situation étrange dans laquelle les collaborateurs sont encensés par Churchill et mis au-delà de tous risques judiciaires alors que les résistants risquent la prison si ce n'est les camps d'internements. Se déroule durant ce temps plusieurs mois que je qualifierais de fortement naïf. Les dirigeants de la résistance continuent, toujours, de souhaiter un gouvernement d'union national alors que se prépare un coup d'état. Les résistants pensent toujours que l'Angleterre de Churchill ne fera rien et qu'ils recevront un soutien bolchevique. Mais il n'en est rien et les sphères d'influences de la Guerre Froide commencent déjà à se mettre en place. Il est trop tard quand le KKE se rend compte du piège et son désarmement sera suivi de mois de répressions juste avant une élection qui est tout sauf libre.

Bien que ce livre soit des plus intéressants je déplore tout de même qu'il soit trop chronologique. Il est presque purement événementiel mais heureusement l'auteure mais en parallèle ce qui se déroule avec les remarques et directives de Churchill et des leaders de la Résistance. Ce qui permet de comprendre les buts et les visions de chacun. Mais on peut se demander ou se trouvent les résistants dans ce livre. On trouve de grands noms, des leaders, mais on ne sait pas vraiment ce que pensent et ce que vivent les petites mains de la résistance, ceux qui prennent les armes. On ne sait pas non plus comment ont réagis les soldats anglais aux ordres qu'ils ont reçu qui contredisent, parfois, le but officiel de la guerre. Le livre permet donc surtout de montrer en quoi les intérêts d'un pays priment sur la démocratie et les droits du peuple d'un autre pays. Ce livre est tout de même très intéressant. On se rend compte, dès les premières lignes de l'introduction, que l'auteure est amoureuse de ce pays et de son histoire et qu'elle tente de partager cet amour à d'autres. Je conseille donc ce livre à toutes personnes qui souhaite en savoir un peu plus sur l'histoire récente de la Grèce. Il se lit facilement, avec plaisir et rapidement.

Image: Éditeur

12/03/2013

Le directoire de la ligue du Gothard, 1940-1945. Entre résistance et rénovation par Michel Perdrisat

Titre : Le directoire de la ligue du Gothard, 1940-1945. Entre résistance et rénovation5504_perdrisat_2.jpg
Directeur : Michel Perdrisat
Éditeur : Alphil-Presses universitaires suisses 2011
Pages : 166

L'auteur, Michel Perdrisat, nous dépeint ici l'histoire d'un groupe qui comptait offrir une résistance contre toutes attaques étrangères contre la Suisse. Mais est-ce aussi simple?  Le sous-titre permet d'imaginer que la Ligue du Gothard n'était peut-être pas simplement une organisation de résistance mais aussi une organisation qui défendait une vision de la société particulière. L'auteur décide de nous présenter la ligue sur trois parties.

La première lui permet de nous dépeindre la "genèse" de la ligue. Nous sommes en Suisse, la France vient de capituler et notre pays pourrait être en danger. C'est dans ce contexte qu'un groupe de personnes tentent de mettre en place un esprit de résistance en Suisse qui sera concrétisé dans la Ligue du Gothard. Mais sa naissance est loin d'être facile et des problèmes entre les membres alémaniques, plus proche de l'économie, et francophones, proches de Gonzague de Reynold, se font jours. De plus, la Ligue tente de réunir les personnes de droites et les personnes de gauche dans un troisième voie qui ne soit ni le capitalisme ni le marxisme mais le corporatisme. Bref, il est difficile de réunir tout le monde autours d'un programme commun.

La seconde partie est une prosopographie qui nous permet de comprendre qui sont les membres les plus influents du directoire et quels sont les associations qui se cachent derrière. Ce chapitre permet donc de comprendre les idéologies des personnalités qui se trouvent dans le directoire ou qui l'on influencé. L'auteur montre que deux personnes ont eu une influence importante: Gonzague de Reynold et sa vision d'une Suisse d'ancien régime gouvernée autoritairement et Denis de Rougemont et sa vision du corporatisme. Mais le directoire est aussi influencé par des groupes comme les mouvements syndicaux, corporatistes, le groupe Esprit, la Ligue des Sans-Subventions, Dutweiller, ... et surtout le Réarmement Moral. Ces groupes défendent en grande partie une vision autoritaire et élitiste de la Suisse pour se conformer au nouvel ordre européen de l'époque. Mais c'est le Réarmement Moral et sa vision chrétienne et anti-communiste qui influence le plus la Ligue. Ce qui mène la Ligue à interdire l'entrée aux juifs et aux francs-maçons!

