hygiène

  • Le miasme et la jonquille par Alain Corbin

    Titre : Le miasme et la jonquille9782081212978_cm.jpg
    Auteur : Alain Corbin
    Éditeur : Flammarion 2008
    Pages : 429

    Nous vivons dans une société qui fait la chasse aux odeurs naturelles. Il faut, pour être civilisé, sentir bien, être propre. L'endroit dans lequel nous vivons doit aussi suivre certaines règles d'hygiènes. Ainsi, qui osera avouer ne pas faire le ménage pendant plus de deux mois? Acte qui ne peut se justifier que par des circonstances exceptionnelles. Mais cette manière de considérer l'odeur comme un problème qui doit être combattu n'est pas sans histoire. Alain Corbin, dans ce livre, se propose d'étudier comment, entre le XVIIIe et le XIXe siècle, les pratiques, discours et attitudes face aux odeurs se sont modifiés.

    Pour ceci l'auteur construit son livre en 3 parties. La première, "révolution perceptive ou l'odeur suspecte", est formée de 5 chapitres. Ceux-ci permettent, tout d'abord, de comprendre que l'odeur de l'air impliquait un danger. Ainsi, de nombreux chercheurs de l'époque ont tenté d'analyser l'air pour comprendre son fonctionnement mais aussi ses caractéristiques plus ou moins mortelles. Mais le danger peut aussi venir de la terre. Alain Corbin nous montre un imaginaire de la terre comme d'un cloaque dans lequel les débris et restes se mêlent et risquent de se déverser sur nous. Ce mélange est si dangereux qu'il peut même impliquer la suppression de projets de constructions. En ce qui concerne les lieux sociaux ce sont les hôpitaux et les prisons qui semblent concentrer l'intérêt sur leurs odeurs. On apprend aussi que la médecine de l'époque considère l'odeur comme un signe de vitalité. Ainsi, l'hygiène risque de briser la santé. Alors qu'une odeur forte est un signe de vie saine. Corbin montre aussi une progressive perte de tolérance face aux odeurs. Celle-ci, selon l'auteur, passe des élites au peuple. Parallèlement, l'usage des parfums se répand pour cacher les odeurs naturelles.

    La seconde partie concerne la purification de l'espace public. Alain Corbin analyse ce sujet dans trois chapitres. Tout d'abord, ce sont les stratégies qui l'intéresse. Comment peut-on supprimer les odeurs dans l'espace public? Il trouve trois méthodes. En premier lieu il est nécessaire de créer une barrière entre le malsain et le reste du monde. C'est dans son but que les routes sont pavées et les murs crépis. Une seconde méthode est la ventilation. Celle-ci concerne aussi bien l'eau que l'air. Pour purifier il est nécessaire que ces fluides soient mouvants. Enfin, il faut créer de l'espace entre les humains. Ce qui aboutit à l'apparition des lits individuels dans les hôpitaux. Ensuite, Corbin nous montre que la nécessaire purification doit se mettre à fonctionner avec les nécessités économiques. Une mauvaise odeur implique une perte d'engrais pour les campagnes et, donc, une perte d'argent pour la ville qui aurait pu revendre cette matière première. L'auteur termine en analysant les codes de l'hygiène imposé par les lois et règlements. Il montre aussi leur lien avec un contexte précis.

    La troisième, et dernière, partie est constituée de 5 chapitres. Il est intitulé "odeurs, symboles et représentations sociales". Après une courte introduction Alain Corbin nous plonge dans le vif du sujet en analysant la représentation de la puanteur du pauvre. Alors que le XVIIIe considère que l'odeur dépend de plusieurs facteurs le début du XIXe crée une différence entre le riche, aéré, propre et à la bonne odeur et le pauvre, sale, puant, obscur. L'auteur continue en analysant les pratiques d'hygiènes dans les lieux d'habitations. Alors que la bourgeoisie accepte l'aération malgré le besoin d'intimité les classes plus modestes résistent fortement. Elles gardent des idées maintenant combattues sur la nécessité de garder les lieux fermés. Dans trois autres chapitres Alain Corbin nous montre comment les parfums sont utilisés voir même érotisés.

