genre

  • Le héros était une femme... le genre de l'aventure par Loïse Bilat et Gianni Haver

    Titre : Le héros était une femme... le genre de l'aventure
    Directeur/trice : Loïse Bilat et Gianni Haver
    Éditeur : Antipodes 2011
    Pages : 268

    Les femmes héros ne sont pas nombreuses dans la culture populaire. Les dernières productions le montrent parfaitement. Les rares femmes sont de simples faire valoir quand elles ne pourraient pas être remplacées par des chaises. Et les choses ne risquent pas de changer si l'on en croit le programme de la phase 3 de Marvel. Cependant, il existe un certain nombre de femmes qui ont accédé au statut d'héroïnes. Sont-elles pour autant différente des hommes ou des femmes normales? Peuvent-elles briser la norme patriarcale? Ce livre souhaite répondre à ces questions sur plusieurs chapitres qui étudient chacun un personnage particulier.

    Alors que le premier chapitre crée ce que l'on pourrait nommer une théorie de l'héroïne - conçue comme un personnage qui agit sur l'intrigue plutôt que de la subir - les autres s'intéressent à quelques personnages qui peuvent venir du monde des romans ou des comics. Ceci rend une présentation complète difficile. Je vais donc parler de quelques exemples que j'ai apprécié. Et comme je suis logique on va commencer par le dernier chapitre concernant Wonder Woman. Ceux et celles qui suivent ce blog savent que ma connaissance des comics est récente et parcellaire. Je me suis rapidement intéressé à Wonder Woman dont j'ai lu avec intérêt les aventures dans le DC Comics Anthologie. Alors un article sur elle n'allait pas me rendre indifférent! Celui-ci permet de déconstruire le caractére féministe de Wonder Woman. Oui, elle se bat pour les femmes. Mais ce combat a lieu dans un contexte particulier et dans une direction particulière. Les femmes peuvent être aussi forte que les hommes pour les remplacer lors de la WWII. Mais leur combat pour la liberté doit se faire en direction de leur charme, amour et l'acceptation de la soumission. C'est donc un message de soumission plus que d'empowerment qui est lancé. Un autre article que j'ai apprécié concerne Yoko Tsuno. Je lisais ses aventures avec passion lors de mon enfance. L'article montre bien l'intérêt de son personnage, une femme japonaise technicienne, dans un monde masculin hostile. Les tenues sont aussi analysées avec attention. On y trouve aussi une analyse de Catwoman qui conclut sur l'aspect beaucoup plus novateur face à Batman (pas celui de Nolan) que dans le film centré sur elle. Nous avons donc un livre à la fois intéressant mais un peu décousu. Il permet de créer des liens et l'analyse de personnages précis est un bon moyen de montrer comment utiliser la théorie face à un objet particulier. Un livre que je recommande.

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  • La distinction entre sexe et genre. Une histoire entre biologie et culture coordonné par Ilana Löwy et Hélène Rouch

    Titre : La distinction entre sexe et genre. Une histoire entre biologie et culture2747546012j.jpg
    Coordinatrices : Ilana Löwy et Hélène Rouch
    Éditeur : L'Harmattan 2003
    Pages : 258

    Le genre est de plus en plus décrié dans certains milieux. Des personnes pensent que le genre est une théorie qui détruit ce qui serait la nature. Or, la théorie du genre n'existe pas. Le genre est un concept qui décrit la construction culturelle de la signification des sexes et non les sexes biologiques eux-mêmes. Cependant, il est utile de se demander si le sexe précède ou non le genre. Ou, pour mieux le dire, si la manière de considérer le sexe biologique est influencé par la culture.

    C'est ce dernier point qui est le thème rassembleur de cette édition des Cahiers du Genre. On y trouve 9 contributions (dont l'introduction) qui concernent aussi bien la sexologie que l'intersexualité. Les différentes contributions montrent de quelle manière le sexe a été défini que ce soit dans son acceptation biologique et culturelle. Par exemple, la recherche sur les hormones a impliqué la mise en place de divisions sexuelles entre elles alors que les différences sont moins importantes qu'on ne le croit. Le cahier permet donc de mettre en place une réflexion importante sur la relation entre sexe et genre que ce soit philosophiquement où dans le cadre de l'histoire des sciences.

