09/02/2015

Difret

Après la (très) grosse déception que fut Jupiter Ascending je suis allé me plonger dans le film Difret. Imaginez, vous avez eu une très bonne matinée à l'école. Vos notes sont hautes et les autorités scolaires souhaitent vous voir progresser. Vous courez chez vous afin de donner la bonne nouvelle à vos parents. Sur le chemin, 5 personnes à cheval vous suivent. Ils vous prennent et vous forcent à monter puis vous enferment dans une cabane. Le soir venu vous êtes frappée puis violée pour apprendre, le lendemain, que vous êtes mariées à votre voleur. Vous venez d'être victime de la tradition de l’enlèvement marital. Hirut décide de s'enfuir avec une arme laissée de côté. Mais, durant sa fuite, elle est poursuivie et, afin de se défendre, elle tue son ravisseur. Elle est immédiatement emmenée à la police. S'ensuit une longue bataille judiciaire qui confronte les droits des femmes à la tradition afin de sauver la vie d'Hirut.

Ce film possède un certain nombre de problèmes techniques. Mais ce n'est rien d'important face au message qui est au cœur de l'histoire. En effet, la réalisation a pris l'histoire vraie d'une femme pour nous faire comprendre comment fonctionnait la tradition et comment il a été possible, pour un groupe d'avocates qui défendent les femmes, de briser celle-ci. Ainsi, l'intrigue montre deux traditions en conflit. La première est celle des hommes des communautés villageoise qui possède sa propre justice et qui considère les femmes comme un bien d'échange comme un autre. La seconde est la justice basée sur le droit qui considère les citoyen-ne-s à égalité. Ce conflit entre la tradition, considérée comme villageoise, et le droit, est au centre de l'intrigue. Car, alors que le procès n'a pas encore lieu la justice du village a déjà mis en place des mesures qui peuvent aboutir à la mort de la jeune femme. Ce que l'on observe aussi c'est le manque d'entrain de tout un système pour protéger les femmes en danger. Que ce soit l’État, la police ou le procureur tout le monde se fiche de la savoir en danger et blessée. Elle est déjà considérée coupable et une défense est inutile tout en étant difficile à monter. J'ai aussi été frappé par certains discours. En particulier celui d'un médecin qui est censé expertiser l'âge de la jeune femme et qui se base non sur la science mais sur ses impressions pour la considérer "bien formée" et donc adulte. C'est un point que l'on retrouve dans de nombreux cas en occident. Je dois dire que le film est positif bien que dur. On sent que la vie d'Hirut est en danger et que d'autres femmes risquent d'être dans le même cas. On sent la frustration de ses avocates face à un système qui fait tout pour les arrêter. Mais aussi le plaisir quand il y a une victoire même symbolique.

Site officiel

Image : Allociné

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31/12/2014

Les crocodiles

Titre : Les crocodiles
Auteures :
Éditeur : Le Lombard 2014
Pages : 174

Puisqu'il faut bien terminer l'année je le ferais en présentant cette BD qui m'a été offerte par une amie. e ne crois pas qu'il soit utile de présenter le projet Crocodiles ce tumblr qui illustre des témoignages de harcèlements et de viols. Cette BD publie les différentes illustrations de Thomas Mathieu qui se trouvent sur le site du projet. Celles et ceux qui suivent le tumblr connaissent donc déjà ce que la BD donne en format papier. Il y a de nombreux événements qui sont illustrés mais qui se ressemblent beaucoup. Certains sont plus horribles que d'autres et, c'est en tout cas mon cas, on a de la peine à croire que des personnes puissent être aussi irrespectueuses et violentes. Malheureusement, ça existe et c'est même banal.

La BD est fournie avec plusieurs postface qui permettent à des associations et féministes connues de donner leur avis sur le projet et de le placer dans un militantisme plus large sans devenir purement conceptuel. Le but est d'expliquer simplement ce qu'est le harcèlement. On y trouve aussi des éléments de réponses à la fois sur comment réagir en tant que témoin et/ou en tant que victime. Ces pages renvoient à d'autres projets, associations et livres plus complets si on souhaite de plus amples informations. C'est donc une BD qui permet, comme d'autres actions, d'interpeller, de montrer et, surtout, de donner la parole aux femmes. Aussi bien les histoires que la manière dont la BD est dessinée pousse, et c'est le but, à s'identifier aux victimes et non aux agresseurs. J'ai, personnellement, beaucoup appris.

Image : Éditeur

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15/06/2014

Moi Tarzan, toi Jane. Critique de la réhabilitation «scientifique» de la différence hommes/femmes Jonas Irène

Titre : Moi Tarzan, toi Jane. Critique de la réhabilitation «scientifique» de la différence hommes/femmestarzan-siteb_prd.jpg
Auteure : Jonas Irène
Éditeur : syllepse octobre 2011
Pages : 160

Quand j'étais plus jeune j'avais lu Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus. J'avais trouvé le bouquin dans la bibliothèque familial et j'avais envie de comprendre. Depuis, je suis entré de manière bien plus sérieuse dans la littérature scientifique concernant les études genre. Ce petit livre me permet donc de revenir face à la littérature psychologique écrite pour les couples dont le livre que j'ai mentionné est l'un des succès.

Irène Jonas, dans son petit livre, se propose d'analyser et de nous faire comprendre toute cette littérature pseudo-scientifique. Elle le fait en trois chapitres. Dans le premier elle analyse les fondements idéologiques de la psychologie évolutionniste. Elle démontre que ses défenseurs tentent de mettre de coté toute possibilité d'effet de l'environnement et de l'histoire pour ne se baser que sur l'évolution depuis le temps des cavernes. Nos fonctionnements sociaux et sexués seraient donc parfaitement naturel et non construit socialement. Pour cela, les auteur-e-s de ce courant se basent sur des résultats scientifiques caduques et généralisés abusivement. L'idée sous-jacente repose aussi sur les thèses les plus controversées du darwinisme social. Dans un second chapitre l'auteur nous explique quelles visions des différences hommes/femmes sont défendues dans ces productions. Alors que l'égalité des conditions serait atteinte les différences n'auraient donc qu'une origine naturelle ce qui implique qu'on ne peut plus rien faire de plus. Il devient nécessaire de comprendre et d'accepter ces différences pour vivre ensemble dans une complémentarité des sexes. Ainsi, les femmes doivent accepter une forme de domination masculine puisqu'elles sont, par nature, inférieures en bien des points. Enfin, un dernier chapitre permet d'analyser la vision du couple défendue dans les livres de psychologie évolutionniste. On y trouve, selon l'auteure, une vision "naturelle" du couple hétérosexuel dans lequel les femmes doivent atteindre leur capacité de mère de famille et abandonner leur carrière au risque de mettre à mal le développement de leurs enfants. L'homosexualité, bien qu'acceptée, est donc considérée comme une erreur de développement du fœtus qui a connu un déséquilibre hormonal dû au stress de la mère. On comprend en quoi cette thèse est dangereuse.

Voici donc un petit livre particulièrement intéressant qui permet aux personnes intéressée de comprendre et de connaitre les thèses et problèmes de la psychologie évolutionniste. Mieux encore, la déconstruction de l'argumentation permet de comprendre que ces livres et émissions d'aide aux couples entrent dans une forme de retour à la domination masculine justifiée par arguments "scientifiques" difficiles à contester. En effet, la rhétorique rend cette contestation difficile puisque les auteur-e-s multiplient les arguments d'autorités tout en liant leurs thèses à une prétendue réalité de leur pratique (personnelle ou professionnelle). Un livre nécessaire pour contrer cette littérature de plus en plus présente.

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16/05/2014

La fabrication des mâles par Georges Falconnet et Nadine Lefaucheur

Titre : La fabrication des mâles
Auteur-e-s : Georges Falconnet et Nadine Lefaucheur
Éditeur : Seuil 1975
Pages : 186

Depuis plusieurs années j'ai lu un certain nombre de travaux féministes et universitaires utilisant le concept de genre. Parallèlement, j'ai tenté de réfléchir au fonctionnement de la société selon ce que l'on peut en comprendre via ces travaux. Mais je n'avais pas vraiment tenté de comprendre la masculinité sauf à une occasion. Peut-être parce que je trouve le concept vide et inutile? Mais que je pense - peut-être - cela n'implique pas que le concept soit vide d'effets ou de revendications. Je me suis donc lancé dans ce petit livre écrit par, à moins que je ne me trompe, deux psychologues. Les auteur-e-s essaient de décrire ce qu'est la masculinité à l'aide de nombreux exemples et d'entretiens avec des hommes.

Cette tentative se forme en trois parties. La première - puissance, pouvoir, possession - permet aux auteurs d'expliquer que, dans notre société, être un homme implique d'avoir le pouvoir. Ne pas rechercher le pouvoir c'est renoncer à être un homme car la société, je parle de manière très large, apprend aux hommes à se battre et à considérer que le pouvoir leur est dû. Celui-ci s'exerce, en particulier, sur les femmes qui sont à la fois une conquête et un exemple de réussite face aux autres hommes. La seconde partie s'intéresse à la vie privée. Les auteur-e-s se demandent, en particulier, comment fonctionne l'apprentissage sexuel des hommes. Comment est-ce qu'un mâle apprend ce que sont les femmes. Comment la sexualité s'exerce-t-elle? Mais les auteur-e-s tentent aussi de comprendre de quelle manière la famille, dans son modèle bourgeois, s'impose sur les hommes et les femmes. Enfin, une dernière partie se pose la question de l'apprentissage de la masculinité. Celle-ci se forme aussi bien à l'école que dans le cadre familial et extérieur via les jeux et les droits que reçoivent les petits garçons. Bien que ce programme soit alléchant il est nécessaire d'expliquer que ce livre est avant tout descriptif. Ainsi, les explications se basent surtout sur des exemples sans conceptualisation de ces derniers. C'est, au moins, un moyen de montrer à quel point la masculinité est imposée à tous et toutes. C'est aussi un livre très militant, d'une époque militante, et les propos sont loin d'être neutres. Est-ce un mal? Je ne pense pas que ce soit nécessairement le cas. Ce n'est donc pas un mauvais livre il est simplement un peu daté et frustrant.

