26/08/2016

Leçons sur la volonté de savoir. Cours au collège de France. 1970-1971. Suivi de Le savoir d'Oedipe par Michel Foucault

Titre : Leçons sur la volonté de savoir. Cours au collège de France. 1970-1971. Suivi de Le savoir d'Œdipe
Auteur : Michel Foucault
Éditeur : Seuil février 2011
Pages : 316

Michel Foucault est élu au collège de France en 1970. Son premier cours porte sur la volonté de savoir (titre que porte l'un de ses livres sur l'histoire de la sexualité). Ce livre est constitué des 12 cours conservés ainsi que de deux conférences. Foucault y développe une réponse à la question de la vérité. Qu'est-ce que la vérité ? Pour donner sa réponse il se base sur l'antiquité grecque aussi bien du point de vue des mythes que de l'histoire de la philosophie. Son développement permet de démontrer qu'il existe plusieurs types de vérités construit selon des processus que l'on peut analyser historiquement.

Foucault analyse plusieurs moyens de trouver la vérité. Il montre que, en Grèce antique, il existe plusieurs possibilités qui se suivent et fonctionnement parfois dans le même temps. Le premier type est l'appel aux dieux. Celui-ci se fait à l'aide du serment qui lie la personne aux jugements des dieux et déesses. Celleux qui osent ce serment proclament la vérité ou se condamnent à la colère des dieux et déesses. Celleux qui n'osent pas proclament leur culpabilité. La vérité peut aussi être dévoilée par les divinités à l'aide des oracles. Ceux-ci doivent être interprétés mais permettent d'entendre ce que savent les dieux et déesses. Enfin, nous avons l'enquête qui pose la question de qui a vu quoi et dans quelle circonstance. Cette analyse est particulièrement développée dans la conférence Le savoir d'Œdipe qui, selon le texte, mêle ces différentes capacités de trouver la vérité.

J'ai eu du mal à lire ce premier cours. Bien entendu, le texte est difficile. Contrairement aux prochains cours le travail d'édition s'est fait sur un matériel incomplet utilisé comme support par Foucault. Ce n'est ni texte écrit ni parlé. J'ai aussi eu du mal avec les termes écrits en grec ancien, une langue que je ne connais pas. Ces termes me sont obscurs et mon incompréhension de ceux-ci a joué sur ma lecture et, bien entendu, ma compréhension de l'analyse que fait Foucault. Enfin, je n'ai pas assez de connaissances en philosophie, et en son histoire, pour réussit à intégrer ce cours dans le contexte plus large des débats de l'époque.

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30/08/2015

Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma soeur et mon frère... par Michel Foucault, J.P. Peter, Jeanne Favret, Patricia Moulin, Blandine Barret-Kriegel, Ph. Riot, Robert castel et Alexandre Fontana

Titre : Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma soeur et mon frère...product_9782070328284_195x320.jpg
Auteurs : Michel Foucault, J.P. Peter, Jeanne Favret, Patricia Moulin, Blandine Barret-Kriegel, Ph. Riot, Robert castel et Alexandre Fontana
Éditeur : Gallimard 1973
Pages : 42

Le 3 juin 1835 un crime qualifié d'abominable a lieu dans une petite commune française. Pierre Rivière, la vingtaine, a tué sa mère, sa sœur et son frère avant de quitter sans hâte la scène du crime et de vagabonder durant un mois dans les forêts et villages des alentours. Lorsqu'il est enfin pris on lui demande d'écrire un mémoire. Ce mémoire lui permet non seulement d'expliquer son crime mais aussi de montrer sa préparation, ses doutes, ses remords. Son texte sera inséré dans un appareil complet de discours médicaux et juridiques afin de comprendre si Pierre Rivière est, oui ou non, un fou et donc si la peine de mort est acceptable.

