ian kershaw

  • L'opération Walkyrie juillet 1944. La chance du diable par Ian Kershaw

    Titre :  L'opération Walkyrie juillet 1944. La chance du diable
    Auteur : Ian Kershaw
    Éditeur : Flammarion 2009
    Pages : 174

    Depuis que j'ai su qu'il avait existé un attentat suivi d'un putsch militaire contre hitler j'ai souhaité mieux comprendre ce qui s'était déroulé et comment cet attentat avait pu avoir lieu. Pour cela, je me suis lancé dans ce petit livre de Ian Kershaw, adapté de sa grande biographie sur hitler. L'éditeur se concentre sur les passages concernant l'opération Walkyrie et laisse de côté le reste du texte de la biographie.

    Il ne reste que 6 petits chapitres qui concernent directement l'attentat. Ian Kershaw y décrit minutieusement la préparation mais aussi le déroulement de l'attentat. Il explicite les essais qui ont déjà eu lieu et la raison de leur échec, la chance. Il démontre aussi que les créateurs de l'attentat sont des personnes aussi bien militaires que civils qui sont en dehors de tout soutiens populaire important. Leur but n'est pas de mettre militairement en danger l’Allemagne, certains vont même jusqu'à refuser toute idée de responsabilité ultérieure, mais souhaitent faire tomber hitler. Kershaw montre pratiquement heure par heure le déroulement de l'attentat et du putsch, en se basant sur les sources produites par les personnes dans le cadre de leur vie privée et de leur profession. Mais rapidement le putsch se heurte à un problème majeur : hitler est vivant.

    La seconde partie du livre se concentre sur la survie de hitler pour expliquer comment le putsch a pu échouer. Outre un retard et un attentisme trop important, les ordres des putschistes furent rapidement inutiles lorsque les unités militaires et des généraux loyaux comprirent la réalité des événements. Il s'ensuivit une répression forte qui n'avait qu'un seul but : détruire toute possibilité de résistance interne à l'armée. Les conspirateurs survivants furent arrêtés, emprisonnés, expulsés de l'armée, jugé au civil devant un juge qui les invective et finalement pendus en habits de prisonniers dans un abattoir. L'auteur montre que hitler veut détruire toutes formes d'honneur chez les conspirateurs et leurs familles souffrirent tout autant de la répression. L'impact dans la société fut peu important, la population est encore en faveurs de hitler. Mais ce dernier attentat permet aussi à la police de noter quelques failles dans le lien entre la population et les nazis. Quelques personnes se risquent à souhaiter la mort de hitler.

    Finalement, ce petit livre permet de connaitre le déroulement des événements ainsi que les conséquences sur hitler. Ce dernier est de plus en plus paranoïaque tandis qu'il semble prématurément vieilli. Malheureusement, le caractère d'extrait de ce livre empêche de vraiment comprendre de quelle manière l'auteur pense son objet. On y entre de manière abrupte et on en sort tout aussi abruptement. Lire la biographie entière serait probablement une expérience plus complète. L'éditeur a au moins la bonne idée d'ajouter un grand nombre de documents qui permettent d'illustrer les événements et les propos de Ian Kershaw.

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  • L'europe en enfer 1914-1949 par Ian Kershaw

    Titre :  L’Europe en enfer 1914-1949
    Auteur : Ian Kershaw
    Éditeur : Seuil 2016
    Pages : 640

    On ne présente plus Ian Kershaw, connu pour ses travaux sur le nazisme et hitler. Dans son dernier livre, récemment traduit en français, l'auteur décide de s'attaquer à un sujet énorme. En deux livres, il compte faire l'histoire de l'Europe durant le XXème siècle. Ce premier tome se concentre sur les années 1914 à 1949 soit les deux guerres mondiales ainsi que l'entre-deux guerres. La période est dense, remplie de modifications sociales importantes. L'historiographie est tout aussi importante et Kershaw ne prétend pas faire une nouvelle recherche. Il se repose sur une importante bibliographie qu'il présente en fin d'ouvrage. Naturellement, il est illusoire de prétendre résumer un tel livre. Il vaut mieux présenter son fonctionnement.