    J'ai beaucoup apprécié ce livre qui permet de comprendre une histoire difficile à atteindre. La centralité des odeurs, telles qu'elle est analysée par Corbin, est impressionnante. On s'étonne devant les techniques et les discours qui se sont formés autours et qui montrent que nos pratiques d'hygiènes actuelles sont loin d'être naturelles. Non seulement en raison de problèmes techniques et matériels mais aussi à cause des différentes conceptions du sain et du malsain. Le propos de ce livre est dense et le volume est volumineux. Il demande un certain effort de concentration mais il en vaut la peine. Je ne peux pas assez le recommander.

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  • Liberté Egalité Propreté. La morale de l'hygiène au XIXe siècle par Julia Csergo

    Titre : Liberté Égalité Propreté. La morale de l'hygiène au XIXe siècle
    Auteure : Julia Csergo
    Éditeur : Albin Michel 1988
    Pages : 361

    De nos jours tout le monde s'accorde sur la nécessité de se laver au moins une fois par jours et de changer souvent de vêtements. Mais cette hygiène n'a pas toujours existé sous cette forme que ce soit pour des raisons médicales ou simplement par manques d'infrastructures permettant le nettoyage. Julia Csergo, dans ce livre, tente de retracer l'histoire de l'hygiène dans l'histoire de Paris du XIXe siècle en s'intéressant aussi bien aux discours médicaux et moraux qu'aux capacités matérielles. Pour réussir cet examen elle développe des analyses sur quatre parties.

    La première partie lui permet de retracer les discours qui ont existé sur la nécessité de l'hygiène. Le premier chapitre lui permet de montrer que la propreté du corps implique aussi une propreté de l'âme. On y trouve donc la mise en place d'une pacification des classes dangereux (et laborieuses) par la propreté du corps. Celle-ci serait un moyen de vérifier la moralité des personnes mais aussi d'éviter le danger des miasmes et des odeurs. Un second chapitre permet aussi à l'auteure d'examiner les gestes de propreté. Que ceux-ci concernent les ablutions partielles ou totales il faut apprendre.

    La seconde partie examine la manière dont les institutions ont été utilisées pour proposer des bains et éduquer à l'hygiène. Julia Csergo examine trois institutions: l'enfermement, l'école et le corps militaire. Dans ces trois cas l’État français de l'époque tente de réguler la propreté en éduquant les masses. Pour cela il est nécessaire de trouver quelles infrastructures sont les plus économiques mais aussi les mieux adaptées. Le but est de laver un grand nombre de personnes dans un minimum de temps avec un usage minimum d'eau. Il s'ensuit de nombreuses décisions qui ont de la peine à être mises en place par manque d'espace, d'argent ou de volonté.

    Dans la troisième partie l'auteure examine deux formes d'hygiène publique. Tout d'abord elle montre comment les classes populaires se virent offrir un accès à la propreté par la mise en place de structures spécifiques dans les rues. Mais ces bâtiments furent surtout utilisés par les hommes et rarement par les femmes ou les écoliers. En ce qui concerne la bourgeoisie ce sont les bains publics et les écoles de natations qui permettent le bain. Mais ces entreprises sont rapidement accusées d'être dangereuses soit par la malpropreté de l'eau de la Seine soit par la promiscuité des corps et l'impudeur des bains. Rapidement ces bains publics disparaîtront.