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  • L'arrangement des sexes par Erving Goffman

    Titre : L'arrangement des sexes41GW99Z3Q7L._.jpg
    Auteur : Erving Goffman
    Éditeur : La Dispute et Cahier du Cedref 2002
    Pages : 115

    Erving Goffman est l'un de mes sociologues fétiches. J'apprécie sa méthode ainsi que ses terrains d'observations. J'aime aussi les concepts qu'il développe que je trouve très stimulant. Quand j'ai appris qu'il avait écrit un article, traduit en français, sur le genre j'ai tout de suite voulu le lire. Goffman y utilise le concept de genre pour décrire la société qui l'entoure soit bourgeoise et blanche. Il utilise sa méthode de microsociologie pour montrer comment les relations entre personnes permettent de (re)créer des relations différenciées entre les personnes des deux sexes. Ainsi il décrit plusieurs moments de la vie de tout le monde comme les actes de galanterie qu'il décrit comme un moyen pour l'homme de renouveler son caractère de genre mâle face à une femme qui renouvelle son genre féminin. Il montre aussi comment fonctionne la relation de séduction qui permet à une femme d'accepter ou de refuser un homme qui se sent avoir le droit à l'attention des femmes dès qu'elles se trouvent en dehors du foyer.

    Bref, cet article est daté. La plupart des relations que Goffman analyse sont maintenant largement connues et décrites dans une littérature abondante. Celle-ci est allée plus loin que le sociologue depuis de nombreuses années et s'est intéressées aux relations entre les phénomènes de dominations. Cependant, faut-il pour autant jeter aux oubliettes les analyses de Goffman? Je ne le pense pas. En effet, l'auteur applique une méthode extrêmement intéressante pour trouver une forme de domination entre des personnes. Plutôt que des enquêtes statistiques l'observation d'un groupe particulier permet de décrire des mécanismes subtils et, parfois, inconnus. Cette méthode est, à mon avis, toujours utile et peut donner des résultats très intéressants.

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  • Mélancolie ouvrière par Michelle Perrot

    Titre : Mélancolie ouvrière9782246797791-G.jpg
    Auteur : Michelle Perrot
    Éditeur : Grasset 2012
    Pages : 185

    Michelle Perrot est l'une de mes idoles. Non seulement elle est l'une des pionnières de l'histoire des femmes en France mais son intérêt pour les déviances, les marginaux et les contrôles de l'état rejoint le mien. J'étais donc très heureux de rencontrer cette historienne qui eu la gentillesse de me dédicacer son nouveau livre. Celui-ci inaugure la collection "Nos Héroïnes" des éditions Grasset constitué grâce à Caroline Fourest et Fiammetta Venner. Cependant, comme l'annonce Michelle Perrot, cette collection ne souhaite pas mettre en place une histoire des grandes femmes comme il y a eu une histoire des grands hommes. Il faut trouver des héroïnes inconnues. Une tâche difficile comme il y en a peu.

    Michelle Perrot s'est souvenue d'une femme qu'elle avait rencontré il y a quelques dizaines d'années lors de ses recherches. Cette femme se nommait Lucie Baud et tout ce que l'on savait d'elle était résume dans un récit autobiographique publié dans le Mouvement Socialiste en 1908. Elle y décrivait sa vie mais aussi ses luttes dans le syndicat des tisseuses de soie. Comment une ouvrière, une femme, a pu écrire dans une revue aussi intellectuelle? En effet, les récits d'ouvriers et de femmes sont rares en histoire et les historien-ne-s qui tombent sur de tels récits sont des chanceux qui ont l'opportunité de lever une part du voile sur la vie de celles et ceux que certain-e-s nomment les petit-e-s.

