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  • Pirate Cinema par Cory Doctorow

    Titre : Pirate Cinemacover-small.jpg
    Directeur : Cory Doctorow
    Éditeur : Site de l'auteur
    Pages : 395

    J'ai presque terminé de lire tous les romans écrit par Cory Doctorow. Celui-ci était l'avant-dernier et il a été édité fin 2012. Il se déroule à Londres dans un futur proche, celui qui attend nos enfants. La guerre contre le piratage qui commence de nos jours a pris des proportions énormes. Des lois de plus en plus liberticides sont mises en places aboutissant à l'emprisonnement de plus en plus systématique d'enfants coupables d'avoir écouté des fichiers illégaux. L'un de ses enfants est notre héros. Celui-ci fuit sa famille après que ses téléchargements ont aboutis à la coupure de l'accès internet de la maison ce qui équivaut à faire perdre leur emploi aux parents et à détruire l'avenir scolaire de sa petite sœur. Comme il ne peut plus voir sa honte se refléter sur les visages de sa famille il fuit, seul, à Londres. Il y rencontre des squatters et des mendiants mais, surtout, il commence à comprendre que son pays ne fonctionne plus pour ses citoyens mais pour de riches compagnies ultra-puissantes. Il est temps de lutter pour sa propre liberté.

    J'aime bien Cory Doctorow mais il a des tics d'écritures qui m'agacent un peu. Ses héros sont toujours de jeunes adolescents qui apprennent subitement la vie et l'amour. Personnellement je n'aime pas les adolescents mais les pires sont ceux qui sont amoureux! Doctorow ajoute toujours une jeune fille beaucoup plus intelligente que le héros qui lui permet de mieux comprendre ce qui se déroule devant ses yeux. Et il y a toujours cet aspect à la fois réaliste sur le système politique et très naïf face aux possibilités d'actions. Cependant Doctorow possède un esprit et une vision acérée de ce qui peut se dérouler dans le futur si la guerre contre le piratage continue dans la voie qui lui est donnée actuellement. Il montre les effets pour les citoyens en termes de perte de vie privée et de droits mais aussi l'inutilité des dispositifs légaux qui sont mis en place. Inutilité car il existe de nombreuses technologies qui permettent d'éviter d'être pris. Il suffit de les connaître et d'apprendre à les utiliser. Et Doctorow nous montre comment on peut utiliser ces technologies en tant que citoyens. L'histoire est donc intéressante et mérite d'être connue malgré ses quelques défauts.

    • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

    • Papier toilette.

    • Roman de gare.

    • A lire. Bien que les personnages ne me convainquent pas l'histoire et le message de Doctorow me plaisent. J'invite donc tout le monde à lire ce roman.

    • Tolkien.

    Image: Site de l'auteur

  • Después de Lucía

    J'ai vu deux films au cinéma hier soir. J'avais peur que les deux ne disparaissent des écrans aujourd'hui je n'ai donc rien voulu manquer. Je vais commencer par parler du premier et du plus déprimant, de loin, des deux. Ce qui veut dire que ma promesse de regarder un film un peu plus guilleret après le dernier Tarantino a été trahie...

    Después de Lucía se passe après la mort de Lucía mère de l'adolescente,  Alejandra, dont le film parle. Le père, Roberto, semble avoir beaucoup moins résisté à la mort de sa femme. Pour éviter la douleur des souvenirs il décide de déménager et de tout abandonner derrière lui. C'est donc un nouveau lycée et une nouvelle pour sa fille ainsi qu'un nouveau restaurant pour le père. Tout semble plutôt bien aller malgré la tristesse du père qui n'arrive même pas à soutenir une conversation sur le mariage prochain d'un couple. Mais pour la fille tout va vraiment bien. Le lycée ne pose aucun problèmes et des amitiés se forment très rapidement. Mais un séjour entre amis durant un week-end va tout changer. Bourrée et attirée par un garçon du groupe elle décide d'aller jusqu'au bout. Mais ces ébats sont filmés par le portable du garçon et les images se retrouvent, on ne sait trop comment, sur internet. Alejandra connaît ensuite une descente aux enfers qu'elle n'arrive pas à stopper, qu'elle n'ose pas stopper, et personne ne s'en rend compte...

