19/09/2015

Une histoire des garçons et des filles Amour, genre et sexualité dans la France d’après guerre par Régis Revenin

Titre : Une histoire des garçons et des filles Amour, genre et sexualité dans la France d’après-guerre
Auteur : Régis Revenin
Éditeur : Vendémiaire 2015
Pages : 347

Comment la sexualité et l'amour se sont-ils modifiés durant les trente glorieuses ? Ce livre utilise les archives judiciaires ainsi que celles du centre d'observation de Savigny agrémentées d'entretiens afin d'illustrer les modifications dans les attitudes des jeunes hommes français concernant la sexualité, l'amour et la masculinité (avec peu d'informations sur les filles).

L'auteur de cette thèse remaniée forme cet examen sur 6 chapitres. Les deux premiers concernent l'éducation sexuelle. Bien que les jeunes puissent discuter entre eux la connaissance est d'abord peu avancée. Ce qui conduit les autorités à se poser la question de la nécessité d'une éducation sexuelle fournie par l'école. Les résistances sont importantes malgré la demande des jeunes eux-mêmes. L'auteur montre que cette éducation, contestée, reste très chaste et se contente de parler procréation et mariage. Il analyse aussi quelques affaires et les raisons derrière celles-ci. Ces affaires concernent aussi bien des enseignants que des tracts voir des publications de presse.

Les trois chapitres suivants se concentrent sur la sexualité. Le premier concerne la manière dont la séduction comment à être pensée. Les jeunes filles doivent se faire attirantes tout en faisant attention à leur accoutrement. Pendant ce temps, les jeunes garçons commencent à ressentir de manière positive le besoin de se soigner. Mais ils doivent faire attention à leur virilité mise en doute en cas de soins trop importants. L'époque marque aussi un changement dans la mode. Celui-ci est vu négativement par les adultes qui ont peur d'une indifférenciation voir d'une inversion des sexes alors que les filles portent des pantalons et que les garçons ont les cheveux longs. Le chapitre qui suit s'intéresse plus spécifiquement à l'homosexualité masculine. Il analyse non seulement la manière dont les autorités parlent des jeunes gays mais aussi comment ces derniers se définissent eux-mêmes. De plus, on y trouve une peinture des codes de drague ainsi que de la vie parisienne. Le dernier parle plus spécifiquement du coït. Il explique sa signification pour un jeune garçon mais aussi les craintes concernant les enfants. La contraception est d'ailleurs laissée à l'entière responsabilité des filles qui, de plus, sont blâmées. L'auteur écrit aussi une partie sur les viols comme moyens de domination et de sociabilisassions des garçons sur des filles considérées comme faciles donc consentantes par défaut. On y comprend que la justice considère les viols comme peu importants tandis que les jeunes filles deviennent responsables de ce qui leur est arrivé malgré une pression qui peut devenir violente.

Enfin, le dernier chapitre nous parle de la masculinité. À l'aide des écrits des jeunes il montre ce que doit être un homme dans les esprits de l'époque. La virilité y est largement considérée comme naturelle et les rôles ne sont pas remis en causes (les féministes étant très mal vues ainsi que les lesbiennes). Les filles sont considérées par les garçons comme chanceuses car leur vie serait plus facile puisque le travail en serait absent. Les écrits montrent des idées traditionnelles du mariage avec des rôles fortement genrés et une division stricte des femmes que l'on peut épouser de celles que l'on ne peut que "consommer" sexuellement.

Au final, ce livre, tiré d'une thèse, est très intéressant. Il permet de montrer l'évolution des considérations sur l'amour et la sexualité à travers des écrits même des jeunes garçons. De ce point de vue on en apprend énormément ce qui permet de mettre en doute la singularité de la révolution sexuelle. Il est tout de même dommage que les filles ne soient présentes presque qu'à travers les discours des garçons. Cependant, l'auteur renvoie à la thèse de Véronique Blanchard.

