islamisme

  • Généalogie de l'Islamisme par Olivier Roy

    Titre: Généalogie de l'Islamisme9782818500842-V.jpg
    Auteur: Olivier Roy
    Éditeur: Hachette Littératures 1995 (2001 pour la préface). Collection Pluriel
    Pages: 118

    L'islam est devenu une question importante pour la société Suisse et Européenne c'est un fait. Mais les remarques et réponses posées à cette religions sont souvent représentatives d'un manque total de compréhension. Ainsi, on met dans le même panier tous les musulmans ainsi que toutes leurs organisations et on les présentent comme étant culturellement opposé à la démocratie occidentale et aux droits de l'homme et de la femme. Une telle généralisation n'est pas seulement dangereuse elle est aussi fausse. C'est pourquoi, face à ces arguments culturalistes qui abondent dans les médias et les partis, il est nécessaire, pour mieux comprendre, de lire des petits livres comme celui d'Olivier Roy. L'auteur se propose de présenter rapidement ce qu'est l'islamisme, son idéologie et non la religion il y a une différence importante et souvent oubliée.

    Pour faire cela j'ai eu l'impression que l'auteur s'est attaqué à deux principales questions. Premièrement, la question historique dans laquelle Olivier Roy tente de nous montrer l'histoire du radicalisme islamique. Dans ce gros chapitre il revient sur les trois divisions internes à la religion musulmane. Ce qui lui permet d'expliquer les différences fondamentales entre un Chiite et un Sunnite. Des différences souvent oubliée quand on lit la presse. Dans un second temps l'auteur nous présente les mouvements radicaux plus contemporains au travers, non seulement, de leurs organisations dont il trace la généalogie mais aussi des penseurs principaux.

    C'est dans les deux dernier chapitres que Olivier Roy examine le prétendu danger de la religion islamique pour la démocratie. Les discours que nous pouvons tous lire considèrent que cette religion est par essence contre la modernité et la démocratie. Mais ce qu'Olivier Roy nous démontre c'est que les organisations radicales sont en train de se normaliser en entrant dans le jeu politique démocratique local. Même si nous refusions cette observation on ne doit pas oublier que les organisations islamiques ne sont pas lancées contre l'occident mais contre leurs propres dirigeants considérés comme impies ou comme volant la souveraineté qui ne peut appartenir qu'à Dieu. Il est tout aussi important d'observer que les islamistes sont des produits de la modernité et de la globalisation. Deux choses qui ont impliqués des changements à la fois importants et rapides dans le monde musulman et occidental. Les membres, jeunes, de ces réseaux dont, en particulier, Al Qu'aida, sont donc des personnes qui ont perdu leur identité historique. L'entrée dans le radicalisme permet de retrouver une identité.

    Comme je l'ai déjà dit, les discours actuels sur la religion musulmane et sur le monde arabe ou musulman (ce n'est pas pareil) semblent montrer une importante incompréhension. Je ne peux donc que saluer un livre comme celui d'Olivier Roy qui permet d'avoir un résumé court de l'histoire du radicalisme islamiste et des mouvements ayant existé et existant actuellement. Le fait qu'il soit court ne peut que jouer en sa faveur puisque cela permet de se faire une idée rapide sans avoir à entrer dans un livre de 600 pages. je pense donc qu'il serait important que les journalistes, les politiciens et les citoyens en général lisent des livres de ce type avant de croire sur parole ce que l'on dit de l'islam. Et peut être comprendrions nous enfin qu'une personne différente n'est pas forcément une ennemi mortel.