    L'auteure a donc cherché a en savoir plus et, en collaboration étroite avec deux autres personnes passionnés d'histoire, elle a découvert une vie rocambolesque. Mais cette vie se cache derrière les incertitudes et les trous dans les sources. Autant que la découverte de la vie d'une ouvrière au XIXe Perrot nous montre comment on peut travailler en histoire quand les sources manquent ou sont peu adéquates. Ce livre est donc court, nécessairement, mais très éclairant, particulièrement bien écrit et passionnant

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  • L'invention du naturel. Les sciences et la fabrication du féminin et du masculin sous la direction de Delphine Gardey et Ilana Löwy

    Titre : L'invention du naturel. Les sciences et la fabrication du féminin et du masculin41QSYEXJM4L._SL500_AA300_.jpg
    Directrices : Delphine Gardey et Ilana Löwy
    Éditeur : Editions des archives contemporaines 2000
    Pages : 227

    Quand on lit les journaux ou quand on écoute les émissions de TV on entendu souvent parler du naturel. La nature n'a pas prévu ceci ou cela et des études le montrent. La question du caractère construit de ces études est rarement posé. Et la caractéristique genrée est quasiment invisible. Le but de ce petit livre, fruit de deux journées d'études au Centre de Recherche en Histoire des Sciences et des Techniques, est d'examiner le caractère, si il existe, genré des sciences que celles-ci soient des sociales ou "dures".

    Le livre et les contributions sont divisées en trois parties. La première concerne les possibilités de recherches offertes par la perspective du genre en histoire des sciences. Ces perspectives sont résumées par quatre contributions. Celles-ci permettent de poser des questions sur le caractère naturel du corps et de la recherche. Cette dernière est-elle véritablement un moyen de comprendre et d'illustrer la nature ou est-ce une construction de la nature? Le corps est-il naturel ou plus ou moins construit selon les contextes scientifiques et culturels? Comment les différentes sciences ont-elles été construite en dehors d'un investissement des femmes à l'intérieur de celles-ci? Ces questions permettent de mettre en question la construction des recherches et l'idée que celles-ci réussissent à décrire la réalité. La science est une construction qui dépend d'un contexte aussi bien scientifique qui linguistique et politique.

    La seconde partie concerne plus spécifiquement les sciences humaines et sociales. Elle est aussi formée de quatre contributions. Ces dernières permettent de mettre en question la naturalisation des catégories sexuées dans différentes sciences sociales. Nicole-Claude Mathieu, par exemple, développe une étude de l'ethnologie et de l'oubli de la construction des genres dans les autres sociétés pour mieux expliquer un éternel féminin universel. Les deux dernières contributions, Anne-Marie Devreux et Ilana Löwy, étudient le célèbre livre de Bourdieu, La domination masculine, et ses effets. Elles considèrent que Bourdieu recrée une invisibilisation du rapport social de domination entre les sexes pour créer des femmes éternellement dépourvues en capitaux. Les femmes, chez Bourdieu, ne servent qu'à légitimer et augmenter les capitaux symboliques des hommes. Mais quid de la domination physique?

    La dernière partie examine la biologie. En effet, la biologie est probablement la science qui tente le plus de trouver la nature dans l'humanité. Les trois contributions classées sous cette partie examinent donc comment le sexe et la sexualité ont été construite dans l'histoire de la biologie. La première contribution est malheureusement trop courte et ne fait qu'effleurer la construction de l'homosexualité et de sa naturalité. La seconde et la dernière sont plus développées. Elles permettent de mettre en question la manière dont la science du biologique construit le naturel et réintroduisant une histoire. On y apprend que la question des sexes dans l'hérédité n'est pas simple qu'on ne le croit. Cynthia Kraus, dans la dernière contribution, nous démontre que la construction en deux catégories des sexes humains n'est pas si naturelle que cela. En effet, la biologie montre qu'il est plus compliqué qu'on ne le croit de diviser les humains dans ces deux catégories. Les différentes manières de créer cette division ne sont pas forcément pertinentes et ne se regroupent pas toujours. L'humanité serait donc plus compliquée que cela.