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20/04/2014

Femmes publiques. Les féminismes à l'épreuve de la prostitution par Catherine Deschamps et Anne Souryis

Titre : Femmes publiques. Les féminismes à l'épreuve de la prostitution

Auteures : Catherine Deschamps et Anne Souryis

Éditeur : Amsterdam 2008

Pages : 187

La dernière fois que je me suis inscrit sur une mailing list féministe française j'ai reçu des centaines de messages concernant la prostitution. Les débats étaient vifs et même violents dans certains cas. Ne connaissant pas vraiment l'état de ce dernier en France je me suis lancé dans ce petit livre qui, bien que daté de quelques années, semblait promettre un bilan et des solutions. Je voulais aussi voir s'il m'était possible de faire des liens avec la situation suisse au débat beaucoup plus endormi actuellement. Les auteures font ce bilan en trois chapitres.

Le premier chapitre, écrit par Catherine Deschamps, permet de poser les termes du débat. L'auteure commence par définir ce que veulent dire le réglementarisme, l'abolitionnisme et le prohibitionnisme. Elle montre que ces positions peuvent aussi bien permettre de mettre en place des politiques publiques en faveurs ou contre les prostitué-e-s. Cependant, elle se porte résolument contre toute pénalisation de la prostitution. Elle explique aussi que l'abolitionnisme a été dévoyé, selon elle, puisque les personnes qui s'en réclament l'utilise pour créer un droit spécifique alors que ce dernier est, historiquement, un refus des droits spécifiques aux prostitué-e-s et de l'action policière. Elle continue en observant l'état des lois à l'époque ainsi que le danger d'un projet de loi pour la sécurité intérieure qui menace fortement les prostitué-e-s. Ces chapitres sont datés puisqu'ils se portent sur une époque politique spécifique et que, depuis, le parti socialiste a décidé de pénaliser les clients.

Un second chapitre s'occupe de présenter les forces en présence. Après une unification durant la lutte en faveurs de la contraception et de l'avortement qui se base sur l'idée de créer un moindre risque il y a eu une division, surtout aux USA, entre féministes pro-sexe et anti-sexe. Les unes considèrent que les choix doivent être étendus aux femmes et aux membres des communautés LGBTs tandis que les secondes considèrent la sexualité comme socialement en faveurs des dominants masculins et donc suspecte. Les auteures observent cette division et les personnes qui font partie d'un camp ou de l'autre. Dans le dernier chapitre c'est le discours sur des points problématiques qui est analysé. Ainsi, les auteures observent des problèmes dans la manière de considérer l'argent mais aussi la sexualité et le consentement. Les prostitué-e-s sont vues comme des personnes qui ne peuvent jamais donner un consentement et leur expérience est effacée.

En conclusion les auteures nous offrent une possibilité pour recréer une alliance entre les féminismes et les prostitué-e-s. Au lieu de se baser sur de grandes doctrines elles proposent de se baser sur un besoin concret des personnes concernées en vue du moindre danger. Le but est de permettre aux concerné-e-s de choisir par elles-mêmes et non de décider de leurs possibilités à leur place. Ainsi, la parole des prostitué-e-s est ici centrale pour comprendre les besoins. Bien que la Suisse n'ait pas un débat important sur le sujet il me semble nécessaire de garder en tête les réflexions de ce livre. Car les décisions qui sont prises en Suisse, et dans les cantons, ont des effets qui ne sont pas forcément en faveurs personnes qui se prostituent. Une révision des législations actuelles devrait pouvoir être envisagée dans le sens des propos des auteures autrement dit pour donner des droits et non des devoirs.

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11/12/2013

Black feminism. Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000

Titre : Black feminism. Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-20009782296051041j.jpg
Auteures : Multiples
Éditeur : L'Harmattan 2008
Pages : 260

Bon, il ne va pas être facile de parler de ce livre mais je vais essayer le présenter sans trop d'erreurs. Il est constitué de nombreux textes (11 en comptant l'introduction) qui datent de différentes époques. Leurs points communs est de tenter de faire le lien entre la lutte féministe et la lutte contre le racisme. Cette position est résumé sous le sigle, si je l'ai bien compris, de black feminism. Soit un féminisme qui parle aussi des problèmes de dominations raciales. Ces textes sont écrits par des femmes africaines-américaines aux USA. Ce pays a une tradition importante de lutte antiraciste basée, en particulier, sur les africain-e-s américain-e-s. Ce type de mouvements est peu connu en France et encore moins en Suisse d'où l'intérêt de comprendre le black feminism pour se rendre compte des manques de nos propres pays face au sujet.

Le livre commence, heureusement, par une introduction rédigée par Elsa Dorlin. Ce texte permet non seulement d'expliquer quelques choix de traductions mais surtout de place le contexte du black feminism. Ce qui permet au lecteur ou à la lectrice de mieux comprendre les textes choisis. Ceux-ci, nombreux, permettent de montrer à la fois une envie et un manque. En effet, les femmes qui écrivent ces textes se déclarent féministes mais ne peuvent pas entrer dans les groupes militants féministes. Pourtant l'envie ne manque pas de se retrouver dans le féminisme. En effet, le féminisme américain (pour ne parler que de lui) oublie de mettre en place une réflexion sur la racisme interne des femmes blanches féministes. De plus, rares sont les femmes noires à être mises au panthéon féministe. Il est donc nécessaire de mettre en place une réflexion à la fois sur le racisme et sur le sexisme.

La question qui se pose est comment intégrer ces textes au féminisme européen. Nous n'avons pas la même histoire que les États-Unis. En Suisse nous n'avons pas, de plus, d'expérience coloniale alors que la France en possède une. Cela implique-t-il que le black feminism ne peut rien nous apporter? J'en doute fortement. Non seulement celui-ci permet d'apporter une réflexion sur les liens entre racisme et sexisme. Plusieurs textes montrent que la manière dont on considère la femme et l'homme noir comme naturellement forte et dévirilisé créent des problèmes à la fois de sexisme et de militantisme. Mais ils permettent surtout de mettre en question des pratiques et pensées dans le féminisme actuel. Étant donné que nous n'avons pas la même expérience historique de lutte en faveurs des droits des personnes noires nous n'avons pas non plus connu de remises en questions frontales d'un fonctionnement raciste de la société et du militantisme. Ce n'est pas qu'il n'y en a pas eu mais nous n'avons pas connu de nationalisme noir ou de black panther party. Pour se remettre en question il est donc nécessaire de lire ces textes et de réfléchir sur nos propres fonctionnements.

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12/08/2013

Défaire le genre par Judith Butler

Titre : Défaire le genre
Auteure : Judith Butler
Éditeur : Amsterdam 2012
Pages : 331

Depuis que je connais les études genre j'ai voulu lire du Butler. Après tout son livre Trouble dans le genre est l'une des références de ce champ d'étude. Mais j'ai aussi toujours eu peur d'elle. Ses propos ont la réputation d'être particulièrement obscure et difficile à lire. C'est aussi une auteure particulièrement décriée dans les mouvements masculinistes et antiféministes. Il fallait tout de même que je me lance un jour où l'autre et j'ai décidé de commencer à rebours. En effet, ce livre est, à ma connaissance, l'un des derniers qu'elle ait écrit à ce jour. Selon la quatrième de couverture, ce livre permet d'aller plus loin que Trouble dans le genre dans la pensée de Butler. En effet, depuis que Butler a publié ce dernier un certain nombre d'années ont passé. Défaire le genre permet donc de connaitre les dernières recherches de Butler. Il permet aussi de penser l'altérité du genre en particulier quand on parle de la transsexualité. Qu'est-ce que le genre et comment peut-on le déconstruire pour le recréer et permettre de nouvelles possibilités de vies humaines? C'est, je crois, le principal propos de ce livre.

Qu'est-ce qu'un être humain et qu'est-ce qu'une vie vivable? Ces questions reviennent souvent dans le livre de Butler. Selon elle, le genre permet de catégoriser les personnes entre humains et non-humains. Le non-humain est une personne qui n'est pas incluse dans la catégorie humaine car son genre n'est pas compréhensible. Cette catégorie n'a pas inclut que des lesbiennes, des gays ou des personnes transsexuelles mais, dans l'histoire et actuellement, des migrants, des noirs, des musulmans. L'humain serait inclut dans un certain nombre de droits universels qui dépendent du lieu historique et culturel. Mais les marges existent et mettent en danger ces valeurs universelles en montrant que, justement, l'universel n'inclut pas tout le monde. Selon cette constatation on peut commencer une lutte politique pour être inclut dans la définition d'humain. Mais cette lutte, qui actuellement concerne le mariage pour les gays et lesbiennes en occident, implique une normalisation. Dans le cas de la France, par exemple, le droit au mariage dit pour tous implique que les autres formes de partenariats sont encore plus marginalisées. Butler fait donc le constat qu'une lutte légitime peut très bien marginaliser des individus. Elle fait le même constat en ce qui concerne la transsexualité. Bien que la lutte contre la psychiatrisation de la transsexualité soit légitime elle implique, comme backlash, un non-remboursement des opérations et, donc, une marginalisation des personnes pauvres.

Comme on peut le voir il est difficile pour moi de parler de ce livre et de présenter sa richesse théorique. En effet, celui inclut de nombreux chapitres qui concernent aussi bien la philosophie du féminisme que l'intersexualité. De plus, l'auteure écrit d'une manière particulièrement compliquée et je suis loin d'être certain d'avoir compris tous les propos. S'ajoute à ce constat ma méconnaissance des écrits antérieurs de Butler qui auraient pu me permettre de faire des liens entre ses différents travaux. Quoi qu'il en soit, ce livre m'a beaucoup stimulé et m'a permit de comprendre un grand nombre de choses auxquelles je n'avais pas forcément réfléchit auparavant. Malgré la difficulté la lecture vaut largement la peine.

Image: Éditeur

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24/04/2013

La pensée straight par Monique Wittig

Titre : La pensée straight31HBP6EJ1HL._SL500_AA300_.jpg
Auteur : Monique Wittig
Éditeur : Balland 2001
Pages : 157

Bien que ce livre soit terminé depuis pas mal de temps j'ai mis plus de temps que d'habitude à en parler. J'ai préféré attendre car je ne suis pas certain d'avoir vraiment compris le propos des textes de ce recueil. Je vais tout de même essayer d'en faire une présentation qui sera, je le sais déjà, peu adéquate. Je préfère donc prévenir dès le début et conseiller de lire les textes de Wittig et non de les juger selon ce que j'en dis.

