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  • Le principe de l'état par Michel Bakounine

    Titre : Le principe de l'étatarton178.jpg
    Auteur : Michel Bakounine
    Éditeur : Les éditions de Londres
    Pages : 32

    Je reviens à Bakounine pour un dernier petit livre. Celui-ci est inachevé et a été publié après la mort de l'auteur. Il devait analyser l'état. Bakounine commence fort. En effet, il explique dans les premières pages que la paix est impossible tant qu'il existe des états. Car ces derniers seraient produits par la concentration de pouvoir et n'auraient, comme fin, que la concentration de plus de pouvoirs. Ce qui n'est possible que via la violence de la guerre. L'état est donc inhumain car amoral. Mais ce début est suivi par une analyse de la religion. J'avoue avoir été un peu surpris. Les idées professées par l'auteur ne sont pas très différentes de celles que j'ai déjà présentées dans d'autres écrits sur la religion. Bakounine y analyse les religions selon leur caractère social ou individualiste. Selon lui, les religions sont toutes plus ou moins fortement individualistes mais la religion chrétienne est la pire de tout. Mais pourquoi ceci serait condamnable. Si j'ai bien compris, l'individualisme implique une perte importante du sentiment d'appartenance et de solidarité des êtres humains face à un dieu omniscient et parfait. Cette perfection ne peut que rabaisser l'être humain au néant. Mais d’où vient dieu? C'est le troisième point analysé par Bakounine. Selon lui, les humains ont créé des dieux d'abord dans le monde matériel. Mais les dieux des religions monothéistes sont des abstractions. Les humains auraient tenté d'observer l'abstraction divine. Celle-ci n'existant pas il se retrouva face au néant dans lequel seul l'observateur était visible. L'humain a donc créé dieu à son image en s'adorant lui-même. Et cette adoration venue du néant crée le néant dans le monde matériel. Le néant des humains.

    J'avoue que je ne suis pas certain d'avoir compris cette dernière argumentation. L'analyse de la religion par Bakounine est, en tout cas, très défavorable envers celles-ci. Mais je ne suis pas certain que les arguments anthropologiques soient valables. Il y a probablement de profonds manques de ce coté du texte. Mais il est dommage que ce texte soit inachevé. Je pense qu'il aurait offert une réflexion sur le lien entre état et religion qui aurait pu être très intéressant. Mais on peut très bien se contenter du texte en l'état. Il offre des positions qui ne sont pas très éloignées d'analyses scientifiques sur les relations internationales. L'idée que les états tentent d'augmenter leur pouvoir par tous les moyens, dont la guerre, est assez proche de l'école réaliste. Mais les conclusions auraient probablement été très différentes.

    Image : Les éditions de Londres qui fournissent la version numérique du livre

  • L'exercice de l'état (le privilége de l'impuissance)

    Presque en même temps que le film de Clooney un autre film politique est sorti. Celui-ci est français est traite son sujet très différemment. Plutôt qu'une campagne de primaire nous suivons un ministre en plein travail. Le film commence par l'un des exercices les plus importants pour un politicien: montrer une présence de l'état. Bertrand Saint-Jean, ministre des transports, reçoit un appel en pleine nuit. Un accident s'est déroulé sur une petite route enneigée tuant près de 10 jeunes. Il n'a pas le choix il doit se déplacer en pleine nuit le plus vite possible et arriver avec un discours déjà près. Mais une fois que cet épisode terminé le travail de Saint-Jean ne fait que commencer. Car être ministre ne veut pas seulement dire lire et créer des dossiers, gérer l'état, mais aussi participer au théâtre politique. Nous suivrons donc Bertrand alors qu'il essaie d'éviter d'être vu comme un ministre qui échoue à cause d'un projet qu'on lui impose. Pour cela il devra être toujours présent et il devra écraser des têtes.

