nazisme

  • Les manuels à l'usage des gardiens de camps nazis

    Titre : Les manuels à l'usage des gardiens de camps nazis
    Éditeur : Berg International 2013
    Pages : 64

    Je n'ai rien lu sur la période nazie en Allemagne depuis un certain temps. Bien que cette période intéresse un grand nombre de personnes, dont moi, j'ai aussi un sentiment mitigé face à mon propre intérêt. J'hésite donc souvent à lire et présenter de tels livres. Je n'hésite pas parce que j'ai peur de la période mais parce que je crains de ne pas être capable de présenter de manière adéquate ce que je lis. Récemment, j'ai donc emprunté ce petit ouvrage. Celui-ci, entre une présentation et une postface, nous offre trois textes non-commentés. Ces textes sont des manuels édités pour les gardien-ne-s des camps nazis. Il y a un règlement disciplinaire, des instructions et des consignes de service.

    Pour quelles raisons lire ces trois textes? Parce qu'ils permettent de comprendre un peu mieux l'idéologie qui se place derrière les gardiens. Bien qu'on ne puisse comprendre les camps de concentration seulement par ces textes ils permettent d'illustrer comment l’Allemagne nazie considérait ses prisonniers/ères et les gardien-ne-s. Car ce qu'on trouve ce sont des phrases courtes mais qui illustrent une idéologie. Le manuel d'instruction est particulièrement intéressant ici. Il est constitué de séances de questions-réponses. Celles-ci montrent que le/la gardien-ne est à la fois placé-e en position supérieure et éloigné-e des prisonniers/ères. Ce qui permet à la personne qui garde les camps de se considérer comme un exemple parfait face à des ennemis intérieurs déshumanisés.

    Je suis un peu plus sceptique face aux textes d'introduction et de postface. Le choix, revendiqué, est de ne pas commenter les sources éditées. Ce choix se comprend mais j'aurais tout de même apprécié un commentaire, même court, de ce que je lisais. Par exemple, quelles furent les détournements des règlements? Comment furent-ils rédigés? Sont-ils appliqués rigoureusement? Des questions qui restent sans réponses dans ce livre. J'ai aussi eu quelques réactions de surprises face à certaines formules et considérations des personnes qui ont écrit l'introduction et la postface. Sans être choquantes je me demande si elles étaient nécessaires. Ce qui n'enlève rien à l'intérêt du travail de ces deux personnes ainsi que du traducteur.

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  • Triangle rose. La persécution nazie des homosexuels et sa mémoire par Régis Schlagdenhauffen

    Titre: Triangle rose. La persécution nazie des homosexuels et sa mémoire2-7467-1485-4.jpg
    Auteur: Régis Schlagdenhauffen
    Éditeur: Autrement 2011
    Pages: 308

    J'ai déjà mentionné la persécution des homosexuels par les nazis sur ce blog. J'avais, par exemple, lu le livre du plus célèbre déporté gay de France: Pierre Seel. Bien que ce témoignage soit très impressionnant ce n'est pas un travail scientifique. C'est pourquoi je me suis jeté sur ce livre dès que j'ai vu la couverture. Une petite précision tout de même, l'auteur n'examine pas vraiment la déportation mais plutôt la construction d'une mémoire commune à un groupe. Heureusement, Schlagdenhauffen nous donne rapidement des informations de base sur la culture homosexuelle berlinoise et la manière dont les gays furent traités par les nazis. Après nous avoir démontré la richesse de cette culture qui, à Berlin, était très en vue alors que la France ne connaissait pratiquement aucun groupement l'auteur nous montre comment les nazis ont pu déporter les homosexuels. Pour cela ils se basent sur une loi qui existait déjà: le paragraphe 175. Celui-ci sera aggravé et sa version nazie sera gardé en l'état après la chute du troisième reich ce qui a permis de poursuivre les gays sortant des camps de concentration. Mais attention, bien qu'il existait une volonté de déporter et de rééduquer les gays ceux-ci n'apparaissent pas forcément sous ce terme dans les archives. En effet, la préférence sexuelle dites contre-nature était surtout un facteur aggravant mais les homosexuels étaient souvent considéré comme des criminels. Ce qui a posé des problèmes par la suite. Les lesbiennes, par contre, n'étaient pas systématiquement attaquées par les nazis. Mais cela ne veut pas dire qu'elles sont inexistantes et un travail reste à faire pour clore le débat.

