militantisme

  • Femmes publiques. Les féminismes à l'épreuve de la prostitution par Catherine Deschamps et Anne Souryis

    Titre : Femmes publiques. Les féminismes à l'épreuve de la prostitution

    Auteures : Catherine Deschamps et Anne Souryis

    Éditeur : Amsterdam 2008

    Pages : 187

    La dernière fois que je me suis inscrit sur une mailing list féministe française j'ai reçu des centaines de messages concernant la prostitution. Les débats étaient vifs et même violents dans certains cas. Ne connaissant pas vraiment l'état de ce dernier en France je me suis lancé dans ce petit livre qui, bien que daté de quelques années, semblait promettre un bilan et des solutions. Je voulais aussi voir s'il m'était possible de faire des liens avec la situation suisse au débat beaucoup plus endormi actuellement. Les auteures font ce bilan en trois chapitres.

    Le premier chapitre, écrit par Catherine Deschamps, permet de poser les termes du débat. L'auteure commence par définir ce que veulent dire le réglementarisme, l'abolitionnisme et le prohibitionnisme. Elle montre que ces positions peuvent aussi bien permettre de mettre en place des politiques publiques en faveurs ou contre les prostitué-e-s. Cependant, elle se porte résolument contre toute pénalisation de la prostitution. Elle explique aussi que l'abolitionnisme a été dévoyé, selon elle, puisque les personnes qui s'en réclament l'utilise pour créer un droit spécifique alors que ce dernier est, historiquement, un refus des droits spécifiques aux prostitué-e-s et de l'action policière. Elle continue en observant l'état des lois à l'époque ainsi que le danger d'un projet de loi pour la sécurité intérieure qui menace fortement les prostitué-e-s. Ces chapitres sont datés puisqu'ils se portent sur une époque politique spécifique et que, depuis, le parti socialiste a décidé de pénaliser les clients.

    Un second chapitre s'occupe de présenter les forces en présence. Après une unification durant la lutte en faveurs de la contraception et de l'avortement qui se base sur l'idée de créer un moindre risque il y a eu une division, surtout aux USA, entre féministes pro-sexe et anti-sexe. Les unes considèrent que les choix doivent être étendus aux femmes et aux membres des communautés LGBTs tandis que les secondes considèrent la sexualité comme socialement en faveurs des dominants masculins et donc suspecte. Les auteures observent cette division et les personnes qui font partie d'un camp ou de l'autre. Dans le dernier chapitre c'est le discours sur des points problématiques qui est analysé. Ainsi, les auteures observent des problèmes dans la manière de considérer l'argent mais aussi la sexualité et le consentement. Les prostitué-e-s sont vues comme des personnes qui ne peuvent jamais donner un consentement et leur expérience est effacée.

    En conclusion les auteures nous offrent une possibilité pour recréer une alliance entre les féminismes et les prostitué-e-s. Au lieu de se baser sur de grandes doctrines elles proposent de se baser sur un besoin concret des personnes concernées en vue du moindre danger. Le but est de permettre aux concerné-e-s de choisir par elles-mêmes et non de décider de leurs possibilités à leur place. Ainsi, la parole des prostitué-e-s est ici centrale pour comprendre les besoins. Bien que la Suisse n'ait pas un débat important sur le sujet il me semble nécessaire de garder en tête les réflexions de ce livre. Car les décisions qui sont prises en Suisse, et dans les cantons, ont des effets qui ne sont pas forcément en faveurs personnes qui se prostituent. Une révision des législations actuelles devrait pouvoir être envisagée dans le sens des propos des auteures autrement dit pour donner des droits et non des devoirs.

    Image: Éditeur

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  • Le sexe du militantisme dirigé par Olivier Fillieule et Patricia Roux

    Titre: Le sexe du militantisme27246100394470M.gif
    Auteur: Sous la direction de Olivier Fillieule et Patricia Roux
    Éditeur: Presses de la fondation nationale des sciences politiques 2009
    Pages: 361

    Il est sûrement facile de voir pour ceux qui suivent régulièrement mes présentations (plutôt irrégulières ces temps retour aux cours obligent) que je me suis, récemment, intéressé aux problèmes de genre et aux problèmes liés à la sociologie des mobilisations. Le livre dont je parle ce matin, justement, essaie de lier la vision sociologique des dominations de genre dans le champs de la sociologie des mobilisations. Selon Olivier Fillieule et Patricia Roux les explications du militantisme oublient souvent d'observer et d'expliquer comment les femmes se mobilisent. Au lieu de se poser des questions et de trouver des réponses les auteurs auraient tendance à expliquer le statut particulier des femmes dans les mobilisations avec des points comme la maternité, le temps, le ménage,... Si on observer les explications que la sociologie du genre offre de la domination des femmes on se rend compte que ce n'est pas suffisant.

    Le but de ce livre commun est donc d'observer le militantisme pour trouver des explications aux manières spécifiques des femmes de militer dans des organisations ou leur absence de militantisme. Pour trouver ces explications il a été décidé de diviser le livre en trois parties distinctes mais complémentaires. La première analyse précisément les femmes militantes, comment elles sont entrées dans le milieu du militantisme, comment elles agissent et comment leurs conjoints réagissent. On y découvre que l'homme impose souvent son agenda aux femmes mais que le contraire est très rare. L'action féminine serait donc tributaire de l'accord masculin et de la souplesse de l'organisation dans laquelle on milite.

    La seconde partie prends en compte les tensions entre des organisations de militantismes et les femmes. Comment ces dernières réussissent-elles à militer en tant que femmes dans des organisations qui n'acceptent pas cette possibilité. que ce soit par l'héroïsation de la virilisation (la ligue Padane par exemple) ou par la pensée que l'organisation, étant au fait des structures de dominations, refuse qu'elle puisse recréer une forme de domination à l'intérieur même de ses rangs (les exemples surprenant des anarchistes par exemple). Sans oublier la transgression du genre qu'utilisèrent les mouvements homosexuels pour se rendre visible sur la scène publique, ce qui est analysé dans le dernier article de cette partie.

    La dernière partie est probablement l'une des plus intéressante mais aussi l'une des plus compliquée. Car, cette fois, les auteurs ne se contentent pas d'observer les rapports de domination genrées mais essaient de voir comment la prise de conscience de cette domination s'articule avec des formes de domination différentes (classe et race par exemple).

    Au final ce livre, très dense, est intéressant. Il permet d'ouvrir le regard vers des actions de dominations envers les femmes qui passent, souvent , inaperçues car elles ne sont pas forcément conscientes (c'est naturel, ça va de sois...). En incluant le genre dans la sociologie des mobilisations il permet de mieux comprendre pourquoi les femmes sont invisibilisées lors des mouvements et pourquoi certaines tentent de créer d'autres mouvements non-mixte. On découvre, lorsque les hommes sont absents, que les suppositions d'incompétence politique naturelle que l'on supposait celle des femmes est totalement fausse. Néanmoins, c'est un livre difficile à aborder et qui demande un certain effort de lecture pour réussir à comprendre les thèses qui y sont développées.

    Image: pressesdesciencespo.fr