La majeure partie du livre contient les pièces du dossier Rivière. Celui-ci est constitué des pièces du procès et de l'enquête mais aussi des expertises médicales (au nombre de trois). De plus, on trouve le mémoire dont on utilise une phrase pour le titre de cet ouvrage. La suite du livre est constituée de notes qui permettent à différent-e-s auteur-e-s d'essayer d'expliquer comment fonctionne ce dossier avec le mémoire mais aussi avec la période. On tente de nous montrer que les experts ne sont pas encore acceptés dans l’arène judiciaire. On nous montre en quoi le mémoire de Rivière sème le trouble ce qui explique qu'il puisse être utilisé aussi bien à charge qu'à décharge. En effet, on y trouve des faits qui corroborent des témoins qui parlent de l'étrangeté de Pierre Rivière. Mais l'existence même du texte met à mal l'idée que son rédacteur est un fou et un idiot étant donné sa construction logique. Ainsi, face à un acte monstrueux le texte qui l'explique est incompréhensible car il échoue à expliquer ce que les contemporains pensent inexplicable.

On pourrait faire un parallèle, ici, aux manifestes qui suivent les meurtres de masses. Là aussi nous avons un texte qui n'est pas compréhensible mais qui tente d'expliquer, de justifier, un acte horrible par l'impression d'une injustice. Cette injustice, pour Rivière, c'était la force des femmes qui retournaient les lois naturelles et romaines en devenant dominantes. En particulier, c'était sa mère qui dominait son mari et refusait la relation. Un homme devait recréer l'équilibre et devenir un martyr de la cause. Ne semble-t-il pas que l'on retrouve certaines choses que l'on voit de nos jours ? Ainsi, ce dossier permet de comprendre deux époques. Celle du XIXe qui tentait de créer un arsenal pour s'occuper de la folie et la nôtre qui évacue les manifestes qui suivent des meurtres de masses comme de simples exemples de la folie du criminel sans essayer de comprendre en quoi le texte fonctionne dans une communauté et une vision commune du monde.

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17/07/2015

Les anormaux. Cours au Collège de France, 1974-1975 par Michel Foucault

Titre : Les anormaux. Cours au Collège de France, 1974-1975
Auteur : Michel Foucault
Éditeur : EHESS, Gallimard et Seuil mars 1999
Pages : 351

Michel Foucault, malgré les problèmes évidents que son travail pose, est l'un de mes auteurs préférés. Bien que je considère avant tout comme un boute à outil bien utile pour comprendre certains faits sociaux cela ne m'empêche pas de le lire avec plaisir (à défaut de tout comprendre). Ses livres peuvent être ardus mais ses cours au collège de France le sont un peu moins. C'est aussi un bon moyen de voir la pensée de Foucault en construction avant la rédaction d'un ouvrage (ou pas, parfois il annonce des livres qui ne sortiront jamais). Cette édition, comme d'habitude, reprend le cours proprement dit et ajoute son résumé ainsi qu'une situation écrite par Valerio Marchetti et Antonella Salomoni. Cette situation permet de placer le cours dans la pensée de Foucault, l'époque ainsi que la recherche de l'époque et la méthode de travail de Foucault.

Dans ce cours Foucault se pose la question de la construction des anormaux. En particulier, il essaie de comprendre comment la psychiatrie est devenue un moyen de tester l'anormalité dans le cadre judiciaire. Foucault définit trois types d'anormaux. Il y a le monstre qui montre une violation des lois naturelles et sociales. Ce dernier est un mélange d'attributs qu'ils soient humains et animaux ou de des sexes. Ce qui permet à Foucault d'analyser quelques procès d’hermaphrodites. Cette catégorie deviendra celle des personnes dangereuses dont la psychiatrie doit analyser le degré de dangerosité en vue d'une décision judiciaire qui prenne en compte le danger, la possible rééducation et la possibilité de libérer l'individu. La seconde catégorie est celle des onanistes. Foucault considère que cette catégorie a deux origines. Tout d'abord, il y a la mise en place de questionnements de plus en plus précis afin de permettre la repentance ecclésiastique sous la forme de la technique de l'aveu. Ensuite, il y a une croisade contre la masturbation qui se forme sous le fonds d'un changement de relations entre les familles et l'état. L'état prend en charge l'éducation mais laisse la sexualité aux mains des familles. Un grand nombre de livres et de techniques existent afin d'éviter la pratique de la masturbation chez les enfants. Que ce soit la surveillance, les liens ou des actes chirurgicaux. Enfin, il y a l'individu à corriger que Foucault ne développe que dans le dernier cours. Ce dernier est principalement un élève que l'on doit dresser aussi bien moralement que physiquement afin qu'il accepte les règles sociales (et scolaires)

