04/11/2013

Le capital par Karl Marx

Titre : Le capital579_big.jpg
Auteur : Karl Marx
Éditeur : Soleil manga 2011
Pages : 192

Le capital de Karl Marx fait partie de ces livres que l'on est censé connaître mais que l'on n'ose pas ouvrir. Donc quand j'ai appris qu'il existait une version manga je me suis lancé dedans ce qui me permettra de connaître un peu mieux l’œuvre majeure de Karl Marx. Cependant je n'y connais absolument rien en manga et ce sera probablement mon dernier. L'histoire est basée sur les thèses de Karl Marx mais elles apparaissent en suivant un jeune homme prit en pleine révolution industrielle. Le jeune Robin travaille avec son père dans la petite fabrique de fromage artisanale familiale. Il souhaite épouser la fille du banquier local mais n'est pas assez riche pour cela. Alors quand un investisseur lui propose d'ouvrir une usine il ne réfléchit pas deux fois. C'est ainsi qu'il apprendra à devenir un capitaliste et à considérer ses semblables comme des marchandises qu'il utilise pour leur propre bien.

Ce petit manga, le premier pour moi, est intéressant. Ce qui me semble le plus réussit est d'avoir montré comment fonctionne le capitalisme sans utiliser textuellement les théories marxistes. Bien entendu on nous explique comment l'économie fonctionne mais ce sont les personnes qui se révoltent qui expliquent en quoi le système est à la fois injuste et non-fonctionnel. Ainsi, à force de considérer ses employés comme des marchandises Robin se prend à les brutaliser de plus en plus sans état d'âme pour réussir à atteindre un chiffre d'affaires élevé. Il commence aussi à se rendre compte du problème que pose sa manière de réfléchir quand il apprend ce que signifient les investissements dans son usine. En bref c'est une introduction intéressante sans être complète.

  • L’écrivain est voué au septième cercle des enfers.

  • Papier toilette.

  • Roman de gare. On apprend beaucoup de choses mais rien de bien compliqués. Le propos est un peu simpliste mais permet tout de même de comprendre le marxisme dans ses bases. Quelqu'un d'intéressé voudra aller plus loin.

  • À lire.

  • Tolkien.

Image: Éditeur

17/09/2012

Le droit à la paresse par Paul Lafargue

Titre : Le droit à la paresse
Auteur : Paul Lafargue
Éditeur : les éditions de Londres
Pages : 49

Souvent, dans les journaux, on lit de nouvelles mesures du gouvernement contre le chômage. On lit des syndicalistes qui conspuent le patronat qui viole le droit au travail de leurs ouvriers. Nous suivons des essayistes qui expliquent pourquoi le travail permet d'augmenter la moralité de la société. Nous lisons des articles sur les « parasites » qui vivent de l'aide sociale et refusent de travailler. Ceci n'est qu'un résumé très simplifié mais il montre que l'un des points essentiels de notre civilisation capitaliste concerne le droit au travail et sa force en tant que vertu. Même les marxistes sont en faveurs du travail.

Et si toutes ces personnes se trompaient? Et si ce n'était pas le droit au travail qu'il faudrait défendre mais le droit à la paresse? C'est la question que pose Paul Lafargue dans ce petit livre. C'est une question que l'on pourrait presque qualifier de provocation. N'est-ce pas le travail qui a permis la croissance et le développement de nos contrées? Sans ce travail ne serions-nous pas encore au temps des cavernes et des chasseurs-cueilleurs? Mais refuser ce livre avec des arguments aussi simples serait une erreur. Que dit Paul Lafargue. En substance il ne dit pas grand-chose de plus que les marxistes classiques. Le travail est une forme d'esclavage. L'ouvrier et l'ouvrière vendent leur corps en échange d'un salaire. Cette force de production est utilisée pour produire de plus en plus ce qui mène la société dans une crise de surproduction. L'un des moyens d'éviter cette crise est d'écouler la production à l'extérieur de l'Europe donc, pour l'époque, les colonies. L'autre moyen serait de surconsommer et seuls les classes aisées en sont capables. Mais Lafargue annonce aussi que le travail, en tant que vertu, est une invention récente. Selon l'auteur les philosophes antiques et les civilisations dites archaïques ou barbares auraient le travail en horreur. Celui-ci serait réservé aux couches les plus basses de la société et les citoyens pouvaient passer leur temps à paresser, boire, manger et créer les œuvres de l'esprit. Le travail ne serait donc qu'un cancer qui détruit l'esprit et le corps. Et notre époque de machines et de productions de plus en plus importante pourrait éviter ces heures longues de travail en le remplaçant par la machinerie et en baissant la production.