    Je le dis tout de suite, ce livre n'est pas le plus passionnant à lire. Certaines contributions sont particulièrement ardue et il m'est arrivé de m'assoupir de temps en temps. Cependant, je ne veux pas dire que les propos développés ne sont pas intéressants. Au contraire, les questions soulevées m'ont permis de me poser de nouvelles questions et de mettre en doutes certaines conceptions que je tirais de mes années d'école. La lecture de ces contributions m'a aussi permis de commencer une réflexion sur le caractère socialement construit du corps. C'est un point qui sera probablement largement combattu car il est difficile d'imaginer que le corps puisse être construit. pourtant, notre rapport à notre corps et à la manière de vivre à l'intérieur de celui-ci change selon e contexte historique et culturel. Cela peut-il aller plus loin?

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  • Cachez ce travail que je ne saurais voir sous la direction de Marylène Lieber, Janine Dahinden et Ellen Hertz

    Titre: Cachez ce travail que je ne saurais voir29401100653360L.gif
    Directrices: Marylène Lieber, Janine Dahinden et Ellen Hertz
    Éditeur : Antipodes 2010
    Pages: 228

    Puisque je suis dans les colloques et que le genre est encore un concept scientifique légitime quel que soit l'avis de certains je vais vous parler, aujourd'hui, d'un ouvrage publié suite à une rencontre à Neuchâtel sur la prostitution. Cette rencontre s'est déroulée en 2008 suite à deux travaux de mémoires portant sur une étude de la prostitution en Suisse. L'ouvrage regroupe neuf contributions qui touchent plusieurs domaines lié au travail du sexe.

    Mais quelle est la contribution principale de l'ouvrage? Outre l'utilisation de la méthode ethnographique par les auteurs, ce qui permet d'entrer durablement dans la compagnie des acteurs que l'on souhaite étudier, il offre une nouvelle définition du travail. En effet, les auteurs et les directrices sont unanimes à dénoncer les manquements de la littérature scientifique sur la prostitution. Soit les travaux portent sur la déviance de la prostitution et les liens avec la criminalité organisée les femmes y étant de simples victimes sans visages soit ces mêmes travaux portent des jugements moraux rapides en déniant, par exemple, toutes capacités de réflexions et de compétences aux prostitué-e-s. L'ennui principal est que les politiciens et journalistes reprennent ces points. Ainsi, les femmes - car les hommes existent mais sont invisibles pour les médias - prostituées sont des victimes de crimes esclavagistes sans aucunes capacités de travail ni de compétences qu'il faut aider. C'est mettre de coté le caractère de travail qu'implique la prostitution ainsi que les capacités d'actions des femmes concernées sans oublier l'existence des hommes prostitués. Les différentes enquêtes ethnographiques de ce recueil permettent donc d'entrer dans les compétences des métiers du sexe. Les auteurs montrent que la prostitution n'est pas une simple passivité de la femme qui attend l'homme. Au contraire, se prostituer implique de connaître la législation, les bons coins mais aussi des compétences sexuelles physiques difficiles à apprendre. Outre ces compétences sexuelles la prostitution peut aussi impliquer des compétences de relationnel. Ainsi, l'enquête d'Alice Sala montre avec précision que le travail de prostitution implique la mise en place de relations téléphoniques importantes à travers lesquels l'enquêtée doit réussir à reconnaître les clients prêts à venir mais aussi entretenir le lien avec des clients habituels.

    En conclusion, ce livre passionnant sur la prostitution m'a offert un regard neuf et différent sur ce travail. Loin du simplisme que j'appliquais auparavant par manques d'informations ce livre m'a permis de mettre en question un grand nombre de discours médiatiques et politiques. Le travail sexuel est un champ d'étude vaste souvent trop simplifié et moralisé. Il serait nécessaire de l'étudier d'une manière plus neutre pour montrer comment on fait ces métiers et quels sont les compétences impliquées. Plutôt que de victimiser simplement les prostituées il serait plus fécond d'observer comment on entre dans ces métiers. À plusieurs reprises j'ai eu l'impression que les auteurs considéraient que la capacité de contrôler son environnement de travail ainsi que les horaires pouvait être explicatif. Bien que je n'aie jamais été un abolitionniste je suis maintenant convaincu que la simple pénalisation de la prostitution ne peut que mettre en danger ces femmes et hommes. Il serait sûrement plus utile d'organiser une légitimation de ce type de travail en donnant accès aux assurances sociales. Bien entendu, je ne parle pas ici que du cas de la Suisse.