Que penser de ces 11 cours donnés par Foucault ? Bien qu'ils soient moins denses et moins compliqués à lire que ses livres ils restent tout de même d'un certain niveau. On retrouve aussi plusieurs thèmes qu'il développera dans son Histoire de la sexualité. C'est, par exemple, le cas du discours sur la sexualité ainsi que la mécanique de l'aveu. Ce cours est aussi un moyen de comprendre comment se sont formés les discours psychiatriques dans le milieu judiciaire. Ceux-ci ont la tâche de devoir évaluer la dangerosité d'une personne présumée innocente (mais qu'on considère dangereuse...). Les discours que Foucault analyse sont basés sur des termes anciens et/ou peu précis qui permettent surtout de donner l'avis du psychiatre sur une personne plutôt que de créer un discours scientifique. Ces cours sont donc un bon moyen de remettre en question la manière dont on parle des personnes dites dangereuses et dont on analyse leur dangerosité. Ce travail reste, aujourd'hui encore, d'actualité.

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25/04/2015

La société punitive. Cours au collège de France. 1972-1973 par Michel Foucault

Titre : La société punitive. Cours au collège de France. 1972-1973d036339b16.gif
Auteur : Michel Foucault
Éditeur : Seuil / Gallimard décembre 2013
Pages : 349

J'apprécie beaucoup ce qu'a écrit Michel Foucault. Non seulement ses recherches sont intéressantes et mettent en cause de nombreuses choses que l'on tient pour normales mais, en plus, il a travaillé en lien avec l'époque et des luttes dont il a été un acteur. Ce livre fait partie des cours qu'il a donné au Collège de France et qui sont édités. Ces cours permettent aux personnes intéressées de mieux comprendre la pensée de Foucault ainsi que sa construction. En effet, les cours au Collège de France sont des recherches inédites qui peuvent inaugurer l'idée d'un livre. Dans le cas présent le livre est Surveiller et Punir. Ce livre contient la troisième année de cours de la part de Michel Foucault, un résumé écrit par Foucault et une situation qui permet de contextualiser les propos aussi bien selon l'époque, la recherche que la pensée de Foucault.

Ce cours s'intéresse à la société punitive. Derrière ce terme se cache une forme spécifique de société que Foucault présentera en 13 semaines. Je ne prétends pas avoir tous compris. Mais l'analyse de Foucault permet d'expliquer comment on est passé d'une forme spectacle de la punition à une forme d'exclusion avec la prison. Plus loin encore, Foucault nous montre en quoi cette forme prison a pris racine dans la société. En effet, derrière la prison, le pénitencier, on trouve la nécessité de protéger le capital de la bourgeoisie contre une population pauvre. Cette protection se forme contre deux problèmes : le vol, la déprédation donc ce qui est construit comme illégal et l'immoralité soit l'alcoolisme et la fainéantise. Dans le premier cas on s'attaque à ce qui est possédé tandis que dans le second cas on s'attaque à ce qui pourrait être possédé. Il y a donc un effort de moralisation et de contrôle de la population afin de permettre la mise en place du travail régulé et salarié. Ceci a pu aller jusqu'à la création d'usines-couvents qui permettaient de contrôler tous les aspects de la vie des travailleurs. Ce cours est donc particulièrement intéressant quand on essaie de comprendre le fonctionnement de la société libéral de travail et son pendant pénal.

