immigration

  • Broken land

    Entre le Mexique et les USA il y a un mur. Deux genevois sont allés à sa rencontre. C'est une balafre au milieu du désert qui divise à la fois le territoire et les personnes. Pour mieux comprendre l'effet de ce mur sur les citoyens américains - la réalisation a fait exprès de ne pas rencontrer de migrants - 7 couples sont interrogés sur leur relation avec le mur et ce qu'il implique pour leur vie et leur vision de l'existence. Ce sont aussi bien des personnes qui luttent contre la division qu'il implique que des gens qui luttent contre l'immigration clandestine de manière officielle ou non. À l'aide de ces témoignages on comprend un peu mieux l'effet que peut avoir un mur sur les personnes qu'il est censé protégé.

    Il est difficile de parler de ce film sans perdre une partie de sa substance. Le mur est omniprésent. Bien qu'il soit constitué de poteaux plantés à égales distances il projette une ombre impressionnante sur le désert. Et ce n'est que la partie visible de ce dispositif. Car, outre le mur, il y a toute la panoplie électronique qui permet de surveiller non la frontière mais le côté américain de celle-ci. Comme le dit l'une des protagonistes : nous sommes toujours surveillés, jamais seuls et le moindre faux pas fait réagir les "protecteurs". Alors que de nombreuses personnes se sont habituées cette femme se demande si ceci est une bonne chose. Est-ce bien de s'habituer, dans une démocratie, à être constamment sous surveillance au nom de la sécurité ?

    Ce n'est, bien entendu, pas le seul choc que j'ai eu. Il serait fastidieux de les dénombrer. Le plus grand est probablement celui de ce couple qui, régulièrement, vérifie l'i9ntégrité du mur en face de chez eux et qui a peur que sa destruction implique l'importation d'armes nucléaires sur le territoire. Ce même couple vit dans une maison bardée de dispositifs de surveillance. Ils ont une dizaine de caméras qu'ils observent chaque nuit observant des ombres inquiétantes tandis que les humains, en infrarouge, deviennent des fantômes, presque des monstres aux yeux vifs. Ils ne sortent qu'armées en vérifiant ce qui les entoure. Selon eux ce n'est pas de la paranoïa mais une philosophie de vie. Dans cette même scène le mari explique de qu'elle manière il peut identifier les migrants par leur odeur. Un autre homme surveille le mur par avion. Il explique que, selon lui, les USA sont le meilleur pays du monde, le plus avancé. Accepter l'immigration c'est donc courir le risque de perdre tout ce qui fait le pays et, pour cet homme, un danger pour l'humanité dont il est le gardien car, sans le mur, des millions de personnes déferleraient sur le pays. Le film se termine sur une équipe qui tente d'identifier les restes de personnes qui sont mortes en tentant de traverser.

    Je n'ai donné que quelques chocs que j'ai eus. Ce ne sont pas les seuls. En tout cas ce documentaire est très bon. Il ne dénonce pas ni ne vérifie les discours sur la nécessité de protéger les frontières. Il montre comment un mur agit sur les populations qu'il est censé protéger. À l'ombre de ce dispositif l'autre n'est plus un voisin, un ami possible, mais un Alien. Quelqu'un qui fait peur, un envahisseur dont les raisons de venir ne sont pas claires et, probablement, criminels. Le mur ne s'impose pas seulement sur le paysage. Il s'imprime dans les esprits. Il faut être méfiant, il faut vérifier, il est nécessaire de perdre ses droits si la sécurité en ressort plus importante. Le mur crée une mentalité d'assiégés. À l’extérieur il y a des monstres, des barbares, l'inconnu. L'intérieur est en danger. Suite à ce film que penser du mur, virtuel en grande partie, que l'UE construit autour du continent ? Quels effets sur nous et sur les êtres humains qui tentent de trouver une meilleure vie ?

    • Le scénariste est voué au septième cercle des enfers.

    • Twilight.

    • Film de vacances.

    • Bon scénario.

    • Joss Whedon. Un très bon documentaire que je conseille fortement.