Image : Éditeur

 

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07/05/2014

Le vice ou la vertu. Vichy et les politiques de la sexualité par Cyril Olivier

Titre : Le vice ou la vertu. Vichy et les politiques de la sexualité
Auteur : Cyril Olivier
Éditeur : Presses Universitaires du Mirail
Pages : 311

Dans l'histoire de la France plusieurs périodes sont examinées de manière soutenues. L'une d'elle est celle de Vichy. L'auteur public ici sa thèse de doctorat sur ce qu'il nomme les politiques de la sexualité. L'auteur y examine le retour à une forme de répression des sexualités dites anormales et à l'arsenal judiciaire qui l'accompagne. Mais il propose d'aller au-delà des discours et des textes pour montrer comment ceux-ci ont été utilisé par la société. Il montre aussi, de temps en temps, le lien qui existe entre textes de Vichy et les IIIe et IVe Républiques.

Cet examen se fait en 4 parties. La première nous permet de comprendre comment Vichy parle des sexualités et de la nécessité d'une rénovation nationale. On y trouve un examen des discours qui permet de mettre en valeurs l'analyse des pratiques qui est faite dans les parties suivantes. La seconde partie s'intéresse aux infidélités conjugales. L'auteur y montre, en 4 chapitres, comment l'époque tente d'imposer la conjugalité hétérosexuelle dans le cadre du couple marié. Il s'intéresse à la fois au délit d'adultère, qui est utilisé principalement contre les femmes, et au délit de concubinage, qui se forme contre les hommes qui "profitent" de la guerre en détournant des femmes de leurs maris prisonniers. Bien qu'il y ait une tentative d'augmenter la pénalisation de l'infidélité en s'attaquant à d'autres personnes et en surveillant fortement les femmes l'auteur montre un résultat partiel. En effet, une plainte du mari est nécessaire et celle-ci, parfois, manque. L'auteur montre aussi la différence entre la pratique de la IIIe République, durant laquelle l'adultère est un moyen de demander le divorce, et de Vichy, qui considère l'adultère comme une faute pénale.

La troisième partie permet à l'auteur de s'intéresser à l'avortement et, dans un dernier chapitre, à l'infanticide. Il montre la progressive pensée de l'avortement comme d'un fléau qui a mis en danger la France. Il est donc nécessaire de réprimer les usages. Celle-ci va s'intéresser aux femmes qui tentent d'avorter. Mais leur détresse face à une situation qui est parfois difficile n'est pas gardée en mémoire au profit d'une vision d'anormalité. Ce sont aussi les personnes qui font métier de l'avortement qui sont visées. Aussi bien les membres des professions médicales que les faiseuses d'anges. Enfin, les complices sont aussi mis en danger. Ces complices peuvent aussi bien être les maris que des femmes qui accompagnent leur amie.  La dernière partie s'intéresse aux sexualités qui sortent du cadre marital hétérosexuel. L'auteur s'intéresse à la prostitution pour montrer un contrôle des femmes dont les activités sont considérées dangereuses. L'auteur montre aussi que les maisons de prostitution deviennent réglementées par l’État français. Ce qui permet à leur propriétaire d'échapper aux poursuites. Les proxénètes, par contre, sont considérés comme l'une des causes de la défaite. Enfin, c'est l'homosexualité féminine qui intéresse Olivier Cyril dans le dernier chapitre. Bien que ce dernier soit court il permet tout de même de montrer une origine républicaine de la répression ainsi que la vision des lesbiennes qui existait à l'époque.

Nous nous trouvons donc face un livre dense qui permet de comprendre comment un gouvernement tente de contrôler la sexualité, celle des femmes surtout, et ses réussites ou ses échecs dans la pratique. La lecture permet aussi de mettre en relief certaines positions de la IVe et de la Ve République. En effet, bien que Vichy soit considéré comme une période d'exception qui ne fait pas partie de l'histoire de l’État français on trouve un certain nombre de liens dans les positions des acteurs dominants sur les sexualités. C'est aussi un bon moyen de comprendre comment le contrôle des femmes s'inscrit dans une surveillance sociale globale. Ainsi, ce sont les voisin-e-s, les ami-e-s, les maris qui dénoncent. Au-delà des discours les sources utilisées montrent aussi une partie des pratiques de l'époque.