Dans la troisième et dernière partie l'auteur décide de présenter les programmes du Directoire de la Ligue du Gothard entre 1940 et 1945. Le programme défend d'abord une réunion des différents partis autours d'une remise en cause du fonctionnement politique de la Suisse et le corporatisme. Celui-ci se modifie entre 1943 et 1945 pour se concentrer sur la propagande et la menace communiste. Mais l'auteur examine aussi une question importante: la Ligue est-elle un organe de résistance ou de rénovation? Il montre que le programme de la Ligue portait sur une modification dans un sens autoritaire du gouvernement Suisse autours du Conseille Fédéral Etter. Ce qui mène la Ligue à s'allier à des groupes qui parlent ouvertement de révolution et de prise de pouvoir (parfois militaire). En somme, selon l'auteur, la Ligue était l'un des principaux dangers pour la Suisse démocratique à l'époque mais la naïveté de ses membres l'empêcha de mettre en place son programme qui, d'ailleurs, était en dehors de la réalité des opinions du peuple suisse.

En conclusion de cette note je peux dire que j'ai apprécié ce livre. Il présente un groupe restreint d'une Ligue qui tentait de réunir une grande partie des forces politiques autours d'elle. Ce livre permet de mieux comprendre l'histoire des groupes radicaux en Suisse et les liens qu'ils possédaient entre-eux. On comprend aussi un peu mieux qu'elle était la vision politique de certaines élites de l'époque face à une Europe nouvelle qui pouvait mettre en danger le pays. Comme le dit l'auteur, la Ligue tente de mettre en place un programme de résistance mais possède des idées qui sont dangereusement proches des gouvernements autoritaires qui entourent la Suisse. Alors peut-on vraiment parler de résistance?

Image: Éditeur

26/07/2011

Par-delà le bien et le mal

Pour la seconde fois en peu de temps je vais parler d'un film qui prend place dans la société nazie. Mais celui-ci ne parle pas de personnes qui ont été pourchassée mais d'un simple intellectuel professeur à l'université de Francfort. Halder est ce personnage. Il n'est pas un chercheur de grande ambition et se contente d'enseigner la littérature française à ses étudiants. Il écrit aussi un roman sur l'euthanasie tandis que sa vie de famille semble souffrir de plus en plus. Mais ce roman qu'il croyait rester anecdotique se transforme en un passeport pour la haute société nazie quand un haut fonctionnaire du Reich lui signale que hitler lui-même l'a apprécié. De simple professeur observant avec inquiétude les évènements de son temps il est, peu à peu, piégé par la machine nazie en devenant l'un des intellectuels qui permettent de justifier les politiques du parti. Mais Halder a-t-il raison de penser qu'il vaut mieux être à l'intérieur qu'à l'extérieur pour contester les politiques du parti? Ou alors va-t-il devenir un traître envers sa famille et ses amis?

On pourrait penser que ce film ne va pas à l'essentiel et utilise trop rapidement un certains nombre de thèmes. Ainsi, on voit passer en une petite heure l'antisémitisme, la résistance intellectuelle, l'euthanasie et la culture nazie sans que, pour autant, chacun de ces thèmes ne soit développé. Mais je trouve que ce film reste bon pour, outre la prestation de Viggo Mortensen, la manière dont il dépeint le personnage Hadler. Plutôt que d'en faire un arriviste ou un profiteur je trouve que le film met bien en place le caractère très surprenant de l’entrée au parti d'Hadler. Plus que ça, il nous montre que cette entrée se double aussi de certains avantages qui n'ont que pu rendre l'adhésion plus alléchante à des personnes qui n'étaient pas forcément des fanatiques nazis. Après tout dans des temps difficile peut-on vraiment se passer de toute aide? C'est une question à laquelle je ne répondrais pas. Mais Hadler est aussi un personnages aveugle. Aveugle dans le sens ou il n'arrive pas à voir vers quoi se dirige son pays. Comme si il était obnubilé par son travail et sa vie de famille. C'est pourquoi je trouve que la dernière scène est particulièrement magnifique puisqu'elle montre Hadler se rendre subitement compte de ce à quoi il a contribué.

Image: Allocine

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11:22 Écrit par Hassan dans contemporain, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : deuxieme guerre mondiale, nazisme | | | |  Facebook

24/07/2011

Bent

Bent est une adaptation d'une pièce de Broadway. L'histoire qui est développée dans ce film est celle d'un couple d'homosexuels de Berlin sous le gouvernement des nazis en 1934. Nous y suivons donc Max et Rudy un couple d'hommes qui écume les nuits et les bars de Berlin. Max y fait la connaissance d'un officier SA homosexuel. Les deux hommes commencent une relation de couple qui sera brutalement détruite lors de l'assassinat de l'amant de Max. Suite à cet évènement Rudy et Max fuient et se cachent des autorités en tentant de sortir de l'Allemagne. Mais comment peut-on fuir un gouvernement aussi total? Malheureusement, le couple sera rattrapé et envoyé à Dachau. Max fera tout pour survivre dans l'enfer gris du camps de concentration en essayant d'éviter l'étiquette homosexuel et en organisant des combines avec les gardiens. Mais le monde des camps est sans pitié ce qu'il apprendra très rapidement.