    C'est dans la dernière partie que l'auteure examine l'arrivée du soin à domicile. Elle montre comment la mise en place de l'eau courante implique une transformation de l'intérieure. On passe du cabinet de toilettes caché à la salle de bain fastueuse. Mais le faste sera contesté par la bourgeoisie qui préfère des lieux aseptisés, blancs et carrelés qui préfigurent nos propres salles de bains. Cette partie est aussi l'occasion de vérifier l'usage du bain en tentant la mise en place qu'une histoire quantitative de l'usage de l'eau. Ce qui permet de vérifier dans où se trouvent les objets permettant l’hygiène et leur véritable usage selon des normes de classes.

    En conclusion voici un livre dont j'ai apprécié les analyses et les propos. J'ai appris énormément sur l'histoire de l'hygiène et j'ai particulièrement apprécié l'impression de retrouver des gestes perdus et des normes que nous ne connaissons plus. Bien que ce travail ait près de 20 ans je ne connais pas d'autres ouvrages et je ne peux donc pas considérer son intérêt au vu de l’historiographie. Ce qui n'influence pas la lecture ou l'intérêt du lecteur.

    Image: Amazon

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  • Une histoire du corps au moyen âge par Jacques le Goff et Nicolas Truong

    Titre: Une histoire du corps au moyen âgev_book_170.jpg
    Auteurs: Jacques le Goff et Nicolas Truong
    Éditeur: Liana Levi 2003
    Pages: 196

    J'ai emprunté ce livre par curiosité car je ne savais pas vraiment si il me plairait. Cependant les recherches sur le corps donc la manière d'être en société m'intéressent tout de même un peu. Comme le disent les auteurs, l'histoire n'est pas désincarnée elle se fait à travers le corps humain qui est le réceptacle de différentes pratiques sociales aussi diverse que manger, dormir ou encore procréer. Le corps est civilisé par la société. Civilisé dans le sens ou les pratiques sociales d'utilisation du corps sont apprises et codifiées. Ainsi, il ne va pas de sois que l'on utilise une cuillère, que l'on marche avec des chaussures ou que l'on fasse du sport. Au contraire, ces pratiques sont les témoins d'une certaine société et de normes que l'on peut analyser de manière historique. Dans ce cas les auteurs, dont l'un est largement connu, s'intéressent au corps dans le cadre de la société du moyen âge.

    Les auteurs analysent donc les pratiques des hommes et femmes du moyen âge selon différents thèmes. Ceux-ci concernent aussi bien la médecine, la vie et la mort que la nourriture, la beauté  et le sport et même les utilisations métaphoriques de celui-ci. Les différentes analyses et synthèses que les auteurs nous offrent dans ce petit livre nous mène à comprendre le corps médiéval comme tiraillé par deux tendances antagonistes. D'un coté le corps humain est avili, considéré comme source de pêché, et doit être rigoureusement contrôlé voir nié. C'est dans ce cadre de pensées que le carême et les flagellations naissent. Il convient de réfléchir avant tout à son âme dont le corps n'est que le porteur temporaire. Mais il y a aussi la pensée du carnaval, pour reprendre les propos des auteurs, qui implique une certaine jouissance du corps. En effet, le moyen âge connaît aussi le début de la gastronomie et de la mode. Les individus sont, donc, tiraillés entre ces deux conceptions antagonistes dont l'une est portée par l’Église.

    Mais quel est mon avis après avoir terminé ce livre? Il est légèrement mitigé. Je salue l'effort qui est fait d'analyser un objet qu'il n'est pas forcément facile de retrouver dans les sources. J'apprécie aussi que ce livre nous offre une analyse globale du corps médiéval. Mais je trouve que de nombreux points auraient pu être développés. J'ai eu l'impression, en effet, de n'avoir que les débuts de la réflexion et de devoir m'arrêter sur un chemin prometteur et intéressant. Ce qui m'a énormément frustré. En fait, ce livre donne l'impression, peut être injuste, d'être surtout une synthèse des travaux scientifiques récents en direction d'un plus large public. Ce qui est, bien entendu, louable mais qui implique un certains manque dans l'analyse. Bref, je cherche un peu plus.

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