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13/09/2014

Histoire de la sexualité 3: Le souci de soi par Michel Foucault

Titre : Histoire de la sexualité 3: Le souci de soiproduct_9782070746743_195x320.jpg
Auteur : Michel Foucault
Éditeur : Gallimard 1984
Pages : 334

Ceci est le troisième, et dernier, de l’œuvre inachevée de Foucault: L'histoire de le sexualité. Dans le tome précédent Foucault revenait à l'antiquité pour comprendre la sexualité de nos jours. Dans ce troisième livre c'est l'antiquité tardive qui intéresse Foucault. Via l'examen d'auteurs tardifs il montre comment la sexualité était pensée dans une relation entre le corps et la société. Cette analyse se forme en 6 chapitres. Il commence, abruptement, sur une analyse des manières de comprendre ses rêves et, en particulier, la compréhension des plaisirs que l'on a en rêve. Il montre que ces plaisirs, selon leur forme, sont positifs ou négatifs. Ainsi, selon la position sociale de la personne et de ses objets de désir le rêve peut signifier la réussite ou la perte d'argent dans le futur. Dans le second chapitre Foucault montre le besoin de prendre soin de soi dans la culture de l'époque.

Lors du troisième chapitre ce sont les relations sociales qui forment aussi bien le mariage que la société dans son ensemble qui sont examinés. Foucault nous montre comment ces relations étaient pensées et comprises par certains auteurs. Ainsi, par exemple, le mariage passe d'un acte de possession d'une femme mineure à une relation de plus en plus égalitaire où chacun a des droits et des devoirs envers l'autre. Le but étant non pas une relation entre amants mais un partenariat d'amitié durable. Les deux derniers chapitres développent ce point en parlant de la relation d'amour avec les femmes et avec les garçons. Ce dernier point, en particulier, est un moyen pour Foucault de montrer comment l'amour peut être compris selon l'objet de cet amour. Les garçons doivent être pris de force car, s'ils acceptent, ils sont soupçonnés de mollesse. De plus, il s'agit de savoir si l'amour des garçons est supérieur, égal où inférieur à l'amour des femmes. Ceci permet à Foucault de nous montrer plusieurs textes qui développent des arguments classiques tout en les dépassant.

Maintenant que j'ai terminé ce dernier travail de Foucault je peux enfin passer à autre chose. J'ai beaucoup aimer lire ces trois livres mais il faut bien avouer qu'ils sont ardus. Les auteurs mobilisés par l'auteur me sont peu connus et son analyse et parfois difficile à suivre. C'est le cas en particulier de ce troisième livre que je suis loin d'avoir compris dans sa totalité. J'ai, par exemple, eu plus de plaisir à lire Surveiller et Punir qui possède une place importante dans ma bibliothèque.

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30/08/2014

Histoire de la sexualité 2: L'usage des plaisirs par Michel Foucault

Titre : Histoire de la sexualité 2: L'usage des plaisirsproduct_9782070746736_195x320.jpg
Auteur : Michel Foucault
Éditeur : Gallimard 1984
Pages : 339

Je continue dans mon exploration de la pensée de Foucault. Après avoir lu Surveiller et Punir et la premier tome de l'Histoire de la sexualité je me lance dans l'Usage des plaisirs le second tome de la l'Histoire de la sexualité. Je ne suis, bien entendu, pas un expert dans la pensée de Foucault je vais donc tenter de montrer au mieux de quoi ce tome est fait.

Tout d'abord, il faut noter que Foucault a changé son programme. Dans ce second tome il inaugure une étude de la sexualité dans l'antiquité. Il commence par les sources grecques. Celles-ci possèdent plusieurs thèmes que Foucault place en 5 parties. Le premier, "la problématisation morale du plaisir" est un moyen pour le philosophe de comprendre comment la Grèce antique pensait le plaisir. Y avait-il des pratiques considérées comme immorales et, donc, interdites, ou alors un autre modèle? Cette première partie lui permet de poser le décor pour le reste du livre qui analyse plus précisément les choses. Dans la seconde, intitulée "Diététique" Foucault montre que ce qui importe n'est pas la moralité de tel ou tel acte. Non, ce qui est pensé c'est la mesure avec laquelle on accomplit les actes. L'homme grec, car on parle surtout d'hommes dans les sources que Foucault utilise, doit se contrôler pour ne pas tomber un usage désordonné des plaisirs. Cet ordre se forme non seulement pour l'acte sexuel mais aussi pour les plaisirs que peuvent être la boisson et la nourriture.