30/03/2014

Misères et tourments de la chair durant la Grande Guerre. Les moeurs sexuelles des Français 1914-1918 par Jean-Yves le Naour

Titre : Misères et tourments de la chair durant la Grande Guerre. Les moeurs sexuelles des Français 1914-19189782700723298_cm.jpg
Auteur : Jean-Yves le Naour
Éditeur : Aubier 2002
Pages : 411

L'histoire militaire de la première guerre mondiale ne m'intéresse pas. Mais l'histoire de la vie quotidienne et des significations est beaucoup plus à mon goût. Ce livre, tiré d'une thèse de doctorat, s'intéresse à la vision de la sexualité et des mœurs durant la Première guerre mondiale. L'auteur forme son analyse en quatre parties de deux à trois chapitres chacun. Il commence par un examen de ce qu'il nomme "la guerre moralisatrice". Il y montre que la guerre fut d'abord considérée comme un moyen de remoraliser le pays. Le feu purificateur devait recréer des hommes et des femmes aux bonnes mœurs. La séparation ne devait pas briser les ménages mais, au contraire, leur permettre de trouver une nouvelle vie. La guerre est aussi vue comme un moyen d'épuration des mœurs licencieuses. Aussi bien à l'aide de la censure que de la production d'une culture particulière. Dans ce contexte les femmes étaient particulièrement surveillées et leur proximité avec les hommes, même dans un cadre légitime, était suspecte. Mais la guerre n'est pas qu'une bataille entre soldats. C'est aussi une bataille de populations. Face à une Allemagne forte d'un grand nombre de naissance et à la mort il est nécessaire de repeupler le pays. Pour cela il faut lutter contre l'avortement et le contrôle des naissances ainsi que conseiller aux soldats de pratiquer leur "devoir conjugal" qui se mue en "devoir national".

Une seconde partie permet de dépeindre les peurs médicales. L'auteur commence par montrer le danger, tel que vu à l'époque, des maladies vénériennes. Ces maladies sont dangereuses car elles agissent dans l'hérédité même. Ainsi, l'immoralité d'un individu met en danger la race française entière. La réponse de l'armée oscille entre autoritarisme et libéralisme. Mais c'est cette dernière solution qui sera choisie vers la fin de la guerre par la mise en place d'un contrôle individuel. Ce péril se joint de celui de la prostitution. En effet, celle-ci se développe de plus en plus et les soldats sont des clients demandeurs. Alors qu'il est tenté d'empêcher leur trop grande attention envers les soldats par l'internement et le contrôle l'armée commence à changer d'avis. C'est ainsi qu'elle met en place ses propres maisons closes. Ce choix se heurtera à l'incompréhension des armées anglaises et américaines qui interdiront à leurs soldats de se rendre dans ces établissements. Ce choix est une lourde défaite pour le courant abolitionniste qui est fortement critique.

Une troisième partie analyse les transgressions. Celles-ci sont tout d'abord les infidélités. Mais ce n'est pas celle du soldat qui est condamnée (du moins pas autant). C'est celle de la femme qui attend. Cette attente est une posture normale face au héros qui se sacrifie. Le contrôle par les proches est très important sur ce point et les plaintes suite à des dénonciations sont importantes. Les amants sont punis de manière plus importante que durant la paix car outre la trahison du maris c'est la trahison du soldat qui est condamnée. Les critiques et leurs peurs venues du front sont très importantes et les meurtres existent. Ces derniers sont peu punis par la justice. Une seconde transgression est celle de l'amour de l'ennemi et/ou de l'autre. Cet autre est aussi bien le soldat colonial qui risque, par l'affection des femmes françaises, de perdre son respect envers les colons que l'américain qui, bien qu'un sauveteur, est vu comme un concurrent injuste sur le marché matrimonial face aux poilus français au sacrifice plus long. Parfois cette transgression continue après la guerre par un mariage et une tentative de vie commune qui est incomprise par les autorités. Mais c'est aussi le lien avec des soldats ennemis, en zone occupée, qui fait peur. Les femmes qui en sont coupables, que ce soit volontairement ou non car les viols furent nombreux, mettent en danger la race par des enfants allemands et se mettent en danger face à leurs proches qui peuvent réagi vivement. Cependant, cette relation peut aussi être un moyen de survie dans une période difficile. Les femmes sont suspectes d'avoir apprécié et voulu la relation avec l'allemand même en cas de viol.

