16/05/2014

La fabrication des mâles par Georges Falconnet et Nadine Lefaucheur

Titre : La fabrication des mâles
Auteur-e-s : Georges Falconnet et Nadine Lefaucheur
Éditeur : Seuil 1975
Pages : 186

Depuis plusieurs années j'ai lu un certain nombre de travaux féministes et universitaires utilisant le concept de genre. Parallèlement, j'ai tenté de réfléchir au fonctionnement de la société selon ce que l'on peut en comprendre via ces travaux. Mais je n'avais pas vraiment tenté de comprendre la masculinité sauf à une occasion. Peut-être parce que je trouve le concept vide et inutile? Mais que je pense - peut-être - cela n'implique pas que le concept soit vide d'effets ou de revendications. Je me suis donc lancé dans ce petit livre écrit par, à moins que je ne me trompe, deux psychologues. Les auteur-e-s essaient de décrire ce qu'est la masculinité à l'aide de nombreux exemples et d'entretiens avec des hommes.

Cette tentative se forme en trois parties. La première - puissance, pouvoir, possession - permet aux auteurs d'expliquer que, dans notre société, être un homme implique d'avoir le pouvoir. Ne pas rechercher le pouvoir c'est renoncer à être un homme car la société, je parle de manière très large, apprend aux hommes à se battre et à considérer que le pouvoir leur est dû. Celui-ci s'exerce, en particulier, sur les femmes qui sont à la fois une conquête et un exemple de réussite face aux autres hommes. La seconde partie s'intéresse à la vie privée. Les auteur-e-s se demandent, en particulier, comment fonctionne l'apprentissage sexuel des hommes. Comment est-ce qu'un mâle apprend ce que sont les femmes. Comment la sexualité s'exerce-t-elle? Mais les auteur-e-s tentent aussi de comprendre de quelle manière la famille, dans son modèle bourgeois, s'impose sur les hommes et les femmes. Enfin, une dernière partie se pose la question de l'apprentissage de la masculinité. Celle-ci se forme aussi bien à l'école que dans le cadre familial et extérieur via les jeux et les droits que reçoivent les petits garçons. Bien que ce programme soit alléchant il est nécessaire d'expliquer que ce livre est avant tout descriptif. Ainsi, les explications se basent surtout sur des exemples sans conceptualisation de ces derniers. C'est, au moins, un moyen de montrer à quel point la masculinité est imposée à tous et toutes. C'est aussi un livre très militant, d'une époque militante, et les propos sont loin d'être neutres. Est-ce un mal? Je ne pense pas que ce soit nécessairement le cas. Ce n'est donc pas un mauvais livre il est simplement un peu daté et frustrant.

Image: Amazon

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16/04/2013

Boys don't cry! Les coûts de la domination masculine sous la direction de Delphine Dulong, Christine Guionnet et Erik Neveu

Titre : Boys don't cry! Les coûts de la domination masculine1332768665.jpg
Directeur : Delphine Dulong, Christine Guionnet et Erik Neveu
Éditeur : Presses Universitaires de Rennes 2012
Pages : 330

Les livres qui examinent la question de la domination masculine sont nombreux sur des cas très divers. Nous avons une bonne vision de la manière dont la domination patriarcale fonctionne et continue de fonctionner malgré les réussites des luttes féministes. Nous en savons beaucoup moins sur la force de la domination des hommes sur les hommes eux-même et ce pour diverses raisons politiques et institutionnelles. Ce livre tente de faire un bilan des connaissances actuelles et de proposer une piste possible de recherche pour examiner de manière scientifique les problèmes que pose le patriarcat pour les hommes même grâce aux contributions de nombreux chercheurs. Le livre est divisé en trois parties dont chacune se concentrent sur un aspect particulier du problème.