La troisième partie, "Économique", examine le fonctionnement de la société grecque face aux relations sexuelles et la quatrième partie, "Érotique", étudie ce même sujet au point de vue des garçons. Alors que la femme, dans le mariage, est subordonnée mais libre le garçon est égal, ou du moins le deviendra, et libre. Ceci implique un fonctionnement différent de la relation. Les femmes sont censées obéir et former une maisonnée. Les garçons doivent résister aux attentes mais aussi, et surtout, devenir des amis après avoir été des amants. Bien que les relations sexuelles ne soient pas pensées de la même manière qu'aujourd'hui, l'homosexualité n'existait pas en tant que catégorie, cela ne veut pas dire que les relations doivent être identiques. Foucault termine son livre sur un essai qui analyse ce que serait le vrai amour.

Il faut bien le dire: la lecture n'est pas facile. Foucault n'a jamais été un philosophe dont l'accès était aisé. Ceci est encore plus vrai que cette histoire de la sexualité lorsque, comme moi, on n'a pas une culture très approfondie de l'histoire antique grecque. De nombreux termes grecs me sont inconnus bien que les sources utilisées ne soient pas toutes méconnues de ma part. Bien que la lecture ne soit pas facile, et que je ne puisse pas affirmer avoir compris l'entier du propos, je pense que ce tome permet de remettre en question certains propos qui sont tenus aujourd'hui. Au lieu d'une existence naturelle des relations entre hommes et femmes Foucault montre, ici, que celles-ci sont pensées différemment dans l'histoire et que même dans une époque donnée il existe un grand nombre de discours différents. Ce livre est donc un bon moyen de démontrer que la morale est avant tout une construction culturelle et qu'elle peut se modifier selon les époques.

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17/08/2014

Herculine Barbin dite Alexina B. présenté par Michel Foucault

Titre : Herculine Barbin dite Alexina B.product_9782070144075_195x320.jpg
Auteur : Herculine Barbin
Éditeur : Gallimard 2014
Pages : 258

Nous sommes à la fin des années 70. Alors que Foucault travaille sur son Histoire de la sexualité il tombe sur un texte édité par Tardieu. Après quelques recherches il décide de créer un livre autours de celui-ci. Longtemps il fut difficile de retrouver ce livre mais, cette année, Gallimard a décidé de rééditer. Dans cette nouvelle édition nous avons 5 "parties". La première est une préface écrite pour Foucault pour l'édition américaine. Foucault y explique en particulier que le XIXe siècle voit la réussite d'une nouvelle vision des sexes par la science médicale. Alors que pendant le Moyen Âge, selon Foucault, les hermaphrodites pouvaient choisir leur sexe, l'époque du XIXe impose un examen médical pour trouver le "vrai sexe" de la personne. Ainsi, l'histoire d'Herculine est celle d'une femme qui était, pour les médecins, véritablement un homme.

La seconde partie est constituée des mémoires d'Herculine / Abel Barbin. Celles-ci sont malheureusement incomplètes et ne couvrent que les années de vie en tant que femme. Les mémoires sont écrites aussi bien au masculin qu'au féminin avec un changement selon l'époque. On y découvre comment une femme se rend compte d'une "bizarrerie" dans sa vie puis agit pour tenter de la comprendre. On y observe aussi le comportement des autorités aussi bien ecclésiastiques que médicales face à un cas qualifié d'exceptionnel. Ces mémoires sont complétées par la troisième partie qui ajoute des coupures de journaux ainsi que deux rapports de médecins. Ces rapports sont en grande partie constitués d'un examen de l'anatomie. Le premier a lieu pour justifier du changement de sexe tandis que le second se fait post-mortem après le suicide de celui qui fut Abel Barbin après avoir été Herculine. Ces documents sont suivis d'une histoire romancée et inspirée des mémoires. Elle est écrite par un certain Oscar Panizza. Cette histoire lui permet surtout de dépeindre un scandale dans un couvent.