    Image: éditeur

  • L'affaire du foulard islamique: la production d'un racisme respectable par Saïd Bouamama

    Titre: L'affaire du foulard islamique: la production d'un racisme respectablebouamama150.jpg
    Auteur: Saïd Bouamama
    Éditeur: Geai Bleu 2004
    Pages: 180

    Nous avons tous eu, même si nous visons en Suisse, les échos de l'affaire du foulard en France. Le déferlement médiatique de 2003 a aussi touché notre pays qui, à son tour, a connu des débats sur le sujet. Mais Saïd Bouamama ne croit pas que les débats sur le foulard soient les bons débats sur le bon sujet. C'est probablement pourquoi, un an après les évènements, il a écrit ce livre dans lequel il tente de déconstruire les évènements et les débats de 2003 en France. L'auteur écrit son essai en quatre parties. La première contextualise le débat dans une France qui connaît une extension de l'électorat du front national. C'est aussi une France qui connaît une aggravation, niée, des discriminations et des différences sociales entre les plus riches et les plus pauvres liée à la déconstruction des acquis sociaux au nom du libéralisme. Mais c'est aussi un pays qui reprend à son compte l'idée du choc des civilisations de Huntington. Un auteur culturaliste qui a théorisé l'actuel guerre entre deux. soi-disant, civilisations monolithiques (dans le sens ou les différences sont niées au nom d'un seul facteur unificateur: la religion).

    La seconde partie a le mérite de faire ce que personne, dans les médias, n'a fait: l'auteur examine les significations du voile. Il commence par démontrer que les trois religions monothéiste connaissent le voile pour, ensuite, s'interroger sur sa signification. Il démontre que ce objet est bien un moyen de symboliser une domination masculine sur les femmes. Mais il démontre aussi que le débat actuel simplifie les significations en faisant du voile un objet archaïque d'une religion archaïque par essence face à une culture chrétienne moderne par excellence. Il est donc nécessaire de "sauver" les jeunes femmes musulmanes du moyen âge tout en déniant leur capacité à comprendre, à raisonner et à se sauver elles-même. Enfin, l'auteur montre que le voile, dans le contexte de 2003, est avant tout un moyen pour celles qui le porte de se rendre visible dans le monde social. En portant le voile elles passent outre l'ostracisme des dominé(e)s et entrent en pleine lumière.

    la troisième partie est très intéressant puisqu'elle permet à l'auteur de déconstruire les discours des acteurs en faveurs de l'interdiction du voile. Il constate que les discours sont empreints d'une nostalgie envers la troisième république qui impliquait un ordre symbolique des dominants et des dominés. Dans ce discours, les chrétiens avaient une mission civilisatrice et de sauveurs face à des sauvages archaïques incapable de se sauver eux-même. Comme des enfants on parlait d'eux, on agissait pour eux et jamais on ne les consultaient. Il est d'ailleurs révélateur que les différentes commissions et les médias n'aient jamais demandé l'avis des femmes qui portent le voile en France. Dans le même temps, la mise en place de ce "problème" permet aux politiques de diviser les citoyens français sur un sujet qui voile (ironiquement) des questions sociales plus importantes qui auraient pu donner lieu à des conflits sociaux importants. Pour terminer, l'auteur examine les effets de cette interdiction. Il observe que des femmes qui sont discriminées perdent l'accès à l'outil par excellence de l'ascension sociale: l'école. Ce qui le mène à penser que l'expulsion, plutôt que de sauver les femmes du communautarisme, ne peut que créer ce communautarisme et obliger ces femmes expulsées à se trouver dans le giron des intégristes. Si, toutefois, ceux-ci sont vraiment derrière la prise du voile.

    Ce livre est intéressant pour comprendre le contexte français mais pouvons nous l'adapter pour le contexte suisse? Nous n'avons pas une interdiction du foulard dit islamique l'école pour les élèves. Mais j'ai l'impression que l'analyse du discours culturaliste dominant en France que Bouamama fait peut permettre de comprendre le discours dominant Suisse sur les immigrants, étrangers et musulmans. En effet, en Suisse nous avons eu, dernièrement, un nombre important de votations concernant la politique de sécurité. Ces votations avaient toutes le point commun de brosser un portrait du délinquant comme jeune, masculin et, surtout, étranger. Il me semble qu'il existe un discours largement culturaliste sur le sujet de la sécurité en Suisse qui existe dans tous le spectre politique actuel et qui justifie des décisions politiques. Il me semble donc important de déconstruire ce discours en montrent comment, sous l'aspect du sens commun, il cache une vision raciste des populations étrangères construites comme dangereuses pour la société suisse par essence.