Ceci fait quel est le message de Monique Wittig? Nous sommes tous familier de la division de la société en termes de classe et de race. Les analyses qui démontrent la force de ces divisions dans notre société sont nombreuses. Elles sont adjointes à la domination en termes de genre. Ces trois types d'analyses permettent de démontrer que l'homme blanc de classe sociale supérieure se trouve dans une position dominante de facto. Il est surtout important de comprendre que ces différentes divisions s'entrecroisent formant une complexité importante dans les dominations. Ainsi, Michelle Obama est dominante face à une femme blanche de classe sociale modeste. Ceci n'est qu'un exemple illustratif. Cependant je n'ai toujours pas dit ce qu'ajoute Monique Wittig. Son argument considère que les divisions que je viens de (très) rapidement présenté ne sont pas complètes. Elle ajoute une autre forme de domination qui concerne les sexualités. Selon Monique Wittig, la société est formée sur l'hétérosexualité comme norme dominante. Cette dernière est naturalisée comme étant la forme normale et éternelle des relations entre hommes et femmes. Ce qui pousse les femmes à être toujours sous le pouvoir du patriarcat. Ce qui mène au second argument de Monique Wittig. Elle considère, en effet, que les femmes ont soit le choix de l'esclavage patriarcale soit celui de s'échapper dans une nouvelle société: celle des lesbiennes. C'est la raison de l'une de ses phrases: les lesbiennes ne sont pas des femmes. Car, par leur existence elles se placeraient en dehors de la société hétéro-centrée patriarcale. Elles briseraient les chaînes de par leur sexualité même.

Que penser de cette position politique basée sur une analyse de la société? Je pense qu'il est difficile de contester le caractère hétéro-centré de notre monde européen (pour ne pas parler de pays que je ne connais pas). Il suffit d'observer autours de soi pour voir cette réalité. Ce sont parfois de petites choses, mais si symboliques, comme le serveur qui enlève les fleurs lorsque deux hommes ou deux femmes mangent ensemble à la Saint Valentin ou des problèmes plus importants de violence institutionnelle ou individuelle (regardez ce qui s’est déroulé en France ces derniers temps). Mais peut-on considérer que les lesbiennes s'échappent de ce système? Je n'en suis pas aussi certain. C'est, peut-être, une vision un peu noire de la réalité mais je pense qu'il ne suffit pas d'avoir une sexualité autre qu'hétérosexuelle pour échapper à la domination à la fois patriarcale et sexuelle. Cependant, cela n'enlève pas le caractère très intéressant et stimulant des propos de Wittig que, encore une fois, je considère n'avoir pas totalement compris. Une prochaine lecture m'aidera-t-elle? On verra.

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16/04/2013

Boys don't cry! Les coûts de la domination masculine sous la direction de Delphine Dulong, Christine Guionnet et Erik Neveu

Titre : Boys don't cry! Les coûts de la domination masculine1332768665.jpg
Directeur : Delphine Dulong, Christine Guionnet et Erik Neveu
Éditeur : Presses Universitaires de Rennes 2012
Pages : 330

Les livres qui examinent la question de la domination masculine sont nombreux sur des cas très divers. Nous avons une bonne vision de la manière dont la domination patriarcale fonctionne et continue de fonctionner malgré les réussites des luttes féministes. Nous en savons beaucoup moins sur la force de la domination des hommes sur les hommes eux-même et ce pour diverses raisons politiques et institutionnelles. Ce livre tente de faire un bilan des connaissances actuelles et de proposer une piste possible de recherche pour examiner de manière scientifique les problèmes que pose le patriarcat pour les hommes même grâce aux contributions de nombreux chercheurs. Le livre est divisé en trois parties dont chacune se concentrent sur un aspect particulier du problème.

La première partie regroupe quatre contributions. Trois de ses contributions examinent l'usage militant du concept de coûts de la masculinité pour les mouvements masculinistes. Ces mouvements, comme il est écrit dans les diverses contributions, forment une réaction importante contre les féministes qu'ils accusent d'avoir renversé le patriarcat et d'avoir mis en place un matriarcat. Alors qu'Anne Verjus démontre les différences entre les discours féministes et masculinistes sur les coûts de la masculinité Franci Dupuis-Déri parle des problèmes de crises de la masculinité. Les hommes seraient, en effet, en manque de repères masculins et perdraient, de ce fait, leurs caractéristiques et leurs chances. Cependant, Francis Depuis-Déri démontre que ces crises ont toujours existé dès qu’un mouvement mettait en cause les privilèges des mâles. La contribution de Béatrice Damian-Gaillard est différente puisqu'elle examine la manière dont une collection de roman décrit le mâle idéal pour séduire une femme. Cette analyse se base sur de nombreux romans de la même collection et permet de mettre en lumière une vision très particulière des hommes qui peuvent séduire des femmes (blanc souvent plus vieux et de classe sociale plus élevée).

La seconde partie m'a semblé moins intéressante. Les directrices et le directeur y publient des article squi ont fait date dans les recherches anglo-saxonne. Ces articles permettent de poser les concepts et appareils théoriques utilisés dans le cadre de ce livre et de montrer leur pertinence pour la recherche sur les masculinités. Le travail de Caroline New est particulièrement utilisé.

La dernière partie utilise les concepts présentés auparavant dans le cadre de recherches spécifiques qui permettent d'illustrer leur usage scientifique tout en montrant certains caractères particulier de la domination masculine sur les hommes eux-même. La première contribution illustre l'importance de faire homme aux Antilles française en multipliant le nombre de maîtresses tout en acceptant les conséquences que cela implique. La seconde contribution examine l'importance de faire homme pour des homosexuels venant de milieux ruraux. L'auteur y examine deux contextes différents en mettant en parallèle les États-Unis et la France. Cependant, l'importance de la virilité, même si elle n'est pas facilement définissable, est présente dans les deux pays. La troisième contribution examine l'importance de l'alcool dans les identités de genre masculine et féminine. L'auteur y montre qu'il existe une relation différente à l'alcool selon qu'on soit homme ou femme. Au début du siècle la femme doit être abstinent, pure, l'homme doit pouvoir résister à l'ivresse. Mais ces injonctions se sont inversées. a consommation est devenue preuve d'émancipation pour les femmes alors que l'homme doit démontrer une consommation mesurée et maîtrisée. La dernière contribution examine la différence d'usage de la médecine dans le cadre du travail par les hommes et les femmes. On y observe que les hommes se médicalisent beaucoup moins que les femmes même en cas d'accident du travail.

En conclusion j'ai trouvé ce livre très intéressant. Il examine un problème qui est souvent invoqué par des groupes anti-féministes parfois violents. La tentative de scientifiser les coûts de la masculinité et donc la bienvenue et permet d'observer de manière concrète la domination des hommes par les hommes. Cependant, il est nécessaire, et les auteur-e-s en sont conscient-e-s, de ne pas oublier un aspect fondamental de la domination masculine. Cette dernière peut, en effet, être considérée comme un coût sur les hommes par les injonctions à suivre un rôle parfois difficile à assumer. Mais la domination masculine se porte d'abord sur les femmes. Il faut donc être conscient que les coûts ne sont ni symétrique ni équivalents entre les hommes et les femmes. C'est justement parce que certains hommes considèrent être dominés de manière symétrique et équivalente qu'ils sont passés d'une vision pro-féministe à une vision masculiniste. Au contraire de ce qu'annoncent les masculinistes les féministes n'ont pas vaincus le patriarcat. La domination masculine est encore forte et très prégnante. Dans ce cadre il peut être utile pour des anti-sexistes d'examiner les coûts de la masculinités pour les hommes. Mais celui-ci doit s'accompagner de précautions méthodologiques équivalentes aux autres recherches.

Image: Site de l'éditeur

21/09/2012

Lawless: l'histoire de l'homme ours

Je suis allé voir Lawless lundi dernier. La bande annonce m'avait mis l'eau à la bouche. L'histoire est adaptée d'un livre écrit par Matt Bondurant The Wettest County in the World. Qui sont ces Bondurant? Justement ce sont les héros principaux du film. Nous sommes dans les années trente en pleine crise économique. L'une des pires que le monde ait connu. Les États-Unis ont décidé de mettre en place une prohibition sur l'alcool. Comme tout le monde le sait ceci a eu l'effet d'augmenter le crime de manière spectaculaire. Les criminels distillent de l'alcool et le revendent au noir dans des bars illégaux. Les règlements de compte sont légions et des noms se sont hissés au soleil comme celui d'Al Capone. Les Bondurants sont trois frères qui ont chacun survécu à un événement meurtrier sauf le plus jeune. Ensemble ils distillent et distribuent l'alcool à l'intérieur de leur campagne et en direction de la ville. Mais la loi décide d'envoyer un homme pour arrêter ce trafic: Charlie Rakes. Les méthodes de cet homme mettent en question les idées sur le caractère moral de la prohibition. Car qui est le plus corrompu? Le criminel ou l'homme prêt à tout pour les arrêter même au prix d'atrocités?

On va commencer sur du positif avant de partir dans le négatif. Wow c'est superbement joué! Que les paysages sont beaux et la photo magnifique! Oui, les acteurs sont tout simplement géniaux et on sent ici de réels talents. La pellicule réussit aussi à mettre en exergue un superbe pays de montagnes et de forêts. On se perd presque dans les images. Malheureusement ce sont les seuls commentaires positifs que je ferais et, à partir de maintenant, il s'agit d'expliquer pourquoi ce film me pose d'énormes problèmes. Avant de me décider d'écrire cette note j'ai longuement réfléchi et discuté je n'écris donc pas sous le coup de l'émotion mais après une période de réflexion.