    Depuis quelques années les médias font comme si le harcèlement scolaire était une nouveauté née avec internet. C'est faux, la seule différence avec le passé c'est que les images circulent plus facilement et plus rapidement. Mais le harcèlement scolaire existe depuis que l'école existe. Peut-être que d'autres pratiques et d'autres noms ont été donné. Ce n'est en tout cas pas neuf seulement différent car les technologies sont différentes. Ce film essaie de montrer une descente aux enfers. Il a fallu peu de choses pour que cela arrive. La peur d'Alejandra après avoir agi en suivant son cœur. Mais la honte n'est que sienne car elle est une femme. Alors que le garçon, tout aussi filmé, est probablement mis sur un piédestal Alejandra devient une pute. Le double standard du sexe a encore frappé... On peut se poser une question: pourquoi Alejandra ne parle pas? Pourquoi personne ne voit-il rien? La honte, et l'envie de protéger son père, peuvent répondre. Il est rare que des adultes se rendent compte du harcèlement scolaire. La plupart du temps tout reste caché jusqu'à un événement particulier comme dans ce film. Mais pour ces rares cas connus il y en a encore beaucoup d'autres qui n'auront jamais été identifié. Ce film a le mérite de parler de ce phénomène ancien mais est-ce assez?

    Image: Allociné

    Site officiel

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  • Human readable par Cory Doctorow

    Titre : Human readable
    Auteur : Cory Doctorow
    Éditeur : Site de l'auteur

    Deux amoureux dans une voiture. Le trafic se fait dense et aucun des deux ne sait ou se diriger alors que toute la famille attend de l'autre coté de la ville. Ça ressemble à une histoire vécue non? La différence c'est que nous nous trouvons près de 20 ans dans le futur. L'industrie qui se basait sur le copyright est morte. Le réseau internet est devenu bien plus étendu depuis qu'une nouvelle forme de code est mise en place. Mais le monde commence à connaître des pertes de réseau catastrophiques. Car dans un monde ou le réseau se trouve partout et sur lequel nous avons appris à nous appuyer son absence ne peut que mener à des morts. Il est donc nécessaire de le réformer pour que l'humanité puisse comprendre comment fonctionne le réseau.

    Cette nouvelle pose une question importante. Comment créer un réseau efficace tout en réussissant à le rendre compréhensible pour l'être humain dans un but démocratique. C'est un problème difficile à répondre. D'un coté nous avons la demande d'un réseau automatique capable de se gérer seul et de créer des informations sans activités humaines. De l'autre nous avons les normes que la démocratie est censée posséder. Le droit pour chacun de savoir qu'il possède un usage égale du réseau pour ses activités. Qu'il n'est pas volontairement censuré dans l'usage des outils de communications. Et que chaque individus a le droit à avoir un intervenant humain en face de lui en cas de poursuites judiciaires plutôt qu'une intervention informatique automatique. Cette nouvelle tente de relier les deux positions en dépeignant une bataille juridique entre deux lobbyistes devant le système politique américain.

  • La démocratie à l'ère numérique par Henri Oberdorff

    Titre: La démocratie à l'ère numérique9782706115745_cv_medium.jpg?1265979892
    Auteur: Henri Oberdorff
    Éditeur: Presses Universitaires de Grenobles 2010
    Pages: 205

    Comme je l'ai déjà dit je suis très intéressé par les utilisations des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Je suis particulièrement attentif à leurs utilisations en matière de surveillance. Que celle-ci soit le fait de l'état ou d'entreprises privées comme facebook ou apple. C'est pourquoi je me suis intéressé au livre de M. Obrdorff. Ce livre tente de comprendre comment les NTIC influent et transforment la société démocratique. Non seulement en la facilitant mais aussi par les défis que le numérique offre à la démocratie. La question est donc de savoir comment utiliser au mieux les outils que fournissent les NTIC mais aussi de savoir comment éviter ou stopper les dérives qu'impliquent ces même outils.

    Le livre de M. Oberdorff se divise en deux grandes parties. La première tente de comprendre comment le numérique peut étendre la démocratie. L'auteur considère que les outils de l'internet permettent, non seulement, de créer des outils de votes en lignes mais surtout de créer une communication plus importante entre le citoyen et l'administration ou/et les élus. Ainsi l'auteur observe que les politiciens et l'état mettent en place de nombreuses plateformes pour communiquer les résultats et les idées mais aussi pour écouter les citoyens. Parallèlement, une e-administration se développe. Celle-ci permet d’accéder beaucoup plus facilement aux outils administratifs dont les citoyens pourraient avoir besoin et, donc, à rendre la réponse plus rapide pour un coût moindre.