C'est un film dur mais aussi un bon film. Outre la vision de la Berlin homosexuel qu'il offre, il faut savoir que l'Allemagne semble si je ne me trompe pas avoir été très avancée dans la tolérance durant l'entre deux guerre, que je peux vérifier on y découvre une peinture que je trouve très adéquate des comportements durant le gouvernement nazi. En est témoin le rôle de Grita cet homme qui se travestit. Alors qu'il explique à Max et Rudy comment fuir il leur dit aussi qu'il n'hésitera pas à les dénoncer à la police montrant comment la société civile devint l'adjointe de la police par la dénonciation. Mais on y perçoit aussi un peu comment fonctionnaient les camps. Je ne parle pas de scènes de tortures, bien qu'il y ait tout de même des scènes difficiles, mais des scènes qui montrent l'absurdité des tâches que l'on obligeait les détenus à accomplir. Max doit déplacer des pierres d'un point à un autre puis les ramener et ceci toute la journée. On y voit aussi le sadisme des gardes par exemple au travers des dernières scènes. Celles-ci, si j'en crois les témoignages que j'ai lu, sont très proches de la vérité. C'est un film triste, gris, sans espoir sauf lors des moments ou Max trouve un amour inattendu. Mais un amour qui ne peut pas durer dans un camps de concentration nazi. La dernière scène est particulièrement émouvante puisque Max y accomplit un acte d'amour et d'acceptation en revendiquant son homosexualité.

Image: Allociné

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25/03/2011

Le salaire des neutres, Suisse 1938-1948 (Politik und wirtschaft im krieg) par Hans-Ulrich Jost

Titre: Le salaire des neutres, Suisse 1938-1948 (Politik und wirtschaft im krieg)41GW7MGMW8L._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Hans-Ulrich Jost
Traducteur: Henry Debel
Éditeur: Denoël 1999
Pages: 419

Je pense à lire un ouvrage de Hans-Ulrich Jost depuis que je suis entré en histoire à l'université. Mais soit j'oubliais soit je n'avais pas le temps ou encore je pensais à autre chose au moment de choisir un livre. Bref, il m'a fallu beaucoup de temps pour, enfin, me décider à parcourir l'un des livres que cet historien célèbre à écrit. Je parle d'un historien célèbre mais je sous-estime ce point. C'est, en effet, l'un des rares historiens largement connu dans le grand public et dont les recherches ont été discutée et abondamment critiquée par des non-historiens. Il faut dire que son domaine des recherches n'est pas de ceux qui soient les plus facile puisqu'il traite de la Suisse lors de la seconde guerre mondiale. Un point qui est encore très chatouilleux pour un certains nombres de citoyens de ce pays et une histoire qui laisse encore largement place aux mythes plutôt qu'à la vérité historique.

Il semble que le livre que j'aie choisi soit une tentative de synthétiser et de rendre plus accessible un certains nombres de faits de l'histoire de la Suisse durant la seconde guerre mondiale. C'est pourquoi nous y trouvons des informations autant sur les aspects politiques que militaires et, surtout, économique de l'époque. L'aspect militaire nous offre le tableau d'une suisse dont le général, Guisan, agit d'une manière, parfois, contradictoire et souvent dans le dos du Conseil Fédéral. On nous offre un général qui a créé de vives tensions avec le gouvernement de l'époque et dont les soldats sont utilisés surtout pour éviter le chômage et donner de l'espoir en la capacité de résistance du pays. L'aspect politique tel que le dépeint Jost est assez sombre. La lecture nous montre les actions et réactions d'un gouvernement très proche des thèses autoritaires et qui accepte des offres de revoir le fonctionnement du pays à l'aune d'un plus grand autoritarisme. C'est dans cette ambiance que les frontistes, les fascistes et les ligues se multiplièrent alors que la gauche était combattue avec force. Cependant, c'est l'aspect économique qui est le plus intéressant. En effet, la Suisse tente d'agir en vue de constituer une force économique stable et même croissante durant et après la guerre. En vue de ce but elle se compromet de nombreuses fois avec les gouvernements fascistes dont elle accepte l'or et à qui elle vend des armes. Bien loin de l'image mythique du réduit neutre c'est une suisse intéressée et utilisant l'économie comme arme de guerre qui se fait jours et dont les élites étaient singulièrement proches des fascistes. Trop pour leur tranquillité d'esprit après la guerre.

J'ai appris beaucoup de choses en lisant ce livre. De nombreux points que je connaissais sans les avoir approfondi et d'autres très nombreux points dont je n'avais aucune idée. J'ai, entre autre, été frappé par les agissements de la Ligue Vaudoise dont on ne connaît pratiquement rien alors que ce groupe est toujours en activité. Il est intéressant, aussi, d’avoir mis en place un chapitre conclusif qui pose la question de la relation de la société, et des autorités en particulier, avec l'histoire. Ce qui permet d'expliquer le traitement qui a été infligé à ce thème depuis la fin de la guerre. J'ai aussi trouvé l'écriture et l'argumentation de Jost particulièrement facile à suivre. J'ai eu beaucoup de plaisir à parcourir ce livre. Cependant j'ai une petite interrogation. J'ai compris que ce livre a été traduit pour un public francophone mais la traduction a aussi consisté à changer les francs suisses en francs français. Je me demande si ceci était vraiment indispensable?

Image: Amazon