Enfin, la dernière partie est constituée d'une postface écrite par Eric Fassin. Le chercheur y explique l'intérêt des mémoires d'Herculine / Abel pour les études genre et, surtout, pour les études sur le lien entre le sexe et le genre. En effet, Herculine / Abel ne s'intéresse pas vraiment à ses organes génitaux pour décider de son genre. Elle prend en compte le rapport hétérosexuel. Les médecins qui l'on examiné-e, par contre, fondent leur avis sur l'examen précis des organes génitaux. Bien que l'on pourrait considérer que Herculine / Abel a subi une décision Eric Fassin nous met en garde. En effet, les mémoires permettent de comprendre que ce changement était voulu par Herculine / Abel. Elle a agit en sa direction alors que d'autres personnes conseillaient de se taire.

Ce livre retrouvé permet donc d'illustrer la difficulté d'assigner un genre. En effet, entre les observations médicales et les volontés personnelles la différence est grande même si le but se rejoint. Ces mémoires et les annexes sont un moyen de montrer, par la marge, les effets de l'imposition d'un sexe naturel ou vrai. C'est parce qu'il fallait catégoriser Herculine /Abel que les ennuis qu'elle / il connut virent le jour.

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09/08/2014

Surveiller et Punir. Naissance de la prison par Michel Foucault

Titre : Surveiller et Punir. Naissance de la prisonproduct_9782070729685_195x320.jpg
Auteur : Michel Foucault
Éditeur : Gallimard 1975
Pages : 360

La prison, la justice, la gestion de la délinquance sont des thèmes qui font régulièrement l'actualité. Mais d'où viennent ces différentes formes de réponses à l'illégalité? Alors que les prisons sont en ébullition en France, tandis que le Groupe Info Prisons fait ses premiers pas, Michel Foucault décide de faire la généalogie de la prison après avoir analysé l'enfermement des fous et des malades.

Foucault analyse cette histoire en quatre parties. La première, nommée supplice, ainsi que la seconde, punition, permettent à Foucault de montrer que, avant le secret de la prison, la peine devait être subie en publique. Tout l'appareil lancé contre la délinquance visait à créer un spectacle que les gens honnêtes se devaient de voir et même, parfois, de réagir face à des décisions trop ou pas assez sévères. Les pendaisons avaient lieu en publique après une cérémonie d'aveu de la part de la personne coupable. Aveu qui pouvait permettre d'attaquer des complices.

La troisième partie, discipline, est celle que je trouve la plus intéressante. En effet, on y trouve de nombreux concepts qui peuvent nous permettre de mieux comprendre comment fonctionne, en partie, notre société. Le premier chapitre parle des corps dociles. Dans celui-ci nous trouvons les discours qui théorisent la disciplinarisation des corps des citoyens. Celle-ci se forme aussi bien dans la caserne que dans les écoles. Le moyen est de contrôler plusieurs choses dont l'espace, les activités, le temps et leur combinaison. Le second chapitre nous offre une réflexion sur le dressement. Ce qui m'y a le plus intéressé est l'analyse des examens. Ceux-ci permettent non seulement de classer mais aussi de normaliser les connaissances et les résultats de chacun en direction d'un idéal précis d'utilité pour la société. Enfin, nous avons le chapitre nommé panoptique. Ce concept est probablement l'un des plus intéressants, en tout cas selon moi, de la réflexion de Foucault. En effet, à travers une idée architecturale Foucault découvre un dispositif de pouvoir. Un dispositif qui permet de penser la surveillance totale et anonyme de toute une population. Bien que le panoptisme soit un idéal impossible à atteindre, et heureusement, il reste très intéressant à utiliser pour comprendre notre société actuelle et ses envies de surveillance. Enfin, la dernière partie s'intéresse à la prison. Foucault y analyse autant la mise en place de l'idée de prison, son architecture, que le lien entre la justice et la délinquance. Autrement dit, comment la délinquance fonctionne en relation avec la prison. Là encore, on trouve des analyses intéressantes pour la réflexion actuelle.

