lesbienne

  • Gay Paris. Une histoire du Paris interlope entre 1900 et 1940 par François Buot

    Titre : Gay Paris. Une histoire du Paris interlope entre 1900 et 19409782213654188-X_0.jpg?itok=uIxGEYS6
    Auteur : François Buot
    Éditeur : Fayard 2013
    Pages : 290

    Cette fois je me suis intéressé à une histoire qui prend place avant la Deuxième Guerre Mondiale. On le sait peu mais le début du XXe siècle est celui d'une relative tolérance de l'homosexualité. Celle-ci s'accompagne d'un discours médical qui permet de décriminaliser les pratiques pour mieux les considérer comme anormale. Mais certains hommes luttèrent comme, par exemple, Magnus Hirschfeld qui créa le premier centre de sexologie à Berlin. Ce dernier a été brûlé par les nazis. Mais l'histoire qui m'intéresse ici est celle de Paris. L'auteur nous emmène dans un monde à la fois sombre et illuminé. Il est sombre car on s'y adonne à la prostitution, au fétichisme et à tous les vices vu peu favorablement par les forces de l'ordre. Mais illuminé car, selon l'auteur, ces actes se font dans une chaude ambiance de fête dans des établissements connus et fréquentés par toutes les classes sociales. Son livre nous permet de redécouvrir ces lieux à l'aide de romanciers et de rapports de la police de mœurs.

    Si ma présentation est aussi courte c'est parce que je suis loin d'être convaincu sur de nombreux points. Ma principale critique concerne la structure même du livre. En effet, je n'ai pas l'impression de m'être trouvé face à un livre d'histoire. J'ai plutôt eu l'impression de me trouver face à un livre d'anecdotes mises les unes à côté des autres sans problématiques ni récits historiques. Ceci contribue à un effet de flou qui m'a empêché de véritablement entrer dans les propos de l'auteur. Je suis aussi peu convaincu par le titre qui promet un examen large du monde déviant de Paris du début du siècle mais qui se contente de parler des homosexuels voir, de temps en temps, des lesbiennes et de leurs liens avec les élites artistiques. Là aussi j'ai un problème. L'introduction nous promet de retrouver les "gens d'en bas". Pourtant, la majeure partie du livre repose sur des élites du monde de l'art qui parlent de leur propre expérience. On ne peut pas condamner leur usage par l'auteur en tant que sources. Mais peut-on vraiment les considérer comme des "gens d'en bas"? Je ressors donc de ce livre avec un fort sentiment d'inachevé et de frustration. L'impression d'un auteur qui aime son travail et cette époque mais qui n'a pas réussit à communiquer au lecteur cet amour et ses découvertes.

    Image: Éditeur

  • Une suisse rebelle Annemarie Schwarzenbach 1908-1942

    J'ai récemment appris qui était cette femme grâce à une amie. Celle-ci m'a parlé d'Annemarie Schwarzenbach et m'a donné quelques informations importantes sur sa vie avant que nous regardions ce documentaire sorti récemment. Cette femme est impressionnante et exceptionnelle à plus d'un titre. Elle descend de deux familles riches et importantes dans l'aristocratie Suisse. Par sa mère elle est la petite fille du général de l'armée Suisse lors de la Première Guerre Mondiale. Cet homme, Ulrich Wille, était un grand admirateur de l'Allemagne et avait tenté de faire entrer la Suisse en guerre à ses cotés. La famille d'Annemarie était ouvertement frontiste et pro-fasciste. Mais elle-même semble être proche des idées communistes. De plus, elle était lesbienne. Ce fut une grande voyageuse qui fit de nombreux reportages photos et qui réagit dans la presse Suisse de l'époque autant pour dénoncer les conditions des opprimés que pour défendre des causes politiques et attaquer l'Allemagne et la politique de la Suisse à son égard.

    Le documentaire essaie de nous expliquer la vie de cette superbe femme. Superbe car elle a réussi à contester les idées de sa famille tout en en restant proche. Peut-être trop proche puisque le documentaire nous explique qu'Annemarie voulait toujours recevoir de l'attention et l'approbation de sa mère. Celui-ci est construit d'une telle manière que l'on puisse suivre les idées de Schwarzenbach durant sa vie. Grâce à des extraits on se rend compte de ses sentiments sur la politique contemporaine. C'était aussi l'une des proches des enfants de Thomas Mann qui lui ont permis de trouver l'amour de sa vie et d'avoir des amis avec les mêmes idées. Mais le documentaire nous montre aussi l'autre face d'Annemarie, une femme qui s'est perdue dans les drogues et qui avait besoin de recevoir une forte attention. Une femme formidable mais avec ses faiblesses. Ce qui n’enlève rien à sa vie sa particulière qui en fait probablement l'un des personnages suisses les plus intéressants de notre époque. Une citoyenne qui mérite que l'on se souvienne d'elle et de ses œuvres car elle avait une grande avance sur son époque qu'elle percevait avec clarté.

