10/06/2017

Die Götliche Ordnung / L'ordre divin

Nora est une femme heureuse. Elle vit dans un petit village avec son mari, Hans, et ses deux enfants. Leur famille vit mieux que la moyenne tandis que Hans est assez apprécié pour recevoir une promotion. Le frère de Hans a repris la ferme familiale, sous l’œil critique du père de famille, avec sa femme Theresa et leur fille. Tout semble parfait dans ce petit village d'Appenzell. Mais les deux familles sont troublées. En effet, nous sommes en pleines années 70 et la jeune adolescente ne fait qu'écouter de la musique dans sa chambre et sortir avec des garçons au grand désespoir des parents qui craignent pour leur réputation. De plus, d'ici février le pays mâle va voter afin de décider si oui ou non les femmes peuvent voter et être élues. Dans le petit village la question semble déjà résolue. Aucune des femmes y habitant n'a jamais souhaité voter. Du moins, c'est ce que tout le monde croit.

Nombreuses sont les personnes qui connaissent les mouvements militants des années 70 dans les grandes villes. Petra Volpe aurait pu décider de s'intéresser, elle aussi, à la ville. C'est une période passionnante avec beaucoup de nouveautés. Cependant, Petra Volpe choisit de parler de la Suisse et d'un petit village alémanique. Ainsi, la réalisatrice doit à la fois parler de la lutte pour les droits civils et de la révolution sexuelle. De plus, elle doit décrire un milieu très particulier. Un milieu qui n'est pas fermé mais traditionnel, basé sur le respect de l'autorité et de l'ordre dans un cadre très restreint. Personnellement, je pense que c'est une très bonne idée. Utiliser le cadre d'un petit village permet de montrer les difficultés des luttes pour les droits des femmes. Malheureusement, cela implique aussi d'oublier une grande partie de la diversité des luttes des années 70 étant donné le contexte dans lequel s'inscrit le film, un village dans lequel le contrôle social est très fort. Seul le racisme contre les italiens nous est montré et de manière très furtive.

Le film met très bien en scène la pression sociale. Les hommes, dans le cadre de leur travail, sont encouragés par leur patronne à donner de l'argent afin de soutenir la propagande contre le droit de vote. Ne pas offrir de l'argent c'est risquer sa place aussi bien dans l'entreprise que face à ses collègues qui, rapidement, nient la masculinité des hommes dont les femmes militent. Cette pression sociale est tout aussi forte dans les clubs de "mères." Lors d'une scène on observe toutes les femmes donner de l'argent contre le droit de vote, publiquement, alors même qu'une majorité est en faveurs. Il est nécessaire de ne pas se singulariser. Cette pression sociale illustre la nécessité de groupement de personnes concernées qui peuvent discuter des problèmes rencontrés sans interférences. Le moment durant lequel les femmes du village décident de faire grève est un moment très fort de sororité et d'aide mutuelle sur des sujets divers. Ce moment du film a des répercussions bien après la fin de l'intrigue par une entraide mutuelle. La pression sociale est aussi illustrée par le sort de l'adolescente de la famille qui, après avoir fui avec son copain, est envoyé en prison par décision du "chef de famille."

Cet envoi en prison illustre l'importance du privé comme lieu politique. En effet, la décision est prise par un seul homme sans écouter sa partenaire pour punir le comportement d'une femme. Dans le cadre civique, seul les hommes ont de l'importance et les femmes n'ont rien. Cet aspect est illustré par plusieurs femmes qui ont des rêves différents. Nora souhaite travailler mais elle ne peut pas accepter de poste sans l'accord de son mari. Graziella ouvre un restaurant mais doit travailler seule. Vroni a travaillé toute sa vie dans ce même restaurant qui appartenait à son mari. Mais ce dernier était alcoolique et il a placé sa famille dans les dettes avant de mourir. Vroni n'ayant aucun contrôle sur les finances se retrouve à l'aide sociale malgré son dur travail durant des années. La fille de Vroni a été obligée d'abandonner ses études de droit pour ne pas froisser son docteur de mari. Mis à part ces rêves individuels toutes les femmes du village fonctionne de la même manière. Toute la journée elle nettoient, lavent, cousent et cuisinent devant des hommes qui ne lèvent pas le petit doigt (le Grand-Père soulève à peine les pieds pour laisser passer l'aspirateur). Il n'y a strictement aucun partage des tâches et il faut une grève des femmes pour que les hommes se rendent enfin compte du travail à accomplir dans une maison. Hans, le mari de Nora, est particulièrement mis en avant ainsi que ses fils et le grand-père que Nora force à changer (comme elle le dit, si tu es capable de construire une maquette de train électrique tu es capable de faire la vaisselle). Le privé est montré comme lieu politique car son fonctionnement impacte les possibilités, pour les femmes, d'agir, de travailler, de se rencontrer.

Que l'on soit clair, les hommes de ce film sont tous problématiques, mais certains le sont plus que d'autres. Le Grand-Père est l'image du vieux patriarche qui critique tout le monde et refuse le changement. Les hommes du village font tout ce qui est possible pour empêcher les femmes de parler en s'exprimant à leur place. Que ce soit lors de la soirée d'information ou lors de la grève des femmes des hommes décident d'empêcher des femmes de parler, souvent de manière violente. Les fils de Nora sont l'exemple de la continuation du patriarcat. D'une part ils refusent de changer face aux exigences de leur mère, d'autre part ils sont soumis à la pression de leurs camarades qui se moquent d'eux et de leur mère. Le beau-frère de Nora est violent et refuse les critiques. Hans, le mari de Nora, est différent. Il est montré comme compréhensif. À plusieurs reprises il essaie de comprendre ce que souhaite Nora et de s'adapter. Il n'hésite pas à enfiler un tablier et à apprendre à cuisiner pour le bien de sa famille. Mais, d'un autre côté, lorsque Nora refuse ses arguments il revient immédiatement à sa position juridique de chef de famille et menace Nora. Sa position est ambivalente et montre la facilité, pour les hommes dont moi, à revenir à une position dominante sans même y penser.

En conclusion, j'ai beaucoup apprécié ce film que je trouve très riche. Il est à la fois drôle et triste. Il dose bien les émotions et réussit à dépeindre une période et une situation sociale. Les nombreux personnages ne sont pas tous et toutes mis en avant. Mais les personnages mis en avant me semblent intéressants et assez bien écrit. Outre un changement juridique la réalisatrice met en scène des changements de costumes, de lumière, qui accompagnent les réflexions et les réussites ou échecs. Bien que la fin me semble trop triomphante, et même classique, la scène du vote est très bien mise en scène. Les hommes se trouvent face aux femmes, jugés et mis en garde, alors qu'ils décident pour elles. J'espère sincèrement que le film aura du succès et, si possible, s'exportera.

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**** Drôle, triste, triomphant... Un film qui n'est pas parfait mais qui réussit à accomplir ce que souhaitait la réalisatrice.
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Image : Cineman.ch

Site officiel

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10:11 Écrit par Hassan dans Film, Histoire, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : die götliche ordnung, l'ordre divin | | | |  Facebook