La dernière partie s'intéresse à la démoralisation. Alors que le début de la guerre voyait les intellectuels parler de renouveau moral c'est une perte importante que subit toute la société française. Non seulement la fin de la guerre voit revenir des hommes mutilés qui ont peur de la réaction des femmes, ces dernières devant se sacrifier à la beauté intérieure, mais il y a la peur du changement dans l'ordre social. En effet, les femmes ont appris à se débrouiller seule. De plus, il y a eu oubli et tabou sur la misère sexuelle des hommes. Celle-ci s'observe aussi bien face aux fantasmes de viols sur les femmes allemandes que dans une tentative de retrouver le couple sur le front malgré l'interdiction qui est faite. Au final c'est un bilan de démoralisation qui est fait après la guerre. Les femmes ne sont plus à leur place et les mœurs ont changé. La sexualité est plus libre qu'auparavant ce que les élites médicales n'arrivent pas à comprendre. La Deuxième guerre mondiale sera donc vue avec pessimisme en ce qui concerne la morale.

Au final ce livre est très intéressant. Il permet d'entrer dans la vie quotidienne des soldats en analysant leurs choix et leurs correspondances. Mais c'est aussi un moyen d'observer comment une armée tente de réagir face à des problèmes de mœurs inattendus. Malgré les volontés prohibitionnistes c'est une forme de libéralisme qui peut se mette en place. On observe aussi un tabou très important sur les souffrances des hommes qui sont envoyés au front. Face à l'idéal de virilité et de chasteté les peurs, souffrances et besoins sont niées jusqu'au bout et ce bien après la fin de la guerre. J'ai lu ce livre avec beaucoup d'intérêt.

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16:44 Écrit par Hassan dans contemporain | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : guerre, moeurs, sexualité, france | | | |  Facebook

19/05/2013

La grande arnaque. Sexualités des femmes et échange économico-sexuel par Paola Tabet

Titre : La grande arnaque. Sexualités des femmes et échange économico-sexuel2747576728j.jpg
Auteure : Paola Tabet
Éditeur : Harmattan 2004
Pages : 207

Qu'est-ce que la prostitution? Selon l'idée généralement admise c'est une activité qui consiste à faire payer l'usage de son corps en vue d'un acte sexuel. Mais cette définition est-elle la seule qui ait existé dans l'histoire et dans les différentes sociétés humaines? L'aspect monétaire ne se trouve-t-il vraiment que dans le cadre précis de la prostitution? Et pourquoi seuls les hommes semblent être les clients tandis que les femmes offrent la sexualité? Paola Tabet tente, dans ce livre, de comprendre le fonctionnement des échanges entre hommes et femmes en vue d'un accès à la sexualité.