    Image: Éditeur

  • La CIA et la fabrique du terrorisme islamiste par Mahmood Mamdani

    Titre: La CIA et la fabrique du terrorisme islamiste513XpfN%2BEBL._SL500_AA300_.jpg
    Titre original: Good Muslim, Bad Muslim
    Auteur: Mahmood Mamdani
    Traducteur: Ousmane Kane
    Éditeur: Demopolis 2007 (2004 édition originale)
    Pages: 330

    Le terrorisme est devenu le danger que nous connaissons tous, le danger qui ne cesse d'être condamné. Bien plus, le terrorisme est devenu constitutif d'un "peuple" entier: les musulmans. Alors que l'on peut légitimement se demander si on peut mettre tous les musulmans dans le même sac. Les Algériens sont-ils vraiment pareils que les Iraniens ou les Irakiens? Et je ne parle même pas des musulmans vivant dans différents pays occidentaux, voir en étant originaire. Le livre de Mamdani essaie de comprendre d'où vient le terrorisme politique musulman. Comment est-il né et pourquoi. L'auteur observe que les principaux créateurs de ce terrorisme sont loin d'être des théologiens fondamentalistes. Au contraire le principal coupable est la CIA. En effet, l'auteur nous montre que la CIA a créé les mouvements terroristes pour lutte contre les Soviétiques. Le but était d'éviter une guerre directe en utilisant des forces armées locales que l'on instrumentalise. Cette tactique fut longtemps utilisée depuis la fin de la guerre du Vietnam jusqu'au 11 septembre.

    L'auteur nous montre aussi les conséquences de cette tactique. Non seulement les USA sont coupables d'avoir aidé si ce n'est créé des groupes qui pratiques des attaques contre des civils mais ils sont aussi coupables du mode de financement de ces groupes. En effet, l'auteur nous montre que la CIA collabora activement avec des barons de la drogue. Il faut savoir que le congrès américain a tenté de restreindre les possibilités de la CIA en contrôlant le budget. Il fallait donc trouver une autre source de financement et la drogue en était une. L'auteur nous montre aussi l'irrespect total que montre les USA envers les lois internationales. Cet irrespect étant la source de nombreuses injustices voir de massacres et de famines.

    Néanmoins, le véritable aspect important de ce livre ne sont pas ces points. A mon avis, le point le plus important du livre concerne la critique faites à la vision culturelle du monde. En effet, le monde est divisé par de nombreuses personnes entre l'occident moderne te laïque et le monde musulman incapable de modernité et engoncé dans ses traditions archaïques. Mamdani critique cette idée en montrant que la "résistance" à la modernité dans les pays musulmans n'est pas du à un caractère culturelle. Au contraire, on observe une réaction en parallèle aux changements. Loin d'être spécifiquement musulmane on retrouve cette réaction aux USA et dans d'autres pays (l'auteur cite les fondamentalistes chrétiens au début du XXe siècle mais qui existent encore sous le nom des évangéliques). L'actuel terrorisme politique est donc une création récente dans un contexte de guerre froide.

    En tant que lecteur j'ai trouvé le livre de Mamdani très intéressant. Les différentes critiques de l'auteur sont plus que pertinentes et m'ont permis de mieux comprendre les discours actuels que nous lisons et retrouvons dans les médias. La manière dont l'auteur dépeint les activités de la CIA et ses conséquences sont tout aussi bonnes. Grâce à ça nous connaissons mieux l'origine du terrorisme islamique mais, surtout, nous savons pourquoi les USA acceptèrent, voir créèrent, ces structures. Mais il ne faudrait pas croire que l'auteur ait décidé de s'en prendre exclusivement aux États-Unis. Le but de ce livre est de comprendre l'origine véritable de ces mouvements terroristes. Il se trouve que la CIA est très impliquée tout simplement. Mais il y a d'autres acteurs importants comme, par exemple, Angleterre. Ce n'est donc pas un livre ayant un but de propagande mais un livre qui a un but de compréhension. Ce but est, à mon avis, atteint.

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