    Le livre est divisé en 10 chapitres qui, mis à part le 9, sont chronologiques. Dans ces chapitres l'auteur essaie de nous montrer le fonctionnement d'une époque extrêmement dense. Il débute naturellement sur la course à la Première guerre mondiale qui a mené à des changements importants en Europe, particulièrement à l'est. Il continue ensuite sur plusieurs chapitres qui se concentrent sur l'entre-deux guerres. Ceux-ci permettent, certes, de montrer un certain optimisme malgré les problèmes économiques mais aussi une marche vers la mise en cause des démocraties, aussi bien par le fascisme que par le communisme, et les tensions ethniques basées sur l'idée d'état-nation. Ces chapitres permettent donc d'avoir une compréhension globale de la course à la guerre. Après une large explication, Kershaw nous parle enfin des événements de la Deuxième guerre mondiale puis examine ses conséquences en Europe afin de terminer son tableau en 1949, alors que la Guerre Froide et la division du monde et du continent européen sont définitifs.

    Bien entendu, même 600 pages ne sont pas suffisantes pour parler de tous les événements et de tous les pays. Ian Kershaw explique en introduction ce qu'il doit aux nombreuses recherches historiques sur l'Europe. Il est nécessaire, pour son travail, de synthétiser la plupart des sujets touchés. Cependant, ce livre permet tout de même d'avoir une vision globale de 50 ans d'histoire européenne. Mieux encore, l'auteur nous présente les événements d'Europe de l'est, une histoire que je connais que peu. Sans encore connaitre le prochain tome, il me semble que nous aurons là un futur classique qui permettra aux personnes qui le souhaitent de connaitre 100 ans d'histoire européenne par la lecture de seulement deux livres dont les bibliographies vont probablement permettre d'aller plus loin sur la plupart des sujets.

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  • L'opinion allemande sous le nazisme de Ian Kershaw

    Titre :  L'opinion allemande sous le nazisme
    Auteur : Ian Kershaw
    Éditeur : CNRS 1995
    Pages : 591

    Ian Kershaw est l'un des historiens les plus connus ayant travaillé sur le nazisme. Pourtant, je ne l'ai que peu lu. Je ne connaissais de lui que son essai "Qu'est-ce que le nazisme." Étant dans l'obligation de m'intéresser plus avant à la période 1918-1939 j'ai décidé de lire plus attentivement les écrits de Kershaw sur le sujet. Ce livre n'est pas son premier mais alors que ses productions s'intéressaient jusque-là à hitler il essaie, dans cette recherche, de comprendre de quelle manière les allemand-e-s réagissent face à la prise de pouvoir nazie. Loin des deux mythes de la résistance totale ou de l'acceptation totale Kershaw essaie de nous expliquer de quelle manière la population peut refuser certains actes tout en soutenant le régime de manière globale. C'est la raison pour laquelle il préfère utiliser le mot de dissension, comme il l'explique en préface et en introduction.

    Le livre est divisé en deux parties qui examinent les mêmes sujets : paysannerie, classe ouvrière, bourgeoisie, les églises et les réactions face aux persécutions subies par les juifs et les juives. La première partie s'intéresse aux années 1933-1939 et la seconde aux années 1939-1945. L'auteur essaie de nous expliquer de quelle manière ces différentes parties de la société réagissent et sont traitées par le pouvoir nazi. En ce qui concerne la paysannerie, le problème principal concerne la mainmise importante du gouvernement dans leurs affaires. Ce sera encore plus le cas en pleine guerre alors que la main-d’œuvre est de plus en plus rare. La paysannerie doit fournir des denrées à un certain prix tout en ayant l'obligation de refuser les liens avec les commerçants de religion juive, ce qui crée des problèmes économiques. La classe ouvrière, elle, est infiltrée par les organes du parti afin de mettre à mal la force du communisme et des syndicats au sein des usines. Pour cela, le régime crée des organisations chargées de rendre la vie ouvrière plus facile mais aussi d'offrir des loisirs contrôlés. En ce qui concerne la bourgeoisie, l'auteur s'intéresse beaucoup aux fonctionnaires et en particulier aux enseignants. Bien que ceux-ci soient souvent résolument en accord avec le régime, cela n'empêche pas des critiques importantes de la part d'élites du parti. Dans les trois cas, la population pouvait être en faveurs du régime mais l'auteur nous explique que celle-ci rentre rapidement dans une forme d'apathie politique afin de simplement vivre au jours le jours.