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  • L'homme féministe: un mâle à part? par Emmanuelle Barbaras et Marie Devers (les hommes féministes sont des femmes comme les autres)

    Titre: L'homme féministe: un mâle à part?0127.250.png
    Auteurs: Emmanuelle Barbaras et Marie Devers
    Éditeur: Les points sur les i 2011
    Pages: 165

    Je me revendique féministe. Cette revendication ne va pas de soi et n'implique que je sois un homme parfait qui ait réussi à passer outre toutes les structures de dominations masculines pour réussir l'égalité parfaite avec les femmes. Se revendiquer féministe implique d'avoir conscience et de refuser un certain ordre social dominé par les hommes blancs hétérosexuels. Mais comment un homme, à priori profiteur de la domination sexuelle, peut-il remettre en cause sa force face aux femmes? Quels sont les hommes qui se disent féministes et comment réussissent-ils à militer et assumer l'étiquette féministe? Ce sont les questions que ce sont posés les deux auteures face à la rareté des hommes qui se disent féministes. Elles ont voulu comprendre ces hommes et leur donner la parole.

    Qu'est ce qui ressort de ces entretiens? Bien que les hommes qui parlent dans ce livre soient très différent vis-à-vis des générations et des emplois on peut tout de même observer plusieurs points communs. En effet, ces hommes ont souvent été en contact direct avec la domination des femmes par les mâles. Ils l'ont vécu comme une injustice et ont voulu y mettre fin. D'autres ont aussi été rapidement en contact avec les thèmes féministes en militant. La grande partie a fait des études mais, surtout, ils sont tous plutôt à gauche. Non pas que le féminisme soit une idéologie de gauchiste bobo. Mais plutôt que le féminisme, ou être de gauche, permet de voir les injustices actuelles d'une manière plus intense. Ainsi, se revendiquer féministe va souvent de pair avec une attitude critique face au fonctionnement global de la société.

    Mis à part l'intérêt d'avoir accès au discours d'autres hommes féministes ce livre a eu le grand mérite de me faire m'interroger sur ma propre conception du féminisme. En effet, malgré toutes les caricatures, le féminisme n'est pas une idéologie fixée par une doxa dans un grand livre vieux de 2000 ans. C'est une pratique vivante dont les buts et objets sont multiples et changeants. A tel point que le féminisme peut être à la fois source de militantisme et scientifique! Ma pratique du féminisme n'est pas extrêmement militante. C'est plutôt un effort personnel vers la tentative d'être plus respectueux et ouvert envers les femmes (au sens général). Bien sur, cela ne veut pas dire que je ne milite pas de temps en temps. Mais mon militantisme se limite surtout à une revendication de l'étiquette féministe et à une explication du terme et de ce que cela implique. J'ai souvent eu la surprise d'avoir des publics plus ou moins défavorables qui changent subitement d'avis quand je leur explique ma vision du féminisme. Ce n'est pas une guerre entre les sexes (la guerre des sexes existe depuis longtemps bien avant que le féminisme n'existe) mais la recherche de la paix des sexes. Et cette paix ne peut passer que par l'égalité des droits et des traitements ainsi que par le respect mutuel. J'essaie d'y arriver mais, encore une fois, le féminisme est un effort et non un acquis. Ainsi, pour reprendre mon titre, hommes ou femmes la différence n'est pas si importante. Les hommes sont des femmes comme les autres et les femmes sont des hommes comme les autres.