    Cependant, le véritable propos du livre concerne la question de la mémoire. Pour cela l'auteur compare trois pays: l'Allemagne, les Pays-Bas et la France. Ces trois pays nous permettent de comprendre comment le contexte national joue sur la manière de commémorer et de construire la mémoire d'un groupe. D'un groupe de victime les homosexuels se constituent progressivement en héritier d'une mémoire de martyrs de la cause des gays et lesbiennes qu'ils souhaitent commémorer. Face à cette volonté plusieurs acteurs collectifs tentent de les arrêter. Tout d'abord l'état qui considère l'homosexualité comme une déviance, pouvant entraîner la prison en Allemagne, durant encore de longues années. Mais aussi les autres groupes de victimes qui n'acceptent pas forcément l'existence des gays en camps de concentrations ou qui considèrent que l'identité gay est une insulte. La France se trouve dans ce cas puisque, pour les déportés politiques français, les seuls homosexuels des camps sont les allemands. Cependant, les homosexuels réussissent à imposer leur vue et l'auteur étudie la manière dont la mémoire commence à s'incarner dans la pierre. A Berlin un mémorial qui exclut les lesbiennes est construit face au mémorial de la Shoah, Paris accepte, finalement, une plaque de commémoration tandis qu'Amsterdam construit un gigantesque monument qui devient une fierté nationale et un lieu de revendication du droit à la différence.

    J'ai beaucoup apprécié ce livre qui permet de comprendre comment un groupe de victime a transformé une histoire honteuse en fierté incarnant l'identité du groupe. De ce point de vue la comparaison de trois pays est très éclairante et permet de voir comment le contexte national modifie les possibilités de militantisme des groupes sociaux. Cependant, je trouve dommage que nous n'ayons pas des informations plus nombreuses sur la période du troisième Reich et des années précédentes. Ce n'est pas le but du livre mais je trouve que l'auteur s'appuie un peu trop sur une autre auteure et passe très rapidement sur la plupart des sujets. Un second point problématique concerne les lesbiennes. Bien entendu, l'auteur examine en partie leur histoire et les liens avec les homosexuels. Cependant, elles apparaissent surtout au second plan quand elles ne sont tout simplement pas examinées. Je sais qu'il est difficile de faire l'histoire des lesbiennes qui souffrent d'une double invisibilité dans l'histoire. C'est pourquoi il serait intéressant, voir nécessaire, d'avoir une recherche de la même ampleur sur elles.

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  • Par-delà le bien et le mal

    Pour la seconde fois en peu de temps je vais parler d'un film qui prend place dans la société nazie. Mais celui-ci ne parle pas de personnes qui ont été pourchassée mais d'un simple intellectuel professeur à l'université de Francfort. Halder est ce personnage. Il n'est pas un chercheur de grande ambition et se contente d'enseigner la littérature française à ses étudiants. Il écrit aussi un roman sur l'euthanasie tandis que sa vie de famille semble souffrir de plus en plus. Mais ce roman qu'il croyait rester anecdotique se transforme en un passeport pour la haute société nazie quand un haut fonctionnaire du Reich lui signale que hitler lui-même l'a apprécié. De simple professeur observant avec inquiétude les évènements de son temps il est, peu à peu, piégé par la machine nazie en devenant l'un des intellectuels qui permettent de justifier les politiques du parti. Mais Halder a-t-il raison de penser qu'il vaut mieux être à l'intérieur qu'à l'extérieur pour contester les politiques du parti? Ou alors va-t-il devenir un traître envers sa famille et ses amis?

