27/03/2017

Monstrous Regiment (Discworld 31, Industrial Revolution 3) par Terry Pratchett

Titre : Monstrous Regiment (Discworld 31, Industrial Revolution 3)
Auteur : Terry Pratchett
Éditeur : Corgi 13 février 2014
Pages : 480

Borogravia est en guerre. Borogravia est toujours en guerre. Le petit pays est soumis à une monarchie dont le rôle est d’intercéder auprès d'un dieu capable d'interdire la couleur bleu et le chocolat. Régulièrement, Borogravia déclare la guerre après qu'une partie de terrain change de main suite à un changement de lit de la part d'une rivière déclarée frontière naturelle. Mais cette guerre pourrait bien être perdue. En effet, la duchesse de Borogravia est probablement morte. Son héritier est le dirigeant de l'un des pays ennemis et il n'hésite pas à envahir sa voisine pour donner un peu plus de légitimité à ses ambitions. Pire encore, cette invasion est soutenue par les grandes puissances dont Ankh-Morpork qui envoie un corps expéditionnaire sous la direction de Vimes. Mais une petite troupe de recrue se lève entre les citoyen-ne-s de Borogravia est les ennemis. Ces recrues sont les dernières et les moins bien fournies mais elles ont l'immense avantage d'être toutes des femmes.

Ce tome est probablement le plus féministe des livres du Disque-Monde. Bien entendu, Pratchett avait déjà créé des personnages féminins et même parlé des choix possibles ou impossibles. Les naines en sont l'exemple puisque celles qui vivent à Ankh-Morpork rejettent la tradition et souhaitent avoir le choix de s'habiller comme elles le souhaitent. Mais ce livre décide de ne prendre que des femmes comme personnages principaux. Il y a des hommes, mais ils se trouvent soit en dehors de l'intrigue pour apparaître de temps en temps soit sont des imbéciles chanceux (ou des imbéciles tout court). Dans ce tome, on observe une petite troupe de recrues tenter de cacher leur identité de femmes dans le cadre d'un milieu très masculin. Pratchett aurait pu simplement en rire mais il utilise ce début d'intrigue pour mettre en question le partage des tâches ainsi que le fonctionnement genré de la société. Il va même très loin quand on connaît le dénouement de l'intrigue.

Pratchett utilise aussi ce tome pour parler de politique étrangère. Je l'ai déjà dit (je crois), Ankh-Morpork ressemble beaucoup aux USA. C'est une ville qui possède une grande puissance économique et une identité culturelle forte qui est exportée dans le monde entier. Par contre, la ville ne possède pas d'armée très importante. Vimes est ici l'incarnation de la puissance étrangère qui décide de se mêler des affaires d'autres pays pour des raisons monétaires. D'ailleurs, Vimes n'est jamais capable d'user de l'excuse officielle et éclate de rire avant de la terminer: libérer les peuples opprimés. Face à cette ingérence, Borogravia est l'exemple du petit pays qui n'est pas aussi avancé qu'Ankh-Morpork mais est fier de son histoire. Pour enrober tout cela, Pratchett ajoute un peu de réflexion sur la propagande, en particulier les journalistes de guerre. Après tout, ce n'est qu'une variante du grand thème de Pratchett: la puissance des histoires et de la croyance en elles.

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**** Un tome plutôt bon qui réussit à se détacher de personnages envahissants et bien intégré au Disque-Monde.
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Image: Site officiel

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13/03/2017

The truth (Discworld 25, Industrial revolution 2) par Terry Pratchett

Titre : The truth (Discworld 25, Industrial revolution 2)
Auteur : Terry Pratchett
Éditeur : Corgi 10 octobre 2013
Pages : 448

Il y a longtemps, les citoyen-ne-s d'Ankh-Morpork ont eu l'idée de graver des pages pour faire plusieurs copies d'un même document. La technologie n'avait pas été développée de manière plus importante car de nombreuses personnes et guildes voyaient d'un mauvais œil un accès trop important à l'écriture. Après tout, que deviennent les mots sacrés et les formules magiques quand on peut les réutiliser pour un livre de cuisine? Mais le centenaire de la roussette se termine. Il est temps pour la ville d'entrer dans la modernité. Et, justement, des nains ont trouvé le moyen d'inventer l'imprimerie! Ils comprennent à peine ce qu'ils ont créé qu'un certain William se demande s'il ne pourrait pas utiliser ce nouvelle instrument pour écrire une petite feuille de nouvelles. Il pourrait l'éditer une fois par jours et même payer des gens pour y écrire! C'est ainsi que le plus grand cauchemar de François Fillon arrive sur le Disque-Monde: la presse libre est née! Et il est plus que l'heure d'une telle presse. Car le patricien est accusé de tentative de meurtre. Mais les faits semblent mener à d'autres personnes.