Pour expliquer pourquoi je ne peux pas écrire en faveur de ce film je vais présenter les personnages. Le premier est Forrest Bondurant ou l'homme ours. L'ours, pour ne pas le confondre avec humain réel, est le vrai mâle, l'exemple à suivre pour nous pauvres enfants ou hommes efféminés. L'ours ne pleure pas, l'ours n'a pas d'émotions, l'ours ne parle même pas il se contente de grogner de temps en temps. L'ours est maître de lui-même et des autres et rien ne saurait l'arrêter. Trois balles dans le corps ne sont rien pour l'ours que de simples égratignures. L'ours combat et tue sans coup férir car l'ours est un homme un vrai qui sait utiliser une arme. L'ours, vous l'aurez compris, est le mâle par excellence. Du moins c'est ce qu'on voudrait nous faire croire. En effet, le personnage est tellement caricatural qu'il est impossible de ne pas éclater de rire quand il ouvre la bouche pour grogner. Cet homme vivait dans les cavernes il y a 200 000 ans. Lui n'a pas évolué mais nous si. Le second personnage est le mâle bêta ou Howard Bondurant. Ce mâle n'est pas aussi homme que son grand frère mais il a fait la guerre, il est violent et suit les ordres de Forrest à la lettre. C'est la personnification du bon toutou qui obéit quand on dit "attaque!" ou "assit!". Il ne sert donc pas à grand-chose si ce n'est à ronger son os (ou son alcool plutôt). Dans la famille Bondurant je demande maintenant le tout petit frère. Lui n'est pas un homme. Le film fait tout pour nous le faire comprendre. Celui-ci n'est d'ailleurs qu'un prétexte pour montrer la marche vers la masculinité d'un jeune enfant. Jack Bondurant est adulte mais il n'a pas survécu comme ses frères. Il se contente de marcher dans leur ombre et de jouer au mâle. La scène durant laquelle il marche dans les rues avec un costume précédé par une discussion entre les deux autres Bondurant qui se conclut par "il se ballade en portant le costume de papa" est flagrante. Jack joue à être ce qu'il n'est pas selon ses deux frères. Il est faible, il pleure, il parle au lieu de grogner et surtout il en fait trop. Forrest sait se tenir alors que Jack en est incapable comme un enfant qui joue tout de suite après avoir déballé son cadeau au risque de casser ses jouets. Alors comment devient-on adulte? C'est simple: on devient adulte par la capacité de violence. Ce qui compte ce n'est pas d'être capable de violence mais de pouvoir aller jusqu'au bout pour défendre son droit à manger son os. En quelque sorte je pourrais dire que selon ce film être un mâle adulte c'est d’involuer jusqu'au stade de l'animal ie Forrest l'homme ours. Enfin, nous avons Charlie Rakes. Lui non plus n'est pas un vrai mâle. En fait, le réalisateur souhaite qu'on le déteste dès les premières minutes. Il n'a pas la voix grave, il prend soin de lui et il aime avoir son petit confort et sa petite propreté. En somme, c'est un homme efféminé donc pas un mâle. Le film n'est, en quelque sorte, qu'une lutte des mâles contre le psychopathe qui ne ressemble pas à un homme mais à une femme. Un psychopathe qui multiplie les défauts dit féminins (bien entendu je ne crois pas à cela) comme l'hystérie ou l'irrationalité. Sachez le amis mâles: si vous êtes vraiment des hommes vous ne vous doucherez pas et vous grognerez! Il y a encore deux personnages féminins. Mais leur rôle est si minime dans ce film sexiste et violent qu'il est pratiquement impossible d'en parler en détail. Leur seul intérêt est de se faire violer et de demander protection aux vrais mâles ainsi que de préparer la popote de ces messieurs. Bah oui, un mâle peut arracher la tête d’un couguar à main nue mais faire un feu et préparer la viande c'est au-dessus de ses forces!

Voila qui résume mes idées sur ce film. Bien que la photo et le jeu soient magnifiques cela ne cache pas une idéologie sexiste ainsi qu'une apologie de la violence. Ce qui fait le mâle c'est la capacité de tuer les autres mais aussi tout ce qui pourrait être considéré comme féminin dans son caractère. C'est une apologie du mâle à l'ancienne sans sentiments et qui n'hésite pas à se battre. Je préfère les nouveaux modèles de masculinités qui sont non seulement multiples mais qui permettent aussi de se construire en dehors des schémas anciens. On a le droit, en tant qu'homme, d'avoir des sentiments et d'en parler, d'être faible de temps en temps mais aussi de prendre soin de sois. Ce n'est pas honteux c'est ce qui fait de nous des êtres humains évolués capables de choix.

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30/03/2012

Ecrits féministes de Christine de Pizan à Simone de Beauvoir sous la présentation de Nicole Pellegrin

Titre: Ecrits féministes de Christine de Pizan à Simone de Beauvoir41r7bt5jWvL._SL500_AA300_.jpg
Présentation: Nicole Pellegrin
Éditeur: Flammarion 2010
Pages: 254

Nicole Pellegrin nous présente, dans ce petit livre, les principaux auteurs féministes de l'histoire française. Elle commence par Christine de Pizan, une femme dont je n'avais jamais entendu parler jusqu'à maintenant, pour terminer avec Simone De Beauvoir l'auteure du Deuxième Sexe. Bien que les textes présentés dans cette anthologie soient majoritairement écrits par des femmes nous y trouvons aussi quelques hommes. Ces derniers sont au nombre de trois et permettent de démontrer que la lutte pour les droits des femmes n'est pas revendiquée que par ces dernières. Les différents textes qui ont été choisi dans le cadre de cette anthologie sont intéressants et permettent d’observer non seulement la variété des arguments et des luttes mais aussi de comprendre que les droits des femmes ont été revendiqués depuis le Moyen-Âge. Chacun des auteur-e-s sont précédés par une présentation écrite par Nicole Pellegrin. Bien que courte et synthétiques elles sont bienvenues puisqu'elles permettent à des lecteurs qui ne connaissent pas forcément les auteur-e-s de se faire une idée du contexte, de la vie et des idées qui les ont guidé-e-s.

Quand on présente une anthologie la première critique que l'on peut faire concerne le choix des textes édités. En effet, comme le dit Nicole Pellegrin, une anthologie est, par définition, arbitraire. Je suis très heureux d'avoir découvert des auteur-e-s que je ne connaissais pas mais la question que je me pose concerne surtout la fin du livre. En effet, pourquoi terminer avec Simone de Beauvoir? Je pense que cette anthologie aurait pu intégrer des textes plus récents comme, pour ne prendre qu'un exemple, des textes de Christine Delphy. Cependant, mis à part cette critique attendue et comprise par Nicole Pellegrin je n'ai pas grand-chose à déplorer. Cette anthologie permet de lire des textes célèbres que je n'avais jamais rencontré en entier comme la fameuse Déclaration des droits de la Femme d'Olympe de Gouges écrite en réaction à la Déclaration des droits de l'Homme. La lecture de ce livre est donc une belle opportunité de se frotter aux classiques du féminisme français et ces lectures m'ont donné envie d'aller plus loin.

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09/01/2012

La guerre sociale par André Léo

Titre: La guerre socialecrbst_guerresociale.jpg
Auteurs: André Léo
Éditeur: passager clandestin
Pages: 75
J'ai récemment terminé de lire ce petit livre. C'est un discours prononcé par André Léo en 1871 au Congrès de la Paix à Lausanne. Cette femme, qui a pris les noms de ses fils dans son pseudonyme, y parle de la guerre sociale. Mais quelle est cette guerre? Selon André Léo c'est le processus par lequel les personnes au pouvoir tente d'empêcher le peuple de gagner sa liberté. Pour montrer ce processus elle prend l'exemple de la Commune de Paris. En effet, elle fut l'une des leaders de cette révolution. Elle s'occupait, avec d'autres, du problème de l'éducation. Mais comment les dirigeants ont-ils traité la Commune? Selon André Léo la fin de la révolution est passée par deux processus. Le premier c'est la calomnie. En effet, avant même la répression, les citoyens de Paris étaient accusés de pillage, d'incendie et de meurtres. André Loé répond par la négative à ses accusations. Le second processus c'est l'utilisation des armes et d'une pseudo justice. Les anciens communards furent exécutés par les militaires les uns après les autres à l'aide de mitraillette et les différents témoins parlent tous de rivières de sang. Les militaires, selon André Léo, ont volé tous les exécutés et pillé Paris alors que des milliers de prisonniers sont en attente de déportation ou de jugement voir de leur mort.

Dans deux autres parties de ce livre on a une présentation de la vie D'André Léo par Michelle Perrot et un article plus récent mis en parallèle avec les thèses d'André Léo. Ce qui nous permet de nous rendre compte que la guerre sociale continue sous le visage du néo-libéralisme et des arguments sécuritaires. L'auteur de l'article appelle les citoyens à se souvenirs des véritables causes de leur insécurité plutôt que d'écouter les arguments de la répression pure et simple. J'ai apprécié lire ce petit livre pour plusieurs raisons. Tout d'abord parce qu'il permet de lire une femme d'exception. La présentation de Michelle Perrot en est la preuve. Mais aussi parce qu'il permet d'écouter une femme communarde. Il est encore rare de savoir que les femmes ont fait de la politique avant d'avoir le droit d’être élu et André Loé est l'une d'entre elles. Mais ce livre permet aussi de critiquer un discours sécuritaire de plus en plus dominant. Un discours qui oublie que la répression sans la prévention ne sert à rien et qui est utilisé pour mettre en place des lois et des processus dangereux pour la démocratie. C'est donc un texte qui permet de résister à un certains discours dominant.

Image: Éditeur

02/12/2011

L'homme féministe: un mâle à part? par Emmanuelle Barbaras et Marie Devers (les hommes féministes sont des femmes comme les autres)

Titre: L'homme féministe: un mâle à part?0127.250.png
Auteurs: Emmanuelle Barbaras et Marie Devers
Éditeur: Les points sur les i 2011
Pages: 165

Je me revendique féministe. Cette revendication ne va pas de soi et n'implique que je sois un homme parfait qui ait réussi à passer outre toutes les structures de dominations masculines pour réussir l'égalité parfaite avec les femmes. Se revendiquer féministe implique d'avoir conscience et de refuser un certain ordre social dominé par les hommes blancs hétérosexuels. Mais comment un homme, à priori profiteur de la domination sexuelle, peut-il remettre en cause sa force face aux femmes? Quels sont les hommes qui se disent féministes et comment réussissent-ils à militer et assumer l'étiquette féministe? Ce sont les questions que ce sont posés les deux auteures face à la rareté des hommes qui se disent féministes. Elles ont voulu comprendre ces hommes et leur donner la parole.