Au final je ressors d'un livre dont j'ai souvent lu des extraits. C'est un ouvrage qui m'a offert beaucoup pour ma réflexion bien que je le regarde d'une manière critique. Foucault fait une histoire basée sur les discours mais n'observe pas vraiment les pratiques. Ainsi, les exemples de règlements qu'il nous offre n'ont probablement jamais pu être mis en place. Ce que Foucault nous offre ce sont donc des outils que l'on peut utiliser pour comprendre notre société. Et ces outils, avec la réflexion qui y est liée, m'intéressent beaucoup.

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29/06/2014

Histoire de la sexualité 1: La volonté de savoir par Michel Foucault

Titre : Histoire de la sexualité 1: La volonté de savoirproduct_9782070295890_195x320.jpg
Auteur : Michel Foucault
Éditeur : Gallimard 1976
Pages : 211

J'aime beaucoup Foucault. Je l'ai souvent lu dans le cadre de mes études et j'ai trouvé ses thèses très stimulantes. Je n'avais jamais pris le temps de le lire pour mon propre intérêt. Il fallait bien que je m'y mette un jour et pour me lancer j'ai décidé de commencer par son Histoire de la sexualité. Je présente ici – ou plutôt je vais tenter de présenter – le premier tome de cette histoire intitulé La volonté de savoir.

Ce tome est construit en 5 parties. La première et la seconde permettent à Foucault de mettre en question ce qu'il nomme l'hypothèse répressive. Autrement dit, l'idée que la sexualité à été réprimée et que ce n'est que récemment, lors des événements de 68, que celle-ci a pu commencer à s'exprimer. Foucault pense, au contraire, que ce qui s'est mis en place est une manière de parler de la sexualité. Ces discours sont non seulement nombreux mais aussi très divers dans leurs caractéristiques. Ils sont aussi bien légaux que médicaux ou encore psychiatriques et scolaires. La troisième partie permet à Foucault de présenter l'un de ces discours sur la sexualité. C'est le discours scientifique. Il montre que celui-ci veut montrer le réel du sexe. On y trouve un mécanisme que Foucault montre sous la forme du concept de l'aveu. Car ce discours vrai est basé sur la parole des individus qui doivent dire la vérité à des personnes qu, ensuite, interprètent et classe scientifiquement ce qui a été dit. La quatrième partie permet à l'auteur de programme ce qu'il compte faire. Il y discute méthode et chronologie tout en précisent ce qu'il entend sous certains termes. On y trouve donc à la fois une présentation de la pensée de Foucault mais aussi un programme de recherche. Enfin, la dernière partie permet à Foucault de discuter de ce qu'il nomme le pouvoir de vie et de mort. Il y démontre que, selon lui, le droit de mort a été supplanté par une gestion de la vie. Gestion de comment vivre mais aussi, et surtout, de comment procréer.

Cette présentation est, bien entendu, très incomplète. Il faut prendre en compte la complexité de la pensée de Foucault et le lien important entre ses divers travaux mais aussi avec sa vie même. Foucault écrit pour expliquer ce qui est en train de se dérouler maintenant alors qu'il tente d'agir dans la société sur le sujet. Ainsi, son livre sur les prisons est contemporain de son action dans les prisons. Lire Foucault et le comprendre implique donc de relire ses textes mais aussi de lire entre les textes. C'est la raison pour laquelle je ne peux pas annoncer faire une présentation parfaite en si peu de lignes d'un livre stimulant, facile à lire, mais difficile à comprendre. Je ne peux qu’espérer avoir intrigué.

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