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  • Les scandales politiques. L'opération "Mains Propres" en Italie par Hervé Rayner

    Titre : Les scandales politiques. L'opération "Mains Propres" en Italie9782912673442.gif
    Auteur : Hervé Rayner
    Éditeur : Michel Houdiard 2005
    Pages : 476

    J'ai souvent entendu parler de ce livre et ma curiosité a fini par me rattraper. Mais qu'est ce que l'opération « Mains Propres »? C'est une série de scandales qui débuta en Italie en 1992. Son point d'origine a été placé lors de l'arrestation de Mario Chiesa un membre du parti socialiste italien. Cette première arrestation fut suivie d'une série de scandales qui touchèrent des politiciens, des magistrats, la mafia et des journalistes. Des personnes que l'on pense intouchables se mirent à trembler devant un pool de magistrats milanais pendant 2 ans. Cette période fut si surprenante que certains commentateurs se mirent rapidement a parler de la fin d'une première république. Hervé Rayner étudie donc cette période pour comprendre comment les scandales se forment et s'interrompent.

    La première question que pose l'auteur concerne la définition du terme scandale. En effet, selon Rayner, les scandales sont les parents pauvres des études. Leurs occurrences dans l’événement est souvent considérée comme peu intéressante et laisse la place à l'étude des phénomènes scandaleux ce qui a conduit à des définitions inadéquates. Si j'ai bien compris les propos de l'auteur - je peux toujours me tromper - un scandale serait une occurrence de situations durant lesquelles des acteurs provenant de plusieurs univers sociaux verraient leurs visions du possible changer. Autrement dit, un scandale ne se forme pas en interne et dépend des possibilités d'actions que les différentes personnes impliquées observent de manière subjective. Cette définition a l'intérêt de pouvoir expliquer comment se forme un scandale mais aussi de comprendre sa fin et pourquoi certains événements ne débouchent pas sur un scandale.

    Les différents chapitres de ce livres seront donc un moyen, pour Hervé Rayner, de vérifier l'usage de cette définition en l'utilisant pour comprendre les scandales de l'opération « Mains Propres » en Italie. L'auteur nous montre comment des personnes intouchables perdent soudainement leurs capacités de défenses face à des magistrats qui, avant l’occurrence du scandale, étaient faibles. Ces mêmes personnages subissent une atteinte impressionnante à leur identité d'élu et passent par des moments que l'auteur qualifie de cérémonies de dégradations. Tout se passe comme si les possibilités d'actions avaient subitement changés permettant à des enquêteurs de s'attaquer à la corruption et empêchant les corrompus de se protéger à l'aide des réseaux de pouvoirs qu'ils avaient patiemment créé. La lecture de ces chapitres m'a passionné. L'auteur écrit de manière claire et permet de comprendre comment ce scandale a pu se mettre en place sans, du moins c'est mon impression, se perdre dans des propos trop ésotérique. Ce qui ne veut pas dire que la lecture soit aisée. L'auteur est influencé par Bourdieu et Michel Dobry et utilise des concepts compliqués. Heureusement ces derniers sont définis dans le texte ou en notes. Je suis donc ressorti enrichi de ce livre que je n'hésite pas à conseiller aux intéressés qui acceptent de faire l'effort d'entrer dans une littérature sociologique.

    Image : Fnac.com

  • Le fascisme italien 1919-1945 par Pierre Milza et Serge Berstein

    Titre: Le fascisme italien 1919-19459782020055130.jpg
    Auteurs: Pierre Milza et Serge Berstein
    Éditeur: Seuil 1980
    Pages: 438

    Je dois l'avouer, je ne connais pratiquement rien sur le fascisme italien. Bien entendu je connais mes bases je sais qui était Mussolini, je connais la marche sur Rome ainsi que l'axe Rome-Berlin. Je sais aussi quels sont les formes qu'ont prises le fascisme sur la société italienne. Mais j'ignore totalement comment le fascisme est arrivé au pouvoir. Quels sont les liens qui ont été tissé entre ce petit bourgeois qu'est Mussolini et les classes dirigeantes italiennes. J'ignore aussi le fonctionnement réel de la politique fasciste et de la société fasciste dont, par exemple, comment la politique étrangère était pensée et comment la culture fasciste était créée. Je n'ai pas non plus beaucoup de connaissances sur la résistance au fascisme italien. C'est pour pallier à ces ignorances que je me suis plongé dans ce livre.

    Si je dois donner un bon point c'est que ce livre semble être très complet. En effet, nous y trouvons un panorama très large du fascisme italien. Les auteurs examinent aussi bien la période pré-fasciste avec les faillites de l'état libérale italien et le contexte de lutte insurrectionnelle du prolétariat italien, ce qui a conduit à une alliance des classes dirigeantes avec le fascisme, que la période de vingt ans du fascisme proprement dit. On y trouve aussi une analyse de la culture fasciste et des liens avec le Vatican. Ces liens étant plutôt conflictuels même si Pie XI préférait le Duce au Communisme. Ce livre permet aussi de comprendre comment le fascisme de Mussolini a tenté de contrôler toute la société. Pas seulement en créant des institutions fascistes mais en encadrant toute leur vie les citoyens italiens dans les structures fascistes pour en faire des hommes nouveaux, des hommes fascistes. Enfin, il nous permet aussi d'avoir une vue sur la politique extérieure de Mussolini. Une politique qui semble avoir été plus instinctive que réfléchie puisque le Duce agissait selon ses désirs plus que selon les besoins de l'Italie. Ces actions ont, d'ailleurs, été désastreuses pour l'économie italienne. Ce livre est, à mon avis, un bon moyen de mieux comprendre le fascisme italien, son origine et son fonctionnement. De plus, sa bibliographie, très large, nous permet de trouver des ouvrages analysant certains points d'une manière plus pointue. Il reste à savoir si la littérature a profondément changé depuis 1980.

    Image: Seuil