    La seconde partie du livre permet à l'auteur de se poser la question des dérives et des défis que l'internet offre à la démocratie. Ainsi, l'auteur commence par examiner la cyberdélinquance d'une manière très détaillée ainsi que les réponses que l'état offre à celle-ci. M. Oberdorff considère que la cybercriminalité atteint souvent les droits fondamentaux et, donc, doit être stoppée. Dans un second temps l'auteur examine les dérives sécuritaires de l'internet en observant qu'il est de plus en plus difficile, pour le citoyen, d'éviter d'être fiché à un endroit ou un autre. Ensuite M. Oberdorff examine quel type de citoyen implique une cyber-démocratie. Il propose d'offrir un accès de qualité à un nombre élevé de citoyens pour que ceux-ci puissent participer à la prise de décision ou contester une décision.

    Je suis très critique face à ce livre. Par parce que je suis fondamentalement contre les positions de l'auteur ou parce que je considère ce livre comme mauvais mais plutôt parce que je considère qu'il n'est pas complet. Premièrement, je considère que ce livre est beaucoup trop franco-centriste pour être convainquant et beaucoup trop axé sur le droit (français). Je trouve que l'on perd une grande partie des usages réels d'internet si on se base sur un seul pays, l'auteur semble ne pas considère qu'il puisse exister une forme de démocratie directe, et sur le droit. En effet, le droit n'indique pas les usages mais les contrôles que la société souhaite créer. Ensuite, au contraire de l'auteur je considère que les technologies sont formée dans un contexte socio-politique et communiquent une pensée socio-politique particulière. Donc, les technologies sont loin d'être neutres. Je trouve aussi que l'auteur est beaucoup trop positif face aux usages démocratiques de l'internet. En effet, non seulement je pense qu'il faudrait analyser la manière dont les citoyens utilisent ces outils plus que leur existence mais je pense aussi qu'il faudrait être plus prudent face aux utilisations malveillantes de l'internet. Dans ce cadre je trouve révélateur que l'auteur n'analyse que très rapidement la surveillance étatique ou/et des entreprises. J'ai donc eu l'impression de me trouver en face d'un livre techniciste qui analyse l'existence d'outils et qui souhaite créer un nouveau type de citoyens mais qui oublie les usages réels et les attentes de la part de ces même citoyens. Je déplore aussi l'absence d'analyse de l'internet que je qualifierais alternatif. Alternatif dans le sens ou il ne s'inscrit pas dans la société capitaliste telle que nous la connaissons. Ainsi, aucun chapitre ne mentionne le mouvement du libre alors que c'est une action très importante. Cependant, cela ne veut pas dire que je n'ai pas apprécié les propose de M. Oberdorff. Simplement, je suis très critique face à ses positions que je trouve trop détachées du monde social.

    Image: Éditeur

  • Citoyens sous surveillance. La face cachée d'internet par François Fortier (traduction de Virtuality Check)

    Titre: Citoyens sous surveillance. La face cachée d'internet (Virtuality Check)t069.jpg
    Auteur: François Fortier
    Traducteur: Danielle Collignon
    Éditeur: Ecosociété 2002 (Verso 2001 édition originale)
    Pages: 128

    Les influences et les significations politiques que les nouvelles technologies de l'information et de la communication ont sur la société est un thème qui me tient particulièrement à cœur et qui explique pourquoi je suis tenté de supporter le parti pirate. Il ne m'a donc pas fallu un temps de réflexion très long avant de me décider d'emprunter cet ouvrage. Celui-ci est, selon l'auteur, tiré de la thèse qu'il écrite entre 1991 et 1996 à York. Le livre datant du début du millénaire il est facile, et logique, d'observer qu'il date un peu vu le nombre de changement qu'a connu l'internet entre temps. Mais cela ne veut pas dire que les conclusions et appréhensions de l'auteur ne soient pas encore d'actualité voir exacerbée quand on examine les dernier changements.