La première partie regroupe quatre contributions. Trois de ses contributions examinent l'usage militant du concept de coûts de la masculinité pour les mouvements masculinistes. Ces mouvements, comme il est écrit dans les diverses contributions, forment une réaction importante contre les féministes qu'ils accusent d'avoir renversé le patriarcat et d'avoir mis en place un matriarcat. Alors qu'Anne Verjus démontre les différences entre les discours féministes et masculinistes sur les coûts de la masculinité Franci Dupuis-Déri parle des problèmes de crises de la masculinité. Les hommes seraient, en effet, en manque de repères masculins et perdraient, de ce fait, leurs caractéristiques et leurs chances. Cependant, Francis Depuis-Déri démontre que ces crises ont toujours existé dès qu’un mouvement mettait en cause les privilèges des mâles. La contribution de Béatrice Damian-Gaillard est différente puisqu'elle examine la manière dont une collection de roman décrit le mâle idéal pour séduire une femme. Cette analyse se base sur de nombreux romans de la même collection et permet de mettre en lumière une vision très particulière des hommes qui peuvent séduire des femmes (blanc souvent plus vieux et de classe sociale plus élevée).

La seconde partie m'a semblé moins intéressante. Les directrices et le directeur y publient des article squi ont fait date dans les recherches anglo-saxonne. Ces articles permettent de poser les concepts et appareils théoriques utilisés dans le cadre de ce livre et de montrer leur pertinence pour la recherche sur les masculinités. Le travail de Caroline New est particulièrement utilisé.

La dernière partie utilise les concepts présentés auparavant dans le cadre de recherches spécifiques qui permettent d'illustrer leur usage scientifique tout en montrant certains caractères particulier de la domination masculine sur les hommes eux-même. La première contribution illustre l'importance de faire homme aux Antilles française en multipliant le nombre de maîtresses tout en acceptant les conséquences que cela implique. La seconde contribution examine l'importance de faire homme pour des homosexuels venant de milieux ruraux. L'auteur y examine deux contextes différents en mettant en parallèle les États-Unis et la France. Cependant, l'importance de la virilité, même si elle n'est pas facilement définissable, est présente dans les deux pays. La troisième contribution examine l'importance de l'alcool dans les identités de genre masculine et féminine. L'auteur y montre qu'il existe une relation différente à l'alcool selon qu'on soit homme ou femme. Au début du siècle la femme doit être abstinent, pure, l'homme doit pouvoir résister à l'ivresse. Mais ces injonctions se sont inversées. a consommation est devenue preuve d'émancipation pour les femmes alors que l'homme doit démontrer une consommation mesurée et maîtrisée. La dernière contribution examine la différence d'usage de la médecine dans le cadre du travail par les hommes et les femmes. On y observe que les hommes se médicalisent beaucoup moins que les femmes même en cas d'accident du travail.

En conclusion j'ai trouvé ce livre très intéressant. Il examine un problème qui est souvent invoqué par des groupes anti-féministes parfois violents. La tentative de scientifiser les coûts de la masculinité et donc la bienvenue et permet d'observer de manière concrète la domination des hommes par les hommes. Cependant, il est nécessaire, et les auteur-e-s en sont conscient-e-s, de ne pas oublier un aspect fondamental de la domination masculine. Cette dernière peut, en effet, être considérée comme un coût sur les hommes par les injonctions à suivre un rôle parfois difficile à assumer. Mais la domination masculine se porte d'abord sur les femmes. Il faut donc être conscient que les coûts ne sont ni symétrique ni équivalents entre les hommes et les femmes. C'est justement parce que certains hommes considèrent être dominés de manière symétrique et équivalente qu'ils sont passés d'une vision pro-féministe à une vision masculiniste. Au contraire de ce qu'annoncent les masculinistes les féministes n'ont pas vaincus le patriarcat. La domination masculine est encore forte et très prégnante. Dans ce cadre il peut être utile pour des anti-sexistes d'examiner les coûts de la masculinités pour les hommes. Mais celui-ci doit s'accompagner de précautions méthodologiques équivalentes aux autres recherches.

Image: Site de l'éditeur

28/01/2011

XY. De l'identité masculine par Elisabeth Badinter

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Auteur: Elisabeth Badinter
Éditeur: Odile Jacob 1992
Pages: 318

Qu'est ce qu'un homme? C'est une question que l'on se pose de plus en plus souvent alors que les rôles sexuels traditionnels sont de plus en plus contestés voir détruit. L'homme s'est souvent définis en négatif face à des valeurs naturalisées féminines. Mais si les femmes refusent de se laisser faire que se passe-t-il? C'est simple, nous observons une crise de la masculinité. Ce livre tente de montrer, en trois parties, comment les hommes ont et ont pu muter selon les époques et les exigences. Il tente aussi de montrer comment un homme se constitue. Pour cela l'auteure reprend la phrase bien connue de Simone de Beauvoir en l'appliquant aux hommes: on ne naît pas homme on le devient. La première partie de ce livre est l'occasion de se poser la question de l'identité masculine. Est-elle universelle et éternelle ou alors multiple et sujette aux mutations historiques?