Qu'est ce qui ressort de ces entretiens? Bien que les hommes qui parlent dans ce livre soient très différent vis-à-vis des générations et des emplois on peut tout de même observer plusieurs points communs. En effet, ces hommes ont souvent été en contact direct avec la domination des femmes par les mâles. Ils l'ont vécu comme une injustice et ont voulu y mettre fin. D'autres ont aussi été rapidement en contact avec les thèmes féministes en militant. La grande partie a fait des études mais, surtout, ils sont tous plutôt à gauche. Non pas que le féminisme soit une idéologie de gauchiste bobo. Mais plutôt que le féminisme, ou être de gauche, permet de voir les injustices actuelles d'une manière plus intense. Ainsi, se revendiquer féministe va souvent de pair avec une attitude critique face au fonctionnement global de la société.

Mis à part l'intérêt d'avoir accès au discours d'autres hommes féministes ce livre a eu le grand mérite de me faire m'interroger sur ma propre conception du féminisme. En effet, malgré toutes les caricatures, le féminisme n'est pas une idéologie fixée par une doxa dans un grand livre vieux de 2000 ans. C'est une pratique vivante dont les buts et objets sont multiples et changeants. A tel point que le féminisme peut être à la fois source de militantisme et scientifique! Ma pratique du féminisme n'est pas extrêmement militante. C'est plutôt un effort personnel vers la tentative d'être plus respectueux et ouvert envers les femmes (au sens général). Bien sur, cela ne veut pas dire que je ne milite pas de temps en temps. Mais mon militantisme se limite surtout à une revendication de l'étiquette féministe et à une explication du terme et de ce que cela implique. J'ai souvent eu la surprise d'avoir des publics plus ou moins défavorables qui changent subitement d'avis quand je leur explique ma vision du féminisme. Ce n'est pas une guerre entre les sexes (la guerre des sexes existe depuis longtemps bien avant que le féminisme n'existe) mais la recherche de la paix des sexes. Et cette paix ne peut passer que par l'égalité des droits et des traitements ainsi que par le respect mutuel. J'essaie d'y arriver mais, encore une fois, le féminisme est un effort et non un acquis. Ainsi, pour reprendre mon titre, hommes ou femmes la différence n'est pas si importante. Les hommes sont des femmes comme les autres et les femmes sont des hommes comme les autres.

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26/10/2011

Révolution sexuelle et mouvement de libération des femmes à Genève (1970-1977) par Julie de Dardel (DEBOUT!)

Titre: Révolution sexuelle et mouvement de libération des femmes à Genève (1970-1977)29401100774980L.gif
Auteur: Julie de Dardel
Éditeur: Antipode 2007
Pages: 157

Le MLF est l'un des mouvements féministes les plus actifs que nous ayons connu en Suisse. Peut-être même le plus actif. Mais, étonnamment, il n'est pas très connu. Il est donc nécessaire de le présenter et de l'étudier car ce mouvement n'a pas fait que protester, il a aussi permis de faire de grandes avancées dans le domaine de la lutte des femmes. L'auteure a mis en place quatre chapitres pour étudier le MLF. Les deux premiers étudient les fondements de ce mouvement. Le premier chapitre est très théorique puisque Julie de Dardel nous donne les thèses des maîtres à penser de la révolution sexuelle: Reich Et Marcuse. Ces deux auteurs ont étudié comment la sexualité peut être, doit être, libérée pour pouvoir libérer l'humanité entière de la domination. Ils en viennent à proposer des actions radicales qui détruiraient la famille patriarcale bourgeoise et permettraient aux femmes de reprendre possession de leur corps. Dans ce Chapitre, l'auteure nous présente aussi la nouvelle gauche qui va plus loin que la gauche traditionnelle. Mai 68 se base sur ces théories.

Pourtant, les femmes du MLF remettent en cause mai 68. Selon elles, et elles ont raison, les mouvements de 68 n'ont pas libéré la femme. Au contraire, le rôle des femmes reste souvent celui d'écrire, de s'occuper du ménage et de la cuisine tandis que la révolution sexuelle consiste surtout à ne plus pouvoir dire non. Le MLF s'est donc constitué en réaction à un mai 68 qui n'a de loin pas aidé les femmes comme nous le montre l'auteure dans son second chapitre. Ce mouvement fait surtout partie d'un renouveau du féminisme. Une seconde vague qui, après les suffragettes, reconsidère et reconstruit la lutte des femmes.

Dans une troisième partie l'auteur décrit et analyse les revendications de ces nouvelles féministes. Alors que les premières se contentaient sagement de la lutte pour les droits politiques et civils le MLF va beaucoup plus loin. Il souhaite une reconquête totale de la femme face à la domination masculine et médicale. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre que, pour le MLF, le privé est politique. Car le privé est le cadre dans lequel la domination que subissent les femmes est la plus forte tout en étant la moins visible. La première des luttes concerne l'avortement. Mais celle-ci se base sur un thème plus vaste: la reconquête du corps féminin. En effet, durant une grande partie de leurs vies les femmes doivent accepter les jugements et analyses d'un corps médicale. Mais toutes les femmes n'ont pas forcément envie de subir un tel contrôle. C'est dans cette optique la lutte pour le droit à l'avortement et pour apprendre à s'examiner sois-même s'organisent. Dans le même sens qu'une lutte en faveurs du plaisir qui remet en cause l'idée de la pénétration comme étant le stade ultime du plaisir. Ce qui pourrait mener à l’éclatement de la famille traditionnelle en faveurs de formes moins régulées de plaisirs et de liens pas forcément seulement homosexuels mais aussi bisexuels. Il faut noter que la société capitaliste est tout aussi critiquée puisqu'elle fonctionne sur la domination patriarcale. Un homme ne peut travailler, ou une femme pendant qu'on y est, que si un partenaire se trouve à la maison pour s'occuper des tâches ménagères.

Le dernier chapitre est tout aussi intéressant puisqu'il examine comment le MLF agit proprement dit. L'auteure y examine la structure militante, la mise en place de groupes informels plus que d'une structure hiérarchique ordonnée. Comment les femmes du MLF tentent d'éviter les rapports de pouvoir bien qu'elles y échouent, par exemple en refusant la mixité. Ainsi que du fonctionnement des groupes qui permettent de mettre en lumière la domination et de se libérer des médecins. Mais ce chapitre est surtout celui qui présente et examine quatre actions chocs du MLF de Genève. la campagne pour l'avortement dont nous avons parlé, l'occupation illégale du Centre Femme lorsque la ville de Genève a refusé de répondre aux demandes du MLF, la solidarité avec les détenues et, surtout, l'anti-congrès des femmes. Ce dernier est resté célèbre pour avoir non seulement perturbé mais, bien plus important, pour avoir totalement éclipsé le congrès officiel des féministes de la première heure. Pour finir, l'auteure se demande pourquoi cette force militante ironique s'est perdue au profit d'un féminisme beaucoup (trop) consensuel et beaucoup moins revendicatif? Pourrait-on voir un début d'explication dans la fin des utopies? Particulièrement l'utopie communiste qui a perdu une grande partie de sa force après la chute de l'URSS (bien que l'URSS ne fut jamais Communiste mais une tyrannie).

Mais qu'est ce que moi, lecteur masculin, peut dire sur ce livre? Je dois avouer qu'il y a longtemps que j'ai été convaincu par le féminisme et, particulièrement, par le style provocateur et radical du MLF. Que l'on s'entende bien, le mot radical n'implique pas une forme d'action extrémiste mais une remise en cause forte du fonctionnement de la société à partir de ses bases. J'ai beaucoup aimé lire ce livre. Non seulement le style est clair et facile à suivre mais, en plus, je trouve la structure logique. Passer des théories à ses remises en causes puis parler des revendications pour finir sur les actions concrètes me semble un très bon choix qui permet de ne pas se perdre dans cette histoire. C'est pourquoi je pense que c'est un très bon livre à la fois scientifique et facile à lire qui pourrait être mis - devrait être mis? - dans toutes les mains.

Image: Éditeur

15:54 Écrit par Hassan dans contemporain, Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : féminisme, mlf | | | |  Facebook

25/07/2011

Boys don't cry

Ce film est basé sur les faits réels vécu par Teena Brandon une jeune adolescente américaine. Teena n'est pas n'importe qu'elle adolescente. Elle connait de nombreux problèmes avec la justice mais, surtout, elle ne se considère pas comme une femme. C'est pourquoi elle cache son identité féminine biologique pour devenir ce qu'elle considère être sa vraie identité: un jeune homme nommé Brandon. Après avoir eu des ennuis dans un bar Brandon rencontre John et son groupe d'amis. Brandon s'intégrera très rapidement dans le groupe sans que personne ne se doute du secret de ce jeune homme. Brandon tombe aussi amoureux de Lana une autre fille de la bande. Mais que peut-il se passer si John découvre le secret de Brandon? Comment réagira-t-il devant Brandon? Probablement mal, très mal...

Voila un second film plutôt dur à regarder. Il faut savoir, en plus, qu'il est basé sur des faits réels concernant Teena Brandon. Le procès qui a découlé du meurtre et du viol de Brandon reste encore en mémoire. Ce film nous montre un homme qui habite un corps de femme. Plus qu'un désordre d'identité sexuel c'est une identité de genre qui n'est pas en accord avec l'identité biologique. Et ceci implique plusieurs problèmes pour Brandon qui se pense homme mais qui est obligé de cacher son corps de femme. Ce rôle difficile est assumé par Hilary Swank qui réussit, à mon avis, très bien à entrer dans le personnage. Non seulement corporellement mais aussi mentalement. En fait, je n'aurais jamais pensé que Brandon puisse être une femme si je ne connaissais pas le fin mot de l'histoire. Je trouve que le film en lui-même est bon non seulement pour les différents acteurs qui entourent Hilary Swank mais aussi pour la manière dont il est réalisé. Alors que l'on se prend à espérer une fin heureuse pour Brandon on découvre, petit à petit, les problèmes s'accumuler jusqu'aux dernier moments affreux de la vie de Brandon. Des moments qui sont filmés pour montrer la haine ressentie par John et son acolyte Tom mais aussi "digne" (dans la mesure ou on puisse l'être...) pour Brandon. Plus qu'un film c'est aussi un hommage pour le vrai Brandon mort assassiné pour n'avoir pas suivi ce qu'on lui disait d'être et avoir voulu être libre.

