31/12/2013

Les ombres de l'histoire. Crime et châtiment au XIXe siècle par Michelle Perrot

Titre : Les ombres de l'histoire. Crime et châtiment au XIXe siècle9782080679147_cm.jpg
Auteur : Michelle Perrot
Éditeur : Flammarion 2001
Pages : 427

2014 est l'anniversaire de la mort de Michel Foucault. Je trouve donc qu'il est intéressant de terminer 2013 avec un livre sur l'histoire de la prison. Celui-ci est composé de plusieurs articles écrit par l'historienne Michelle Perrot. Cette dernière s'est intéressée aux prisons alors que Michel Foucault avait lancé le sujet dans la discipline historique. L'usage des concepts foucaldiens lui permet de mieux comprendre les sources qu'elle analyse dans les différents articles de cet ouvrage.

Celui-ci est découpé en 5 parties qui regroupent différentes contributions selon certains thèmes. La première partie permet de resituer le travail de Foucault et la manière dont il a été reçu et critiqué par les historien-ne-s. Cette partie nous permet de comprendre un peu mieux l'intérêt de Foucault pour l'histoire des prisons et des organisations totales. Mais aussi les raisons qui se cachent derrière les critiques (souvent justifiées). La seconde partie permet à Michelle Perrot de donner des informations sur certains des grands penseurs de la prison au XIXe siècle. Entre Bentham et la construction intellectuelle de la prison panoptique et Tocqueville et ses considérations sur la prison via les archives de son voyage aux USA elle nous parle d'un traité sur la pauvreté. Ces textes permettent de comprendre l'importance du débat qui a entouré la prison au XIXe. Comment la construire? Comment la gérer et comment surveiller? Les écrits de Bentham sont particulièrement glaçants puisque ses idées mènent à la destruction de la vie humaine au profit de l'utilité.

Les parties suivantes permettent d'entrer dans l'analyse du crime et de la marginalité. La troisième est donc constituée de textes concernant la "vie carcérale". Comment vit-on en prison au XIXe siècle? Les révolutions ont-elles un impact sur celles-ci? Que faire de l'écriture? Autant de questions auxquelles répond Michelle Perrot. Ainsi, elle montre que les révolutions s'attaquent aux prisons selon certaines modalités. Les prisonniers politiques sont célébrés alors que les voleurs sont conspués. Et même si des réformes sont promises les demandes en ce sens sont rapidement écartées. Mais Michelle Perrot examine aussi l'expérience de la prison de Genève grâce à un travail d'un autre historien, Malgré une constitution à la pointe des sciences de l'époque ce fut un échec.

La quatrième partie examine la signification des crimes. Celle-ci commence par un examen des décomptes statistiques qui permet de mettre en question son fonctionnement ainsi que les significations qui sont données aux chiffres. Perrot continue sur deux contributions qui nous parlent de l'importance des faits divers pour comprendre les craintes de l'époque. L'une des deux nous parle d'un cas particulièrement important: l'affaire Troppmann. Celle-ci reçut une énorme attention médiatique et fut accusée d'être orchestrée par le gouvernement pour éviter de porter les réflexions sur d'autres problèmes plus importants.

La dernière partie parle de thèmes qui ont prit une actualité importante ces derniers temps. En effet, les contributions qui y sont réunies parlent de la mendicité, des vagabonds et des jeunes. Alors que les vagabonds mendiants sont de plus en plus contrôlés et accusés de créer le crime en volant et en violant – voir même en créant les épidémies par leurs migrations – l'époque s'inquiète des enfants. Ces derniers sont décrits comme des voyous qui prennent le contrôle de la rue au lieu de travailler à l'usine. Les médias de l'époque s’inquiètent de ces bandes de jeunes qui, pourtant, ne sont pas si importants selon les sources.

Que dire, au finale, de ce livre? L'ennui avec les recueils de contributions c'est qu'ils créent le danger d'une impression de flou dans les sujets analysés. Bien que les contributions soient classées selon des thèmes définis on peut se demander, parfois, pourquoi tel sujet apparaît après tel autre. De plus, on cherche à en savoir plus sans pouvoir le faire. Cependant, le sujet de ce livre est de plus intéressants. Ce constat est d'autant plus important dans le contexte sécuritaire actuel. Alors que les promesses de sécurité et le contrôle se multiplient dans des proportions de plus en plus fortes ce livre permet d'historiciser certains points tout en offrant des comparaisons intellectuelles. C'est donc une lecture qui peut guider un avis critique sur certaines politiques publiques en cours de construction ou déjà décidées. Je pense, en particulier, à la surveillance mais aussi à la mendicité et à la peur de la jeunesse.

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18:23 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : prison, michelle perrot, xix | | | |  Facebook

09/05/2013

Mélancolie ouvrière par Michelle Perrot

Titre : Mélancolie ouvrière9782246797791-G.jpg
Auteur : Michelle Perrot
Éditeur : Grasset 2012
Pages : 185

Michelle Perrot est l'une de mes idoles. Non seulement elle est l'une des pionnières de l'histoire des femmes en France mais son intérêt pour les déviances, les marginaux et les contrôles de l'état rejoint le mien. J'étais donc très heureux de rencontrer cette historienne qui eu la gentillesse de me dédicacer son nouveau livre. Celui-ci inaugure la collection "Nos Héroïnes" des éditions Grasset constitué grâce à Caroline Fourest et Fiammetta Venner. Cependant, comme l'annonce Michelle Perrot, cette collection ne souhaite pas mettre en place une histoire des grandes femmes comme il y a eu une histoire des grands hommes. Il faut trouver des héroïnes inconnues. Une tâche difficile comme il y en a peu.

Michelle Perrot s'est souvenue d'une femme qu'elle avait rencontré il y a quelques dizaines d'années lors de ses recherches. Cette femme se nommait Lucie Baud et tout ce que l'on savait d'elle était résume dans un récit autobiographique publié dans le Mouvement Socialiste en 1908. Elle y décrivait sa vie mais aussi ses luttes dans le syndicat des tisseuses de soie. Comment une ouvrière, une femme, a pu écrire dans une revue aussi intellectuelle? En effet, les récits d'ouvriers et de femmes sont rares en histoire et les historien-ne-s qui tombent sur de tels récits sont des chanceux qui ont l'opportunité de lever une part du voile sur la vie de celles et ceux que certain-e-s nomment les petit-e-s.

L'auteure a donc cherché a en savoir plus et, en collaboration étroite avec deux autres personnes passionnés d'histoire, elle a découvert une vie rocambolesque. Mais cette vie se cache derrière les incertitudes et les trous dans les sources. Autant que la découverte de la vie d'une ouvrière au XIXe Perrot nous montre comment on peut travailler en histoire quand les sources manquent ou sont peu adéquates. Ce livre est donc court, nécessairement, mais très éclairant, particulièrement bien écrit et passionnant

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