première guerre mondiale

  • 14-18. Les refus de la guerre par André Loez

    Titre: 14-18. Les refus de la guerre01067200314.gif?12973330664480.8834922790306341
    Auteur: André Loez
    Éditeur: Gallimard 2010
    Pages: 690

    Coïncidence ou non, c'est le second livre qui parle de la première guerre mondiale que je lis en peu de temps. Encore plus intéressant, le premier parlait de ce qui poussait les hommes à combattre dans les tranchées alors que celui-ci nous narre l'histoire des fameuses mutineries de 1917 dans l'armée française. Donc un livre sur l'acceptation et un autre sur un refus massif de la guerre. des mutineries qui semblent, étrangement, largement oubliées par l'historiographie de cette période et par les mémoires. De plus, lorsqu'elles sont mentionnées, André Loez nous montre que les interprétations sont biaisées ou basées sur des travaux plus qu’obsolètes. L'auteur reprend donc l'analyse pour comprendre la raison de ces mutineries mais aussi pourquoi elles eurent lieu à ce moment précis de la guerre. Il nous offre aussi les moyens de comprendre les raisons de son échec.

    Il apparaît, au fil de la lecture des sources, que les raisons des mutineries sont multiples. Bien entendu, les soldats souhaitent la fin de la guerre et retourner auprès de leur famille. Mais ce n'est, de loin pas, un facteur suffisant pour expliquer cette désobéissance impressionnante. Non, si les mutineries ont eu lieu c'est principalement parce qu'un faisceau de facteurs s'est concentré en une période particulière. A coté de l'échec de l'attaque du Chemin des Dames qui avait donné l'espoir d'une victoire définitive on peut observer l'appel à la paix des socialistes. Mais il y a aussi une déstabilisation de l'armée elle-même qui change son précédent chef par un nouveau: Pétain. Ce changement semble être une preuve de l'échec et de l'incompétence du précédent Général en Chef et discrédite l'armée et ses gradés. Par contre, il ne semble pas que les mouvements pacifistes aient eu un rôle dans ces mutineries qui étaient largement inattendues.

    Mais qu'ai-je pensé de ce livre? J'ai eu beaucoup de plaisir à le lire d'autant que l'auteur lie les méthodes historiques aux méthodes et théories de la sociologie des mobilisations (l'explication sociologique des manifestations, grèves et autres mouvements sociaux). Mais il me faut avouer que j'ai une certaine fascination pour la sociologie des mobilisations qui peut avoir eu un effet positif sur ma vision de l'ouvrage. Je trouve, aussi,  qu'il ltrès complet non seulement dans le bilan de l'historiographie sur le sujet mais aussi dans le traitement que l'auteur en fait. De plus, sa lecture est assez facile et je n'ai pas eu l'impression de me battre contre l'ouvrage comme cela peut m'arriver parfois. Il est aussi intéressant de noter que l'auteur ait décidé d'ouvrir un site internet sur son livre dans lequel il a ajouté des articles de différentes revues mais aussi des annexes incluant des tableaux, des sources et une bibliographie détaillée. J'aurais aimé avoir ces dernières annexes directement en main mais je pense que l'idée est intéressante.

    Image: site de folio histoire

    Site du livre

  • La guerre censurée. Une histoire des combattants européens de 14-18 par Frédéric Rousseau

    Titre: La guerre censurée. Une histoire des combattants européens de 14-1841EBTGF5APL._SL500_AA300_.jpg
    Auteur: Frédéric Rousseau
    Traducteur: François Schmitt
    Éditeur: Seuil 1999
    Pages: 412

    La première guerre mondiale fait partie de ces événements que nous connaissons tous. Ou plutôt que nous croyons tous connaître. Depuis l'école les idées reçues sont acceptées et transmises sans vraiment les remettre en question. Toutes ces idées reçues ne sont, bien entendu, pas forcément fausses mais certaines oui. Par exemple, une idée que l'on lit régulièrement est que les soldats combattaient par amour de la nation. Mais est-ce vrai? Frédéric Rousseau essaie, dans ce livre, d'oublier les théories des généraux ou des historiens militaires classiques. Il essaie de se rapprocher du vrai combattant, de celui qui vit en première ligne dans la boue et les poux. Mr Rousseau essaie de comprendre comment la première guerre mondiale fut ressentie par les simples soldats. Et il tente de comprendre ceci en se concentrant sur la question du moral des troupes. En effet, comment est-il possible que des millions d'êtres humains aient acceptés de combattre pour un objectif qui ne semble pas clair? Pour comprendre ce moral et ses limites l'auteur va examiner plusieurs explications possibles qui transparaissent au travers des sources. Alors? le sentiment nationaliste joue-t-il un rôle? L'auteur répond en minimisant ce rôle. Les amis de la section sont plus importants puisqu'ils font partie de la famille du soldat. C'est pour eux que le soldat se bat et non pour un concept. L'auteur montre aussi l'importance d'un chef exemplaire qui respecte ses soldats et qui agissent en vrai combattant et non en restant cloîtré dans un bunker à l'arrière. Mais ce livre nous permet aussi de connaître ce qui détruit le moral d'un soldat. L'absence d'amour et de sexe bien entendu. Mais aussi la mort omniprésente, les cris des blessés, le manque de repos et d'initiative. Comment passer outre? Les permissions sont une solution mais, souvent, le soldat tombe dans l'alcool voir la folie.

    Que penser de ce livre? Je suis assez mitigé. Tout d'abord je suis content de trouver un livre qui tente de comprendre comment le simple soldat ressent la guerre. Je trouve aussi très intéressant d'essayer de savoir comment le moral des soldats peut être renforcé ou amenuisé. Il est intéressant de voir que certaines idées qui sont encore utilisées dans l'armée ont un effet très négatif sur le soldat et sa façon de combattre. J'ai aussi apprécié cette impression, que j'ai ressentie lors de la lecture, d'entre véritablement dans le quotidien des soldats quelque sois le camps. Ceci est possible grâce à la large utilisation des sources par Rousseau. Celles-ci sont souvent et largement citées ce qui nous permet d'entrer dans les pensées intimes des soldats. Cependant, bien que certains passages m'aient donné l'impression de lire un roman, il m'est arrivé de m'ennuyer dans ma lecture. Je me pose aussi la question des sources. Est-ce que les personnes qui ont écrits des témoignages de guerre ont un profil sociologique particulier? Si oui, sont-ils vraiment représentatifs des millions de soldats qui ont combattus? Cependant il faut tout de même noter que Rousseau utilise aussi la correspondance des soldats ce qui lui permet de passer outre cette question de méthode.

    Image: amazon