Image: Allocine

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18:09 Écrit par Hassan dans contemporain, féminisme/gender/queer, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : féminisme, lgbt | | | |  Facebook

08/06/2011

Les féministes et le garçon arabe par Nacira Guénif-Souilamas et Eric Macé

Titre: Les féministes et le garçon arabe41XR5A441GL._SL500_AA300_.jpg
Auteurs: Nacira Guénif-Souilamas et Eric Macé
Éditeur: Éditions de l'Aube 2004
Pages: 106

Le féminisme est l'un des courants de recherche qui m'intéressent le plus. Ce n'est pas seulement parce qu'il analyse la manière dont est formée la société sur des inégalités entre les sexes biologiques ou en expliquant la formation des sexes sociaux mais aussi parce que le féminisme possède un courant politique historiquement fort. C'est pourquoi, assez souvent, j'emprunte des livres de théorie et de recherche féministes. Ce petit livre est écrit par deux auteurs qui souhaitent critique le féminisme consensuel actuel et, surtout, critiquer sa complicité avec une forme de racisme antiarabe en France.

En effet, alors que la France a accepté les luttes contre les inégalités sexuelles et les atteintes existes elle connaît encore, comme la Suisse, de nombreuses inégalités qui ne sont pas résolues. Alors pourquoi le féminisme est-il disqualifié? La première intervention essaie d'expliquer cette échec du féminisme. Il montre que celui-ci a accepté une forme de naturalisation de l'idée du féminin et du masculin alors que ce qui était le plus radicale dans ces théories était, justement, la remise en cause de ces différences. Selon l'auteur c'est justement cet perte du sens radical des luttes qui a créé une forme de piège pour le féminisme actuel qui est passé soit dans la lutte des sexes considérée comme violente et fondamentalement antihomme soit dans une mollesse que nous connaissons actuellement. Hors, c'est la création des catégories même qu'il faudrait questionner et déconstruire.

La seconde intervention concerne la manière dont la société française utilise son rapport avec les hommes arabes pour "oublier" ses propres inégalités en surmontrant celle d'une catégorie dominée de la population française. L'auteure y explique que les hommes et femmes des cités sont enfermés dans une identité sexuelle caricaturales. Ainsi, les garçons doivent être des hommes survirils et les filles des femmes soumises ou alors accepter le risque du viol. Cet enfermement permet à une catégorie élitaire de la France de se poser comme garante de la modernité, en aidant des femmes dites désaliénées des cités, face à une forme d'archaïsme pervers voir barbare des hommes arabes. C'est donc une condamnation de cette forme de racisme qui ne s'avoue pas que pratique l'auteure.

J'ai beaucoup aimé ce petit livre qui permet, rapidement, de déconstruire un discours relativement commun aujourd'hui. Celui-ci caricature les arabes et la civilisation musulmane en les considérant comme fondamentalement sexiste et homophobe alors que notre propre société, caricaturée comme moderne et civilisée, est loin d'être parfaite de ce coté là. Les auteurs nous montre que, historiquement, la civilisation arabe est même plus tolérante que la civilisation chrétienne et que les récentes attaques homophobes et sexistes sont une forme d'occidentalisation de la société arabe qui, il y a peu de temps, acceptait les rapports fraternels voir plus ambigus, entre homme. Il m'a aussi permis de trouver un renouvellement de mon intérêt pour les théories queer que j'étudierais un de ces jours.

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15/05/2011

"Notre ventre, leur loi!" Le mouvement de libération des femmes de Genève par Carole Villiger

Titre: "Notre ventre, leur loi!" Le mouvement de libération des femmes de Genèveartoff201.jpg
Auteure: Carole Villiger
Éditeur: Alphil 2009
Pages: 151

Je m'intéresse régulièrement au féminisme dans le cadre de ce blog. Mais je n'ai pas encore présenté de livre qui analyse un mouvement particulier de la lutte féministe. D'ailleurs, les mouvements sociaux, féministes comme non féministes, font aussi partie des thèmes qui m'intéressent. C'est pourquoi j'ai décidé de lire ce livre qui m'intéressait depuis longtemps. Cet ouvrage semble avoir tiré beaucoup d'informations du travail de mémoire de l'auteure, Carole Viliger, actuellement en train d'écrire sa thèse de doctorat. Il tente d'analyser les origines, les actions mais aussi la construction interne et la fin du MLF de Genève en une petite centaine de pages.

Nous y apprenons beaucoup de chose sur le mouvement néo-féministe en général et sur le MLF de Genève en particulier. Il apparaît que ce mouvement prend naissance dans la vague d'un renouveau mondial du féminisme qui ne lutte plus pour des droits politiques mais pour une remise en cause globale de la société. Ce qui ne peut que créer des frictions avec les anciennes militantes qui agissent d'une manière moins tapageuse. Ainsi, les thèmes de lutte du MLF concerne avant tout la sexualité et le corps féminin ainsi que la division sexuelle du travail. La lutte en faveur de ces thèmes se font sur le ton de la dérision et de l'humour mais aussi par des actions plus spectaculaires. Ainsi, les militantes n'hésitent pas à perturber des congrès ou des colloques de médecin ou à occuper des locaux voir des bureaux administratifs. Mais il ne faudrait pas croire que le mouvement est exempt de problèmes. Non seulement il doit faire face à une division interne sur les méthodes d'action et à des attaques externes mais il doit aussi se poser la question de la manière dont il traite ses militantes lesbiennes. Cette problématique semble avoir conduit à une forme de scission dans le MLF. De plus, après dix ans le mouvement s’essouffle et laisse la place à un féminisme plus institutionnel et moins révolutionnaire.

J'ai beaucoup aimé ce livre. Il est très bien écrit ce qui permet de le parcourir avec plaisir sans s'ennuyer en apprenant énormément de choses sur le MLF. De plus, j'ai beaucoup apprécié l'aspect critique envers le fonctionnement interne du MLF de Genève qui permet de se rendre compte qu'il n'est de loin pas parfait et absent de formes de dominations interne. J'ai tout autant apprécié que le livre soit constellé de tracts et de caricature écrites par le mouvement. En effet, voir les sources permet de se rendre compte de leur style et leur ton ainsi que de savoir comment elles sont véritablement. Ce que nous ne pouvons pas avoir avec de simples citations. Je suis aussi très favorable envers la démarche de l'auteure. En effet, aux cotés des sources écrites elle met en place des sources orales qui lui permettent de préciser certains points. C'est, donc, à mon avis un très bon livre de synthèse sur le sujet. Bien entendu, j'aurais aimé avoir plus d'informations sur certains points comme l'épisode de l'occupation des locaux d'un bistro de Genève ou le fonctionnement interne. Mais ce n'était pas dans la démarche de cette recherche et, donc, on ne peut pas le lui reprocher.

Image: Éditeur

13/03/2011

Made in Dagenham (We want sex)

Made in Dagenhame (encore un film dont le titre anglais est traduit en anglais dans la zone francophone...) nous lance dans la grève des femmes couturière d'une usine Ford à Dagenham près (ou dans) Londres. Le film commence sans vrai prologue puisque nous observons l'arrivée des femmes à l'usine, leur travail puis, presque immédiatement, leur vote en faveurs d'une grève d'une journée. Ces femmes doivent coudre les différentes parties des sièges de voiture, sans patrons, et travaillent dans des conditions extrêmement mauvaises. Non seulement la salle est étouffante mais, en plus, le toit fuit lorsqu'il pleut. Malgré tout elles réussissent leur travail. Mais les patrons de Ford ont décidé que ce travail n'était pas qualifié et qu'elles devaient recevoir moins d'argent. Mais la leader du groupe, Rita, se rend compte que cette grève n'est pas qu'une question de qualification. C'est un problème bien plus large: les femmes ont-elles le droit à une même rémunération que les hommes pour le même travail? Alors qu'elles n'étaient partie que pour quelque jours de grèves ces femmes réussiront à faire vaciller Ford tout entier et à fédérer les syndicats anglais derrière elles. Car, comme le dit Rita, c'est une question de justice.

Je retiens plusieurs scènes de ce film que j'ai beaucoup aimé et qui m'a beaucoup fait rire. La première est celle qui voit Rita entrer chez son patron, sur invitation de sa femme, pour lui demander de l'aide. La tête du patron me restera longtemps en mémoire. Cet air surpris et halluciné quand il voit l'une de ses employées gréviste entrer chez lui et amie avec sa femme. La seconde concerne la ministre de l'économie de l'époque quand elle crie sur ses employés qui lui déconseillent de donner de la "légitimité" à cette grève féminine. Bref, voila un bon film qui nous permet de connaître un peu mieux une grève historique tout en nous offrant plusieurs scènes particulièrement drôles.

Mais ce film n'est pas seulement une comédie anglaise sur fond de lutte social. Il nous permet d'observer quels sont les problèmes que pouvaient vivre les femmes à cette époque. La phrase du patron de l'usine ford est symptomatique, bien que particulière, "j'ai été reçue première de l'une des plus grande université du monde et mon maris me traite comme une idiote". Bien entendu, puisque la place d'une femme n'est ni dans la réflexion ni dans le travail mais à la maison avec les gosses (sic). On peut observer, sous-jacent à ce film, les freins au militantisme des femmes. En effet, les femmes, contrairement aux hommes, doivent militer mais aussi, et surtout, s'occuper de la famille. Attention, je ne dis pas que les hommes n'aident pas (il y a  eu des progrès tout de même et le film montre un grand soutient, bien qu'un peu maladroit, du maris de Rita). Mais les femmes doivent souvent à la fois travailler, militer et s'occuper des obligations familiales en même temps. Ce que l'on nomme la double journée et qui est, logiquement, peu compatible avec le militantisme. Mais ces freins ne sont pas seulement dû à la famille puisque, parfois, les réunions syndicales ne sont pas forcément adaptées à la vie familiale. C'est, donc, à mon avis un film très intéressant et qui mérite d'être regardé et qui nous montre une lutte qui mérite d'être menée.