    Image: Site Officiel

    A_S%20statue%2014.7x25cm%2072dpi.jpg
  • Les relations amoureuses entre les femmes par Marie-Jo Bonnet

    Titre: Les relations amoureuses entre les femmes41N48RGM7RL._SL500_AA300_.jpg
    Auteur: Marie-Jo Bonnet
    Éditeur: odile jacob 2001 (1995)
    Pages: 413

    Il y a longtemps que je n'ai pas lu de livres sur le féminisme ou féministes en voici donc un nouveau que je viens de terminer. Mais ce livre féministe et sur le féminisme voit les choses différemment des autres que j'ai lu. Celui-ci souhaite montrer l'importance des lesbiennes (anciennement dites tribades) dans le mouvement de libération de la femme. Un sujet sensible mais ce sont toujours les sujets sensibles qui impliquent les contestations les plus fortes. L'auteure souhaite donc y faire non seulement l'histoire des lesbiennes et de la vision qu'on en eut les hommes et femmes mais aussi l'histoire des apports des lesbiennes à la libération des femmes. Il faut bien l'avouer, c'est ambitieux.

    Pour cela l'auteure nous convie à traverser plusieurs siècles de l'histoire des lesbiennes. En commençant au XVIe siècle lorsque les intellectuels de la Renaissance redécouvrent les écrits grecs dont les poèmes de Sappho. C'est à ce moment que l'on commence nommer les femmes qui aiment les femmes. Ces femmes qui cassent la vision patriarcale du monde en prenant habits d'hommes et en refusant le corps de l'homme. C'est aussi le siècle ou la répression fut la plus forte puisque la mort était un épilogue souvent invoqué.

    Cependant le XVIIe siècle changea tout cela. En effet, les libertins étaient des hommes mais aussi des femmes dont certaines aimaient d'autres femmes. Bien que cette relation soit toujours pensée comme une dépravation morale la plupart de ses adeptes ne furent pas inquiétées. Le "saphisme" semblait si répandu que certains auteurs parlaient même de l'existence d'une secte de femmes qui s'y adonnaient. Mais rien ne prouve qu'elle ait existé bien au contraire. Cependant, sous cet apparente acceptation on découvre un voile d'incompréhension mais surtout les fantasmes des hommes libertins qui jouent à faire revenir les femmes saphiques dans le "droit chemin". La Révolution mettra un terme à cette expérience en enfermant les femmes dans un rôle d'éternels mineures.

    Les XIXe et XXe siècles découvrent une répression sociale forte sur les lesbiennes. Mais surtout, ces siècles mettent en place un discours médical sur l'amour des femmes qui devient une maladie. Lorsque les médecins perdent leur crédibilité la psychiatrie intervient avec un discours qui a encore cours aujourd’hui. Les lesbiennes sont non seulement malade mais aussi infantiles dans leur désir d'avoir un pénis. Encore une fois, on rabaisse la femme et on lui impose le désir de l'homme et des hommes même lorsqu'elle désire une autre femme. Cependant le XXe siècle est aussi celui de la lutte féministe et de ses victoires. L'auteure essaie donc de nous montrer les liens que les groupes féministes font avec les lesbiennes et ce que ces dernières doivent et ont offert au féminisme.

    En tant que lecteur je dois bien avouer avoir été conquis par ce livre. Le propos est parfaitement clair, très structuré et logique. De plus, l'auteure utilise un grand nombre de sources différentes ce qui est très appréciables dans un livre d'histoire. Certains historiens se contentent de la littérature secondaire. Néanmoins, il y a quelques imperfections. Outre l'aspect revendicatif du propos qui peut être vu négativement ou positivement selon le point de vue idéologique (les lesbiennes y sont dépeintes comme les avants-gardistes de la lutte féministe) on peut déplorer un certains franco-centrisme. En effet, la livre parle surtout des lesbiennes en France ainsi que des luttes féministes et des contre-attaques patriarcales françaises. Le reste du monde est quasiment oublié. Un second point de critique est que l'auteure nous offre les discours des élites qu'elles soient intellectuelles ou artistiques. En tant qu'étudiant en histoire je ne peux que me poser la question de la vision et de la vie du reste de la population. Enfin, je trouve que la dernière partie sur le XXe siècle n'est pas assez développée ce qui donne une impression frustrante d'inachevé. Mis à part ces quelques points je ne puis que recommander chaudement la lecture de ce livre aux intéressés et intéressées.

    Image: Amazon.fr

    Le livre sur le site de l'éditeur