Qu'est-ce que la vérité? Comment l'atteindre et surtout comment la reconnaître? Pratchett se lance, dans ce tome 25, dans l'examen du quatrième pouvoir. Honnêtement, il réussit à examiner et décrire ce qu'est la presse. Pour cela, il crée un personnage venu des couches sociales supérieures, intelligent, qui essaie de ne pas être son père et qui aime écrire mais surtout qui veut, à tous prix, trouver la vérité. La manière dont son idée de lettre envoyée à quelques personnes se développe rapidement en un journal édité quotidiennement est très intéressante. En peu de pages, le journal est créé, les journalistes arrivent, la concurrence est lancée et le journalisme d'investigation se forme malgré les critiques de la garde. Mieux que ça, Pratchett montre que la publicité est un bon moyen de vérifier et de stopper ce que font les personnes puissantes tout en expliquant que les personnes qui fondent, ou possèdent, les journaux ne sont pas des membres des classes populaires.

Mais ce livre est aussi très pessimiste. Oui, le journal de William s'intéresse à la vérité, publie des enquêtes, cherche les sources et n'hésite pas à se corriger si nécessaire tout en trouvant des tournures de phrases qui permettent d'éviter de mentir tout en ne donnant pas toute la vérité. Mais, Pratchett décrit aussi les problèmes de la presse en créant une concurrence. Le journal concurrent, un 20 minutes d'Ankh-Morpork, ne se soucie pas de recherches ou de sources. Il se contente d'écrire ce qui lui a été rapporté sans essayer de vérifier. Et Pratchett décide de montrer que non seulement ce concurrent se vend mieux mais que, en plus, il intéresse bien plus les lecteurs et lectrices. Comment le dit Pratchett à la fin du livre: il y a ce qui intéresse les gens et ce qui est important pour les gens. Malheureusement, selon l'auteur, ce qui est important n'intéresse pas et n'est pas lu. Mais cela implique-t-il qu'il n'y a pas de conséquences?

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***** Un livre réussi, bien écrit mais aussi pessimiste. Ce tome ajoute encore un peu plus de richesse au Disque-Monde et c'est une très bonne chose.

Image: Site officiel

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22/01/2017

Moving pictures (Discworld 10, Industrial revolution 1) par Terry Pratchett

Titre : Moving pictures (Discworld 10, Industrial revolution 1)
Auteur : Terry Pratchett
Éditeur : Corgi 11 octobre 2012
Pages : 400

Le Disque connaît les livres ainsi que le théâtre. Il y a des voleurs, des assassins, des sorciers et des marchands. Mais le Disque n'est pas très avancé et des légendes parlent de civilisations anciennes disparues malgré des réussites extravagantes. Il y a aussi une guilde assez pauvre et peu connues car méprisée par tout le monde. Ce sont les alchimistes. Ils ne font pas vraiment de la magie et préfèrent passer leur temps à remplir des fioles entre deux explosions inattendues. Mais, soudain, l'un d'entre-eux réussit enfin à créer un truc nouveau. Ce n'est absolument pas ce que la profession cherchait mais cela pourrait transformer quelque chose en or. Du moins ils ont en l'impression. Mais les alchimistes préfèrent ne pas être trop visibles par les sorciers qui n'aiment pas trop voir d'autres personnes faire ce qui pourrait être de la magie. C'est ainsi que la ville d'Holly Wood est créée. Rapidement, un grand nombre de personnes se sentent inexplicablement attirés par elle et par ce qui semble être le seul métier disponible: faire semblant de faire quelque chose face à une boite qui fait clic.

Pratchett n'est jamais aussi bon que lorsqu'il prend quelque chose que l'on connaît bien puisqu’il place celle-ci dans son univers afin de la transformer en autre chose de reconnaissable mais bien différent. En l’occurrence, il ne faut pas avoir fait de longues études pour savoir de quoi parle Pratchett. Et il en parle très bien. Il réussit, en un seul livre, à résumer ce qui fait le cinéma aussi bien en négatif qu'en positif (mais surtout en négatif). Tout est construit pour donner une impression de frivolité et d''absurdité dont les personnages principaux, Victor et Ginger, voient parfaitement. Une ville entière est construite autour d'une seule idée. Des personnes y viennent mais ne savent pas vraiment pourquoi. Elles savent seulement qu'il faut être pris, que c'est leur seul chance d'être quelqu'un! Bref, Pratchett nous parle de l'absurdité du star system. Il parle aussi de la manière de construire les films. Alors que les premiers sont de courts métrages éducatifs on passe rapidement à des films de plus en plus long, cher et surtout explosifs mais avec toujours la même histoire de base (un peu comme le Marvel Cinematic Universe). Et comme ce n'était pas assez, Pratchett termine son gâteau en le parsemant de références au cinéma. Des références bien trop nombreuses pour que je puisse toutes les citer et surtout pour que je puisse les reconnaître toutes.

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**** Pour l'instant, l'un des tomes que je le plus aimé.
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Image : Site de l'auteur

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