    Comme je l'ai dit ce film traite le sujet politique d'une manière différente de celui de Clooney. On observe le fonctionnement interne d'un ministère en suivant celui qui en est à la tête. Ce film, à mon avis, montre bien qu'une personne dans cette position doit non seulement faire attention à ses dossiers mais qu'il doit aussi penser à sa force médiatique et politique. Ainsi, on a presque l'impression que le ministère des transports n'est pas mobilisé pour mettre en place des projets mais pour donner à Saint-Jean la force politique nécessaire pour résister aux autres ministres qui se trouvent à des postes plus prestigieux. Les scènes du début du film montrent tout aussi bien l'importance de la présence du ministre sur les lieux pas seulement pour les voix mais aussi pour affirmer une présence concrète de l'état. Un autre bon point de ce film c'est de montrer que le rythme de vie de ces personnes est non seulement solitaire mais aussi très difficile. On se lève avant l'aube et on se couche après minuit tout en étant toujours prêt à réagir. Par contre un point particulier m'a ennuyé. Les personnages parlent bien, très bien même, mais ils parlent dans un jargon que je qualifierais d'artificiel. Bien entendu, la plupart des grands fonctionnaires français sont jeunes et énarques ce qui implique une certaine manière de parler. Mais j'ai souvent eu l'impression que les personnages ne parlaient pas, ils citaient. Ils citaient de belles phrases, oui, mais ils ne créaient pas ils reprenaient. Peut-être est-ce voulu?

    Image: Site officiel

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  • Quand l'état se mêle de l'histoire

    Titre: Quand l'état se mêle de l'histoire313DP3DCADL._SL500_AA240_.jpg
    Auteur: Entretien avec René Rémond mené par François Azouvi
    Éditeur: Stock 2006
    Pages: 106

    Quel que soit son travail ou son domaine d'études on ne peut pas passer outre quelques instants de réflexions sur ce que l'on fait. Ce petit livre est, justement, une réflexion sur un aspect particulier du travail d'un historien en France: les lois dites mémorielles. René Rémond, en effet, est l'un des signataires de la pétition demandant leur abrogation, pétition faisant suite à une plainte contre l'historien, trois fois récompensé pour son livre Les traites négrières. Essai d'histoire globale, Olivier Pétré-Grenouilleau justement à cause d'une loi mémorielle. Ces lois ne sont pas des moyens de punir le négationnismes mais des armes à doubles tranchants qui, sous couvert du respect de la mémoire, peuvent empêcher l'historien de faire un travail de qualité puisque, si il s'érige contre le discours légal, il risque une condamnation. René Rémond considère ceci comme un grand danger pour le travail de l'historien.

    Bien entendu ce n'est pas tous son discours, via ce thème légal il en profite pour donner sa définition du travail de l'historien. Un travail d'approximation ne devant pas souffrir des vues subjectives mais ne devant pas non plus se perdre dans l'amoralisme via la relativité des valeurs morales. Un historien doit condamner ce qui est condamnable car René Rémond croit en des valeurs morales universelles. C'est aussi un bon moyen pour lui de donner sa définition de ce qu'est la mémoire, une action immédiate et subjective, et de l'histoire, une réflexion objective. Néanmoins, il ne faut pas croire qu'il souhaite que l'histoire ne soit la propriété et ne puisse être faites que par les historiens. Il pense que l'histoire appartient à tout le monde et que, nécessairement, tout le monde doit pouvoir en parler et en posséder des rudiments. Ce qu'il condamne c'est la croyance des politiciens que leur positon d'élus les placent en droit de donner des ordres aux historiens et de leur imposer des méthodes et vérités historiques au moyen de la loi alors que le débat fait toujours rage.

    Bien que ce thème soit surtout important en France, nous ne devons pas oublier que la Suisse aussi à eu ses tentatives et tentations de lois mémorielles et, donc, nous devons bien expliquer en tant qu'étudiant ou historiens confirmés que nos travaux ne sont pas des jugements ou des tentatives de violer la vérité historique au profit d'une faction mais la recherche de la vérité historique qu'elle soit plaisante ou non et ce par des moyens scientifiques et rationnels tout en n'oubliant surtout pas d'avouer nos approximations et ignorances.


    Image: Amazone