esclavage

  • 12 years a slave

    J'ai décidé d'aller voir ce film après une longue réflexion. Pas parce que je ne voulais pas le voir mais parce que je ne voulais pas le regarder sans être prêt. J'ai aussi mis un peu de temps avant de me décider à écrire cette présentation. Je vais donc tenter une présentation la moins critiquable possible mais qui reste très différente d'une analyse. Cependant, il est certain que je vais oublier des aspects importants je m'en excuse par avance. 12 years a slave est adapté d'une autobiographie écrite par Solomon Northup suite à son enlèvement et sa mise en esclavage. Le film reprend les éléments du livre. L'histoire commence alors que Northup est engagé par deux personnes pour les suivre dans leur tournée de magie. Alors qu'il est mis en confiance les deux traîtres décident de le vendre à un marchand d'esclave. Après peu de temps il est envoyé au sud des USA pour être vendu. C'est le début d'un exil de 12 ans durant lequel il n'aura plus aucun droits.

    Cette courte présentation de l'histoire de Solomon Northup ne permet pas de se rendre compte de la puissance dégagée par ce film. Celui-ci est très dérangeant. La plupart des personnes blanches que nous avons à l'écran sont de parfaits salauds. Oui, je place Ford dans cette même catégorie. Ce dernier n'est pas mauvais. Il ne frappe pas et il prend soin de ses esclaves. Cependant, il sait parfaitement que ses employés sont des tyrans et il ne fait rien. Lorsque Solomon essaie de lui expliquer d'où il vient non seulement Ford ne fait rien mais il refuse même d'écouter. Pire encore, il revend Northup à quelqu'un qu'il sait être très brutal plutôt que de s'occuper de la manière dont agissent ses employés voir d'enquêter sur les origines de Northup. C'est l'exemple de l'homme qui se pense gentil et progressiste mais qui refuse d'imaginer l'idée de mettre en cause le système établi. Mais ce qui m'a le plus frappé c'est l'importance du corps dans la manière dont l'esclavage est montré dans ce film. Dès le début on voit que le corps n'appartient plus aux personnes soumises à l'esclavage. Les blanc-he-s peuvent agir comme ils le souhaitent. Que ce soit en imposant une toilette publique nue ou en touchant régulièrement les personnes pour montrer leurs qualités corporelles à un futur acheteur. Les sévices - ceux-ci sont très durs à regarder et je ne sais quel est le pire moment le fouet vers la fin du film ou lorsque madame Epps lance sans férir une bouteille contre Patsey - s'attaquent aussi directement au corps. Ceci est possible car dans ce système, pour ce que je connais et comprends, le corps de l'esclave n'existe pas dans l'humanité. C'est du bétail sans droits et les propriétaires peuvent faire ce qu'ils veulent de ce qui leur appartient. Ce ne sont que quelques aspects qui m'ont profondément touchés. Je sais que ce ne sont que quelques points d'un film et d'une histoire plus importante mais je souhaite éviter de dire des bêtises sur quelque chose que je connais peu. C'est pourquoi je souhaite terminer sur le mal que j'ai eu à sortir de ce film très dur.

    Image: Allociné

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  • La matrice de la race généalogie sexuelle et coloniale de la nation française par Elsa Dorlin

    Titre : La matrice de la race généalogie sexuelle et coloniale de la nation française9782707159052.gif
    Auteure : Elsa Dorlin
    Éditeur : La découverte 2006
    Pages : 307

    Dans ce livre Elsa Dorlin tente de faire une histoire des discours qui ont entourés la formation de la race et des différences de sexe. Pour cela elle remonte au XVIIe siècle durant lequel un certains nombres de traités médicaux ont été écrit et qui régulent la vision des femmes et des races comme inférieures à l'homme blanc européen. Cette étude lui permet de nous expliquer comment les différenciations ont été théorisées et utilisées comme dispositifs de pouvoirs pour réussir à dominer très concrètement une partie importante de l'humanité. Pour ce faire elle construit trois parties.

    La première partie examine la manière dont les médecins ont considérés le corps féminin et sa relation avec la maladie. Elsa Dorlin y démontre que l’infériorité considérée naturelle des femmes est construite dans leur fonctionnement face à la santé. En effet, selon Dorlin, les médecins de l'époque considèrent le corps féminin comme nécessairement malsain alors que le corps masculin est nécessairement sain. Ainsi, un homme malade est un homme qui se dévirilise alors qu'une femme saine est une femme qui se virilise. Ces considérations se basent sur la théorie des humeurs qui considère que les sexes, et les humains, sont différenciés par certaines humeurs qui impliquent aussi un mental.