    Ce livre est structuré en trois chapitres sans compter l'introduction et la conclusion. Le premier permet à l'auteur de définir deux concepts importants: la société civile et les technologies de l'information et de la communication. Ce chapitre sert aussi à l'auteur pour présenter les différents courants qui ont analysé ces TIC et leurs caractéristiques. Alors que certains oublient totalement l'aspect politique et social des TIC d'autres, donc le courant dans lequel s'inscrit l'auteur, considèrent que les TIC sont non seulement inscrit dans la société mais, plus encore, sont les supports d'une certaine idéologie politique et, donc, ne sont pas neutres. Le troisième chapitre tente, lui, de trouver des moyens d'utiliser les TICs dans une autre perspective que l'idéologie libérale qui en sont constitutifs. L'auteur milite donc pour une réappropriation par les citoyens eux-même, et non une élite, de ces outils selon leur propres besoins et non ceux que l'on pense qu'ils pourraient avoir.

    Le second chapitre, le plus long des trois, examine quatre aspects problématiques des TICs. Le premier de ces aspects est le contrôle qui est imposé aux travailleurs par l'utilisation des TICs. Non seulement ceux-ci perdent leurs capacités d'arguer de compétences propres, maintenant utilisable via les machines, mais en plus ils perdent l'autonomie de leur temps puisque les TICs permettent de contrôler l'utilisation qui est faite du temps de travail (le pointage) voir, même, du temps de loisir (voir un article très intéressant sur le portail des quotidiennes qui montre que les cadres sont aussi victimes de cet aspect: Smartphone ou l'esclavage moderne). Le second aspect concerne l'information. François Fortier fait le constat, déjà connu avant lui, que les médias sont de plus en plus condensés en quelques groupes monopolistiques qui sont capable de contrôler très largement l'information. Mais internet semble rendre ce processus encore plus rapide et plus complet en contrôlant non seulement l'information mais aussi les médiateurs de cette information que sont les télévisions, les téléphones et l'internet. Cet aspect montre que l'internet, loin d'être cette ouverture vers les opinions de tous les citoyens, a tendance à être de plus en plus cadré et les opinions non-orthodoxes ostracisées.

    Dans un troisième temps l'auteur nous montre que les citoyens sont aussi de plus en plus surveillé par les entreprises. Au nom de l'information pertinente et du marketing les entreprises s'arrogent le droit de surveiller et de constituer des dossiers personnels sur leurs clients qu'ils revendent ou utilisent pour cibler leur ventes. Le citoyen perd, donc, le contrôle de sa vie privée qui est archivée, analysée et commercialisée au nom du libéralisme. Enfin, et en lien avec l'exemple précédent, l'auteur analyse les contrôles que l'état, mais aussi certains groupes privés, tente d'instituer sur l'internet. Au nom d'une lutte légitime contre une forme de criminalité et contre la pédophilie et, moins légitime, la défense des droits d'auteurs les dispositifs de filtrage des contenus et de surveillance des citoyens se multiplient et deviennent de plus en plus complexes. Pire encore, ce ne sont pas les fournisseurs qui sont criminalisés mais les receveurs qui, je le concède pas toujours, ne sont pas forcément avertis du caractère illégale de leur activité. Au nom d'une défense de certains intérêts on criminalise un citoyen de moins en moins conçu comme innocent jusqu'à preuve du contraire.

    Au final, j'ai été convaincu par les thèses avancées par l'auteur. Bien que l'ouvrage puisse souffrir d'un manque de développement il est compensé par une rigueur de l'analyse et des références. Je suis donc parfaitement satisfait de ma lecture et je considère que ce livre devrait connaître une diffusion plus vaste à cause des problématiques qu'il soulève. Donc le monde actuel qui connaît une diffusion énorme des TICs mais aussi une hausse considérable des appareils de répressions, de surveillance ou de contrôle du citoyen je trouve étonnant que ce type d'analyse, même si c'est pour la contester scientifiquement, n'est pas plus nombreuses. Cet ostracisme d'un sujet important dans notre société actuel est dommageable non seulement à la compréhension scientifique des outils d'informations et de communications mais aussi, et surtout, au débat politique et de la société civile sur l'utilisation favorable ou non envers les citoyens de ces même outils.

    Image: Site de l'éditeur