Image: site officiel

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05/10/2010

L'anatomie politique. Catégorisations et idéologies du sexe par Nicole-Claude Mathieu

Titre: L'anatomie politique. Catégorisations et idéologies du sexebook_185.jpg
Auteur: Nicole-Claude Mathieu
Éditeur: côté-femmes 1991
Pages: 291

Encore une fois, je me suis lancé dans une recherche sur le genre. Cette fois j'ai lu le livre de Nicole-Claude Mathieu: L'anatomie politique. L'auteure est, entre autre, maître de conférence à l'EHSS, membre du laboratoire d'anthropologie sociale de Paris et cofondatrice de la revue Questions féministes. Ce livre est un recueil de différents articles et rapports que Nicole-Claude Mathieu a rendu dans des revues ou pour des institutions. Néanmoins, les articles qui se trouvent liés dans ce livres sont semblables. En effet, ils ont tous une fonction critique face à une certains vision de l'ethnologie.

La première partie du livre nous offre des articles plutôt anciens. Ceux-ci sont écrits alors que le féminisme vient de renaître mais qu'il n'a pas encore touché les méthodes de travail des ethnologues. L'auteure essaie, donc, de démontrer que ces même méthodes occultent une grande partie de la réalité. Non seulement les femmes sont sous-évaluées, par exemple dans le travail fourni, mais elles ne semblent pas être acceptées comme objet digne de recherche alors que l'on croit, presque sans discussions, le discours des hommes sur elles. Ces articles essaient de revenir sur des recherches pour montrer leur biais masculins mais aussi les manques de recherches envers les femmes. Manque de recherches qui conduit à ne pas comprendre réellement le fonctionnement des sociétés étudiées.

Dans une seconde partie l'auteure, tout d'abord, au consentement supposé des dominés pour, ensuite, analyser des modes d’identités sexuées. Le premier article discute cette thèse, souvent utilisée, du consentement des dominés à la domination. L'auteure essaie de savoir si ce consentement existe mais surtout si il est possible. Sa thèse est que la domination peut être si forte sur les dominés que ces dernier/dernières ne sont pas capables d'être conscient de cette même domination. Pour cela, elle utilise de nombreux exemples de la recherche ethnologique mais aussi de la vie de tout le jours. Dans le second article, l'auteure nous montre les trois modes du rapport entre le sexe et le genre. Le premier mode lie la biologie au sexe, le second mode lie le groupe à la conceptualisation du sexe et le dernier mode montre comment une conscience de classe peut construire le sexe. Ces trois modes ne sont pas équivalents et peuvent mener à des conclusions très différentes.

Bien que la plupart des articles de ce recueil soient datés j'ai trouvé leur lecture très intéressante. L'auteure nous fournit une critique intéressante des recherches ethnologiques pré-féministes qui nous permettent de mieux discuter les résultats de ces recherches. Néanmoins, cette longue partie critique peut être ressentie comme peu passionnante par les non-intéressés. Alors que la seconde partie, plus prospective, nous offre un développement plus intéressant. Je pense particulièrement au premier article de la seconde partie dans lequel l'auteur nous offre de multiples exemples, sous formes de citations, pour expliciter ses propose. Ces exemples nous permettent de nous projeter plus facilement dans les thèses et de mieux les comprendre. J'ai, donc, surtout apprécié la seconde partie de ce livre.

Image: Indigo

30/08/2010

Vichy et l'éternel féminin par Francine Muel-Dreyfus

Titre: Vichy et l'éternel féminin41EQDDAZTGL._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Francine Muel-Dreyfus
Éditeur: Seuil 1996
Pages: 384

Vichy a été un gouvernement souvent et longuement attaqué et dénoncé pour sa collaboration avec le régime criminel nazi. Mais cette condamnation a souvent laissé dans l'ombre les aspects réactionnaire de ce régime. Je parle de réaction dans le sens où le régime de Vichy a été une incroyable tentative de retourner au passé alors que la société de l'entre-deux guerre était très proche de la notre. L'auteure a décidé de se poser la question spécifique de la relation du régime de Vichy avec les femmes. Alors que les années suivant la première guerre mondiale furent celles du travail féminin, des études féminines et même d'une ouverture de la possibilité d'une citoyenneté féminine le régime de Vichy a remis en question tout cela au nom de ce que l'auteure nomme l'éternel féminin.

Pour comprendre cette relation et la manière dont est organisée cette réaction l'auteure a décidé d'analyser les discours des élites du régime. Tout d'abord, une première partie nous parle de la manière dont la défaite a été ressenti est surtout de la manière dont elle a été expliquée. Les élites du régime, reprenant les discours de Pétain, tentent de ramener la France dans une supposée culture éternelle. En découlent deux condamnations: la première est celle des femmes qui ont perdus de vue leur rôle éternel de mère au foyer, la seconde est celle du manque d'enfants à cause de l'égocentrisme de ces même femmes. S'ensuit une seconde partie parlant, justement, de la manière dont Vichy met en place un retour à cette culture éternelle de la femme. La manière dont des lois sont mises en place pour ramener la femme à la maison et recréer la "famille" comme cellule de base de la société. Enfin, l'auteure nous montre comment les élites ont pensé la hiérarchie entre les sexes mais aussi entre les groupes sociaux pour terminer avec une analyse de l'utilisation de la médecine pour contrôler et créer des femmes et un peuple sain et "prospère".

Je pense que tout le monde acceptera l'idée que la doctrine vichyste de la femme est indigeste. ce lire nous permet de découvrir une vision très peu moderne de la femme et même, comme le dit l'auteure, mythique alors que la société contemporaine du régime était très proche de la notre. Les femmes avaient de plus en plus le droit de divorcer, d'avorter, de travailler, d'étudier et même, c'était en discussion, de voter et élire. Mais la défaite a remis en question toutes ces avancées au nom d'un retour aux anciennes valeurs après une, supposée, ère d'individualisme meurtrier dû aux droits de l'homme et à la démocratie. L'auteure analyse très finement ces différentes sources et, d'ailleurs, privilégie les sources à la littérature secondaire. Ce qui, je l'ai déjà dit, me plaît plus que le contraire. Néanmoins, l'écriture proche du style sociologique peut facilement décourager certaines personnes qui peuvent être peu habituées à cette manière d'écrire. Le langage sociologique peut, en effet, être passablement obscure quand on ne connaît pas les termes et concepts utilisés. Bien que le livre m'ait semblé très intéressant et bien écrit il me reste tout de même deux critiques. En effet, l'auteure s'engage à analyser la production idéologique des élites du régime. Cette manière de faire laisse dans l'ombre non seulement les résistance à cette production mais aussi la manière dont la population a reçu et ressenti cette production. Il faudra lire d'autres travaux pour connaître ces points.

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10:04 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : féminisme, vichy | | | |  Facebook

10/08/2010

Le système de genre Introduction aux concepts et théories par Lorena Parini

Titre: Le système de genre Introduction aux concepts et théories9782883510340.jpg
Auteur: Lorena Parini
Éditeur: Seismo 2006
Pages: 129

J'ai déjà parlé de plusieurs livres féministes sur ce blog le dernier parlant du problème des lesbiennes pour la société patriarcale. Mais je n'avais jamais parcouru d'ouvrages de théorie du féminisme. Ce livre en est un. Mais il va plus loin puisqu'il pose aussi la questions des différents concepts utilisés dans la recherche. La première chose que fait l'auteur est de nous donner un bref historique des luttes féministes. Mais non dans l'optique factuelle mais dans l'optique académique. L'auteure nous montre comment les différentes analyses de l'inégalité sexuelle dans la société se sont faites et comment elles se sont influencées. C'est aussi l'occasion d'introduire le concept de genre. Ce concept décrit un pan de la recherche qui n'est pas basé que sur les femmes et qui ne possède pas les présupposés politiques du féminisme. Néanmoins le but reste d'observer les différences de rapports sociaux selon le sexe.

Le livre, ensuite, nous fait observer comment le système sociale fonctionne selon une division genrée. Pour cela l'auteure prend plusieurs exemples qu'elle sait ne pas forcément être les seuls existant. Elle nous montre donc comment les femmes ont été dépossédées de leurs corps à cause de leur capacité reproductive et pourquoi la reprise du pouvoir sur ce point fut si difficile. Mais elle nous montre aussi comment le travail et le savoir continuent d'être différent selon son sexe ainsi que le manque de femmes dans les sphères de décisions politiques. on y voit que les femmes n'ont pas accès aux plus hautes sphères du pouvoir et n'ont pas les même métiers que les hommes. D'ailleurs, les femmes ont moins de sécurité dans le travail que les hommes puisqu'elles sont privilégiées dans les formes de travail précaires.

Dans un quatrième chapitre l'auteure nous montre trois formes différentes de féminismes. Le premier est libéral et se divise en deux visions. L'une, libertaire, laisse l'état simplement créer les garanties de l'égalité. La seconde, égalitarienne, pense que l'état doit aussi agir pour rendre l'égalité réelle dans les faits. Une autre voie est le féministe marxiste qui considère que l'inégalité des femmes avec les hommes est principalement dû à la propriété. Cette théorie a ensuite évolué en dénonçant les méfaits du capitalisme sur les femmes en particulier. Enfin, une dernière voie, la radicale, critique directement la société. Cette vision souhaite changer la société et non appliquer des recettes particulières à chaque problèmes. C'est aussi dans le féminisme radicale que la vision des femmes comme fondamentalement différentes des hommes est nées. Dans cette optique on souhaite l'égalité entre les sexes mais on ne pense pas que les femmes sont équivalentes aux hommes. Ce problème est, d'ailleurs, discuté dans le chapitre cinq.