    La seconde partie examine la manière dont la nation est née entre le XVIIe et le XVIIIe siècle. L'auteure y montre comment les mères ont été créées mais aussi de quelle manière les médecins tentent de réguler, voir d'interdire, le travail des sages-femmes et des nourrices. Les premières sont vues comme des femmes proche de la sorcellerie qui, dans le secret, pourraient bien permettre aux femmes de perdre leurs enfants. Tandis que les secondes sont considérées comme dangereuses car le lait venant de leur corps et offert à l'enfant transmet les caractéristiques morales de la nourrice. L'auteure montre aussi de quelle manière les sages-femmes sont exclues de la profession médicale face aux hommes grâce à la mise en place de nouvelles normes. Cette partie permet aussi de comprendre comment un début de théorie raciale se met en place via les thèses de l'hybridation. Celle-ci permettrait de garder un peuple fort via l'adjonction d'un sang nouveau et l'esclavage pourrait être le moyen de la pratiquer.

    Enfin, la dernière partie permet d'examiner la construction des races via l'exemple des colonies françaises. Elsa Dorlin montre comment la domination des hommes blancs sur les esclaves et les autochtones s'est construite et justifiée via le discours médical. Ainsi, par exemple, l'esclavage est théorisé comme un bien pour les populations déportées africaines car il permet de passer outre leur fainéantise et leur inconduite naturelle. Ce sont aussi des peuples capables de subir une forme de travail particulièrement rude. Dans ces thèses la fuite des esclaves est vue comme une anomalie qui peut être expliquée médicalement.

    Ce livre permet donc de comprendre comment la nation française, masculine, s'est constituée à la fois face aux femmes et aux autres "races". C'est la mise en place de nombreux discours qui présupposent une infériorité du corps de l'autre qui permettent de considérer l'homme blanc comme supérieur et parfait. La domination est donc légitimée via la santé à la fois morale et physique des européens. La lecture en est très intéressante. L'auteure réussit à montrer comment les discours peuvent être concrètement utilisés comme dispositifs de pouvoirs et justifier une inégalité. Le livre permet aussi d'en savoir un peu plus sur l'histoire de la médecine et son fonctionnement face aux femmes et aux africains. C'est donc un ouvrage que je recommande chaudement.

    Image: Éditeur

  • Django Unchained

    Je n'avais jamais vu de Tarantino. Il me semblait que c'était un gros vide dans ma culture cinématographique et ce Django m'intéressait. Je me suis donc lancé dans le far west mais j'étais loin d'être solitaire dans le soleil couchant. Bon, quelle est l'histoire de ce film qui fleure bon la beauté et la tolérance du sud américain pré-sécession? La première image est celle d'une colonne d'esclave. Celle-ci s'étire sous la chaleur du soleil et frissonne durant le froid de la nuit sous l’œil plus ou moins précis et vigilant des gardiens. Mais ce que ces gardiens n'avaient pas prévus c'est de rencontrer le Docteur Schultz. Ce dernier ne prend pas de pincettes pour libérer Django et lui offrir un marché. Ce dernier l'aide à trouver trois frères poursuivis par la justice et il ne sera pas seul pour retrouver sa femme. Un ancien esclave qui tue des blancs pour de l'argent... Comment dire non?

    Pour une première fois c'est une réussite. L'image est superbement maîtrisée, la musique géniale et l'histoire un peu n'importe quoi suivi de beaucoup de coups de feu et de sang. Bon, je ne suis pas sorti tout a fait indemne de ce déchaînement de violence et je ne referais pas ça tous les jours. Certaines scènes sont tout simplement horribles et on est heureux de savoir qu'aucun cheval n'a subi ces violences en réalité. Mais, mis à part cette violence, ce film nous offre un message intéressant. C'est un message d'empowerment que nous envoie Tarantino. En fait, je ne pensais qu'à Frantz Fanon dans le cinéma. Je n'ai malheureusement pas eu le temps de lire Frantz Fanon (mais ça viendra ne vous inquiétez pas) mais je connais une partie de sa pensée. Frantz Fanon a écrit durant la guerre d'Algérie. Il considère que cette guerre et son déchaînement de violence contre le colon blanc et français vient de la violence originelle de ces blancs contre les populations autochtones. Django est l'illustration de cette idée. Les blancs sont des monstres sadiques. Mais leur violence se déchaîne sur eux via la personne de Django. A l'appui de cette analyse on peut utiliser une phrase de Candy: "Pourquoi ne nous tuent-ils pas tous". Bonne question!

    Malheureusement aucun film n'est absent de points faibles. Et il faut bien avouer que je suis obligé de faire une critique sur un point qui saute aux yeux les plus inattentifs. Encore une fois, nous avons un film de mecs sur des mecs avec des femmes qui n'ont aucune utilité. Les seules femmes de ce films ne parlent pas ou sont des servantes. Leur seul but est d'être sauvée. Le bon vieux schéma de la princesse et du prince charmant sur son destrier blanc bravant tempêtes et adversités pour sa belle. Dommage de rester dans cette idée de femme passive dans la domination alors que Django suit un chemin d'empowerment.

    Image: Site officiel

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