    Image : Site officiel

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  • Xénophobie business. A quoi servent les contrôles migratoires? par Claire Rodier

    Titre : Xénophobie business. A quoi servent les contrôles migratoires?widget.png
    Auteur : Claire Rodier
    Éditeur : la découverte 2012
    Pages : 192

    Nous avons tous entendu parler du drame qui a eu lieu a Lampedusa il y a quelques semaines. Nous avons aussi entendu parler certaines élites autoproclamées parler de ces immigrants comme des envahisseurs. Certaines personnes ont vu une réalité de la migration tandis que les ONG et les militant-e-s n'ont fait que soupirer face à des morts évitables. Les gouvernements, eux, ont promis que ça n'arriverait plus en prévoyant la mise en place d'une fermeture des frontières pour dissuader les voyages dangereux. Mais qu'en est-il de la face cachée? Du moins de celle que l'on ne connaît pas. Des explications aux morts qui sont de plus en plus nombreuses. Claire Rodier, dans ce petit livre, examine les diverses explications qu'elle pense être utile à la compréhension du tournant anti-immigration de l'Europe et du de l'Occident en général.

    Pour cela elle construit quatre chapitres. Le premier lui permet de montrer comment fonctionne le marché de la sécurité. En effet, la lutte contre l'immigration se fait à l'aide d'entreprises privées qui fonctionnent aussi bien comme des mercenaires de la sécurité que comme des pourvoyeurs de technologies. L'argent, dans les deux cas, coule à flot. Ainsi les états peuvent déléguer leur gestion des lieux de détention à des entreprises. Dans ce cadre la criminalisation des migrations dites illégales ne peut qu'apporter plus de "clients" et donc demander la construction de nouvelles prisons. Mais la sécurité anti-immigrants mise aussi sur l'usage de technologies de plus en plus coûteuses et pointues qui se forment aussi bien sur le plan physique que virtuel à l'instar de la biométrie.

    Dans un second temps l'auteure examine le côté rhétorique du problème. En effet, la fermeture des frontières s'est faites aussi en lien avec la mise en place d'un discours de la peur de l'étranger censé amener insécurité, terrorisme et délinquance. Ce discours se constitue aussi bien sur la nécessité de la construction de murs de séparation pour bloquer une population. On pense, bien entendu, au mur entre les USA et le Mexique mais aussi celui d'Israël. Il est intéressant de voir que ces murs ne fonctionnent pas forcément et enrichissent des milieux criminels qui en profitent pour faire monter la facture. Mais c'est aussi un discours qui fonctionne sur la désignation d'un ennemi bouc émissaire coupable de toutes les atrocités et dysfonctionnements de la société. Enfin, n'oublions pas le terrorisme dont l'usage a permis la destruction de nombreux droits et garanties aussi bien pour les étrangers que les citoyens et dont la menace justifie ces changements.

    Un troisième chapitre lui permet de mettre en évidence les liens entre l'Europe et ses voisins immédiats. En effet, non seulement l'Europe ouvre ses frontières intérieures mais elle ferme ses frontières extérieures. Cela se fait par des dispositifs de surveillance mais aussi par des accords avec des pays voisins. Ceux-ci permettent de justifier un renvoi en contrepartie d’investissements. C'est aussi un moyen de faire pression sur des candidats à une future adhésion.

    Enfin, l'auteure examine l'intérêt de l'enfermement. En effet, selon une étude citée, la prison est inutile après 14 jours car le renvoi devient impossible. Donc pourquoi mettre en place ces emprisonnements administratifs de longue durée pour des populations entières? Mis à part l'argument financier c'est aussi un moyen de rassurer les citoyens et de prévenir les immigrés qu'ils ne sont pas les bienvenus. Il est intéressant de noter que cet internement commence à se faire en dehors de l'Europe soit en dehors d'une législation gouvernée par les droits de l'homme dans un certain nombre de cas. Mais aussi en dehors des yeux de la population. L'auteur y examine aussi l'agence Frontex responsable de la coordination de la lutte contre l'immigration qui, depuis peu, est capable d'acheter ses propres flottes de véhicules et ce qui permet de lancer une industrie de la sécurité en particulier celle des drones.

    Au final nous avons un petit livre très intéressant qui démonte les mécanismes de l'anti-immigration. C'est une Europe inquiétante qui se dessine dans ces pages. Un continent qui se ferme sur lui-même sans vouloir mettre en question les raisons de l'immigration. Ainsi, on ne peut que penser que les drames seront de plus en plus nombreux mais aussi de moins en moins connus car en dehors de l'Europe. Pour les rares personnes qui atteignent le continent c'est la prison, l'idée que ce sont des criminels et le renvoi si possible qui les attendront. Ceci sans examiner si leur demande d'aide de la part de l'Europe est légitime ou non. Mais c'est aussi un monde dans lequel le trafic d'êtres humains pour passer la frontière sera de plus en plus lucratif pour les réseaux criminels qui deviendront encore plus puissant. Et personne ne fera plus attention au coût humain de l'immigration.

    Image: Éditeur