    On pourrait penser que ce film ne va pas à l'essentiel et utilise trop rapidement un certains nombre de thèmes. Ainsi, on voit passer en une petite heure l'antisémitisme, la résistance intellectuelle, l'euthanasie et la culture nazie sans que, pour autant, chacun de ces thèmes ne soit développé. Mais je trouve que ce film reste bon pour, outre la prestation de Viggo Mortensen, la manière dont il dépeint le personnage Hadler. Plutôt que d'en faire un arriviste ou un profiteur je trouve que le film met bien en place le caractère très surprenant de l’entrée au parti d'Hadler. Plus que ça, il nous montre que cette entrée se double aussi de certains avantages qui n'ont que pu rendre l'adhésion plus alléchante à des personnes qui n'étaient pas forcément des fanatiques nazis. Après tout dans des temps difficile peut-on vraiment se passer de toute aide? C'est une question à laquelle je ne répondrais pas. Mais Hadler est aussi un personnages aveugle. Aveugle dans le sens ou il n'arrive pas à voir vers quoi se dirige son pays. Comme si il était obnubilé par son travail et sa vie de famille. C'est pourquoi je trouve que la dernière scène est particulièrement magnifique puisqu'elle montre Hadler se rendre subitement compte de ce à quoi il a contribué.

    Image: Allocine

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  • Qu'est-ce que le nazisme ? Problèmes et perspectives d'interprétation par Ian Kershaw

    Titre: Qu'est-ce que le nazisme ? Problèmes et perspectives d'interprétation412WC8X1ZWL._SL500_AA300_.jpg
    Titre original: The nazi dictatorship. Problems and perspectives of interpretation
    Auteur: Ian Kershaw
    Traducteur: Jacqueline Carnaud
    Éditeur: Gallimard 1992 (1985 première édition originale)
    Pages: 414

    Il y a longtemps que je souhaitais lire une étude de Ian Kershaw. En effet, depuis que j'étudie l'histoire j’entends souvent parler de lui ce qui m'a poussé à penser que la lecture de ses livres me permettrait de mieux comprendre l'Allemagne nazie. Mais le livre que j'ai choisi n'est pas réellement un livre sur ce sujet. C'est un livre qui traite des différentes manières qu'ont les historiens de traiter le problème nazi. Kershaw y parle des différents problèmes d’interprétations qui existent sur certains sujets. Ceux-ci couvrent autant la définition du nazisme que la personnalité d'hitler en finissant sur des problèmes de philosophie de l'histoire. En observant les mouvements de pensées qui ont pris et prennent encore corps autour de ces différents sujets Kersahw nous permet, non seulement, de mieux comprendre le fonctionnement de l'Allemagne nazie mais aussi de comprendre les débats qui existent dans le milieu des historiens. Ce livre est donc un bon moyen de naviguer dans l'immense littérature qui existe sur le nazisme et sur la période en générale.

    Bien que la construction des chapitres soit des plus clairs - introduction du problème, résumé des positions et analyses et position de Kershaw - et que le livre soit plutôt facile à lire il reste un point qui me l'a rendu plus difficile. En effet, le nombre même de production existant sur le sujet crée, nécessairement, une certaine densité. Nous pourrions donc facilement nous perdre dans le nombre élevé de concepts et d'auteurs dont Kershaw nous parle si nous ne sommes pas assez attentifs. Malgré ce point, le propos reste très clair et m'a permis d'apprendre de nombreuses choses sur le régime nazi et d'oublier ce que j'avais moins bien compris. De plus, Ian Kershaw, bien que son point de vue soit souvent limpide, accepte de donner honnêtement les points forts et les points faibles de chaque conceptions existantes. En conclusion, même ancien, ce livre reste intéressant à parcourir ne serais-ce que pour l'historiographie précise qui y est dessinée.

    Image: Amazon.fr