Cet examen est mené en 5 chapitres par l'auteure. Le premier et le second concernent les problèmes de définitions que pose la prostitution. En effet, il existe de nombreuses formes d'échanges de monnaies pour posséder la sexualité des femmes. Ces échanges peuvent se faire aussi bien dans le cadre marital que dans le cadre non-marital. C'est la raison pour laquelle l'auteure ne pense pas que l'échange d'argent soit la manière adéquate de définir la prostitution. Elle propose donc de mettre en place une théorisation des échanges entre hommes et femmes qui prenne en compte un continuum entre prostitution et mariage. Dans tous ces cas il y a échange de dons ou d'argents pour recevoir le service sexuel des femmes. Le troisième chapitre permet à l'auteure de comprendre comment les femmes qui se prostituent réussissent à créer une relation qui ne prenne en compte que le sexe (et non la sexualité). En effet, l'argent ne permet pas forcément de ne payer que du sexe mais, dans certains cas, de payer aussi des services maritaux comme le bain, le ménage ou encore la cuisine. Il y a donc à la fois une rupture dans les services mais il y a aussi une rupture dans la temporalité. Le service ne se déroule que durant un certain temps accepté par un contrat alors que le mariage est illimité (sauf divorces). Le quatrième chapitre permet à l'auteure de comprendre comment les hommes ressentent la sexualité libre des femmes. Celle-ci peut être vue comme un danger pour l'ordre dominant puisque ces femmes, non seulement, reçoivent de l'argent et peuvent posséder des objets masculins mais, en plus, sortent du cadre de l’économie du mariage. Ce qui permet à l'auteure de conclure sur l'aspect profondément sexiste du mariage qui implique l'offre de services sexuels et de travail gratuits en échange de dons en argent. Les hommes possèdent l'économie et les femmes un sexe qu'elles doivent utiliser comme moyen de survie.

Ce livre est riche. Il possède de nombreux exemples et une construction théorique compliquée et fertile pour comprendre la domination des hommes sur les femmes dans les cadres des échanges économico-sexuels. Il me faudra probablement un certain nombre de relectures pour comprendre cet appareil théorique dans toute sa subtilité. Je peux déjà dire que je considère ce livre comme non seulement intéressant mais surtout extrêmement bien écrit. Je pense que les personnes qui s'intéressent à la prostitution dans un cadre d'explication sociologique peuvent difficilement passer outre cet ouvrage. L'idée que les femmes sont forcées d'entrer dans un terme d'échange inégal avec les hommes qui implique d'accepter d'offrir un service sexuel en échange de dons me semble particulièrement pertinent pour comprendre le fonctionnement des relations entre hommes et femmes. Plus encore, l'idée qu'il existe un continuum entre prostitution et mariage qui ne prenne pas forcément en compte l'argent mais le fonctionnement de la relation possède une portée explicative importante. Plutôt que de considérer la prostitution comme simple échange d'argent pour une relation sexuelle limitée dans le temps on devrait la considérer en tant que rupture des règles masculines de la bonne sexualité féminine. Ces règles sont relatives aux époques et aux sociétés mais leur violation équivaut toujours à punition. Celle-ci est généralement extrêmement violente et ne porte pas que sur le stigmate du terme prostituée mais aussi sur une humiliation publique qui peut passer par le viol dans un grand nombre de cas. Au final, l'auteure dépeint une sexualité féminine contrôlée par les hommes pour les hommes. Le corps des femmes ne leur appartiendrait pas vraiment mais serait échangé à multiples reprises dans une relation de dominée à dominant.

Image: Éditeur

18/02/2011

Par le trou de la serrure. Une histoire de la pudeur publique XIX-XXe siècle par Marcela Iacub

Titre: Par le trou de la serrure. Une histoire de la pudeur publique XIX-XXe siècle314%2B-W-yTqL._SL500_AA300_.jpg
Auteur: Marcela Iacub
Éditeur: Fayard 2008
Pages: 352

Marcela Iacub n'est pas une historienne ni une sociologue mais une juriste française ce qui se sent très facilement lors de la lecture de son livre. Cependant, ce n'est pas parce que l'on n'a pas étudié les sciences sociales que l'on ne peut pas parler de problèmes sociaux ou de thèmes sociaux. Mais la manière d'écrire de l'auteure est différente que si elle avait été formée dans ces disciplines. En effet, Marcela Iacub tente de découvrir la vision pénale de la pudeur qui se cache derrière les lois. Pour cela elle utilise de nombreux exemples juridiques qu'elle met en parallèle avec son analyse des différents articles (et particulièrement l'article 330 de l'ancien code pénal français). Elle essaie, donc, de comprendre la vision de la sexualité qui se cache derrière la loi. Les exemples lui permettent aussi de voir comment cette loi était, concrètement, mise en application.