J'invite les deux camps qui se constitueront après cette lecture à arrêter de rire ou à ne pas être naïf. Bien entendu cette œuvre est datée et pose des problèmes conceptuels mais cela n’enlève rien à l'intérêt d'une réflexion plus poussée sur le travail. Avons-nous vraiment besoin de travailler autant que nous le faisons? Avons-nous vraiment besoin de produire autant qu'actuellement? Ce sont des questions fondamentales qui méritent plus que d'être évacuées au nom du sacro-saint capitalisme. Cependant, on ne peut pas non plus appliquer les recettes de Lafargue telle quelle. L'auteur est né au XIXe siècle et ne pouvait pas imaginer la société actuelle. Oui nous avons de plus en plus de machines capables d'accomplir des travaux dangereux et pénibles. Mais la mise en place de ces machines implique aussi de nouvelles formes de travail. Lafargue considère aussi que la paresse permet de consommer plus tout en produisant plus par le plein emploi imposé. Mais la consommation à outrance est-elle bénéfique? De nombreuses personnes en doutes et d'autres, tout aussi nombreuses, n'en doutent pas. Par quoi remplacer le travail non-accompli? Lafargue pense à la consommation, à la jouissance de la vie mais aussi à la création intellectuelle. Mais celle-ci n'est pas aussi une forme de travail difficile. Proust n'a pas écrit A la recherche du temps perdu en 30 minutes dans son jardin. Ce livre a probablement demandé un grand effort d'écriture. En conclusion je ne peux que dire que Lafargue ne convainc pas. Cependant il pose des questions importantes qui demanderaient une analyse contemporaine sérieuse. Au lieu de le jeter aux orties avec un petit rire il vaudrait mieux mettre à l'épreuve ces idées et tenter d'observer les conséquences probables que celles-ci soient bénéfiques ou non.

Image: Éditeur

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16:18 Écrit par Hassan dans contemporain, Livre, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : travail, marxisme, paresse | | | |  Facebook

07/08/2012

Race, nation, classe. Les identités ambiguës par Etienne Balibar et Immanuel Wallerstein

Titre : Race, nation, classe. Les identités ambiguës9782707152084.gif
Auteurs : Etienne Balibar et Immanuel Wallerstein
Éditeur : La découverte 1997 (1988)
Pages : 307

Alors que je tente de me lancer dans ce billet une question me taraude : comment parler de ce livre ? En effet, celui-ci n'est pas vraiment un livre mais un dialogue. Un dialogue entre deux intellectuels, un philosophe et un historien, sur trois thèmes : le racisme, la nation et la classe. Ce livre est donc constitué d'une sélection de différents textes qui entrent plus ou moins bien dans une thématique commune. Ces textes se répondent mais montrent aussi quelques différences entre les deux auteurs. Et c'est la que vient mon problème ! Je n'ai vraiment pas l'impression d'avoir compris les différences de doctrines entre ces deux intellectuels marxistes.

Cependant, je pense tout de même être capable d'expliquer, de manière très sommaire, de quoi il est question dans ce livre. Si j'ai bien compris la principale thèse du livre celle-ci concerne le rapport entre le capitalisme et le racisme ainsi que le sexisme. Il semblerait, en espérant que je ne trahisse pas les propos des deux auteurs, que le livre défend une position que l'on pourrait qualifier de radicale. En effet, plutôt que de considérer le racisme et le sexisme comme des manifestations irrationnelles des êtres humains bloqués dans une prétendue vision passéiste de l'humanité (prétendue car ce mot peut être utilisé pour disqualifier sans vouloir comprendre un phénomène peut être plus contemporain qu'on ne le croit) les auteurs essaient de montrer que le racisme et le sexisme sont structurels. Cette explication implique que l'on ne peut pas supprimer le racisme et le sexisme dans le cadre du système capitaliste. En effet, le capitalisme, dans sa structure même, implique la mise en place d'une différenciation entre les différents humains. Celle-ci permettrait d'utiliser des êtres humains et de protéger d'autres êtres humains pour garder vivace le capitalisme. C'est, du moins, ce que je pense avoir compris des propos des auteurs et il est tout a fait possible que je me trompe dans mon interprétation.

Si j'ai bien compris la thèse générale de ce livre, en laissant de coté les différences subtiles entre Balibar et Wallerstein, je pense qu'elle permet de comprendre comment fonctionne le système politique et économique dans lequel nous sommes insérés. Mais il faut dire que cette thèse n'était pas très éloignée de ce que, moi-même, je pense dans le cadre de mes réflexions sut le féminisme. Cependant, je ne peux pas terminer ce billet sans faire quelques remarques critiques. Les deux auteurs sont des marxistes. Et ce fait implique que la thèse des auteurs souffre des problèmes du marxisme. En effet, cette théorie, comme toutes les grandes théories fonctionnalistes, tente d'expliquer l'ensemble des phénomènes socio-éco-politiques. Pour ce faire elle met en place des explications qui ont tendances à être généralistes et mécanistes. Mais, bien que ces grandes théories sont utiles pour avoir une explication générale, elles souffrent de leur ambition d'explication totale. Ainsi, les propos des auteurs me semblent souvent trop mécaniste car ils semblent oublier les petits accrocs qui existent dans le fonctionnement de la société. De plus, j'ai eu l'impression désagréable, inhérente au fonctionnalisme, que tout sert à quelqu'un. Or, je considère que ce type d'explication est trop simpliste. En effet, je ne crois pas que tout serve quelqu'un en particulier. C'est une vision que je trouve presque complotiste. Mis à part ces remarques, je trouve ce livre très stimulant. Bien qu'il soit compliqué il permet de penser le racisme et le sexisme dans le cadre d'un système socio-éco-politique plutôt que de le penser simplement comme irrationnel.

Image : Site de l'éditeur