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  • L'anatomie politique. Catégorisations et idéologies du sexe par Nicole-Claude Mathieu

    Titre: L'anatomie politique. Catégorisations et idéologies du sexebook_185.jpg
    Auteur: Nicole-Claude Mathieu
    Éditeur: côté-femmes 1991
    Pages: 291

    Encore une fois, je me suis lancé dans une recherche sur le genre. Cette fois j'ai lu le livre de Nicole-Claude Mathieu: L'anatomie politique. L'auteure est, entre autre, maître de conférence à l'EHSS, membre du laboratoire d'anthropologie sociale de Paris et cofondatrice de la revue Questions féministes. Ce livre est un recueil de différents articles et rapports que Nicole-Claude Mathieu a rendu dans des revues ou pour des institutions. Néanmoins, les articles qui se trouvent liés dans ce livres sont semblables. En effet, ils ont tous une fonction critique face à une certains vision de l'ethnologie.

    La première partie du livre nous offre des articles plutôt anciens. Ceux-ci sont écrits alors que le féminisme vient de renaître mais qu'il n'a pas encore touché les méthodes de travail des ethnologues. L'auteure essaie, donc, de démontrer que ces même méthodes occultent une grande partie de la réalité. Non seulement les femmes sont sous-évaluées, par exemple dans le travail fourni, mais elles ne semblent pas être acceptées comme objet digne de recherche alors que l'on croit, presque sans discussions, le discours des hommes sur elles. Ces articles essaient de revenir sur des recherches pour montrer leur biais masculins mais aussi les manques de recherches envers les femmes. Manque de recherches qui conduit à ne pas comprendre réellement le fonctionnement des sociétés étudiées.

    Dans une seconde partie l'auteure, tout d'abord, au consentement supposé des dominés pour, ensuite, analyser des modes d’identités sexuées. Le premier article discute cette thèse, souvent utilisée, du consentement des dominés à la domination. L'auteure essaie de savoir si ce consentement existe mais surtout si il est possible. Sa thèse est que la domination peut être si forte sur les dominés que ces dernier/dernières ne sont pas capables d'être conscient de cette même domination. Pour cela, elle utilise de nombreux exemples de la recherche ethnologique mais aussi de la vie de tout le jours. Dans le second article, l'auteure nous montre les trois modes du rapport entre le sexe et le genre. Le premier mode lie la biologie au sexe, le second mode lie le groupe à la conceptualisation du sexe et le dernier mode montre comment une conscience de classe peut construire le sexe. Ces trois modes ne sont pas équivalents et peuvent mener à des conclusions très différentes.

    Bien que la plupart des articles de ce recueil soient datés j'ai trouvé leur lecture très intéressante. L'auteure nous fournit une critique intéressante des recherches ethnologiques pré-féministes qui nous permettent de mieux discuter les résultats de ces recherches. Néanmoins, cette longue partie critique peut être ressentie comme peu passionnante par les non-intéressés. Alors que la seconde partie, plus prospective, nous offre un développement plus intéressant. Je pense particulièrement au premier article de la seconde partie dans lequel l'auteur nous offre de multiples exemples, sous formes de citations, pour expliciter ses propose. Ces exemples nous permettent de nous projeter plus facilement dans les thèses et de mieux les comprendre. J'ai, donc, surtout apprécié la seconde partie de ce livre.

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  • Le système de genre Introduction aux concepts et théories par Lorena Parini

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    Auteur: Lorena Parini
    Éditeur: Seismo 2006
    Pages: 129

    J'ai déjà parlé de plusieurs livres féministes sur ce blog le dernier parlant du problème des lesbiennes pour la société patriarcale. Mais je n'avais jamais parcouru d'ouvrages de théorie du féminisme. Ce livre en est un. Mais il va plus loin puisqu'il pose aussi la questions des différents concepts utilisés dans la recherche. La première chose que fait l'auteur est de nous donner un bref historique des luttes féministes. Mais non dans l'optique factuelle mais dans l'optique académique. L'auteure nous montre comment les différentes analyses de l'inégalité sexuelle dans la société se sont faites et comment elles se sont influencées. C'est aussi l'occasion d'introduire le concept de genre. Ce concept décrit un pan de la recherche qui n'est pas basé que sur les femmes et qui ne possède pas les présupposés politiques du féminisme. Néanmoins le but reste d'observer les différences de rapports sociaux selon le sexe.