La seconde partie est l'occasion, pour Badinter, de montrer comment un homme se constitue. Après la différenciation sexuelle basique liée au sexe même l'enfant mâle doit, selon l'auteure, différencier son identité de l'identité de la mère. Il faut qu'il se coupe ou qu'on le force à couper le lien avec sa mère et les femmes. Donc, il faut oublier sa féminité première de bébé ou de jeune enfant. Cette coupure est censée permettre de faire le mâle au contact des autres hommes de la communauté. Mais cette coupure n'est pas simple. Au contraire, elle est profondément traumatisante. Ce sont les rituels d'initiations qui peuvent être symboliques, sanglant ou même particulièrement violent et choquant aux yeux d'un européen du XXIe siècle. Mais ces rituels devaient permettre de couper l'homme des femmes et de lui permettre d'incarner l'idéal de virilité. L'auteure mentionne aussi le caractère profondément contradictoire que la société met en place entre l'homosexualité et la masculinité. Aux yeux de beaucoup un homme ne peut pas être homosexuel et inversement. Même si les liens sociaux masculins qui peuvent exister dans le sport, par exemple, ont des caractères profondément homo-érotiques.

La dernière partie tente de passer outre la maladie identitaire des hommes pour trouver un modèle qui réconcilie les hommes avec eux-même. Dans cette partie l'auteure décrit deux idéaux-types masculins: l'homme dur et l'homme mou. Le premier est un homme hypervirilisé et macho dont l'attitude, qui n'est plus acceptée, cache un profond mal être avec sa propre féminité. Le second modèle est incarné par des hommes qui refusent les caractères pensés masculins et se rapprochent de la féminité. Mais, là aussi, leur choix ne fonctionne pas puisqu'il y a un ressenti de mal être ainsi qu'un rejet par les femmes. C'est pourquoi Badinter tente de dessiner l'homme qui ne sera ni macho ni féminin mais qui arrivera à concilier les deux parts de sa personnalité pour créer une nouvelle masculinité incarnant les idéaux des deux sexes.

J'ai trouvé que la lecture de ce livre était facile et souvent intéressante j'ai, néanmoins, quelque points de désaccord avec l'auteure. Premièrement, mais c'est un point de préférence personnelle, je n'ai pas forcément été convaincu par la nécessité d'utiliser de la littérature biologique et psychiatrique pour se poser la question d'un problème social. C'est, bien sur, un point qui peut être débattu pour aboutir à considérer cette remarque comme fausse. ce n'est, de toute manière, pas ma critique la plus importante. En effet, ma critique est surtout basée sur l'impression que l'auteure considère qu'il existe des caractères spécifiquement masculins et féminins. J'ai tendance à penser que les traits de caractères ne sont pas naturellement sexués mais que la socialisation des enfants crée cette sexualisation. Je ne suis donc pas convaincu d'un discours qui parle de féminisation des hommes (ou de virilisation des femmes) si on n'implique pas une certaine vision sociale de ce qu'est un homme et une femme. Un troisième point marque une forme de pessimisme ambiant dans le livre. Ma lecture m'a donné l'impression que les hommes, pour Badinter, ne peuvent pas être heureux. Tout le livre regorge d'hommes frustrés, traumatisés, perdus ou déprimés. J'ai eu l'impression qu'il était très difficile voir impossible d'être heureux quand on est un homme. Peut être que l'utilisation de la littérature psychiatrique et des romans implique cette vision d'hommes en crises? Il faudrait  vérifier si il existe un biais ,dans la vision de la masculinité, inscrite dans cette littérature.

Image: livredepoche.com

15:40 Écrit par Hassan dans sociologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : masculinité, elisabeth badinter | | | |  Facebook