Ce livre est une introduction aux concepts et théories comme le titre nous l'apprend. Bien qu'il soit intéressant à lire il n'est pas passionnant à parcourir et possède le défaut principal des livres théoriques: une certaine aridité du propos. Heureusement il est court et on peut donc le finir avant d'être découragé. Mais ceux qui souhaiteraient faire l'effort de le terminer gagneront une meilleure compréhension des recherches en genre ce qui est toujours valable.

Image: Seismo

18:33 Écrit par Hassan dans contemporain, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : genre, féminisme, lorena parini | | | |  Facebook

05/08/2010

Les relations amoureuses entre les femmes par Marie-Jo Bonnet

Titre: Les relations amoureuses entre les femmes41N48RGM7RL._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Marie-Jo Bonnet
Éditeur: odile jacob 2001 (1995)
Pages: 413

Il y a longtemps que je n'ai pas lu de livres sur le féminisme ou féministes en voici donc un nouveau que je viens de terminer. Mais ce livre féministe et sur le féminisme voit les choses différemment des autres que j'ai lu. Celui-ci souhaite montrer l'importance des lesbiennes (anciennement dites tribades) dans le mouvement de libération de la femme. Un sujet sensible mais ce sont toujours les sujets sensibles qui impliquent les contestations les plus fortes. L'auteure souhaite donc y faire non seulement l'histoire des lesbiennes et de la vision qu'on en eut les hommes et femmes mais aussi l'histoire des apports des lesbiennes à la libération des femmes. Il faut bien l'avouer, c'est ambitieux.

Pour cela l'auteure nous convie à traverser plusieurs siècles de l'histoire des lesbiennes. En commençant au XVIe siècle lorsque les intellectuels de la Renaissance redécouvrent les écrits grecs dont les poèmes de Sappho. C'est à ce moment que l'on commence nommer les femmes qui aiment les femmes. Ces femmes qui cassent la vision patriarcale du monde en prenant habits d'hommes et en refusant le corps de l'homme. C'est aussi le siècle ou la répression fut la plus forte puisque la mort était un épilogue souvent invoqué.

Cependant le XVIIe siècle changea tout cela. En effet, les libertins étaient des hommes mais aussi des femmes dont certaines aimaient d'autres femmes. Bien que cette relation soit toujours pensée comme une dépravation morale la plupart de ses adeptes ne furent pas inquiétées. Le "saphisme" semblait si répandu que certains auteurs parlaient même de l'existence d'une secte de femmes qui s'y adonnaient. Mais rien ne prouve qu'elle ait existé bien au contraire. Cependant, sous cet apparente acceptation on découvre un voile d'incompréhension mais surtout les fantasmes des hommes libertins qui jouent à faire revenir les femmes saphiques dans le "droit chemin". La Révolution mettra un terme à cette expérience en enfermant les femmes dans un rôle d'éternels mineures.

Les XIXe et XXe siècles découvrent une répression sociale forte sur les lesbiennes. Mais surtout, ces siècles mettent en place un discours médical sur l'amour des femmes qui devient une maladie. Lorsque les médecins perdent leur crédibilité la psychiatrie intervient avec un discours qui a encore cours aujourd’hui. Les lesbiennes sont non seulement malade mais aussi infantiles dans leur désir d'avoir un pénis. Encore une fois, on rabaisse la femme et on lui impose le désir de l'homme et des hommes même lorsqu'elle désire une autre femme. Cependant le XXe siècle est aussi celui de la lutte féministe et de ses victoires. L'auteure essaie donc de nous montrer les liens que les groupes féministes font avec les lesbiennes et ce que ces dernières doivent et ont offert au féminisme.

En tant que lecteur je dois bien avouer avoir été conquis par ce livre. Le propos est parfaitement clair, très structuré et logique. De plus, l'auteure utilise un grand nombre de sources différentes ce qui est très appréciables dans un livre d'histoire. Certains historiens se contentent de la littérature secondaire. Néanmoins, il y a quelques imperfections. Outre l'aspect revendicatif du propos qui peut être vu négativement ou positivement selon le point de vue idéologique (les lesbiennes y sont dépeintes comme les avants-gardistes de la lutte féministe) on peut déplorer un certains franco-centrisme. En effet, la livre parle surtout des lesbiennes en France ainsi que des luttes féministes et des contre-attaques patriarcales françaises. Le reste du monde est quasiment oublié. Un second point de critique est que l'auteure nous offre les discours des élites qu'elles soient intellectuelles ou artistiques. En tant qu'étudiant en histoire je ne peux que me poser la question de la vision et de la vie du reste de la population. Enfin, je trouve que la dernière partie sur le XXe siècle n'est pas assez développée ce qui donne une impression frustrante d'inachevé. Mis à part ces quelques points je ne puis que recommander chaudement la lecture de ce livre aux intéressés et intéressées.

Image: Amazon.fr

Le livre sur le site de l'éditeur

13/03/2010

Le sexe du militantisme dirigé par Olivier Fillieule et Patricia Roux

Titre: Le sexe du militantisme27246100394470M.gif
Auteur: Sous la direction de Olivier Fillieule et Patricia Roux
Éditeur: Presses de la fondation nationale des sciences politiques 2009
Pages: 361

Il est sûrement facile de voir pour ceux qui suivent régulièrement mes présentations (plutôt irrégulières ces temps retour aux cours obligent) que je me suis, récemment, intéressé aux problèmes de genre et aux problèmes liés à la sociologie des mobilisations. Le livre dont je parle ce matin, justement, essaie de lier la vision sociologique des dominations de genre dans le champs de la sociologie des mobilisations. Selon Olivier Fillieule et Patricia Roux les explications du militantisme oublient souvent d'observer et d'expliquer comment les femmes se mobilisent. Au lieu de se poser des questions et de trouver des réponses les auteurs auraient tendance à expliquer le statut particulier des femmes dans les mobilisations avec des points comme la maternité, le temps, le ménage,... Si on observer les explications que la sociologie du genre offre de la domination des femmes on se rend compte que ce n'est pas suffisant.

Le but de ce livre commun est donc d'observer le militantisme pour trouver des explications aux manières spécifiques des femmes de militer dans des organisations ou leur absence de militantisme. Pour trouver ces explications il a été décidé de diviser le livre en trois parties distinctes mais complémentaires. La première analyse précisément les femmes militantes, comment elles sont entrées dans le milieu du militantisme, comment elles agissent et comment leurs conjoints réagissent. On y découvre que l'homme impose souvent son agenda aux femmes mais que le contraire est très rare. L'action féminine serait donc tributaire de l'accord masculin et de la souplesse de l'organisation dans laquelle on milite.

La seconde partie prends en compte les tensions entre des organisations de militantismes et les femmes. Comment ces dernières réussissent-elles à militer en tant que femmes dans des organisations qui n'acceptent pas cette possibilité. que ce soit par l'héroïsation de la virilisation (la ligue Padane par exemple) ou par la pensée que l'organisation, étant au fait des structures de dominations, refuse qu'elle puisse recréer une forme de domination à l'intérieur même de ses rangs (les exemples surprenant des anarchistes par exemple). Sans oublier la transgression du genre qu'utilisèrent les mouvements homosexuels pour se rendre visible sur la scène publique, ce qui est analysé dans le dernier article de cette partie.

La dernière partie est probablement l'une des plus intéressante mais aussi l'une des plus compliquée. Car, cette fois, les auteurs ne se contentent pas d'observer les rapports de domination genrées mais essaient de voir comment la prise de conscience de cette domination s'articule avec des formes de domination différentes (classe et race par exemple).

Au final ce livre, très dense, est intéressant. Il permet d'ouvrir le regard vers des actions de dominations envers les femmes qui passent, souvent , inaperçues car elles ne sont pas forcément conscientes (c'est naturel, ça va de sois...). En incluant le genre dans la sociologie des mobilisations il permet de mieux comprendre pourquoi les femmes sont invisibilisées lors des mouvements et pourquoi certaines tentent de créer d'autres mouvements non-mixte. On découvre, lorsque les hommes sont absents, que les suppositions d'incompétence politique naturelle que l'on supposait celle des femmes est totalement fausse. Néanmoins, c'est un livre difficile à aborder et qui demande un certain effort de lecture pour réussir à comprendre les thèses qui y sont développées.

Image: pressesdesciencespo.fr

25/01/2010

La domination masculine par Pierre Bourdieu

Titre: La domination masculine41DCBX80D4L._SL500_AA240_.jpg
Auteur: Pierre Bourdieu
Éditeur: Seuil 1998
Pages: 177

D'après ce que je sais ce livre est l'un des plus connu que Pierre Bourdieu ait écrit. Son but est, ici, de démontrer les mécanismes sociaux et structurels de la domination des hommes sur les femmes. Il postule que ces mécanismes fonctionnent par un travail de déshistoricisation ce qui permet de les penser comme éternels et naturels. Bourdieu essaie, donc, de faire un travail de déshistoricisation pour déconstruire ce travail et montrer que ce que les femmes sont naturellement est, en fait, socialement construit. Si l'on suit l'analyse de Bourdieu, on découvre des mécanismes puissants qui touchent les femmes et les hommes. Qui les enferment dans des rôles qu'ils ne peuvent que difficilement abandonner. Ces mécanismes étant, selon Bourdieu, intériorisés par les individus à cause de la famille et de l'école.

C'est un livre de Bourdieu: dense, difficile à lire et riche. Je ne peux pas affirmer avoir compris dans sa totalité les thèses de Bourdieu mais, après être sorti de ce livre, j'ai eu l'impression d'être un peu plus riche. De comprendre un peu mieux comme le genre féminin est dominé quotidiennement. Je vois d'un œil nouveau des choses aussi triviales que les conversations avec une femme, les jupes ou les talons. Surtout, je pense comprendre un tout petit mieux - est ce possible en tant qu'homme? - ce que veut dire être une femme. Un "objet" de capital symbolique qui se définit principalement par la perception qu'en ont les hommes. J'ai aussi longuement réfléchi sur un exemple que donne, rapidement, Bourdieu aux pages 38-39. Il y explique que certains prisonniers, en Amérique du sud, ont été féminisé par humiliations, moqueries et attitudes féminines. Ceci considéré comme une torture. Bourdieu ne développe pas cet exemple mais je trouve révélateur que traiter un homme comme on traite une femme soit nommé torture...

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