    Le livre, ensuite, nous fait observer comment le système sociale fonctionne selon une division genrée. Pour cela l'auteure prend plusieurs exemples qu'elle sait ne pas forcément être les seuls existant. Elle nous montre donc comment les femmes ont été dépossédées de leurs corps à cause de leur capacité reproductive et pourquoi la reprise du pouvoir sur ce point fut si difficile. Mais elle nous montre aussi comment le travail et le savoir continuent d'être différent selon son sexe ainsi que le manque de femmes dans les sphères de décisions politiques. on y voit que les femmes n'ont pas accès aux plus hautes sphères du pouvoir et n'ont pas les même métiers que les hommes. D'ailleurs, les femmes ont moins de sécurité dans le travail que les hommes puisqu'elles sont privilégiées dans les formes de travail précaires.

    Dans un quatrième chapitre l'auteure nous montre trois formes différentes de féminismes. Le premier est libéral et se divise en deux visions. L'une, libertaire, laisse l'état simplement créer les garanties de l'égalité. La seconde, égalitarienne, pense que l'état doit aussi agir pour rendre l'égalité réelle dans les faits. Une autre voie est le féministe marxiste qui considère que l'inégalité des femmes avec les hommes est principalement dû à la propriété. Cette théorie a ensuite évolué en dénonçant les méfaits du capitalisme sur les femmes en particulier. Enfin, une dernière voie, la radicale, critique directement la société. Cette vision souhaite changer la société et non appliquer des recettes particulières à chaque problèmes. C'est aussi dans le féminisme radicale que la vision des femmes comme fondamentalement différentes des hommes est nées. Dans cette optique on souhaite l'égalité entre les sexes mais on ne pense pas que les femmes sont équivalentes aux hommes. Ce problème est, d'ailleurs, discuté dans le chapitre cinq.

    Ce livre est une introduction aux concepts et théories comme le titre nous l'apprend. Bien qu'il soit intéressant à lire il n'est pas passionnant à parcourir et possède le défaut principal des livres théoriques: une certaine aridité du propos. Heureusement il est court et on peut donc le finir avant d'être découragé. Mais ceux qui souhaiteraient faire l'effort de le terminer gagneront une meilleure compréhension des recherches en genre ce qui est toujours valable.

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  • Le sexe du militantisme dirigé par Olivier Fillieule et Patricia Roux

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    Auteur: Sous la direction de Olivier Fillieule et Patricia Roux
    Éditeur: Presses de la fondation nationale des sciences politiques 2009
    Pages: 361

    Il est sûrement facile de voir pour ceux qui suivent régulièrement mes présentations (plutôt irrégulières ces temps retour aux cours obligent) que je me suis, récemment, intéressé aux problèmes de genre et aux problèmes liés à la sociologie des mobilisations. Le livre dont je parle ce matin, justement, essaie de lier la vision sociologique des dominations de genre dans le champs de la sociologie des mobilisations. Selon Olivier Fillieule et Patricia Roux les explications du militantisme oublient souvent d'observer et d'expliquer comment les femmes se mobilisent. Au lieu de se poser des questions et de trouver des réponses les auteurs auraient tendance à expliquer le statut particulier des femmes dans les mobilisations avec des points comme la maternité, le temps, le ménage,... Si on observer les explications que la sociologie du genre offre de la domination des femmes on se rend compte que ce n'est pas suffisant.

    Le but de ce livre commun est donc d'observer le militantisme pour trouver des explications aux manières spécifiques des femmes de militer dans des organisations ou leur absence de militantisme. Pour trouver ces explications il a été décidé de diviser le livre en trois parties distinctes mais complémentaires. La première analyse précisément les femmes militantes, comment elles sont entrées dans le milieu du militantisme, comment elles agissent et comment leurs conjoints réagissent. On y découvre que l'homme impose souvent son agenda aux femmes mais que le contraire est très rare. L'action féminine serait donc tributaire de l'accord masculin et de la souplesse de l'organisation dans laquelle on milite.