    Ian Kershaw essaie aussi de comprendre les réactions des églises. Dans le cadre du régime nazi, la chrétienté devrait être oubliée au profit d'autres formes de croyances. Cela a conduit à des attaques contre la place des églises au sein de la société, par exemple dans le cadre scolaire ou sur la place des crucifix dans les écoles. Si Kershaw nous parle des églises c'est parce que ces organisations ont été capables de créer des mouvements de résistance contre les décisions du régime. Ces résistances portent principalement sur leur place dans la société, mais aussi sur la mise en place de l'euthanasie des catégories considérées inutiles de la population. Cependant, Kershaw démontre que ces résistances se forment dans un cadre légal et ne permettent pas de créer une mise en cause majeur du régime. Les prêtres ont tendance à déclamer leur loyauté envers hitler tout en saluant la guerre contre l'URSS. Enfin, l'auteur s'attaque au difficile sujet des réactions de la population face aux spoliations et au génocide. Kershaw ne pense pas que le génocide était inconnu, des rumeurs ont existé, mais il essaie de prendre en compte la géographie. Ainsi, les allemands de l'est ont probablement plus de connaissances des crimes du régime que ceux de l'ouest. Il apparait que les tueries de masses ne soient pas vues favorablement, cependant l'antisémitisme est une opinion admise et les actes du régime contre les juifs sont largement soutenus. Ainsi, même si la population ne soutient pas les actes de violences, extrêmes, cela n'implique pas un accord avec d'autres décisions comme les spoliations, les ghettos ou la déportation en dehors du pays. Loin de dédouaner la population allemande, Kershaw tente ici de montrer la complexité de ses opinions.

    Bien entendu, je n'entends pas présenter toute la richesse de ce livre dans ces quelques lignes. Une partie importante de la réflexion et des exemples utilisés par Ian Kershaw ne s'y retrouvent pas. Je ne peux qu'inviter à lire un ouvrage bien documenté, dont les réflexions permettent de comprendre les complexités des opinions publics sans cacher les crimes ni le racisme de la population sous le régime nazi. J'ai particulièrement apprécié l'usage du concept de dissension qui permet de mettre en avant aussi bien les résistances que les accords avec le nazisme pour les mêmes groupes sociaux.

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  • Qu'est-ce que le nazisme ? Problèmes et perspectives d'interprétation par Ian Kershaw

    Titre: Qu'est-ce que le nazisme ? Problèmes et perspectives d'interprétation412WC8X1ZWL._SL500_AA300_.jpg
    Titre original: The nazi dictatorship. Problems and perspectives of interpretation
    Auteur: Ian Kershaw
    Traducteur: Jacqueline Carnaud
    Éditeur: Gallimard 1992 (1985 première édition originale)
    Pages: 414

    Il y a longtemps que je souhaitais lire une étude de Ian Kershaw. En effet, depuis que j'étudie l'histoire j’entends souvent parler de lui ce qui m'a poussé à penser que la lecture de ses livres me permettrait de mieux comprendre l'Allemagne nazie. Mais le livre que j'ai choisi n'est pas réellement un livre sur ce sujet. C'est un livre qui traite des différentes manières qu'ont les historiens de traiter le problème nazi. Kershaw y parle des différents problèmes d’interprétations qui existent sur certains sujets. Ceux-ci couvrent autant la définition du nazisme que la personnalité d'hitler en finissant sur des problèmes de philosophie de l'histoire. En observant les mouvements de pensées qui ont pris et prennent encore corps autour de ces différents sujets Kersahw nous permet, non seulement, de mieux comprendre le fonctionnement de l'Allemagne nazie mais aussi de comprendre les débats qui existent dans le milieu des historiens. Ce livre est donc un bon moyen de naviguer dans l'immense littérature qui existe sur le nazisme et sur la période en générale.

    Bien que la construction des chapitres soit des plus clairs - introduction du problème, résumé des positions et analyses et position de Kershaw - et que le livre soit plutôt facile à lire il reste un point qui me l'a rendu plus difficile. En effet, le nombre même de production existant sur le sujet crée, nécessairement, une certaine densité. Nous pourrions donc facilement nous perdre dans le nombre élevé de concepts et d'auteurs dont Kershaw nous parle si nous ne sommes pas assez attentifs. Malgré ce point, le propos reste très clair et m'a permis d'apprendre de nombreuses choses sur le régime nazi et d'oublier ce que j'avais moins bien compris. De plus, Ian Kershaw, bien que son point de vue soit souvent limpide, accepte de donner honnêtement les points forts et les points faibles de chaque conceptions existantes. En conclusion, même ancien, ce livre reste intéressant à parcourir ne serais-ce que pour l'historiographie précise qui y est dessinée.

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