Cette manière de procéder conduit l'auteur a identifier une époque ou la sexualité était durement réprimée sur la voie publique mais acceptée, ignorée faudrait-il dire, dans les lieux privés. C'est ce qu'elle nomme le mur de la pudeur qui existe de l’ère impérial de Napoléon I au milieu du XIXe siècle. Ce mur implique une certaine vision de la sexualité, celle-ci est censée souiller ceux qui la voient et, de plus, elle est censée ne se dérouler que dans le cadre du mariage hétérosexuel. Mais les juges tentent, dès que cet article existe, de "briser" ce mur de la pudeur en tentant d'entrer dans les lieux privés pour les moraliser. Ce qui conduit la jurisprudence à inventer différents stratagèmes consistant à créer des lieux publics là ou il y a des murs et des portes fermées. On se retrouve avec des exemples qui nous semblent grotesques dans lesquels un tribunal condamne un couple, par exemple, parce que le trou de la serrure de la chambre n'était pas bouché!

Mais il ne faudrait pas croire que les membres de la société n'aient pas réagit. Premièrement, les personnes qui essaient de créer des spectacles qui seraient censurés ou les mèneraient devant le tribunal tentent de recréer un lieu privé sur la voie publique en invitant personnellement des individus à des spectacles dits privés. Une seconde tentative est de montrer que le nu peut être chaste. Premièrement, ce nu chaste peut être, tout simplement, le nu artistique qui est "voilé" par un regard qui n'est pas sexuel. Il faut donc recréer ce voile artistique par différents artifices. Ce nu peut aussi perdre de son caractère sexuel par un comportement particulièrement moral et retenu qui est celui adopté par les mouvements naturistes du début du XXe siècle. Ces différentes positions sont les bases d'une transformation de la vision de la sexualité qui a conduit à la vision qu'on en a aujourd'hui. Une vision qui, selon l'auteure, semble être libérée mais qui cache un contrôle très fort sur les actes acceptés ou non.

Marcela Iacub observe surtout une forme de frénésie pénale pour protéger la sexualité des adolescents qui conduit à pouvoir rendre coupable de pédophilie ces même adolescents (particulièrement dans certains états américains). De plus, elle tente de montrer que les perversions sexuelles sont maintenant pensées comme des maladies dangereuses qui pourraient mener, sans que la preuve ait été faites, à des actes de plus en plus graves. Ce qui a conduit la construction d'une loi pour contrôler les mouvements de ces personnes que l'on dit dangereuses. C'est, bien entendu, une position qui peut mener à la controverse mais qu'il est salutaire de communiquer.

J'ai, personnellement, beaucoup aimé lire ce livre. Bien que l'auteure se base sur une analyse très juridique elle le fait d'une manière presque vivante. Il faut dire que ses exemples sont particulièrement savoureux et permettent de mieux comprendre la manière dont elle analyse des articles de droit qui peuvent être difficilement passionnant. Cependant, il ne faut pas oublier qu'a coté du droit il existe une société. Celle-ci peut fonctionner différemment que les règles instituées qui trahissent la pensée d'une élite juridique et pas forcément de la population qui est censée obéir. Il serait sûrement intéressant de voir a quelle point cette vision pénale de la sexualité s'est traduit ou a existé dans la population large. Il faut tout de même noter que Marcela Iacub nous permet tout de même d'observer cette dynamique entre le droit et la population puisqu’elle explique la réforme de 1992 par un changement d'attitude de la population française. La dernière partie du livre est probablement celle qui peut conduire le plus facilement à une controverse publique. Je n'ai, personnellement, pas les compétences pour la mettre en question mais je pense qu'il est utile pour la société de se poser les questions que Marcela Iacub soulève.

Image: Amazon

11:17 Écrit par Hassan dans contemporain, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pudeur, sexualite, marcela iacub | | | |  Facebook