    La seconde partie prends en compte les tensions entre des organisations de militantismes et les femmes. Comment ces dernières réussissent-elles à militer en tant que femmes dans des organisations qui n'acceptent pas cette possibilité. que ce soit par l'héroïsation de la virilisation (la ligue Padane par exemple) ou par la pensée que l'organisation, étant au fait des structures de dominations, refuse qu'elle puisse recréer une forme de domination à l'intérieur même de ses rangs (les exemples surprenant des anarchistes par exemple). Sans oublier la transgression du genre qu'utilisèrent les mouvements homosexuels pour se rendre visible sur la scène publique, ce qui est analysé dans le dernier article de cette partie.

    La dernière partie est probablement l'une des plus intéressante mais aussi l'une des plus compliquée. Car, cette fois, les auteurs ne se contentent pas d'observer les rapports de domination genrées mais essaient de voir comment la prise de conscience de cette domination s'articule avec des formes de domination différentes (classe et race par exemple).

    Au final ce livre, très dense, est intéressant. Il permet d'ouvrir le regard vers des actions de dominations envers les femmes qui passent, souvent , inaperçues car elles ne sont pas forcément conscientes (c'est naturel, ça va de sois...). En incluant le genre dans la sociologie des mobilisations il permet de mieux comprendre pourquoi les femmes sont invisibilisées lors des mouvements et pourquoi certaines tentent de créer d'autres mouvements non-mixte. On découvre, lorsque les hommes sont absents, que les suppositions d'incompétence politique naturelle que l'on supposait celle des femmes est totalement fausse. Néanmoins, c'est un livre difficile à aborder et qui demande un certain effort de lecture pour réussir à comprendre les thèses qui y sont développées.

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  • Classer, dominer : Qui sont les autres ? par Christine Delphy

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    Auteurs: Christine Delphy
    Éditeur: La Fabrique 2008
    Pages: 227

    Christine Delphy, féministe française, n'a pas vraiment écrit un livre mais mis ensemble plusieurs articles, prises de positions et conférence qu'elle a donnée. Leurs points communs est de parler des rapports de domination. Pour l'auteure ce rapport de domination est structurel de la société et se voit surtout dans le travail de définition. Selon elle, les dominants ont un droit de définir ce que sont les dominés ce qui mène à les indiquer comme différents de ce qui est normal (sous entendu: blanc, bourgeois et hétérosexuel). L'un des moyens de supprimer cette définition est de l'utiliser ou de se définir sois-même. Ce qui est un acte profondément déviant pour le point de vue des dominants. Le second moyen serait de définir ce que sont les dominants. Il faut, en fait, supprimer l'altérité ou démontrer celle des dominants.

    Mais l'auteure ne se contente pas de parler de la domination des hommes sur les femmes. Elle tente de mettre en rapport les dominations de classe, de race et de préférences sexuelles. Ainsi, selon l'auteure, il est possible d'être à la fois dominées et dominantes (ou dominants et dominés). C'est une relation plurielle de multiples réseaux de dominations qui se met au jours. Christine Delphy, actualité oblige, parle aussi beaucoup de l'affaire du voile. Elle considère que son interdiction et la façon dont on l'a interdit cache une relation de racisme face à ceux que l'on nomme "immigrés de seconde génération". Car les blancs qui ont rédigés la loi n'ont jamais voulu écouter une de ces femmes ayant choisis le voile. Les définissant d'emblée comme manipulées et incapables de décider pour elles-même. C'est, donc, une relation paternaliste qui se forme.

    Je ne connais pas assez bien les théories féministes pour me prononcer sur ce livre. Mais les articles de Christine Delphy sont intéressant et très stimulants intellectuellement. Car, elle ne se contente pas d'analyser. Elle souhaite agir et revendique une certaine vision de la société. Même quand elle se heurte à des intellectuels connus.

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